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14 prêtres, religieux et religieuses étrangers travaillant dans le diocèse de San Cristobal, ont demandé la protection de la justice fédérale (habeas corpus) contre une possible déportation.
Selon des sources proches au gouvernement, dans la prochaine rencontre du 4 juillet, si on ne discute pas de sujets spécifiques pour accorder la paix, la stratégie gouvernementale serait modifiée. Le gouvernement considère que l’EZLN n’a pas de disposition pour régler le conflit.
Aujourd’hui commence la quatrième rencontre de négociation à San Andres Larrainzar. . Selon Jorge del Valle, délégué du gouvernement au dialogue, malgré le changement à la tête du ministère de l’intérieur, la délégation gouvernementale au dialogue ne sera pas changée. Il ajoute qu’à son avis, il n’y aura pas des accords tant que la consultation nationale et internationale convoquée par les zapatistes ne sera pas finie.
Premier jour de la nouvelle rencontre de négociation. Il n'y a pas eu d'accord : Les zapatistes proposent de négocier leurs demandes point par point pour arriver à des accords et des compromis concrets pour chaque point discuté. Le gouvernement refuse et propose de négocier par "paquets" de sujets. . La composition de la délégation zapatiste est la suivante : commandants et commandantes Tacho, David, Zebedeo, Moisés, Andrea, Trinidad, Domingo, Guillermo et Ramon. Dans une conférence de presse ils demandent au gouvernement de comprendre qu'ils n'ont pas fait d'études et qu'ils n'utilisent pas de mots compliqués, et qu'il ont besoin de résoudre les problèmes point par point.
Publication de deux communiqués et deux lettres de l'EZLN
:
1) Dans un communiqué daté du 30 juin 1995, le CCRI-CG
de l'EZLN dénonce le climat d'instabilité politique et sociale
au Mexique. Ils dénoncent la fraude électorale (Tabasco et
Yucatan), les assassinats politiques (magistrat Polo Uscanga, CF Ya Basta!
No. 17), les massacres (Guerrero, CF Ya Basta! No. 17), la répression,
l'intolérance et la militarisation du pays. Ils dénoncent
aussi l'expulsion des prêtres étrangers (CF Ya Basta! No.
17). (Une traduction intégrale de ce communiqué est publié
par notre Comité dans une brochure accompagnant la consultation).
2) Communiqué littéraire-ironique de Marcos, daté
du 30 juin 1995, où il remarque que d'après les ordinateurs
de la police mexicaine, il a dû célébrer récemment
son 38 ème anniversaire.
3) Lettre de Marcos à l'écrivain Eric Jauffret (voir encadré).
4) Lettre de Marcos à l'archevêque de Jalapa (Veracruz), M.
Sergio Obeso Rivera, en réponse à une lettre de celui-ci.
Les zapatistes remercient M. Obeso et la Commission Épiscopale des
efforts faits pour la paix et le dialogue, et dénoncent le gouvernement
qui n'a pas la volonté d'arriver à une paix digne. Comme
des représentants du clergé ont rencontré la délégation
gouvernementale au dialogue, les zapatistes leur proposent de rencontrer
la leur pour qu'ils écoutent leur point de vue.
On apprend que l'EZLN a présenté à la délégation gouvernementale quatre documents et une proposition. Celle-ci prévoit la discussion des demandes zapatistes autour de 15 tables de travail, avec, pour les sujets d'intérêt national, la participation d'autres acteurs de la société mexicaine. La délégation gouvernementale a immédiatement répondu "qu'il ne sera pas facile" de se mettre d'accord sur cette proposition. . Dans une conférence de presse, le commandant Tacho affirme que les documents qu'ils ont présenté la veille étaient prêts depuis le mois d'avril mais qu'ils n'avaient pas voulu les donner à cause du mépris de la délégation gouvernementale. Il ajoute que c'est entre autres à cause de cette attitude que "le dialogue n'avait pas pu avancer", mais que cela a un peu évolué. . Plus de mille indiens tzotziles de la municipalité de Zinacatlan ont bloqué l'autoroute panaméricaine, près du village de Nachig, à 30 kilomètres de San Andrés Larrainzar, siège du dialogue de paix. Ils demandaient l'argent des crédits promis par le gouvernement dans le cadre des programmes d'aide aux paysans. 400 policiers sont intervenus pour chasser les paysans, qui ont abandonné l'autoroute après 8 heures de d'occupation; ils ont aussi retenu pendant deux heures le sous-secrétaire du gouvernement du Chiapas.
On apprend la fin de la rencontre. La prochaine rencontre aura lieu le 24 juillet. Selon le gouvernement, il n'a pas eu de progrès, mais les zapatistes jugent les progrès "satisfaisants". . Les zapatistes ont fait une proposition au gouvernement pour abaisser la tension militaire. Il s'agirait de créer une route, selon le schéma imaginé par le gouvernement (CF Ya Basta! No. 13, 24 mai), de Ocosingo a San Quintin, ce qui entraînerait le déplacement de plusieurs garnisons fédérales. Selon l'un des membres de la délégation gouvernementale, cette proposition "n'est même pas un sujet de discussion". . Les deux délégations sont parties avec un document de la Conai, qu'elles vont étudier, où celle- ci propose aux deux parties des accords basés sur les progrès faits jusqu'à aujourd'hui. . Marco Antonio Bernal, chef de la délégation gouvernementale, déclare que l'EZLN "veut négocier sur des sujets nationaux, mais le conflit est régional" et qu'elle "fait un usage politique du temps". D'après le gouvernement on n'a pas besoin de tant de temps entre chaque rencontre. . Dans une conférence de presse collective, les commandants zapatistes ont affirmé que la volonté du gouvernement de discuter les sujets par "paquets" a pour but de diviser la délégation de l'EZLN en plusieurs sous-groupes devant chacun négocier un "paquet".
