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Troisième anniversaire du soulèvement zapatiste.
Les communautés indiennes du Chiapas ont fêté le
troisième anniversaire de l'insurrection ; à La Realidad,
habitants et visiteurs ont écouté des poèmes, présenté
des sketchs et assisté à une représentation, donnée
par des combattants de l'EZLN, de la prise de Las Margaritas (janvier 1994).
Ensuite, tout le monde a dansé... Des avions et hélicoptères
militaires ont survolé le village à plusieurs reprises.
Au cours de la fête, le major Moisés a lu deux communiqués
de l'EZLN. Dans le premier, les zapatistes font savoir que le 19 décembre,
la COCOPA leur a transmis le document portant les "observations"
du gouvernement sur la proposition de loi indienne : "La réponse
de M. Ernesto Zedillo à la [proposition de loi de la] COCOPA n'a
pas été un «oui» ou un «non», comme
attendaient la COCOPA, l'EZLN et l'opinion publique. Cependant, pour montrer
sa bonne volonté, l'EZLN a répondu qu'elle analyserait, avec
son équipe de conseillers ainsi que le Congrès National Indigène,
le document envoyé par le gouvernement fédéral".
Le communiqué annonce une rencontre entre la COCOPA, la CONAI et
l'EZLN les 11 et 12 janvier, pour échanger leurs positions. Il dit
aussi que "L'EZLN veut préciser que, à aucun moment,
la négociation sur les accords de San Andrés (...) n'a été
réouverte". Le texte invite le Congrès National Indigène
et les conseillers zapatistes à "une importante réunion
de travail qui aura lieu prochainement", suite à laquelle les
zapatistes feront connaître leur décision ; le communiqué
conclut : "L'EZLN n'est pas seule dans sa lutte, elle ne le sera pas
non plus dans sa réponse". Le deuxième communiqué
est publié dans ce numéro (voir encadré).
La lutte des travailleurs des voiries du Tabasco continue. Deux d'entre
eux en sont au 81e jour de grève de la faim [autant dire qu'ils
sont fichus...]. Aquiles Magaña García, leur représentant,
a déclaré : "Ils ne nous ont pas laissé d'alternative.
Avant les grèves de la faim, nous avons fait des meetings, des marches
et des caravanes à Villahermosa [capitale du Tabasco N.d.C.] ; nous
avons fait à pied le chemin du Tabasco à Mexico à
deux reprises ; nous avons organisé des sittings, et essayé
de parler avec les fonctionnaires dont nous pensions qu'ils pouvaient intervenir
auprès de Madrazo Pintado [gouverneur du Tabasco, notoirement arrivé
au pouvoir par la fraude, N.d.C.], sans succès... Le refus du dialogue
a été la seule réponse (...) Que puis-je faire d'autre
? Je voudrais qu'on me dise s'il y a un autre chemin : faire un autre EZLN,
ou une guérilla comme l'EPR ? Non, nous n'allons pas suivre cette
voie-là. Nous sommes dans la légalité, et c'est dans
la légalité que nous allons poursuivre notre lutte...".
Le président Zedillo a proposé Mme Mireille Roccatti Velázquez
de Terrein pour la présidence de la Commission Nationale des Droits
Humains (CNDH), dont l'ancien président vient d'être nommé
Procureur de la République. Mme Roccatii est avocate et a été
présidente de la Commission des Droits Humains (officielle) de l'état
de Mexico. A ce poste elle a d'ailleurs reçu une plainte pour torture
de la part des présumés zapatistes arrêtés à
Cacalomacán à laquelle, selon La Jornada, elle n'a jamais
répondu. Le Sénat doit encore ratifier cette nomination.
Selon des associations de personnes endettées, des banques offrent
des réductions de dette de 70 % , dans l'espoir de récupérer
une partie des crédits octroyés. A cause des taux d'intérêt
très élevés, plus de 3 millions de personnes ne peuvent
plus rembourser ; le total des montants dus est de plus de 150 milliards
de pesos (environ 97 milliards de francs).
La réunion entre l'EZLN, ses conseillers et le Congrès
National Indigène aura lieu le 8 janvier à La Realidad. Les
zapatistes y feront connaître la position des communautés
par rapport aux "commentaires" de Zedillo sur la proposition
de loi indienne de la COCOPA.
Luis Sánchez Navarrete, Alvaro Castillo Granados, Ricardo Hernández
López, Hilario Martínez Hernández, Martín Trujillo,
Rosa Hernández Hernández et Hermelinda García Zapahua,
présumés zapatistes arrêtés à Yanga (Veracruz)
le 9 février 1995 viennent d'être libérés après
un jugement en appel (ils avaient étés condamnés à
près de sept ans de prison ferme (cf. Ya Basta ! n° 71, 21 Août
96). Il en reste encore 1 en prison : Francisco Alejandro García
Santiago. La libération des présumés zapatistes était
l'une des conditions de l'EZLN à la reprise du dialogue.
Selon Jaime Avilés, journaliste à La Jornada, il y a eu en
deux mois 6 incendies criminels à San Cristóbal (Chiapas),
dirigés contre des personnes ou organisations qui s'intéressent
au conflit chiapanèque : la CONPAZ, le diocèse, des lieux
ou se réunissaient des étrangers, etc...
Alfonso Ramírez Cuéllar, dirigeant de El Barzón à
Mexico, dénonce les "réductions de dettes" pratiquées
par les banques. Selon lui, il s'agirait d'une manoeuvre d'agences privées,
qui rachèteraient aux banques la dette de certaines personnes, pour
leur proposer ensuite de "meilleures" conditions de payement.
D'autre part, Ramírez Cuéllar annonce que les membres du
Barzón ne payeront les banques jusqu'à nouvel ordre, et qu'avec
l'argent ainsi récupéré ils vont créer une
caisse d'épargne qui fera crédit aux P.M.E. affiliées.
Message du CCRI-CG de l'EZLN, à l'occasion du troisième anniversaire du soulèvement.
Aux troupes insurgées, aux milices zapatistes et aux bases d'appui de l'EZLN ; Au peuple du Mexique ; Aux peuples du monde.
Frères et soeurs :
En ce premier matin de 1997, cela fait trois ans que les rebelles zapatistes sont en guerre. Mille quatre-vingt quinze jours de guerre contre l'oubli sous lequel ils veulent nous étouffer. Voilà trois ans que nous résistons au nom de la mémoire qui nous fait vivre.
