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Jacques Lecomte, représentant de l'Union Européenne au
Mexique, fait savoir que l'UE ne donnera finalement pas le budget prévu
à l'Académie mexicaine des droits humains (AMDH, indépendante)
pour son programme d'observation électorale. Le gouvernement mexicain
avait manifesté son opposition à l'envoi de cet argent (
cf. Ya Basta! n°15 , 27 mars 97, n° 17, 24 avril, et n°18,
30 avril).
Entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la sécurité
sociale, loi qui prévoit notamment la privatisation de la gestion
des fonds de retraite des travailleurs.
Communiqué zapatiste du 1er juillet (extraits)
(Ce texte est divisé en quatre sections. Il exprime la position des zapatistes sur les élections)
(...)
I) Le bruit du silence.
(...)
Ces derniers jours, nous (mais pas seulement nous), nous sommes tus. Pour regarder en nous-mêmes, pour nous réensemencer, pour nous rendre plus forts, pour que le coeur et la parole se trouvent de nouveaux lieux ; c'est pour cela que notre silence a résonné.
Certains, la majorité de ceux qui portent le coeur et l'espérance du côté gauche de la poitrine, ont compris et comprennent qu'il y a un temps pour le bruit et un pour le silence, ont compris que, surtout quand il vient d'en bas, le silence peut faire beaucoup de bruit...
D'autres demandèrent qu'on parle. Se taire maintenant - disaient-ils - serait céder un espace conquis, ou conforter davantage le bilan optimiste que fait le puissant de notre défaite.
Quelques autres encore nous demandèrent de nous taire, nous demandèrent d'être "humbles", nous demandèrent de ne pas "gêner", nous demandèrent de comprendre que ce n'était pas l'heure des indiens de l'EZLN, mais celle des partis politiques. Il demandèrent de l'humilité aux humbles, et le silence aux silencieux de toujours.
Les militaires entendirent notre silence comme l'impossible réussite de l'isolement politique que prétend refermer sur nous son attirail de guerre. Le pouvoir suprême a cru (et a rêvé) à des divisions et des purges terribles au sein du mouvement zapatiste. C'est pourquoi les gouvernements fédéral et local ont profité de ce silence pour augmenter la pression militaire et l'encerclement des communautés rebelles. Ils ont essayé de nous provoquer, pour pouvoir lâcher leurs forces contre nous, et résoudre ainsi la crise que leur campagne électorale commençait à laisser entrevoir. Nous, nous avons résisté, et nous avons continué en silence à tisser l'avenir que nous méritons. Leurs fanfaronnades et leur arrogance heurtèrent plus d'une fois la dignité. Aujourd'hui, eux sont plus faibles, et nous, un peu plus forts. Voilà ce qu'a été notre silence.
(...)
Maintenant que la campagne électorale est close, maintenant que le ciel et la terre parlent dans les montagnes, nous, les zapatistes, prenons la parole...
II) La proposition politique zapatiste.
En période électorale comme hors période électorale, notre position politique est et a été claire. Elle n'est pas liée aux partis, mais elle n'est pas non plus contre les partis. Elle n'est pas impliquée dans les élections, mais elle n'est pas non plus contre les élections. Elle est contre le système de parti d'État, contre le présidentialisme, elle est pour la démocratie, la liberté, la justice, elle est de gauche, elle est incluante, elle est anti-néolibérale.
Nombreuses sont les critiques que nous avons reçues pour vouloir faire une "autre" politique, nombreuses aussi ont été les tentatives de "normaliser" politiquement des manifestations citoyennes indépendantes des partis.
(...)
Mais l'"autre" politique ne cherche pas à occuper l'espace de la politique de parti, elle naît au contraire de la crise de celle-ci et cherche à occuper l'espace qui n'est pas couvert par le travail des partis.
(...)
La politique aujourd'hui est une question qui concerne tout le monde, la démocratiser ne signifie pas augmenter le nombre des élites, ni les remplacer par d'autres, mais au contraire libérer la politique de l'enfermement dans lequel la maintiennent les politiciens, et la "porter jusqu'en bas", jusqu'à ceux qui doivent commander, et en qui réside la souveraineté : les citoyens. Le "commander en obéissant" zapatiste implique ce retournement sur elle-même de la politique, et c'est un processus, pas un décret. C'est, pour parler avec la "modestie" zapatiste, une révolution qui rendrait possible la révolution.
Le temps des partis (synonyme du temps des élections) ne devrait pas être conjoncturel, mais constant. Si les partis politiques l'étaient à temps complet, s'ils étaient impliqués dans les questions sociales et respectueux des spécificités indiennes, les organisations armées ne seraient pas nécessaires, ni les guerres, ni les rebellions indiennes, ni les silences. Mais s'il n'en est pas ainsi, si les partis politiques ne peuvent pas l'être à temps complet, mais seulement au moment des élections, alors ils doivent reconnaître qu'il existe d'autres façons de faire de la politique, et ils doivent leur laisser une place.
(...)
III) Un Mexique nouveau, et ses nouvelles réalités.
(Dans ce paragraphe, les zapatistes commentent la situation actuelle : la lutte des groupes indiens et de la société civile, la militarisation, le régime de parti d'État, les intellectuels...).
IV) Dans la conjoncture électorale actuelle.
Sur ce qu'a été le processus électoral, jusqu'à la veille de son aboutissement le 6 juillet, il n'y a pas grand-chose à dire qui ne soit évident pour le citoyen informé. Depuis le début de la campagne on a essayé de reléguer au second plan, de réduire au silence ou d'escamoter tout autre acteur que les partis politiques et les organismes électoraux. La campagne électorale (à quelques exceptions près) à été monopolisée par des thèmes d'"actualité", et non par les problèmes sociaux. La confiscation de la politique par la classe politique a été flagrante, et la confrontation avec la société s'est faite quasi exclusivement par le biais des médias (de nouveau, à quelques exceptions près) ; et le silence sur le non-respect gouvernemental des accords de San Andrés métrite une mention spéciale.
Sur les partis politiques et leurs campagnes, nous ne dirons pas grand-chose : il est à prévoir que la proposition PRDiste de "limer les arêtes les plus aiguës du néolibéralisme" se heurtera à un hérisson dont l'étreinte blesse et tue. Seule une alternative totale, neuve, permettra à la Nation mexicaine de survivre.
C'est pourquoi aujourd'hui nous disons...
1) Le présidentialisme est l'un des composants du système de parti d'État, mais pas le seul. Un pouvoir législatif populaire, autonome, indépendant et critique serait un coup puissant à l'arbitraire et à l'autoritarisme du système présidentiel au Mexique, mais seulement un pas (un grand pas, certes) vers la liquidation du système de parti d'État et la démocratisation du Mexique.
2) La démocratie n'est pas seulement électorale, mais elle est aussi électorale. Le jeu électoral ne se limite pas à la confrontation des candidats et/ou des propositions politiques dans les urnes. Il est aussi lié à la viabilité de cette voie, aux conditions équitables qu'elle exige, et à la relation des fonctionnaires élus avec les électeurs (qui se retrouvent superflus une fois accomplie la passation de pouvoir).
3) La démocratie n'est pas l'alternative du Pouvoir. Si le système politique continue d'exclure les citoyens, si la pratique politique est toujours confisquée, si on arrive seulement à "élargir" ou "alterner" la tête de l'autoritarisme (hier unipartidaire, demain bi ou tri partidaire), alors la démocratie restera hors d'atteinte des citoyens, et d'autres formes de luttes non-partidaires, dont la lutte armée, continueront d'être non seulement une possibilité, mais une réalité dans chaque montagne ou chaque rue mexicaine.
4) Si à certains endroits le vote représente une possibilité de rébellion, et un coup porté au système politique mexicain, le citoyen doit exercer dans les urnes son droit de dire "ça suffit !" à la politique qui nous conduit à la guerre et à la désintégration nationale.
5) Si dans d'autres endroits, le vote est seulement la légitimation de l'autoritarisme, en plus de la banalisation de l'emprisonnement de communautés entières, alors le citoyen peut s'abstenir et exiger à la place de nouvelles et de meilleures conditions politiques et sociales, non seulement pour voter mais aussi pour vivre, non seulement pour sa citoyenneté d'un jour, mais pour sa citoyenneté à temps complet.
6) Dans le sud et le sud-est mexicain, (particulièrement dans les états de Hidalgo, Guerrero, Oaxaca, et Chiapas), le Mexique indien et rural vit sous un véritable état de siège, et les spécificités des indiens en termes de gouvernement et de culture sont ignorées par le système politique actuel et ses partis. La militarisation dans les zones indiennes rend impossible toute vie normale, on ne peut pas semer, circuler, se réunir, vendre ses produits, faire la lessive. Aujourd'hui le système politique mexicain essaye de simuler un retour à la normalité dans ces zones, mais c'est seulement pour quelques heures, pour permettre le vote. Après, tout redeviendra comme avant. C'est pourquoi des communautés indiennes, zapatistes et non-zapatistes, du sud et du sud-est mexicain, ont décidé de ne pas participer à ce processus électoral pour trois raisons fondamentales :
Premièrement : pour protester contre la militarisation et l'état de guerre civile encouragés par les gouvernements fédéral et locaux.
