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1er mars :
Le ministère de l'intérieur et les représentants
des partis politiques représentés au parlement ont annoncé
qu'ils allaient ré-ouvrir l'enquête sur le massacre d'Aguas
Blancas (Guerrero), afin de tenir compte de tous les éléments
dont on dispose.
2 mars :
A Chicago, un rassemblement a réuni quelques centaines de personnes,
pour la plupart mexicaines, pour protester contre le fait que le Chicago
Tribune (quotidien local) fasse l'éloge des idées sur l'immigration
et le trafic de drogue du pré-candidat présidentiel américain
Pat Buchanan (genre de Le Pen gringo). D'ailleurs, les points de vue de
ce dernier sur une "souhaitable expansion du territoire américain"
, commencent à provoquer une polémique. En 1990 il écrivait
que si le Canada devait se morceler, les Etats-Unis pourraient prendre
les morceaux, ou qu'ils pourraient acheter le Groenland au Danemark, ou
encore échanger la Basse-Californie mexicaine contre une partie
de la dette mexicaine. Rien que des bonnes idées... Les gouvernement
des Etats-Unis a distribué ses "bons (et mauvais) points" aux pays
qui "font un effort" pour lutter contre le trafic de drogue. Pour des raisons
qui ne peuvent être que politiques, le Mexique n'est pas sur la liste
des pays sanctionnés par une suppression des aides économiques
(comme c'est le cas de la Colombie). Tout le monde sait pourtant que le
gouvernement mexicain est acoquiné avec les barons de la drogue,
qui ont trouvé en ce pays un paradis lors du sextennat de Salinas
de Gortari. Pour essayer d'échaper à la sanction américaine,
le gouvernement mexicain n'a pas ménagé ses efforts : il
a lancé une campagne de presse accusant les américains d'interventionnisme,
et dévoilé les chiffres de la consommation de drogue aux
États Unis. Et le jour même où les américains
délivraient leurs certificats de "bonne conduite", les autorités
mexicaines ont fait un coup de médiatique, lançant l'armée
et la police contre plusieurs maisons de México et Tijuana utilisées
par les trafiquants, avec des résultats plutôt modestes. Présentation,
à la faculté de philosophie et de lettres de l'UNAM (México),
du livre "Los ecos de Cerrohueco" de Javier Elorriaga, prisonnier du gouvernement
depuis février 1995, accusé d'appartenance à l'EZLN
(cf. Ya Basta! n 46, 9 février 96, n 43, 3 et 5 janvier). Le livre,
écrit en prison, porte sur sa situation de prisonnier politique,
et sur la situation générale du pays.
3 mars :
1996 Publication de deux communiqués de l'EZLN. Dans le premier,
les zapatistes font connaître leurs propositions pour les sujets
de discussion de la deuxième série de discussions avec le
gouvernement, série qui aura pour thème "Démocratie
et justice" et commencera le 5 mars (cf. Ya Basta! n 47, 17 février
96). Ils proposent de diviser le sujet en 8 sous-sujets. Dans le deuxième
communiqué, l'EZLN annonce qu'ils ont mis en place une commission
de 20 civils, chargée de les aider à la construction du Front
Zapatiste de Libération National (FZLN, cf. Ya Basta! n s 42 et
44). Ces zapatistes civils pourront parler en leur nom à propos
du FZLN. Pour conclure, les zapatistes disent espérer que le FZLN
fonctionnera d'ici quelques mois. On reviendra sur ces communiqués
la semaine prochaine...
Ya Basta bis à Lille. Un Comité de soutien aux zapatistes
vient de voir le jour à Lille. On peut leur écrire : 1 rue
de Normandie, "América" II C n 526 (moi non plus j'ai pas tout compris...)
59370 Mons en Bareuil. Il y a aussi un répondeur : 20 47 98 56.
Bulletin de presse de la CONPAZ (résumé
des 58 pages du rapport annuel)
La Commission droits humains de la Coordination des organisations non
gouvernementales pour la paix (CONPAZ) présente le rapport annuel
“Chiapas : situation des droits humains durant l’année 95”. Il contient
les cas dont nous avons eu connaissance ou ceux où nous avons eu
une intervention directe. La lecture du rapport signale que la trêve
n’a été effective qu’entre les forces armées du gouvernement
et l’EZLN, mais à celles-ci ne se sont pas joints les autorités
gouvernementales locales, ni les grands propriétaires et leurs “gardes
blanches”, car ces derniers continuent de développer une guerre
contre les droits humains des indigènes et paysans. L’armée
fédérale continue de commettre des violations des droits
humains dans les communautés et le secrétariat du gouvernement,
au travers de l’Institut national de la migration continue de persécuter
et d’expulser du pays les étrangers qui ont eu une quelconque rencontre
avec des indigènes de la forêt. Ces actions sont totalement
opposées à la création d’un climat propice pour les
discussions de paix. Alors qu’il n’y a même pas eu d’éclaircissement,
ni n’a été rendu justice aux accusations à l’encontre
de l’armée fédérale comme violeur des droits humains
durant l’année 94, l’offensive de février 95 est venue ajouter
de nouvelles et graves accusations d’exécutions, de détentions
arbitraires, de violations illégales de domicile, de tortures, de
mauvais traitements, d’expulsions, d’attaques d’objectifs non militaires,
entre autres faits les plus notables. Les faits précédents
montrent qu’il est nécessaire que les troupes militaires soumettent
leurs actions aux principes des droits humains inscrits dans les lois humanitaires
signées par le gouvernement mexicain au niveau international. En
même temps, le gouvernement doit manifester sa volonté d’emprisonner
les membres de l’armée qui violent et qui à ce jour restent
impunis. La Commission nationale des droits humains doit abandonner son
silence et faire connaître les résultats de ses investigations.
La rapport met aussi l’accent sur la nécessite et l’urgence de dissoudre
et emprisonner les “gardes blanches” qui jusqu’à aujourd’hui agissent
avec impunité. De même, les autorités du gouvernement
local doivent privilégier les solutions pacifiques aux demandes
sociales. Malgré qu’il y ait été mis en place des
lois qui interdisent la torture, celle-ci continue d’être le moyen
le plus répandu pour obtenir des confessions de la part des différentes
polices. Dans les entrevues que cette Commission des droits humains a obtenu
avec les prisonniers de la prison de Cerro Hueco, la majorité a
reconnu avoir été victime de torture et de mauvais traitements.
Il est difficile de douter des témoignages, tant que nous saurons
que les corps policiers ont fait de la torture une pratique courante. Pour
cette Commission le problème tient à l’impunité dont
jouissent ceux qui violent les droits humains. Le fait que dans aucun des
cas, on n’a fait un procès aux auteurs contribue sans aucun doute
à générer une ambiance propice à la continuation
de ces violations des droits humains. Le gouvernement continue d’être
insensible aux droits humains, et sa tolérance le rend complice
et promoteur de ces mêmes violations.
4 mars :
Le gouvernement a célébré le 67 ème anniversaire
du Parti Révolutionnaire Institutionel (PRI), parti d'Etat au pouvoir
depuis la fin de la révolution.
