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Beaucoup de gens dans les rues, pour manifester leur mécontentement à l'occasion du 1er mai. La nouveauté cette année est que beaucoup de syndicats traditionnellement liés au gouvernement ont défilé malgré l'annulation de la manifestation officielle, et avec les mêmes mots d'ordre que les syndicats indépendants : refus de la politique néoliberale, de la privatisation de la Sécurité Sociale et revendications salariales. A Mexico, deux manifestations ont réuni plus de 100.000 personnes chacune. La première regroupait des syndicats considérés comme proches du gouvernement (enseignants, télécoms, électricité, etc.), et l'autre, les organisations indépendantes (Mouvement Prolétaire Indépendant, Sutaur, Front Populaire Francisco Villa, Alianza Civica, Mouvement de Libération National, travailleurs de General Motors, métallurgistes, universitaires, etc.). A la fin de cette seconde manifestation, les organisateurs ont lu un communiqué de l'EZLN. Dans les autres États, les manifestations ont été aussi très suivies, regroupant syndicats indépendants et syndicats proches du gouvernement. A San Cristóbal (Chiapas) 5.000 personnes du Front Zapatiste de Libération Nationale ont défilé contre le gouvernement et, à la fin de la manif, ont occupé pendant 50 minutes une station de radio gouvernementale pour diffuser différents messages, dont un de l'EZLN. A Tuxtla Gutiérrez, capitale du Chiapas, plus de 10.000 personnes ont manifesté. Plusieurs contentieux commerciaux opposent le Mexique et les États-Unis, ces derniers appliquant, malgré la signature de l'ALENA (accord de libre échange entre les États Unis, le Canada et le Mexique), des mesures protectionnistes pour se protéger des exportations mexicaines de ciment, tomate, avocat et thon.
Un juge fédéral a condamné Javier Elorriaga Berdegué et Sebastián Entzin Gomez, accusés d'appartenance à l'EZLN et à ce titre arrêtés en février 1995, à respectivement 13 et 6 ans de prison ferme pour terrorisme, rébellion et conspiration. Fin de la cinquième assemblée de l'ANIPA (voir 30 avril). Les participant(e)s se sont mis(es) d'accord pour avancer concrètement dans la lutte pour l'autonomie, en s'inspirant des luttes des indiens du Chiapas. Un autre accord a été d'apporter un "soutien, sans conditions et ouvert, au mouvement des femmes indiennes dans chacune de nos communautés et organisations". L'assemblée a décidé de défendre les revendications des zapatistes parce qu'elles représentent "la meilleure expression de la lutte des peuples pour leur liberté, leur bien-être et leur droit à décider de leur destin". Les réserves naturelles de pétrole mexicain sont estimées à 62.058 millions de barils, ce qui permet d'assurer la production à son rythme actuel pendant 48 ans. Le Mexique exporte 51 % de sa production pétrolière (pour 80 % vers les États-Unis).
Javier Elorriaga Berdegué et Sebastián Entzin ont fait appel de leur jugement. Leurs avocats ont déclaré qu'il y a tant d'irrégularités dans les dossiers qu'ils s'attendaient à une remise en liberté des prévenus. Des indiens de la zone du conflit rapportent que les patrouilles de l'armée fédérale se sont intensifiées ces derniers jours. Cela a peut-être un lien avec les condamnations de Javier Elorriaga Berdegué et Sebastián Entzin. D'autre part, on parle d'une livraison d'armes de montagne au port de Veracruz. Plus de 25.000 enseignants ont manifesté à Tuxtla Gutiérrez, Chiapas, pour demander le doublement des salaires, une prime de Noël égale à 90 jours de salaire, et pour dénoncer une éventuelle privatisation de l'éducation. A Tijuana (Basse Californie) 1000 enseignants ont occupé des bureaux fédéraux pour exiger le paiement des retards de salaire.
Suite à l'annonce des condamnations de Javier Elorriaga Berdegué et Sebastián Entzin, 400 personnes ont manifesté à Mexico pour la libération de tous les prisonniers présumés zapatistes. Heberto Castillo, sénateur du PRD et membre de la COCOPA, a annoncé qu'il ne participera plus aux réunions de cette commission tant que Javier Elorriaga Berdegué et Sebastián Entzin ne seront pas libérés.
Ya Basta à Angoulême Un Comité Chiapas vient de se créer à Angoulême. Leur adresse : Maison des Peuples et de la Paix, 6 bis rue Marengo, 16000 Angoulême. Tel : 45 38 21 40 / Fax : 45 92 48 32
Communiqué de l'EZLN à l'occasion du 1er mai
1er mai 1996
Au peuple de Mexique :
Frères :
Ce 1er mai est un jour de lutte pour tous les travailleurs des campagnes et des villes, une lutte pour nous faire entendre. Nous, ceux dont les puissants ne tiennent pas compte, devons lutter pour que notre parole nous parvienne, et puisse nous réunir. Organisés, nous pouvons les obliger à nous obéir, organisés nous pouvons demander des comptes sur l'utilisation des fonds publics, organisés nous pouvons exiger de savoir où partent les richesses que nous produisons, organisés nous pouvons dire comment nous voulons vivre : sans exploitation ni abus de la part des autorités.
Organisés, nous pouvons dire que nous ne voulons pas travailler comme le veulent ces riches qui gouvernent.
Organisés nous pouvons dire comment nous voulons travailler pour vivre mieux.
Dans le Mexique d'aujourd'hui, cela n'est pas possible ; nous ne pouvons pas nous organiser, parce qu'ils ne nous le laissent pas faire.
Nous les ouvriers, les paysans, les indiens, sommes ceux qui travaillent le plus dur, et dans les conditions les plus difficiles. Pourquoi en est-il ainsi ? Qui en est le coupable ? Qui en a décidé ainsi ? Quand donc y aura-t-il la justice?
Frères ouvriers, indiens et paysans, nous sommes les plus malmenés par les riches, et les plus oubliés. Les puissants nous disent que nous sommes simples et humbles, que celui qui travaille n'est qu'un travailleur, rien de plus.
Mais nous savons bien que ce n'est pas simple ni facile de travailler dans les mines et dans l'industrie lourde, sur les champs pétroliers, dans les centrales électriques, dans les télécommunications, dans les grandes usines. Partout c'est la fatigue, les accidents et les maigres payes. Tandis que les riches s'enrichissent toujours plus. Pourquoi ? Parce qu'il y a des gens simples et humbles qui travaillent pour eux.
Nous devons donc nous unir pour changer les choses. Et nous unir signifie nous organiser. Et il nous faut écouter notre propre parole, parce que personne ne viendra nous offrir la justice ; nous devrons la conquérir par nos luttes. Personne ne viendra travailler à notre place pour que nous puissions manger, il nous faut travailler. De même personne ne viendra lutter pour notre liberté ; pour être libres, il nous faut lutter.
