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Lors de l'inauguration du forum sur la réforme de l'état, le commandant David et le sous- commandant Marcos ont fait savoir que l'EZLN était prête à poursuivre par les voies politiques et "jusqu'aux dernières conséquences" la lutte pour la démocratie, la liberté et la justice. Intense mobilisation de l'armée dans le Guerrero, à la recherche des membres de l'EPR (Armée Populaire Révolutionnaire, cf. Ya Basta! n 65). Selon une source proche des services de renseignements, cette armée n'aurait aucun lien avec l'EZLN, et serait "un groupe cherchant à se donner une fausse image". Cuauhtémoc Cárdenas, principal dirigeant du PRD, a déclaré que l'apparition de l'EPR risquait d'être utilisée pour justifier la répression des paysans et des leaders sociaux. Il a demandé aux dirigeants du FAC-MLN de clarifier leur position par rapport à cette nouvelle guérilla. Sur la liste, établie par le journal américain Forbes, des personnes les plus riches de la planète, se trouvent 15 mexicains, qui totalisent 25.6 milliards de dollars (soit 9 % du PIB). Il s'agit de capitalistes qui ont bénéficié des privatisations ou de leurs relations avec le pouvoir. En 1994, ils étaient 25 sur cette liste, mais le chiffre est tombé à 10 après la crise du peso en 1995. Pour comparaison, il y a 14 français sur cette liste, 12 suisses, et 6 Anglais.
A la table de discussion n 1 du forum sur la réforme de l'état, ("Vers une organisation d'un type nouveau"), des militants du PRD ont exprimé leur désaccord avec la condition requise pour intégrer le FZLN, qui est de ne pas faire partie d'un parti politique. Au forum, Marcos a raconté : "Dans le groupe d'origine, majoritairement indien, nous rêvions qu'un jour nous rencontrerions des gens comme nous, des zapatistes, dans d'autres régions du Mexique, mais sans armes. L'utopie que nous pourrions développer un mouvement civil pacifique qui serait notre frère siamois (...). Le temps s'est écoulé, et il s'est passé ce qu'il s'est passé (...) nous avons vu que les gens qui formaient les cordons de paix [au dialogue de 94] n'avaient pas de passé politique, ce qui était une qualité. Une attitude proche de l'attitude zapatiste : tout pour tous, rien pour nous. Il n'était pas clair si le moteur de la mobilisation était le risque de guerre, ou s'il s'agissait d'une identification avec nous (...) [A propos de la CND] C'était une tentative de rencontrer ce zapatisme et de leur poser la question, s'ils étaient prêts à participer avec nous à une organisation nouvelle. Vint la Convention, et là encore il s'est passé ce qui s'est passé. La tempête, et le naufrage. Puis les problèmes de décembre, et la trahison de février 1995" Puis l'Aguascalientes de Guadalupe Tepeyac a coulé (il a été détruit par l'armée en février 95), mais il s'est transformé en "un sous-marin qui a refait surface en décembre, mais multiplié par cinq. Il s'était passé quelque chose par en- dessous", et les zapatistes ont découvert la possibilité d'une organisation civile "vers laquelle nous nous dirigerions si le conflit venait à se régler". Marcos a ajouté qu'ils ne voulaient pas que cette organisation soit lancée par un petit groupe, qui appellerait ensuite à se qu'on y adhère. "Il fallait que nous ayons une autre position sur le pouvoir. Organiser la société pour qu'elle puisse exercer le pouvoir sur elle-même. C'est ce qui a commencé à se mettre en place avec les comités civils de dialogue. Et nous nous engageons à ne pas prendre d'initiatives organisationnelles concernant le Front, qui ne seraient issues de notre rencontre avec vous (...). Cela nous demande beaucoup d'efforts, parce que quand on est militaire depuis pas mal d'années, on a tendance à donner des ordres. Nous devons apprendre à vous rencontrer comme des égaux, ni devant, ni derrière, mais à côté de nous". Il a conclu : "Nous avons été mandatés par les communautés pour écouter ce que les zapatistes civiles ont à dire". Dans une conférence de presse, Marcos a affirmé que l'ELZN n'avait aucun lien avec l'EPR. Il a refusé prendre position sur le sujet, disant que l'EPR devait "gagner sa légitimité" aux yeux du peuple du Mexique et qu'ils attendaient de voir leur position vis à vis du processus de paix au Chiapas, le rôle qu'ils donnent à la lutte armée, et comment ils conçoivent le pouvoir. Il a ajouté que depuis 1994, ils alertaient le gouvernement sur l'existence d'autres groupes armés, existence due aux conditions de vie très dures dans le pays. Interrogé sur la lutte armée, il a dit que c'était une "méthode anti-démocratique", demandant une "structure anti-démocratique", et que, pour les zapatistes, elle avait été la conséquence du désespoir, et non d'"un projet, ou [d'] une finalité. (...) Notre but n'était pas d'être une armée, et de nous perpétuer suivant une structure militaire. Nous ne voulions pas être soldats, nous avons dû nous faire soldats. Après 1994, nous nous sommes rendus compte qui si la lutte armée nous avait bien ouvert un espace pour nous faire entendre, pour que le pays se souvienne qu'il y a des indiens et qu'il était en train de les oublier, à partir du moment où il est sérieusement question de transition à la démocratie et d'intégration d'autres forces civiles, le fait d'être une armée se transforme peu à peu en un obstacle. (...) Nous croyons que [les armes] ont un rôle à jouer à un certain moment, pour nous elles l'ont eu, et maintenant elle ont un rôle de défense. Maintenant que nous sommes entrés dans la vie politique nous n'utilisons plus les armes, nous utilisons la politique. Les armes peuvent ouvrir un espace, mais arrive un moment où cet espace se rétrécit et devient une camisole à l'intérieur de laquelle tu ne peux plus grandir". Par rapport à l'appel de l'EPR à construire une organisation politique unitaire, Marcos a dit que les communautés indiennes avaient interdit à l'EZLN de conclure des accords avec quelque organisation armée et clandestine que ce soit, étant engagés dans un processus de dialogue qu'ils veulent suivre jusqu'à son épuisement. Il a ajouté que depuis 1994, plusieurs groupes armés les avaient contactés dans le même but. Cela montre, a-t-il dit, que le dialogue