
  |
 |
 |
Le Congrès National Indigène (CNI) exprime ici sa profonde préoccupation
à propos de la vague de violence et de la militarisation dont souffrent
les zones indigènes de l'ensemble du pays. Les communautés indigènes
subissent des pressions et des intimidations, particulièrement dans le
cadre du processus électoral. C'est une campagne qui affaiblit les formes
traditionnelles de la démocratie propres aux peuples indigènes en
les incitant par la peur à voter en faveur du parti d'Etat.
Nous indiquons ici quelques-uns des faits significatifs de cette violence :
* Nous condamnons l'emprisonnement de Juan et Marcos Zamora Gonzalez, dirigeants
chinantecos du Conseil Indigène d'Uxpanapa (CIUX), emprisonnés
pour des raisons politiques, dans la ville portuaire de Veracruz.
* Le CNI considère comme étant un fait extrêmement grave
le harcèlement à l'encontre de la dirigeante nahua Rogelio Justo,
de la Sierra de Manantlan dans l'état du Jalisco ; menacée de
mort et accusée de délits auquel elle n'a rien à voir.
* Dans ce même Etat, Carlos Chavez, de l'Association (de Jalisco) de Soutien
aux Peuples Indigènes (AJAGI) subit diverses intimidations et menaces.
* Au moment où nous écrivons, nous sommes toujours sans nouvelles
de José Pineda Pacheco, président de l'OCICI basée à
Chilapa dans l'état du Guerrero, enlevé le 27 juin dernier.
* Le 15 juin, le dirigeant popoluca, Albano Manuel Garcia, membre de la Coordination
Nationale des Peuples Indiens (CNPI) a été assassiné à
Sabatnas, commune de Zoteapan, Veracruz, sans que jusqu'à présent
les responsables aient été arrêtés.
Comme vous le savez, le Chiapas a subi avec une violence particulière
ce harcèlement à l'encontre des populations indigènes.
Dans cet état, la violence a été dirigée spécialement
contre les dirigeants (sociaux et communautaires). Les efforts pour imposer
une réorganisation, forcée et unilatérale, des municipalités,
sans prendre en compte les acteurs sociaux ni les représentants et la
tolérance envers les groupes paramilitaires qui ont commis ces dernières
semaines des actes d'une violence particulière dans le nord du Chiapas,
sont quelques-unes des manières employées pour introduire le conflit
à l'intérieur des communautés. La militarisation de larges
zones de l'état, en particulier dans les régions des Altos et
de la Forêt, dépasse aujourd'hui les records antérieurs.
Il a été signalé, par exemple, que des convois militaires,
composés parfois de 180 véhicules, ont traversé jusqu'à
trois fois par jour la communauté de La Réalidad ; ils étaient
armés de bien plus que de propagande électorale.
Ce sont les faits les plus graves qui ont été signalés
dans les zones indigènes, mais ce ne sont pas les seuls. Des membres
du CNI continuent à enregistrer des actions d'intimidations et les évidences
de l'augmentation de la militarisation dans la Huasteca de Veracruz, les montagnes
du sud de l'état de Oaxaca, la zone est et centrale de la péninsule
du Yucatan et diverses autres régions de l'état de Guerrero. Les
groupes paramilitaires et les pistoléros à la solde des caciques
ne sévissent pas uniquement au Chiapas. Dans les états de Veracruz,
Puebla, Oaxaca et Guerrero existent aussi des bandes armées similaires
au tristement célèbre " Paz y Justicia " actif dans
la zone nord du Chiapas.
A cette escalade de la violence s'ajoute le harcèlement à l'encontre
des territoires indigènes qui ont exprimé leur volonté
de ne pas participer au processus électoral du 6 juin prochain. On peut
distinguer à ce propos l'agression constante qu'ont subi la zone mazatèque
d'Eloxochitan et la région mixe du Oaxaca. Les dénonciations,
provenant majoritairement de régions indigènes, qui arrivent à
la Commission de Suivi du CNI, signalent l'existence d'une campagne visant à
soumettre à conditions l'accès aux services publics et à
ne satisfaire des démarches administratives qu'en échange de votes
en faveur du PRI. Les campagnes électorales des représentants
du parti d'Etat sont basées sur le marchandage de divers appuis aux communautés,
tel que des subventions, des bourses aux étudiants, etc.
La campagne de harcèlement se poursuit par la fermeture unilatérale
d'espaces que les peuples indigènes ont gagnés dans leur lutte.
La politique de restriction appliquée à l'université Pédagogique
Unie et Nationale d'Ajusco, par laquelle ils refusent d'envoyer les convocations
pour la licence en éducation indigène pour 1997-98, en est une
preuve. Les autorités responsables la justifient par la décentralisation
de l'éducation. Nous considérons ce fait comme un coup porté
à l'un des rares projets destinés à former des spécialistes,
indigènes, en éducation, qui a aidé les peuples indigènes
durant déjà douze générations.
Ce ne sont pas des faits isolés, mais une stratégie globale impulsée
par le gouvernement mexicain pour limiter les processus d'organisations autonomes
des peuples indigènes qui ont soutenu la lutte de leurs frères
de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale.
C'est pourquoi le CNI exige que le gouvernement mexicain cesse la répression
et le harcèlement à l'encontre des organisations et des peuples
indigènes du Mexique. Et en particulier, il exige la libération
de Juan et Marcos Zamora Gonzalez, le respect de l'intégrité physique
de Rogelia Justo et Carlos Chavez, la réapparition en vie du professeur
José Pacheco Pineda et que soient punis les assassins de Albino Manuel
Garcia.
Le CNI exige le retrait des unités militaires installées dans
les régions indigènes du pays.
En conséquence de ce qui a été exposé précédemment,
les membres de la Commission de Suivi du CNI estiment que dans leurs régions,
il n'existe pas de conditions de sécurité et d'équité
suffisantes pour le processus électoral actuel. Le Congrès National
Indigène lance un appel urgent aux organisations de la société
civile pour qu'elles se prononcent contre cette escalade de la violence dont
souffrent les populations indigènes du Mexique.
Plus jamais de Mexique sans nous.
|
 |
 |