Il y a trois ans, nous, les insurgés zapatistes, avons déclaré la guerre au silence. Une guerre qui ne visait pas et ne vise pas le pouvoir politique ou gouvernemental, mais le respect et la dignité des hommes et femmes dont le coeur fait battre le sang des premiers habitants de ces terres, dont les lèvres savent les vérités des sages les plus anciens, et qui marchent du pas digne de tous les hommes et femmes véritables.
Durant ces trois années, le puissant n'a pas cessé de nous poursuivre et d'essayer de nous reléguer dans l'oubli.
Pour nous capturer, nous soumettre et nous anéantir, il a eu recours à toute sa force. Immenses et nombreuses sont les machines de guerre qui couvrent nos sols et nos ciels. Multiple et immense est la mort par laquelle le puissant attaque notre vie. Nous sommes ici, et nous y restons. Nous ne nous sommes pas tus, nous ne nous rendrons pas.
Pour nous tromper et nous acheter, le puissant a acheté paroles et consciences. Le puissant a dit qu'il voulait la paix, et derrière sa promesse sont venues la trahison et la mort. A notre vérité, il oppose le mensonge, contre notre mémoire, il a lancé l'oubli. Nous sommes ici, nous y restons. Nous ne nous sommes pas oubliés, nous ne nous rendrons pas.
Nous avons fait et nous faisons la guerre pour que la mémoire retrouve sa place dans l'Histoire. Il n'y aura pas de paix tant que l'oubli continuera d'être le seul futur.
Nous avons fait et nous faisons la guerre pour que la dignité soit respectée par tous. Il n'y aura pas de paix tant que le mépris pour celui qui est différent continuera d'être la seule relation à l'autre possible.
Nous avons fait et nous faisons la guerre pour que la vérité de ceux qui sont différents soit écoutée et comprise, pour que tous les mondes aient leur place dans le monde. Il n'y aura pas de paix tant que le mensonge sera la seule parole écoutée, et l'intolérance et le cynisme les seules bannières.
Nous, les zapatistes, nous parlons pour nous-mêmes, mais nous portons aussi la parole de tous ceux qui sont morts, réduits au silence. Nous parlons pour eux, dans notre voix parlent tous les morts, ceux qu'on a toujours fait taire.
Nous résisterons jusqu'à faire entendre leurs paroles d'oubliés. Nous lutterons jusqu'à ce que parlent les silences de ceux qu'on a fait taire. Nous mourrons jusqu'à ce que vivent les morts.
Ces trois années de guerre qui s'achèvent ont été telles parce que le puissant n'a d'autre parole que le mensonge.
Que cette quatrième année soit de guerre ou de paix dépendra de ce que le pouvoir suprême accepte ou non l'Histoire, et qu'il reconnaisse ou non que ceux qui sont différents méritent un espace pour leur parole et pour leur pas. Cette quatrième année sera, comme toutes celles passées et toutes celles à venir, l'année de ... vivre pour la patrie ou mourir pour la liberté !
Démocratie ! Liberté ! Justice !
Pour le CCRI-CG de l'EZLN, Sous-commandant insurgé Marcos. Montagnes du sud-est mexicain. Mexique, janvier 1997.
Treizième année de la lutte et quatrième de la guerre contre l'oubli et le mensonge.
Candide chez les Argousins
Devinette : de qui, cette profession de foi éminemment démocratique ? : "...Parce que la mission de la CNDH ne peut se limiter au traitement des plaintes qu'elle reçoit, cette institution doit aussi se préoccuper d'étudier les causes et la raisons de la violation des droits fondamentaux. (...) On peut dire que les causes de la violation des droits humains sont multiples. Sans aucun doute, la sous-culture de la violence est-elle l'une d'elles. (...) C'est pour cela que nous considérons qu'il est temps d'appeler tous les mexicains à construire une Union Nationale Contre la Violence. (...) Nous risquons tous, devant les médias, de sembler prêts à accepter que même le plus grand amour se termine sous les balles, que le respect et la tolérance soient des mythes, que la solidarité n'existe pas, que la culture et la civilisation soient des concepts qui ne figurent déjà plus dans le dictionnaire. Il est temps de réagir. (...) Ce n'est pas une campagne de morale, mais une campagne pour la non violence. C'est aussi l'exigence de créer et faciliter les conditions qui nous permettraient à tous de vivre mieux. Ce qui signifie que nous devons faire face à la pauvreté, à la faim, et répartir équitablement les richesses, donner l'impulsion du développement collectif. Cela signifie que nous devons encourager la légalité, la liberté la justice et la démocratie. Une campagne contre la violence, c'est exiger de tous les employés et agents de l'État qu'ils fassent respecter la loi, et qu'ils ne tombent ni dans l'abus d'autorité ni dans l'arbitraire. (...) Une campagne en faveur de la non-violence, c'est être efficace et honnête dans la répression des délits, et c'est aussi garantir la sécurité publique en respectant les droits individuels." Réponse : de M. Jorge Madrazo, ex-président de la CNDH*, devenu entre-temps Procureur Général de la République -autrement dit premier flic du pays... Comme quoi les droits de l'Homme, ça mène à tout. Souhaitons lui tout de même bon courage, au cas où il serait sincère. * Texte extrait du bilan annuel de la CNDH.
Dans une conférence de presse, les sept présumés
zapatistes récemment libérés (cf. Ya Basta ! précédent)
annoncent leur intention de rejoindre le Front Zapatiste de Libération
Nationale (FZLN).
Le FZLN annonce une campagne pour la libération de Francisco Alejandro
García Santiago, le dernier des présumés zapatistes
en prison (depuis février 1995). Cette campagne demandera aussi
la libération de 70 dirigeants de mouvements sociaux, pour la plupart
indiens ou paysans, arrêtés ces derniers mois.
Deux soldats et un mécanicien de l'armée fédérale
se sont plantés en hélicoptère dans les montagnes
du Nord-est du Chiapas. Ils sont morts.
Dans un communiqué, l'EPR dénonce que les soldats gouvernementaux
(qui sont d'ailleurs entraînés par des officiers américains)
se présentent dans les communautés de la région comme
combattants de l'EPR ; les paysans ainsi recrutés disparaissent.
L'EPR "appelle le peuple des États-Unis à empêcher
que ses impôts et son armée soient utilisés contre
le peuple du Mexique".