Deuxièmement : pour protester contre le non-respect des accords de San Andrés signés par le gouvernement fédéral, et qui reconnaissent les droits démocratiques des peuples indiens.
Troisièmement : pour se rappeler à l'attention des partis politiques qui ont ignoré la réalité politique et sociale particulière des indiens mexicains, et qui ne s'intéressent à eux qu'au moment de voter, et / ou qui prétendent suppléer, avec des promesses et des arrangements, à leur manque de propositions sérieuses et de travail politique au sein du mouvement indien national.
Qui pourrait reprocher cette décision aux communautés indiennes, et comment le pourrait-on ? Comment exiger d'eux qu'ils votent, alors qu'ils ne vivent même pas dans des conditions normales ? Peut-on leur demander de simuler pour un jour une normalité citoyenne et de retourner ensuite à la terreur quotidienne pour le reste de l'année ?
7) L'EZLN soutient la décision de ces communautés indiennes, dont beaucoup sont en résistance, comme elle soutient la décision des citoyens qui peuvent exercer en toute liberté leur droit de vote.
Telle est notre position sur la conjoncture électorale. C'est tout... pour l'instant.
Allez. Faites attention à vous, et gardez courage, même si la route est longue, l'avenir est plus proche aujourd'hui qu'hier...
(...)
Publication d'un long communiqué, daté du 1er juillet
et signé par le sous-commandant Marcos, dans lequel l'EZLN fait
connaître sa position par rapport aux élections du 6 juillet
(voir encadré).
Selon une enquête d'Alianza Cívica (ONG indépendante
spécialisée dans les observations électorales), dans
la campagne électorale, les médias de province ont favorisé
le PRI (le parti au pouvoir). Ainsi, les journaux télévisés
des états de Nayarit, Nuevo León, Sonora et Yucatán
ont accordé 46 % du temps consacré aux élections à
la campagne du PRI, le PRD et le PAN n'ayant obtenu respectivement que
12 % et 10 %. Pour ce qui est des radios, dans les états de Tlaxcala,
Quintana Roo et Chiapas, les informations ont accordé en moyenne
37 % du temps au PRI contre 22,4 % au PRD et 19 % au PAN.
Juan Guerra, député PRD et membre de la COCOPA, a déclaré que celle-ci n'interviendrait pas sur la question des élections au Chiapas, à cause de divergences au sein de la commission. Selon lui, pour permettre le bon déroulement des élections au Chiapas, le gouvernement aurait dû garantir la liberté de circulation, changer l'emplacement des 21 bureaux de vote installés dans des zones à risque, et parvenir à un accord avec les zapatistes pour assurer leur sécurité. Il estime qu'au contraire, les autorités ont eu "une attitude de contre-insurrection, et ont même de violé les droits constitutionnels des personnes qui ne pourront pas voter".
Lors d'une assemblée, des indiens tzotziles de Nicolás
Ruíz (Chiapas) ont décidé de ne pas participer aux
élections du 6 juillet, et d'empêcher l'installation des bureaux
de vote. Ils expliquent que "si empêcher l'installation des
bureaux de vote est un délit (...), les installer et ne pas voter
peut permettre des fraudes, et nous ne voulons pas être complices
de ce délit-là". La municipalité de Nicolás
Ruíz fait partie de celles déclarées en rebelles par
les zapatistes en 1994.
Des militants de l'Organisation Paysanne Emiliano Zapata (indépendante)
ont bloqué la route qui va de Tuxtla Gutiérrez à Comitán
(Chiapas), ainsi que la route côtière près de Tapachula.
D'autres ont manifesté à Comitán, et occupé
les locaux de la CFE (l'EDF mexicain) à Tapachula. Ceci pour faire
savoir qu'ils ne participeront pas aux élections pour les raisons
expliquées dans le dernier communiqué zapatiste (cf. 3 juillet
et encadré).
Les organisations sociales et politiques de la Coalition d'Organisations
Autonomes d'Ocosingo (indépendante, et semble-t-il proche du PRD,
elle est considérée comme la deuxième force indienne
de la zone de conflit, après les zapatistes) ont annoncé
qu'elles participeraient aux élections, parce que celles-ci "font
partie d'un processus stratégique national" par lequel la société
construit ses espaces de participation citoyenne.
Un avion de reconnaissance TE-33 de l'armée mexicaine s'est écrasé
près de Tuxtla Gutiérrez (capitale du Chiapas). Officiellement,
il participait à une opération de lutte contre le trafic
de drogue.
Selon un rapport du Mouvement pour la Démocratie Citoyenne (que
nous ne connaissons pas, mais qui est, semble-t-il, plus ou moins indépendant),
il existe "des éléments" qui mettent en cause "la
fiabilité, la transparence et la crédibilité des élections
à venir", comme "l'achat et de voix et les pressions exercées
sur les électeurs (...) dans plusieurs états du pays, et
les obstacles opposés par le gouvernement au financement des activités
d'observation électorale".
Aujourd'hui se déroulent les élections législatives
dans tout le Mexique. 6 états, ainsi que la ville de Mexico, élisent
aussi leur gouverneur. Un peu plus de 52 millions de mexicains sont appelés
aux urnes (voir encadré).
En réponse à un faux communiqué de presse mis en circulation
la veille par le gouvernement du Chiapas pour confondre l'opinion publique
et discréditer l'EZLN, communiqué selon lequel les indiens
de San Andrés avaient "décidé de participer aux
élections (...) ce constitue un net défi à la décision
unilatérale du sous-commandant Marcos" (Cf. la position zapatiste
exprimée dans le communiqué daté du 1er juillet),
2.000 indiens zapatistes ont participé à un meeting à
San Andrés Larráinzar pour démonter leur non-participation
aux élections. Les indiens en ont profité pour protester
contre l'attitude des partis politiques, qui "ne s'intéressent
aux peuples indiens que lorsqu'ils ont besoin de voix". Ils ont annoncé
aussi le blocage des communautés de la municipalité habitées
par des sympathisants zapatistes, afin d'empêcher l'installation
des bureaux de vote et d'empêcher aussi les militants du PRI de voter
; ils préviennent que ces communautés seront surveillées
par l'EZLN.
Selon le candidat PRD au poste de député de Palenque (Chiapas),
60 % des bureaux de vote des municipalités de Tila, Sabanilla et
Tumbalá se trouvent dans des communautés où la présence
du groupe paramilitaire Paix et Justice est importante. Ce qui empêchera
les personnes déplacées à cause des conflits de voter.
D'autre part, Paix et Justice a commencé à bloquer les communautés
qu'ils contrôlent pour empêcher le déroulement des élections
: ils protestent contre les autorités centrales du PRI qui leur
ont imposé un candidat dont ils ne veulent pas.
Alianza Cívica dénonce les préparatifs de fraude électorale
dans certains états : ainsi, dans le Tabasco et le Coahuila, les
militants du PRI organisent des transports gratuits pour se rendre aux
urnes, et, si les sondages du jour indiquent que les résultats leur
sont défavorables, ils se préparent à mettre en oeuvre
un plan visant à faire voter massivement les gens en leur faveur,
en leur promettant des cadeaux ; à Tlapa (Guerrero), le maire aurait
promis que tout le monde allait voter pour le PRI si un équipement
de sonorisation était offert à la communauté ; etc.
Toujours selon Alianza Cívica, dans au moins 10 états et
à Mexico, on peut prouver que des fonds publics ont étés
utilisés par le parti au pouvoir pour financer sa campagne.
Un juge a décidé de libérer Reyna Avelino, 22 ans
et dirigeante de l'OCSS (Organisation Paysanne des Montagnes du Sud). Elle
était accusée de vagues délits commis dans le cadre
des manifestations paysannes en 1995 et 1996, mais en fait, on peut considérer
qu'elle faisait partie des prisonnier(e)s politiques incarcéré(e)s
suite à l'apparition de la guérilla de l'EPR.
Résultat des élections législatives dans la région du conflit zapatiste : plus de 600 bureaux de vote n'ont pas pu être installés, et 97 ont été brûlés. Les autorités électorales reportent que des individus armés et cagoulés ont volé et brûlé des urnes dans plusieurs municipalités ; selon les premières estimations, seulement 62 % des bureaux de vote ont pu être installés dans la municipalité de San Cristóbal, 50 % à Palenque et 24 % à Ocosingo. Le PRD dénonce la présence massive de militaires en civil à Ocosingo et Altamirano, qui ont tenu les places publiques et intimidé les gens. A Tila et Sabanilla, des membres de Paix et Justice ont empêché l'installation de plusieurs bureaux de vote. On parle d'annuler le scrutin et d'organiser des élections extraordinaires dans certaines zones.