Nous vous demandons de vous unir, parce que si nous levons suffisamment les yeux, nous nous apercevons qu'en face de nous il y a d'autres frères travailleurs agricoles. Ils sont paysans, indiens. Ce sont des travailleurs de la terre. Et il en est ainsi dans les usines et dans les commerces, dans les écoles et dans les hôpitaux. Il y a des travailleurs à la campagne et en ville. Et en ville comme à la campagne il y a la pauvreté et la faim. Mais il n'y a pas de pauvreté dans les palaces du Pouvoir. Là, il y a de l'argent pour acheter des armes pour tuer des mexicains, il y a de l'argent pour payer des policiers, des soldats, des prisons et de la mort. Seuls ceux qui produisent la mort et la répression ont de l'argent. Ceux qui produisent la richesse n'ont rien, rien d'autre que leurs forces pour produire la richesse.
Cela, frères travailleurs de la campagne, frères travailleurs des usines, cela, ne le permettons plus. C'est une grande injustice que, produisant la richesse, elle ne nous appartienne pas.
Il est temps d'unir nos pensées, parce que nous sommes pareillement exploités par un même système. Luttons ensemble contre lui.
Nous devons nous unir avec tous ceux dont la pensée va vers le peuple. Avec le grand nombre de professeurs, qui veulent une éducation de qualité, une école qui soit pour tous et non pour seulement quelques-uns, il y a des docteurs veulent la santé pour le peuple et non pour s'enrichir, il y a les habitants des bidonvilles qui n'ont pas de lumière, ni d'eau, ni égouts ni services nécessaires, il y a les chauffeurs, qui travaillent nuit et jour pour gagner une misère, et qui, quand ils exigent un salaire juste sont licenciés. Et qu'en est-il des étudiants ? N'en parlez pas, c'est encore pire.
C'est trop, frères mexicains !
A tous les travailleurs des diverses usines du Mexique, à tous les paysans et indiens de tous les coins du pays, aux habitants des bidonvilles, aux professeurs honnêtes de toutes les écoles de la république, aux étudiants, aux artistes, aux religieux honnêtes, à tous, nous lançons un appel à dialoguer, à discuter entre nous, pour construire quelque chose.
Mais avant il nous faut travailler et nous organiser pour réaliser cette construction. C'est à dire travailler, lutter, nous organiser, pour construire une idée meilleure, où notre peuple commande à qui gouverne.
Nous vous lançons un appel pour que nos forces ne servent pas seulement à produire de la richesse pour les puissants, mais qu'elles servent aussi à produire de la liberté et de la justice pour nous-mêmes.
Voilà ce que nous vous disons, frères, organisons notre parole, et par elle, exigeons ce qui nous appartient :
Démocratie ! Liberté ! Justice !
Depuis les montagnes du sud-est mexicain. Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale.
A Monsieur l'Ambassadeur du Mexique en France, Mr Jorge Carpizo, 9 avenue de Longchamp, 750016 Paris.
Monsieur l'Ambassadeur :
Nous venons d'apprendre la condamnation de MM. Javier Elorriaga Berdegué et Sebastián Entzin Gomez, prisonniers "présumés zapatistes", à respectivement 13 et 6 ans de prison ferme. Nous tenons à dénoncer la parodie de justice au cours de laquelle ces condamnations ont été rendues : MM. Javier Elorriaga Berdegué et Sebastián Entzin Gomez ont été condamnés sur la base de "témoignages" obtenus sous la torture, et de la dénonciation d'un "témoin" que nul n'a jamais vu, et qui ne s'est jamais présenté à la Justice. Nous appelons en outre votre attention sur le fait que ces condamnations violent la "loi d'amnistie" décrétée en mars 1995 par le gouvernement, et mettent gravement en péril le processus de paix. En conséquence, nous demandons la libération de tous les prisonniers "présumés zapatistes", et, plus largement, de tous les prisonniers politiques, ainsi que l'arrêt des préparatifs guerriers du gouvernement, et la reprise du dialogue avec les zapatistes.
Veuillez recevoir, Monsieur l'Ambassadeur, l'assurance de notre vigilance.
Nom : Prénom : Ville :
Violences dans la communauté tzeltale de Bachajón, municipalité de Chilón (Chiapas). Suite à l'élection de autorités de l'ejido, un groupe paramilitaire proche du PRI (le parti au pouvoir) qui se fait appeler les Chinchulines ("les filous") a attaqué les paysans, qui ont riposté, tuant le chef du groupe. En représailles, le groupe armé a assiégé la communauté, et incendié plusieurs maisons de fonctionnaires municipaux dont celle du maire PRD, et un couvent jésuite, siège d'une ONG de droits humains. L'attaque aurait fait trois morts, et le maire de Bachajón et quatre jésuites ont disparu. Ces problèmes font suite aux élections municipales d'Octobre dernier, au cours desquelles le candidat des Chinchulines avait été battu. Selon les ONG's, ce groupe paramilitaire agit depuis cinq ans, dans la plus totale impunité. Divisions au sein de la Centrale Indépendante d'Ouvriers Agricoles et Paysans (CIOAC, organisation paysanne nationale et indépendante). Trois militants ont été expulsés du comité exécutif national et deux autres, dont le président de l'organisation, ont été écartés de leurs fonctions officielles. Les personnes exclues avaient présenté, au cours d'une assemblée nationale de délégués, un document dénonçant les dirigeants de l'organisation au Chiapas, qui ont signé l'accord agraire avec le gouvernement (cf. Ya Basta! n 52, 20 et 21 mars 96). Selon un rapport de l'Union Nationale d'Organisations Régionales Paysannes Autonomes (Unorca), en 1996 le Mexique importera le 33 % de ses aliments ; ainsi, le pays importera 57 % de son maïs, 74 % de ses haricots, 32 % de son blé et 36.3 % de son lait. Toujours selon l'Unorca, l'ALENA a mis en péril 80 % des paysans producteurs, et a sapé l'autosuffisance alimentaire du pays. Le rapport affirme pour conclure que la consommation de maïs, blé, fruits et légumes par personne a chuté de 29 % en six ans, et que la consommation moyenne de protéines couvre 30 % des besoins d'un être humain. Selon des ONG's qui s'occupent des droits des personnes qui essayent de traverser clandestinement la frontière avec les États-Unis, la crise économique au Mexique (et en Amérique latine) et les nouvelles mesures anti-immigration clandestine des américains ont provoqué une augmentation considérable des expulsions d'immigrants. Par exemple, au seul poste frontière de Mexicali, 300 personnes sont renvoyées chaque jour ; à ce même poste, la l'expulsion de femmes a augmenté de 1000 %. Selon le directeur de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Cepal), 42 % des familles du sous-continent vivent en dessous du seuil de pauvreté, tandis que 10 % de la population contrôle 40 % des richesses.