Dans une conférence de presse, les commandants zapatistes et
les civils responsables de la consultation nationale et internationale
(CF Ya Basta! No. 16, 15 juin), annoncent le début des travaux de
la consultation. Le commandant David dit que celle-ci servira à
faire entendre "la voix des pauvres". Les zapatistes appellent
tous ceux et celles qui dans le monde luttent pour la démocratie,
la justice et la liberté à participer à cette activité.
Dans une chronique, Hermann Bellinghausen, journaliste à La Jornada,
remarque que la consultation est lancée aussi pour unifier les gens,
pour demander à des personnes qui ne se parlaient plus et aux "fractions"
de la Convention Nationale Démocratique, de travailler ensemble.
. Enrique Calderon A., membre de Alianza Civica (qui organise la consultation
zapatiste), fait savoir que cette organisation prévoit, pour réaliser
la consultation, la mise en place de 10 000 tables dans tout le pays .
Ils disposeront aussi de plus de mille centres téléphoniques
et de 50 lieux dotés de moyens informatiques comme soutient logistique.
Pour les précédents référendums , comme celui
dans la capitale du pays en mars 1993 ou celui dans l'ensemble du pays
en février 1994 (CF Ya Basta! N 3, 27 Février) ils ont obtenu
respectivement une moyenne de 138 et 191 opinions exprimées par
table, ce qui donne à penser que plus de 2 ou 4 millions d'opinions
dans la consultation zapatiste serait un exploit. . Selon Carlos Tello,
directeur général de l'Institut National Indigéniste
(INI, officiel), 87% des 10 millions d'indiens mexicains vivent dans un
état de "haute marginalisation". Dans le même temps,
on apprend que plus de 20 millions de touristes visitent annuellement les
zones archéologiques et les musées qui recèlent la
richesse indienne du Mexique. . L'inflation a été de 32,92
% sur le premier semestre 95, tandis que les prévisions du gouvernement
pour l'année étaient de 42 %.
Au mois d'août prochain, il y aura au Chiapas des élections de maires et de députés locaux. Le gouvernement essaie d'influencer l'opinion des citoyens : par exemple, dans une insertion dans les journaux chiapanèques, il rappelle son "effort" pour vaincre la "marginalisation" de la région. Il annonce aussi avoir investi 778 millions de nouveaux pesos (plus de 125 millions de dollars) dans 13 000 projets de développement social, dont quelques-uns correspondent à l'électrification de 318 communautés. En ce qui concerne le réseau autoroutier, le Chiapas à lui seul benéficiera de 20% du budget national. . Quelques chiffres officiels: plus de 60% de la population du Chiapas n'a pas d'électricité ; plus de 35% de personnes de plus de 15 ans sont analphabètes; 82% de la population active du Chiapas reçoit un émolument inférieur au salaire minimum mexicain (lequel équivaut à peu près à 320 FF par mois).
Lettre de Marcos à l’écrivain Eric Jauffret (France) 20 juin 95 :
Les peuples indigènes qui appuient notre juste cause ont décidé de résister sans se rendre, sans accepter les pourboires avec lesquels le gouvernement suprême prétend les acheter. Et ils l’ont décidé parce qu’ils ont fait sienne une parole qui ne se comprends pas avec la tête, qui ne s’étudie pas ni s’apprend par coeur. C’est une parole qui se vit avec la poitrine, une parole qui se dit avec ses entrailles et qui fait que les hommes et les femmes aient l’orgueil d’appartenir au genre humain. Cette parole est la dignité. Le respect envers nous même, envers notre droit à être meilleurs, envers notre droit de lutter pour ce que l’on croit, envers notre droit de vivre, et de mourir, en accord avec nos idéaux. La dignité ne s’étudie pas, elle se vie ou se meurt, fait mal dans la poitrine et apprend à avancer. La dignité c’est cette patrie internationale que, souvent, nous oublions.
Nos idéaux sont très simples et, pour cela, très grands: nous voulons, pour tous les hommes et les femmes de ce pays, et du monde entier, trois choses qui sont fondamentales pour quelques êtres humains que ce soit: la démocratie, la liberté et la justice. Il pourrait paraître, comme le diffuse de nombreux moyens de communication, que ces trois principes ne signifient pas la même chose pour un indigène du sud-est mexicain que pour un européen. Mais il s’agit de la même chose: du droit à avoir un bon gouvernement, du droit de penser et d’agir avec une liberté qui n’implique pas l’esclavage des autres, du droit à donner et à recevoir ce qui est juste.