Selon des chiffres non-officiels, l'abstention dans la zone du conflit
zapatiste (municipalités d'Ocosingo, Las Margaritas, Altamirano,
San Juan Cancuc et Oxchuc) a été d'environ 80 % (la moyenne
nationale étant de 40 %). Le PRD demande l'annulation des élections
dans ces endroits, à cause du grand nombre de bureaux de vote qui
n'ont pas pu être installés.
En représailles au sabotage des bureaux de vote, une centaine d'indiens
proches du PRI ont attaqué la mairie de San Andrés Larráinzar
(occupée depuis plusieurs mois par des autorités autonomes
proches du PRD et des zapatistes). Ils s'en sont pris aussi au local de
la Société Coopérative Artisanale de Femmes pour la
Dignité.
Actions urgentes à l'appel du Groupe de Travail sur la Justice et les Droits Humains du Congrès National Indigène
Mexique, 3 juillet 1997
Depuis le 27 juin dernier, le professeur José PACHECO PINEDA, dirigeant nahua de l'Organisation Paysanne Indépendante des Communautés Indigènes (OCICI) a disparu. Les faits se sont produits vers 15 heures ce jour-là, quand quatre hommes en civil et armés ont fait monter de force le professeur José Pacheco dans un véhicule "Combi" de couleur crème, aux portes de l'Institut primaire et secondaire du Guerrero, dans la ville de Chipala.
Comme pour d'autres dirigeants sociaux du Guerrero, on a essayé de lier José Pacheco à l'EPR (Armée Populaire Révolutionnaire). Jusqu'à présent, la Procuraduria de Justicia* de l'état du Guerrero a nié tenir en son pouvoir le disparu. Selon certaines sources, le professeur Pacheco serait détenu par des éléments de la Procuraduria General de la Republica**, mais cette information n'a pu être vérifiée pour l'instant.
Devant la gravité de ces faits, le Congrès National Indigène a lancé une campagne pour sauver la vie de José Pacheco Pineda, et, le 2 juillet dernier, a demandé à Amnesty International (bureaux de Londres), de s'occuper de ce cas. Une Action Urgente Internationale a aussitôt été lancée pour obtenir de retrouver José Pacheco vivant.
Nous lançons un appel urgent à toutes les organisations de droits humains, organisations indiennes et sociales, pour qu'ils interviennent d'urgence pour sauver la vie de José Pacheco Pineda, en envoyant des télégrammes et des fax à :
Lic. Angel Aguirre Rivero Gobernador del estado de Guerrero Palacio de gobierno Chilpancingo, GRO Tel. / fax : (747) 118 81 ou (747) 118 75
et à :
Lic. Jorge Madrazo Cuellar Procurador General de la Republica Mexico DF Tel. / Fax : (5) 626 44 19
Campagne pour la liberté de Juan et Marcos ZAMORA
Le 3 mai 1997, Juan et Marcos Zamora Gonzalez ont été arrêtés par des éléments de la police judiciaire et préventive des états de Oaxaca et Veracruz, qui étaient en possession d'ordre judiciaire d'arrestation. Détenus et mis au secret pendant 72 heures, ils ont étés accusés de nombreux délits, et se trouvent aujourd'hui dans la prison de Allende, à Veracruz. Juan Zamora Gonzalez est un indien chinanteco originaire de Ojitlán (Oaxaca), qui dirige le Conseil Indien de Uxpanapa (CIUX), organisation qui regroupe des milliers d'indiens chinantecos déplacés en 1974 pour la construction des barrages Miguel Alemán et Miguel de la Madrid. Le CIUX a lutté pour le respect des engagements pris par le gouvernement fédéral et les gouvernements des états de Oaxaca et Veracruz avec les milliers d'indiens déplacés pour la construction de ces barrages. Après une longue lutte, il a récemment obtenu que soit décrété la constitution de la Municipalité Libre de Uxpanapa, Veracruz, et c'est dans le cadre de cette lutte qu'ont été arrêtés Juan et Marcos Zamora. Juan Zamora a participé à la première session du Forum National Indigène, et au Congrès National Indigène d'octobre 1996, et pour cela a été étiqueté comme "zapatiste" par les caciques et les politiques locaux. Actuellement, les frères Zamora se retrouvent sous le coup de deux procédures pénales : la procédure n° 43/997 de la sixième Cour du district, dont le siège se trouve à Salina Cruz (Oaxaca), pour les délits de sabotage, privation de liberté, dégradation de moyens de communication (entre autres), délits pour lesquels ils peuvent être condamnés à une peine allant jusqu'à 20 ans de prison, et la procédure n° 128/997 suivie par la 1ère Cour du Tribunal de 1ère instance de Cosamaloapan (Veracruz), accusés de privation illégale de liberté, tentative d'homicide et autres délits. La détention de Juan Zamora et de son frère Marcos, arrêté pour la simple raison qu'il se trouvait avec lui le jour ou Juan a été interpellé, est une détention politique liée à ses activités de défense des intérêts des milliers de Chinantecos dépossédés par l'ethnocide que représente l'inondation du territoire chinantèque par le Gouvernement Fédéral. Juan Zamora souffre de diabète, et à ce jour ne reçoit pas de soins médicaux. C'est pourquoi le Congrès National Indigène lance un appel urgent aux organisations indiennes non-gouvernementales et de droits humains du Mexique et du monde, pour que nous exigions la libération immédiate de Juan Zamora Gonzalez et de son frère Marcos.
Écrivez, envoyez des télégrammes et des fax à :
Président Zedillo Président de la République Palais National CP 06065, Mexico DF. Fax : (5) 515 57 29 ou (5) 516 57 62
et à :
Lic. Emilio Chuayfett Secrétaire du Gouvernement Bucareli 99. Col Juárez Mexico DF Fax : (5) 546 53 50
Envoyez copie à :
UCIZONI Fax : (972)216 46 Matias Romero, Oaxaca
et :
CNI Fax : (5) 594 75 16
* Traduction approximative : "Secrétariat de la Police Judiciaire",
au niveau de l'état.
** Traduction approximative : "Secrétariat Général
de Police Judiciaire" (PGR), au niveau fédéral.
Des observateurs étrangers qui ont suivi les élections
en même temps que Alianza Cívica estiment que malgré
des irrégularités (surtout dans les zones rurales), les élections
se sont plutôt mieux passées que d'habitude. Cependant, ils
ajoutent que des pratiques d'"achat de voix et l'exercice de pressions
sur les électeurs" existent toujours, et que certaines régions,
comme le Chiapas et le Guerrero, étaient pratiquement "en état
de siège (...) ce qui n'a pas permis aux gens de voter librement".
Le PRD et le PAN ont conclut un accord visant à "défendre
la victoire de l'opposition" dans au moins la moitié des districts
électoraux du Chiapas, et à demander l'annulation des élections
dans la municipalité d'Ocosingo. Les deux partis font part de nombreuses
irrégularités à Chiapas de Corzo, Palenque, Pichucalco
et San Cristóbal.
Le PRD a gagné dans les deux principales villes du Chiapas : la
capitale Tuxtla Gutiérrez et Tapachula. q Nouvel affrontement lié
à des problèmes de terres au Chiapas. Des paysans de l'Union
Paysanne Populaire Francisco Villa (proche, selon les autorités,
de l'EPR) ont essayé d'occuper la propriété Liquidámbar
(située près de Nueva Palestina), mais ont été
repoussés à coup de feu par des employés (vraisemblablement
des gardes blanches), qui ont très vite reçu le renfort de
600 policiers venus en hélicoptères et en camion, et de soldats.
L'affrontement s'est poursuivi pendant 12 heures, et on ne connaît
pas le bilan. En août 94, peu après l'insurrection zapatiste,
les paysans du coin avaient déjà occupée cette propriété.
En décembre 94, un accord passé avec les autorités
et prévoyant de donner une partie de la terre aux paysans, avait
mis fin à l'occupation. Mais les autorités n'ont pas tenu
parole, et n'ont attribué de la terre qu'aux indiens proches du
PRI.
Le Congrès national indigène (CNI) dénonce l'arrestation
illégale des frères Valdemar, Sigfrido et Jacinto Escobedo
à San Francisco de la Paz (Oaxaca). Les frères Escobedo sont
des dirigeants indiens de la communauté qui ont mené la lutte
pour la terre ; un de leurs frères est porté disparu depuis
1993 (vraisemblablement kidnappé) et un autre encore est en prison
au Chiapas, pour une histoire de conflits agraires.
Lors de la signature d'un accord de coopération technique entre
l'EDF français et la CFE (son homologue mexicain), le directeur
de cette dernière a annoncé la construction prochaine d'une
centrale électrique au Chiapas, qui exportera une partie de sa production
vers l'Amérique Centrale.