de San Andrés a une ampleur nationale, et non régionale. Le spectre politique représenté au Forum de San Cristobal est très large : le PRI, avec quelques anciens hauts responsables du gouvernement, le PAN, (opposition de droite), le PRD, (opposition de centre-gauche), le PT, (petit parti de centre-gauche lié au gouvernement), mais aussi des représentants du PRT (trotskyste), du Parti social-démocrate, du Parti du forum démocratique, et du Parti Révolutionnaire Socialiste. Il y a aussi des représentants de syndicats et d'associations, des chefs d'entreprises, des universitaires, des membres d'ONG's, des intellectuels, etc. 32 % des participants sont des femmes. A Bachajon (Chiapas), manifestation unitaire (PRD, PAN, PRI, l'église, des sympathisants zapatistes, organisations sociales indépendantes, citoyens, etc.) pour demander l'expulsion du groupe paramilitaire Les Chinchulines de la région. La manifestation a permis que deux ejidos dont les paysans s'affrontaient violemment depuis 10 ans, mettent fin à leur rivalité et fassent la paix. Les habitants du village demandent aussi des garanties pour que le maire (PRD) puisse revenir : menacé de mort, il s'est réfugié à Tuxtla. L'EZLN veut parler au Dialogue du problème de San Juan Chamula. Ce village chiapanèque a été le théâtre de nombreux affrontements dus à des conflits religieux et politiques, auxquels s'ajoutent des conflits d'intérêts économiques. Selon Marcos "il n'y aura pas de solution tant que le système des caciques, qui est à l'origine conflit, ne sera pas remis en cause". Il a ajouté que négocier cette structure de pouvoir signifierait pour le gouvernement renoncer au contrôle de la zone chamula, où il obtient beaucoup de votes. A Tepetixtla (Guerrero), arrestation par l'armée de 50 paysans militants de l'OCSS, suite à l'apparition de l'EPR (Cf. Ya Basta ! précédent). Après leur libération, Leopoldo Martínez (19 ans), Rafael Nava (19 ans), et Gerardo Hurtado Arias (18 ans), organisateurs du cortège venant de Tepetixtla lors de la commémoration du 28 juin, ont été de nouveau arrêtés, cette fois par la police et battus. Ils ont étés relachés le lendemain. Selon Rocío Mesino, dirigeante de l'OCSS, des policiers de la région disent avoir ordre de tuer Benigno Guzmán Martínez, principal dirigeant de l'organisation. Elle ajoute que les paysans du Guerrero ont peur de voir se répéter ce qui s'est passé dans les années soixante-dix où, sous prétexte de lutte contre la guérilla, les militaires ont fait disparaître des centaines de paysans. Des porte-parole du FAC-MLN affirment que celui-ci n'a rien à voir avec l'EPR. Benigno Guzmán Martínez, dirigeant de l'OCSS, en dit autant de son organisation. Les autorités mexicaines dénoncent le détournement par l'ancien trésorier général de l'Institut Mexicain de la Sécurité Sociale (IMSS), de presque 50 millions de dollars.
Au forum de San Cristobal, les discussions ont beaucoup tourné autour de la question des élections législatives de 1997 et de la transition vers la démocratie. Des PRDistes ont dit leur inquiétude de voir partir leurs militants vers le FZLN. Dans une conférence de presse, Marcos a demandé au PRD de ne pas voir l'EZLN "comme un rival aux élections", mais "comme un allié possible" dans la lutte pour la démocratisation du pays. A propos du FZLN, le porte-parole zapatiste a dit :"c'est une organisation que nous sommes en train de construire ensemble, et qui définit elle même sa route, sa politique d'alliances, sa relation avec les partis politiques et ses modalités de participation aux processus électoraux". Lors du forum de San Cristobal, les dirigeants zapatistes se sont réunis avec des représentants de plusieurs organisations politiques et sociales. Apparemment, certains cadres du PRD cherchent un rapprochement plus concret avec l'EZLN ; ils ont même employé les mots d'"alliance politique". A ce sujet, Marcos a déclaré : "Nous réaffirmons que nous sommes prêts à entretenir des relations officielles avec le PRD. Nous avons dit que nous sommes préoccupés par le fait que ce qui se passe dans le Guerrero puisse être utilisé contre le PRD pour lui coller une image de violence, et qu'il y a des intérêts illégitimes derrière ce groupe. (...) Nous insistons qu'il faut manifester, tant au PRD qu'à l'EZLN, la nécessité de construire un fort front pour la transition démocratique, et ne pas cesser d'unir nos efforts vers cette transition, afin qu'il n'y ait plus de violence. (...) Le PRD ferait partie de ce front ample, qui serait un noyau et un interlocuteur visant à rassembler depuis le centre jusqu'à la gauche plus radicale". Il ajoute que l'EZLN s'attend à ce que "quelque chose" se passe au sein du pouvoir, par exemple que le président Zedillo ne finisse pas son mandat, ou que la droite renforce ses positions, et qu'il faut se préparer à ces éventualités : "Vu comment se présentent les choses, il ne parait pas y avoir de possibilité de transition à la démocratie, par aucune voie : ni par la voie politique, ni par la voie violente. Je vois mal une issue électorale ou une issue militaire, mais j'ai plutôt l'impression que le pays va dans le mur. C'est pourquoi il faut que nous construisions une voie nouvelle, forcément politique, qui ne soit pas le fait seulement de l'EZLN". Dans un communiqué, l'EPR affirme que même s'il "n'y a pas de déclaration de guerre contre le gouvernement fédéral (...) un affrontement armé est imminent" étant donné la répression dont ils sont l'objet. Ils exigent du gouvernement fédéral le respect des conventions de Genève, "en particulier en ce qui concerne la population civile et les prisonniers de guerre". Scandale à propos du dictionnaire des synonymes du logiciel Word 6 en espagnol de Microsoft, dans lequel on trouve les équivalences suivantes : pour "mexicain" : "aztèque, grossier, vulgaire, pleurnicheur, ridicule" ; pour "indien" : "sauvage, anthropophage, primitif"; pour "noir" : "indigène, sauvage, barbare, anthropophage, cannibale" ; pour "homosexuel" : "inverti, déviant" ; pour "lesbienne" : "vicieuse, perverse" ; et pour "occidental": "européen, arien, blanc, civilisé, cultivé". La compagnie a annoncé qu'elle allait retirer du marché ce dictionnaire.