Pour ces trois valeurs, pour la démocratie, la liberté et la justice, nous nous sommes révoltés avec les armes le premier Janvier 1994. Pour ces trois valeurs aujourd’hui nous résistons sans nous rendre. Ces deux faits, la guerre et la résistance, signifient que ces trois valeurs représentent tout pour nous autres, elles signifient une chose pour laquelle il vaut la peine de lutter, pour laquelle il vaut la peine de mourir... pour qu’il vaille la peine de vivre. Notre cause, nous le pensons, n’est pas seulement la notre. C’est celle de chaque homme ou femme honnête des quatre coins du monde. Et pour cela nous voulons que notre voix soit écoutée dans tout le monde et que notre lutte soit assumée par tous, dans le monde entier. Notre cause, ce n’est pas la cause de la guerre, ce n’est pas la destruction, ce n’est pas la mort. Notre cause est celle de la paix, mais avec justice; c’est la construction, mais avec équité et raison; c’est la vie, mais digne et toujours neuve et meilleur.
Aujourd’hui, nous sommes dans une situation très difficile. La guerre revêt son terrible costume de faim, et des communautés entières végètent avec des ressources bien moindres que celles permettant une possible survie. Nous sommes disposées à cela, non parce qu’il nous plaît être martyre ou sacrifice stérile. Nous sommes disposés à cela parce que nous savons que les frères et soeurs du monde entier sauront nous donner la main pour nous aider à sortir triomphants d’une cause qui est aussi la leur.
Comme hier, lorsque nous nous cachions le visage pour montrer au monde le visage réel du Mexique des pauvres, et après avoir lavé avec notre sang le miroir dans lequel les mexicains ont vu leur propre dignité, aujourd’hui nous montrons notre face pour nous cacher dans la trahison et la mort qui chemine derrière ceux qui, on le dit, gouvernent ce pays. Nous ne nous battons pas avec les armes. Nous luttons pour notre exemple et notre dignité.
Dans le dialogue pour la paix, les représentants du gouvernement ont confessé qu’ils avaient étudié sérieusement ce qu’était la dignité et qu’ils n’avaient pas pu comprendre. Ils ont demandé aux délégués zapatistes qu’ils leur expliquent ce qu’est la dignité. Les zapastistes ont ri, après des mois de douleurs, ils ont ri. Leurs rires résonnent et se perdent jusqu’aux hauts murs ou l’arrogance cache ses peurs. Les délégués zapatistes ont continué à rire quand la rencontre s’est terminé, quant ont a informé les autres de ce qu’il s’était passé. Tout ceux qui écoutent le rapport ri, le rire recompose les visages endurcis par la faim et la désillusion. Ils rient les zapatistes dans les montagnes du sud-est mexicain, si fort qu’ils contaminent même le ciel. Il rit si fort le ciel qu’il lui en sort des larmes et il commence à pleuvoir comme si le rire était un cadeau pour cette terre sèche...
Avec tant de rire qui pleuve, qui peut perdre? qui mérite de perdre?
Le président Zedillo a proposé un "Programme National pour la Population" qui se donne comme objectifs pour l'an 2000 (entre autres) un taux de croissance démographique de 1,75 % (il est aujourd'hui de 2 % environ) et une diminution de la quantité d'enfants par femme, jusqu'à atteindre 2,4. Les chiffres officiels sur lesquels se fonde ce programme montrent en outre que la mortalité infantile est de 70 % supérieure chez les populations indiennes que dans le reste du pays. D'autre part, le gouvernement estime à 200 000 par an le nombre d'avortements clandestins dans tout le pays.
Selon l'entreprise Ciemex-Wefa, spécialisée dans l'analyse économique, il y aurait au Mexique environ 22 millions d'emplois formels, et 15,8 millions de chômeurs ou de personnes employées dans le secteur informel.
Interview dans La Jornada de quelques prisonniers politiques (Ricardo Hernandez Lopez, Hilario Martinez Hernandez, Martin Trujillo Barajas, Luis Sanchez Navarrete et Alvaro Castillo Granados) accusés d'appartenir à l'EZLN : ils déclarent avoir été torturés et obligés de signer des fausses déclarations inventées par les autorités, et avoir dû apprendre en prison à se méfier de tout le monde, puisque même leur avocat censé les défendre "(les) a trahis". Celui-ci s'est en effet plus comporté comme un procureur que comme un défenseur, voulant que les prisonniers reconnaissent "leurs activités au sein de l'EZLN". Ils demandent que leur procès soit régulier, c'est à dire en accord avec le droit, et que les médias soient honnêtes et sérieux ; ils remarquent que la société civile s'est beaucoup mobilisée lors de leur arrestation, le 8 février dernier, mais qu'ensuite, la mobilisation est retombée. . Un officiel de l'armée américaine, qui a préféré garder l'anonymat, déclare dans La Jornada que le gouvernement mexicain peut encore résoudre militairement le conflit : pour cela, il pourrait commencer par insister dans les médias sur le manque de coopération de l'EZLN dans les négociations, puis attendre l'échec des négociations et une situation politique plus favorable au président Zedillo, pour faire face aux réactions nationales et internationales qu'une telle action soulèverait. . Rumeurs de mobilisation militaire dans les états de Puebla, Oaxaca, Guerrero et Morelos. Selon Felix Cerdan Najera, membre de la CND, à la frontière entre le Morelos et le Guerrero on a repéré des agents des renseignements qui essayent de recueillir de l'information sur la présence de gens d'autres régions du pays. Il note aussi une augmentation des effectifs de la police judiciaire. De leur côté, les autorités militaires déclarent que leurs opérations visent les trafics de drogues et d'armes, et démentent être impliquées dans des actions de maintient de l'ordre public. . Publication dans La Jornada d'une lettre de protestation contre le massacre de paysans dans le Guerrero (Cf Ya Basta n 16-17, 29 juin); la lettre est signée par plus de 33 organisations françaises, dont : France-liberté, la Cimade, le Cosopac, Alternative Libertaire, le Gram, Baragua et le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte...