Un juge fédéral a ordonné au recteur de l'UNAM (la
principale université du Mexique) de suspendre la sanction infligée
à un étudiant, Inti Muñoz, qui le 10 juin dernier
avait organisé, sans la permission des autorités universitaires,
un concert de rock en solidarité avec les communautés indiennes
du Chiapas.
Raúl Salinas de Gortari, frère de l'ancien président
Carlos Salinas, a été mis en examen pour blanchiment d'argent
issu du trafic de drogue. Il est en prison depuis plus d'un an, accusé
d'être le commanditaire du meurtre de Francisco Ruíz Massieu
en septembre 1994, secrétaire du PRI à l'époque.
Diverses organisations sociales, organisations de producteurs et de
dirigeants de petites et moyennes entreprises ont annoncé leur intention
de demander à la nouvelle Assemblée Nationale une renégociation
de l'ALENA (Accord de Libre Échange signé avec les États-Unis
et le Canada). Ils expliquent que l'ouverture économique prévue
par l'accord a porté préjudice aux producteurs mexicains.
Dans une lettre à Amnesty International et des déclarations
faites à La Jornada, le général Jesús Gutiérrez
Rebollo, ancien responsable de la lutte contre le trafic de drogue au Mexique,
(arrêté spectaculairement en février dernier, cf. Ya
Basta n°12, 19 février), dénonce le non-respect de ses
droits humains : il dit avoir été arrêté illégalement,
et avoir été victime d'une tentative d'assassinat. Il ajoute
que 129 de ses proches collaborateurs ont été torturés,
pour les obliger à témoigner contre lui, ont disparu ou ont
été assassinés ; il dénonce aussi le harcèlement
à l'encontre de sa famille. Tout ceci parce que, toujours selon
lui, il aurait découvert que de très hauts fonctionnaires
(dont des proches des présidents Zedillo et Salinas) étaient
liés aux narcotraficants.
A Acapulco (Guerrero), 37 personnes ont été condamnées
dans le cadre du procès du massacre d'Aguas Blancas. L'ex-directeur
de la police et un haut-fonctionnaire ont été condamnés
à 28 ans de prison ferme, et 28 ex-policiers ont pris 24 ans de
prison ferme. Les ex-policiers se disent indignés ; selon eux, "tout
est manipulé par le gouvernement", et c'est pour cela qu'on
ne leur a pas laissé le choix de leurs avocats. Ils estiment que
les avocats que le gouvernement leur a assignés "sont contrôlés
d'en haut", et ils menacent de "parler" si leurs condamnations
ne sont pas révisées [NdC : sortons les mouchoirs... On en
oublierait presque que, après leur avoir tendu une embuscade, ils
ont tué de sang froid 17 paysans qui se rendaient à une manif...].
Les dirigeants de l'OCSS (Organisation Paysanne des Montagnes du Sud, l'organisation
visée par la répression d'Aguas Blancas) quant à eux,
ont déclaré depuis leur prison que, même si ces condamnations
"sont une bonne chose parce que le peuple se rend compte que les policiers
ne sont pas intouchables", ce sont seulement des fonctionnaires de
deuxième rang qui ont été condamnés, et non
les commanditaires, au premier rang desquels Rubén Figueroa, gouverneur
du Guerrero à l'époque. De plus, ils rappellent que tous
les dirigeants de l'OCSS qui ont protesté après le massacre
sont actuellement en prison. (Sur le massacre d'Aguas Blancas, cf. Ya Basta
! ancienne formule n°17, 29 juin 95, n° 49, 26, 28 et 29 février
96, n° 62, 1er juin, n°65 (article), et nouvelle formule n°9,
28 janvier et 2 février 97, n°22, 20 mai, et n° 26, 28 et
29 juin 97).
Dans une interview à l'hebdomadaire Proceso, le général
Miguel Angel Godínez, commandant de l'armée fédérale
au Chiapas lors du soulèvement zapatiste, avoue qu'ils connaissaient
l'existence de l'EZLN au moins depuis mai 1993, où "il n'y
avait plus de 400 hommes armés dans la forêt". Il ajoute
: "nous avions parfaitement localisé le groupe rebelle, et
nous aurions pu l'anéantir en trois mois (...) [mais] en janvier
1994, lorsque monsieur Marcos est apparu, c'était déjà
autre chose". Il a aussi déclaré qu'à l'époque
ils suivaient "pas à pas les mouvements" des zapatistes,
et en informaient chaque jour le ministre de la Défense et le président
Salinas. Mais ils avaient l'ordre de ne pas intervenir militairement (sans
doute pour ne pas gêner la négociation de l'Accord de Libre
Échange avec les États-Unis et le Canada).
Alfonso Ramírez Cuéllar, représentant de El Barzón
- Mexico, et élu député sous l'étiquette PRD
le 6 juillet dernier, a annoncé que, étant donnés
les résultats des élections, son organisation allait revoir
ses méthodes de lutte, et qu'en particulier, ils ne feraient plus
de manifestations à México, où Cuauhtémoc Cárdenas,
leader de la gauche, a été élu gouverneur. Il a ajouté
qu'ils ne voulaient pas que les gens soient soumis au gouvernement de Cárdenas,
mais qu'ils aillaient le soutenir pour qu'il réussisse [ah !...
l'art de la nuance, NdC]. El Barzón est une organisation qui rassemble
des personnes endettées qui ne peuvent pas rembourser à causes
des intérêts élevés que pratiquent les banques.
Selon le magazine américain Forbes, le mexicain Carlos Slim occupe
la cinquième place parmi les personnes les plus riches du monde
(sa fortune est estimée à 6,6 milliards de dollars). Pendant
le sexenat de Carlos Salinas, il a bénéficié de la
privatisation de Teléfonos de México, qui est aujourd'hui
l'une de ses entreprises le plus importantes ; mais les mauvaises langues
disent que derrière lui se cache le vrai propriétaire, Salinas
lui-même... Toujours selon Forbes, Slim possède la plus grande
collection privée de sculptures de Rodin. L'homme le plus riche
du monde étant Bill Gates, président de Microsoft, dont la
fortune est estimée à 36,4 milliards de dollars.
11ème voyage de la Caravane mexicaine "Para todos todo" ("Tout pour tous"), qui livre cette fois-ci 20 tonnes de nourriture, médicaments, matériel scolaire et ménager pour les communautés zapatistes du Chiapas. Une cinquantaine de personnes, pour la plupart étudiants, sont du voyage. Ils animeront des ateliers médicaux, ateliers de couture, de culture potagère, d'astronomie, de boulangerie, d'électronique et d'activités artistiques.
10 des ex-policiers condamnés pour le massacre d'Aguas Blancas
déclarent avoir accepté d'aller en prison parce qu'on leur
avait promis de l'argent, des maisons et leur liberté après
quelques mois d'emprisonnement. Ils ajoutent qu'il s'agissait de protéger
le gouverneur de l'époque, Rubén Figueroa, ainsi que d'autres
hauts-fonctionnaires, commanditaires de la répression.
Résultats officiels des élections du 6 juillet. Le PRI (le
parti au pouvoir) perd la majorité à l'Assemblée nationale
: 239 députés, tandis que l'opposition en totalise 261 :
125 pour le PRD (le parti de gauche), 122 pour le PAN (droite), 8 pour
le PVEM (Parti vert écologiste mexicain), et 6 pour le PT (Parti
du travail). Au Sénat aussi, le PRI perd la majorité.
4ème manifestation de protestation contre la fraude électorale
au Campeche (cf. article dans ce n°). 30.000 participants selon les
organisateurs, 12 000 selon la police.
Selon la Conférence de l'Épiscopat Mexicain, le nouveau
responsable gouvernemental du dialogue avec les zapatistes, Pedro Joaquín
Coldwell, a déclaré que ceux-ci "n'ont pas répondu
à ses appels pour essayer de rétablir les négociations".
Ernesto Zedillo, président de la République, et Cuauhtémoc
Cárdenas, gouverneur élu de Mexico, sont parvenus à
un accord pour que Cárdenas nomme le chef de la police et le Procureur
de la capitale du pays (le statut de la ville donne au Président
le pouvoir de décision sur ces postes). Il participera aussi à
l'élaboration du budget de la mairie de la ville.
Selon Pedro Joaquín Coldwell, chef de la délégation gouvernementale qui devrait négocier avec les zapatistes si le dialogue n'était pas suspendu, "après les élections du 6 juillet, les conditions sont réunies pour que l'EZLN intègre la vie institutionnelle et participe à la lutte politique dans le cadre des nouvelles règles équitables et transparentes de la démocratie mexicaine..." [sic].
Selon des représentants des ejidos de Shuchupa, Chilintiel et
Emiliano Zapata, le groupe paramilitaire Paz y Justicia a fermé
les accès à plusieurs communautés de la municipalité
de Sabanilla (Chiapas), et saccagé des maisons et des écoles.