5 mars :
Selon une étude de la Cámara Nacional de Comercio de
la ciudad de México (organisation de commerçants), la consomation
de biens et services a chuté à Mexico de 47.7 % en moyenne
en 1995.
6 mars :
Publication de quatre communiqués de l'EZLN. Dans le premier,
daté du 29 février, les zapatistes rappellent que au forum
national indigène (cf. Ya Basta! n 43, 9 janvier 96) il avait été
décidé que l'EZLN proposerait une commission, chargée
de promouvoir le forum, devenu "forum permanent". Le communiqué
dit :"nous devons continuer notre effort pour la reconnaissance de nos
droits comme peuples indiens (...) le forum national indigène ne
s'est pas clos le 8 janvier 1996, il continue sa lutte (...). Nous, les
indiens, sommes un exemple pour tous les frères mexicains, pour
qu'ils s'unisssent dans la lutte pour la démocratie, la liberté
et la justice pour tous". L'EZLN propose que chaque organisation ayant
participé au forum indigène ait un délégué
dans la commision, et que celui-ci fasse le lien entre les peuples indiens
et le forum ; la commission se réunira une première fois
le 10 avril dans l'un des "Aguascalientes". Ils demandent aussi le soutien
et l'appui actif de la société civile, des ONG's et des conseillers
zapatistes. Dans le deuxième communiqué, l'EZLN fait connaître
sa proposition pour la commission de suivi et vérification des accords
signés avec le gouvernement. Selon les zapatistes "la composition
et le bon fonctionnement de cette commission est d'une importance capitale
(...) ; l'autorité morale de cette commission devra aider à
un véritable respect des accords et compromis" (passés et
à venir). L'EZLN propose que la commission soit composée
de trois représentants zapatistes et de trois représentants
gouvernementaux, ainsi que de vingt personnalités ou représentants
d'institutions ou d'ONG's (dix proposés par le gouvernement et dix
autres par les zapatistes). Seraient égalements présents,
mais à titre consultatif : un représentant du gouvernement
et de l'assemblée locale du Chiapas, et les présidents de
la Conai et de la Cocopa. Les dix personalités et organismes proposés
par l'EZLN sont : Amalia Solórzano, veuve du général
Cárdenas (ancien président de la répubique et père
de l'actuel leader PRDiste), Elena Poniatowska, Carlos Fuentes, Fernando
Benítez, Rodolfo Stavenhagen, Salomón Nahmad, Mgr. Bartolomé
Carrasco, l'Asociación Nacional de Abogados Democráticos,
le réseau"Todos los Derechos para Todos", et Espaz-Conpaz. Dans
les deux derniers communiqués, les zapatistes font connaître
leurs conseillers et invités pour la prochaine série de discussions
(sur le thème "Démocratie et justice"). Parmi les invités
des zapatistes (à ne pas confondre avec les conseillers, qui travaillent
avec les zapatistes) on trouve des personnalités de droite ou liées
au gouvernement : l'écrivain Enrique Krauze, Mgr. Sergio Obeso,
les journalistes Javier Solorzano, Federico Reyes Heroles, etc... on peut
penser que outre l'ouverture politique que revendiquent les zapatistes,
ces invitations visent à se faire reconnaitre comme interlocuteurs
sérieux par ces personnes, qui jouissent d'un crédit social
important. C'est pourquoi le communiqué insiste sur le fait que
"le caractère d'invité ou de conseiller de l'EZLN pour le
dialogue de San Andrés ne signifie pas appartenance à l'EZLN
ni symphatie avec ses revendications ou ses méthodes de lutte".
Autres invités : le leader du PRD, Cuauhtémoc Cárdenas,
des syndicats et mouvements indépendants comme SUTAUR 100, El Barzón,
le Comité de Unidad Tepozteca, SITUAM, etc. Les zapatistes concluent
en espérant que les personnes et organisations invitées accepteront
de "collaborer, par leur parole et leur pensée, à la construction
de la paix juste et digne que méritent les mexicains". Des proches
des victimes du massacre de Guerrero du 28 juin 1995 (cf. Ya Basta! n 17)
et des dirigeants de l'OCSS (dont ils faisaient partie), ont profité
de la visite au Mexique de Boutros Gahli, secretaire de l'ONU, pour lui
remettre une lettre et une copie de la vidéo du massacre (dans laquelle
la culpabilité des autorités apparaît clairement).
Dans la lettre, ils demandent à Boutros Gahli d'intervenir auprès
de Zedillo, président mexicain, pour que justice soit faite et pour
que les commanditaires (le gouverneur de l'état Rubén Figueroa
Alcocer et le militaire Arturo Acosta Chaparro) soient punis. Selon la
banque centrale du pays, en 1995 le Mexique a consacré 13.333 millions
de dollars aux intérêts de la dette extérieure, soit
10,8 % de plus qu'en 94. Cette somme équivaut à 1,7 fois
les bénéfices de l'entreprise publique petrolière,
qui est la principale source de divises du pays.
7 mars :
A San Andrés, gouvernement et zapatistes ne se mettent pas d'accord
sur la composition de la commission de suivi et vérification des
accords. Le gouvernement voudrait une commission formée de 5 membres
nommés par le gouvernement et 5 autres par les zapatistes, plus
2 invités permanents nommés par chaque partie, tandis que
l'EZLN voudrait qu'elle et le gouvernement participent directement à
la commission. Les zapatistes ont nommé une commission devant organiser
la première rencontre continentale (américaine) contre le
néolibéralisme et pour l'humanité, qui aura lieu à
La Realidad du 3 au 7 avril. Par le biais de cette commission (composée
de Ofelia Medina, Flora Guerrero, Paulina Fernández, Rodrigo Medellín,
Rebeca Yoma et Gina Ogarrio), l'EZLN invitera des organisations sociales
et politiques et diverses personalités à assister à
la rencontre. La défense de Javier Elorriaga et de l'indien tzeltal
Sebastián Entzin (prisonniers, accusés d'appartenance à
l'EZLN) informe qu'il a été requis contre eux une peine de
40 ans de prison. Agripino Comonfort, paysan militant du PRD, a été
assassiné par des policiers dans la région de La Montaña
(Guerrero). Il faisait partie d'une brigade du PRD qui organisait des assemblées
électorales dans les communautés de la zone (les élections
municipales auront lieu le 6 octobre prochain). On soupsçonne le
maire actuel d'avoir commandité l'assassinat. Depuis trois ans que
Rubén Figueroa Alcocer est gouverneur du Guerrero, 78 militants
du PRD ont étés assassinés dans la région.
La police de Mexico a chassé les syndicalistes de RUTA 100 qui faisaient
un picketing devant la mairie. Ils en ont profité pour dégager
aussi les paysans du Guerrero qui venaient de s'y installer pour demander
justice. Selon un document du Departement d'Etat américain, le Mexique
est, pour l'occident, le principal pays de blanchiment de l'argent de la
drogue. En 94, le pays aurait ainsi blanchi 30 milliards de dollars.
