RESEAU SOLIDAIRE DE DIFFUSION

 DU CAFE ZAPATISTE DE MUT VITZ

 

Chiffres, informations et propositions sur le café, le réseau,

les perspectives 2003…

   
           
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QUELQUES CHIFFRES…

 

Le Mexique, 4ème ou 5ème producteur mondial de café,  produit annuellement une quantité de café à peu près équivalente à la consommation française, soit environ 300 000 tonnes. Cette activité occupe 280 000 familles, et fournit également un travail temporaire, pour la cueillette, à près de trois millions de personnes.

Le café mexicain est à 97 % de l’arabica. Paradoxalement, le pays importe du café, essentiellement du robusta destiné au marché local, souvent composé de poudres et autres solubilisés, que l’on mélange parfois à des farines variées.

La consommation au Mexique est peu importante : à peine 600 gr par habitant et par an. Et à l’instar de la majorité des régions productrices, elle concerne les résidus et les produits de moindre qualité. Aux USA, on consomme 4,6 kg par habitant, en France plus de 5 kg, en Finlande presque 11 kg. Les pays européens du sud sont ceux où l’on boit généralement les meilleurs crus (France, Italie, Espagne). Le café représente l’un des principaux postes du commerce mondial.

 

***

UN PEU D’HISTOIRE

 

La production du café a été longtemps synonyme de spoliation et de violence pour les populations indigènes mexicaines. On assiste à de nombreuses et brutales expropriations au profit des gros planteurs dès la fin du XIX siècle. De très dures conditions de travail, frôlant l’esclavagisme, sont imposées aux paysans pauvres ou sans terre, assujettis par la force et un système retors d’endettement. Cette situation change en partie dans la seconde partie du XXème siècle. Le café connaît en effet un développement important, particulièrement entre les années 1970 et 1980. Le contexte mondial d’augmentation de la consommation pousse de nombreux petits agriculteurs à s’investir dans la production. L’Organisation Internationale du Café (OIC) et des organismes étatiques dans les pays producteurs (l’Inmecafé au Mexique) s’emploient à stimuler les cultures, et à réguler les volumes et les prix, même si leurs interventions ne sont pas sans dangers pour les paysans (incitation à la monoculture, à l’utilisation de fertilisants et de pesticides, etc). Les chiffres sont éloquents pour le Mexique : en moins de 20 ans, le pays connaît un accroissement de 60% des surfaces de café cultivées, de 75% du tonnage récolté, de 100% du nombre de producteurs[1].

 

Cependant, au cours des années 1989-1994 une très grave crise, mondiale, détruit cette prospérité relative. La chute rapide des cours, liée à l’augmentation de la production, mais aussi et surtout, dans le contexte de la « globalisation », à une dérégulation drastique du commerce international et des politiques nationales (suppression des accords de l’OIC, fermeture  au Mexique de l’Inmecafé…) entraîne de lourdes conséquences dans toutes les régions de culture, et la ruine de millions de petits caféiculteurs. C’est de toutes façons là un des objectifs de la mondialisation néo-libérale : faire chuter les cours des matières premières par la dérégulation et le jeu du « libre » marché, dégager ainsi des profits fabuleux pour les grandes entreprises commerciales, des terres pour des cultures ou des activités plus rentables pour les trusts, disposer d’une réserve croissante de main d’œuvre très peu chère pour les industries et l’agriculture intensive…

Au Chiapas, de nombreux indigènes qui s’étaient lancés dans la production du café, et appartenaient souvent à des communautés reconstituées depuis 20 ou 30 ans, rejoignent les rangs des zapatistes. La crise, ainsi que la suppression en 1992 d’un article de la Constitution mexicaine garantissant le caractère inaliénable (l’impossibilité de vendre) des terres collectives (les ejidos), va peser sur la décision de soulèvement prise par les communautés sympathisantes des zapatistes, le 1er janvier 94.

La crise mondiale du café s’accroît en 2001/2002, avec la surproduction dans certains pays (le Vietnam, notamment, où d’énormes plantations ont été créées, au prix de l’expropriation des populations des hauts plateaux), et les cours s’effondrent à nouveau, se retrouvant à la moitié des prix de l’année précédente : moins de 0,45 dollars la livre de café vert.

Quelques chiffres montrent le résultat de ces crises des années 90, ces années d’accélération de la fameuse « globalisation » : au cours de ces 10 années, la production a augmenté de plus de 20 % (mais la consommation de 10 % seulement), tandis qu’au contraire le revenu des producteurs diminue de 12,5 milliards de dollars à 5,5 milliards. Par contre, les multinationales du café des pays industrialisés ( en fait des filiales de Philip Morris, Procter & Gamble, Nestlé…) ont vu leur chiffre d’affaire passer de 30 milliards à 60 milliards de dollars.

D’autres facteurs aggravent la situation : dans la plupart de ces pays, des intermédiaires (les coyotes mexicains, par exemple) imposent aux producteurs des prix inférieurs aux cours officiels. C’est ça ou le refus d’achat, ou encore les agressions perpétrées par des paramilitaires à leur service.

Un autre danger se profile à l’horizon : l’arrivée des OGM. Les « cerises » de café ne mûrissent pas toutes en même temps, et seules les mûres doivent être cueillies si l’on veut obtenir un café agréable à boire. L’incorporation d’un antibiotique à la chaîne génétique du café bloque dans un premier temps la maturation des graines, qui plus tard est déclenchée simultanément par un arrosage chimique. Cette technique  permettra de généraliser la mécanisation de la cueillette, et donc la suppression de dizaines de millions d’emplois de par le monde. De plus, comme pour les autres OGM, on ignore les conséquences réelles pour la santé humaine et l’équilibre des écosystèmes. Enfin, compte tenu de la dissémination possible des OGM, des régions entières, qui aujourd’hui essaient d’obtenir des appellations contrôlées ou des labels « biologiques », se verraient dans l’impossibilité de les obtenir…

 

LE CAFE ZAPATISTE DU CHIAPAS

 

Le Chiapas est une des régions où l’on trouve les meilleurs cafés. Ils poussent en altitude, dans les forêts humides des  Altos, les hautes terres. Mais le Chiapas est l’enjeu d’un  conflit majeur.

Le pouvoir fédéral, celui de l’Etat chiapanèque, les gros propriétaires et les multinationales développent d’importants efforts pour tenter de réduire et d’écraser le soulèvement zapatiste. Ce déploiement considérable (militaire, policier, financier) répond à un double objectif :

1)      l’Etat du Chiapas est très riche, notamment dans la forêt lacandone et les cañadas (pétrole, uranium, réserves en eau, production hydroélectrique, bois précieux, biodiversité, l’une des plus importantes de la planète). Les populations indigènes, refoulées dans les régions les plus inhospitalières par les colonisateurs, les éleveurs, les exploitants forestiers et les planteurs de canne et de café, sont à nouveau devenues gênantes. Pour l’Etat, pour les multinationales, il faut qu’une partie importante de ces indigènes quitte la région et rejoigne les périphéries urbaines, où les maquiladoras.[2] La voie sera alors libre pour la mise en place des grands projets d’exploitation de la région[3] (nouveaux barrages, cultures pour les trusts pharmaceutiques, complexes touristiques, etc)

2)      la rébellion des zapatistes du Chiapas est un très mauvais exemple, que pourraient bien suivre les autres communautés du pays[4] (au total, près de 15 millions de personnes). Cette rébellion est d’autant plus dangereuse qu’elle est essentiellement pacifique, que ses revendications se résument à une exigence forte de respect de la culture et de l’autonomie des indigènes, en même temps que la reconnaissance de leurs droits sur les terres dont elles ont besoin pour vivre.

 

Une des conséquences de la guerre de basse intensité livrée par l’Etat mexicain contre les indigènes zapatistes et leurs alliés est la division entre les communautés. Une partie minoritaire de la population est encore fortement encadrée par les partis politiques traditionnels (PRI notamment), avec des méthodes de clientélisme, de corruption, d’intimidation. Cette division a permis certaines organisations de paramilitaires ont pris le contrôle, avec l’aide de gros propriétaires et de dirigeants politiques (certains ont un passé de « gauche » ou d’«extrême gauche »), de plusieurs coopératives.  L’une d’entre elles a même obtenu, grâce à de puissants soutiens, une certification « commerce équitable » pour le café biologique qu’elle commercialise[5]. On trouve donc du café « bio », étiqueté «équitable », dont la vente profite directement à des paramilitaires ! Pour l’agriculture biologique, on connaît de nombreux exemples de ce genre. Pour ce qui concerne le terme « équitable » que certains labels et une partie croissante de la grande distribution ont adopté dans leurs « plan marketing », il convient d’être attentif et informé. Avec les moyens de communication actuels, on peut obtenir des informations précises, et tenter de les vérifier. On ne peut plus se satisfaire du droit de ne « pas savoir ».

 

LA COOPERATIVE MUT VITZ (LA MONTAGNE DES OISEAUX).

 

Cette coopérative, située dans la région des « Altos » est une des organisations zapatistes du Chiapas. Elle possède un fonds de solidarité à destination de ses membres (604 familles à l’été 2002). La culture du café n’est par ailleurs pas l’activité unique des adhérent-e-s de la coopérative. Ce sont avant tout des cultivateurs produisant leur alimentation : maïs, haricots, quelques volailles…. Il s’agit d’un travail complémentaire, quoique le plus important pour payer vêtements, médicaments, frais d’éducation, etc. Cependant, la  mévente du café frappe toujours de nombreux sociétaires, qui se trouvent obligés d’abandonner cette activité, et surtout leurs terres. La production de Mut Vitz, entièrement certifiée « bio » depuis cette année, a atteint les 400 tonnes en 2002.

 

LE RESEAU MUT VITZ

 

Jusqu’à présent, le café de Mut Vitz diffusé en France arrive à Hambourg. Une coopérative allemande, Café Libertad, effectue l’achat et l’importation. Nous avons des copies des documents concernant l’achat, les opérations de transport, de douane, etc.

Notre réseau s’étend en Allemagne, Espagne, Suisse, Italie[6] et depuis peu en France et en Suède. Il s’agit de le consolider et de l’élargir, sur la base de la création ou de la participation d’associations existantes, avec une indispensable coordination, un fonctionnement horizontal et démocratique. Les possibilités de son développement semblent énormes. Mais la commande totale pour la récolte 2003 ne dépassera pas les 85 tonnes pour l’Europe (à peine 12% de la production de Mut Vitz ; aux USA, un collectif solidaire achète 34 t. dans les mêmes conditions).

Le café vert en grains (café oro) est payé 1,41US$ la livre[7] à Mut Vitz (soit environ 30 pesos mexicains le kilo), qui garantit un minimum de 16 pesos[8] aux producteurs, organise la collecte, le tri  et l’acheminement jusqu’au lieu d’exportation, crée un réseau de vente dans le pays, constitue un fonds de solidarité, etc.). En comparaison, le cours officiel de l’arabica est de 0,44 US$ la livre[9], environ 8,5 pesos mexicains le kilo, et les « coyotes » paient généralement, en 2002,  6, 5, voire 4 pesos/kg aux producteurs. Cela donne une idée des marges bénéficiaires fabuleuses réalisées par les intermédiaires, et surtout par les multinationales de l’alimentation.

 

Le réseau diffuse actuellement le paquet de 500 gr de café torréfié et moulu (la perte à la torréfaction concerne 17 ou 18% du poids du café vert) à 6,10 €, qui se décomposent à peu près comme suit :

2,50 €  = matière première + transport Mut Vitz >Veracruz > Hambourg > Midi-Pyrénées.

1,60 €  = torréfaction, mouture, emballage, étiquettes…

2,00 € =  frais de distribution du café + constitution du fonds de roulement pour l’achat anticipé du café (afin de compléter la souscription et les ventes anticipées, il nous faudra encore procéder ainsi en 2003).Une fois le fonds constitué, tous les bénéfices seront reversés aux organisations zapatistes[10]. Les membres du réseau de distribution sont actuellement bénévoles, il n’existe aucune rétribution pour la participation aux activités. Cependant, il n’est pas exclu qu’avec le développement de la diffusion la création d’un emploi soit décidée par les associations. Un artisan assure la torréfaction en Midi-Pyrénées. Des associations existent en Bretagne, à Paris… Il nous semble fondamental de savoir comment se déroule tout le processus, depuis la culture, la cueillette…jusqu’à la torréfaction et la distribution. A tous ces stades, les critères concernant le respect des individus, de la terre, etc., doivent être clairs et précis.

Un café cultivé et/ou ramassé par des paysan-ne-s surexploité-e-s, transporté sur des navires dont les équipages n’ont pas de  statut clair (nous connaissons mal cet aspect, mais il faut y réfléchir), vendu dans des magasins qui font l’essentiel de leurs chiffres d’affaires sur la base de la spoliation de petits paysans locaux ou d’ailleurs, de la vente de produits contaminants, du travail d’employés sans droits ni salaires dignes..., ne pourrait être qualifié  d’«équitable ». Encore moins de solidaire.

Dans chaque département (ou région), le réseau pourra se construire en s’appuyant sur une ou plusieurs associations, du type loi 1901 (nous pouvons aider les personnes motivées à effectuer les démarches), qui géreront chacune sa propre diffusion, tout en participant au contrôle, à la réflexion, aux décisions, etc. Une rencontre vient de se tenir entre les différents groupes à Zurich…

Enfin, ce réseau contribue à (re)nouer des liens entre individus, collectifs, etc., autour de valeurs et d’objectifs concrets visant à construire notre propre autonomie et nos espaces solidaires, bien au-delà de la simple « consom’action » de ce café.

 

POUR LES PROCHAINES COMMANDES (2003) 

 

En octobre 2002 nous avons dû fixer la quantité à commander pour 2003 (et verser un acompte de 10 %, nous paierons le solde en avril). Cette commande est de 6 tonnes pour Midi-Pyrénées.

Il serait donc bien que les personnes et collectifs intéressés fassent leurs prévisions d’achat, en sachant que leur commande correspondra à un an de consommation, grosso modo de juin à juin. Cette commande devra être payée en avril 2003. La livraison se fera au fur et à mesure, en fonction des besoins des acheteurs, et des capacités de torréfaction, à partir de la fin mai.

 



[1] Lire Armando Bartra, El aroma en la historia social del café, in La Jornada  du28 juillet 1999.

[2] Les maquiladoras sont des usines d’assemblage, nécessitant généralement une main d’œuvre peu « qualifiée » mais habile manuellement, et où les droits sociaux, syndicaux, etc., sont pratiquement inexistants, les salaires très bas. De plus, ces usines sont susceptibles d’être démontées du jour au lendemain, et réinstallées dans une autre région du pays ou du monde, en fonction de la conjoncture.

[3] La Commission Civile Internationale d’Observation des Droits Humains (CCIODH) a récemment publié en plusieurs langues un document contenant des analyses détaillées sur ces projets, dont le fameux Plan Puebla Panamá.

[4] Dans les Etats d’Oaxaca et du Guerrero, et ailleurs, la population indigène est nombreuse et tout aussi marginalisée, mais également engagée dans des processus de résistance, parfois armée. D’autres mouvements paysans, métis comme indigènes, s’opposent vigoureusement aux ravages du capitalisme néolibéral. L’impressionnante mobilisation des paysan-ne-s d’Atenco contre la construction d’un aéroport sur leurs terres en témoigne.

[5] Consulter à ce sujet le document réalisé par le collectif « Ya basta » de Paris, sur son site www.zapata.com , intitulé « Le scandale de la certification commerce équitable ». La coopérative à laquelle nous faisons allusion est la SOCAMA, liée au PRI et au groupe paramilitaire « Paz y Justicia », auteur entre autres du massacre de 45 femmes et enfants à Acteal fin 1997.

[6] Les associations dans ces deux derniers pays importent chacune directement un container  de 17 tonnes.

[7] Il s’agit de livres anglaises, soit 0,453 kg.

[8] Ce chiffre est imprécis, les paysans livrant à la coopérative des bultos de 60 kg, sacs de grains encore dans leur enveloppe interne, le parche. Des variations de poids interviennent. Nous recherchons des informations  plus complètes.

[9] Ces cours fluctuent en permanence…

[10] La rébellion zapatiste est radicale, et comporte même une organisation armée, mais elle s’affirme en même temps fondamentalement pacifiste. Les représentant-e-s de l’EZLN ont clairement énoncé qu’ils ne demandaient aucune aide à personne. Ils ont précisé que tous les dons provenant malgré tout de groupes et individus solidaires de la cause zapatiste, dans ce contexte de guerre subie par les communautés, ne serviraient en aucun cas à des achats d’armes.
 

   
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Pour contacter le réseau sur Toulouse :    mut.vitz31@laposte.net

Infos directes : MUT VITZ 31   10, rue des Blanchers

31000  Toulouse