Après 156 jours passés en prison sous l'accusation d'appartenance à l'EZLN (Cf Ya Basta n 5, 18 mars 95), Maria Gloria Benavides a été libérée sous caution, le juge qui instruit l'affaire ayant décidé de lui accorder la "protection de la Justice" ("amparo") pour les délits de terrorisme et d'association de malfaiteurs. L'instruction se poursuit pour les délits de rébellion et de possession d'armes à feu. . Dans une conférence de presse, Maria Gloria Benavides déclare qu'elle se sent toujours "un peu prisonnière, parce qu'il y a toujours un bon nombre de personnes innocentes en prison, accusées des mêmes délits que moi, parmi lesquelles, mon mari". . Pilar Noriega, l'une des avocates de Maria Gloria Benavides et de son mari Javier Elorriaga Berdegué rappelle qu'il y a encore 19 personnes en prison, accusées d'appartenir à l'EZLN : 7 dans la ville de Mexico, 8 dans la prison de haute sécurité de Almoloya de Juarez (état de México), 2 au Chiapas, 1 à Coatzacoalcos (Veracruz), et un au Puebla.
La Conpaz (Coordination des ONGs pour la Paix, indépendante) dénonce une importante mobilisation militaire près de Altamirano (Chiapas). Cette mobilisation a provoqué la terreur dans les villages voisins, San Francisco et Delicias. La Conpaz demande le retrait immédiat des voisins.
Dans son édition du 17 juillet, l'hebdomadaire Proceso publie des extraits du livre de Carlos Tello Diaz (intellectuel proche du PRI, qui se veut libre penseur) sur L'EZLN, intitulé "La rébellion de las canadas" ("La rebellions des cols montagneux"), à paraître au Mexique. A partir de la publication de ces extraits, une importante polémique s'est développée autour du livre. En effet, celui-ci, qui se présente comme scientifique, entend analyser les origines politiques et idéologiques de l'armée zapatiste. Officiellement ses sources sont des interviews et des investigations. Mais une rumeur persistante dit qu'il est construit à partir d'informations fournies par les services des Renseignements. Parmi les thèses qu'il défend, l'idée qu'au fondement du mouvement zapatiste, il y ait un projet de révolution socialiste d'inspiration léniniste et maoïste (ceci pour effrayer les partisans de l'ordre et les conservateurs de tous poils), le fait que l'église y joue un rôle prépondérant (ceci pour attaquer les religieux qui, comme Samuel Ruiz, s'engagent en faveur des populations), le fait qu'il s'agirait d'une organisation autoritaire, que le pouvoir y serait détenu par des métis et non par des indiens, qu'il y aurait eu et qu'il y aurait toujours des luttes de pouvoir au sein de l'EZLN, dont l'une se serait soldée par la "disparition" d'un des dirigeants... Ce livre est à ce jour la tentative la plus aboutie de la part des intellectuels proches du pouvoir de contrer la légitimité de l'EZLN aux yeux de la société et de se rassembler autour d'un discours qui se revendique "objectif". Il a eu beaucoup d'écho dans la presse, en particulier dans la Reforma (droite libérale indépendante), l'Excelsior (pro-gouvernemental, le plus important en tirage et en audience), et, ce qui est beaucoup plus inquiétant, dans le Proceso, qui est censé être indépendant et de gauche.
Le nouvel ambassadeur mexicain à Paris vient de prendre ses fonctions. Il s'agit de M. Jorge Carpizo Mc Gregor, académicien de l'Instituto de Investigationes Juridicas de l'UNAM (Université la plus importante du Mexique), ex-recteur de l'UNAM, ex-president de la Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH, officielle), ex-procureur général de justice, ex-ministre de l'Intérieur. Il remplace à ce poste Ignacio Morales Lechuga.
Communiqué du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène Commandement général de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale.
Mexique. 15 juillet 1995. Au peuple du Mexique : Aux peuples et aux gouvernements du monde : A la presse nationale et internationale :
Frères : Nous avons appris par la radio la nouvelle de la libération de Mme Maria Gloria Benavides Guevara, personne civile qui était incarcérée sous l'accusation injuste de faire partie du commandement de notre EZLN. A ce propos nous déclarons :
Premièrement - Que cette libération est un résultat de la mobilisation de la société civile et de membres honnêtes des partis politiques de l'opposition authentique. Cependant, il y a encore des civils qui sont injustement en prison, accusés d'être zapatistes.