8 mars :
Le dirigeant du PRD du Guerrero annonce que Miguel Cervantes Perea,
militant de ce parti à Atzompa, a été assassiné
par le président local du PRI.
9 mars :
Publication de trois communiqués de l'EZLN. Le premier salue
"la journée de la femme qui lutte, de la femme digne" : "les femmes
zapatistes, les insurgées et les non-insurgées, luttent pour
leurs propres droits de femmes. Elles affrontent aussi la culture machiste
qui se manifeste sous beaucoup de formes chez les hommes zapatistes. Les
femmes zapatistes ne sont pas libres par le simple fait d'être zapatistes,
elles ont encore beaucoup à lutter et beaucoup à gagner.
Nous savons que cette lutte n'est pas contre les hommes, mais pour les
droits des femmes. Nous savons que cette lutte n'est pas contre les ladinos
(les blancs, NdR) et les métis, mais pour les droits des indiennes".
Dans le deuxième communiqué, l'EZLN dit que malgré
les obstacles créés par la délégation gouvernementale,
ils gardent la volonté de résoudre le conflit par le dialogue.
Dans le troisième communiqué, les zapatistes rendent publiques
plusieurs dénonciations que la population civile du Chiapas leur
a transmis. Ainsi,12 cars de l'armée sont entrés dans l'ejido
Morelia, sans cause apparente ; dans les communautés de Cerro Misopa,
Misopa Chinal et Masoja Shucjá (municipalité de Tila), des
groupes de militants du PRI, appuyés par des guardias blancas et
par la police, essaient de chasser des paysans de leurs terres ; dans Tientiul
Grande (municipalité de Salto de Agua) un groupe de militants du
PRI et de guardias blancas essaie de désorganiser la communauté
et de la diviser. Les zapatistes concluent que "le gouvernement démontre
à nouveau, par ses actes, que sa parole est fausse. Nous voulons
répeter, pour que tout le monde l'entende, et particulièrement
ceux qui sont au pouvoir, que la guerre contre le peuple n'est pas la paix
que nous voulons". Près de 5.000 femmes zapatistes ont manifesté
à San Cristobal. Elles demandaient le départ de l'armée
fédérale et la disparition des guardias blancas (les milices
privés chargées de réprimer les paysans). Elles demandent
aussi à être prises en compte dans la loi agraire, afin d'avoir
droit à la terre, des nouvelles dispositions du droit du travail
pour protéger les femmes, un fond national de subvention des projets
productifs, des lois spéciales pour réprimer le viol, et
que toute forme de discrimination soit un délit. Désaccords
dans le dialogue zapatistes-gouvernement : celui-ci refuse que des représentants
de l'EZLN aillent à l'assemblée nationale (à Mexico)
assister aux discussions dans lesquelles les premiers accords du dialogue
devraient être légalement formalisés. Selon Juan Guerra,
député du PRD et membre de la Cocopa, l'idée que les
zapatistes puissent aller à Mexico affole le gouvernement. D'autre
part la délégation gouvernementale refuse toujours que des
zapatistes et des représentants du gouvernement fassent partie de
la commission de suivi et vérification des accords. Publication
d'un communiqué des conseillers des zapatistes dans lequel ils demandent
la libération des prisonniers politiques. Dans le Guerrero, plus
de 200 femmes ont manifesté sur les lieux du massacre du 28 juin
1995. Elles réclament la justice et la démission de Figueroa,
gouverneur de l'état.
10 mars :
Publication de l'invitation à la rencontre continentale américaine
pour l'humanité et contre le neolibéralisme, qui se tiendra
à La Realidad, Chiapas, du 3 au 8 avril. Des rencontres similaires
auront lieu a Berlin (fin mai, et vous êtes invités, on en
reparlera...), Tokyo, Sydney et en Afrique. Ces rencontres visent à
préparer la rencontre "intergalactique" pour l'humanité et
contre le neolibéralisme de juillet prochain (cf. Quetzalcoatl n
4, suplément à Ya Basta n 45). Une première liste
de personnalités invitées à la rencontre continentale
américaine a été rendue publique. En vrac : des intellectuels
comme Eduardo Galeano, Noam Chomsky, James Petras, Mario Benedetti, Juan
Gelman et Tomás Segovia, des musiciens comme Harry Belafonte, Daniel
Viglietti, Mercedes Sosa, Pablo Milanés et Silvio Rodríguez,
des cinéastes et des comédiens comme Francis Ford Coppola,
Oliver Stone, Robert Redford, Kevin Costner, Susan Sarandon, Jane Fonda,
Jodie Foster et Edward James Olmos... Un rapport d'Amnesty International
dénonce qu'au Mexique on relève un nombre croissant de cas
de torture, de viols, d'assassinats politiques et de disparitions de femmes.
Les victimes sont en général des militantes d'organisations
politiques, civiques ou de droits humains, ou des indiennes. Amnesty a
travaillé sur 33 cas, pour la plupart commis par les autorités
mexicaines, et restés impunis.
11 mars :
Le gouvernement a accepté de discuter avec l'EZLN de la réforme
de l'Etat, dans le cadre de la proche ronde de discussions, "Démocratie
et justice". Jusqu'à présent, la discution sur la réforme
de l'Etat se tenait paralèllement au dialogue de San Adrès,
et seuls les dirigeants du PAN, du PRI, du PRD et du PT y participaient
(cf. Ya Basta ! n 26, 3 septembre, et n 29, 20 septembre). A ce sujet,
le PAN a récement menacé de quitter les discussions si certaines
dénonciations de fraude électorale n'aboutissaient pas. L'EZLN
dénonce que à El Bosque, les autorités locales (PRI),
par le biais de la police et l'armée, harcèlent les habitants
du village, parce qu'ils se sont organisés pour soutenir l'EZLN.
12 mars :
Les délégations gouvernementale et zapatiste sont arrivées
à un accord sur les sujets des discussions sur le thème"Démocratie
et justice", discussions qui débuteront le 20 mars (voir encadré).
La Conai annonce que l'EZLN et le gouvernement se sont mis d'accord pour
que la Cocopa transmette aux assemblées nationale et du Chiapas,
les propositions de réforme de la Constitution (au niveau national
et au niveau de l'Etat du Chiapas) issues des premiers accords signés
(cf. Ya Basta! n 48). L'assemblée nationale devrait les discuter
entre le 15 mars et le 15 avril.
13 mars :
Un millier de soldats de l'armée fédérale ont
pris position dans les environs du Col de Livingston, près d'Altamirano.