Selon le journal du Guerrero Diario 17 , une nouvelle guérilla,
l'EJPI (Ejército Justiciero del Pueblo Indefenso, ce qui donne à
peu près "Armée Justicière du Peuple Sans Défense",
[NdC : fichtre ! en v'la un nom...]) a exécuté 4 personnes,
laissant derrière elle un communiqué qui annonce qu'ils vont
continuer leurs "actions contre tous ces gens et ces autorités
corrompues qui volent, assassinent, outragent et violent le peuple travailleur".
Le même journal publie un communiqué du Frente Armado para
la Liberación de Los Pueblos Marginados de Guerrero (FALPMG, cf.
Ya Basta ! N. F. n° 2, 4 décembre 1996). D'autre part, selon
un bulletin d'infos rédigé par des ONGs, l'EPR dénonce
ces deux nouvelles "guérillas" comme ayant été
crées dans le cadre de la lutte de contre-insurrection gouvernementale
pour identifier les bases d'appui de l'EPR.
Dans le conflit des travailleurs de la voirie du Tabasco, on parle d'une
proposition du ministère de l'Intérieur, qui pourrait peut-être
résoudre le conflit (cf. Ya Basta ! NF n° 3, 11 décembre,
n° 4, 21 décembre, et n° 5, 28 décembre et 3 janvier).
Dans un rapport, le ministère de la Santé informe que ses
programmes de prévention du Sida et de la dengue hémorragique
n'ont pas donné "de grands résultats" : pour 1996,
4.216 nouveaux cas de Sida et 884 de dengue hémorragique ont été
enregistrés. En revanche, il annonce que plus de 97 % des enfants
sont vaccinés contre la rougeole et la tuberculose [ce qui paraît
un peu "optimiste"...].
Cinquième anniversaire de la réforme de l'article 27 de
la Constitution mexicaine. Cet article établit, entre autres, les
régimes de propriété de la terre ; avant sa modification,
il faisait de l'ejido une propriété collective, qui ne pouvait
pas être vendue. La réforme permet la vente des terres ejidales
aux particuliers, ce qui, à la veille de l'entrée en vigueur
de l'ALENA, était un cadeau aux grands capitalistes et aux multinationales
étrangères.
En effet, la situation des paysans est tellement difficile que beaucoup
finissent par vendre leurs terrains. La réforme de l'article 27,
afin d'en retrouver l'esprit original, est l'une des revendications zapatistes.Le
représentant des employés des voiries de Tabasco déclare
que le conflit ne se résout pas parce que Roberto Madrazo (gouverneur
du Tabasco) refuse d'accepter quatre points : le payement des salaires
des jours de grève, l'annonce d'une date précise de retrait
des mandats d'arrêt lancés contre eux, la stabilité
de l'emploi et la nomination de Cuauhtémoc Cardenas (du PRD) comme
garant des accords. Deux travailleurs sont en grève de la faim depuis
84 jours ; 5 autres depuis 42 jours.
Selon le Service d'Immigration et Naturalisation (SIN) américain,
en 1996, environ 1 million 600 mille mexicains qui essayaient de passer
clandestinement la frontière ont été refoulés.
La police a dispersé des producteurs de maïs qui bloquaient
des routes dans cinq municipalités de la région de La Fraylesca
(Chiapas). Ils protestaient contre le non respect par le gouvernement des
engagements qui avaient mis fin aux blocages de routes de novembre dernier
(cf. Ya Basta ! n°82, 10 novembre, n°83, 14 novembre, et NF n°2,
19 et 22 novembre 96). Les paysans dénoncent l'arrestation de 300
des leurs.
Selon le quotidien Excelsior, 20 % des Chiapanèques de 15 à
29 ans sont analphabètes. Pour la population indienne, le pourcentage
d'analphabétisme monte à 60 % ; leur nombre moyen d'années
d'école est de 1,3.
Dans une réunion avec des ambassadeurs et consuls mexicains, le
président Zedillo a qualifié de "ridicules" les
commentaires faits souvent à l'étranger comme quoi le Mexique
serait une "dictature", un "régime totalitaire hérité
du début du siècle". Il a demandé aux diplomates
de donner "l'image d'un pays qui n'est pas plongé irrémédiablement,
inexorablement dans (...) une crise", et les a invités à
"transmettre avec véracité la réalité
mexicaine" pour donner une "image beaucoup plus positive"
du pays. Il a pris pour exemple de démocratisation la réforme
électorale (récemment approuvée contre l'avis de l'opposition,
cf. Ya Basta ! 83, 15 novembre, NF n°1, 21 novembre, et n°2, 24
novembre).
Confirmation de Mireille Roccatti au poste de présidente de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH, cf. Ya Basta précédent).
Le sous-commandant Marcos a rencontré à Las Margaritas
les parlementaires italiens Fausto Bertinotti (secrétaire général
du Parti de la Refondation Communiste), Marcos Pezzoni et Mario Brunetti.
Ils ont discuté de la globalisation de l'économie. Les italiens
ont invité les zapatistes à se rendre en Italie cette année.
Ceux-ci sont d'accord , "si on me laisse, je viendrai" a dit
Marcos.
Après cette rencontre, Marcos a déclaré à la
presse (à propos de la crise du dialogue de paix) : "Il faut
que le gouvernement comprenne que l'on est pas en train de négocier
la reddition de l'EZLN, mais son changement, de rébellion armée
et clandestine à une rébellion pacifique. Ils veulent que
nous cessions d'être rebelles, que nous devenions pro-gouvernementaux
et que nous applaudissions au néolibéralisme, et cela, avec
ou sans armes, nous ne le ferons pas. (...) la paix n'est pas encore à
l'ordre du jour, parce que la logique gouvernementale, qui veut qu'il faille
vaincre à la table de négociations ce que l'on a pas pu défaire
militairement, continue de peser". Marcos a ajouté que si le
gouvernement satisfaisait certaines conditions (reconnaissance des droits
et cultures indiennes à l'échelle nationale, amélioration
du niveau de vie des communautés indiennes, etc.), les zapatistes
pourraient signer la paix "mais non le désarmement". En
réponse à une question à propos de l'occupation de
l'ambassade du Japon à Lima (Pérou) par le Mouvement Révolutionnaire
Tupac Amaru (MRTA), Marcos a dit que le "dossier [de la lutte armée
en Amérique Latine] n'est pas clos, non à cause de l'obstination
des mouvements armés, mais par l'incapacité du système
politique d'Amérique Latine de donner des alternatives d'action
aux rebelles".