Après une réunion avec des représentants du Parti du Travail, Marcos a expliqué que cette rencontre, comme celle avec le PRD, visait à établir "relations formelles" et "alliances", sur des sujets très précis, comme la demande d'élections extraordinaires pour le poste de gouverneur du Chiapas. Il a ajouté que la relation avec les partis était fondée sur le respect mutuel, et qu'elle visait à "créer des mécanismes de communication permanente qui permettent l'échange de questionnements sur la problématique nationale et mondiale, la possibilité de nouer des alliances concrètes, incluant le champ électoral, la nécessité d'avancer dans la construction d'un ample front d'opposition, qui aille au delà des questions électorales mais sans les exclure, qui s'intéresse à tous les aspects sociaux et économiques, à la nécessité de construire une grande alliance qui devienne une alternative démocratique pour tout le pays.(...) Nous sommes prêts à faire des alliances électorales, qui bien sûr n'engageraient pas notre participation comme candidats. Mais c'est quelque chose dont il faut encore discuter pour se mettre d'accord". Dans un communiqué, le PRD déclare rechercher des relations plus étroites avec l'EZLN, avec pour objectif de trouver des points d'accord sur la démocratisation du pays, la lutte contre le néolibéralisme, l'amélioration des conditions de vie des mexicains, une union des forces démocratiques aux élections de 1997, ainsi qu'une paix digne et durable au Chiapas.
Dans sa contribution au forum de San Cristobal, Cuauhtémoc Cardenas, leader du PRD, a évoqué la crise du régime mexicain, et en a appelé à "la solidarité nationale pour éviter au peuple de Guerrero un nouveau bain de sang". Marcos a dit que la transition à la démocratie ne pourrait se faire qu'avec "un grand arc-en-ciel de forces politiques (..) où chacun apportera sa couleur propre" , parmi lesquelles le zapatisme et le cardenisme. Il a ajouté que du forum sortiraient les bases "d'une force politique naissante : le Front Zapatiste", espace ou pourraient se retrouver les citoyens sans parti. Selon lui, "le temps des certitudes héritées" est révolu "parce que maintenant personne n'est sûr de rien : ni le pouvoir, ni ceux qui le subissent". Publication d'une contribution au forum de San Cristobal rédigée par le tandem Durito- Bertolt Brecht,"où l'on explique pourquoi la sagesse ne consiste pas à connaître le monde, mais à deviner quels sont les chemins qu'il devra suivre pour être meilleur." Dans une interview à la radio, Marcos parle du forum de San Cristobal et de la guérilla au Guerrero : "Nous voulons que ce forum soit ce que n'a pas été la négociation avec les délégués du gouvernement. Qu'ici, les forces politiques puissent dire ce que doit être ce pays. Nous pensions que le danger était que le forum soit seulement une action du zapatisme civil et armé, mais les forces non zapatistes et anti zapatistes sont venues, et cela a crée l'avalanche de paroles qui manquait au pays depuis longtemps. Le mouvement armé du Guerrero surgit dans une conjoncture politique préoccupante, alors que nous avons réaffirmé notre volonté de nous transformer en force politique (...) cette nouvelle organisation armée doit répondre aux interrogations sur la légitimité ou la non- légitimité de ses fondements, faire en sorte que la société puisse se rendre compte qu'il n'y a pas quelque chose de louche derrière tout ça. Cela nous a coûté beaucoup, à nous, pour gagner cette légitimité. Les mouvements armés politiques naissent de l'impasse politique, si la violence qui est la notre était évitable, nous chercherions de l'éviter. L'action du groupe armé qui est apparu à Aguas Blancas a été minime, cela n'a même pas été une action armée et pourtant elle a secoué le pays ; cela montre que le gouvernement est faible et très sensible à n'importe quel mouvement de déstabilisation, aussi faible qu'il soit. De plus, on ne peut écarter la possibilité que le pouvoir lui-même soit derrière ce mouvement". Selon Luis Garfias Magaña, général et député du PRI, ce qu'on a vu de l'EPR indique la présence en son sein de personnes ayant une expérience militaire. Il propose donc de les accuser de sédition, et de les condamner à mort (peine qui existe en théorie pour des délits graves : trahison à la patrie, etc., mais qui n'est pas utilisée). Émeute dans la vallée de San Quintin (Basse Californie, Nord-ouest du pays) : près de 700 paysans employés dans une usine de conditionnement sont en lutte depuis une semaine pour obtenir le payement de leurs salaires. Trois policiers ont été blessés, 25 commerces pillés, et des véhicules incendiés ; 80 arrestations selon les autorités. Dans la région travaillent plus de 40.000 paysans venus, souvent temporairement, d'autres états du Mexique.