Selon le ministère mexicain du Commerce, l'Union Européenne
et le Mexique sont parvenus à un accord d'"association économique,
de concertation politique et de coopération", qui sera signé
le 23 juillet prochain, et qui doit être la première phase
d'un accord de libre-échange. Les négociations sur la libéralisation
commerciale commenceront en janvier 1998.
Les autorités françaises ont découvert et gelé
trois comptes bancaires, totalisant 107 millions de dollars, appartenant
à Raúl et Enrique Salinas de Gortari, frères de l'ancien
président mexicain. Les frères Salinas sont soupçonnés
de blanchiment d'argent du trafic de drogue, et Raúl Salinas est
actuellement en prison, accusé d'avoir commandité le meurtre
de l'ancien secrétaire du PRI. Il avait aussi 130 millions de dollars
sur des comptes au Mexique, en Suisse, en Angleterre et en Allemagne...
Sur les résultats des élections
Les résultats des élections du 6 juillet sont utilisés par les autorités mexicaines pour laver l'image du régime. La plupart des médias nationaux et étrangers, qui défendent habituellement les intérêts du gouvernement mexicain, parlent aujourd'hui des "premières élections vraiment démocratiques dans l'histoire mexicaine" et du passage du PRI, au pouvoir depuis 1929, "à l'opposition".
Fort d'avoir promu une réforme électorale présentée comme "définitive" et d'avoir reconnu la victoire du PRD aux élections pour le poste de Gouverneur de Mexico, le président Zedillo claironne que désormais le PRI a une "pleine légitimité" . Cependant, même s'il est vrai que la reconnaissance de la victoire de Cuauhtémoc Cárdenas dans la capitale du pays est un fait sans précédent (il s'agit du premier poste d'importance accordé à la gauche, jusqu'à aujourd'hui systématiquement écartée du pouvoir par la fraude électorale), la réalité est bien différente.
Peut-on parler de "démocratie" (ne serait-ce que dans le sens occidental du terme, dont on connaît les limites) au Mexique? Peut-on dire que les élections aient été "libres" et "propres" ? Ou encore, peut-on dire vraiment que "le PRI est passé dans l'opposition" ?
La réponse à ces questions est clairement négative, comme le démontrent plusieurs éléments :
Tout d'abord, comme l'ont souligné les zapatistes, comment les élections pourraient-elles être "libres" dans des zones rurales qui vivent pratiquement en état de siège ? C'est le cas au moins du Chiapas, du Guerrero, du Oaxaca et du Hidalgo (tous les quatre caractérisés par une forte présence de l'opposition de gauche radicale voire d'extrême-gauche). Comment peut-on dire d'un système qu'il est "démocratique", quand il encourage la formation de groupes paramilitaires chargés de réprimer les paysans contestataires ? Comment peut-on parler d' "ouverture" pour un régime qui bat des records en matière d'atteintes aux droits humains, d'incarcérations, de disparitions et d'assassinats d'opposants?
Si on analyse le déroulement même des élections, la situation n'est pas plus positive. Les médias qui relayent la propagande officielle nous répètent que pour la première fois l'organisation du scrutin a été confiée à des citoyens indépendants. Mais, s'il est vrai que pour cette fois l'organisation des élections n'a pas été le fait du ministère de l'Intérieur, il faut préciser que l'Institut Fédéral Électoral (IFE), soi-disant indépendant, était dirigé par des personnalités proches du pouvoir. Dans une enquête, La Jornada révèle que plus des trois quarts des membres de l'IFE avaient déjà participé à l'organisation des précédentes élections, et de la fraude qui les a caractérisées.
De nombreuses irrégularités ont été soulevées avant le 6 juillet (par exemple la partialité des médias qui ont favorisé, comme d'habitude, et surtout en province, le parti officiel) et le jour même des élections. Sur les 6 postes de gouverneur en jeu, le PAN, le parti de droite, en a remporté 2 (dans le Nuevo León et le Querétaro) ; pour les 4 autres, les partis d'opposition dénoncent la fraude électorale.
Dans le Campeche, les sympathisants du PRD entament un mouvement de "résistance civile". Tout le monde (le PRD, le PAN, des ONGs) évoque la fraude au détriment de la candidate du PRD, et des affrontements risquent d'éclater : les militants du parti de gauche ont mis à sac les bureaux du Conseil Municipal Électoral de Hecelchakán. Les autorités ont répliqué par une forte mobilisation policière.
A Sonora, la droite dénonce l'impression de 30.000 faux bulletins de vote (dans certains bureaux de vote, le taux de participation aux élections est de 150 % des inscrits !). Le PRD et le PAN dénoncent la "singularité" de ces élections, où ils ont remporté des municipalités qui regroupent 50 % (pour le PRD) et 40 % (pour le PAN) de la population de l'état, mais où le PRI s'attribue le poste de gouverneur.
A Colima l'opposition demande l'annulation des élections, au vu des graves irrégularités qui ont été signalées dans 32 % des bureaux de vote. Enfin, à San Luis Potosí on dénonce l'achat de votes opéré par le PRI dans les zones les plus marginalisées.
Un dernier chiffre fait douter : selon le PRI, ses candidats ont remporté 30 % des districts électoraux urbains et 78,8 % des districts ruraux. Or, on sait qu'il est plus facile de truquer les résultats à la campagne, loin des observateurs et des journalistes, que dans les villes...
L'avancée du PRD dans le pays est significative (dans ce qu'on a appelé la "démocratie sélective", le régime lui volait ses victoires les plus importantes, tandis qu'il récompensait le PAN de son soutien en lui reconnaissant plusieurs victoires). Aujourd'hui, selon les derniers chiffres officiels, le parti de gauche aurait remporté 69 sièges à l'Assemblée, contre 159 pour le PRI, 65 pour le PAN et 1 pour le PT (mais la composition finale de l'Assemblée sera légèrement différente, puisque d'autres sièges sont accordés selon la proportion de voix au niveau national, ce qui fera que le PRI n'aura qu'une majorité relative).
Théoriquement, ces résultats devraient envoyer le PRI dans l'opposition. Mais une situation similaire s'est déjà produite en 1988. Lors de ces élections fédérales, qui ont vu la plus grande fraude électorale de l'histoire du Mexique, le parti au pouvoir s'est retrouvé avec une majorité affaiblie. Mais cela n'a pas empêché Carlos Salinas de Gortari d'appliquer sa politique : tout au long du sexenat, le PAN, favorable à la droitisation du régime et conforté par les miettes de pouvoir qu'on lui lâchait, s'est avéré un précieux allié pour le PRI. Aujourd'hui, sauf si des fissures au sommet les séparaient, il est vraisemblable que le couple PRI-PAN continuera de mettre en oeuvre la politique néolibérale du président Zedillo.
Et comment parler d'opposition quand l'énorme machinerie du parti d'État tourne toujours ? La concentration de pouvoir entre les mains du président et le clientélisme garantissent toujours un pouvoir important aux caciques et à leurs lobbies (depuis le contrôle des syndicats et des médias, jusqu'à la mainmise sur les richesses du pays et même sur le trafic de drogue).
D'autre part, la grande nouveauté de ces élections est la reconnaissance de la victoire de Cuauhtémoc Cárdenas (PRD) à Mexico, qui l'a emporté très facilement (il a plus de voix que les candidats du PAN et du PRI réunis). La forte implantation du PRD dans la capitale du pays (il a gagné 38 des 40 sièges à l'Assemblée locale) a certainement fait comprendre au gouvernement qu'une nouvelle fraude comme celle qui a permis d'écarter Cárdenas du pouvoir en 1988 risquait de susciter un mouvement de contestation dans la ville où vit un cinquième de la population mexicaine.
Mais, connaissant le système, tout le monde s'interroge sur les éventuelles manoeuvres en préparation pour discréditer le premier gouverneur de la capitale du pays, et l'empêcher d'arriver en bonne place aux présidentielles de l'an 2000. L'expérience de maires d'opposition montre que le contrôle du budget fédéral est un important levier de pouvoir. Un autre exemple est la constitution à l'Institut Polytechnique d'un groupe de porros (pseudo-étudiants qui sèment la terreur dans les universités et s'en prennent aux contestataires) qui pourrait avoir pour objectif de causer des problèmes au nouveau gouvernement (mobilisations, violence, etc.).
Enfin, il faut préciser que l'avancée du PRD n'est pas seulement due aux militants et aux dirigeants de ce parti. Le PRD est une formation qui agglutine tout le spectre de la gauche mexicaine qui croit aux élections comme moyen de lutte, depuis des gens liés aux guérillas zapatiste et de l'EPR, des militants associatifs et des ex-communistes, jusqu'à d'anciens réformateurs du PRI et même des transfuges du PAN (d'ailleurs, cette complexité fait qu'une comparaison directe avec le P.S. français est superficielle et réductrice).