Quelques milliers de personnes, dont quelques-unes en passe-montagne, ont manifesté à San Cristóbal pour protester contre les condamnations de Javier Elorriaga et Sebastián Entzin, et demander la libération des prisonniers présumés zapatistes. Selon le bilan officiel, 6 personnes (4 du PRI et 2 du PRD) auraient été tuées dans les affrontements de Bachajón, et 23 maisons et 6 véhicules détruits. Tandis qu'à l'intérieur du pays le gouvernement mexicain sabote le dialogue avec les zapatistes et viole ses propres lois, à l'extérieur il trouve le temps de chercher la paix au Guatemala et de défendre Cuba : à Mexico, le gouvernement guatémaltèque et le commandement général de l'URNG (guérilla du Guatemala) viennent de signer un accord appelé "Aspects socio-économiques et situation agraire" qui, selon la Jornada, est un pas important vers la paix dans ce pays. D'autre part, à Washington, le ministre mexicain du commerce a exprimé son désaccord avec la loi américaine Helms-Burton (qui durcit le blocus contre Cuba), considérant qu'elle est contraire au droit international et à l'ALENA (accord de libre échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique).
2000 paysans tzeltales et tzotziles stationnent depuis la veille devant la cathédrale de San Cristóbal. Ils exigent la libération des prisonniers présumés zapatistes. Un commando de l'EZLN, appuyé par une manifestation de 300 personnes, a occupé la station de radio XERA à San Cristóbal pour diffuser des messages demandant la libération des prisonniers, et disant qu'ils veulent la paix, mais que les mesures du gouvernement cherchent l'affrontement. Ils ont invité la population à les soutenir, et ont remercié pour les messages de solidarité reçus d'Italie, de France, d'Allemagne et du Canada. Au même moment, un autre groupe occupait une autre radio à Ocosingo, pour diffuser le même type de messages. Les émissions ont été reçues dans tout le Chiapas et dans les états voisins. Assemblée des conseillers de l'EZLN pour discuter de comment éviter "la guerre imminente" au Chiapas (après les condamnations de Javier Elorriaga et de Sebastián Entzin). Ils vont participer aux journées nationales de protestation et appellent les sympathisants zapatistes à "se rendre" symboliquement aux autorités judiciaires mexicaines. Ceci parce que si Elorriaga et Entzin sont des terroristes, alors, tout sympathisant de l'EZLN l'est aussi... Journée de grève générale, presque totalement suivie, des enseignants dans les états de Michoacán et Oaxaca. Ils exigent le doublement des salaires, et l'amélioration de leurs conditions de travail. Dans le Guerrero et le Tlaxcala, la grève a été partiellement suivie.
Dans un communiqué, 18 organisations indépendantes du Chiapas déclarent que la sentence contre Javier Elorriaga et Sebastián Entzin viole la loi d'amnistie, et représente une "déclaration de guerre à l'EZLN".
Plus de 250 personnes se sont enchaînées devant la Procuraduría General de la República (PGR) à Mexico pour "se rendre" à la justice et se "déclarer coupables" de terrorisme, tout comme Javier Elorriaga et Sebastián Entzin. Troisième livraison d'armes au Mexique en l'espace d'un mois. Provenance : l'Europe. Les patrouilles des milices proches du PRI s'intensifient à Sabanilla, Tila et Chilón, dans le Chiapas. Des dizaines d'indiens de Bachajón ont fui le village, craignant d'être assassinés en représailles par les Chinchulines. Selon des habitants de la zone, l'armée fédérale parcourt la frontière entre les états de Veracruz et Oaxaca, à la recherche d'un éventuel groupe de guérilla. Manifestation à Paris pour la libération des prisonniers présumés zapatistes, l'arrêt des préparatifs guerriers du gouvernement mexicain et la continuation du dialogue. A un fax du Réseau Solidarité Mexique, l'ambassadeur mexicain a répondu qu'il "souhaitait" que le procès contre les prisonniers soit résolu selon le droit et la justice. Attention monsieur l'Ambassadeur, vous allez tomber pour "terrorisme" ! Selon les syndicats, la perte de pouvoir d'achat des enseignants d'éducation primaire au Mexique est de 70 % depuis 1994.
L'EZLN a annulé une rencontre avec la COCOPA, qui devait se dérouler le lendemain, et où devait être analysée la situation, suite aux condamnations de Javier Elorriaga et Sebastián Entzin. Selon les zapatistes, "les conditions [qui permettraient cette rencontre] ne sont pas réunies". La Jornada rend compte de la manif parisienne de la veille. Bon, d'accord, on ne vous avait pas prévenus (faute de temps), mais si vous aviez été là, vous seriez dans le journal... L'embargo américain contre les exportations de thon mexicain a entraîné 1.300 millions de dollars de pertes pour le Mexique. Cela fait cinq ans que les américains bloquent ces exportations, accusant les pêcheurs mexicains d'utiliser des méthodes qui tuent les dauphins.
Près de deux mille personnes ont manifesté à Mexico pour demander la libération des présumés zapatistes. Des messages de soutien venus d'Angleterre, d'Espagne, de France, des États Unis, d'Allemagne, d'Australie et des Pays-Bas ont été lus à cette occasion. Javier Elorriaga Berdegué, présumé zapatiste condamné à 13 ans de prison ferme, a déclaré que lui et Entzin n'accepteraient une amnistie, évoquée par plusieurs personnes, que si elle s'appliquait à tous les présumés zapatistes.
Communiqué de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale
Le 5 mai 1996
Par ma voix parle la voix de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale :
Le 3 mai 1996, nous avons appris par la radio que le juge Juan Alcantara avait rendu son jugement contre MM. Javier Elorriaga Berdegué et Sebastián Entzin Gomez, les déclarant coupables des délits de conspiration, rébellion et terrorisme. Mr Juan Alcantara a condamné Mr Jorge Javier Elorriaga Berdegué à 13 ans de prison ferme, à une amende égale à 75 jours de salaire minimum, et à quatre ans de suspension de ses droits civiques ; et Mr Sebastián Gomez Entzin à 6 ans de prison ferme, une amende égale à 40 jours de salaire minimum, et deux ans de suspension de ses droits civiques.
L'Armée Zapatiste de Libération Nationale comprend cette condamnation des présumés zapatistes comme un évident signe de guerre. MM. Jorge Javier Elorriaga Berdegué et Sebastián Entzin Gomez ont été accusés d'être zapatistes, et condamnés pour conspiration, rébellion et terrorisme. Ce qui signifie que pour le gouvernement, les zapatistes sont des terroristes, des délinquants qu'il faut emprisonner et tuer. Le processus de dialogue entre l'EZLN et le gouvernement fédéral a reçu, par ces arguments, un coup définitif.
