Aller au : Jour précédent Page Principale
Des militants du PRD et de diverses organisations indiennes du Chiapas
dénoncent le fait qu'environ 30.000 soldats se disposent à
voter dans la zone du conflit zapatiste. Ils dénoncent aussi la
localisation de certains bureaux de vote : ainsi, dans la municipalité
d'Ocosingo, ceux-ci sont "trop loin des communautés non-priistes,
et près des campements militaires".
Dans une lettre ouverte, les habitants de la communauté de El Quemado
(Guerrero) disent : "nous avons peur de subir des représailles
de la part de l'armée mexicaine, parce que l'affrontement [entre
l'armée et l'EPR, cf. 28 mai] a eu lieu à 5 km de notre village
(...) notre peuple a déjà eu ce type d'expérience
en 1972 [lors de la répression de la guérilla de Lucio Cabañas],
et cela nous a coûté beaucoup de vies et la détention
illégale de 80 personnes (...) depuis le jour de l'affrontement,
nos terres et nos animaux sont laissés à l'abandon, et la
récolte de mangue est en train de s'abîmer. Personne veut
aller aux champs, par crainte des soldats".
Suite de l'interview du commandant Antonio de l'EPR. A propos du PRD (opposition
de gauche), il dit : "c'est une des forces qui (...) peuvent contribuer
à la lutte pour la démocratisation du pays (...) Cependant,
(...) à l'intérieur du PRD il y a des forces d'une nature
complètement différente". A propos des rumeurs selon
lesquelles le PROCUP (Parti Révolutionnaire Ouvrier Clandestin Union
du Peuple, l'une des organisations armées qui se sont unies pour
former l'EPR) et donc l'EPR seraient infiltrés par le gouvernement,
Antonio estime qu'il s'agit seulement d'une manoeuvre du gouvernement pour
discréditer son mouvement.
Dans un communiqué, l'EPR annonce que toutes ses unités sont
en "alerte générale". Ils ajoutent que la guérilla
poursuivra ses actions de "propagande révolutionnaire",
mais ne gênera pas les élections du 6 juillet.
Message de Javier Elorriaga aux comités de solidarité avec la lutte zapatiste.
Beaucoup de compagnons et de compagnes des nombreux comités de solidarité avec la lutte zapatiste qui existent à peu près partout dans le monde m'ont contacté pour savoir comment faire parvenir leur solidarité aux communautés indiennes du Chiapas. A la question de comment canaliser vos projets de santé, d'éducation, d'agriculture, etc, je réponds qu'il existe une ONG nommée Enlace Civil A.C., dont le siège est à San Cristóbal de Las Casas, et dans laquelle travaillent des gens dont l'honnêteté et l'engagement auprès des communautés indiennes en résistance est reconnu. Alors, à tous ceux qui me l'ont demandé, je réponds que, à mon avis personnel, cela peut-être une manière de faire parvenir vos projets et votre solidarité aux indiens du Chiapas qui résistent à la guerre de basse intensité depuis maintenant plus de trois ans.
Je précise que Enlace Civil n'appartient pas à la structure du Front Zapatiste de Libération Nationale, et encore moins à celle de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale, c'est seulement une ONG qui travaille directement avec les communautés en résistance et avec laquelle, si vous voulez, vous pouvez vous mettre en rapport pour démarrer vos projets de solidarité.
Les coordonnées de Enlace Civil sont les suivantes :
Coordinatrice Générale : Mercedes Ozuna E-mail : enlacecivil@laneta.apc.org Compte bancaire : Bancomer 1000754-2 Plaza 437
C'est tout.
Javier Elorriaga Berdegue Commission Nationale d'organisation du FZLN.
Les instituteurs du Guerrero ont signé un accord avec le gouvernement de l'état pour mettre fin à leur mouvement. Le texte prévoit entre autres une prime de fin d'année équivalente à 65 jours de salaire, des manuels scolaires gratuits pour élèves des 30 municipalités de la région de la montagne et de la côte Chica, davantage de petits-déjeuners gratuits pour les élèves, la construction de quatre hôpitaux et de plusieurs écoles... Les instituteurs du Michoacán seraient eux aussi sur le point de signer un accord avec leur gouvernement.
L'ambassade américaine au Mexique enquête sur l'éventuelle
utilisation par le gouvernement mexicain des hélicoptères
Huey donnés au Mexique "pour lutter conte le trafic de drogue",
dans des actions contre l'EPR dans le Guerrero. Ceci suite à la
publication dans la presse mexicaine de photos montrant des hélicoptères
similaires aux Huey poursuivant les combattants de l'EPR. Selon La Jornada,
en janvier 1994, l'ambassade américaine avait protesté auprès
du ministère mexicain des affaires étrangères pour
l'utilisation de ces hélicoptères dans la lutte contre les
zapatistes au Chiapas.
Les instituteurs de l'état de Michoacán sont parvenus à
un accord avec le gouvernement ; ils ont obtenu la création de nouveaux
postes et des primes (pas grand-chose, semble-t-il).
Dans un communiqué, l'EPR annonce une trêve dans tout le
pays jusqu'au 15 juillet, pour permettre le bon déroulement des
élections.
Dans des interviews à La Jornada, des dirigeants du patronat mexicain
se disent "préoccupés" par une possible victoire
électorale de Cuauhtémoc Cárdenas (candidat de l'opposition
de gauche au poste de gouverneur de Mexico). Ils estiment que sa politique
pourrait faire fuir les investisseurs étrangers.
L'armée fédérale poursuit son implantation dans
la zone zapatiste. Cette semaine, deux nouveaux campements ont été
installés dans la municipalité d'Ocosingo.
Héctor Sánchez, César Chávez et Luis H. Alvarez,
membres de la COCOPA, font savoir que lors d'une réunion entre cette
commission et les fonctionnaires chargés d'organiser les élections,
ils ont évoqué la possibilité que 50.000 indiens du
Chiapas ne puissent pas voter aux élections de juillet, à
cause des conflits locaux. L'un des problèmes majeurs est celui
des déplacés : s'ils essayent de revenir voter dans leurs
communautés, des affrontements risquent d'éclater. Les conseillers
électoraux se déclarent impuissants.
Quatre militant(e)s du PRD membres d'une même famille ont été
assassiné(e)s dans le village de Río Grande (Oaxaca). Selon
le frère de l'une des victimes, la famille "était harcelée
par les caciques de la région par le biais des agents de la police
judiciaire de l'état".
