Aller au : Jour précédent Page Principale
La réforme électorale a été adoptée au parlement. A propos de cette réforme, Luis Javier Garrido, politologue et conseiller des zapatistes au dialogue, a déclaré : "Le problème de fond est que les partis politiques n'ont pas eu de proposition de réforme plus profonde : ils n'ont pas considéré les droits de la société, mais leurs petits intérêts d'organisations politiques... Pour les technocrates, la réforme n'a eu qu'un objectif : que les élections ne soient plus remises en cause, et qu'on atteigne ce qu'on appelle la "normalité électorale" ; dans le cadre du système de Parti d'Etat, cela signifierait que les dirigeants des partis acceptent de nouvelles règles dans leurs relations avec le gouvernement..(...) négocier tout avant d'arriver à ce que le gouvernement appelle la confrontation”. De fait, il semble que la réforme électorale ne satisfasse que les dirigeants des partis politiques. Même l'église catholique parle d'une réforme de façade qui "élude la question centrale : celle de la possibilité de l'alternance au pouvoir" et critique vigoureusement l'accord dans le journal de l'Archidiocèse du Mexique. La mobilisation des employés des hôpitaux de México continue : devant les représentants syndicaux et les journalistes, 34 personnes se sont fait ponctionner 10 centilitres de sang, avant de le jeter par terre pour "laver les élections syndicales". La grève de la faim des dirigeants se poursuit, et une liste de volontaires pour la saignée à été établie... Cérémonie de prise de fonctions pour Andrés Manuel Lopez Obrador, nouveau président du PRD, devant un public varié : des membres de son parti, parmi lesquels Cardenas et Muñoz Ledo, des diplomates, des membres du PRI, des dirigeants sociaux. Dans son discours, il a invité le président Zedillo à encourager la transition démocratique au Mexique, évoqué la nécessité d'unité de son parti et son intention de rapprocher le PRD des couches moyennes de la population, des femmes et des jeunes. Il a proposé de faire du PRD le point d'ancrage d'une "grande alliance nationale démocratique", et proposé trois axes de travail : la constitution d'un programme d'urgence pour le bien-être social, la recherche de propositions pour relancer la production, notamment dans l'agriculture, et l'encouragement de la transition démocratique. A propos de l'EZLN, Lopez Obrador a dit qu'il lutterait pour permettre l'intégration des zapatistes à la lutte légale.
En réponse aux critiques sur la réforme électorale, le ministre de l'Intérieur a annoncé d'autres réformes : réforme des pouvoirs publics, des médias et du fédéralisme, davantage de participation de la société, des choses en faveur des droits indiens et des femmes... le tout devant constituer la "réforme de l'Etat". Manifestation à San Cristobal des participants à la Rencontre Intergalactique. 300 personnes -mexicains et étrangers- ont défilé pour la libération des présumés zapatistes et la démilitarisation du Chiapas et des zones indiennes. A cette occasion, une campagne nationale et internationale pour la libération des présumés zapatistes a été lancée. Les manifestants ont aussi dénoncé les harcèlement des autorités de migration.
Rencontre intercontinentale pour l'humanité et contre le néolibéralisme.
Voilà ce qu'on sait de l'intergalactique, d'après La Jornada et Excélsior, en attendant que nos petit(e)s camarades qui sont là-bas reviennent avec tout plein de choses à raconter, et les textes adoptés par chaque table.
Rappelons que les cinq sujets de discussion étaient :
1- Quelle politique avons nous, et de quelle politique avons-nous besoin
?
2- La question économique : histoires d'horreur.
3- Toutes les cultures pour tous. Et les médias ? Des graffiti au
cyberspace.
4 - Existe-t-il une société qui ne soit pas civile ?
5 - Il y a, dans ce monde, place pour bien des mondes.