Les sentences prononcées contre ces présumés zapatistes visent plusieurs destinataires. L'un d'eux est la Commission de Concorde et Pacification [COCOPA]. La condamnation prononcée contre Elorriaga Berdegué et Entzin est une condamnation des efforts de paix d'un groupe de législateurs dont la majeure partie a eu une attitude digne et courageuse et n'a pas ménagé ses efforts pour susciter un dialogue fructueux, c'est-à-dire, pour réaliser la paix juste et digne que nous, mexicains, méritons. La sentence de Mr Juan Alcantara réduit à néant toutes les tentatives de paix de la COCOPA et se joue du pouvoir législatif.
La Commission Nationale de Médiation, toujours engagée dans la recherche du dialogue et toujours attaquée, persécutée par le gouvernement, reçoit ici la ratification du mépris du pouvoir à son égard.
Un autre des destinataires est le groupe de Conseillers pour une Paix Juste et Digne, que l'EZLN a convoqué dans le cadre du dialogue de San Andrés Sacamch'en de Los Pobres pour l'aider dans la recherche de la paix, et éviter le retour de la violence armée. A travers cette sentence, Mr Juan Alcantara condamne tous les mexicains et mexicaines qui travaillent à construire la paix au Mexique, et les étiquette comme terroristes. Des mexicains connus et des organisations au dessus de tout soupçon se trouvent aujourd'hui qualifiés de terroristes par le seul terroriste qui soit au Mexique : le gouvernement. Celui-ci prétend également intimider la presse par la condamnation des présumés zapatistes. Journaliste de profession, monsieur Elorriaga a vu son travail journalistique utilisé comme preuve de sa culpabilité et base de sa condamnation. Au Mexique, le journalisme est aujourd'hui synonyme de terrorisme.
La société civile nationale et internationale, cette force sans visage ni nom défini qui, par des voies légales et civiles cherche la transition vers la démocratie, voit son effort condamné, et sa peur que la voie d'un changement pacifique ne soit pas encore ouverte au Mexique confirmée.
Enfin, le principal destinataire de cette condamnation est l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN). En assimilant notre juste lutte pour une vie digne à du terrorisme, le gouvernement nous annonce et nous prévient qu'il n'y a plus de retour possible pour nous à la vie civile et pacifique. L'unique avenir que nous offre le gouvernement, à la fin du processus de dialogue et de négociation, est la prison et la mort. Tous les efforts de dialogue et de lutte pacifique que l'EZLN a faits depuis son apparition publique, en janvier 1994, efforts auxquels elle a appelé le peuple du Mexique à plusieurs reprises, sont condamnés en même temps que les présumés zapatistes.
Nous voudrions vous dire que nous avons reçu le message, et que nous l'avons compris. En ce moment, nos frères chefs du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général (CCRI-CG) de l'EZLN se réunissent pour évaluer la situation et reconsidérer notre participation au dialogue de San Andrés. En ma qualité de chef militaire des forces régulières, irrégulières et des commandos de l'EZLN, et conformément aux consignes du CCRI-CG, j'ai d'ores et déjà envoyé des ordres à toutes les unités zapatistes pour qu'elles se préparent, et attendent la décision de notre commandement suprême.
Le dialogue de San Andrés a toujours été utilisé par le gouvernement pour gagner du temps et trouver une situation propice à la reprise de la guerre. Ce qui a été dénoncé à maintes reprises par les délégués zapatistes se confirme à présent. A aucun moment le gouvernement n'a abandonné l'idée d'une solution militaire au conflit. Le processus de dialogue n'aura été qu'un leurre de plus, comme on donne beaucoup à notre peuple en ce moment. La guerre vient de nouveau de là où elle est toujours venue, de ceux qui ont le pouvoir.
Nous voudrions remercier tous les vrais travailleurs des médias pour l'intérêt qu'ils nous ont manifesté durant ces deux années de tentatives frustrées pour construire la paix. Et nous voudrions leur demander aussi, qu'ils transmettent nos remerciements à la société civile nationale et internationale pour l'aide qu'elle nous a apporté dans la recherche de la paix digne, et contre la guerre. Merci à tous pour tout. Nous espérons de la COCOPA et de la CONAI un effort décidé pour reprendre le chemin de la solution politique que le gouvernement a abandonné.
Depuis les montagnes du Sud-est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, mai 1996
Le commandant David annonce que l'EZLN a décrété l'"alerte rouge" à cause des condamnations de Javier Elorriaga Berdegué et Sebastian Entzin Gómez, et de la mobilisation de l'armée fédérale qui a suivi. Selon David, l'armée gouvernementale "se mobilise ouvertement dans plusieurs municipalités" de la région; par exemple, 14 camions militaires et plusieurs blindés ont stationné quelques heures dans les communautés de Chabjebal et de Tierra Caliente, près de San Andrés Larrainzar. David a estimé que le gouvernement essaie de provoquer des affrontements, afin d'avoir un prétexte pour lancer une offensive armée. Des organisations politiques et sociales canadiennes, italiennes, françaises, états-uniennes, allemandes, argentines, australiennes et hollandaises, ont envoyé des lettres de protestation au président Zedillo. Elles exigent la libération de Javier Elorriaga Berdegué, de Sebastian Entzin Gómez et des autres présumés zapatistes. Il existe trois issues légales à la crise provoquée par les condamnations de MM. Elorriaga et Entzin : une amnistie décrétée par le gouvernement (amnistie qui ne serait acceptée par les intéressés que si elle s'appliquait à tous les présumés zapatistes) ; un non-lieu ; ou un verdict favorable au procès d'appel. Elorriaga a dénoncé que le procureur de justice ne connaît pas la loi mexicaine : il a parlé d'une éventuelle grâce, mais cette mesure ne peut s'appliquer aux cas de "terrorisme".
Des centaines d'indiens de Bachajón ont fuit les chinchulines (groupe paramilitaire proche du PRI, dont le nom officiel est "Front civique Luis Donaldo Colosio", cf. Ya basta précédent, 6 et 10 mai), qui pillent les maisons et commerces de leurs opposants à Bachajón. Dans un communiqué, l'armée fédérale annonce qu'elle a détruit un champ de marijuana dans la communauté de Cilabajeval (à 12 km de Oventic). Selon le communiqué, il y en a d'autres à El Bosque, San Andrés Larrainzar et Bochil ; toutes ces municipalités se trouvent dans la zone zapatiste. Selon l'EZLN, c'est un prétexte pour pénetrer dans son territoire (cf. communiqué, Ya Basta ! n 56, 20 avril 96). Sara Rivera Soria, Elisa Lomelí Curiel et Hugo Cessa Bernardi, membres du Conseil Régional Indien Populaire de Xpujil (organisation indienne et paysanne indépendante de l'état de Campeche, voisin du Chiapas) ont été kidnappés par une quarantaine d'individus, parmi lesquels plusieurs policiers. On a pas plus de détails. Les ministres des affaires étrangères de l'Union Européenne ont décidé d'approuver la négociation d'un futur"accord d'association économique, [de] concertation politique et [une] augmentation de la coopération avec le Mexique". Les fonctionnaires mexicains se sont dit satisfaits, et ont signalé que cela signifiait que l'Union Européenne "fait confiance" au Mexique. Aujourd'hui 12 % des importations mexicaines viennent d'Europe, tandis que seulement 5 % de ses exportations sont à destination de l'europe ; en 1995, le déficit commercial du Mexique vis à vis de l'UE a été de 3 milliards 348 millions de dollars.
