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Droits indigènes et identités.

Article de Leopoldo Zea (philosophe) paru dans l'Excelsior (journal pro-gouvernemental) du 19 octobre 1997.



     
Au contraire de l'idéalisme envers la démocratie indigène exposé dans les textes précédents, celui-ci dénigre ce projet. On voit dans ce texte une attitude conservatrice qui va à l'encontre des accords de San Andrés et de l'espoir des communautés indigènes de se prendre en charge, au lieu d'être soumises à la dictature du néolibéralisme. Il ne veut pas leur reconnaître le droit à être différent, ni que dans leur situation, ils ont besoin de conditions particulières pour atteindre la même dignité que les autres Mexicains. Voici donc une des opinions que l'on va combattre, mêmes si la question de la discrimination positive en général reste ouverte.

 
   
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Parmi les récentes turbulences politiques, certaines personnes insistent à nouveau en faisant pression avec de nouvelles menaces*, sur la reconnaissance de l'autonomie des communautés mexicaines aux quelles appartiennent ceux que l'on appelle indigènes : expression qui souligne le désir persistant de séparer de la nation ces Mexicains là, tout en présentant cette intention comme un acte de justice envers eux. C'est la reconnaissance de quelque chose qu'ils ont été et qu'ils auraient pu redevenir si l'histoire n'avait pas existé.

Elles font référence à la situation perverse "d'apartheid" que la colonisation espagnole appliquait aux individus, aux " homuncules ", que découvrirent les conquistadores.

C'est la même ségrégation que les conquérants puritains du Far West appliquèrent à la race indigène qu'ils rencontrèrent aux Etats Unis. Maintenant on insiste sur cette question, mais au nom de la démocratie que l'on est en train de mettre en place au Mexique. C'est cette ségrégation que l'on devrait légaliser, pour le bien de ces Mexicains, et cela soi-disant pour respecter leur droit à rester marginalisés depuis 500 ans.

Ma préoccupation pour cette aberration est soutenue par le travail, d'un anthropologue mexicain respecté, Roger Bartra, exposé à la Convention d'Aguascalientes organisée par l'EZLN [en1994],. C'est là qu'il a critiqué que pour définir les soi-disant caractéristiques ethniques d'origine pré-hispanique " l'on fasse référence à des critères hérités du système espagnol de domination coloniale. Comment pourrait-on définir - demande t'il - l'identité indigène au moyen des mêmes éléments que ceux qui ont contribué à sa destruction ?" ce ne sont pas les caractéristiques de peuples qui se sont développés librement, mais celles que leur a imposé la colonisation pour les discriminer. L'identité indigène que l'on dit vouloir préserver est celle qu'a engendré la colonisation espagnole pour séparer les gens qui n'étaient pas considérés comme les semblables des colonisateurs. Elle a été imposée à des peuples qui, si vraiment ils ont conservé des caractéristiques propres, l'ont fait en fonction de leur situation de vaincu par laquelle il leur a été interdit d'entrer dans le monde de leur vainqueurs. La situation de servitude est conservée, y compris à travers le métissage, ce que les Espagnols avaient déjà appris sous la domination arabe. Les métis Mexicains se mélangent, mais en maintenant en tant que fruit du mélange, l'arrogance de leur supériorité. " Qu'est-ce qu'on peut faire de ces gens ? qu'ils viennent juste travailler jusqu'au coucher du soleil, puis ils retourneront dormir dans leurs huttes et leurs communautés !"

Des forces politiques et des intellectuels, dit Roger Bartra, " envisagent la possibilité d'établir, parallèlement aux mécanismes républicains, de nouvelles formes de gouvernement basées sur l'autonomie d'un système appelé indigène, avec des règles, des us et coutumes qui pourront exercer la violence légale ". Cette idée est, dans bien des cas, la transposition (réelle ou imaginaire) de formes coloniales de domination. C'est à dire que certains caractères propres à la structure coloniale espagnoles ont été élevés au statut d'éléments normatifs indigènes avec des caractéristiques ethniques pré-hispaniques ". Ces visions " sont tout aussi exotiques que celle du vaillant Peau-Rouge de la mythologie des westerns ".

C'est la même transposition de la domination coloniale sur l'indigène que celles de leurs habitudes, de leurs vêtements, dont l'origine se trouve dans les habitudes, les danses indigènes, dont certaines sont une copie de celles des peuples d'Estremadure, terre d'origine des conquistadores. Cela s'est produit aussi au Pérou et en Bolivie. En Bolivie on peut voir des femmes indigènes parées du chapeau melon anglais. Aux Philippines, les autochtones étaient obligés de laisser libres les pans de la chemise espagnole, en réaction ils les ont décorées pour en faire des Sarong Tagalo. Les rabbins juifs continuent en Israël de se vêtir de l'habit noir et du chapeau que leur ont imposé leurs persécuteurs pour les distinguer. Roger Bartra analyse les caractéristiques des formes de gouvernement qui sont considérés comme étant indigènes, mais qui ont été adaptées à la réalité que leur imposait la domination coloniale.
" en résumé - dit Bartra -, les systèmes de règlementations indigènes, ou ce qu'il en reste, sont des formes coloniales politico-religieuses de l'exercice de l'autorité, modifiées profondément par les guerres et les répressions, dans lesquels on peut à peine distinguer la survivance d'éléments pré-hispaniques ". Cette conclusion ruine les projets de ségrégation modernes. " je pense - ajoute t'il - que loin de former un nouveau projet pour la nation, ce projet fait partie de la putréfaction du vieux modèle autoritaire. L'installation de gouvernements basés sur les us et coutumes font parti du mal mais pas du remède. Je crois que dans beaucoup de cas, au lieu de renforcer la société civile, ils sèment des graines pour la violence. Ce ne sont pas des graines démocratiques, mais des sources de conflits ".


Merci, professeur Bartra ! cela confirme ma conviction que la justice que viennent réclamer sans cesse les Mexicains que l'on appelle indigènes, n'est pas de leur faire accepter leur propre discrimination. La justice, c'est de les incorporer à la nation avec les mêmes droits et les mêmes opportunités qui sont octroyées à tous les Mexicains.