Selon le journal péruvien La Republica, deux otages libérés
par le MRTA ont déclaré que Néstor Cerpa Cartolini
(leader du commando), a dit qu'il "aimerait bien aller [se réfugier,
selon l'interprétation du quotidien] au Chiapas", s'ils parviennent
à un accord mettant fin à l'occupation de l'ambassade du
Japon. Un autre membre du commando aurait manifesté la même
intention. En février 1994, le MRTA avait rendu public un communiqué
de solidarité avec la lutte zapatiste ; 6 de ses cadres sont réfugiés
politiques au Mexique.
Le PRD (Parti de la Révolution Démocratique, centre-gauche)
a proposé au PAN (Parti Action Nationale, droite conservatrice)
une coalition nationale pour gagner la majorité à l'Assemblée
Nationale. Celle-ci aurait pour base un programme en quinze points, parmi
lesquels : une réforme électorale, la mise en oeuvre d'un
véritable dialogue de paix avec les guérillas, l'approbation
de la proposition de loi indienne de la COCOPA, etc. Cette décision
du PRD a provoqué une polémique, beaucoup ne voulant pas
entendre parler d'une telle alliance.
Selon la Banque du Mexique, l'inflation a été de 27,7 % en
1996 ; le prix du "panier de la ménagère" a augmenté
de 33,3 % sur la même période.
Le PAN rejette l'idée d'une alliance électorale avec le
PRD.
Des représentants du PAN et du PRD dénoncent des irrégularités
dans les listes électorales de México. Selon eux, ces irrégularités
toucheraient environ 50 % des personnes inscrites, et il n'y aurait pas
assez de temps d'ici aux élections pour les corriger.
Juan José Quirino Salas, dirigeant national du Barzón, annonce
que son organisation présentera une cinquantaine de candidats aux
postes de député, sénateur ou gouverneur. Leur idée
est que les personnes endettées soient représentées
à l'Assemblée Nationale et au Sénat ; afin de pouvoir
se présenter, ils proposeront au PRD, au PVEM (parti vert écologiste
du Mexique) et au PAN de les inscrire sous leurs couleurs.
L'incertitude sur le dialogue de paix augmente : lors de la réunion
avec la COCOPA et la CONAI à La Realidad, l'EZLN a rendu publics
deux communiqués dans lesquels elle explique que la réponse
de Zedillo constitue un "«non» catégorique à
la proposition de la COCOPA, trahit les accords de San Andrés signés
par sa délégation en février 1996, prétend
renégocier complètement la table 1 sur le thème «culture
et droits indiens» et réaffirme le manque de sérieux
et l'irresponsabilité du gouvernement fédéral".
Pour les zapatistes la position de Zedillo est "inacceptable (...).
Le document gouvernemental (...) se moque ouvertement de la lutte des peuples
indiens du Mexique, de la volonté de dialogue de l'EZLN, de l'effort
de la COCOPA pour chercher une solution négociée, et de l'espoir
de la société civile nationale et internationale de trouver
rapidement le chemin d'une paix juste et digne (...) La contre-proposition
du gouvernement fédéral met en crise tout le processus de
paix au Mexique". L'EZLN "rejette absolument" la proposition
gouvernementale, réitère son acceptation de la proposition
de la COCOPA et attend qu'elle défende son projet de loi, "sans
accepter de modification d'aucune des parties". Pour finir, les zapatistes
annoncent qu'ils ne prendront aucune décision avant de connaître
la position officielle de la COCOPA. L'EZLN appelle "la société
civile nationale et internationale à se mobiliser pour demander
au gouvernement de tenir sa parole et de cesser de jouer avec la guerre
contre le peuple du Mexique". Dans le second communiqué, intitulé
"un document inacceptable", l'EZLN analyse le texte de Zedillo.
Selon les zapatistes, celui-ci est fondé sur "une conception
raciste, ethnocentriste et discriminatoire". Ils ajoutent que la proposition
de Zedillo contient "des éléments anticonstitutionnels
et ranime les vieux démons qu'elle voulait conjurer : la «balkanisation»
du pays, la création de réserves [indiennes] et l'isolement
des peuples indiens". Les zapatistes montrent que le document revient
sur des droits déjà acquis par les indiens, présents
dans les lois mexicaines. Ils concluent : "La proposition de la COCOPA
était le fruit d'un long effort collectif, fondé sur une
connaissance solide de la réalité sur laquelle elle légiférait,
et sur la compétence nécessaire à la transcription
d'accords en termes constitutionnels. Par contre, la proposition gouvernementale,
fondée sur les conseils de prétendus experts, révèle
une méconnaissance des peuples indigènes, de la technique
juridique, de la Constitution et des lois mexicaines."
Dans un communiqué, le ministère de l'intérieur s'élève
contre la position zapatiste et affirme que la proposition gouvernementale
respecte les accords de San Andrés et estime que le gouvernement
a agi "avec mesure et tolérance".
90 jours en grève de la faim pour deux employés de la voirie
du Tabasco. Les négociations sont rompues.
On annonce que, suite à la crise du dialogue de paix, les combattants
de l'EZLN regagnent leurs positions de montagne.
Le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas dénonce
la guerre de basse intensité au Chiapas, guerre "d'usure"
par laquelle l'armée fédérale, tout en évitant
les affrontements directs, affaiblit progressivement ses ennemis : paysans
et indiens du Chiapas.
Dans le Guerrero, 8 paysans ont été assassinés dans
une embuscade. Selon la police, il s'agit d'une "dispute pour une
histoire de clôture entre personnes de la même famille".
Tension au Chiapas : un avion militaire a survolé La Realidad
à l'aube ; à Oventic, l'armée fédérale
intensifie ses patrouilles ; plusieurs écoles de San Andrés
Larrainzar n'ont pas fait cours à cause de la tension.
Dans un communiqué signé par le commandant David, l'EZLN
dénonce la mobilisation de l'armée fédérale.
Celle-ci est entrée dans la communauté de Pinatebal (au sud
de San Cristóbal), et se dirige vers San Isidro Labrador. Le texte
demande à la CONAI et à la COCOPA d'enquêter sur cette
situation. Dans le même communiqué, les zapatistes informent
que des indiens militants du PRI, appuyés par des soldats de l'armée
fédérale, encerclent la communauté de Pantelhó,
"pour empêcher les habitants d'entrer et de sortir". Plusieurs
indiens militants du PRD ont été kidnappés, et on
parle de torture.
