La rébellion indigène
du Chiapas qui a commencé le 1er janvier 1994 a donné
voix et visage à ces oubliés de l'histoire du pouvoir
et de l'argent. Les indigènes du Chiapas ont fait irruption
sur la scène mondiale au cri de " Ya Basta ! " en revendiquant
" Démocratie, Liberté, Justice ", et la reconnaissance
de leurs droits et de leur culture.
Depuis le cessez-le-feu décrété
le 12 janvier 1994 entre l'EZLN et l'armée mexicaine, les zapatistes
ont choisi d'écouter la société civile et de privilégier
l'arme de la parole. Le gouvernement a répondu par un double-langage,
parlant de paix et de dialogue en même temps qu'il utilisait toute
sa machinerie de guerre pour donner une solution au conflit :
- 70 000 soldats sont répartis dans tout
le Chiapas et dans la foulée de cette militarisation une douzaine
de groupes paramilitaires ont été créés.
- Cette politique impitoyable de contre-insurrection,
les offensives militaires contre les municipes autonomes, et la terreur
organisée par les paramilitaires (exactions, assassinats (300,
dont le massacre d'Actéal), ont pour conséquence le déplacement
de plus de 20 000 indigènes, sympathisants zapatistes ou simples
opposants au gouvernement.
- Pour tenter de cacher les violations des droits
humains au Chiapas et décourager la dignité rebelle des zapatistes,
le gouvernement mexicain expulse les visiteurs internationaux (plus de
350 expulsions).
Le 16 février 1996, ont été
signés par le gouvernement mexicain et l'EZLN les Accords de
San Andrés sur les droits et culture indigènes, fruit
d'un dialogue national auquel participèrent, outre les zapatistes,
la plupart des peuples indiens du Mexique, les intellectuels et les
spécialistes les plus reconnus, des leaders paysans, des organisations
sociales et un large spectre de la société civile.
Bien que la signature de ces accords ait ouvert
l'espoir d'une solution juste et digne à la guerre, ils ne sont
toujours pas appliqués 3 ans après ; le gouvernement
a refusé la forme juridique proposée par la Commission de
Concorde et Pacification (COCOPA, qui est composée de parlementaires
de tous les partis), et en dénie l'essentiel, entre autres la reconnaissance
de l'autonomie indienne.
En septembre 1996, l'EZLN a quitté la
table du dialogue sur l'ordre des communautés indigènes,
pour lesquelles il n'y avait aucun sens à dialoguer sans application
des accords. En même temps, la guerre et le harcèlement s'intensifiaient
contre les communautés.
Pendant tout ce temps les zapatistes n'ont pas
fait parler leurs armes pour répondre a toute cette violence.
En juillet 1998, l'EZLN a proposé à
tous les mexicains la réalisation en commun d'une CONSULTATION NATIONALE
POUR LA RECONNAISSANCE DES DROITS DES PEUPLES INDIENS ET POUR LA FIN DE
LA GUERRE D'EXTERMINATION .
En mars 1999, 5 000 zapatistes, 2 500 hommes
et 2 500 femmes, iront dans tous les municipes de la République
Mexicaine pour la réalisation de la Consultation.
Dans le reste du monde, tous les mexicains pourront
participer à la Consultation, et ce jour-là sera une JOURNEE
INTERNATIONALE POUR LES DROITS DES EXCLUS avec des concerts, des débats,
des fêtes, des expositions, etc…en appui à la Consultation
zapatiste, et en refus de toutes les formes de marginalisation dont nous
souffrons dans chacun de nos pays.
Pour cela nous, soussignés, déclarons
que :
1- Nous, personnes, organisations et collectifs
du monde entier soutenons la méthode de la consultation comme moyen
d'ouvrir le dialogue sur les problèmes dont nous souffrons et appelons
à ce que tous et toutes, là où nous vivons, nous nous
joignions à la proposition des zapatistes en nous mobilisant contre
l'exclusion et pour nos droits, et en nous questionnant sur la nécessité
de créer de nouveaux et amples mécanismes de participation
démocratique et de les mettre en pratique dans nos sociétés.
2- Nous sommes pour la reconnaissance des droits
des peuples indiens du Mexique et des peuples originaires des cinq continents.
Nous voulons un monde qui contienne tous les mondes et appuyons toute lutte
contre l'exclusion de tout être humain à cause de sa race,
son origine, sa culture, sa pensée, son sexe, sa préférence
sexuelle, sa condition physique, etc…
3- Nous exigeons la fin de la guerre d'extermination
et le retrait de l'armée mexicaine du Chiapas.
4- Nous appelons le gouvernement mexicain à
respecter le déroulement de la Consultation et à garantir
les droits et l'intégrité des 5 000 indigènes rebelles
qui vont se mobiliser dans tout le pays le 21 mars.
5- Nous appelons des personnes de tous les continents
à venir dans tous les municipes du Mexique pour accompagner la réalisation
de la Consultation.
Nous nous engageons à accompagner la résistance
des indigènes rebelles depuis notre propre réalité
parce que la meilleure solidarité est la lutte commune contre l'injustice
là où elle se présente .
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