Deuxièmement - Que nous saluons la libération d'otages civils comme preuve réelle d'un effort du gouvernement fédéral pour abaisser la tension. Nous espérons qu'après cette libération suive celle des autres civils qui sont injustement en prison, et que des mesures comme celle-ci concrétisent un changement appréciable de la politique gouvernementale à l'égard de l'EZLN, et, si elles signifient le début d'une campagne qui aurait pour but d'abaisser la tension, qu'elles ouvrent le chemin du dialogue et de la négociation d'une solution juste et digne à la guerre.
Troisièmement - Nous espérons que ceci sera le signal de la fin de la doctrine de "frapper pour discuter", laquelle a marqué la position de "dialogue" du gouvernement suprême, et n'a produit aucun résultat positif jusqu'à aujourd'hui.
Démocratie ! Liberté ! Justice ! Depuis les montagnes du Sud-est mexicain.
CCRI-CG de l'EZLN.
Capem and Oxford Economic Forecasting, bureau d'analyses économiques,
estime que les résultats de la stratégie économique
mexicaine seront, pour la fin de l'année :
. Des réserves en devises de 15.400 millions de dollars ;
. La disparition de 922 mille emplois;
. Un solde de la dette extérieure de 162.000 millions de dollars;
. 16.800 millions de dollars de payements cumulés de la dette sur
l'année écoulée; De plus, ils estiment que, sur la
période 1995 - 2000, le Mexique payera plus de 84.000 millions de
dollars à ses créanciers internationaux, au seul titre des
intérêts de la dette, et que celle-ci s'élèvera
à plus de 173.000 millions de dollars en l'an 2000. Les financiers
ont de beaux jours devant eux. Pas la population mexicaine. Le gouvernement
estime que le chômage touchait 6,6 % de la population active en mai.
Chiapas : élections et action gouvernementale (article de Luis Hernandez Navarro paru dans La Jornada du 14 juillet 95).
Le 15 octobre prochain, des élections pour les maires et les députés locaux se dérouleront au Chiapas. Au delà des progrès dans le dialogue entre l'EZLN et le gouvernement fédéral, il sera question lors de ces élections de la presque inexistence des institutions politiques dans l'état Chiapanèque : le gouverneur intérimaire ne gouverne pas dans les faits, le congrès local en place, nommé sous l'influence du gouverneur de cette époque-là Patrocinio Gonzalez Garrido, représente un ensemble de forces politiques complètement déphasées par rapport à la réalité politique en vigueur, et 37 conseils municipaux ont étés créés en raison des protestations citoyennes dans 55 mairies. Bien que les prochaines élections doivent avoir lieu dans le cadre d'une nouvelle loi qui contient des progrès par rapport à la précédente, cette situation est loin de satisfaire les demandes des organisations populaires, comme, par exemple, la fin du monopole de la participation électorale octroyée aux partis politiques inscrits. Un élément supplémentaire, qui influencera sans doute les élections, est la gravité de la situation économique dans cette région. S'il est vrai que les effets de la crise sont ressentis dans tout le pays, c'est pourtant au Chiapas qu'ils se sont concentrés. Le manque de crédits a fait que des étendues considérables n'ont pas étés cultivées. Il s'agit d'une situation d'insolvabilité généralisée parmi une grande partie des producteurs de taille moyenne (qui avaient été traditionnellement une base électorale du PRI). Signe des temps qui courent, les bureaux de Sedesol, jadis remplis de groupes paysans faisant antichambre, sont maintenant vides, non pas parce qu'il n'y a plus de problèmes ou de demandes, mais parce que, tout simplement, il n'y a pas de moyens pour les résoudre. Même celui qui était autrefois l'envoyé de la fédération, Dante Delgado, ne semble pas avoir de ressources pour la distribution, au point que, une fois de plus, les engagements gouvernementaux faits par lui n'ont pas, dans la plupart des cas, été tenus. Pour cette raison, le document du gouvernement mexicain publié le 7 juillet dernier dans la presse nationale attire l'attention. La visite la plus rapide des communautés chiapanèques permet de constater qu'il n'y a pas souvent de lien entre ce qui a été dit dans les informations sur les actions gouvernementales de décembre 94 à juin 95 et la réalité. Premièrement, parce que, dans ce document, ces actions sont le fait de l'administration précédente (c'est le cas par exemple, du point relatif à la réforme agraire). Deuxièmement, parce qu'il présente des programmes nationaux comme s'ils étaient locaux (crédits pour le café), comme s'ils étaient déjà en train d'être dotés de moyens (ce qui n'a été le cas que dans le centre et dans le centre-nord), supposant une ampleur qui ne correspond pas, même vaguement, à la réalité (68.000 producteurs de café sur un total de 73.000). Troisièmement, parce qu'il indique la réalisation d'actions qui n'ont, en aucune façon, été effectuées (établir un nouveau lien Etat-peuples indigènes, ou s'acheminer vers une solution au problème agraire). Quatrièmement, parce que certaines des mesures prises (décret des nouvelles aires protégées) sont nées de l'improvisation et du désir de publicité, mais elles ont eu peu d'effets pratiques concrets. Certes, ceci ne signifie pas que rien n'ait été fait. Néanmoins, au coeur des actions réalisées, il y a un vide total de projet de développement pour le Chiapas. Ce qui