Dans un communiqué, le Congrès National Indigène (CNI)
accuse le gouvernement d'avoir violé les accords de San Andrés
(en rejetant le projet de loi de la COCOPA).
Selon un rapport rendu par des ONGs, la base militaire de San Cayetano,
(entre San Andrés et El Bosque, zone à forte présence
zapatiste), compte environ 35 tanks, 30 unités de transport de troupes
et 500 soldats.
La COCOPA se réunit aujourd'hui pour déterminer sa position
à propos des observations du président Zedillo sur le projet
de loi indienne. Ils promettent une réponse pour la semaine prochaine.
Le porte-parole du gouvernement déclare que celui-ci n'a pas
"pour l'instant" l'intention de réaliser une opération
militaire au Chiapas.
94e jour de grève de la faim pour Venancio Jiménez Martínez
et Jorge Luis Magaña Alamilla, travailleurs de la voirie de Tabasco.
Ils refusent d'être hospitalisés : "Nous ne voulons pas
d'être emmenés dans un hôpital, nous voulons que notre
problème soit résolu". 5 autres en sont à 53
jours de grève de la faim.
Le FZLN lance une campagne de soutien à la proposition de loi
de la COCOPA.
Gonzalo Ituarte, secrétaire de la CONAI, a déclaré
que dans plusieurs villages de la forêt Lacandone, les gens commencent
à emmener des aliments dans la montagne : "ils craignent une
agression". Il a ajouté : "Nous sommes sur le qui-vive.
Dans beaucoup de communautés on a vraiment peur. Hier, il y a eu
beaucoup de survols au dessus de la zone d'Ocosingo ; ils ont provoqué
une véritable panique".
Dans une interview au quotidien Excelsior, Elmar Setzer Marseille, gouverneur
du Chiapas en janvier 1994, a déclaré que le gouvernement
et l'armée connaissaient l'existence de la guérilla, mais
qu'ils n'ont rien fait "pour ne pas décourager les investissements
étrangers".
La Commission Fédérale d'Électricité (l'EDF
mexicain) a coupé l'électricité dans des différentes
zones du Chiapas, pour répondre au refus de payer de nombreux usagers
(comme au Tabasco, cf. Ya Basta NF n°1, 22 novembre 96). A San Cristóbal,
un millier de personnes ont manifesté pour demander le rétablissement
du courant et une baisse du prix de l'électricité.
Le gouvernement mexicain annonce le payement "à l'avance"
de 3,5 milliards de dollars aux États-Unis et de 1,5 milliard de
dollars au F.M.I.. Avec cela, le crédit accordé par les américains
en février 1995, après la crise du Peso, est fini de rembourser.
La clause qui cautionnait ce crédit sur les revenus pétroliers
du Mexique prend donc aussi fin aujourd'hui.
Les travailleurs de la voirie de Tabasco ont dû accepter de revoir
à la baisse leur revendication sur les salaires des jours de grève.
Ils demandaient en tout 21 millions de pesos, ils n'en demandent plus que
6. Ce conflit a commencé au cours de l'été 95, lorsque
336 travailleurs ont été licenciés parce qu'ils refusaient
de travailler dans des propriétés privés de hauts-fonctionnaires.
L'Institut Fédéral Electoral a accordé le statut de
Groupement Politique National (sur les GPN, cf. Ya Basta ! NF n° 2,
6 décembre 96, et n° 4, 16 décembre) à 9 associations,
dont Alianza Cívica. Mais celle-ci devra, si elle veut conserver
ce statut, renoncer à se poser comme observatrice lors des élections...
Communiqué de l'EZLN aux cantonniers du Tabasco en lutte : "Il
y a des hommes et des femmes qui regardent votre lutte avec étonnement
et respect, qui vous admirent et voudraient vous voir vivre (...) vous
n'êtes pas seuls, nous sommes nombreux, et nous allons gagner. Votre
situation concentre ce qui est le lot de millions de mexicains : les bas
salaires, les mauvaises conditions de travail, les licenciements, le chômage,
la misère, le désespoir. Mais vous reflétez aussi
la rébellion et la résistance de millions de mexicains qui,
avec leur vie et leur mort remettent en cause un modèle social imposé
avec arrogance et aveuglement".
40 familles de Pantelhó se sont réfugiées dans la
montagne, après que leurs maisons aient été saccagées
le 12 janvier dernier par des militants du PRI (cf. 14 janvier). D'autre
part, trois représentants du gouvernement parallèle de la
municipalité sont en prison, accusés d'avoir provoqué
le conflit ; les agresseurs sont libres.
En visite en Colombie, le ministre mexicain des affaires étrangères
a proposé que le Mexique accueille les négociations de paix
entre la guérilla et le gouvernement colombien.
Selon le ministère du Commerce, le Mexique a exporté pour
140 milliards de dollars aux États-Unis en 1996.
Jaime Avilés, journaliste à La Jornada, dénonce
le "bombardement médiatique" par lequel le régime
mexicain essaye de discréditer l'EZLN et de le couper de tout soutien.
Ainsi, peu après que Zedillo ait rendu ses "observations"
sur le projet de loi de la COCOPA, le ministère de l'Intérieur
a "conseillé" aux agences de presse internationales de
diffuser "dans la mesure du possible" des déclarations
optimistes sur un hypothétique accord de paix. Dans le même
temps, les journaux de Televisión Azteca, (le deuxième groupe
de T.V. mexicain, privé), affirment que "l'EZLN veut imposer
aux indiens mexicains un projet d'agriculture collective, similaire à
celui lancé par Staline en Union Soviétique, et qui non seulement
a échoué, causant de graves pertes économiques, mais
a aussi provoqué la mort de milliers de paysans".
Toujours selon Avilés, le corps des conseillers zapatistes de la
table "droits et culture indiens" a été dissout,
ce qui signifie que, côté zapatiste, la discussion est close
sur ce sujet...
Selon une étude de la CIOAC (organisation paysanne indépendante),
l'importation de 5 millions de tonnes de maïs en 1996 a fait perdre
250 mille emplois agricoles.
97e et 56e jour de la grève de la faim des cantonniers du Tabasco.