Cuauhtémoc Cárdenas déclare que les patrons qui craignent
l'avancée électorale de son parti appartiennent à
l'élite favorisée par l'ex-président Salinas (qui
a appliqué une politique de privatisations qui a souvent profité
à sa famille ou à des hommes d'affaires proches). Cárdenas
affirme que la plupart des chefs des petites et moyennes entreprises le
soutiennent, parce qu'ils veulent en finir avec la corruption.
A Mexico, des milliers de personnes se pressent dans la station de métro
"Hidalgo" (l'une des plus importantes), pour voir une tache d'humidité
dans laquelle certains croient reconnaître la Vierge... le débat
est ouvert pour savoir s'il s'agit d'une apparition ou pas...
Selon Mario Villegas, fonctionnaire électoral au Chiapas, le
processus de préparation des élections du 6 juillet "se
poursuit normalement" dans l'état, à l'exception de
"13 bureaux de vote qui n'ont pas pu être installés parce
que l'EZLN n'a pas laissé entrer l'Institut Fédéral
Électoral".
Dans le Guerrero, le PRI (parti officiel) colle des affiches invitant la
population à ne pas voter pour le PRD (opposition de gauche), "parti
violent... sans principes... qui a des attitudes et des actions agressives
et irrationnelles... qui appelle à des manifestations, blocages
de routes et sittings contre les institutions, lésant tous les citoyens"
et liant le parti de gauche avec l'EPR et l'EZLN. D'autres affiches invitent
à voter pour le PRI, "parti sérieux, organisé,
non-violent, responsable".
Héctor Larios Santillán, président du Conseil Coordinateur
des Entrepreneurs, s'est prononcé pour l'anéantissement de
l'EPR "pour en finir avec la violence qui provoque l'incertitude économique,
mais surtout la mort de gens innocents".
Juan López González, maire populaire de San Andrés Sacamch'en de Los Pobres, annonce qu'environ 4.000 indiens de sa municipalité, proches du PRD et des zapatistes, ont décidé de ne pas voter le 6 juillet prochain. Raisons invoquées : la militarisation de la région, qui les en empêche, l'impasse dans laquelle se trouve le dialogue de paix, et le manque de volonté du gouvernement de résoudre le conflit post-électoral de 1995. San Andrés Sacamch'en est le nom zapatiste de la municipalité de San Andrés Larráinzar, siège du dialogue de paix, où deux mairies cohabitent : celle, PRIiste, issue du scrutin de 1995, et celle, élue de façon indépendante par les sympathisants zapatistes, qui sont nombreux dans la région (cf. Ya Basta ancienne formule n° 41, 27 décembre 95, et n°42, 7 janvier 96). Le conflit post-électoral dont parle M. López González vient de la non-reconnaissance officielle de la mairie populaire. López González ajoute que dans les communautés 100 % PRDistes, les gens ne vont pas permettre l'installation des bureaux de vote, puisqu'ils n'ont pas l'intention de voter, et dénonce l'installation de plusieurs bureaux de vote dans les environs de campements militaires. Il reconnaît que la décision de ne pas voter bénéficiera sûrement au PRI, mais explique que "le peuple de San Andrés ne considère pas la voie électorale comme une solution définitive, parce que le gouvernement est en train de démontrer son incapacité politique à résoudre le conflit au Chiapas, et qu'il espère une solution militaire".
Oscar González, actuel porte-parole de la COCOPA, déclare
qu' "il faudrait que l'EZLN rende public un communiqué où
elle prenne l'engagement de ne pas interférer avec les prochaines
élections".
Chiffres officiels : 5 millions des habitants de la ville de Mexico vivent
en dessous du seuil de pauvreté, et 1 million vivent dans une misère
extrême ; en 1996, 330 sans-abri y sont morts dans les rues. Il y
a en moyenne 657 délits recensés par jour dans la ville,
dont 90 % restent impunis.
Nouveaux affrontements entre la police et des paysans proches des zapatistes
dans la municipalité de Chenalhó. Les versions sont contradictoires
: les autorités parlent d'une embuscade contre une camionnette de
police, tandis que les autorités autonomes (proches du PRD et des
zapatistes) parlent d'une attaque policière. Bilan : deux flics
blessés et deux indiens portés disparus.
Rubén Aguilar, membre de Causa Ciudadana (l'un des groupements politiques
reconnus dans le cadre de la nouvelle loi électorale, cf. Ya Basta
n°2, 6 décembre 96), a déclaré que dans au moins
25.000 bureaux de vote ruraux, il n'y aura pas de représentants
du PAN ni du PRD (les principaux partis de l'opposition) le 6 juillet prochain.
Selon lui, ces bureaux, qui représentent le quart des bureaux de
vote qui seront installés dans tout le pays, peuvent être
considérés comme étant "à haut risque
de fraude électorale". Ils se trouvent principalement dans
les états de Chiapas, Guerrero, Oaxaca, Puebla, Hidalgo, Veracruz
et San Luis Potosí. Souvent, lors des élections, le PRI obtient
des scores de 100 % dans les régions les plus pauvres et les plus
isolées du pays... là où il n'y a pas d'observateurs
indépendants.
Affrontement entre paysans proches du PRD et gardes blanches (milices
payées par les propriétaires de terres) dans la municipalité
de Pueblo Nuevo Solistahuacán (Chiapas). Le propriétaire
d'un terrain, accompagné d'une douzaine de gardes blanches, a essayé
de chasser des paysans qui l'occupaient depuis 1994. Bilan : trois paysans
et deux attaquants sont morts, et les indiens occupent toujours le terrain.
Environ un millier de personnes ont manifesté à Mexico pour
commémorer l'anniversaire de la répression du 10 juin 1971.
Ce jour-là, à Mexico, le gouvernement avait lancé
un groupe paramilitaire contre une manifestation d'étudiants et
d'instituteurs, faisant une dizaine de morts.
Amnesty International lance une campagne mondiale pour la libération
du général José Francisco Gallardo, en prison au Mexique
depuis novembre 1993 (cf. Ya Basta ! n°17, 20 avril 97). Amnesty rappelle
que la détention de M. Gallardo a pour origine la publication d'un
article dans lequel il dénonçait les atteintes aux droits
humains commises par l'armée mexicaine, et où il demandait
la création d'un poste d'observateur du respect des droits humains
au sein de l'armée.
Selon une étude la mairie de Mexico, au cours des 5 premiers mois
de l'année, il y a eu en moyenne 7,7 manifestations par jour dans
la capitale. Les moyennes des années précédantes sont
: 5,1 en 94, 6,9 en 95 et 6,5 en 1996. Pour les manifestations réalisées
en 1997, 65 % étaient organisées par des groupes indépendants,
26 % par le PRD et 8,5 % par le PRI.