Mais si le régime est obligé de reconnaître au PRD quelques victoires, c'est aussi sous la menace d'importants troubles dans le pays, surtout avec l'exemple que sont les guérillas du Chiapas et du Guerrero. Dans les années 70 déjà, l'"ouverture" qui a permis le développement des partis politiques répondait à la lutte des guérillas de l'époque. Les combattants qui n'ont pas été éliminés ont pu bénéficier d'amnisties pour participer à la vie politique légale. Le gouvernement voudrait que les zapatistes, l'EPR et tous les radicaux acceptent de rentrer dans le jeu des institutions. Mais pour cela il lui faut être un peu plus crédible et donc lâcher du lest... Bref, comme disent les zapatistes (cf. communiqué du 1er juillet), la route est encore longue...
Francisco, 11 juillet 1997.
Dans la municipalité de Tonalá (Chiapas), une centaine de paysannes se sont présentées par erreur à la mairie locale (PANiste) pour réclamer l'argent qui leur avait été offert par le candidat PRIiste au poste de député fédéral du district, Juan Oscar Trinidad Palacios, pour qu'elles votent en sa faveur.
Les paysannes, originaires de la communauté "La Calzada", à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Tonalá, disent qu'elles ne voulaient pas voter pour le candidat du PRI à cause de la corruption qui règne dans ce parti, mais plutôt pour le Parti d'Action Nationale (PAN) ; mais que devant la proposition financière, elles ont décidé de "sacrifier" leur vote et de voter pour le représentant du PRI qui, contre toute attente, a gagné, alors même que les premiers décomptes le donnaient perdant.
Juan Vásquez Noriega, chef du Service des Fonds pour l'Aide au Développement Municipal de la municipalité raconte que, par ignorance, les paysannes se sont présentées le 17 juillet dernier au matin à l'Hôtel de Ville pour recevoir le prix de leur vote, sans se rendre compte que c'est le PAN, principal opposant à Trinidad Palacios, qui gouverne la mairie. (D'après un article du quotidien mexicain El Universal).
De source non-officielle, on apprend que la COCOPA ne devrait pas fonctionner
avant la mise en place de la nouvelle Assemblée Nationale, en septembre.
Plusieurs membres de la commission avaient l'intention de présenter
à nouveau à l'Assemblée le projet de loi reprenant
les accords de San Andrés (et refusé par le gouvernement
l'hiver dernier), mais apparemment les dirigeants de leurs partis (PRI,
PRD et PAN) ont décidé d'attendre la prise de fonction des
nouveaux députés issus des élections du 6 juillet.
La police a violemment délogé près de 800 paysans
de l'OCEZ (Organisation Paysanne Emiliano Zapata) qui occupaient depuis
1995 18 terrains (2.500 hectares au total) dans la municipalité
de Venustiano Carranza.
Dans un communiqué, l'Armée Populaire Révolutionnaire
(EPR) déclare que même si les élections du 6 juillet
"n'ont pas été complètement propres, ni dans
le Guerrero, ni au niveau national", les forces démocratiques
gagné du terrain. Le texte ajoute que "le gouvernement n'est
pas prêt à abandonner les méthodes antidémocratiques
par lesquelles il se maintient au pouvoir ; il continue d'avoir recours
aux mêmes manoeuvres, [...] qui cette fois-ci lui ont donné
[de bons] résultats dans les états de la république".
Il dit aussi que "la lutte électorale et la défense
armée du peuple ne s'excluent en aucune façon, mais au contraire
se complètent, parce que toutes les deux expriment une nécessité
et un espoir ; exclure l'une de ces formes de lutte affaiblirait l'effort
conjoint, et renforcerait ceux qui ont intérêt à ce
que les choses ne changent pas, et que la transformation du pays n'aille
pas plus loin". Pour l'EPR, "la démocratie dans notre
pays exige comme mesure la plus élémentaire et prioritaire
le plein respect des droits humains, ainsi que la présentation immédiate
des disparus [politiques]". En particulier, le groupe guérillero
exige de revoir en vie Gilberto Romero, Gregorio Alvarado (instituteur),
Miguel Castro, et deux de ses combattants.
13 ONGs de défense des droits humains dénoncent la détention
illégale dans une prison clandestine de Bertín Matías
Sixto et Marcos Ignacio Felipe, instituteurs dans le Guerrero. En juin
dernier, ils ont été enlevés pendant 48 heures et
torturés, apparemment par des militaires, qui les ont interrogés
sur l'EPR. Ils ont été torturés à l'électricité,
aspergés d'essence, menacés de mort, et ont subi des simulacres
d'exécution. Deux autres personnes ont subi le même sort,
mais n'ont pas porté plainte.
Jacques Lecomte, ambassadeur de l'Union Européenne (UE) au Mexique,
a déclaré que le résultat des élections du
6 juillet et "le respect de la détermination citoyenne en faveur
de la démocratie" ont pesé en faveur de la signature
de l'Accord d'Association Économique, de Concertation Politique
et de Coopération entre le Mexique et l'UE (cf. Ya Basta précédent).
Le Parti de la Révolution Démocratique (PRD, opposition de
gauche) a édité 2 millions et demi de livres scolaires, pour
les distribuer gratuitement aux élèves des collèges
des municipalités gouvernées par des maires issus de ses
rangs. Pour financer ces livres, le PRD a utilisé une partie des
fonds qui lui ont étés octroyés en vertu de la loi
électorale. Cet argent devait servir à financer sa campagne
électorale, mais le PRD avait jugé la somme trop importante,
et avait annoncé qu'il allait l'utiliser pour l'édition des
livres. (Cf. Ya Basta ancienne formule n°83, 15 novembre 96, et nouvelle
formule n°1, 21 novembre, et n° 2, 24 novembre 96). q Selon une
étude du Congrès du Travail (rassemblement de syndicats proches
du pouvoir), entre janvier et juin 1997, les prix de 27 produits d'alimentation
de base ont augmenté en moyenne de 52,14 %. D'autre part, selon
une étude du Réseau Mexicain d'Action contre le Libre Commerce,
ces dix dernières années, les salariés au Mexique
ont perdu 73,7 % de leur pouvoir d'achat ; selon ce groupe, entre 1993
et 1996, la productivité industrielle a progressé de 12,6
%, mais pouvoir d'achat moyen d'un ouvrier a diminué de 21,9 %.
Gilberto López y Rivas, nouveau député PRD, déclare
que l'une des priorités de son parti au sein de la nouvelle Assemblée
Nationale sera l'approbation du projet de loi de la COCOPA sur l'autonomie
indienne.
Les autorités américaines ont découvert un réseau
faisant travailler 62 sourds-muets mexicains dans des conditions proches
de l'esclavage à New York. Les mexicains, qui semble-t-il avaient
immigré légalement, étaient très peu payés,
voire pas du tout, et leurs papiers leur avaient étés confisqués.
Selon l'hebdomadaire Proceso, l'armée mexicaine recherche des
campements de l'EPR et des caches d'armes dans les montagnes de Angel Albino
Corzo et Motozintla (municipalités du Chiapas). Ceci sur la base
des déclarations (vraisemblablement obtenues sous la torture) de
deux personnes arrêtées en novembre 1996, et qui transportaient
des armes pour l'EPR (cf. Ya Basta nouvelle formule n°2, 24 novembre
96).
Au Chiapas, l'armée mexicaine a commencé à distribuer
des terres aux paysans proches du gouvernement [NdC : vous vous demandez
depuis quand c'est l'armée qui distribue les terres ? Nous aussi.
Mais nous sommes au Chiapas, alors...]. Ainsi, mercredi 16 juillet, le
colonel Leopoldo Díaz a donné le terrain "Pacayalito"
aux paysans de l'ejido Querétaro (qui pour la plupart sont proches
du PRI), malgré le fait que des paysans de l'Union Paysanne Populaire
Francisco Villa (UCPFV, indépendante) avaient une promesse de vente
depuis 1994. Quelques jours plus tôt, les militaires avaient donné
214 hectares du terrain "Liquidámbar" aux paysans de l'ejido
Palestina (eux aussi proches du PRI) ; ce terrain a été occupé
par des paysans de l'UCPFV d'août 1994 à avril 1995, date
à laquelle ils ont été délogés par la
police et l'armée. Selon Oscar González Pérez, porte-parole
de l'UCPFV, "Ce que veulent les soldats, c'est qu'on se batte et qu'on
se tue entre paysans pour la possession des terres, mais nous n'allons
pas le faire, parce que notre lutte n'est pas contre les pauvres, mais
contre les grands propriétaires étrangers" (au Chiapas,
un certain nombre de très grandes propriétés appartiennent
à des familles allemandes qui se sont réfugiées au
Mexique après la chute du nazisme).
Selon Julio Hernández López, journaliste à La Jornada,
le gouvernement mexicain aurait reconnu certaines victoires de l'opposition
aux élections du 6 juillet, pour faciliter la signature de l'accord
de libre échange avec l'Union Européenne.