Ils ont repoussé de nombreux appels à cesser leur mouvement,
affirmant qu'ils allaient continuer "jusqu'à la mort".
Les négociations avec le gouvernement sont à nouveau interrompues,
les autorités ayant fait marche arrière sur certains accords
qui avaient étés obtenus.
Première Rencontre Nationale de l'Intersyndicale Primero de Mayo
(qui regroupe plus de 120 organisations, soit plusieurs centaines de milliers
de militants) à México. Selon l'un de ses représentants,
il s'agit de "créer une nouvelle centrale ouvrière nationale,
qui rompe avec le schéma des centrales syndicales officielles, c'est-à-dire
qui soit indépendante, autonome, avec une démocratie interne".
Message du sous-commandant Marcos aux comités
de solidarité
(ce document est la transcription d'une déclaration orale ;
il nous est parvenu par Internet).
Nous voulons envoyer un message aux frères et soeurs des Comités de Solidarité avec la lutte zapatiste, pour essayer d'expliquer ce que nous sommes en train de vivre aujourd'hui, 13 janvier 1997, après avoir répondu négativement à une proposition du gouvernement qui prétendait trahir les accords de San Andrés.
(...) [suit une description du dialogue de paix, des accords, de la crise du dialogue, du refus zapatistes des "observations" de Zedillo (cf. Ya Basta ! précédent, 12 janvier)]
Le plus important est que la proposition du gouvernement implique trois choses fondamentales :
- 1° Elle refuse d'appliquer des accords. Aucun processus de paix ou négociation ne peut avancer si une des parties ne respecte pas ce à quoi elle s'est engagée et quelle a signé.
- 2° Elle refuse de voir que la lutte des peuples indiens doit être reconnue à l'échelle nationale, parce que jusqu'à présent, les indiens sont considérés comme des être humains de seconde ou troisième catégorie dans ce pays.
- 3° Elle essaye une fois de plus de revenir en arrière dans le processus de paix et la négociation, de les repousser pour pouvoir avoir recours à la solution militaire dans des conditions qui ne froissent pas l'opinion publique.
Nous ne pouvons pas accepter une telle proposition du gouvernement, nous ne pouvons pas signer la paix à n'importe quel prix, aux dépends des peuples indiens, de la crédibilité et de la légitimité, et surtout, nous ne pouvons pas sacrifier à des intérêts politiques la raison et la justice qui nous portent.
Le gouvernement a essayé de se moquer de nous une fois de plus, et il a reçu la réponse zapatiste : le rejet de son initiative. Il faut que vous compreniez bien cela, parce qu'on peut s'attendre à une importante campagne médiatique du gouvernement, surtout au niveau international, pour essayer de présenter l'EZLN comme une force politique intransigeante qui refuse d'arriver à des accords.
Nous voudrions que vous nous compreniez bien : notre proposition n'est pas seulement ce que nous, commandants zapatistes, avions décidé, ni même ce qu'avaient décidé les communautés zapatistes ; elle représente réellement l'intérêt des peuples indiens qui, dans tout le pays, ont participé à son élaboration, et ont été consultés au niveau national.
Nous nous trouvons dans une passe difficile, critique, même. Ce n'est pas seulement la reconnaissance des luttes des peuples indiens qui est en jeu, mais aussi la possibilité d'arriver à un accord de paix par la voie pacifique, le dialogue et la négociation.
Au cas où cela ne se résoudrait pas, l'EZLN ne pourra pas continuer la négociation, il lui faudra revoir sa position sur le dialogue, et se trouver de nouveaux moyens, qui signifieraient évidement une rupture totale de l'actuel dialogue avec le gouvernement.
Nous savons que la situation des comités de solidarité est difficile, que vous avez beaucoup de travail, que vous avez vos propres luttes à développer, vos propres organisations, vos propres revendications, votre lutte contre le néolibéralisme... Mais nous voulons que vous sachiez que, comme avant, le soutien que vous pouvez apporter aux communautés indiennes rebelles et maintenant à toutes les communautés indiennes du pays, est très important. Nous voulons que vous sachiez que votre mobilisation, les pressions que vous pourrez exercer, votre connaissance de ce qui se passe réellement ici, et la diffusion la plus large possible de cette information, est plus important que jamais pour contrer ce que le gouvernement va faire.
Nous voulons vous demander respectueusement un nouvel effort pour nous soutenir. Nous sommes convaincus que la raison est de notre côté, que l'Histoire et la vérité sont de notre côté, et que nous avons droit à ce pour quoi nous luttons, et pour quoi nous sommes prêts à tout.
Nous savons que nous ne pouvons pas le faire seuls, que comme en d'autres occasions, le drapeau que nous hissons est trop grand pour nous, mais nous savons aussi que ce drapeau est celui de l'humanité contre le néolibéralisme, et que notre victoire ou notre défaite sera aussi celle des forces sociales qui dans le monde luttent contre le néolibéralisme.
Nous sommes sûrs que chacun dans son pays ou son secteur social trouvera les formes les plus appropriées pour se mobiliser, pour nous soutenir. Nous savons que notre voix sera de nouveau entendue par vous, et que nous allons recevoir l'appui dont nous avons besoin. Et nous espérons que ce soutien portera ses fruits, que nous pourrons voir bientôt des compagnons de la direction de l'EZLN dans les pays d'Europe que nous avons l'intention de visiter cette année, dans le cadre de la deuxième Rencontre Intercontinentale.
Qu'il y ait un accord de paix ou qu'il y ait la guerre, l'intention des zapatistes est de resserrer nos liens avec nos frères et soeurs qui luttent dans le monde, et nous ferons tout notre possible pour que cette rencontre soit un échange d'expériences et de reconnaissance des luttes communes contre un ennemi commun, pas seulement une rencontre de solidarité, mais quand même aussi une rencontre de solidarité, comme celle que nous vous demandons à présent... Nous voudrions que vous compreniez la gravité du moment, et que vous nous apportiez tout votre soutien. Et nous vous en remercions d'avance, en espérant pouvoir vous remercier à nouveau le mois quelconque de cette année où nous pourrons venir jusqu'ici remercier personnellement chacun de vous.
Nous en profitons pour saluer la rencontre qui aura lieu à Barcelone en préparation de la Rencontre Intercontinentale pour l'Humanité et contre le Néolibéralisme, et pour vous demander de compter avec nous dans les décisions que vous allez prendre, car soyez assurés qu'une délégation zapatiste viendra à cette rencontre, parler et écouter nos frères des cinq continents.