Cet afflux de troupes inquiète les communautés indiennes
de la zone qui craignent de devoir quitter les lieux. Il va sans dire que
ce déploiment militaire représente une violation flagrante
de la loi d'amnistie dans le cadre de laquelle se déroule le dialogue
de San Andrés. Les soldats sont arrivés à l'Aguascalientes
que les zapatistes construisent près de l'ejido Morelia et, profitant
de leur absence, ont pris des photos. Démission de Rubén
Figueroa Alcocer, gouverneur du Guerrero depuis bientôt trois ans,
et accusé d'être responsable de nombreux meurtres, dont le
massacre du 28 juin 1995 (cf. Ya Basta! n 40, 26 février). Depuis
sa prise de fonctions, 84 assassinats à caractère politique
ont été commis dans l'état, la plupart des victimes
étant des militants du PRD et des leaders sociaux. L'assemblée
du Guerrero (dominée par le PRI) a nommé pour le remplacer
Angel Heladio Aguirre Rivero, président du PRI de cet état.
Il n'y a pas grand-chose à en attendre : le 4 mars dernier celui-ci,
face à la pression publique qui exigeait la démission du
gouverneur et sa présentation devant la justice, a déclaré
que le PRI de Guerrero était "prêt à tout" pour le
défendre.
14 mars :
Le prêtre catholique de Tila, Heriberto Cruz Vera, a dénoncé
le fait qu'un groupe paramilitaire constitué de militants du PRI
et appelé Paz y Justicia ("Paix et justice"), harcèle 7 communautés
indiennes de la zone, dont Tzaquil, Usipá, Nuevo Limar et Masojá
Grande. Depuis six 6 mois, ce groupe, avec la complicité des autorités,
détruit des maisons et endommage les cultures d'indiens considérés
comme subversifs. Des militants de l'Organisation Paysanne de la Sierra
del Sur (OCSS) ont occupé les ambassades d'Allemangne, d'Italie
et de Norvège, ainsi que les consulats de ces mêmes pays à
Acapulco. Ils demandent aux diplomates d'intercéder auprès
du ministre de l'intérieur pour que celui- ci leur accorde un rendez-vous,
qu'ils demandent depuis 9 mois. Ils veulent exiger du gouvernement que
l'ex-gouverneur de Guerrero, Rubén Figueroa Alcocer, soit sanctionné
comme auteur intellectuel du massacre du 28 juin 1995. D'autre part, des
militants de l'OCSS commencent à arriver à Mexico, où
ils vont faire un picketing devant le palais du gouvernement pour exiger
la justice ; ils demandent aussi le retrait de l'armée du Guerrero,
et le retrait des différentes polices des communautés pour
que celles-ci prennent en charge la sécurité publique. On
apprend que Rubén Figueroa est parti à Houston (Etats-Unis),
en "vacances". Non-lieu et libération pour 31 militants du PRD de
Tabasco, détenus depuis février suite à l'occupation
des puits de pétrole. 71 autres restent en prison. 51ème
jour de grève de la faim des travailleurs de la voirie de Tabasco,
devant le siège de la Commission Nationale des Droits de l'Homme
à Mexico. Ils exigent des meilleures conditions de travail et l'annulation
de plusieurs licenciements (cf. Ya Basta! n 46, 6 février 96). Orlando
Dante Benítez, un ouvrier de 19 ans, se trouve dans un état
critique ; il a refusé les soins médicaux parce que, selon
ses compagnons, "il prefère mourir que de voir leur cause perdue".
Selon un rapport de l'Université de Houston, entre 190 et 330 personnes
meurent chaque année en essayant de passer aux Etats-Unis, rien
que sur la frontière avec le Texas. Les causes principales sont
: noyade dans le fleuve Bravo, chute des trains et deshydratation.
15 mars :
12 militants du PRD de Tabasco en prison suite aux occupations de puits
de pétrole ont été libérés.
16 mars :
Le nouveau gouverneur du Guerrero nomme ses fonctionnaires : la plupart
sont issus du PRI. Cependant, un député du PRD a accepté
être sous-procureur de justice et un autre du PPS (Parti Populaire
Socialiste, lié au gouvernement) a été nommé
ministre de dévelopement social. Il s'agit de montrer une façade
de pluralité et d'ouverture, pour avoir une bonne image dans l'opinion
publique. Mais tout le monde ne se laisse pas acheter aussi facilement
par le pouvoir : ainsi, Othón Salazar Ramírez, un vieux militant
très connu et très respecté dans la région,
ancien leader des luttes d'enseignants des années 50 et 60, et actuellement
au PRD, a refusé un poste dans le nouveau gouvernement, ajoutant
qu'il avait la ferme intention de consacrer "le reste de {ses} forces et
de {sa} vie, à la réorganisation et au dévelopement
de la lutte révolutionaire et socialiste de {son} peuple". La totalité
des personnes emprisonnées suite aux occupations de puits de pétrole
ont été libérées. Un non-lieu a été
rendu.
17 mars :
Roberto Madrazo Pintado, gouverneur du Tabasco notoirement élu
frauduleusement, a sévèrement critiqué la libération
des militants du PRD. Au matin d'un très important meeting du PRD
à Tabasco, au cours duquel doit se décider la suite à
donner au mouvement de résistance civile (sur les occupations de
puits de pétrole, voir Ya Basta ! n 45 et 46), une immitation du
journal indépendant La verdad del sureste (La vérité
du sud-est) a été distribuée gratuitement dans les
rues et maisons de la capitale de l'état. Très critique vis
à vis du gouvernement, le mystérieux journal attribue à
Andrés Manuel Lopez Obrador, leader du PRD de l'état, des
propos en faveur la lutte armée (alors qu'en réalité
Lopez Obrador prône la lutte pacifique) et parle d'une "stratégie
commune de l'EZLN et du PRD" contre le gouverneur de l'Etat. Selon Laureano
Naranjo Cobián, conseiller juridique du PRD, la seule personne à
même de dépenser de l'argent dans un journal de ce genre,
est le gouverneur de l'état lui- même, que le puissant mouvement
de contestation mettrait en situation critique. Cette analyse n'est pas
si folle : associer le PRD à l'EZLN pourrait viser à justifier
une repression brutale du mouvement de protestation dans le Tabasco. William
Perry, ministre de la défense des Etats-Unis, a déclaré
que son pays et le Mexique réaliseront des exercices militaires
conjoints au cours des 12 prochains mois. Les détails devraient
se discuter au cours de la visite de son homologue mexicain à Washington,
en avril.
"Démocratie et justice"
Voici le schéma des discussions, sur lequel se sont mis d'accord
l'EZLN et le gouvernement, pour la deuxième ronde de négociations,
ayant pour thème "Démocratie et justice". Le sujet sera divisé
en 7 sous sujets, divisés chacun un certain nombre de points (40
en tout parait-il, c'est donc qu'une douzaine se sont perdus dans l'Atlantique
entre le Chiapas et ici...) :
1.- "Démocratie politique et institutions publiques"
a) Division des pouvoirs et présidentialisme.
b) Nouveau fédéralisme et renforcement des pouvoirs municipaux.
c) Système de partis et réforme électorale.
d) Formes de participation et représentation politique.
e) Participation et représentation politique des femmes.
f) Nouvelles formes de culture politique : liberté, pluralité,
tolérance et autres. g) Réforme politique et nouvelles formes
de représentation au Chiapas. (Il s'agirait de transformer le système
de représentation politique, afin ce celui-ci soit plus juste).