est dit sur ce qui a été réalisé dans cet état du Mexique aurait pu être fait dans presque n'importe quel autre état du pays. Le gouvernement fédéral n'a pas une proposition de solution des problèmes chiapanèques qui ne soient des actions d'assistance ou de construction d'autoroutes. Il n'y a pas de proposition pour résoudre le conflit agraire chiapanèque, ni pour créer des emplois, ni pour préserver la région. Au delà d'une action militaire punitive et des politiques pour contrôler la rébellion sociale, il ne semble pas que les initiatives du gouvernement fédéral soient des propositions de fond pour résoudre le conflit. Les institutions peuvent continuer à annoncer des actions sur le papier. Elles peuvent continuer à inaugurer des hôpitaux alors que la population meurt de choléra, à informer sur les crédits agricoles alors que les paysans ne sèment pas par manque de crédits, à construire des routes qui - comme l'a déclaré la Banque Mondiale - coûtent plus que ce qu'elles ne valent, à annoncer des programmes de préservation alors que l'acajou s'effondre et le trafic d'espèces en danger d'extinction continue avec l'aide des fonctionnaires. Elles peuvent continuer à agrandir l'écart entre les paroles et les faits. Sans doute les élections d'octobre seront le moment où des milliers de citoyens accablés demanderont des comptes à la schizophrénie gouvernementale. Certes il reste encore trois mois pour la réalisation des projets, et les ressources peuvent s'écouler pour acheter des consciences et récupérer des clients. La contrainte et l'achat de votes est un moyen commode pour faire basculer la balance électorale. Cependant, en août 94, malgré l'énorme distribution de ressources économiques du gouvernement afin d'apporter des votes en faveur de Robledo Ricon, le PRI a perdu les élections dans quelques 40 municipalités. Le scepticisme gouvernemental face aux résultats de la dernière session de dialogue avec l'EZLN peut venir de ce qui semble déjà évident : le croisement entre le processus de paix et les élections locales qui, sans doute, modifiera l'équilibre des forces existantes jusqu'à maintenant. Ainsi le mois d'octobre est d'ores et déjà une date clef dans le processus de paix.
Octavio Rodriguez Araujo, membre de la CND chargé des finances de la consultation zapatiste, demande une contribution de 10 pesos (Environ 8 FF) à chaque lecteur de La Jornada, pour aider au financement de la consultation.
Publication de 4 communiqués de l'EZLN :
1 - Dans un communiqué daté de 14 juillet, l'EZLN met en
garde la population contre de faux zapatistes qui, dans quelques villes
du Mexique, offrent un entraînement militaire et des armes à
la population, pour rejoindre l'Armée Zapatiste, et demandent aussi
de l'argent pour celle-ci. L'EZLN dément qu'il s'agisse de ses militants,
dit que tous ses membres attendent le déroulement du dialogue de
paix, et que ces faux zapatistes sont peut-être des agents du gouvernement
qui repèrent ainsi les sympathisants zapatistes pour les réprimer,
ou qui essayent de donner une mauvaise image de l'EZLN.
2 - Dans un communiqué daté du 15 juillet, L'EZLN salue la
libération de Maria Gloria Benavides, et demande celle des autres
civils injustement emprisonnés. (Ce communiqué a été
publié dans Ya Basta ! n 19).
3 - Dans un autre communiqué daté du 15 juillet, l'EZLN nie
tout lien avec l'Organizacion Campesina de la Sierra del Sur, (OCCS, Organisation
Paysanne des Montagnes du Sud, indépendante). C'est cette organisation
qui a été l'objet de la répression sauvage dans l'État
de Guerrero qui a fait 17 victimes (Cf. Ya Basta n 17, 29 juin 95). Le
gouvernement prétend en effet justifier la répression à
l'encontre de l'OCSS en leur attribuant des liens avec les zapatistes.
4 - Dans un communiqué littéraire, le sous-commandant Marcos
dénonce le fonctionnement du gouvernement et la politique néo-libérale.
Selon lui, il n'y a pas "un" chef du gouvernement, Zedillo, mais
"une" chef, "l'improvisation stupide".
Des milliers de paysans et d'indiens de l'Aedpch (Assemblée Démocratique Des Peuples du Chiapas, indépendante) ont manifesté et bloqué des routes dans plusieurs municipalités du Chiapas (Venustiano Carranza, San Cristobal, Amatenango, Ocosingo, Tapachula, Comitan, Frontera Comalapa, Palenque, Bochil, Angel Albino Corzo et Tuxtla Gutierrez). Leurs principales revendications étaient : - que le gouvernement fasse preuve d'une véritable volonté d'avancer dans les négociations. - le refus d'une solution militaire au conflit - la libération des prisonniers politiques - des terres pour les paysans - que les autorités fédérales respectent les compromis acquis lors des négociations entre l'Aedpch et le gouvernement (Cf. Ya Basta ! n 15, 30 mai, n 17, 28 juin) On apprend qu'un groupe paramilitaire, mené par des dirigeants du PRI et appuyé par des éleveurs de la région a fermé l’église de San José Limar à Tila, dont le prêtre était Rodolfo Izar, expulsé récemment du pays, accusé d'activités subversives (Cf Ya Basta ! n 17, 23 juin) parce qu'il soutenait la lutte de la population pour la justice. Lors de cette action, 10 personnes, pour la plupart des dirigeants du PRD, ont été kidnappées. Les habitants du village demandent justice. Ce soir-là, une fête est organisée par la CND de la ville de México pour récolter de l'argent pour faire la consultation zapatiste.