Les habitants du nord de la zone zapatiste dénoncent l'augmentation
des patrouilles militaires ; celles-ci partent de Palenque et se dirigent
vers le col d'Ocosingo.
Nouvelle visite du ministre mexicain de la défense au Chiapas, qui
a rencontré les chefs militaires dans l'état dans la caserne
de Rancho Nuevo.
Ema Toledo, députée PRD du Chiapas, a reçu à
quatre reprises des menaces de mort par téléphone, depuis
qu'elle a commencé à chercher des solutions à la situation
des déplacés de la zone Nord de l'état.
Selon les conclusions du Salon International de la Sécurité
qui s'est tenu à Mexico, le Mexique occupe la troisième place
mondiale parmi les pays acheteurs d'équipement de sécurité
(alarmes, videosurveillance, armes...). En Amérique Latine, Mexico
est, après Brasilia et Bogotá, la ville où l'insécurité
est la plus forte.
Publication d'un communiqué de l'EZLN adressé à
la marche européenne contre le chômage, la précarité
et les exclusions (voir encadré).
Des militants du FZLN ont manifesté devant l'ambassade hollandaise
à Mexico en soutien à la marche européenne contre
le chômage, la précarité et les exclusions qui arrive
aujourd'hui à Amsterdam.
Pour le Congrès National Indigène, l'abstention sera forte
dans les zones indiennes du pays aux élections du 6 juillet prochain.
Ceci à cause de la militarisation et du manque d'intérêt
des partis politiques pour les problèmes des indiens.
14 juin 1997
A : La marche européenne contre le chômage, la précarité et les exclusions.
Europe rebelle.
Planète Terre.
Frères et soeurs:
Depuis les montagnes du sud-est mexicain, nous, indiens rebelles de l'Armée zapatiste de Libération Nationale, nous vous envoyons un grand salut, pour vous dire notre admiration pour l'effort qui culmine aujourd'hui, cette marche commune du défi qui va de l'avant. La guerre que mène le grand Pouvoir contre tous les "inutiles" et les "rebuts" de ce monde, nous tous, est mondiale et totale. Une nouvelle conquête du monde, voilà ce que se propose le grand Pouvoir. A nouveau, s'approprier la force du faible, à nouveau, lui voler la richesse qu'il produit. Mais à présent le grand Pouvoir prétend aussi nous priver de coeur pour la lutte, nous laisser sans révolte et sans espoir. Pour cela, le grand Pouvoir cherche et crée de nouvelles formes d'autoritarisme, construit des prisons pour les corps et les idées, pratique et applaudit les intolérances, fertilise le sol où croissent le racisme et la xénophobie, fait passer la misère du chômage et de la précarité pour un succès néolibéral, multiplie les remparts contre la dissidence et décrète l'exclusion de milliers de millions d'êtres humains, qui non seulement n'ont pas leur place dans son modèle mondial, mais en plus se rebellent contre la "modernité" de la bêtise.
Les travailleurs, producteurs de la richesse qui s'accumule sur les tables du grand Pouvoir, sont aujourd'hui jetés à la rue. Grâce à la concentration de la production par quelques multinationales, et à la faillite de milliers de petites ou moyennes entreprises, des travailleurs du monde entier perdent leur emploi, et, alchimie néolibérale, forment une armée formidable qui menace l'emploi de ceux qui ont encore un travail. C'est ainsi que le néolibéralisme ressuscite des fantômes, et présente aux travailleurs des ennemis fabriqués sur mesure : les immigrants. Comme si ces déplacés, poussés loin de leurs foyers et de leur travail, étaient la cause de la misère et de l'exploitation des esclaves modernes de la mondialisation, le racisme et la xénophobie deviennent le prétexte de la lutte des travailleurs les uns contre les autres. Le néolibéralisme nous apprend à nous affronter à nous-mêmes, à nous résigner, à ne pas perturber le règne de l'argent globalisé. Mais il se trouve, frères et soeurs, que nous sommes de très mauvais élèves à l'école mondialisée de la défaite, de mauvais clients à la braderie du découragement, et contre la religion de l'argent, des hérétiques militants.
Frères et soeurs :
Deux projets de ce que doit être l'Europe se rencontreront ce mois de juin à Amsterdam. L'un de ces projets vient des grands centres financiers, voyage dans des avions modernes, est doté d'équipements de sécurité sophistiqués et d'outils de communication dernier cri, et a le roi argent pour volonté et guide. C'est le projet du néolibéralisme. L'autre vient des recoins les plus sombres d'Europe, voyage par terre, sans autre sécurité que la confiance mutuelle, il a pour communication celle que procure le fait de se savoir rebelles ensemble, et a la dignité humaine comme moteur et espoir. C'est le projet de l'humanité. Ici à Amsterdam vont se réunir les représentants des gouvernements européens. L'unité de l'Europe qu'ils promeuvent est celle de la guerre : plus de 20 millions de chômeurs, 50 millions de personnes réduites à la pauvreté, 5 millions de sans-logis, et tous les citoyens européens ont vu se réduire leurs droits sociaux. Femmes, vieux, jeunes, migrants, petits propriétaires, homosexuels et lesbiennes, travailleurs, et tous ceux qui luttent avec ces groupes sociaux, sont devenus les victimes de la "nouvelle unité européenne". Mais ici, à Amsterdam, se sont aussi réunis les rebelles d'Europe. Ensemble, sans frontières qui les divise, ils ont marché de tous les coins du continent pour se prouver et nous prouver que l'Europe de Maastricht n'est ni la meilleure ni la seule alternative. Contre le chômage, la précarité et l'exclusion sociale, les rebelles d'Europe luttent contre la tyrannie du libre marché et pour une Europe libre, sans racisme ni xénophobie. Ensemble, ils proposent l'unité des exclus pour résister à l'unité des puissants, et pour avancer dans la construction d'une Europe démocratique, libre et juste, où ce qui disparaîtra sera non pas la dignité humaine, mais la misère. La marche européenne des rebelles qui, aujourd'hui, 14 juin 1997, finit à Amsterdam, est aussi le début de la lutte pour l'unité européenne pour l'humanité et contre le néolibéralisme. Malgré tant de kilomètres, et un océan entre nous, notre parole vient à vous pour vous dire ce que, sûrement, vos coeurs savaient déjà