La veille de la rencontre, environ 3.000 personnes, dont 1.600 étranger(e)s,
venu(e)s de 47 pays différents, (parmi lesquelles 320 journalistes,
issus de 170 médias), étaient accréditées.
Beaucoup d'européens, notamment des italiens, des espagnols et des
français. Environ 300 contributions écrites ont été
présentées, pour la plupart dans les tables 1 et 2.
Côté intimidation et répression, les autorités
mexicaines ont filmé les participants, contrôlé les
passeports, brûlé les bagages de quelques français
qui ne venaient d'ailleurs pas pour l'Intergalactique, refusé les
visas de certains médias étrangers, et survolé les
Aguascalientes où se tenaient les discussions en hélicoptère.
Après bien des aventures, la rencontre s'est ouverte à Oventic
par trois discours de bienvenue : le commandant David a parlé du
néolibéralisme comme d'un système de mort, remercié
tout le monde d'être venu et rappelé que les zapatistes étaient
"des hommes et des femmes ordinaires" ; la commandante Hortensia
a parlé au nom des communautés zapatistes (les "bases
d'appui"), soulignant l'importance de la lutte des femmes : "même
si elles luttent partout et à tous les niveaux, elles continuent
de subir des humiliations et des violations de leurs droits, et n'ont pas
la possibilité d'une vie digne, ni le droit de participer aux prises
de décisions" ; enfin la Major Ana Maria a lu un texte de l'EZLN
invitant à construire "un avenir sans exclusion, un avenir
tolérant où puissent se retrouver tous les mondes... Aujourd'hui,
des milliers de petits mondes des cinq continents essaient de construire
ce monde meilleur". Le message a souligné le caractère
non-militaire du projet politique zapatiste, rappelant que les zapatistes
ont pris les armes parce que "nous ne voulions plus la mort et la
tromperie pour les nôtres, ni l'oubli... Avant le premier janvier
1994, pour le pourvoir qui porte aujourd'hui le nom de néolibéral
nous ne comptions pas. Nous ne produisions pas, n'achetions ni ne vendions
pas, nous n'étions qu'un chiffre inutile dans les comptes du grand
capital".
Résumé des discussions des tables :
Table 1
Cette table a commencé ses travaux le 29 juillet, le trajet
depuis Oventic ayant duré 16 heures à cause du mauvais état
du chemin et des contrôles opérés par la police. Dix
commandants (dont Trini et Tacho), le sous-commandant Marcos et le major
Mario ont accueilli les participants. Dans le discours de bienvenue, le
major Mario a dit : "Personne ne va penser à notre place, nous,
les exploités, les dépossédés, les humiliés,
nous devons penser par nous-mêmes... Vous, vous êtes venus
de loin et vous êtes arrivés jusqu'ici, et c'est important
parce que nous sommes encerclés... nous devons nous organiser...
il faut s'organiser, se préparer, s'unir... Le lendemain, dans son
intervention, Marcos a demandé aux participants de réfléchir
sur l'évolution de l'EZLN, qui était à l'origine un
groupe avant-gardiste marxiste-léniniste croyant en la dictature
du prolétariat. Mais "le zapatisme armé de 1994 est
devenu autre chose quand il a rencontré le zapatisme civil (...)
des gens qui pensent comme nous, qui luttent pour les mêmes choses,
mais sans armes et sans passe- montagnes..." Le 31 juillet a été
le jour des conférences des "personnalités" : Danielle
Mitterand, Yvon Le Bot, Gisèle Halimi, Jacques Blanc pour les français,
Eduardo Galeano, l'évêque Thomas Gumbleton, Carlos Monsivaís...
Le soir, Marcos a lu la contribution de l'EZLN, mais des difficultés
de traduction et la longueur du texte n'ont pas permis d'en faire une synthèse.