A Tuxtla Gutièrrez (capitale du Chiapas), 6 membres du Front Populaire Miguel Hidalgo ont entamé une grève de la faim pour demander la libération de Javier Elorriaga et Sebastian Entzin. Dans le Guerrero, 4 personnes ont fait de même pour le même motif, en plus de revendications locales. Des manifestations de protestation ont été organisées à Chihuahua, Torreón et Colima. Des participants au Forum Indien du Tabasco (organisation indienne indépendante) anoncent que depuis une semaine, l'armée patrouille à la frontière entre cet état et le Chiapas. 38.000 enseignants chiapanèques se sont joints à la journée nationale de grève des enseignants pour obtenir le doublement des salaires et certains droits. 12.000 écoles ont fermé dans l'état. Le ministère de l'éducation a concédé une augmentation salariale de 22 % (L'inflation a été de 50% en 1995). Selon Cuauhtémoc Sandoval, député du PRD, l'un des aspects positifs d'un éventuel accord de libre échange Mexique-UE, est que le Mexique sera "obligé de signer la clause démocratique" qu'impose l'UE, qui "établit l'obligation pour le pays signataire d'organiser des élections libres et démocratiques, et de respecter les droits humains". Toujours d'après lui, il y a 4 mois, une délégation européenne a rendu aux parlementaires du PRD un document dans lequel elle juge insatisfaisante la situation des droits humains et de la démocratie au Mexique. Le document donnait pour exemple la situation dans les états de Chiapas, Guerrero, Tabasco et Oaxaca.
Juan Roque Flores, membre de la Cocopa et du gouvernement du Chiapas, annonce que le forum sur Démocratie et Justice, proposé par l'EZLN et qui devait se dérouler à la fin du mois, a été annulé, suite à la crise provoqué par les condamnations de MM. Elorriaga et Entzin. Roque Flores a reconnu que la Cocopa était "préocupée" par les patrouilles de l'armée fédérale. Le maire de Huejotzingo (Puebla), dont l'élection était contestée par le PAN, à demandé une "licence" (C'est à dire à être remplacé "temporairement" à son poste). Il s'agit vraisemblablement d'une concession du pouvoir pour que le parti de droite, très souvent allié au PRI, revienne à la table de négociations sur la réforme électorale. Plusieurs milliers d'enseignants ont manifesté contre l'augmentation salariale de 22 % proposée par le gouvernement. Ils ont protesté aussi contre la politique économique du gouvernement. Une commission d'enquête a découvert un stock de lait qui fait vraisemblablement partie du lait radioactif acheté à bas prix par le Mexique après la catastrophe de Tchernobyl. Selon des témoins, ce lait était destiné à l'alimentation du bétail (NdR : pauvres vaches : elles étaient folles, les voici radioactives). Il semble que l'affaire ait éclaté suite à la mort inexpliquée de plusieurs animaux. D'autre part, il semble bien que ce lait ait été aussi vendu pour la consomation humaine. Selon un fonctionnaire, près de 4.000 tonnes de lait radioactif ont été renvoyées aux fournisseurs sur les 30.000 achetées (Cf. Ya Basta n 57, 26 avril 96). Rodolfo Peña, journaliste a La Jornada, a reçu des menaces de mort. Récemment, Maria Teresa Jardi, militante pour les droits humains et journaliste à La Jornada, avait aussi été l'objet de menaces.
Des lycéens du secteur public et des étudiants de l'Unam ont bloqué l'accès aux ambassades française, canadienne, belge, espagnole et libannaise à Mexico, pour protester contre les condamnations d'Elorriaga et d'Enztin. Ils ont aussi occupé le hall d'entrée de l'ONU, et transmis une lettre de dénonciation à chaque ambassade (sauf la belge, qui l'a refusée). Selon des sources au Pentagone, les rapports entre les armées mexicaine et américaine n'ont jamais été aussi étroits. Les Etats-Unis ont fait don au Mexique de 73 helicoptères UH-1 Huey, qui seront livrés prochainement ; officiellement, c'est pour lutter contre le trafic de drogue... D'autre part, le ministère mexicain de la défense reconnaît l'achat, en 1995, de 500 blindés Hummer, qui arrivent en ce moment au Mexique (1994 a été l'année où le ministère a acheté le plus de blindés : 3.297). Les délégations mexicaine et canadienne à la Xe Rencontre Interparlementaire (qui réunit des parlementaires de ces deux pays) ont déclaré que dans le cadre de l'Alena, les Etats-Unis n'avaient pas été loyaux envers leurs partenaires commerciaux. Ils ont décidé de créer une commission permanente afin d'étudier les différents contentieux commerciaux, et de proposer des solutions. Le gouvernement annonce la signature d'un accord avec les banques, visant à d'aléger les payements mensuels de près de 900.000 personnes endettées, et qui ne peuvent pas rembourser à cause des intérêts élévés que pratiquent les banques. Ce problème a fait naître un vaste mouvement de contestation, dont l'organisation la plus importante est El Barzon. Celle-ci a qualifié l'accord de "manoeuvre en vue des élections de 1997", et a annoncé son intention de poursuivre sa mobilisation.
La Commission Nationale des Droits Humains (CNDH, organisme officiel qui a pour tâche de recevoir les plaintes des victimes d'abus, et d'émettre des "recommendations" aux autorités gouvernementales) a demandé au gouverneur du Chiapas l'application de cinq mesures visant à mettre fin à la violence des Chinchulines à Bachajón. Selon le ministère des finances, le PIB mexicain a chuté de 6,9 % en 1995 (contre 3.5 % en 1994).
Publication dans La Jornada d'une interview de Javier Elorriaga Berdegué. Il parle du journal Espejo ("Miroir"), qui vient de naître et qu'il dirige depuis sa prison. Il dit que "l'intention est de faire un journal qui donne la parole à ceux d'en bas", dans un pays où l'information gouvernementale est quasi hégémonique. Lors d'une assemblée à Bachajón, près de 500 Chinchulines ont décidé de ne pas permettre aux habitants qui ont fuit le village de revenir. Attentat contre le dirigeant du PRD à Coyuca (Guerrero). Lui n'a pas été touché, mais la personne qui l'accompagnait a été tuée. A Cuadrilla Nueva (Guerrero, encore) un militant du PRD a été assassiné. Selon des sources proches du PRD, ces meurtres ont été commandités par des personnes proches de l'ex-gouverneur Ruben Figueroa Alcocer (qui a démissioné sous la pression populaire cf. Ya Basta ! n 51, 13 mars 96).