et que vos yeux et vos oreilles découvrent : que vous n'êtes pas seuls, que Amsterdam que vous prenez aujourd'hui, 14 juin, est la pointe visible du volcan de dignité rebelle qui, dans le monde entier, annonce déjà un autre monde, différent de celui du grand Pouvoir ; un monde meilleur, plus digne, plus humain. En ce même 14 juin, des mexicains rebelles manifestent dans la ville de México pour soutenir vos justes revendications et lever sur les terres mexicaines le drapeau de la dignité pour l'humanité et contre le néolibéralisme. Tous, nous nous reconnaissons dans le miroir que nous tend votre lutte, nous savons que l'ennemi que vous affrontez, que nous affrontons, est un même projet de destruction et de mort, que c'est seulement par la démocratie, la liberté et la justice que sera possible l'espoir. Nous saluons cette lutte. Nous sommes des indiens en armes. Nous sommes exclus par décret néolibéral, et nous sommes rebelles par décret de la dignité humaine. Nous nous sommes levés en armes contre le grand Pouvoir, et notre défi n'est qu'une petite partie de celui qui se lève dans tous les recoins des cinq continents. Aujourd'hui, nous sommes en résistance, parce que résister est aussi une façon de lutter. De l'Europe de Maastricht nous n'avons reçu que mépris et mort. Le gouvernement qui nous pourchasse est équipé avec les armes que lui fournit "l'Europe des 15" pour éliminer le mauvais exemple que nous sommes. De l'Europe rebelle, l'Europe représentée dans votre marche, nous avons reçu compréhension et plus d'une leçon de dignité et de persévérance. Nous, les rebelles mexicains de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale, voulons vous remercier pour l'exemple que vous offrez aujourd'hui à l'histoire de la dignité humaine. Et pour vous dire merci, nous vous envoyons les paroles d'un rebelle, indien maya, qui savait que du rêve à la réalité, le chemin est celui de la lutte: "Canek dit : - Certains préfèrent l'idéal : d'autres la réalité. Il en résulte une discorde qui aigrit les esprits. Jamais les hommes ne concilient leurs opinions. Au mieux ils parviennent à rêver la réalité ou à vivre l'idéal. Et la différence des aspirations subsiste. Mais l'homme doit être plus exigeant et plus humain ; il doit vouloir la meilleure réalité ; celle qui est possible, celle qui mûrit et croît entre ses mains. Ce sera comme vivre l'idéal de la réalité" (Canek, Histoire et légende d'un héros maya", Ermilio Abreu Gómez). Bon. Salut, frères et soeurs rebelles de l'Europe digne, et que l'espoir brise toutes les frontières dans le monde entier.
Depuis les montagnes du sud-est mexicain Sous-commandant insurgé Marcos Armée zapatiste de libération nationale Mexique, juin 1997
Dans la communauté d'Agua Fría (Guerrero), un paysan militant
du PRI (le parti au pouvoir) a été assassiné par des
hommes cagoulés, vêtus de noir et portant des fusils d'assaut
AK-47. Dans la région, c'est le 13ème PRIiste assassiné
dans des conditions similaires depuis 8 mois.
Selon la Commission Interaméricaine des Droits Humains, en 17 ans
de lutte pour de meilleures conditions de travail, les instituteurs du
Guerrero et de Oaxaca ont subi 100 assassinats, 3 disparitions et 14 emprisonnements.
Selon l'ONU, le Mexique est l'un des 5 pays au monde dans lesquels il y
a eu le plus de dénonciations de disparitions en 1995 et 1996 (26
cas au Mexique). Les autres pays sont le Soudan, le Sri Lanka, la Colombie
et la Turquie.
Nouvel affrontement dans la municipalité d'Ocosingo (Chiapas),
cette fois, à Busiljá. Des indiens de Xi Nich (organisation
paysanne indépendante, cf. Ya Basta n°14, 8 et 9 mars 97) sont
venus demander la libération de l'un des leurs, qui a été
arrêté. Il est accusé d'avoir volé des vêtements
pour les donner aux zapatistes. Les indiens ont essuyé un refus,
et un affrontement avec des paysans proches du PRI s'en est suivi. Bilan
: un militant de Xi Nich mort, 7 blessés (dont 4 de Xi Nich), 16
familles déplacées et 2 arrestations.
Les autorités mexicaines ont refusé l'entrée du territoire
à un prêtre catholique écossais, Henry Mc Cowling,
qui travaillait depuis deux ans du diocèse de San Cristóbal,
et avait demandé (et obtenu) un permis de sortie. Ce diocèse,
dirigé par Samuel Ruíz, est harcelé par le gouvernement
et la mouvance hostile aux zapatistes, à cause de la position de
médiateur entre les zapatistes et les autorités qu'il a adopté
depuis le début du conflit. Deux autres prêtres avaient déjà
vécu la même aventure, et trois autres ont déjà
été expulsés en juin 1995.
Nouveaux mouvements de troupes au Chiapas ou des campements ont étés
installés dans la zone du col d'Altamirano.
Cuauhtémoc López Sánchez est le nouveau président
de la Commission des Droits Humains (officielle) du Chiapas. Plusieurs
ONGs ont critiqué sa nomination : c'est un proche du parti au pouvoir
(il a été président du Tribunal de Justice du Chiapas
sous le gouvernement autoritaire de Patrocinio González Garrido
; à ce poste, il a été accusé de mener une
répression féroce contre les mouvements sociaux et populaires
de l'état).
Environ 1.500 retraité(e)s et veuves ont bloqué l'entrée
de l'Assemblée Nationale à Mexico. Ils demandent que la retraite
soit portée à l'équivalent de deux salaires minimum,
soit 1.200 pesos par mois au lieu de 800 pesos actuellement (environ 750
FF par mois au lieu de 500). Ils demandent aussi une sécurité
sociale complète, 250 pesos (155 FF) par mois de bons alimentaires,
et des bourses pour leurs enfants et leurs petits-enfants.
Selon Amnesty International, les atteintes aux droits humains sont en augmentation
au Mexique en 1996 et 1997, par rapport aux années précédentes.
En particulier, Amnesty signale que l'armée fédérale
a commis de très graves exactions dans les états de Guerrero,
Oaxaca et Veracruz, dans le cadre de la lutte contre l'EPR. Beaucoup de
dirigeants sociaux du pays ont été soumis à la torture,
ou ont été victimes d'exécutions sommaires. De plus,
les soldats responsables des assassinats de zapatistes à Ocosingo
et Morelia en 1994 restent impunis.
Nouvelles mobilisations de troupes dans la zone du conflit au Chiapas.