Des observateurs nationaux et internationaux (de Barcelone), font état de l'entrée de soldats dans le village de Las Tacitas (municipalité d'Ocosingo), ce qui va à l'encontre du compromis accepté par le gouvernement. Selon les observateurs, les soldats vont au village pour attendre des provisions et des personnes (qui seraient pour la plupart des prostituées ). Publication d'un communiqué daté du 18 juillet dans lequel le sous-commandant Marcos indique que l'EZLN est heureusement surprise de l'activité développée par les différentes organisations (AC, CND, groupes internationaux) pour organiser la consultation. Le communiqué dit : "Nous voulons saluer votre travail et l'effort additionnel d'avoir oublié pour l'instant vos différences politiques pour vous unir dans la tâche de nous aider pour la consultation", et raconte que dans un meeting, les ouvriers du syndicat italien de l'usine Alfa Roméo ont répondu "Oui" aux trois premières questions de la consultation. Selon ses organisateurs, ce meeting a réuni près de 50.000 personnes à Milan.
Les 600 délégués de la Cinquième Rencontre des Peuples de l'Amérique Latine et des Caraïbes (il s'agit d'une rencontre anti-impérialiste, qui essaie de trouver des alternatives à la politique néolibérale), ont décidé de soutenir la consultation internationale des zapatistes. Entre juillet 95 et 96, la Banque Mondiale prêtera 2.300 millions de dollars au Mexique, pour appuyer les secteurs social, privé, et financier des États les plus pauvres : Chiapas, Guerrero, Oaxaca, Hidalgo. Ainsi 450 millions de dollars devraient subventionner 14 projets de logement, éducation, santé et développement rural au Chiapas.
Début de la cinquième rencontre de négociations entre les zapatistes et le gouvernement à San Andrés Larrainzar. La délégation gouvernementale déclare avoir calculé qu'au rythme de négociation proposé par les zapatistes (4 jours de rencontres, et une pause de 20 jours pour consulter les communautés), les négociations sont parties pour durer 3 ans et un mois, ce qui pour eux, est beaucoup. Mais peut-être est-ce que 500 ans de colonialisme et 70 ans de pouvoir du PRI, ce n'est pas assez ! Gustavo Iruegas, délégué du gouvernement aux négociations déclare que l'EZLN n'est plus un danger militaire, mais que ses demandes sont justes. Selon Julio Moguel, analyste à La Jornada, quelques signes négatifs et quelques autres positifs marquent le début de cette cinquième rencontre de négociation : parmi les négatifs, il cite le repositionnement et la mobilisation des troupes fédérales, les massacres dans le Guerrero, et la sortie du livre "La rébellion de las Canadas" de Carlos Tello Diaz (voir plus haut). Parmi les signes positifs, il note la libération de Maria Gloria Benavides. D'après lui, ce sont plutôt les signes négatifs qui dominent la situation. Après cinq mois de silence, la commandante Ramona apparaît dans une vidéo réalisée par l'EZLN pour la presse. Dans son message, Ramona, qui a l'air d'aller mieux (elle est gravement malade et une campagne internationale a été lancée pour l'aider à se soigner) remercie mexicains et étrangers pour leurs démonstrations d'affection et de solidarité, et rappelle qu'elle n'est que l'une des milliers de femmes indiennes qui sont gravement malades dans ce pays, et dont beaucoup mourront par manque de soins. Elle demande aussi de la mobilisation et de la solidarité pour les femmes indiennes de tout le Mexique.
Rumeurs comme quoi la date limite que le gouvernement accepterait pour la fin des négociations serait fixée au 30 novembre 95. Il s'agit de faire pression sur les zapatistes. Le ton des discussions du premier jour de la rencontre de négociation a été très dur. Le gouvernement accuse les zapatistes de manipuler les sujets de discussion pour gagner du temps. Pour leur part, les délégués de l'EZLN accusent les délégués gouvernementaux de les menacer et d'essayer de les acheter. Le gouvernement a refusé la proposition zapatiste de créer un corridor Ocosingo-San Quintin pour tester l'accord minimum pour faire baisser la tension militaire (Cf. Ya Basta ! n 18, 7 juillet 95). Dans un communiqué daté du 24 juillet, l'EZLN répond au gouvernement qui se justifie en disant que le corridor proposé par les zapatistes n'était pas prévu dans l'accord du 15 mai, et que les zapatistes refusent d'assurer la sécurité publique comme cela était convenu. Ils répondent que a) le 15 mai il n'y a pas eu d'accord sur les corridors à essayer mais seulement sur le principe d'essayer de faire des corridors (cf. Ya Basta n 13, 16 mai et n 15, 3 juin 95) et b) qu'ils vont assurer la sécurité publique en respectant la loi comme cela a été dit le 15 mai, c'est à dire qu'ils vont laisser les autorités civiles de la région faire leur travail. Une délégation de l'épiscopat mexicain a rencontré les 9 commandants qui font partie de la délégation zapatiste au dialogue (Cf. Ya Basta ! n 18, 5 juillet 95). Selon l'évêque Sergio Obeso Riviera, ils sont allés écouter de la voix des zapatistes l'état du dialogue, et ils ont fait connaître à l'EZLN "l'opinion du peuple mexicain sur le dialogue". Dans une conférence de presse, le commandant David raconte qu'ils ont dit aux évêques "nous voulons la paix, mais une paix nouvelle, une paix véritable. Non pas cette paix qu'on nous prêche depuis longtemps, cette paix d'humiliation, cette paix de marginalisation... Nous voulons pour les indiens et les non-indiens une paix fondée sur la justice, la démocratie, et la dignité humaine".