Publication de deux communiqués de l'EZLN datés du 18 mai : l'un adressé à la COCOPA (Commission de Concorde et Pacification, issue de la loi d'amnistie, principalement composée de députés et de sénateurs, et qui avec la CONAI, sert d'intermédiaire entre les zapatistes et la délégation gouvernementale au dialogue), et qui parle de la rupture du dialogue (publié en supplément à ce n ) ; l'autre adressé à "madame" la société civile nationale et internationale, dit "on croit toujours en vous. Quoi qu'il arrive, nous continuerons d'y croire. Parce que l'espoir, madame au visage diffus et au nom gigantesque, est devenu chez nous une drogue". Le post-scriptum de ce communiqué s'adresse aux "traducteurs/trices de Paris" qui, à la suite d'une faute de frappe ont bêtement traduit, dans le communiqué de bienvenue à la rencontre américaine (Ya Basta n 55), que le zapatisme était une "institution", alors que Marcos avait écrit que le zapatisme était une "intuition" (ce qui n'est pas tout à fait la même chose...). [Petite correspondance privée : Excuse-nous, mon chéri, nous avions "l'intuition" que quelque chose clochait, mais nous avons trop fait confiance à cette "'institution" qu'est La Jornada].
150 soldats de l'armée fédérale ratissent les environs d'Oventic (où se trouve l'Aguascalientes II de l'EZLN, l'un des lieux prévus pour la rencontre intergalactique). Les militaires ont installé 4 campements, dont un a Jolbash et un autre à Sililucum, à environ un kilomètre de Oventic. Les 4 familles qui habitaient Jolbash ont décidé de quitter le village. Les zapatistes surveillent de près la mobilisation de l'armée fédérale, dont le prétexte officiel est la recherche de cultures de drogue, et se disent prêts à défendre l'Aguascalientes au cas où les soldats essaieraient d'y pénétrer. Selon Noé, capitaine zapatiste, les militaires "prennent position aux endroits stratégiques pour avoir une avantage sur nous, parce que depuis là, nous pouvons être encerclés". Toujours selon lui, "à tout moment" un affrontement entre les deux armées peut se produire.
Selon les ONGs, la CONAI et les habitants de la région, la famine menace 17.000 familles indiennes dans la région du conflit. Elle est due à la présence militaire qui empêche les paysans de semer ou bien d'aller travailler dans d'autres régions du Chiapas comme ouvriers agricoles. D'ici au mois d'octobre, la population indienne aura désespérément besoin de 8.500 tonnes de maïs et de 1.500 tonnes de haricots. Il faut rappeler que les sympathisants zapatistes n'acceptent pas l'aide alimentaire gouvernementale, et que les autorités utilisent cette aide pour diviser les communautés, dans le cadre de la guerre de basse intensité.
Selon Mario Renán Castillo, commandant de l'armée fédérale dans la zone du conflit, des ingénieurs militaires collaborent avec 6 entreprises civiles pour construire un pont "pour relier" les communautés de San Quintín et de La Soledad. Selon Marcos, il s'agit d'une "unité militaire de troupes spéciales" qui "se préparent" à donner l'assaut (communiqué du 18 mai).
Publication dans La Jornada d'une lettre signée de près de 2.500 organisations, personnalités et individus du monde entier, pour demander la libération des prisonniers présumés zapatistes.
Santiago Ascencio Aurelio, militant du PRD à Alpoyecancingo (Guerrero) a été assassiné. Selon un député du PRD, le commanditaire du crime serait le maire de la municipalité, dont le parti de gauche exige la démission pour malversations, abus d'autorité et incitation à la violence. Le 14 mai dernier, un autre militant du PRD avait été assassiné.
Le PAN, parti de droite, annonce qu'il reviendra aux négociations que le gouvernement a entamé avec les partis pour la réforme de l'État (cf. Ya Basta! n 26, 3 septembre 95, et n 56, 16 avril 96). On s'y attendait, après l'affaire Huejotzingo (cf. Ya Basta! n 60, 16 mai).
Selon une enquête de la Canaco (organisation de commerçants), la consommation d'aliments a chuté de 22 % au premier trimestre 1996, celle de médicaments de 25 %, et celle de vêtements et de chaussures de respectivement 24.3 % et 26.8 %.
Les dirigeants et plusieurs dizaines de familles du groupe paramilitaire des Chinchulines ont fuit Bachajón suite à la rumeur, qui s'est avérée fausse, que 10.000 indiens zapatistes viendraient exercer des représailles sur les responsables de la violence dans la communauté. D'autre part, des centaines d'indiens ont bloqué plusieurs routes de la région et occupé une station radio pour demander la sanction des Chinchulines.
Publication d'un communiqué de l'EZLN qui explique que les conditions
politiques nécessaires à la poursuite du processus de paix
ne sont pas réunies. Selon le communiqué, la mobilisation
de l'armée fédérale augmente chaque jour. Il dit aussi
qu'il y a un vide juridique qu'il faut combler pour qu'il n'y ait plus
d'obstacles au dialogue et à la négociation.
La technique du noeud coulant Antonio García de León, journaliste
à la Jornada, membre de la commission de promotion du Front Zapatiste
de libération nationale, et conseiller de zapatistes au dialogue.
(La Jornada, 22 mai 1996)
Avançant en plusieurs fronts discontinus après l'offensive
militaire ordonnée par Zedillo le 9 février 1995, près
de 60 mille soldats se sont concentrés au Chiapas durant les quinze
derniers mois, prenant position pendant que le gouvernement faisait semblant
de négocier à San Andrés. C'est pourquoi depuis mars,
début de la deuxième série de discussions sur le thème
"démocratie et justice", la délégation gouvernementale
au dialogue n'a apporté aucun élément qui aurait pu
faire penser à un accord, et que toutes les initiatives et propositions
de l'EZLN, de ses conseillers et invités sont tombées dans
le vide. Dans le même temps la contre-insurection s'intensifiait
suivant deux axes : l'achat et l'importation massive d'armement à
l'Europe et aux États-Unis (comprenant la dernière centaine
de tanks et les 86 hélicoptères Huey "donnés"
pour "lutter contre le trafic de drogue") et l'entraînement
de "patrouilles civiles" -comme au Guatemala et au Pérou-
conformément aux instructions qui nous viennent du Haut Commandement
Stratégique des États-Unis et de leurs programmes continentaux
de guerre de basse in- tensité.
La matière première de ces milices, qu'on entraîne en ce moment dans les casernes de Rancho Nuevo (San Cristóbal de Las Casas) et Guadalupe Tepeyac (col de Las Margaritas) -et vraisemblablement aussi dans celle de Palenque - est constituée par les "gardes blanches" des propriétaires terriens, ainsi que les groupes armés à la solde des diverses factions du PRI. On va vers le recrutement, dans un futur proche, des organisations paysannes hostiles à l'EZLN (comme l'ARIC- officielle) et des dirigeants de certaines organisations "indépendantes" qui négocient avec la Procuraduría Agraria et de la Secretaría de Gobierno de Chiapas.
Depuis début avril au moins, on sait qu'il existe un encerclement stratégique à grande échelle qui, aux dires de Marcos (voir l'interview de Juan Gelman dans La Jornada), va depuis l'est du Tabasco jusqu'à Tuxtla Gutiérrez et Tapachula, suit en gros la frontière jusqu'à Marqués de Comillas et Tenosique, et débouche à nouveau sur le golfe à la hauteur de Campeche. A l'intérieur de ce vaste secteur, et dans la majeure partie du territoire chiapanèque couvert par ce "cercle de feu", plusieurs encerclements ont été mis en place depuis mars par une opération de "noeud coulant", opération conçue comme provocation militaire et avancée tactique, et qui a coïncidé avec les deux dernières phases -les plus tendues- du dialogue de San Andrés, dont le thème, paradoxalement, était "Démocratie et Justice". Ces filets ont étés tendus à partir de sept casernes au moins (Tuxtla, San Cristóbal, Comitán, Marqués de Comillas, San Quintín, Ocosingo et Palenque), et prennent appui sur près de 170 positions que l'armée fédérale tient aux alentours et à l'intérieur même de plusieurs communautés indigènes, et cela en violation flagrante de l'article 129 de la Constitution, et en introduisant l'alcoolisme, la consommation de drogue et la prostitution dans les villages, dans le cadre du plan visant à les déstructurer et à en faire des "villages modèles". De plus, l'entraînement des "Forces d'Action Arco Iris" (58e bataillon d'infanterie) des Altos comprend la déshumanisation des troupes -à la manière des Kaibiles - par le moyen d'attitudes racistes et criminelles : le T-shirt de ces "Forces d'Action", (rapporté à l'EZLN par un soldat déserteur, et montré à la presse par leurs assesseurs devant la PGR ) - sur lequel est figurée une botte militaire écrasant comme un insecte un "indien zapatiste", suffit à dire la place que le gouvernement de Zedillo accorde aux communautés indigènes.
A part en quelques points de la côte et dans la vallée du fleuve Grijalva, la majorité des positions et campements de l'armée -133 la semaine dernière- semblent former cinq cercles tactiques : un entourant San Andrés Sacamch'en (dix campements fixes et plusieurs mobiles qui "cherchent de la marijuana" dans les zones à majorité zapatiste), un dans la région de Palenque (six jusqu'à la route de Río Chancalá, et autant encerclant l'Aguascalientes de Roberto Barrios), un dans les vallées d'Ocosigo et d'Altamirano (le plus important en nombre et en superficie, puisqu'il inclut San Quintín), un dans la vallée de las Margaritas (qui relie Comitán au campement de Guadalupe Tepeyac : 38 camps principaux et plusieurs mobiles), et le "noeud coulant" installé à Marqués de Comillas : au moins 15 positions qui rejoignent celles du cercle stratégique situé le long de la frontière du Guatemala.
Qui pourrait croire alors que le gouvernement était en train de dialoguer avec les zapatistes, pour mettre au point une paix juste et digne ? Les condamnations d'Elorriaga et d'Entzin montrent que le gouvernement n'a jamais négocié sérieusement une issue politique à San Andrés : il a seulement gagné du temps pour compléter ses positions d'encerclement militaire visant à l'anéantissement des communautés zapatistes, dont l'arme principale est un haut degré de dignité. Plusieurs documents vidéo qui circulent en ce moment au Mexique et dans le monde laisseront pour l'histoire à venir les images de villages abominablement pauvres, occupés et sous la menace d'armes de guerre qui ont coûté, ainsi que les tricheries de ceux qui nous gouvernent, des milliers de millions de dollars aux finances du pays : avec l'argent de cet armement (et avec celui volé par diverses bandes du PRI qui se relaient tous les six ans) on aurait pu déjà apporter une solution au problème économique, et pas seulement au Chiapas. Les zapatistes ne se sont pas soulevés pour obtenir des miettes, ils l'ont fait pour une demande nationale incontournable : la transition à la démocratie et à un ordre juridique républicain . Ils lutteront, s'il le faut, jusqu'au dernier homme pour défendre ces droits fondamentaux de tous les mexicains.
Campagnes Maïs contre la famine au Chiapas
On en parle déjà depuis quelques mois, la situation alimentaire
devient critique au Chiapas, les paysans n'ayant pas pu semer à
cause de l'occupation de l'armée. On sait d'autre part que les communautés
zapatistes refusent l'aide alimentaire gouvernementale, que les autorités
utilisent comme moyen de pression sur les populations et de division des
communautés. C'est pourquoi des campagnes se mettent en place :
Au Mexique, les sympathisants zapatistes lancent une campagne pour la paix
et contre la famine, afin d'organiser une caravane qui amènerait
là-bas maïs, haricots, sucre, sel, huile, savon et semences.
Cette caravane devrait quitter Mexico le 10 juillet 96.
Pour apporter sa contribution, faire des virements sur le compte bancaire
suivant :
1305956-3, agence 116, au nom de Emma Cosio Villegas, Hilde Embcke et Margarita
Gonzalez de Leon.
Tel / fax 525 25 45 ou 547 27 80, à Mexico.
E-mail 74174.1671@compuserve.com, à l'attention de Paulina Fernandez.
En France, la CIMADE a ouvert un compte pour recueillir des fonds pour
venir en aide aux communautés paysannes touchées par la famine
:
Cimade-CCP 4088 87 Y Paris (Chiapas).
Vous pouvez aussi envoyer des chèques, en précisant au dos
"Chiapas" : CIMADE, 176 rue de Grenelle, 75007 Paris.
Visite du président Zedillo au Chiapas. Il a assuré que son gouvernement avait la volonté de poursuivre le dialogue avec les zapatistes. Mais il y a loin des discours à la réalité : rien n'est fait contre la famine qui menace les communautés indiennes, le harcèlement militaire et la guerre de basse intensité continuent, et les présumés zapatistes sont toujours en prison. A Mexico, une manifestation d'enseignants a rassemblé 10.000 personnes (sur le mouvement enseignant, cf. Ya Basta n 60,15 et 16 mai n 59, 8 mai, n 58, 4 mai). Il y a eu des affrontements avec la police à la fin de la manif, bilan : 60 blessés (flics et manifestants confondus). Le Mexique vit la pire sécheresse de ces 50 dernières années. Un million de paysans, dans 11 états du pays, sont affectés ; 10 millions de tonnes de céréales sont perdues, et 3 millions de bovins sont morts ou ont dû être vendus à bas prix.