Environ 3.000 soldats ont installé des campements près des
communautés de Venustiano Carranza, San Miguel, Patathé Nuevo
et Patathé Viejo, dans les municipalités d'Ocosingo et d'Altamirano.
Indignation au Mexique, après l'exécution au Texas de Irineo
Tristán Montoya, âgé de 30 ans. Il était parti
chercher du travail aux États-Unis à l'âge de 14 ans
; en novembre 1985, il est soupçonné, avec un autre mexicain,
d'avoir assassiné un américain qui les avait pris en stop.
Emprisonnés tous deux, son ami a été mis hors de cause,
mais le procès d'Irineo est entaché de nombreuses irrégularités
: le consulat mexicain n'a pas été informé, comme
le veulent les conventions internationales, et Irineo a signé une
déposition en anglais, langue qu'il ne comprenait pas, sous la promesse
que cela lui permettrait d'être expulsé vers le Mexique. En
juin 1986, il a été condamné à mort. Les diplomates
mexicains ont essayé d'empêcher son exécution, mais
on leur reproche de ne s'être vraiment investis que très récemment,
et pas lors du procès ou au cours de ses premières années
de détention. Irineo Tristán Montoya est le 24e prisonnier
exécuté au Texas en 1997, et le troisième mexicain
mis à mort dans l'état depuis 4 ans ; 30 autres mexicains
attendent dans le "couloir de la mort", aux États-Unis.
Des manifestations ont eu lieu à l'extérieur de la prison
ou Irineo a été exécuté, et à la frontière
mexicaine ; les manifestants scandaient : "gringos assassins !".
Le PRD et plusieurs ONGs déclarent à nouveau que dans
certaines régions du Chiapas et de Oaxaca, les conditions ne sont
pas réunies pour la tenue des élections du 6 juillet, à
cause de la présence massive de l'armée. La Coalition d'Organisations
Autonomes d'Ocosingo annonce que 95 communautés de la zone zapatiste
au moins ne participeront pas aux élections, si d'ici le 4 juillet
la militarisation de la région n'était pas stoppée.
Selon Mariclaire Acosta, présidente de la Commission Mexicaine de
Défense et de Promotion des Droits Humains, entre 1990 et 1995,
1.750 cas de torture ont été dénoncés à
la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH, officielle), et seulement
deux de ces cas ont vu les responsables condamnés par la justice.
Des militaires ont été nommés à la tête
de 7 préfectures de police de Mexico (sur une cinquantaine). Pour
commentaire voir Ya Basta ! n°21, 18 mai 97.
Selon Gabriel Quadri, président de l'Institut National d'Écologie,
depuis 1994 plus de 100.000 hectares de forêt tropicale ont été
dévastés au Chiapas à cause du conflit zapatiste (déplacements
de population, installation de campements de l'armée, construction
de routes...).
Selon la Ligue Mexicaine pour la Défense des Droits Humains et la
Commission Mexicaine de Défense et Promotion des Droits humains,
à Mexico et dans 22 états du pays, la police est "saturée
d'officiers militaires en retraite ou détachés pour accomplir
des missions spéciales".
La Chambre des Représentants des États-Unis a approuvé
une mesure suivant laquelle le ministère de la Défense américain
"pourra assigner, en permanence, 10.000 soldats pour seconder le Service
d'Immigration et de Naturalisation, et éviter l'entrée sur
le territoire de terroristes, trafiquants de drogue ou immigrants illégaux".
Selon des témoignages d'habitants de la région et d'ONGs,
les patrouilles militaires augmentent dans les municipalités de
San Andrés Larráinzar, El Bosque, Chenalhó et Pantelhó
(Chiapas). Les soldats entrent dans des communautés où ils
n'avaient jamais mis les pieds, comme Chichelalho, Tentic, Ajtic et Yolte.
Des militaires en civil surveillent les mouvements des autorités
populaires et des sympathisants zapatistes ; dans la communauté
de Naxinich, les instituteurs sont surveillés.
Mario Renán Castillo, chef de l'armée fédérale
au Chiapas déclare que ses soldats font "un travail social"
dans la zone de conflit ; il reconnaît que ce "travail"
s'est intensifié dernièrement.
Dans une conférence de presse et un communiqué, les évêques
et prêtres du diocèse de San Cristóbal dénoncent
la "nouvelle vague d'attaques" qu'ils subissent : "il ne
s'agit pas de faits isolés, mais d'une campagne bien orchestrée
(...) [visant à] discréditer [le diocèse], affaiblir
son autorité morale, et faire taire sa voix critique qui dérange
les pouvoirs en place et met en évidence les contradictions entre
le discours officiel et les actions réelles". Ils affirment
que la campagne est dirigée principalement contre Samuel Ruíz,
accusé de "provoquer la violence et l'instabilité politique
et sociale dans l'état, de distribuer des armes et de diriger l'insurrection..."
; les ecclésiastiques estiment même que leurs vies sont en
danger. Ils ajoutent : "la logique des autorités civiles et
militaires nous démontre malheureusement que l'on n'est pas en train
de chercher une issue politique comme on le dit, mais qu'on est en train
de faire des coups de force, qui restent impunis, ce qui peut provoquer
une situation irréversible dans laquelle il ne sera pas possible
de freiner [la violence] et par laquelle on pourra légitimer la
solution militaire". Les religieux invitent la société
civile à manifester sa solidarité avec le diocèse
et a "diffuser l'information véritable et dénoncer le
projet de mort de ceux qui veulent maintenir leurs privilèges à
tout prix".