2.- "Démocratie sociale et justice sociale"
a) Le modèle socio-économique. (A priori il s'agit de
mettre en cause le néolibéralisme, et peut-être davantage...).
b)Renforcement et garanties des libertés individuelles.
c)Participation citoyenne et co-responsabilité publique. (Ce
dernier terme signifie vraissemblablement la responsabilité individuelle
de chacun dans le processus social)
3.- "Organisations sociales et participation citoyenne"
a) Le régime juridique des organisations sociales. (C'est à
dire : discuter de la place et du statut que les lois accordent aux organisations
citoyennes, afin d'élargir leur liberté d'action et de lutter
contre le centralisme).
b) Liberté, autonomie et démocratie des organisations
sociales.
c) Expressions politiques et organisationnelles de la société
civile.
d) Participation des femmes dans les organisations politiques, sociales
et communautaires.
4.- "Justice et droits humains"
a) Marginalisation et discrimination sociale, ethnique et religieuse.
b) Problèmes de migration au Chiapas.
5.- "Justice, coexistence sociale et ordre juridique" ("Coexistance
sociale" (convivencia) : comment les différentes composantes de
la sociétés mexicaines vivent ensemble.)
a) Système carcéral.
b) Justice du travail.
c) Sécurité publique.
6.- "Démocratie et médias"
a) Fonction des médias dans la société.
b) Leur globalisation (C'est à dire, monopole, centralisme et
impérialisme culturel des médias).
c) Leur relation avec la souveraneité (La souveraineté
du pays dans le monde, et celle des régions dans le pays).
d) La participation des femmes.
e) L'accès aux médias publics et privés.
7.- "Démocratie et souveraneité nationale"
a) Situation du Mexique dans le contexte international.
b) Nouvelles formes de relations de cooperation internationales.
c) La souveraneité et les revendications des femmes à
l'échelle internationale.
18 mars :
58e anniversaire de la nationalisation de l'industrie pétrolière
mexicaine (pendant le gouvernement de Lázaro Cárdenas). 40
000 personnes ont manifesté à Villahermosa, capitale du Tabasco,
pour protester contre la privatisation de l'industrie petrochimique. A
l'occasion de cette manifestation, organisée par le PRD, Andrés
Manuel López Obrador, dirigeant local du PRD et leader du mouvement
de résistance civile au Tabasco, a proposé la création
d'une "entreprise sociale", qui émettrait des actions par le biais
desquelles la population mexicaine pourrait racheter l'industrie pétrochimique
(prix total : 6 milliards de dollars). Cette initiative reprend l'idée
de la mobilisation populaire de 1938, quand le gouvernement de Lázaro
Cárdenas avait fait appel à la population mexicaine pour
récolter les fonds nécessaires à l'indemnisation les
compagnies petrolières, après la nationalisation générale
opérée par son gouvernement. Au cours de la même manifestation,
López Obrador, a proposé un délai de réflexion
de 60 jours pour décider de la suite du mouvement de résistance
pacifique commencé au Tabasco (mouvement à l'origine des
occupations de puits de pétrole cf. Ya Basta! n s 45 et 46). Des
discussions ont actuellement lieu entre des représentants du mouvement
et les autorités. Le ministère mexicain des affaires étrangères
dément les déclarations du sécretaire américain
de la défense William Perry, selon lesquelles le Mexique et les
Etats Unis opéreraient des manoeuvres militaires conjointes. D'autre
part, un quotidien américain publie la suite des déclarations
de Perry. Selon lui, les Etats Unis auraient proposé au Mexique
de coopérer pour la production d'armement.
19 mars :
Tension au Chiapas, à quelques jours du début des discussions
sur "Démocratie et justice"). L'armée fédérale
a renforcé sa présence autour des communautés zapatistes.
Selon le commandant David le gouvernement prépare une offensive
contre l'EZLN, et essaie de saboter le dialogue. Plus de 150.000 personnes
ont manifesté à Mexico contre la privatisation de l'industrie
petrochimique (voir encadré). Des manifestations ont aussi eu lieu
dans les plusieurs grandes villes et dans les villes petrolières.
Des milliers d'enseignants du syndicat national des travailleurs de l'éducation
(SNTE) ont manifesté pour le doublement des salaires, et pour défendre
la sécurité sociale, menacée par des réformes.
Le SNTE est un syndicat contrôlé par le gouvernement, mais
au sein duquel existent des courants contestataires, comme celui qui a
organisé cette manifestation. Les autorités ont découvert
de nouveaux comptes bancaires appartenant à Raul Salinas de Gortari
(frère de l'ancien président mexicain, il est accusé
de corruption et d'être lié au traffic de drogue). Sur ces
comptes, il y a près de 24 millions de dollars.
20 mars :
La délégation gouvernementale au dialogue a annoncé
que le gouvernement ne discuterait pas avec les zapatistes de la réforme
de l'Etat (elle avait laissé entendre le contraire la semaine dernière,
cf. Ya Basta !). Sans fournir d'explications convaincantes, la délégation
gouvernementale annonce qu'elle n'aura pas d'invités pour les discussions
sur "Démocratie et justice". L'EZLN en revanche amènera plus
d'une centaine de conseillers et d'invités (cf Ya Basta! n 50, 6
mars 96) ; la délégation zapatiste sera formée de
28 commandant(e)s. Le président Zedillo annonce la signature, par
le gouvernement et plusieurs organisations paysannes (pour la plupart liées
au gouvernement), d' "Accords Agraires du Chiapas", qui selon lui, apportent
une "solution définitive au conflit agraire". D'après le
gouvernement, ils ont passé en revue, avec l'aide d'organisations
paysannes, tous les cas litigieux d'occupation des terrains, et ont pris
des engagements mutuels : le gouvernement à aider les paysans à
racheter aux propriétaires les terres qui légalement appartiennent
aux indiens mais sont occupés par des propriétaires, les
organisations paysannes à libérer les autres terrains, et
à ne plus faire d'occupations. L'accord prévoierait ainsi
l'achat de terres ou des aides à l'achat de terres pour 58.000 paysans
(on a déja parlé de ces achats de terres dans le Ya Basta
n 46, 1er février). Bref, d'après Zedillo"avant le mois de
juin la normalité et la légalité régneront
sur tout le territoire du Chiapas" (que faut-il entendre par là?).
Question : s'agit-il seulement de démagogie ou de vaines promesses
? ou bien de diviser pour mieux régner, sachant qu'il y a nettement
plus de 58.000 paysans sans terre au Chiapas et bien davantage encore dans
tout le Mexique ?