En réponse à une question posée par des membres des comités de dialogue du pays, Marcos a dit que les combattants de l'EZLN étaient prêts à sortir de la forêt Lacandone pour aller dans d'autres états du pays "non pas pour appeler à la guerre", mais pour appeler à l'organisation sociale. Cependant, comme ils n'ont pas confiance en les lois, il a dit que cela nécessiterait d'important moyens de sécurité. L'EZLN et la Coordination Intersyndicale du 1er mai (indépendante, elle regroupe 80 organisations syndicales du pays) vont proposer bientôt une consultation nationale sur le travail et la liberté syndicale, qu'ils demanderont à Alianza Civica d'organiser. Les questions porteront sur les salaires, l'emploi, la politique économique, le corporatisme, la liberté syndicale et le syndicalisme. La mobilisation de l'armée se poursuit dans le Guerrero. Les soldats opèrent des perquisitions -illégales- à Tepetixtla. Le gouvernement a délivré au moins 7 mandats d'arrêt contre des dirigeants de l'OCSS. Dans une conférence de presse, Rocío Mesino, dirigeante de l'OCSS a déclaré :"le gouvernement a profité de l'apparition du groupe armé pour s'en prendre aux organisations sociales ; nous ne savons rien de ce groupe, son objectif n'est pas clair, et la répression s'abat sur nous. Nous pensons que peut-être c'est un groupe monté par le gouvernement pour justifier la répression, ou peut-être c'est un groupe pour défendre les gens (...) Nous demandons au groupe armé de définir ses positions et de démentir que nous ayons quelque relation".
Clôture du forum sur la réforme de l'état. 1.143 personnes y ont participé. La nature du rassemblement et la qualité des interventions ont donné espoir aux participant(e)s. Plusieurs messages de commandants zapatistes ont étés lus ; le commandant David a dit : "Nous n'avons pas pris les armes pour détruire : nous les avons prises pour construire. (...) Nous sommes sûrs que nous pouvons construire un monde dont nous rêvions". Dans son allocution, entre deux citations de Brecht et Machado, Marcos a rendu hommage aux bases d'appui zapatistes, hommes et femmes qui ont rendu possible cette rencontre d'intellectuels, de dirigeants et d'hommes politiques. Clemencia Cruz Ramirez, indienne chole, a dit : "Nous savons que la demande d'autonomie que les peuples et organisations indiennes proposent a un contenu grandement démocratique, que d'autres secteurs de la société peuvent reprendre, parce qu'elle ouvre des espaces de décision et de participation plus importants... Nous demandons l'autonomie pour tous et à tous les niveaux". Un représentant des indiens purépechas (Michoacan) a demandé au gouvernement de ne plus gêner la mise en place de la Commission de suivi et vérification des accords de San Andrés (cf. Ya Basta!... n 50 : 6, 7, et 9 mars 96, et n 55, 12 avril : tant que cette commission ne fonctionnera pas, les accords ne seront pas appliqués). Un représentant des indiens du Guerrero a demandé l'arrêt de la militarisation du pays, la fin de l'impunité des guardias blancas, ainsi que la libération des prisonniers présumés zapatistes et de tous les prisonniers politiques mexicains. Parmi les principales conclusions du forum de San Cristobal, la nécessité d'une nouvelle constitution et d'une véritable réforme électorale. Pour les participants, bien qu'une démocratie représentative fondée sur des élections ne soit pas suffisante, la transition mexicaine vers la démocratie requiert des élections libres et transparentes, ainsi que de garantir le droit des citoyens à choisir leurs gouvernements. Ils ont remarqué aussi l'urgence de trouver une stratégie globale contre le néolibéralisme, sous la forme d'un projet de régime social alternatif. Ils se sont prononcés pour renégocier la dette extérieure mexicaine et l'accord de libre échange. Du Front Zapatiste, ils sont d'accord pour dire qu'il sera un instrument essentiel du processus de paix au Chiapas. Rumeur, non confirmée, d'affrontements entre des paysans et l'EPR à Yahualica (Hidalgo).
Nous avons déjà envoyé 10.000 francs au Chiapas dans le cadre de la campagne "Maïs". Entre-temps, d'autres chèques nous sont parvenus, ce qui va nous permettre de faire un nouvel envoi. Alors n'hésitez pas, on continue...
¡ YA BASTA ! tient ses promesses (presque...) Comme nous avions promis en augmentant le tarif, nous venons de prolonger l'abonnement de tout le monde (de 10 n s, pour l'instant). Jetez donc un oeil sur l'étiquette de l'envellope : elle est ENCORE plus belle, et elle vous dit tout : le dernier bulletin reçu, le dernier à recevoir, et elle vous écrira même un petit mot doux au moment de penser à vous réabonner... C'est pas beau le progrès ?...
La justice mexicaine a classé la plainte du PRD sur les dépenses de campagne électorale du gouverneur du Tabasco, sous pretexte que le faits dénoncés par le PRD "ne sont pas délictueux". Les personnes recherchées dans cette affaire (Cf. Ya Basta n 62, 7 juin 96) le sont toujours, mais pour des questions de blanchiment d'argent. Madrazo et ses proches ne sont pas inquiétés. Le leader du PRD a annoncé son intention de saisir la commission interaméricaine des droits humains, et d'en référer à la communauté européene, qui a fait mine de s'intéresser à la question à plusieurs reprises (cf. Ya basta n 60, 15 mai 96). Opération de l'armée fédérale dans la Huasteca (région très pauvre et à forte population indienne) après la découverte à El Lindero d'un stock d'armes qui pourraient apartenir à un groupe rebelle. La présence militaire dans le Guererro s'est renforcée depuis l'apparition de l'EPR, et la population a peur. Publication du discours de Marcos pour la cloture du Forum Spécial pour la Réforme de l'Etat. (On le traduit, et on le met dans une prochaine brochure...) Dépot de plainte auprès de la Commission Nationale des Droits de l'Homme contre la police du Guerrero. José Nava Andrade, militant de l'organisation Pueblos y Colonias de Guerrero a dénonce avoir dû signer une "confession" sous la torture, dans le cadre de l'enquête sur l'EPR. Marcos demande qu'on n'interprète pas l'insistance de l'EZLN à ouvrir des espaces de dialogue et son évolution en une force politique comme une défaillance, une faute ou un renoncement. Retombées du Forum pour la Réforme de l'Etat : les partis politiques (PAN, PRI, PRD, PT) déclarent avoir pris acte de "l'intention zapatiste d'emprunter les chemins politiques et de participer ainsi à la transition démocratique du pays". Mise en accusation du dirigeant de l'Organizacion Campesina de la Sierra del Sur (OCSS) suite à la prise de l'hôtel de ville d'Atoyac (Guerrero), action menée pour commémorer le 28e anniversaire du début de la guerilla de Lucio Cabanas, et pour demander des engrais et des semences. Le juge l'a interrogé sur les liens entre l'OCSS et l'EPR.