Fidel Velázquez, dirigeant de la Confédération des
Travailleurs Mexicains (CTM) depuis 1950, est mort à Mexico à
l'âge de 97 ans. Il a été pendant tout ce temps l'un
des piliers du pouvoir du PRI et du gouvernement. En 1928, cet homme qui
n'a pas fini l'école primaire, participe à la création
d'un syndicat de travailleurs de l'industrie laitière ; en 1936
il participe aussi à la fondation de la CTM, dont le slogan à
l'époque était : "pour une société sans
classes". La CTM abritait alors des courants communistes, socialistes
et anarchistes, et reprenait les revendications de la révolution
mexicaine de 1910-1920 ; en 1941, Fidel Velázquez arrive une première
fois à la direction du syndicat, et commence à mener une
stratégie de centralisation du pouvoir ; en 1943 les courants communistes
quittent la CTM. En 1950, après une courte période pendant
laquelle il n'a pas été à la direction de la CTM,
Velázquez en reprend la tête, place qu'il occupera jusqu'à
sa mort. Il mène une politique de soutien au gouvernement, et se
vante d'assurer le vote ouvrier en faveur du parti officiel. Il justifie
la répression contre les mouvements syndicaux et ouvriers indépendants
(comme la répression des cheminots dans les années 50), approuve
le massacre des étudiants de 1968 et, en 1994, demande l'extermination
des zapatistes. Avec Velázquez à sa tête, les revendications
ouvrières de la CTM se font de plus en plus tièdes, et la
confédération finit par cautionner la politique néolibérale
des présidents Miguel de la Madrid, Carlos Salinas de Gortari puis
Ernesto Zedillo, avec lesquels elle signe au nom des ouvriers les "pactes
de stabilité économique" qui gèlent les salaires
des travailleurs. Valentín Campa, figure emblématique du
syndicalisme mexicain (co-fondateur de la CTM, il a été emprisonné
une dizaine d'années suite au mouvement des cheminots des années
50), a déclaré à propos de la mort de M. Velázquez
: "très bien, j'espère que maintenant les ouvriers vont
respirer un peu". Les zapatistes, quant à eux, avaient adressé
un communiqué à Fidel Velázquez à l'occasion
du premier mai dernier (cf. Ya Basta n° 18), dans lequel ils lui demandaient
: "Combien de fois avez vous ordonné, au cours du demi siècle
que vous avez passé à la tête de la CTM, qu'on tabasse,
qu'on séquestre et qu'on assassine des travailleurs qui demandaient
la démocratie, la liberté et la justice ?" Ils ajoutaient
: "Il doit être dur d'avoir la certitude, vivant, que quand
on mourra, beaucoup de gens, des millions, seront heureux. Parce que vous
pouvez en avoir la certitude, monsieur Velázquez. Quand elle arrivera
enfin, votre mort sera saluée par des millions de travailleurs et
de travailleuses de tout le pays".
Doña Herminia, indienne tojolabal, est morte à 117 ans
(c'est ce que dit le journal). Eu égard à son âge,
c'est elle qui avait été chargée de donner au sous-commandant
Marcos le bâton de commandement tojolabal.
Selon un rapport de 5 ONGs et de la section "droits humains"
du PRD, qui ont mené une enquête au Guerrero, l'objectif du
harcèlement opéré dans cet état par l'armée
est de décourager les électeurs de voter dans les zones ou
l'opposition est forte. Le rapport estime qu'il existe dans le Guerrero
une "répression indifférenciée de la part de
l'armée mexicaine, à l'encontre des autorités municipales
[issues du PRD], ejidales, communales, des organisations paysannes, des
leaders sociaux et de la population civile en général".
Rogerio Santiz, maire PRD d'Altamirano (Chiapas), a déclaré
que l'armée fédérale avait violé l'accord passé
avec la mairie et prévoyant une notification 3 jours avant que les
soldats n'entrent dans certaines communautés, ceci afin d'informer
la population civile. Il estime que les mouvements de troupes des derniers
jours n'avaient pas pour objectif de distribuer de l'aide humanitaire,
mais d' "intimider et déstabiliser les communautés"
20 jours avant les élections.
Silverio Tapia, secrétaire technique de la Commission Nationale
des Droits Humains (CNDH, officielle) déclare qu'ils ont reçu
très peu de plaintes contre l'armée fédérale
au Chiapas.
Campagne de diffamation contre Cuauhtémoc Cárdenas (principal
leader de l'opposition de gauche, et candidat au poste de gouverneur de
la capitale du pays) à Mexico : un certain "Mouvement de solidarité
ibéroaméricain" a collé un peu partout dans la
ville des affiches invitant les gens à ne pas voter PRD, parti qualifié
de "bras électoral du narcoterrorisme et du séparatisme".
Sur l'affiche, on peut voir une photo d'une rencontre entre Cárdenas
et les commandants zapatistes, illustrée d'une citation du sous-commandant
Marcos (illisible sur la photo dont nous disposons). Il semble que ce "Mouvement
de solidarité" soit lié au groupuscule américain
d'extrême droite de Lyndon Larouche (la mouvance qui, aux dernières
élections présidentielles françaises avait présenté
Jacques Cheminade), mais il est néanmoins clair que cette campagne
est encouragée par le parti au pouvoir.
Environ mille policiers et militaires sont mobilisés dans une opération
de "recherche d'armes et de drogue" à Iztapalapa (état
de Mexico). Les policiers fouillent les gens dans les transports publics
et les piétons "suspects" ; 6 personnes ont été
arrêtées. Selon les candidats du PRD aux postes de députés
de la région, "ces actions intimident la population à
la veille des élections".
Le Mexique à l'heure des élections
Le 6 juillet prochain il y aura des élections au Mexique. L'assemblée nationale sera renouvelée, et les gouverneurs de plusieurs états désignés. Mais, les élections ne mobilisent pas l'opinion, qui n'attend aucun changement important. Il est vraisemblable qu'au niveau national, le PRI sortira vainqueur mais affaibli. S'il n'obtient pas la majorité absolue à l'assemblée, le PRI devra composer avec son allié de ces dernières années, le PAN, parti de droite qui est d'ailleurs bien parti pour s'installer à la tête de plusieurs états. Rappelons que le PAN dirige déjà un certain nombre de municipalités comme Guadalajara ou Veracruz, et d'états comme le Guanajuato, la Basse Californie du Nord et le Chihuahua. Après une campagne active, le PRD devrait accroître notablement sa présence à l'Assemblée Nationale (on parle de 20 %), et même remporter le poste de gouverneur de Mexico. En dépit d'une campagne d'intimidation du PRI et des milieux bancaires, qui n'hésitent pas à brandir le spectre d'une nouvelle dévaluation et d'une fuite de capitaux, et qui dénoncent à l'avance les conséquences désastreuses d'une gestion de la capitale par le PRD, on attribue toujours à son leader, Cuauhtémoc Cárdenas, près de 40 % des intentions de vote et seulement un peu plus de 20 % au PAN et moins de 20 % au PRI, qui serait le grand perdant des élections dans la capitale. Il s'agit de la première élection de ce genre, le District Fédéral étant jusqu'à présent dirigé par un régent nommé par le président de la république.
D'autre part, cette période préélectorale voit s'intensifier la militarisation à Mexico et dans les zones dites "de conflit" comme le Guerrero, le Oaxaca et le Chiapas. La quadrillage de ces régions est impressionnant. Les quelques 200 Km de Comitán à Palenque sont convertis en zones militaires, avec l'installation de nouveaux camps et casernes dotés d'équipements lourds comme des chars et des canons, tandis que l'aviation se livre à d'incessants survols.