Le compte rendu de la sous-table : "L'impact de la chute du socialisme sur la pensée des gauches" , relate que les participants se sont demandés si"le zapatisme [était] une nouvelle idéologie révolutionaire". Réponse : "Certains ont dit qu'ils ne considéraient pas le zapatisme comme une idéologie mais comme une identité collective ayant la démocratie comme référence, une démocratie créée par les peuples à partir de leur vie quotidienne et de leurs nécessités. Le zapatisme ne se considère pas lui-même comme une idéologie fermée, et ne veut pas l'être, ses frontières sont poreuses, il cherche à s'imprégner d'autres pensées. Le zapatisme est né d'une culture, et non d'une idéologie préétablie. C'est, de plus, un style d'action."
Table 2
La table 2 a réuni plus de 300 participants ; elle a été
divisée en quatre sous-tables : - Le pouvoir financier et ses complices.
- Y a-t-il une alternative possible ? - La spéculation comme développement.
- Dictature du libre marché, dette et pauvreté.
Les premières discussions ont essayé d'analyser ce qu'est le néolibéralisme. Il y a eu un consensus sur la nécessité de renégocier la dette des pays pauvres et de réduire les dépenses militaires des pays riches. On a souligné la nécessite d'encourager les initiatives des gens marginalisés par le capitalisme, et de remettre en cause les politiques préconisées par la Banque Mondiale et le F.M.I.. On a aussi parlé de créer des réseaux internationaux d'organisations de la société civile dans le but de réaliser une campagne mondiale contre le "néolibéralisme économique". Le député allemand Winfred Maria Wolf (SPD) a estimé que l'accord de libre échange entre l'Europe et le Mexique allait être favorable à l'Europe mais générer pour le Mexique un déficit annuel de 2 milliards de dollars. Il a raconté que les hauts fonctionnaires mexicains connaissent ces estimations, mais que ça ne les gène pas. Le marxiste italien Massimo de Angeli a déclaré : " Afin de construire un mouvement social global, qui comme le proposent les zapatistes, aille au delà de la prise du pouvoir, nous devons commencer par écouter les désirs et les nécessités concrètes des gens. Cela amènera une politique économique qui détruit la logique du profit et le règne de l'argent". Raúl Rubio, chercheur mexicain, a mis en lumière les liens existant entre la spéculation et le trafic de drogue, et expliqué que c'est l'un des mécanismes de la concentration financière entre les mains de quelques-uns. La table 2 a proposé une campagne mondiale contre le néolibéralisme. Cette campagne prévoit, entre autres : le boycott des entreprises qui ne respectent pas le droit du travail et de celles qui ne respectent pas l'environnement ; des pressions sur la Banque Mondiale et le F.M.I. pour obtenir l'annulation de la dette et l'arrêt des programmes "d'ajustement" ; de demander la reconversion des industries d'armement et la réorientation des dépenses militaires vers des activités pacifiques et le bien-être social.
Table 3
En accueillant les participants, le commandant Zebedeo a dit : "Votre
présence nous rend plus forts que jamais. Si vous êtes venus
de si loin, je pense que cela signifie que nous avons raison, car votre
présence nous montre que vous luttez aussi pour changer vos mondes".
Il y a eu environ 100 participants à cette table, qui s'est divisée
en quatre sous-tables : - Communication - Éducation et science -
Les arts et la créativité comme résistance - Des cultures
diverses à la société du spectacle
Il a été question de l'autogestion comme "la réponse [de] la culture, la science et la communication au néolibéralisme ". On a cherché comment contrer la manipulation et le monopole sur les médias et la culture : les radios libres, les réseaux Internet, des journaux... pour diffuser l'information intéressant les organisations et groupes sociaux qui résistent ; à propos de l'éducation et de la culture, on a parlé du désengagement de l'Etat, et de la nécessité de développer des espaces autogérés. Il a été décidé de créer un musée d'art moderne zapatiste, et de faire une campagne internationale pour la libération des présumés zapatistes, sous forme d'activités artistiques. Ainsi, le 12 décembre 1996 sera la "journée internationale du graffiti zapatiste".