L'EZLN a modifié sa proposition de d'essai de corridor dans le cadre de l'accord minimal pour abaisser la tension. La nouvelle proposition est d'ouvrir un corridor de Patihuitz à San Quintin, ce qui réduirait de 50 km la taille de celui-ci, par rapport à la proposition précédente. Cependant, le gouvernement n'a pas seulement refusé cette nouvelle proposition, il a retiré la sienne, qui servait de point de départ à la discussion. Le ton des discussion s'est élevé : par exemple, Gustavio Iruegas, membre de la délégation gouvernementale, a dit aux zapatistes qu'ils sont "des menteurs qui ne veulent pas la paix, mais gagner du temps pour continuer à mentir, et à se cacher derrière le masque et les montagnes". Le commandant Tacho affirme que les zapatistes proposent une réunion entre le sous- commandant Marcos et Emilio Chuayffet, ministre de l'intérieur. Ceci pour faire avancer le dialogue. Le gouvernement a refusé cette rencontre en faisant valoir que les deux personnages ne sont pas du même niveau hiérarchique. Des membres du comité organisateur de la consultation zapatiste se sont rendus à la résidence présidentielle pour déposer une lettre adressée au président Zedillo. Dans cette lettre, ils demandent des garanties pour qu'un membre de l'EZLN puisse participer aux travaux de diffusion et de réalisation de la consultation. En même temps, ils demandent au gouvernement de ne pas faire obstacle à ces travaux.
La cinquième rencontre de négociations s'est achevée,
sans accord. La prochaine rencontre aura lieu le 5 septembre. Selon la
sous-commission de presse de la Conai-Cocopa, les désaccords entre
les deux parties en conflit peuvent être regroupés en neuf
thèmes, parmi lesquels :
a) la manière de discuter les sujets : simultanément ou l'un
après l'autre.
b) la discussion des sujets d'intérêt national.
c) discussion sur la situation des femmes.
d) discussion au sujet de la fin du conflit ou à propos d'un accord
pour abaisser la tension.
e) la prise de décisions. Selon la délégation zapatiste,
le gouvernement "a fait tout son possible pour que le dialogue échoue".
Selon eux, ce qui a été perdu lors de cette rencontre ramène
la négociation à son point de départ. Ils ont déclaré
: " il est de notre devoir de vous avertir que, petit à petit,
toutes les portes sont en train de se fermer, et qu'il n'y en a qu'une
qui reste ouverte". Démarrage de la privatisation des raffineries
de Pemex (le monopole pétrolier mexicain). 61 usines seront vendues
aux investisseurs nationaux et étrangers. D'après plusieurs
analystes, c'est le début de la privatisation totale de Pemex.
Sergio Obeso Riviera, évêque président de l'épiscopat mexicain, fait connaître le contenu du dialogue que lui et d'autres évêques ont eu avec la délégation zapatiste. Les religieux ont demandé à l'EZLN de devenir, de manière urgente, une force politique. La commission chargée de la promotion de la consultation zapatiste et l'EZLN ont décidé d'ajouter une sixième question à la consultation, et de modifier légèrement la rédaction des autres questions. La nouvelle question porte sur la situation des femmes au Mexique ("6 - Doit-on garantir la présence et la participation égalitaire des femmes dans tous les postes de représentation et de responsabilité dans les organismes civils et de gouvernement ?"). Avec leur nouvelle rédaction, il devient clair que les questions 4 et 5 demandent si l'EZLN doit à elle seule devenir une nouvelle force politique(4), ou si elle doit s'unir pour cela à d'autres organisations(5). Pour effectuer la consultation au Mexique, le 27 août prochain, 20.000 tables seront installées dans tout le pays, par plus de 80.000 bénévoles. La consultation sera aussi conduite par des promoteurs dans des réunions d'information : dans chaque quartier, dans les centres de travail, dans les associations (civiles, religieuses, politiques, sportives). Parmi les pays où les travaux de la consultation internationale ont commencé, on trouve : l'Argentine, l'Angleterre, l'Australie, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, Cuba, la république Dominicaine, l'Équateur, l'Espagne, les États-Unis, la France, le Guatemala, le Honduras, l'Italie, la Libye, la Martinique, le Nicaragua, la Nouvelle-Zélande, le Panama, le Paraguay, le Pérou, Porto Rico, le Salvador, la Suède, l'Uruguay...
Il y a eu un affrontement entre des paysans militants de l'OPEZ (Organisation Prolétaire Emiliano Zapata, indépendante) et des militants du CPC (Comité de Participation des Citoyens). Les membres du CPC ont essayé de chasser les militants de l'OPEZ d'un terrain qu'il occupent depuis l'année dernière, et qui, selon eux, leur appartient. Bilan : 10 blessés et 3 maisons brûlées.
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