Le 16 juin par exemple, un régiment de l'armée mexicaine conduit par un général est entré dans les gorges d'Altamirano, pour s'infiltrer dans la sierra de Corralchen. Les troupes ont été réparties dans différents villages jusqu'à La Garrucha, dans la municipalité rebelle Francisco Gomez dans la forêt Lacandone. Un détachement militaire de 300 soldats s'est installé dans la communauté de Venustiano Carranza jusqu'à la municipalité rebelle dite "du 17 novembre". 500 autres se sont postés un peu plus haut à La Grandeza ; le lendemain 200 soldats supplémentaires sont entrés dans cette zone où il y a un Aguascalientes zapatiste, pour s'installer dans un campement à quelques mètres de la population civile. De nombreuses familles ont fui et se sont réfugiées dans la montagne.
Il est évident que dans cette situation de guerre de "basse intensité", les élections ne pourront pas se dérouler "normalement" malgré les déclarations lénifiantes des caciques PRI et des membres de l'IFE (Institut Fédéral Électoral), aux ordres du gouverneur. De nombreuses communautés tant au Chiapas qu'au Guerrero et au Oaxaca ont d'ailleurs déclaré qu'elles ne participeraient pas aux élections dans ces conditions. Certains, rappelant février 1995, craignent le déclenchement d'une opération militaire de grande envergure aux lendemains des élections.
Pendant ce temps, la CONAI (Commission Nationale de médiation) et la COCOPA (Commission de Concorde et de Pacification) tentent de renouer le dialogue, prévenant le gouvernement qu'il ne pourra faire l'économie d'une réforme constitutionnelle en matière de droits et cultures indigènes, s'il veut que l'EZLN revienne à la table des négociations. La CONAI, comme les membres PRDistes de la COCOPA insistent pour l'application des accords de San Andrés signés en février 96.
Il faut encore noter que depuis plusieurs mois tout contact entre la COCOPA et l'EZLN a été rompu. Les conseillers civils des zapatistes n'ont également plus de contact avec l'EZLN, et ont étés priés de garder le silence. Ils s'organisent difficilement avec des sympathisants zapatistes en un "réseau de soutien" pour tenter notamment de populariser les propositions de l'EZLN sur le thème "Démocratie et Justice" (table 2 du dialogue de San Andrés). Décontenancés par le silence de l'EZLN, ils se tournent vers le FZLN qui a abordé la dernière phase de son organisation, et monte des forums de comités civils dans l'ensemble du pays. En fait, on ne peut que spéculer sur les intentions de l'EZLN, qui, selon certains, serait en état d'alerte maximum, et selon d'autres serait entré dans une période d'intense réflexion pour prendre, peut-être, de nouvelles initiatives en direction de la société civile.
Quoi qu'il en soit, le CCRI (Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène) a manifestement décidé de ne pas prendre position dans les élections. En revanche, ils ont participé au renouvellement des autorités parallèles dans les municipalités rebelles du Chiapas.
Cependant, dans un long texte qui date de janvier 1997 ("Sept questions à qui de droit"), Marcos comparait le processus électoral à un marché où la politique est une marchandise, les partis politiques des entreprises, et les hommes politiques des vendeurs qui voient un consommateur dans chaque électeur. Le 6 juillet est le jour des soldes où "les projets politiques et idéologiques, les programmes de lutte, plates-formes politiques et candidats, tous se subordonnent aux lois du marché électoral".
Marcos poursuivait : "Mais il y a urgence, l'important attendra, les élections arrivent. Et c'est là que les projets politiques se diluent dans les choix électoraux. La différence entre partis politiques ne se mesure pas à leurs principes ou programmes, mais à la quantité de pouvoir qu'ils possèdent. Où se situe la différence entre le PRI, le PAN, le PRD et le PT? La logique de marché électorale répond : dans le nombre de maires, gouverneurs, députés, postes ministériels. Organisations politiques et citoyennes additionnent, soustraient, multiplient, divisent. En politique conjoncturelle, les chiffres commandent et les conceptions idéologiques différentes sont affaire de quantité, non de qualité.
Pourtant, il faut quand même feindre d'offrir des choses différentes. Alors, l'éventail politique se répond à lui-même...
La droite rêve qu'une bonne administration et une morale austère permettront de tenir le cap. C'est ainsi qu'ils nomment cette douloureuse et constante succession de trébuchements et de sursauts d'agonie. La droite n'offre pas une alternative, mais un changement de gérant. Son rêve de retour à un passé d'ordre et de progrès implique une poigne de fer en politique, en économie et dans la conscience. La droite croit à ses chances, elle croit pouvoir compter sur un projet précis et sur le discrédit du parti au pouvoir, qui perd le peu d'intelligence qui lui restait et se remplit de médiocres. "Les clients de la concurrence viendront chez nous", disent-ils, et ils fignolent marchandises et emballages tout en dissimulant la terreur d'un ordre moral qui vient en prime (mais le consommateur l'ignore) avec ce produit "qui est fait pour vous".
Le centre parie que son inexistence peut être annulée par la peur des extrêmes. La transition vers nulle part mais, c'est garanti, sans douleur ni changements brutaux. Le centre sait bien que sa chance ne dure que le temps des campagnes électorales. Il ne cherche pas à devenir le référent de l'un ou l'autre des extrêmes, il s'agit seulement de se faire une place n'importe où, par l'alchimie de sa seule existence et son art de rester au milieu. La tiédeur ne dure pas, elle se réchauffe ou refroidit.
La gauche, quelle nouveauté ! est divisée.
Une partie souffre d'amnésie subite et se réajuste. Mais pas pour construire l'alternative. La logique de son ajustement est celle du marché. Il faut s'allier avec qui garantit les meilleures ventes, qui offre les meilleurs marchés. Qu'importent les idéaux ? L'important est d'arriver en tête des ventes. Voilà, vendre. Même si le produit doit ressembler beaucoup, ou en tout, à celui des concurrents.
Minute, qu'est-ce que c'est que ça ? Encore une critique de la politique de parti ? De la voie électorale ? Des deux ? Non, pas seulement. La gauche de parti a obtenu des résultats non négligeables en nombre et en importance. C'est son action politique, pas seulement électorale mais aussi électorale, qui a permis d'ouvrir de nouveaux espaces et des ponts solidaires entre des luttes qui resteraient sans cela dispersées et solitaires. L'histoire de la gauche de parti est pleine d'héroïsme, les prisons et les tombeaux y abondent, mais aussi les victoires légitimes, l'authenticité des convictions et de vies conformes aux idées.