Table 4
Il y a eu 400 participant(e)s à la table 4. Elle s'est divisée
en deux :
- Société civile organisée (syndicalisme, ONGs, autonomie,
mouvements urbains, mouvements paysans).
-Société civile marginalisée (homosexuel(le)s, toxicomanes,
séropositifs, sans papiers, personnes agées, enfants, femmes)
Les zapatistes proposant que chaque sous-table discute des formes de résistance civile organisées. Cela a provoqué une polémique parce que les féministes trouvaient que la place donnée aux questions de femmes était très réduite. Lors de l'assemblée pleinière, "les féministes d'Allemagne, de France, d'Italie, d'Espagne, des Etats-Unis, du Mexique et d'Amérique Centrale, entre autres, ont exprimé leur malaise devant le manque de cohérence entre la convocation à la rencontre et l'espace qui a été donné aux femmes pour discuter de leurs problèmes. «Nous inclure dans une sous-table où on a aussi abordé des thèmes comme sexualité, éducation, santé et enfants, c'est comme si on nous indiquait que notre tâche se réduit à servir les autres..(...) tant que le privé sera réservé aux femmes, et le public aux hommes, il n'y aura aucun changement. Notre voix s'est diluée à cause de la méthodologie de la rencontre» (La Jornada)". Le consensus dans cette table a été de proposer la création d'un réseau intercontinental contre le néolibéralisme.
Remarque du commandant David à propos des différences de situation entre le Chiapas et le "premier monde" "Certains disent que les problèmes du premier monde sont pires que ceux des mexicains. Qu'il y a la violence, de graves injustices, même si on ne connaît pas la pauvreté... qu'il y a un manque total de dignité. Ils disent qu'ici, chez les indiens, et malgré la pauvreté matérielle, nous sommes riches d'humanité et de dignité... Pour nous, garder cette richesse est un grand défi, car si la violence grandit dans tous les domaines, ceux qui ont encore cette conscience ont la lourde tâche de transformer la grande partie de l'humanité qui s'est déshumanisée pour l'humaniser à nouveau" . David a suggéré la formation d'un réseau mondial contre le néolibéralisme et la réalisation d'une deuxième rencontre intergalactique "en Allemagne ou en Italie". La table 4 a vu l'intervention des "sans terre" du Brésil (mouvement de paysans sans terre, actif dans 23 des 26 provinces du pays, et qui préconise l'action directe sous forme d'occupations de terres). Une intervenante grecque à fait remarquer que la recherche d'un nouveau mouvement ouvrier ne signifiait pas intervenir dans la vie des syndicats pour les rendre "meilleurs et de gauche", mais essayer d'obtenir l'union des travailleurs, et que cette union soit indépendante politiquement, idéologiquement et économiquement.
nb : zéro nouvelles de la table 5 !!!
Petit panorama des "personnalités" et des opinions sur la rencontre :
- Eduardo Galeano (Uruguay), écrivain, auteur des "Veines ouvertes de l'Amérique latine" : "Nous ne sommes pas venus pour donner ou recevoir des recettes, mais pour dire voilà la maladie, et voici un remède... La réalité est très complexe et ce qui est important c'est de commencer à penser ensemble, à partir de la convocation faite par un groupe de personnes qui depuis des milliers d'années ont l'habitude de rêver ensemble... Donc, on commencera à deviner un autre monde possible, peut-être au début en donnant des coups en l'air, mais avec la certitude que ce monde qui confond la liberté de l'argent et celle des personnes est en train de devenir une sorte de camp de concentration pour la plupart de ses habitants, où qui n'est pas condamné à la faim de pain, est condamné à la faim d'accolades". - Hugo Blanco (Pérou), leader paysan, a parlé de l'originalité de la pensée zapatiste, et de la démocratie : "les gauches ont commis des erreurs qui les ont mené à l'échec, à cause du manque de démocratie à l'intérieur des organisations... Les zapatistes ont développé une méthode révolutionnaire valable pour le monde entier." - James Petras, (Etats-Unis), politologue : "En Amérique Latine, à partir de la lutte pour la terre, il est en train de surgir une grande révolte sociale (par exemple au Brésil, au Paraguay, en Bolivie). Le zapatisme fait partie de cette situation globale où la question agricole paraît être une question de politique régionale, mais entre directement en confrontation avec les pouvoirs impérialistes qui fonctionnent à travers le PRI".