Le président Zedillo a déclaré à la COCOPA son "désir d'appuyer le dialogue et la négociation pour trouver une solution pacifique et concertée au Chiapas". Le gouvernement et l'EZLN ont accepté le plan de travail élaboré par la COCOPA, pour établir les nouvelles règles du dialogue.
Arrestation, dans le cadre de l'enquête sur l'EPR, de quatre personnes armées, ce qui porte à huit le nombre d'arrestations.
Dans plusieurs interviews, des policiers et des membres des services judiciaires déclarent que les personnes interrogées comme membres présumés de l'EPR ont affirmé avoir reçu de l'argent et une formation de deux jours pour figurer dans le groupe armé qui s'est manifesté à Aguas Blancas. Selon le responsable de la PGR au Guererro, "il n'y a pas de guerilla au Guerrero. L'EPR n'est qu'une façon pour les râleurs de se manifester". Des membres du Frente Democratico Oriental de México Emiliano Zapata ont bloqué l'hôtel de ville de Huautla (Hidalgo) pour exiger le départ de l'armée de la région. La Commission Mexicaine de Défense et de Promotion des Droits Humains (association indépendante) a publié une lettre ouverte à Zedillo dans laquelle elle manifeste sa préoccupation devant la militarisation de plusieurs régions du pays, comme unique réponse du gouvernement à l'apparition de présumés groupes armés. La commission juge cette situation comme une menace envers les droits fondamentaux. Libération des dirigeants du syndicat SUTAUR contre une caution payée par le syndicat.
Communiqué de l'EPR, signé par le "commandant José Arturo", dans lequel le groupe nie que les huit personnes arrêtées par l'armée fédérale fassent partie de ses troupes et se déclare indépendant des traficants, des partis et des personnalités politiques. Quatre des huit membres présumés de l'EPR ont déclaré devant le juge faire partie du groupe, tandis que les quatre autres ont nié et ont dénoncé avoir été torturés.
Après des négociations dificiles, les zapatistes et les délégués du gouvernement ont signé de nouveaux accords sur la suite du dialogue : - Il y aura des membres des deux parties dans la Commission de Suivi et de Vérification des accords. Jusque-là le gouvernement ne voulait pas de la présence des zapatistes, car elle entraîne pour eux la possibilité de voyager dans tout le pays (Cf. Ya Basta n 50, 6, 7, et 9 mars 96, et n 55, 12 avril). - Le gouvernement s'est engagé à respecter la dénomination "officielle" de l'Armée Zapatiste ("groupe de personnes qui le premier janvier ont été impliqués dans le conflit armé au Chiapas", et non plus "terroristes", comme le fait la PGR) C'est surtout symbolique, mais du côté zapatiste on trouve que c'est déjà ça... - Les deux parties s'engagent à ne pas rompre les négociation de manière unilatérale. - Il y aura de nouvelles procédures de dialogue, afin de faciliter l'élaboration des accords. De plus, on parle de la formation d'une instance spéciale chargée des problèmes de violence dans les communautés paysanes. Le dialogue reprendra le 16 juillet, sur le thème : "démocratie et justice". Allocution de Marcos qui, après le forum sur la réforme de l'Etat, est allé rejoindre à San Andrès les délégues du CCRI qui discutaient avec la COCOPA. Il a nuancé la porté des accords avec le gouvernement, et mis en garde les zapatistes contre la "jalousie" de certains dirigeants politiques (on voit pas trop de qui il veut parler, NdR). Il a ajouté que le chemin vers la paix était encore long, et que la volonté du gouvernement de trouver des solutions pacifiques restait à prouver. Hilario Messino, le dirigeant de l'OCSS va rester en prison (Cf.8 juillet). Son arrestation et sa détention ne sont vraisemblablement pas sans rapports avec l'apparition de l'EPR. 500 membres de El Barzón de Mexico ont occupé la banque du commerce intérieur pour exiger la renégociation de leurs dettes (dont le total s'élève à 500 millions de pesos). Publication de la convocation à la Rencontre Intergalactique pour les délégations du Mexique. L'EZLN distingue quatre types d'invités : les membres des comités civils de dialogue (bases du FZLN), les délégués des organisations politiques et sociales, les personalités et les représentants des organisations indiennes.
L'armée fédérale a découvert du matériel de guerre qu'elle attribue à l'EPR dans une grotte du Guererro. Selon La Jordana, on dit qu'il existe un autre groupe armé dans la région de la Huasteca.
Election (au suffrage direct) du président du PRD. Les estimations donnent une large victoire à Andrés Lopez Obrador, chef de file du "PRD social", soutenu aussi par une partie des ex-communistes et par Cardenas. Issu du PRI, Lopez Obrador a été à la tête d'une des luttes les plus importantes contre le système de parti d'état dans sa province, le Tabasco. Il défend une politique "incluante", et une tactique qui mêle dialogue avec le gouvernement et mobilisation sociale. Il faut noter qu'il y a eu des rapprochements entre le PRD du Tabasco et les zapatistes. De plus, une bonne partie de la base sociale du PRD dans cette zone est indienne (chontales et choles). Confirmation de leur emprisonement pour les quatres personnes qui ont reconu appartenir à l'EPR. Le FAC-MLN (Front pour la Construction du Mouvement de Libération Nationale) se mobilise pour demander la fin des harcèlements et la libération de 13 de ses militants (parmi lesquels les huit accusés d'appartenance à l'EPR). Ils ont bloqué l'autoroute Mexico- Acapulco pendant trois heures .