Selon une enquête officielle sur l'alimentation en milieu rural, plus de 50 % des enfants mexicains de moins de cinq ans habitant à la campagne souffrent de malnutrition ; 20 %, soit 1,2 millions d'enfants, sont dans une situation de grave malnutrition. L'enquête montre que les niveaux de malnutrition sont les mêmes qu'en 1974. Les états où la situation est la plus dramatique sont le Guerrero, le Puebla, le Yucatán, le Oaxaca et le Chiapas. Selon l'enquête, très peu de familles bénéficient des programmes d'aide gouvernementale : par exemple, seulement 1 % reçoivent gratuitement des tortillas (galettes de maïs, l'aliment de base au Mexique), 5,3 % peuvent acheter du lait subventionné, et 9,2 % bénéficient des petits-déjeuners offerts aux élèves démunis.
Publication d'un communiqué dans lequel l'EZLN annonce la participation
d'une délégation de combattants zapatistes à la Deuxième
Rencontre Intercontinentale contre le Néolibéralisme et pour
l'Humanité (voir encadré).
Selon la Confédération des Travailleurs du Mexique (CTM,
rassemblement de syndicats très proches du pouvoir), ces dix dernières
années, le salaire minimum au Mexique a perdu 64,9 % de son pouvoir
d'achat.
Communiqué de l'EZLN adressé à la Deuxième Rencontre Intercontinentale pour l'Humanité et contre le Néolibéralisme (extraits).
État espagnol, Europe rebelle.
Planète Terre.
Frères et soeurs :
Nous avons reçu il y a quelques jours l'invitation publique que vous avez faite à l'EZLN pour qu'elle assiste à la Seconde Rencontre Intercontinentale pour l'Humanité et contre le Néolibéralisme. [...] L'EZLN accepte l'invitation [... et] a d'ores et déjà désigné une délégation pour aller en Espagne, et assister à la Rencontre.
C'est la première fois qu'une délégation formée de membres de l'EZLN assistera à un événement international hors des frontières mexicaines. Ainsi, l'EZLN a décidé de rompre une fois encore l'encerclement local, régional et national, pour porter la voix des zapatistes dans la bouche de zapatistes.
Pendant que le gouvernement mexicain cache ses mains tachées de sang indien pour obtenir de l'Union Européenne un accord commercial qui n'apportera aucun changement profond au système, les communautés indiennes du Mexique subissent une persécution et un harcèlement dignes d'autres siècles, et la population mexicaine continue de souffrir d'un modèle économique qui ne fait que démocratiser la pauvreté et concentrer les richesses entre les mains de quelques-uns.
Dans le monde entier, et particulièrement en Europe, les représentations gouvernementales mexicaines s'efforcent d'occulter la guerre qui sévit dans notre pays, essayent de minimiser la présence de dizaines de milliers de soldats et de centaines de tonnes de matériel militaire dans les zones indiennes du Mexique, et simulent, comme leurs prédécesseurs salinistes, une modernité qui ne fait qu'apporter la destruction et la mort aux habitants originels de ces terres.
L'EZLN vient à la Rencontre Intercontinentale pour apporter l'image de l'autre Mexique, le Mexique indien, le Mexique rebelle et digne qui lutte pour avoir sa place dans l'histoire, sa place à côté des autres et non sur leur dos, le Mexique qui résiste et ne se rend pas, le Mexique qui construit un futur qui ne nie pas son passé et n'en a pas honte. Le Mexique qui aujourd'hui vit une guerre d'anéantissement et d'oubli pour mater le Ya basta ! zapatiste de 1994.
Nos délégués font partie des "bases d'appui" de l'EZLN, ce sont des indiens qui représentent la rébellion et la résistance des peuples qui, depuis plus de trois ans et demi, ont pris les armes contre l'oubli et la mort auxquels ils étaient condamnés.
Nos délégués viennent parler des indiens zapatistes, raconter leur histoire et leurs expériences de luttes et de rébellion.
Mais ils viennent aussi écouter. Ils viennent écouter et apprendre des autres persécutés et oubliés du monde, de tous les groupes qui se sont donné rendez-vous à la deuxième rencontre, des intellectuels et des artistes, de tous les mondes qui se vont se rencontrer sur les terres espagnoles. Et nos délégués rapporteront aux communautés zapatistes les voix et les souffles venus se rencontrer à l'Intergalactique, et les villages recevront de ces voix et de ces souffles la rumeur qui s'enfle en un cri, le Ya basta ! mondial contre le néolibéralisme, le "tout pour tous" intercontinental et pour l'humanité.
L'EZLN n'envoie pas de personnalités comme délégués, mais une représentation de ses vrais dirigeants, les peuples indiens zapatistes.
Le monde n'appartient pas aux dirigeants et aux caudillos, mais aux bases d'appui. Nous sommes tous les bases d'appui de la grande lutte pour l'humanité et contre le néolibéralisme.
Nos délégués, hommes et femmes, sortiront de leurs villages en résistance, et après avoir étés mandatés par le CCRI-CG de l'EZLN pour représenter toutes les communautés, ils partiront pour l'Europe. Alors il n'y aura plus qu'à attendre, et, qui sait ? à rire.
(...)
Depuis les montagnes du Sud-est mexicain.
Sous commandant insurgé Marcos.
Mexique, juillet 1997.
(...)
En voyage à Chicago (États-Unis), le président
Zedillo a appelé les zapatistes a reprendre le dialogue de paix
et à abandonner la "rébellion rhétorique".
Il estime que les élections du 6 juillet ont montré qu'il
était possible de lutter au Mexique en ayant recours à "la
politique légitime et propre". Pourtant, des centaines de manifestants
ont protesté contre la visite du président mexicain.
Pedro Joaquín Coldwell, chef de la délégation gouvernementale
censée dialoguer avec les zapatistes, a déclaré devant
la COCOPA que la réforme constitutionnelle sur les droits et la
culture indiennes était l'affaire de tous : le gouvernement fédéral,
l'EZLN, les députés, les partis politiques, les églises,
les communautés indiennes et la société civile ; ce
qui est une façon de dire que tout est à revoir, que les
accords de San Andrés ne seront pas appliqués en l'état.
Pour "élaborer une nouvelle législation" Coldwell
propose de faire comme pour la négociation de la dernière
réforme électorale (qui a été discutée
au sommet par les représentants des partis politiques puis approuvée
par les députés du PRI).
Selon Julio Moguel, analyste à La Jornada, la progression de la
gauche aux élections du 6 juillet doit beaucoup à l'EZLN,
dont la lutte aurait contribué à sensibiliser les mexicains.
Moguel donne tort aux hommes politiques de gauche qui analysent les élections
comme "une leçon" pour les zapatistes, et estiment que
ceux-ci devraient intégrer la politique traditionnelle.
La première rencontre de prostituées de la Coordination de
femmes Sor Juana Inés de la Cruz a réuni des femmes de trois
états du pays et de Mexico. Elles y ont dénoncé les
discriminations de toutes sortes qu'elles subissent de la part des autorités,
et ont élaboré une Charte des droits humains des travailleuses
sexuelles dans laquelle elles disent "nous ne devons pas être
traitées en esclaves, ni être vendues, soumises à des
chantages, exploitées (...) ni être torturées, frappées
ou humiliées à cause de notre activité".
Le Mexique et l'Union Européenne ont signé l'Accord d'Association
Économique, Concertation Politique et Coopération qui permettra
la négociation d'un accord de libre échange (Cf. Ya Basta
n° 27, 18 juillet 97). Auparavant, le Parlement Européen et
les parlements des 15 pays de l'UE doivent encore approuver l'accord ;
le gouvernement mexicain lancera bientôt une campagne de lobbying
en Europe pour obtenir cette approbation.
Les dirigeants du groupe paramilitaire Paz y Justicia accusent des indiens
proches du PRD (et sympathisants zapatistes) du meurtre de 4 de leurs militants
dans les municipalités de Tila et Sabanilla (Chiapas). Paz y Justicia
parcourt les villages en menaçant de tuer 5 zapatistes pour chacun
de ses morts. Le mois dernier, le conflit politique a fait au moins 8 morts
dans le nord-Chiapas. 2.000 personnes ont fui leurs terres et cherché
refuge à Nuevo Huitiupán et Shushupá.
Bras de fer entre le Ministère de l'Éducation Publique (SEP)
et le PRD. Le SEP a ordonné aux éditeurs de ne pas livrer
au PRD les livres qu'il veut distribuer gratuitement aux étudiants
des écoles secondaires des municipalités qu'il gouverne (cf.
Ya Basta précédent, 19 juillet). Le gouvernement prétend
que les textes font de la propagande ; le PRD rétorque que le contenu
des livres a été approuvé officiellement, et qu'ils
ont seulement rajouté, au dos du livre, des explications sur les
raisons qui les ont poussés à faire et distribuer ce livre.