- Roberto Massari (Italie), intellectuel et éditeur (il a publié, entre autres, les communiqués de l'EZLN) : "Personne ne doit penser qu'on a gagné la bataille, on n'en est qu'au début, mais ces premiers pas sont décisifs, car ils brisent des schémas dans la pensée des gens..." - Danielle Mitterand : "Ici, je me suis rendue compte de la cohérence du mouvement humanitaire du monde entier. Ici à La Realidad, j'ai compris, il y a trois mois, que nous sommes dans un processus de globalisation humanitaire et que le discours de paix de Marcos et des zapatistes va dans le même sens que ce que nous faisons depuis longtemps" .
- Mais le magicien du travestisme a été Alain Touraine : "Une idée exprimée dans les textes zapatistes, et que je partage profondément, c'est qu'on ne doit pas tourner le regard en arrière [?! sic]. La destruction des états-nations, c'est en même temps la destruction des formes dégradées, c'est la décadence des formes corporatives et autoritaires. S'il y a un système global de pouvoir, on a besoin d'un système global d'opposition. Actuellement, ailleurs et ici au Chiapas de façon plus consciente et plus élaborée, on transforme la liaison entre la lutte sociale et la lutte armée pour en faire un agent de la démocratie. Cela me semble similaire au passage de l'esprit de la révolution française à l'esprit du socialisme et du mouvement ouvrier. Maintenant, il s'agit de passer du socialisme révolutionnaire vers quelque chose qui n'a pas encore de nom, mais qui lie la démocratie et la défense des droits culturels, la capacité de communication entre cultures et la défense de la diversité..." [Humblement, la rédaction de Ya Basta ! se demande de quel côté auraient été les zapatistes lors des grèves de l'automne 1995 en France : du côté des Notat et des Touraine, ou du côté des grévistes ?...]
- Autres personnalités : Ofelia Medina (comédienne), Oscar Oliva et Juan Bañuelos (poètes), Jean de Vos (anthropologue et historien), Carlos Monsiváis (écrivain), Luis Villoro (philosophe et conseiller des zapatistes), Douglas Bravo (ex-guerillero, Venezuela), Pavel Luguin (cinéaste, Russie), Daniel Viglietti (chanteur, Uruguay). Un copine du Comité, interviewée par La Jornada, a dit : " Même si la rencontre est seulement un échange de réflexions, ce qui est important c'est de se rendre compte que nous sommes nombreux, et qu'on peut l'être encore plus. Cette rencontre est un premier Ya Basta ! international".
La Clôture de la rencontre a eu lieu à La Realidad. Le néolibéralisme a été défini comme "une offensive globale contre la vie et l'humain à l'échelle planétaire, qui signifie la paupérisation, le chômage, le démantèlement des droits sociaux, la privatisation des biens publics, la destruction écologique, la désarticulation des organisations sociales, l'autoritarisme, la rigidité idéologique, l'atomisation de la société et la soumission de tout ce qui est humain à la logique de l'argent et du marché". Le trafic de drogue a été pointé comme l'une des sources les plus importantes de profits. On a remarqué l'existence d'une liaison étroite entre le trafic et la finance spéculative. Cette alliance est l'un des axes du néolibéralisme. On a évoqué aussi l'importance des médias (comme moyen de désinformation et de manipulation de la société) et des entreprises multinationales, qui constituent l'avant-garde du grand mouvement des capitaux à l'échelle mondiale.