Des hommes et des femmes grands, vraiment grands, se retrouvent et luttent dans chacune des forces qui composent la gauche mexicaine. Dans chacune de ces composantes, ces hommes et ces femmes font partie de cette autre gauche qui lutte toujours, avec ou sans élections, pour elles ou malgré elles.
Cette autre partie de la gauche mexicaine réajuste sa mémoire et règle ses comptes. Elle sait que, s'il doit y avoir une alternative à ce cauchemar, elle naîtra de ses actes. Elle reconnaît que tenter d'imposer une hégémonie fait aussi partie de la logique mercantile. La reconnaissance des différences, de la richesse des luttes diverses, ne sert pas à les concurrencer ou à se les approprier, mais à multiplier en additionnant. Rompre avec la logique marchande dans le processus électoral, ce n'est pas rompre avec une voie de lutte, c'est tenter d'inventer un sens différent à cette occasion de rencontre entre hommes politiques et citoyens, entre propositions et problèmes, entre rêves et cauchemars. Est-il possible de transformer le grotesque échange commercial entre candidat et électeur en un défi qui les unisse face à un système qui les déforme tous deux, un défi qui se transforme en option, en alternative, en chemin et cheminement neufs pour tous ? Pour TOUS ? Si c'est possible, ce défi sera l'oeuvre de cette gauche. Elle peut se repenser à tous points de vue et se tourner alors vers le bas."
Francisco et Anasthasia, d'après un article d'un copain canadien. (Et merci "à qui de droit" pour la traduction du communiqué...).
Selon une information envoyée par les habitants de la municipalité
de Sabanilla (Chiapas) au diocèse de San Cristóbal, cette
semaine le conflit avec le groupe paramilitaire Paix et justice a fait
8 morts dans les communautés de Emiliano Zapata et de Shushupá.
Il y aurait aussi des centaines de nouveaux déplacés dans
la région.
Nouveau scandale électoral à Mexico : des députés
du PRD ont découvert deux maisons, sièges d'entreprises de
vidéo, dans lesquels les employés reproduisaient journellement
40.000 exemplaires d'une vidéo diffamatoire de trois minutes contre
Cuauhtémoc Cárdenas. Dans la vidéo, distribuée
gratuitement dans la ville par des camionnettes aux couleurs du PRI et
même du PRD, on peut entendre un discours de Cárdenas qui
parle de paix, et voir en même temps des images de "la violence
provoquée par le PRD". Selon la rumeur, il y aurait une dizaine
d'autres ateliers de ce genre.
Selon le journal américain The Hill (spécialisé dans
affaires touchant le gouvernement américain), au cours des 6 premiers
mois de 1996, le gouvernement mexicain a dépensé 3,5 millions
de dollars pour améliorer l'image du pays auprès de l'opinion
publique américaine. Cinq pays ont dépensé davantage
pour la même cause : le Japon, les Bahamas, les îles Caïman,
l'Irlande et les îles Marshall.
Selon un rapport de la CONPAZ (Coordination d'ONGs pour la paix), le
gouvernement "ne contribue pas à créer les conditions
[d'un bon déroulement] des élections du 6 juillet" au
Chiapas, et ces dernières semaines "la militarisation, la répression
et la guerre idéologique ont été en augmentant"
dans plusieurs régions de l'état. Selon la CONPAZ "les
seuls à avoir des garanties pour voter sont les priistes et les
soldats de l'armée fédérale".
A Mexico, les opérations policières contre la population
civile se poursuivent. Il y a eu 5 nouvelles arrestations.
Dans la zone du conflit zapatiste, l'armée enquête sur
la possibilité d'affrontements entre indiens après les élections.
Les soldats disent aux paysans qu'en cas de problème ils "interviendront".
D'autre part, Mario Renán Castillo, chef de l'armée fédérale
au Chiapas, a déclaré que ses troupes resteraient dans les
casernes le jour des élections.
Deuxième anniversaire du massacre d'Aguas Blancas (Guerrero), et
premier anniversaire de l'apparition de l'EPR. En 1995, une embuscade tendue
par la police contre des paysans qui se rendaient à une manifestation
avait fait 17 morts. Un an plus tard, au même endroit, lors de la
commémoration du massacre, l'Armée Populaire Révolutionnaire
(EPR) faisait sa première apparition publique.
Acapulco (Guerrero) : 10 prisonniers politiques entament une grève
de la faim pour exiger leur libération et l'arrêt du harcèlement
des autorités à leur encontre. Ces prisonniers sont les dirigeants
de l'OCSS (sur l'Organisation Paysanne des Montagnes du Sud, cf. Ya basta
n°9, 28 janvier 1994), des militants du PRD et des paysans, tous accusés
d'être liés à l'EPR.
A Aguas Blancas (Guerrero), 2.000 personnes ont commémoré
le deuxième anniversaire du massacre des paysans. Elles ont exigé
que Rubén Figueroa, gouverneur du Guerrero à l'époque
des faits et vraisemblablement à l'origine de l'ordre de réprimer
les paysans, soit sanctionné ; elles ont aussi demandé l'arrêt
de la militarisation de l'état, la libération des prisonniers
politiques et la fin du harcèlement à l'encontre des organisations
sociales indépendantes.
Le PRD dénonce que la distribution de vidéos diffamatoires
sur Cuauhtémoc Cárdenas se poursuit à Mexico. Le procureur
général de la République estime pour sa part que la
fabrication et la distribution de ces vidéos ne constitue pas un
délit électoral.
Tournée du président Zedillo au Chiapas, qui annonce un
programme de lutte contre la pauvreté, doté d'un budget de
1,18 milliards de pesos (environ 740 millions de francs : comme on voit,
les élections approchent...).
Le maire PAN (droite) de Tolcayuca (Hidalgo), appuyé par la police,
est venu interdire la représentation d'une pièce de théâtre
qui, selon lui, "porte atteinte à la morale et aux bonnes moeurs".
La pièce, qui a reçu le prix le plus prestigieux de l'état
d'Hidalgo, aborde entre autres le problème du viol, et présente
quelques nus. Le maire a déclaré que désormais toute
manifestation culturelle serait visée par lui avant de recevoir
l'autorisation d'être présentée au public. Dans le
même esprit, dans un document officiel, la mairie conseille aux propriétaires
d'hôtels de la ville de signaler aux autorités les gens "suspects"
qu'ils pourraient recevoir.
Aller au : Jour suivant Page Principale