21 mars :
Les forces de l'ordre ont violemment expulsé une soixantaine
de paysans qui occupaient la finca San Luis, dans la municipalité
de Pichucalco (Chiapas). Bilan : trois morts (deux paysans et un policier),
2 blessés graves et 57 arrestations. Ces terres étaient occupées
depuis dimanche dernier par des paysans de la CIOAC (Central Independiente
de Obreros Agricolas y Campesinos, indépendante). Le procureur de
justice du Chiapas a déclaré que les autorités ne
permettraient plus les occupations de terres qui ne seraient pas entérinées
par l'accord agraire signé les jours précédents. Au
cours d'une conférence de presse, deux commandants et des conseillers
de l'EZLN ont qualifié de "grand mensonge, facillement démontrable"
les accords agraires annoncés par le président Zedillo. Ils
ont déclaré que le programme ressemblait aux tactiques de
contre- insurrection militaire élaborées aux Etats Unis,
et visait à diviser les indiens et provoquer entre eux des affrontements.
D'autre part, il y a cinq ans, l'ex-gouverneur Patrocinio Gonzalez avait
déja annoncé la fin des problèmes agraires. On connait
la suite... Lors d' une conférence de presse, la délégation
zapatiste a lu un message commentant le refus du gouvernement de discuter
avec l'EZLN de la réforme de l'Etat. Selon eux, la discussion de
la réforme "est devenue une farce de la classe politique, quatre
personnes qui discutent entre elles de sujets que personne ne connaît,
pas même les membres des partis représentés".
22 mars :
Une centaine de policiers ont violemment expulsé des paysans
qui occupaient le terrain Grand Poder, dans la municipalité de Nicolas
Ruiz (Chiapas). Le bilan est de trois paysans et deux policiers morts,
et 30 blessés. Les paysans sont des militants de la Coordinadora
Nacional de Pueblos Indios (CNPI, indépendante). Parallelèment,
la police a expulsé des paysans de l'OCEZ, (Organizacon Campesina
Emiliano Zapata, indépendante) qui occupaient 6 terrains dans la
municipalité de Venustiano Carranza (Chiapas). Selon représentant
de l'OCEZ, près de 500 paysans se sont refugiés dans la montagne
pour fuir la police. A la table du dialogue, le commandant Tacho a dénoncé
les expulsions et les assassinats de paysans commis le jour même
par la police. Il a qualifié les délégués gouvernementaux
d' "employés d'un gouvernement de criminels". Ceux-ci ont trouvé
les mots un peu durs, mais n'ont rien dit des paysans morts. Eraclio Zepeda,
ex-militant du PRD, actuellement membre du gouvernement du Chiapas, a déclaré
que les expulsions de paysans continueront, en cas de nécéssité
(N.B. : ce sont les autorités qui jugent de la "nécéssité").
La nouvelle tactique de la délégation gouvernementale au
dialogue est de ne pas parler. Ils se contentent d'écouter ce qui
ce dit, sans ouvrir la bouche. Pour protester contre cette attitude, quelques-uns
des invités zapatistes ont décidé de participer d'une
façon inhabituelle : certains ont installé sur les tables
des figurines en carton, pour ne s'adresser qu'à elles ; le musicien
Guillermo Briceño a présenté sa participation sous
forme de chanson rap ; la comédienne Jesusa Rodríguez a bien
fait rire les journalistes en s'exprimant seulement par gestes... Affrontements
entre militants du PRI (le parti au pouvoir) et du PAN (droite conservatrice)
à Huejotzingo (Etat de Puebla), dont la mairie est occupée
par le PAN depuis le 14 février dernier pour protester contre la
fraude électorale. Bilan : 4 blessés légers.
23 mars :
Deuxième anniversaire de l'assassinat de Luis Donaldo Colosio,
candidat en campagne du PRI (le parti officiel) aux élections présidentielles
de 1994. Jusqu'à présent, l'enquête officielle n'a
rien donné, mais tous les soupçons se portent sur un groupe
proche de l'ex-président Salinas (étonnant non ?). Aujourd'hui
le dialogue EZLN-gouvernement a commencé avec une minute de silence,
à la mémoire des paysans morts au cours des expulsions de
terre. Certains de leurs proches sont venus donner leur version des faits.
Ils ont été accueillis par une très forte ovation.
Le commandant David a pris la parole : "Ces compañeros sont morts
aujourd'hui, et nous ne savons pas combien mourront demain, ni après-demain.
Cela a été l'une des principales causes de notre mouvement
armé. Il se peut que nous continuions à souffrir, mais maintenant
ce sera différent, parce que nous sommes déjà nombreux
à nous être unis pour résister". Selon la Commission
de Droits Humains de la Conpaz (Coordination de ONG's pour la paix, indépendante),
lors des expulsions de terres à Nicolas Ruiz, plusieurs soldats
ont appuyé la police et tiré des coups de feu pour effrayer
les paysans. On annonce que les zapatistes ont apporté leur contribution
pour racheter au gouvernement l'industrie pétrochimique (cf.18 mars)
24 mars :
Le maire de Nicolás Ruiz exige du gouvernement la libération
des 124 personnes arrêtées lors des expulsions des terres,
ainsi que l'indemnisation des veuves des paysans morts. On aprend que le
réalisateur américain Oliver Stone sera dans la jungle lacandone
la nuit de la remise des Oscars, pour y rencontrer les commandants zapatistes
qui participent au dialogue et, si la présence militaire le permet,
le sous-commandant Marcos. Dans une conférence de presse, l'EZLN
a déclaré que les autorités mexicaines "ne veulent
pas élucider l'assassinat [de Luis Donaldo Colosio] parce que cela
apporterait une preuve claire de ce que la violence vient du pouvoir".
Le commandant David a dit que les assassins de Colosio commémorent
eux aussi l'assassinat, et peut-être en disant du bien de lui. "Les
assassins érigent des tombes et [ensuite] mettent des fleurs sur
les morts", a-t-il remarqué. Gustavo Hirales, membre de la délégation
gouvernementale au dialogue, a fait partie de la Ligue Communiste 23 de
septiembre (groupe de guérilla urbaine qui a été anéanti
dans les années 70), ce qui lui a valu plusieurs années de
prison ; après quoi il a milité dans des partis de gauche
comme le Partido Socialista Unificado de México (PSUM, l'un des
ancêtres de l'actuel PRD). Il a fini au ministère de l'intérieur.
Deux autres membres de la délégation gouvernementale ont
été des militants de gauche : Alan Arias, professeur de la
faculté de philosophie de l'UNAM était de tendance anarchiste
et décontructiviste ; et Uriel Jarqui a été militant
du PCM (Parti Communiste Mexicain, aujourd'hui fusionné avec le
PRD) où il était proche de Eraclio Zepeda (tous les deux
sont maintenant au gouvernement du Chiapas).
Petite chronique de la désinformation
ordinaire
Mercredi 20 mars, le journal Libération a publié une
brève sur la manifestation qui s'est déroulée à
Mexico contre la privatisation de la branche pétrochimie de PEMEX.
