De là-bas jusqu'ici


                            



Les ONGs jugent Zedillo.

Article d'Alberto Aziz Nassif. La Jornada. Octobre 1997.



     
Cet article de la Jornada analyse le passage du président mexicain E.Zedillo à Paris en octobre 1997. Les ONGs ont durement critiqué le gouvernement mexicain à propos du non-respect des droits de l'Homme. On y voit l'importance de l'opinion internationale ; ce qui pourrait nous motiver à nous mobiliser pour soutenir la lutte zapatiste à travers les revendications des droits de l'Homme. On connaît les limites de la seule perspective des droits de l'Homme qui masque, notamment, la critique plus large à l'encontre du pouvoir économique. Cependant le respect de l'intégrité physique et morale des personnes, est un premier pas indispensable vers la Justice.

 
   
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Rarement on a vu le président Ernesto Zedillo et son gouvernement confrontés à une accusation aussi critique que celles lancées par les représentants des organisations non gouvernementales (ONG) à Paris dimanche dernier. L'affirmation fut directe : il existe au Mexique une situation grave et qui empire en ce qui concerne la violation des droits de l'homme. Elle est même pire que celle de certaines dictatures latino-américaines. Les arguments des ONGs ont mis le gouvernement mexicain dans une position très délicate. Ce qui n'est pas le cas pour les gouvernements mexicains qui soutiennent le développement stable pour lesquels les critiques étrangères ne les dérangent pas, parce qu'en fin de compte elles n'ont pas de répercussions importantes à l'intérieur du pays. Aujourd'hui par contre, il s'agit de la globalisation et de la possibilité d'un accord commercial entre le Mexique et l'Union Européenne, une espèce de TLC avec l'Europe. Ce n'était pas seulement une dénonciation, ni encore moins une vengeance politique de la part des ONGs, mais quelque chose de plus profond.

Lors de ces voyages, les fonctionnaires mexicains doivent affronter des médias libres, des organisations sociales qui sont les interlocuteurs des gouvernements et surtout, des sociétés qui ont atteint un développement beaucoup plus généreux et équilibré que le nôtre. Avec ces voyages, les gouvernements mexicains peuvent vérifier qu'ils ont chez nous des marges de manoeuvre et une confidentialité que n'ont pas leurs homologues étrangers. L'une des caractéristiques les plus importantes qu'ont obtenues les pays qui ont une démocratie solide est celle d'un large respect des droits de l'homme ; ce n'est pas seulement une politique de l'état, mais des conditions que doit respecter aussi le secteur économique. Le monde politique des sociétés complexes qui ont atteint un haut niveau de diversification, de pluralisme et d'autonomie, ont derrière elles une organisation sociale forte qui organise des pans importants qui ne sont couverts ni par le gouvernement ni par les entreprises. Cette portion, appelée troisième secteur et connue couramment comme étant le monde des ONGs, est maintenant le petit caillou dans la chaussure du gouvernement mexicain. Ici au Mexique, il y a de multiples réseaux composés de ces organisations qui se battent durement pour la démocratie et les droits de l'homme, mais le problème c'est que sur ces terres mexicaines le gouvernement ne veut même pas les voir et encore moins les écouter. Le président mexicain a payé cher le fait d'avoir écarté le secrétaire général d'Amnesty Internationale, Pierre Sané, qui détenait un rapport terrible sur la situation des droits de l'homme au Mexique (et 17 recommandations ): militarisation de plusieurs zones du pays, détentions arbitraires, disparitions de dissidents, exécutions sommaires, torture, opérations anticonstitutionnelles, intimidation des médias, assassinats de journalistes, manière aléatoire et désorganisée de rendre la justice et déficience des institutions. De fait, cette situation est la contrepartie de ce qui se passe avec la crise de la sécurité publique, avec le Chiapas et la guérilla de l'EPR, avec la guerre interne entre la classe politique priiste, avec la destruction sociale engendrée par la crise et avec le narcotrafic.

Est-il possible que le pays se reconnaisse dans ce rapport et ces dénonciations des ONGs sur la grave détérioration des droits de l'homme ? Comment peuvent être compatibles ce Mexique barbare avec celui que nous avons vécu le 6 juillet dernier ou avec les progrès à l'assemblée ? cette dualité est sans aucun doute, un des problèmes centraux de la situation politique actuelle, parce que ces deux panoramas sont certains : il existe une décomposition sociale et un affaiblissement institutionnel de l'état, mais en même temps il y a des élections plus transparentes. Pourtant ces dernière ne semblent pas pouvoir résoudre la crise politique de l'état. Il y a quelques jours Adolfo Gilly l'a exposé ainsi : " nous ne voyons pas une limitation du pouvoir présidentiel et un accroissement du rôle du parlement. Ce que nous voyons c'est une fragmentation du pouvoir du président, une crise de la relation " commander en obéissant " et une longue guerre de bandes et de mafia à l'intérieur du gouvernement et en dehors de lui. Nous voyons une décomposition du pouvoir existant, sans que ne s'ébauche encore une alternative qui stabilise et calme les conduites "(la Jornada, 2/10/97).

Le procès des ONGs à Paris n'est que l'expression d'une crise que le gouvernement mexicain n'a pas voulu affronter ni résoudre. Avec cette crise le processus politique mexicain de transition [vers la démocratie] ressemble beaucoup plus à la Russie qu'à l'Espagne. C'est là le problème de fond.

Ce qui manque à notre pays pour arriver à un système politique démocratique se voit très clairement lorsque le gouvernement effectue des visites à l'étranger.