Nous espérons que tout ira bien ; nous sommes convaincus d'être conséquents avec nous-mêmes. La décision que nous avons prise est très grave, et le moment est difficile, mais nous pensons que cela finira bien, parce que nous faisons ce que nous dictent nos idéaux.
Sous-commandant Marcos.
200 policiers ont violemment délogé les grévistes
de la faim du Tabasco qui campaient devant le siège de la CNDH (CF.
Ya Basta ! précédents). Il y a quelques blessés. Les
deux grévistes de la faim qui en étaient à 97 jours
ont été hospitalisés de force. Les autorités
disent avoir agi pour "raisons humanitaires".
Des ONGs qui tenaient depuis quelques mois des "permanences pour la
paix" sur la place de la cathédrale de San Cristóbal
dénoncent que le Maire de la ville les a menacées d'expulsion.
Le Conseil traditionnel des peuples indiens de l'état de Sonora
(nord du pays), formé de 7 ethnies, demande au président
Zedillo de respecter les accords de San Andrés et d'accepter la
proposition de loi de la COCOPA.
Selon la Chambre nationale du commerce, 30 % de l'économie nationale
est informelle ou souterraine.
Attaque de gardes blanches à El Paraíso (communauté
de la municipalité de Sabanilla, Chiapas, partagée entre
sympathisants zapatistes et priistes). Un mort et sept policiers blessés
lors d'affrontements entre sympathisants zapatistes et PRDistes, et les
gardes blanches appuyés par la police. Une partie de la population
a fui le village.
La pression militaire s'intensifie encore au Chiapas. Un avion survole
quotidiennement les communautés zapatistes ; les patrouilles se
multiplient.
Selon un militaire, le pont sur le fleuve Jataté, qui permettra
de relier Las Margaritas et Ocosingo (deux villes qui sont en zone d'influence
zapatiste) sera fini d'ici deux mois. Selon La Jornada ce pont permettra
de "refermer le cercle militaire autour des principales communautés
de l'EZLN".
Les travailleurs des voiries de Tabasco annoncent une grève de la
faim de 50 des leurs, si une solution à leur problème n'est
pas trouvée.
Interview, à La Garrucha, d'un indien zapatiste. Il dénonce
l'augmentation de la pression militaire, et ajoute : "Si le gouvernement
ne comprend pas, il ne nous restera pas d'autre solution que de reprendre
les armes. (...) Nous n'allons pas céder à la provocation.
Nous ne ferons aucun mouvement militaire, et nous n'allons pas non plus
nous préparer à partir en montagne, non. (...) nous attendons
la réaction du gouvernement. S'il veut nous attaquer, nous ne resterons
pas les bras croisés. S'ils nous attaquent, nous attaquerons".
Des habitants d'El Paraíso dénoncent qu'une colonne de 300
soldats et policiers a traversé le village, et fait route vers d'autres
communautés. Les indiens demandent une action urgente de la COCOPA
et la CONAI, pour "éviter des combats entre deux armés"
qui pourraient survenir "dans les heures qui viennent".
La COCOPA annonce qu'elle va demander au gouvernement et aux zapatistes
s'ils acceptent toujours sa médiation.
Reprise des négociations entre les travailleurs du Tabasco et les
autorités.
Lors d'une réunion avec des diplomates et des représentants
d'entreprises étrangères (Kodak Internacional, Jhonson &
Jhonson, Mobil Oil...), les dirigeants du PRD et du PAN ont assuré
que si l'opposition obtient la majorité à l'Assemblée
Nationale, "les investissements et les capitaux étrangers seront
garantis".
Le Congrès National Indigène (CNI) annonce une journée
nationale de mobilisation en soutien à la proposition de loi de
la COCOPA.
Les travailleurs des voiries de Tabasco et les autorités sont parvenus
à un accord : le gouvernement réembauchera 190 travailleurs
(dont 90 avec des contrats temporaires) ; 110 seront licenciés avec
les indemnités légales ; les mandats d'arrêt seront
"réétudiés" ; 5 millions de pesos seront
payés comme salaire des jours de grève. Les travailleurs
se disent satisfaits. D'autre part, une rumeur dit que leur dirigeant sera
candidat au poste de député sous les couleurs du PRD...
Le ministère mexicain des finances attend des investissements étrangers
pour 8,5 milliards de dollars en 1997.
Publication d'un texte de Marcos intitulé "Sept questions à qui de droit", qui analyse la réalité sociale et politique du Mexique. A la fin de ce long texte, Marcos affirme que l'état major de l'armée fédérale a déjà l'ordre d'attaquer, et que les soldats "s'entraînent nuit et jour à la frappe chirurgicale".
Des habitants de El Paraíso (Chiapas) dénoncent à
nouveau la situation dramatique dans laquelle ils se trouvent. Une partie
de la communauté s'est réfugiée à Asunción
Huituipán et demande l'escorte d'ONGs pour revenir dans leur village
"sans risquer d'être assassinés par la police, qui a
pris position dans les maisons que les priistes de la zone n'ont pas détruites".
Plus de 2.000 indiens ont manifesté à Ocosingo pour soutenir
la proposition de loi de la COCOPA, et protester contre l'éventualité
d'une solution militaire au conflit.
Selon La Jornada, depuis une semaine, les troupes fédérales
situées au Chiapas se sont équipées de chiens policiers.
Dans une conférence de presse à Mexico, la COCOPA annonce
avoir bientôt fini de prendre l'avis des différentes parties
en présence, et être sur le point de définir sa position
dans la crise provoquée par la réponse de Zedillo à
sa proposition de loi. Considérant que son projet est mal connu,
ils annoncent sa publication à 2500 exemplaires, afin de les distribuer.
Des militaires ont été nommés délégués
de la PGR (c'est à dire chefs, à l'échelle des états,
de la police judiciaire) en Basse Californie, Basse Californie du Sud et
Sonora (nord du pays). D'autre part, plusieurs postes clés de la
police de la capitale du pays sont déjà occupés par
des militaires.
Selon le journal américain Dallas Morning News, les États-Unis
envisagent la création conjointe d'une force aérienne "latino-américaine",
qu'ils doteraient d'avions qu'ils n'utilisent plus. Le but officiel serait
de lutter contre le trafic de drogue.