Voici quelques-unes des propositions finales de la rencontre :
- Dépénalisation de la consommation des drogues douces
sur toute la planète, et affectation des ressources ainsi dégagées
à la lutte contre le trafic, aux programmes de développement
et de bien- être social. Le but serait de casser les rapports entre
le pouvoir, les finances et le trafic ;
- Lutte à l'échelle mondiale pour imposer un contrôle
social sur les médias, aujourd'hui contrôlés par une
poignée d'entreprises multinationales ;
- Lancement d'une campagne mondiale pour défendre les libertés
politiques, et demander la libération des présumés
zapatistes ;
- Projet d'une deuxième rencontre intercontinentale pour l'humanité
et contre le néolibéralisme, en Europe, au cours du deuxième
semestre 97.
- Organisation d'une Consultation Intergalactique en décembre 96.
La question : "Etes-vous d'accord pour souscrire à la deuxième
déclaration de La Realidad pour l'humanité et contrer le
néolibéralisme ?" Cette consultation ferait partie du
processus de construction de réseaux contre le néolibéralisme.
- Création d'un réseau intercontinental de résistance
pour l'humanité et contre le néolibéralisme, réseau
de toutes nos luttes et résistances particulières. Ce serait
un réseau d'entraide, fondé sur le respect des différences,
et non pas une structure organisatrice : il n'y aurait pas de centre de
décision, de commandement central ou de hiérarchies. Ce serait
le réseau de tous ceux qui résistent.
- Création en paralèle d'un réseau de communication
alternative, pour que les résistances puissent communiquer entre
elles.
Enfin, dans une conférence de presse, Marcos a énoncé
trois conditions pour la réussite du Dialogue avec le gouvernement
:
- que la délégation gouvernementale se décide à
respecter les représentants zapatistes ;
- la démilitarisation de la zone, et la mise en place des programmes
de bien-être social déjà accordés ;
- l'engagement public de respecter la vie des commandants zapatistes qui
seront d'ici peu appelés à voyager dans tout le Mexique (et
au delà, puisque la deuxième déclaration de La Realidad
prévoit que des délégués de l'EZLN assisteront
à la deuxième rencontre intergalactique en Europe). En effet,
malgré le succès de l'Intergalactique, les zapatistes continuent
de craindre une attaque militaire destinée à "décapiter"
le mouvement.
Les comités de solidarité avec l'EZLN de Los Angeles, Chicago, New York et du Texas révèlent que Ernesto Zedillo (actuel président du Mexique) a déclenché une intense campagne électorale aux USA et ce, avant même que soit adoptée la réforme politique qui permettra aux Mexicains expatriés de voter. Une rencontre entre cinq cent chicanos (mexicains émigrés aux Etats-Unis) et les zapatistes a eu lieu à La Realidad. Marcos y a annoncé qu'ils allaient appuyer le projet d'un Forum Indigène Continental. Il a ajouté que les relations inaugurées ce jour-là devaient "aller au delà des échanges d'expériences (...). Le fait que certains doivent quitter leur terre et tombent victimes des escadrons de la mort à la frontière indique qu'il y a quelque chose de pourri là-bas au nord. Le fait d'assassiner des êtres humains à cause de la couleur de leur peau (...) signifie que le destin de la nation la plus puissante du monde est entre les mains d'un imbécile ou d'une poignée d'imbéciles." Rencontre artistique et musicale organisée par les comités civils du dialogue de San Cristobal et les mouvements de quartier et d'arrondissement, pour demander la libération des 16 prisonniers présumés zapatistes en prison depuis février 1995. Un appel pour l'humanité et contre le néolibéralisme a aussi été lancé à cette occasion.
"Chronique du Chiapas", un article de Eduardo Galeano (écrivain uruguayen), est publié dans la Jornada. (Et comme Ya Basta ! est abominablement en retard, cela nous permet de vous annoncer que ce texte a été traduit et publié dans l'Humanité Dimanche du 22 août 1996).