Le ministère du trésor a déclaré close l'enquête sur le financement douteux de la campagne de Madrazo, actuel gouverneur du Tabasco, et qui fait partie des fidèles de l'ex-président Salinas. L'armée fédérale a découvert un nouvel arsenal attribué à l'EPR à Coyuca. D'après l'armée fédérale, un groupe armé acheminant un chargement d'armes pour l'EZLN se trouverait actuellement dans la région de Oaxaca. La population locale dénonce l'augmentation de la présence militaire. Reprise du dialogue de San Andrés. Les positions du gouvernement n'ont pas beaucoup changé : il continue de réduire le conflit à un problème local et à s'oposer à tout changement politique profond. Sur la question de la réforme politique, la délégation gouvernementale a indiqué que ce thème serait traité au niveau du parlement, et que, par conséquent, les propositions de la société civile (y compris celles des zapatistes) n'avaient pas le même poids. Le dialogue se proursuivra jusqu'au 18 juillet.
Andres Manuel Lopez Obrador, dirigeant du PRD du Tabasco, a remporté les élections internes du parti (cf. Ya Basta précédent). Il prendra ses fonctions de président du PRD dans les jours qui viennent. Dans l'affaire de l'élection frauduleuse du gouverneur du Tabasco (cf. Ya Basta précédent), Lopez Obrador à déposé une plainte auprès de la CIDH (Commission Interaméricaine des Droits Humains ; la CIDH dépend de l'Organisation des Etats Américains, sorte d'ONU à l'échelle continentale) et annoncé une mobilisation pour les jours suivants. Le PAN (parti d'opposition de droite) a déploré que le gouvernement ait enterré l'affaire, et promis de la relancer. 57 journalistes ont étés assassinés au Mexique entre 1988 et 1996. Dialogue EZLN-gouvernement : l'EZLN est arrivée au dialogue avec des propositions : nouvelle constitution, nouvelle constituante, réforme électorale, reconnaissance constitutionnelle du référendum et de la consultation populaire, changement du modèle économique... , et le gouvernement avec quatre "documents de travail" de peu de contenu, ce qui a provoqué des protestations de la part de l'EZLN. Depuis la veille, 3000 paysans de 20 organisations membres de l’AEDPCh (Assemblée Démocratique du Peuple Chiapanèque, qui regroupe plus de 80 organisations indiennes, paysanes et populaires) occupent la mairie de Tuxtla Gutiérrez, ainsi que le Secretariat du développement social et celui de la réforme agraire. Ils demandent -entre autre- l'application des accords qu'ils ont signés avec le gouvernement au printemps dernier (cf. Ya Basta n 52, 20, 21 et 22 mars 96 et n 55, 10 avril), et des projets de dévéloppement. Guererro : Embuscade de l'EPR contre un convoi militaire sur la route qui relie Tixtla à Chipala : un mort et deux bléssés.
Dialogue : Le gouvernement a proposé un "nouveau pacte social" et une "démocratisation nationale". L’EZLN a qualifié les propositions du gouvernement d'"insuffisantes et superficielles", faisant remarquer que la démocratie signifiait plus que des éléctions transparentes et impliquait la participation des gens à tous les niveaux : sociaux, productifs, politiques et culturels. Pour sa part, la délégation gouvernementale a trouvé positive cette première rencontre d'après-crise. La police d'Iguala (Guererro) a arrêté deux personnes du FAC-MLN, chez qui elle a semble-t-il déposé des armes pour les accuser d'appartenir à l'EPR. L'apparition du groupe armé à servi de prétexte à la répression : en moins d'un mois, 22 militants du FAC-MLN ont étés arrêtés dans le Guererro. Le gouvernement mexicain s'est déclaré hostile à la loi américaine "Helms-Burton" qui vise à renforcer le blocus contre Cuba en pénalisant les entreprises qui commercent avec l'île. Des milliers d'employés de l’Institut Mexicain de la Sécurité Sociale (IMSS) ont manifesté à Mexico et dans une quinzaine de capitales d'états pour exiger une augmentation de salaire de 12%. Il y a eu ces dernières semaines deux nouvelles tentatives d'attaque de trains (cf. Ya Basta n 62, 31 mai 96) dans le Nuevo León (nord du Mexique). Pas de chance, les trains ne transportaient rien d'interressant. 700 flics anti-émeute, épaulés par 300 vigiles, ont fait évacuer au bulldozer un bidonville à Mexico : 30 blessés, une centaine de logements précaires rasés. Quatre paysans dénoncent avoir étés battus et torturés à l'éléctricité par la police pour les faire avouer leur appartenance à l'EPR.
L'EZLN appelle à un second Forum National Indigène à Oventic les 22, 23 et 24 juillet, dans le but de construire une force "qui puisse défendre"les accords de San Andrés Larráinzar". (Sur le Forum, cf. Ya Basta n 40, 17 décembre 95, n 42-43, 3 au 10 janvier 96, n 50, 6 mars 96, n 55, 10 et 12 avril 96). A Villahermosa (Tabasco), le gouverneur PRIiste Madrazo (encore lui !) a fait distribuer des tracts signés du PRD et appelant à prendre les armes. Le représentant du PRD a dénoncé ces méthodes.