La note reprend plus ou moins la dépêche de l'AFP, mais rajoute
un petit détail de son cru : dans la manif il y aurait eu "quelques
rares partisans du <<sous-commandant Marcos>>". Or, à priori,
cette phrase n'apparaît dans aucune des dépêches des
autres agences, et pour cause : quiconque connait un peu la situation mexicaine
sait que dans une telle manif, ce sont plutôt ceux qui ne soutiennent
pas les revendications de l'EZLN qui sont rares. Nous nous sommes tristement
habitués à ce que les médias français s'emploient
à ménager le régime autoritaire mexicain. Le champion
toutes catégories de cette discipline restant le correspondant du
"Monde" au Mexique, Mr Bertrand de la Grange (cf. Quetzalcoatl, n 3). Mais
nous qui sommes candides, nous nous demandons tout de même qui, en
France, est géné par le soutien de la population mexicaine
aux zapatistes : peut-être nos investisseurs ? Peut-être nos
bonnes consciences de pays riches ? Peut-être nos marchands d'armes
?
La Rédac'
25 mars :
Fin de la première phase des discussions sur "Démocratie
et justice". Quelque 300 invités y ont participé aux côtés
de l'EZLN, tandis que le gouvernement n'avait, lui, aucun invité
(cf Ya Basta! No. 52). La suite des discussions est prévue pour
le 18 avril. Dans une conférence de presse, les conseillers et invités
des zapatistes ont dénoncé "la guerre de basse intensité
que les gouvernements fédéral et du Chiapas mènent
contre les paysans et les indiens" de la zone. Ils ont rappelé que
pendant ces cinq jours de discussion, il y a eu au Chiapas une douzaine
de morts, plusieurs disparus et plus d'une centaine de d'arrestations,
suite aux problèmes agraires. Les conseillers et invités
des zapatistes ont demandé au gouvernement de leur présenter,
en vie, toutes les personnes disparues pour raisons politiques dans le
pays, depuis les années 60-70. Tous ces disparus (et il y en a beaucoup),
ont été déclarés invités de l'EZLN au
dialogue. Les invités et conseillers ont aussi demandé la
libération des prisonniers présumés zapatistes, détenus
illégalement depuis l'offensive gouvernementale de février
1995. Publication d'un communiqué de l'EZLN adressé à
la population de Tepoztlán (Etat de Morelos) qui lutte contre un
projet de construction de golf privé sur des terrains communautaires
(cf. la brochure Solidarité Chiapas n 3). Les zapatistes encouragent
les tepoztecos à continuer leur résistance, et ajoutent :
"... pour continuer votre chemin, écoutez la voix de vos enfants,
de vos femmes et de vos anciens, écoutez la voix des quartiers et
celle de vos représentants légitimes, ceux qui commandent
en obéissant. Sachez que la voix du gouvernement est celle du mensonge,
du crime, et de la prison pour ceux qui luttent". Les 18 maires et les
40 élus PRD (opposition de centre-gauche) du Chiapas ont demandé
que soient traduits en justice MMr Julio César Ruiz Ferro, Eraclio
Zepeda et Jorge Enrique Hernández, respectivement gouverneur, sécretaire
et procureur de justice de l' Etat. Ceux-ci sont présentés
comme responsables des morts des paysans lors des expulsions de la semaine
dernière (cf Ya Basta!). Par ailleurs, la police a libéré
110 des paysans arrêtés lors de l'expulsion du terrain El
Gran Poder. Ceux-ci dénoncent avoir été torturés.12
autres personnes restent en prison dans le cadre de cette affaire. Le réalisateur
Oliver Stone est arrivé au Chiapas, accompagné de militants
américains des droits de la personne. Ils ont rencontré la
délégation zapatiste qui participe au dialogue. Le commandant
David les ayant remerciés de cette visite rendue "aux plus petits",
Stone a répondu "vous n'êtes pas les plus petits. Vous êtes
des géants, et votre lutte est un exemple pour le monde entier".
Le commandant Tacho a lu un communiqué de l'EZLN dans lequel ils
saluent "l'effort de [leurs] frères" des Etats Unis, du Japon et
d'Europe, effort qui "a une grande valeur [parce que] ils vivent dans le
coeur du pouvoir de l'argent et que malgré cela ils élèvent
leur voix indignée".
26 mars :
Selon une étude, fondée sur des statistiques officielles,
du groupe financier mexicain Inverlat, 3,28 millions de mexicains ont un
salaire inférieur au salaire minimum (moins de 80 dollards par mois),
alors même que ce salaire minimum ne permet pas d'assurer les besoins
élementaires d'une famille moyenne (cf Ya Basta! No. 45). 11,18
millions de travailleurs perçoivent entre 1 et 2 fois le montant
du salaire minimum. Selon la même étude, la dégradation
du niveau de vie provoque une augmentation des conflits souciaux ; ainsi,
en février 1996 on a recensé 297 manifestations de protestation
dans le pays, soit 70 % de plus qu'en février 1995 où on
en avait compté 175. Fidel Velázquez, leader depuis des dizaines
d'années de la CTM (Conféderation de travailleurs mexicains,
regroupement des syndicats liés au gouvernement), annonce qu'il
n'y aura pas de défilé officiel de 1er mai. Celui-ci avait
déjà été supprimé l'année dernière,
par crainte que cette traditionnelle grand-messe du PRI ne tourne à
la protestation ouvrière. Résultat, les syndicats et organisations
indépendants avaient organisé un défilé qui
avait rassemblé 200.000 personnes, et qui avait été
une authentique protestation ouvrière (cf Ya Basta! n 11).
27 mars :
Conférence de presse conjointe du réalisateur Oliver
Stone et du sous-commandant Marcos. Stone a décrit la situation
au Chiapas comme "extrêmemment répresive" et a parlé
d'"un régime de terreur où règnent les guardias blancas".
Pour sa part Marcos a dénoncé la pression exercée
par l'armée fédérale sur les communautés indiennes,
alors même que les bases d'appui des zapatistes s'attendent à
"une famine très grave", et a indiqué que beaucoup d'indices
faisaient craindre une nouvelle offensive du gouvernement : les récents
assassinats de paysans dans tout le Chiapas, les patrouilles militaires
terrestres et aériennes, les survols d'helicoptères à
basse altitude et les espions qui souvent arrivent "déguisés
en journalistes". Il a ajouté que les zapatistes avaient demandé
à Stone de faire appel à la société civile
pour que celle-ci aide les communatés indiennes à mener à
bien le cycle agricole de cette année. Selon PEMEX les Etats-Unis
achètent 80 % de la production petrolière mexicaine. Les
autres acheteurs sont : l'Espagne (7.6 %), le Japon (5.94 %), les pays
du Pacte de San José (pays de l'Amérique Centrale, auxquels
le Mexique et le Venezuela vendent du pétrole à des prix
modérés, 1.92 %), Cuba, la Belgique et le Canada (0.92 %
chacun), le Portugal (0.77 %), la Grande Bretagne (0.46 %) et la France
(0.23 %, soit 3000 barrils par jour). (Chiffres de 1995).
29 mars :
Les leaders du PRD Cuauhtémoc Cárdenas et Andrés
Manuel López Obrador ont annoncé pour le mois d'avril le
lancement de l'entreprise Petroquímica Mexicana (Petromex), "action
politique du peuple mexicain" pour récuperer l'industrie pétrochimique
que le gouvernement a l'intention de privatiser (cf Ya Basta! précedents).