En moins de 24 heures, 7 assassinats liés au narcotrafic ont été commis à Cosala, dans l'état de Sinaloa (sur la côte pacifique). Othón Cortés, accusé d'être le deuxième tireur dans l'assassinat de Luis Donaldo Colosio (candidat du parti officiel aux présidentielles de 1994, assassiné le 23 mars de cette année-là), a été déclaré innocent ; cette décision du juge fédéral a été interprétée comme un coup décisif contre la thèse du complot dans cet assassinat. Plusieurs indices, dont l'expertise balistique, des séquences vidéos et des déclarations contradictoires des inculpés, semblent pourtant indiquer que l'assassinat avait été organisé et exécuté par plusieurs personnes. L'opinion publique pense que ce crime a été commandité depuis les plus hautes sphères du gouvernement mexicain et qu'y seraient impliqués, entre autres, l'ex-président Salinas, son adjoint Joseph-Marie Córdova, et l'actuel président Zedillo. Cependant, tout le monde pense que justement à cause de cela, il sera très difficile de connaître un jour la vérité ; d'ailleurs, depuis le début de cette affaire, onze personnes impliquées (policiers, enquêteurs, etc.) ont été assassinées ou sont mortes dans des circonstances peu claires. Le procureur de la république, qui défend la thèse du complot, a annoncé qu'il allait faire appel de cette décision du juge.
Après l'apparition de l'EPR le 28 juin à Aguas Blancas au Guerrero, plusieurs attaques contre des militaires (qui pratiquent une répression à outrance, de même que les gardes blanches), suscitent l'inquiétude quant à une possible escalade de la violence. Interview d'un des dirigeants du groupe de trente paysans qui a accompagné l'EPR, "groupe présumé rebelle qui s'est fait connaître le 28 juin à Aguas Blancas". Il traite le gouvernement d'"assassin" et d'"illégitime", mais déclare qu'il ne s'agit pas encore d'une déclaration de guerre. L'EZLN nie avoir des contacts avec l'EPR. Le village de Coyuca de Benitez (Guerrero) est en état de siège après l'attaque par l'EPR d'une base militaire proche, attaque au cours de laquelle un soldat a été tué et deux autres blessés. L'EZLN a annoncé que la proposition du gouvernement aux discussions sur le thème "Démocratie et Justice" de San Andrés Larrainzar, ne peut en aucun cas servir de base à des négociations réussies.
Lopez Obrador, nouveau président du PRD, considère que si dans le Guerrero et dans tout le pays on continue de disqualifier le processus électoral par la fraude, cela donnera des arguments à ceux qui disent que seule la voie des armes est en mesure de faire évoluer la situation politique. Laura Itzel Castillo, porte-parole du comité exécutif du PRD, déclare que la réapparition de l'EPR nuit au climat politique dans la perspective des élections d'octobre prochain. Selon le PRD, il n'a été commis aucun délit qui justifie la présence de l'armée dans la Huasteca (voir précédent numéro). 300 membres de la OIPUH et de la FDOMEX (importantes organisations paysannes) ont bloqué la route fédérale Mexico-Laredo à hauteur de Tlacuilola (municipalité de Tamanzunchale, état de San Luis Potosi), pour exiger le retrait de l'armée de la Huasteca.
Nouvelle attaque de l'EPR, à Zumpango del Río, (Guerrero). Deux véhicules de l'armée fédérale ont été pris pour cible ; deux soldats ont été blessés. De hauts fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur ont déclaré que le gouvernement serait disposé à dialoguer avec l'EPR mais à condition que le groupe dépose les armes (Ndr : comme c'est original !). Dans un Manifeste de la Sierra Madre orientale, l'EPR souligne la nécessité de la voie révolutionnaire et de la "construction d'un pouvoir populaire à partir de la base". L'EPR y déclare dépendre d'une organisation nommée Parti Démocratique Populaire Révolutionnaire (PDPR), née le 18 mai dernier, et indique que ses principales demandes : un gouvernement provisoire qui convoquerait une Assemblée constituante ; une nouvelle Constitution ; la construction d'une République démocratique et populaire et un redressement de l'économie. Un second communiqué présente les fondements historique, économique et social des programmes politiques de l'EPR et du PDPR.