Manifestation à Tuxtla Gutiérrez d'une centaine d'indiens de Bachajón, pour exiger la sanction des Chinchulines et la libération de 28 personnes incarcérées suite aux affrontements dans le village. Selon les habitants de Usipá, (municipalité de Tila), des membres du groupe paramilitaire Paix et Justice (proche du PRI) ont assassiné deux indiens militants du PRD ; deux autres personnes ont disparu. Près de 1.500 éleveurs ont manifesté à Palenque (Chiapas) pour exiger du gouvernement la récupération de 500 terrains occupés par des paysans dans les municipalités de Palenque, Playas de Catzajá, Salto de Agua, Tila, Yajalón et Chilón. Selon eux, 1.919 terrains sont actuellement occupés au Chiapas, dont 746 dans la zone de conflit.
Des membres de la commission de promotion du FZLN (Front Zapatiste de Libération Nationale) appellent les citoyens mexicains et étrangers à se rendre au Chiapas avant le 5 juin (jour où les zapatistes devaient rencontrer la délégation gouvernementale, avant la rupture du dialogue), pour faire pression pour que le dialogue de paix puisse reprendre. Ils annoncent la création de campements civils de paix autour des cinq "Aguascalientes".
Francisco García Santiago, présumé zapatiste, a été condamné à 7 ans de prison ferme, accusé du sabotage d'un pylône haute tension. Selon le Centre des Droits Humains Miguel Agustín Pro Juárez, l'accusation s'appuie sur des déclarations obtenues sous torture psychologique (la police avait séquestré des proches de l'accusé). L'Association des Agriculteurs Californiens a demandé aux autorités américaines la mise en place d'un plan d'embauche de paysans mexicains, suite au manque de 350.000 ouvriers agricoles pour les récoltes de cette année.
Manifestations à Mexico et dans les états de Veracruz et Coahuila, pour protester contre la condamnation de Francisco García Santiago. David Garay Maldonado, secrétaire de sécurité publique de Mexico, a été limogé suite aux affrontements entre la police et les enseignants.
Dans un communiqué adressé à la Conai et à la Cocopa, le CCRI-CG de l'EZLN affirme que les mobilisations militaires et policières s'intensifient. Il parle aussi de San Andrés où "ils veulent imposer un maire du PRI, dans tenir compte de ce que dans la municipalité il y a une autorité municipale élue par la majorité des gens depuis le 1er juillet dernier". Le communiqué dénonce que dans la communauté Los Plátanos, (municipalité de El Bosque), les militants du PRI ont reçu des armes et qu'ils menacent les familles proches de l'EZLN. Le conflit post-électoral à San Andrés (voir plus haut) a dégénéré en affrontements entre militants du PRI et du PRD. La loi Helms-Burton est une nouvelle loi américaine qui vise à durcir le blocus contre Cuba, et qui prévoit des sanctions contre quiconque entretient des rapports avec ce pays. C'est ainsi que le Département d'Etat américain a écrit au groupe industriel mexicain Domos ainsi qu'à une entreprise canadienne et une autre italienne, pour les avertir que leurs activités à Cuba pourraient entraîner le refus d'entrée sur le territoire américain à leurs dirigeants, représentants et actionnaires. Une entreprise mexicaine, Cemex, reconnaît avoir quitté Cuba suite aux pressions américaines. D'autre part, selon une étude du ministère de commerce mexicain, la loi Helms-Burton est en contradiction avec les paragraphes 11 et 16 de l'Alena.
A Berlin, début de la Rencontre Continentale Européenne
contre le Néolibéralisme et pour l'Humanité. Un message
de l'EZLN a été lu par Guillermo Briceño, de la commission
de promotion du FZLN, ainsi que par deux membres de Botellita de Jerez
(groupe de musique qui fait partie du collectif Serpiente sobre ruedas,
qui organise des concerts pour apporter une aide humanitaire aux communautés
chiapanèques). Dans ce message, Marcos dit "il est nécessaire
de construire une nouvelle culture politique, qui pourrait naître
d'une nouvelle façon de concevoir le Pouvoir. Il ne s'agit pas de
prendre le Pouvoir, mais de bouleverser sa relation avec ceux qui l'exercent
et ceux qui le subissent. Le zapatisme n'est pas une nouvelle idéologie
politique, ni une resucée d'idéologies anciennes. Le zapatisme
n'existe pas. Il sert seulement, comme les ponts, à traverser d'un
côté à l'autre. Donc, dans le zapatisme tout le monde
a sa place, tous ceux qui veulent traverser d'un côté à
l'autre. Chacun a son autre côté. Il n'y a pas de recettes,
pas de ligne, pas de stratégies, de tactiques, de lois, de règlements
ou de consignes. Il n'y a qu'une aspiration : construire un monde meilleur,
c'est-à-dire, nouveau. Bref, le zapatisme n'appartient à
personne et, donc, il appartient à tous. Voici les idées
centrales de l'invitation à la Rencontre continentale pour l'humanité
et contre le néolibéralisme. C'est une rencontre, pas un
congrès. On va se rencontrer pour voir ce que ça donne. Ce
n'est pas une rencontre seulement des zapatistes ou des sympathisants du
zapatisme. C'est une rencontre entre ceux qui disent ou veulent dire leur
propre "Ya Basta!" (Ca suffit!) à leur propre cauchemar".
Dans le nord du pays, près de 400 personnes, pour la plupart des
femmes et des enfants d'un quartier pauvre, ont pris d'assaut et pillé
un train qui transportait du maïs. Il a fallu plus de 100 policiers
pour rétablir l'ordre, mais ils n'ont récupéré
que 2 des 50 tonnes de maïs prises par la population. Bilan : 7 arrestations,
3 flics blessés et 4 véhicules de police endommagés.
Le chef de la police municipale a reconnu que cette action était
peut-être due au désespoir de la population devant la situation
économique du pays.
Bureau gouvernemental chargé de résoudre le conflit agraire,
et qui cherche à diviser les organisations paysanes en faisant des
promesses à certaines. Bureau chargé de tout ce qui concerne
la politique intérieure, y compris la police, au niveau des états.
Troupes d'élite guatémaltèques, formées avec
l'"aide" des Etats-Unis pour lutter contre la guérilla
locale, et réputées pour leur sauvagerie. Procuraduría
General de la República. Ca, c'est une interprétation un
peu personelle : les zapatistes n'ont jamais rien écrit de tel dans
leur communiqués, et on peut même se demander si l'"autonomie
indienne" qu'ils réclament n'est pas en totale contradiction
avec l'idée d'"ordre juridique républicain". On
le leur souhaite d'ailleurs, parce que, pour ce qui est d'"ordre juridique
républicain", on a notre compte, nous, par ici, et c'est pas
triste... Bon, on va essayer d'en savoir un peu plus sur la question, et
de voir avec García de León ce qu'il en pense vraiment, et
on vous tient au courant...
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