A La Realidad, rencontre de militants de El Barzón. 317 "barzonistes", sont venus de 27 états, pour se rencontrer et renconter les zapatistes. "Nous luttons contre le même ennemi : le système économique et politique", a remarqué l'un d'eux. L’EZLN a remis à la CIDH un rapport dénonçant 122 cas de violation des droits de la personne. Le gouvernement fédéral a octroyé une subvention de 900 millions de pesos (soit environ 700 millions de francs) au gouvernement du Chiapas, pour la construction de routes, hôpitaux, écoles etc. Le général Cervantes Aguirre, ministre de la défense, a déclaré que l’armée mexicaine "contribuera sans confusion ni hésitation à la construction du pays nouveau en train de se faire". Il a ajouté que l’armée avait "joué un rôle important dans le processus de paix et l’ouverture du dialogue", en contenant la violence pour instaurer un "climat de paix".
Le Barzón et l’EZLN ont signé un accord d’"alliance fraternelle" et annoncé une consultation nationale en même temps que les élections de 1997. Thèmes : le modèle économique, la sécurité publique, la corruption, l’impunité... Extraits du discours de l'EZLN pour la clôture de la rencontre avec le Barzón : "...on nous a enseigné que les gens différents devaient être séparés, méfiants et rivaux, (...) que seules les personnes qui se ressemblent pouvaient être ensemble, et qu’il fallait lutter pour que les autres nous ressemblent. On ne nous a pas appris à respecter ceux qui sont différents de nous, à leur reconnaitre un lieu, une parole, une pensée. (...) Ce qui nous a réuni aujourd’hui à La Realidad n’est pas notre origine sociale, notre couleur, notre langue, notre passé, notre niveau économique, mais la dignité (...). C’est le vol qui a fait que nous nous sommes rebellés. (...) L’usurier vit du travail des autres. (...) Jusqu’à quand va-t-on accepter que le gouvernement administre des prisons, des armées, des cimetières, pour que quelques uns qui ont du pouvoir administrent leurs richesses et se fassent encore plus riches? Jusqu’à quand nous allons nous accepter de voir jour après jour se retrancher notre joie et s’additioner notre douleur? (...) Nous ne sommes pas contre les partis politiques, mais nous n’appartenons à aucun d’eux. Nous sommes disposés à reconnaitre les forces politiques et à établir avec elles des relations, à condition qu’elles nous reconnaissent pour ce que nous sommes, c’est à dire une force politique nationale (...). Nous l’avons déjà fait avec quelques unes. Tout cela fait partie de quelque chose de nouveau, qui commence à prendre forme : la participation politique directe des zapatistes sur la scène politique nationale. (...) Si on devait choisir une force politique sur laquelle s’appuierait la notre, ce serait la société civile : une force qui serait indépendante de tous les partis politiques, ou qui en les incluant irait plus loin (...) Elle serait plus grande que la somme des forces internes, plus généreuse que l’égoisme de ses protagonistes, plus ouverte que ses sectarismes particuliers. (...) Mais en attendant (...), on doit continuer à lutter et à se chercher. Il est nécessaire que les forces différentes se rencontrent pour se connaître, pour reconnaître ce qui fait leur différence et ce qui fait leur unité". Poursuite des négociations entre le PRI, le PAN, le PRD et le PT sur la réforme électorale.
Deuxième rencontre du Forum National Indigène Permanent. Parmi les objectifs dégagés : continuer à réfléchir sur les changements législatifs [ammorcés dans le cadre des accords de San Andrés, NdR], diffuser les propositions de réformes législatives et constitutionnelles, et d'une manière générale donner suite au processus législatif, et exiger la présence lors de la discussion des projets de lois au Parlement de représentants de l'EZLN et de la communauté indienne. Trois chaînes de télé françaises (ARTE, Planète et Canal+) qui voulaient assister à l'Intergalactique se sont vues refuser leur visa de travail par le consulat mexicain à Paris. Idem à Londres pour deux intellectuels réfugiés kurdes.
Information Amnisty international (Ya basta n 69, 25 juillet au 30 Août 96)
Le 17 juillet dernier, San Sebastian et Señor del Pozo, deux hameaux de la communauté de Venustiano Carranza (Chiapas), ont été l'objet d'un raid mené conjointement par la police et le groupe paramilitaire Alianza San Bartolomé de Los Llanos, lié au PRI, et appuyé par des hélicoptères. La police et les paramilitaires ont tiré sur la population, tuant Manuel Martinez de la Torre, paysan indien. 12 personnes, pour la plupart membres de l'OCEZ (Organisation Paysanne Emiliano Zapata ; sur l'OCEZ, cf. Ya Basta n 6, 25 mars 95, n 7, 29 mars, n 11, 29 avril 95, n 39, 8 décembre 95, n 40, 13 décembre, n 52, 22 mars 96) ont été arrêtées. La veille, deux autres membres tzotziles de l'OCEZ, Valentin de la Torre Mendoza et Rafael Vasquez de la Torre, avaient étés enlevés par des membres de la Police Judiciaire de l'Etat et du groupe paramilitaire. On est sans nouvelles d'eux depuis.
Amnisty International demande qu'on écrive pour protester à l'ambassade du Mexique, au Gouverneur du Chiapas, au Ministre de l'intérieur mexicain, et qu'on envoie des copies des lettres à l'OCEZ. Amnisty demande de : - Condamner le meurtre de Manuel Martinez de la Torre par des membres de la police judiciaire et du groupe paramilitaire Alianza San Bartolomé de Los Llanos, lié au PRI ; demander instamment une enquête approfondie sur sa mort, et demander à être tenu au courant des résultats. - Demander une enquête pour retrouver les disparus Valentin de la Torre Mendoza et Rafael Vasquez de la Torre. Demander, s'ils sont en détention, qu'ils soient bien traités et autorisés à voir leurs proches, un médecin, un interprète et un avocat. - S'inquiéter du sort des personnes arrêtées, et demander qu'ils soient mis en examen ou alors relâchés. Citer les noms, le lieu, etc. - Se montrer alarmé de la poursuite des violations des droits humains dans l'Etat du Chiapas, du manque d'actions efficaces pour y mettre fin et mettre un terme à l'impunité dont bénéficient leurs auteurs.
LE TOUT AVANT LE 25 AOUT 96.