Selon Gloria Ramírez, directrice de l'Académie Mexicaine
des Droits Humains (AMDH, indépendante), sur 100 enfants qui entrent
à l'école primaire (6-12 ans), 43 vont au bout, et 6 ans
plus tard, 25 entrent au lycée ; seulement 12 finissent le lycée,
4 vont en université et arrivent à bac plus 4. Seulement
0,4 % des enfants mexicains qui entrent à l'école primaire
suivent des études du 3ème cycle. Reste à savoir quel
pourcentage d'enfants ne peuvent même pas entrer en primaire.
Inauguration à San Sebastian de Los Reyes (banlieue de Madrid,
Espagne) de la Deuxième Rencontre Intercontinentale contre le Néolibéralisme
et pour l'Humanité. Selon les organisateurs, 2.500 personnes, venant
de 45 pays, se sont inscrites. L'EZLN a envoyé une délégation
de deux indiens tojolabales des bases d'appui zapatistes : Dalia et Felipe,
anciens habitants de Guadalupe Tepeyac (village occupé par l'armée
fédérale depuis l'offensive de février 1995, ce qui
a obligé la population a trouver refuge dans des villages de la
zone).
Au Brésil, manifestation de 70.000 personnes contre la politique
néolibérale du président Fernando Henrique Cardoso.
A propos des déclarations du président Zedillo "invitant"
les zapatistes à reprendre le dialogue, Juan Guerra, député
PRD membre de la COCOPA, estime que "l'EZLN craint une deuxième
trahison, il leur est difficile de croire à nouveau ceux qui ne
tiennent pas leurs engagements (...). Si l'EZLN n'a pas voulu continuer
la négociation, c'est parce que le gouvernement ne respecte pas
les accords".
42.706 jeunes ont passé en juin dernier l'examen d'admission à
l'UNAM (la plus grande université du pays), mais seulement 6.572
(15,4 %) ont été pris.
Dans la lettre de présentation de la délégation
zapatiste à la deuxième Rencontre Intergalactique, Marcos
écrit que la compañera Dalia et le compañero Felipe
"ont été élus par l'assemblée de leur
village pour recevoir du Comité Clandestin Révolutionnaire
Indigène la représentation de tous les hommes, femmes, enfants
et anciens de notre organisation (...). Ils représentent notre force
principale et sont notre meilleur argument. Ils sont notre voix et, surtout,
nos oreilles, pour écouter la parole de tous. Nous espérons
que vous tous leur donnerez la place que mérite leur digne résistance,
c'est-à-dire, une place à vos côtés". L'EZLN
ajoute qu'ils ont demandé à deux personnes de la société
civile, "engagées dans la lutte pour une paix digne et juste
pour les indiens mexicains", d'accompagner la délégation
zapatiste en Espagne. Il s'agit de Rosario Ibarra de Piedra (militante
de longue date en faveur des prisonniers politiques et des disparus, elle
a été plusieurs fois candidate aux présidentielles),
et de Paulina Fernández (universitaire, engagée dans l'organisation
de la première Rencontre et proche du Front Zapatiste).
Lors de l'inauguration de la Deuxième Rencontre Intergalactique,
Dalia, déléguée zapatiste, a déclaré
: "Nous ne venons pas pour nous chamailler pour savoir qui parle le
mieux, qui détient la vérité, ou qui est le plus fort.
La liberté ne se conquiert pas en combattant ses frères.
Nous ne pouvons être meilleurs qu'avec les autres, et non au dessus
d'eux (...). Nous espérons ajouter notre couleur et notre voix au
monde de la résistance". Quant à Felipe, il a décrit
les cadeaux qu'ils ont apporté à la rencontre : "Nous
voudrions vous remettre à tous les symboles de la lutte et de la
résistance zapatistes (...). Le premier symbole est un épi
de maïs, qui est le symbole de notre résistance. Le second,
est un peu de terre rebelle des montagnes du sud-est mexicain, symbole
de notre histoire. Le troisième est un bâton de bois, qui
est le symbole des armes de notre lutte. Le quatrième est une étoile
déguisée en petit caillou, symbole de notre cheminement.
Le cinquième est que nous ayons pu arriver jusqu'ici. Le sixième
est que vous soyez venus jusque là. Le septième symbole est
cette rencontre qui nous réunit".
Les délégués zapatistes ont participé à
Barcelone à l'inauguration des discussions de Catalogne. Un train
loué exprès et conduit par des bénévoles du
syndicat des cheminots a transporté les participants de Madrid à
Barcelone. Dalia et Felipe ont aussi rencontré les occupants du
squatt "La Vaquería", siège d'une table de discussion,
et menacé d'expulsion par la police.
Dans une interview à La Jornada, Luis Hernández Navarro,
conseiller zapatiste et membre de la COSEVE (commission de suivi des accords
de San Andrés, cf. Ya Basta ancienne formule n°82, 8 Novembre
96, et encadré, et nouvelle formule n°11, 15 et 16 février
97), déclare que le gouvernement mexicain a besoin de continuer
le dialogue avec les zapatistes pour donner à l'étranger
une image d'ouverture et de démocratie ; par exemple pour négocier
l'accord de libre échange avec l'Union Européenne. D'où
l'agitation de ces dernières semaines pour que l'EZLN reprenne le
dialogue. D'autre part, Hernández Navarro signale que l'armée
acquiert de plus en plus d'autonomie et de pouvoir au Chiapas, que dans
certaines régions les militaires ont remplacé les autorités
civiles et prennent des décisions politiques, comme la distribution
de terres aux paysans (Cf. Ya Basta précédent, 21 Juillet).
Les jésuites mexicains expriment leur "soutien solidaire"
au travail de Samuel Ruíz et Raúl Vera (co-évêques
de San Cristóbal) en faveur la paix au Chiapas. Ils demandent aussi
le respect par le gouvernement des accords de San Andrés, et la
poursuite du dialogue.
Lors de la visite du président du Panama au Mexique, les représentants
des deux pays ont annoncé que les négociations pour un accord
de libre échange entre les deux pays pourraient aboutir en avril
1998.
La polémique sur la "vierge du métro" à
Mexico (cf. Ya Basta n° 24, 5 juin 97) est tranchée. L'Église
et les autorités du métro ont inauguré un autel à
la station "Hidalgo" pour que les badauds puissent venir admirer
l'apparition. La foule a assisté à l'inauguration.
Les délégués zapatistes ont visité les tables
de discussion de Ruesta, en Aragon.
Dans un document sur le dialogue de paix au Chiapas, la CONPAZ (Coordination
d'ONGs pour la Paix) écrit que le gouvernement n'a pas clairement
signifié sa volonté de reprendre les négociations
avec les zapatistes. Selon la CONPAZ, "le gouvernement fédéral
semble parier sur l'usure interne de l'EZLN" en cherchant l'éparpillement
de ses bases d'appui et en augmentant la pression sur les communautés
pour que celles-ci optent pour une réponse militaire au gouvernement,
faute de solution politique à leurs demandes.
Suite de l'interview de Luis Hernández Navarro à La Jornada
: il dit que pendant les négociations et même au cours des
onze derniers mois (où elles ont été supendues), l'EZLN
n'est pas resté inactive : "elle a avancé dans l'organisation
de ses municipalités, sa propre organisation, sa capacité
d'exercer le pouvoir d'une autre manière. Elle a encouragé
l'organisation du mouvement indien national et a avancé dans la
construction de ses relations internationales".
La violence continue dans la municipalité de Sabanilla (Chiapas).
Le groupe paramilitaire Paz y Justicia (proche du PRI) dénonce l'agression
de plusieurs de ses membres ; il y aurait 1 mort, 4 blessés et deux
personnes kidnappées. Paz y Justicia accuse "des groupes de
catéchistes de San Cristóbal", mais les représentants
des déplacés de la zone disent qu'ils s'agit de règlements
de comptes internes à Paz y Justicia. D'autre part, les habitants
en résistance de Shushupá (toujours dans la municipalité
de Sabanilla) dénoncent l'entrée dans leur village d'une
centaine de policiers accompagnés de militants de Paz y Justicia,
et qui auraient procédé à plusieurs arrestations illégales.
Dans une assemblée, les indiens huichols (états de Jalisco,
Nayarit et Durango) ont décidé de donner un ultimatum de
deux jours au gouvernement pour que celui-ci résolve un conflit
agraire qui porte sur la propriété de 181.000 hectares du
territoire huichol, et qui dure depuis plus de 40 ans. Ils disent qu'ils
en ont "marre"...
Le sénat américain a approuvé la levée de l'embargo
contre les importations de thon provenant du Mexique, du Costa Rica, du
Panama, de Colombie, du Venezuela et de Vanatú. En 1991, les États-Unis
ont imposé cet embargo, officiellement pour décourager une
technique de pêche qui causait la mort de dauphins. Dans l'affaire,
le Mexique a perdu 300 millions de dollars et 6.000 emplois. La Chambre
des Représentants américaine doit encore donner son accord
pour que la levée de l'embargo soit effectivement appliquée.
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