La présence militaire a fait progresser la prostitution et l'alcoolisme
dans une partie de la zone zapatiste. Selon La Jornada, les propriétaires
de bars nocturnes et autres Peep-shows d'Ocosingo et Altamirano démarchent
les campements militaires entre La Garrucha et San Quintin pour fournir
les soldats en prostituées.
Selon une étude du Congrès du travail (Fédération
de syndicats proches du pouvoir), le coût du "panier de la ménagère"
a augmenté de 171 % au cours des deux premières années
du gouvernement Zedillo, alors que les salaires n'ont augmenté en
moyenne que de 71 %. Ainsi, le prix d'un kilo de viande de porc équivaut
à 11,38 heures de travail pour quelqu'un qui touche le salaire minimum,
et un kilo de poulet vaut 7,4 heures ; 1 kilo d'oeufs : 3 heures ; 800
gr. de mayonnaise : 6,4 heures ; un rouleau de papier toilette : 2,4 heures...
Le Barreau National des Avocats (BNA, association d'avocats plus ou
moins proche du pouvoir) a mis Marcos au défi de participer à
un débat sur les droits indiens. Ceci suite au communiqué
"7 questions à qui de droit" (cf. Ya basta précédent,
24 janvier), dans lequel il avait sévèrement critiqué
les positions proches du pouvoir du président à vie du BNA,
qui ont servi d'alibi au refus de Zedillo d'accepter le projet de la COCOPA.
José Narro, porte-parole de la COCOPA, déclare qu'ils n'ont
toujours pas réussi à se mettre d'accord sur la position
à adopter face à la crise du dialogue de paix.
Benigno Guzmán, l'un des principaux dirigeants de l'OCSS a été
arrêté par la police, qui l'accuse d'être un dirigeant
de l'EPR. L'OCSS est une organisation paysanne très radicale qui
a été durement réprimée depuis sa naissance
en 1994 ; le 28 juin 1995, 17 de ses membres ont été assassinées
dans une embuscade policière à Aguas Blancas (Guerrero).
Menacés, Benigno Guzmán et d'autres responsables de cette
organisation ont dû quitter le Guerrero. Depuis, Guzmán vivait
caché à Mexico. La zone d'influence de l'EPR (Armée
Populaire Révolutionnaire, guérilla apparue en juin 96 dans
le Guerrero) recouvre celle de l'OCSS, et les autorités prétendent
que les deux organisations sont liées, pour justifier la répression.
Guzmán est emprisonné à Acapulco (Guerrero).
Dans un communiqué, l'EPR annonce qu'une "deuxième campagne
de propagande révolutionnaire" a commencé le 26 janvier
dans le pays. Ils disent ne pas prévoir d'attaques contre l'armée
ou la police, mais qu'ils continueront à développer leur
stratégie d'"autodéfense armée" contre la
répression.
Benigno Guzmán a pu être interviewé par la presse,
après avoir été présenté au juge. Les
autorités l'accusent de conspiration, émeute, sabotage, "désobéissance",
vol, séquestration et sédition, délits qui auraient
été commis lors de trois mobilisations de l'OCSS (l'occupation
de trois bus en août 1994, réquisitionnés pour aller
à une manifestation ; l'occupation de la mairie d'Atoyac en mai
1995 pour exiger des ressources pour les paysans, et l'occupation de la
mairie de Coyuca de Benítez le jour même du massacre d'Aguas
Blancas, pour protester et exiger justice). Guzmán reconnaît
certains faits, mais nie qu'il y ait eu délit. Le ministère
de l'Intérieur a justifié son arrestation par sa prétendue
participation à l'EPR, mais le juge n'a pas abordé le sujet
lors de son interrogatoire. Cependant, Guzmán dénonce qu'avant
sa présentation au juge, il a été interrogé
plusieurs fois les yeux bandés et les pieds et les mains liés,
et qu'on l'a menacé de le "jeter dans un fleuve ou dans la
mer". Lors de ces interrogatoires, le sujet était l'EPR...
Dans un communiqué, l'EPR nie l'appartenance de Benigno Guzmán
à la guérilla. Le texte appelle les organisations de défense
des droits humains à exiger la liberté de Guzmán et
de "tous les paysans du pays qui ont été détenus
et torturés pour les mêmes raisons (...) Les prisons se remplissent
de mexicains dont le seul délit est d'exiger la solution immédiate
de leurs revendications et le respect de leurs libertés et de leurs
droits constitutionnels".
Selon le porte-parole du gouvernement, des prisonniers présumés
membres de l'EPR ont accusé Benigno Guzmán d'être lié
à l'EPR.
Carlos Salinas de Gortari, ancien président du Mexique, a été
interrogé à nouveau (à Dublin) par la justice mexicaine,
cette fois-ci dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de José
Francisco Ruiz Massieu (secrétaire du PRI). Son frère Raúl
est actuellement en prison, accusé d'être le commanditaire
du meurtre (il est aussi accusé de corruption et d'être lié
au narcotrafic).
Dans son rapport annuel, Yesmin Lima Adam, présidente de la Commission
des droits humains du Chiapas (officielle), dit que cette commission a
reçu en 1996 1.424 plaintes pour violation des droits de la personne.
992 de ces plaintes ont été déposées contre
la police de l'état.
Des députés danois ont envoyé une lettre au président
Zedillo pour lui demander d'accepter le projet de réforme constitutionnelle
de la COCOPA ; ils demandent aussi si le gouvernement mexicain a ou non
la volonté réelle de résoudre le conflit au Chiapas.
Les députés du PRI se sont indignés et ont demandé
au ministère des Affaires Étrangères de protester
auprès du gouvernement danois pour non respect de la souveraineté
mexicaine.
8 paysans prisonniers au Guerrero dénoncent que les déclarations
par lesquelles ils avaient mis en cause Guzmán comme étant
à la tête de l'EPR, ont étés obtenues sous la
torture et ne sont donc pas valables (cf. 29 janvier). Ils ont été
condamnés en décembre dernier à 8 ans de prison ferme
pour conspiration, port illégal d'armes et d'appartenance à
l'EPR.
La Commission Nationale des Droits Humains (CNDH, officielle) reconnaît
que les autorités de Mexico ont violé les droits humains
des travailleurs de la voirie de Tabasco en les expulsant de la place qu'il
occupaient (cf. Ya basta précédent, 20 janvier). La CNDH
demande l'ouverture d'une enquête administrative.
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