Adresses : Gouverneur du Chiapas : Lic. Julio Cesar Ruiz Ferro Gobernador del estado de Chiapas Palacio de Gobierno Av. central y primera Oriente Colonia centro, 29009 Tuxtla Gutiérrez Estado de Chiapas, MEXICO
Ministre de l'intérieur Lic. Emilio Chuayfett Chemor Secretario de la gobernación Secretaria de la gobernación Bucareli 99, 1er piso col.Juarez 06699 México DF, MEXICO
Organisacion Campesina Emiliano Zapata (OCEZ) Casa del Pueblo Venustiano Carranza Chiapas, MEXICO
Ambassade du Mexique en France : Mr Jorge Carpizo, ambassadeur du Mexique en France 9 rue de Longchamp 75016 PARIS
Noms des personnes arrêtées : Miguel Vasquez Mendoza Jose Angel Mendoza Gomez Manuel Mendoza Vasquez Marco Antonio Vasquez Ramirez Jose Angel Alcazar Hidalgo Domingo Gomez Martinez Miguel Vasquez Robles Meliton de Jesus Mendoza Gomez José Antonio Alcazar Hidalgo Juan C. Hidalgo Gomez José Alcazar Gomez Bartolo Jimenez Hidalgo
Violents incidents à Simonjovel (Chiapas) : plus de 100 personnes masquées, selon la rumeur "proches du PRD" , ont investi la prison locale et libéré quatres personnes, parmi lesquelles un dirigeant de la CIOAC (Centrale Indépendante d'Ouvriers Agricoles et de Paysans, organisation indépendante). Les prisonniers étaient poursuivis pour coups et blessures et homicide. Dans la foulée, les manifestants ont aussi chassé le maire (du Parti du Travail, un parti lié au gouvernement) de la commune.
Clôture du Forum Indigène à Oventic. Il a réuni 135 délégués, issus de 44 organisations et de 28 associations sociales et politiques. On y a parlé de la suite à donner aux accords entre les zapatistes et le gouvernement sur le thème "droits et cultures indiens" (Cf. Ya Basta n 44, 19 janvier 96). Les participants ont dénoncé la militarisation des régions à forte population indienne, militarisation qui d'ailleurs a empêché la venue de plusieurs organisations. Une campagne nationale et internationale a été lancée contre la militarisation des zones indiennes. D'autre part, le Forum s'est prononcé pour une réforme de la constitution en faveur d'une meilleure participation des peuples indiens à la société, et en particulier d'une réforme du fameux article 27 sur la propriété collective de la terre. Enfin, le Forum a lancé trois initiatives : la réalisation d'un Congrès National Indigène en octobre 96, dans le but d'unir les organisations indiennes ; l'organisation d'un Forum pour la Réforme Municipale, pour discuter des formes d'intervention de la population au niveau des communes ; et la mise en place d'un réseau d'information à l'échelle nationale, pour connaître les problèmes de communautés et pouvoir y répondre à un niveau national, et pour diffuser les accords du Forum indigène et des dialogues entre les zapatistes et le gouvernement. Le gouvernement a annoncé qu'il allait rembourser en avance 8 milliards de dollars de la dette extérieure. Il s'agit d'un coup de propagande pour obtenir d'autres ressources. Le gouvernement a annoncé la fin des négociations avec les partis politiques (PRI, PAN, PRD, PT) sur la question de la réforme électorale. La réforme proposée comporte des points plutôt positifs : dorénavant le maire de México sera élu (jusque-là il était désigné par le gouvernement), et le contrôle des organismes électoraux passe de l'exécutif (ce qui facilitait la fraude) au Parlement et aux organismes citoyens. Mais du coup, le problème se déplace à la composition du parlement, dont les mécanismes sont favorables au PRI. De plus la réforme laisse dans l'ombre un certain nombre d'aspects de la fraude (par exemple la fraude sur les listes électorales). La question du financement des partis politiques est restée dans le vague, et celle du référendum n'a pas été abordée. Bref, il s'agit d'un ravalement de façade (on s'y attendait), qui vise surtout à étouffer les velléités d'un changement plus radical. Le Ministère des Affaires Étrangères du Mexique a refusé d'extrader vers l'Espagne le Basque Andoni Zelaia Otaño, accusé par le gouvernement espagnol d'appartenir à l'ETA. 250 hommes, femmes et enfants au visage masqué par des cagoules ont interrompu un visite aux bureaux du développement social de la municipalité du ministre du développement social à Maravilla Tenejapa (Chiapas), pour demander le retrait de l'armée de l'état. Ils ont mis en cause la politique sociale du gouverneur Ruiz Ferro, et contesté sa volonté de résoudre les problèmes de l'état. Ce dernier, qui n'avait peut-être pas la conscience tranquille, a jugé prudent de s'éclipser.
Début de la Rencontre Intercontinentale pour l'humanité et contre le néolibéralisme (voir supplément). Selon le sénateur du PRD Felix Salgado, il y aurait dans le Guererro des groupes invitant la population à rejoindre la lutte armée, au motif que le gouvernement ne respecte pas la "voie légale" (les élections et la lutte pacifique). Le sénateur insiste sur la nécessité de ce que les prochaines élections (qui doivent se tenir le 6 octobre) soient "propres".
Mobilisation des employés des hôpitaux de México contre la faiblesse des salaires, le manque de moyens et la fraude en faveur du syndicat officiel, lors des élections syndicales. Ils ont occupé les bureaux du syndicat, et deux dirigeants d'un syndicat indépendant ont entamé une grève de la faim, tandis qu'une infirmière se faisait une "saignée de protestation".
A l'issue d'une réunion sur la sécurité nationale, les Ministères de la Défense, de la Marine, de l'Intérieur et l'Office du Procureur ont affirmé que la situation dans la Huasteca (zone de grande pauvreté située dans les états de Veracruz, San Luis Potosi, Tamaulipas et de Hidalgo) et le Guererro était "normale".
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