Selon Cárdenas, l'objectif de Petromex sera le bien-être de
toute la population mexicaine et, une fois l'actuel régime renversé,
les usines seront "reincorporées au patrimoine de la nation" , tandis
que les souscripteurs récupéreront leur mise et toucheront
leur part des bénéfices. Oliver Stone a rendu visite aux
syndicalistes du Sutaur (syndicat de Ruta 100. En avril dernier le gouvernement
avait décrété la faillite de cette entreprise publique
des bus de Mexico, licencié ses 13.000 employés, et emprisonné
ses dirigeants syndicaux, cf. Ya Basta! 8, 9 avril 95, et n 9, n 38, 20
novembre 95). Il s'est entretenu avec Jorge García Ramírez
et Ventura Galván, qui sont en grève de la faim depuis respectivement
23 et 21 jours. Ventura Galván s'est fait coudre les yeux et les
oreilles pour marquer sa protestation...
30 mars :
Lors une assemblée générale, 8 000 travailleurs
de Sutaur ont décidé de poursuivre leur mobilisation contre
le gouvernement. Parmi leurs revendications principales, l'annulation des
licenciements et la libération de leurs dirigeants actuellement
en prison . D'après les syndicalistes, seuls 311 travailleurs ont
accepté les indemnisations de licenciement que le gouvernement leur
a offert pour régler le conflit. Un fonctionnaire du Pentagone a
déclaré que les Etats-Unis entraineront des officiers militaires
mexicains pour appuyer la lutte anti-drogue ("anti-drogue", mon oeil ...).
Selon le Departement du Trésor américain, les Etats-Unis
auront bientôt reçu près d'un milliard de dollars au
titre des intérêts associés aux prêts d'urgence
accordés au Mexique l'an dernier suite à la crise du peso
(ces prêts étaient de 53 milliards de dollars au total).
31 mars :
Mariano Pérez Conde, maire PRI de Zinacantán (Chiapas)
a été kidnapé par des militants du PRD qui, apparemment,
exigent d'être représentés au tribunal municipal. En
réponse, des indiens totziles, militants du PRI, ont bloqué
l'autoroute panaméricaine et kidnapé 6 militants du PRD (dont
un frère du maire). Les autorités de justice de Mexico annoncent
rechercher deux personnes, soupsçonnées d'avoir participé
à l'assassinat du magistrat Abraham Polo Uscanga. Celui-ci avait
démissioné en avril 95, en dénonçant avoir
subi des pressions politiques et reçu des menaces, parce qu'il refusait
de délivrer les mandats d'arrêt qu'il jugeaient illégaux,
contre les dirigeants du syndicat Sutaur. Il avait été assassiné
deux mois plus tard (cf. Ya Basta! n 17, 21 juin 95). Des fonctionnaires
du gouvernement américain annoncent que le Mexique étudie
l'acquisition de 30 nouveaux helicoptères Bell et négocie
le transfert de 20 à 50 helicoptères Huey que l'armée
américaine n'utilise plus. Il s'agit officiellement de renforcer
la lutte contre le traffic de drogue.
Réflexions à propos du dialogue
Les événements de la semaine dernière viennent
nous rappeler une fois de plus la nature véritable du pouvoir mexicain
: d'un côté il s'efforce de montrer un visage de conciliation
et d'ouverture, et de l'autre il impose quotidiennement son autoritarisme
à la population mexicaine, très fréquemment par la
terreur.
Le gouvernement voudrait faire croire à sa volonté de
dialogue avec les zapatistes, mais les faits démontrent chaque fois
qu'il participe aux négociations sans la moindre intention de résoudre
les causes du soulèvement. On ne peut pas comprendre autrement le
grotesque spectacle d'une délégation gouvernemantale sans
invités, n'ouvrant la bouche que pour signaler l'heure du repas.
On ne peut pas non plus interpréter autrement les expulsions de
paysans, qui ont fait plusieurs morts quelques jours seulement après
l'annonce officielle d'un accord devant "mettre fin au conflit agraire"
au Chiapas. Cet accord, négocié avec des organisations paysannes
dans des conditions peu claires, avait été, d'ailleurs, immédiatement
qualifié par les zapatistes de "grand mensonge". Dans le même
temps les patrouilles militaires s'intensifient autour des positions zapatistes,
et en particulier autour des Aguascalientes où doivent se dérouler
la rencontre continentale américaine, et l'intercontinentale, contre
le néolibéralisme et pour l'humanité. Il est clair
que cette escalade militaire a pour objectif de miner le dialogue de paix
et de perturber les rencontres organisées par l'EZLN.
Dans ces conditions on peut se demander si, en s'obstinant à
essayer de dialoguer et de trouver une solution politique au conflit, les
zapatistes ne cautionnent pas d'une certaine façon le gouvernement.
Rappelons d'abord que l'une des premières revendications des zapatistes
était de ne pas mourrir dans l'oubli, était que le gouvernement,
et au delà, le pays, les écoute. Rappelons d'autre part qu'ils
ont dit dès le début que la paix, la démocratie, la
liberté et la justice pour lesquelles ils luttaient impliquaient
la fin du système de parti d'Etat, et la fin de l'impunité
des puissants. Et c'est bien parce qu'ils n'ont pas l'intention d'oublier
ces dernières revendications pour se contenter de belles paroles,
qu'ils ont toujours refusé de déposer les armes. Mais ils
doivent prendre en compte le fait que la société mexicaine
ne veut pas d'une guerre dont les effets immédiats ne pourraient
qu'alourdir ses souffrances. Surtout que l'expérience des guerillas
centroaméricaines a montré qu'une victoire militaire est
difficile, mais que le prix en vies humaines est toujours considérable.
Enfin, le dialogue, malgré toutes ses limitations, et ne serait-ce
que par l'arrêt de l'offensive militaire ouverte qu'il offre, permet
aux zapatistes de diffuser leurs idées dans la société
mexicaine et de la pousser à s'organiser (avec des initiatives telles
que la Consultation, le FZLN...). De plus, c'est dans le cadre de ce dialogue
que les rebelles ont pu lancer l'appel au forum national indigène,
embryon d'une organisation indienne au niveau national, ou encore qu'ils
ont réuni des centaines d'invité(e)s, individus ou organisations
indépendantes, pour réflechir ensemble aux moyens d'opérer
la transition démocratique, et pour proposer très officiellement
ces solutions au gouvernement. Le gouvernement, ce n'est que trop visible,
met à profit le temps du dialogue pour compléter son dispositif
d'enfermement militaire et stratégique. L'EZLN tente d'utiliser
ce même temps pour favoriser l'auto-organisation de la société
civile, pour que celle-ci, sous toutes ses formes et par tous ses moyens,
puisse le moment venu, résister au coup de force. C'est ainsi que,
par delà un gouvernement qui prétend discuter sans parler
ni céder, les zapatistes font du "dialogue" l'une des formes - pas
la seule ni peut-être la plus importante - de leur lutte. Le temps
dira s'ils ont eu raison.
Francisco (et Anastasia).
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