Impasse dans les discussions de San Andrés. La délégation gouvernementale propose un "compromis" de caractère général, limité à la réforme politique approuvée par le Parlement (cf. Ya Basta! no. 69). A propos des thèmes qui n'ont pas été abordés par cette réforme (parmi lesquels le problème essentiel de la réelle indépendance des organismes électoraux), les représentants de l'état font valoir qu'il faudrait seulement mentionner ces points, car en l'absence des autres acteurs intéressés, il est impossible de formuler des propositions concrètes ; aussi, la délégation du gouvernement a proposé certains changements des lois au niveau de l'état du Chiapas. Les zapatistes ont soutenu la nécessité d'une vraie transformation du système politique et maintenu la proposition issue des différents dialogues avec la société civile (en particulier, du Forum pour la Réforme de l'Etat). Il est possible, donc, que les discussions concernant "Démocratie et justice" se terminent sans accord, ce qui signifierait qu'il n'y a pas de solution politique aux demandes les plus importantes des zapatistes. Élections du conseil municipal à Tepoztlán. Le Comité de la Unidad Tepozteca (CUT) avait accepté ces élections comme un moyen de mettre un terme au conflit avec le gouvernement de l'état de Morelos. En contrepartie, le gouvernement s'est engagé à libérer les trois membres du CUT actuellement en prison, à annuler les mandats d'arrêt, à sanctionner les responsables de l'agression du 10 avril dernier (Cf. Ya Basta ! n 55, 11 avril) et à annuler le projet de club de golf (projet à l'origine du conflit). Les élections, sous la surveillance d'Alianza cívica, se sont déroulées sans incidents.
Le rêve rêvé par des milliers de personnes peut devenir réalité à La Réalité.
Janvier 1996. Tout commence comme le pari d'un incorrigible rêveur. Du fin fond de la forêt lacandonne, encerclé par 60.000 soldats de l'armée fédérale prêts à attaquer, le sous-commandant insurgé Marcos lance une nouvelle initiative. Une folie : inviter tous les sans-terres, les laissés pour compte du système, les exclus de toujours, les rebelles, les femmes, les homosexuels, les pauvres, les hommes et les femmes honnêtes, ceux qui ont l'espoir du côté gauche de la poitrine, à la première rencontre intergalactique pour l'humanité et contre le néolibéralisme.
27 juillet 1996. Plus de 2.500 fous des cinq continents, des cinq pointes de l'étoile, on répondu à l'appel. Les gens arrivent par petits groupes sur le lieu de l'inauguration , Oventic, village en résistance des Hauts du Chiapas. De chaque côté du chemin qui descend vers le podium central, des centaines d'indiennes et d'indiens tzetzales et tzotziles des communautés voisines font une haie d'honneur et applaudissent sur le passage des invités. La secrétaire, le squatteur, l'étudiante, n'auraient jamais imaginé un tel accueil. La syndicaliste, l'ex-guerillero, l'intellectuel, lèvent le poing, émus. Quelqu'un crie Zapata est vivant ! et tout le monde reprend : la lutte continue ! En Espagnol, en Tzotzil et en Tzeltal, les haut-parleurs égrènent la provenance des gens , 43 pays incluant l'Iran, le Japon, le Zaïre, Cuba, les Philippines, l'Afrique du Sud, le Kurdistan, l'Argentine, le Nicaragua, le Guatemala, la Colombie, le Venezuela... