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Le conflit dans la zone des Altos.

Bulletin ' La opinion ' n°75, élaboré par le Centre d'information et d'analyse du Chiapas (CIACH). [ONG créé en 1985]



     
Au Chiapas, au contraire de la région zapatiste de la 'forêt' où la population est à peu près politiquement homogène, dans les 'Altos' beaucoup de conflits inter-ethniques ont lieu, dûs à des divergences d'opinion. Il est très important de savoir que le Chiapas n'est pas dans sa globalité solidaire des Zapatistes. Le gouvernement a su séduire une partie de la population indigène, notamment en leur expliquant que leur intérêt économique était la coopération avec le gouvernement. Ce texte montre, entre autres, quelques uns de ces moyens employés par le gouvernement.

 
   
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Ces dernières semaines, dans le cadre du déplacement du conflit de la zone nord à la zone tzotzil, ont eu lieu plusieurs actes de violence dans la région.

On peut signaler quelques dates : dans la municipalité de Chenalho, de mai à septembre, l'on a enregistré pas moins de 3 morts, un disparu, des maisons brûlées et dévastées et plus de 1000 personnes qui ont dû quitter leur village. Pendant ce temps les priistes ont sollicité la permission de détenir des armes à feu. A Pantelho, rien qu'au mois de octobre, on a enregistré 4 morts et 6 disparus ; et le 5 octobre, l'on a enregistré 3 morts à Simojovel. A Tila un paysan du groupe " Paz y justicia " a lui aussi été assassiné.

Pourtant, Chenalho, San Andrés et les municipalités rebelles de la région ne sont pas les seules à avoir des difficultés à construire un processus menant à l'autonomie. Ces derniers jours, l'on a enregistré des conflits à Paso Hondo, municipalité de Frontera Comalpa (à la frontière avec le Guatemala) où a été installée la mairie de la municipalité rebelle " Tierra y libertad " il y a quelques mois. Des affrontements entre les Zapatistes liés au FOCIS (front d'organisations paysannes indigènes de la Sierra) et les groupes priistes pour la conquête du pouvoir local vont continuer encore les jours prochains.

Jusqu'à présent l'on a répertorié, dans la zone Nord et dans les Altos, 4 groupes paramilitaires : " los degolladores (les égorgeurs) dans la municipalité de Chamula, " Mira " à Oxchuc, " Mascara Roja "(masque rouge) à San Andrés, " los Chinchulines " à Chilon et " Paz y justicia " (paix et justice) à Tila, Sabanilla, Tumbala et Salto de Agua.

Les problèmes des zones des Altos comme celles du Nord n'ont pas leurs origines uniquement dans la politique mais aussi dans les intérêts économiques très importants. Pour le montrer, il suffit de mentionner que le Mexique importe annuellement 800 mille tonnes d'huile et de graisse et que la palme africaine est donc, pour le gouvernement et les entreprises privées, une ressource stratégique alors qu'elle n'est produite qu'au Chiapas (le Mexique est le deuxième acheteur d'huile de palme africaine du continent derrière les Etats Unis). (...) Même si les autorités officielles promettent de développer ainsi l'emploi, la palme africaine favorisera particulièrement l'initiative privée qui a gagné ce monopole.

Zedillo est allé dans la zone des Altos.
Ces jours-ci, le président Ernesto Zedillo Ponce de Leon, lors de sa septième visite dans l'état, a rencontré les représentants de 17 municipalités de la zone des Altos.

Quatre messages clairs sont ressortis de sa visite.
1) la signature d'un accord social pour le bien-être et le développement de la zone des Altos, avec un budget de 309 millions pour 140 communautés indigènes. Il a insisté sur le fait que durant son administration, une subvention publique de plus de 56 milliard de pesos a été versée en trois ans. Pourtant, lors d'une assemblé, les RAP (Régions Autonomes Pluri-ethniques ) qui regroupent 360 communautés indigènes de 24 municipalités des zones des Altos, du centre, du Nord, de la forêt, Frailesca et de la Sierra, rejetèrent cet accord. D'autres part, les dix miles personnes ayant subis des dommages lors de la tourmente au Suchiate ont été absent de son discours.

A ce propos, on doit signaler que l'une des tables de négociation entre l'EZLN et le gouvernement fédéral est la "Table 3 : développement et bien-être social".

Le président a décrit sa stratégie des négociations ainsi :
a) il refuse d'appliquer ce qui a été signé à la "Table 1 : droits et culture indigène" argumentant que l'autonomie serait la balkanisation du pays et la fin de l'unité de la nation mexicaine.
b) il reste à la moitié du chemin, après les deux premières phases mais avant de rédiger l'accord et de le signer, dans la négociation de la table 2 : "justice et démocratie" dont les thèmes touchaient à l'épine dorsale du système économique, politique et démocratique du pays et qui inévitablement dépassaient la problématique du Chiapas. Il a transmis cette table, qui aurait aussi bien pu s'appeler "pour la réforme de l'état", au Congrès de la fédération des états du Mexique, argumentant que la fête démocratique était arrivée dans le pays et cela par la voie électorale, de la même manière qu'auront lieu les changements dans le pays, et non sous la pression d'un groupe armé.
c) il est venu à la table 3 : "bien-être et développement" avec des accords entre le gouvernement fédéral et celui de l'état, utilisant les mêmes termes de la négociation mais en essayant d'étouffer les réclamations du programme et de rendre cette table obsolète, puisque les thèmes du "bien être et développement" auront déjà été traités.
2) le président à rencontré les représentants des "centre de vigilance social" (CAS) du programme des Canadas (" zone de conflit " ou " zone tzeltal ") avec des syndicats d'Ejidos, représentants des conseils consultatifs de San Quintin (principal bastion militaire d'Ocosingo). C'est ainsi qu'il contribue à dissiper les raisons de la " haine ".

3) Il a inauguré la première tranche de la construction de l'aéroport de San Cristobal de Las Casas qui, comme pour celui de Tuxla Gutierrez, pourra être contrôlé par l'armée.
4) Les derniers jours, le président a envoyé plusieurs messages à l'EZLN : "maintenant la rébellion n'est plus justifiée au Chiapas" ; "les raisons pour la haine et l'affrontement ont disparu" ; le sous-commandant Marcos "est un idéaliste qui n'a pas choisi la bonne méthode." ; " persévérant, nous continuons, avec le gouvernement, à attendre des réponses alors que nous aurions pu recourir à la force, à la force véritable (militaire)" ; il faut faire un "pas significatif pour arriver à obtenir la paix", pour amener la négociation pacifique "jusqu'à leur conséquences ultimes". D'autres parts, le président Zedillo appelle les parties concernées à trouver de nouvelles voies pour le dialogue : alors qu'il en est déjà partie prenante par la délégation gouvernementale qui le représente.
Cette visite de Zedillo au Chiapas a eu lieu alors que la " Comision de Concordia y Pacificacion (COCOPA) annonçait qu'elle travaillerait à modifier son règlement interne et ses modes de fonctionnement. Pendant que la COCOPA continuait d'insister pour que les accords de San Andrés (ceux de la table 1 sur les droits et la culture indigène) soient appliqués par l'exécutif ; l'évêque Samuel Ruiz déclara qu'effectivement, tout est resté pareil ou même pire qu'au début du conflit. D'autre part, les évêques de la Conférence Episcopale Mexicaine (CEM), ainsi que d'autres églises, persistent à se prononcer en faveur d'une solution rapide aux problèmes des zones Nord et des Altos.

Pourtant, en France, le président Zedillo n'a pu se sortir du procès qu'ont menés contre lui les ONGs. Amnesty internationale, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, la FIDH, France liberté, l'Arc de la fraternité et Reporter sans frontière, ont mis en cause, parmi d'autres aspects, l'attitude du gouvernement à propos des droits de l'homme aux Mexique, entre autres questions.

A travers la récente rencontre des rassemblements d'organisations sociales telles que les Régions autonomes pluri-ethniques (RAP), la Coalition des organisations autonomes d'Ocosingo (COAO), le FACMLN, le UMOI, OCEZ-CNPA, OCEZ casa del pueblo et d'autres fronts et axes d'articulations des forces paysannes l'on peut prévoir de futurs rapprochements, des alliances et des mouvements qui donneront une nouvelle impulsion au mouvement paysan de l'état. Ces forces commencent à bouger et le scénario politique qui permettrait de deviner son futur immédiat pourrait arriver très bientôt : le dimanche 12 octobre, "jour de la race", "jour de la résistance indigène", "jour des 504 ans de la résistance indigène, noire et populaire".