De là-bas jusqu'ici


                            



Jamais plus un Mexique sans nous !

Déclaration du Forum national indigène



     
Avant de signer avec le gouvernement les accords de San Andrés sur les droits et la culture indigène, l'EZLN voulait l'approbation des populations indigènes au niveau national. L'EZLN invita les organisations indigènes afin d'en discuter à San Cristobal en janvier 1996. Ainsi s'est constitué le Forum National Indigène. Au mois de février, le FNI a décidé de se déclarer forum permanent (FNIP) et il a appelé tous les peuples indigènes du Mexique à une assemblée nationale qui a donné naissance au Congrès National Indigène. Ce texte émane de la réunion de fondation du CNI, où pour la première fois une personnalité zapatiste, la commandante Ramona, a pu être présente " officiellement " dans la capitale fédérale. L'EZLN a donc joué un rôle fondamental de rassembleur du mouvement indigène autour des revendications indigènes.

 
   
haut de la page

Nous les représentants de peuples et organismes indigènes réunis au congrès du 8 au 12 octobre 1996 à Mexico, proclamons de façon solennelle la déclaration suivante :

AYANT CONSTATE l'exploitation historique et la discrimination dont nous, les peuples indiens souffrons depuis 504 ans au cours desquels notre capacité à conduire nous-mêmes notre destin n'a jamais été reconnue.

NOUS REAFFIRMONS : la continuelle résistance indigène qui s'est manifestée au cours des vingt dernières années par l'essor de ces mouvements répondant vigoureusement à cette situation et aux multiples tentatives de cooptation gouvernementale.

NOUS OBSERVONS QUE : alors que certains secteurs de la Société offrent une solidarité croissante à ces mouvements, d'autres secteurs maintiennent une attitude discriminatoire et d'exclusion.

NOUS DENONCONS : le gouvernement qui a répondu à notre légitime mobilisation par la militarisation de presque toutes les régions peuplées d'indigènes et rurales du pays, par les persécutions des organisations et de ses dirigeants, la duperie, le mensonge et la menace des tout puissants.

NOUS DECLARONS
Qu' aujourd'hui nous rendons hommage comme nous l'avons toujours fait, à ceux qui nous ont reconnu en tant que citoyens et qui nous ont soutenu contre tout et contre tous, pour notre libre détermination. Qui faut également rendre hommage à ceux qui nous ont appris à rester ce que nous sommes et à garder l'espoir de la liberté.
Que c'est en leur nom que nous parlons aujourd'hui pour dire à tous nos frères et soeurs de ce pays, qu'en nous inspirant de nos cultures, nous avons échafaudé ensemble une Nouvelle Patrie dans nos territoires. Cette patrie qui a voulu exister sans nous, n'a jamais pu en être une véritable.
Que nous nous sommes prêts pour l'action. Nous sommes sur le pied de guerre. Nous sommes déterminés à tout, à lutter jusqu'à la mort. Cependant, nous ne frappons pas le tambour pour la guerre, mais brandissons le drapeau de la paix. Nous voulons fraterniser avec tous les hommes et toutes les femmes qui en nous reconnaissant, reconnaissent leurs racines.
Que nous ne céderons pas notre autonomie. En la défendant, nous défendrons celle de tous les quartiers , de tous les villages, de tous les groupes et communautés qui, comme nous, revendiquent la liberté de décider de leur propre destin, et avec leur aide nous permettrons au pays d'avoir la grandeur qu'il mérite. Ce pays continuellement plongé dans une ignoble violence, par un petit groupe avide.

Pour toutes ces raisons, NOUS EXIGEONS,

PREMIEREMENT : la reconnaissance juridique constitutionnelle de notre existence toute entière en tant que peuple, et également la reconnaissance de notre droit inaliénable à notre choix d'autonomie à l'intérieur de l'Etat mexicain.

DEUXIEMEMENT : la reconnaissance constitutionnelle de nos territoires et des terres de nos ancêtres qui représentent la totalité de notre habitat où nous recréons notre existence matérielle et spirituelle en tant que peuples.

TROISIEMEMENT : la reconnaissance des normes indigènes pour la construction d'un système juridiquement pluraliste qui s'intégrerait aux conceptions et pratiques régissant les fondements sociaux de la société mexicaine.

QUATRIEMEMENT : la reconnaissance de nos particularités, ainsi que de notre capacité à nous gouverner avec une vision propre, où l'autonomie et la démocratie seraient l'expression du pouvoir du peuple.

CINQUIEMEMENT : la reconnaissance globale de tous nos droits sociaux, politiques et culturels pour l'affirmation, l'épanouissement et la stabilité de nos peuples et communautés.

SIXIEMEMENT : l'application immédiate et totale des Accords du Bureau I sur les Droits et la Culture Indigène du Dialogue de San Andres Sakamch'en de los Pobres, Chiapas, qui constitue un premier pas déjà conquis par les peuples indigènes, ainsi que les accords de ce Congrès et l'immédiate constitution de la Commission de Contrôle et Applications.

SEPTIEMEMENT : la démilitarisation des zones indigènes du pays, l'arrêt des hostilités envers les organisations indigènes, sociales et ses dirigeants, la libération des prisonniers politiques ainsi que les indigènes injustement arrêtés, en particulier des prisonniers présumés zapatistes

NOUS PROPOSONS

I : de participer à la construction d'un nouveau pacte social qui se baserait sur la reconnaissance de notre pluralité, de la diversité de nos cultures et de la richesse de nos différences.

II : de s'acheminer vers une nouvelle Constitution qui, avec l'aide efficace de tous et de toutes, puisse former un projet global et pluriel.

III: de procéder aux réformes de la Constitution, des lois et des institutions existantes, dans le but de créer des espaces politiques qui remettent en question notre transition vers la démocratie et animent un authentique dialogue national précédant le Congrès Constituant effectivement démocratique.

IV : d'épauler notre lutte par une volonté résolue et constante de transformation pacifique pour la conquête au quotidien de la paix dans la justice et la dignité : une paix dans la démocratie et la liberté.

V : d'intensifier la lutte par la satisfaction des demandes en attente, en particulier, pour la reconnaissance d'autonomie aux niveaux des régions, pour les réformes de l'article 27 qui garantissent le respect à la terre et les territoires des peuples indigènes, ainsi que la reconnaissance du pluralisme juridique, pour ne citer que ceux-là.


Pour atteindre ces grands objectifs, nous lançons un appel à tous nos frères et soeurs indigènes, à tous les peuples, aux communautés et organisations, au mouvement indigène national dans son ensemble, à unir nos volontés pour renforcer l'unité du mouvement indigène national et alimenter ainsi notre lutte d'espoir et notre futur de paix. Nous devons développer un programme de lutte, d'unité, de résistance, de reconstruction, de transformation de notre société. Nous lançons également un appel fraternel pour un Grand Dialogue avec la Société Civile dans le but de penser ensemble à la transformation du Mexique vers une société plus juste, humaine et démocratique. Aujourd'hui, nous déclarons :

Jamais plus un Mexique sans nous !
Jamais plus un indien contre son propre frère !
Jamais plus un peuple sans espoir !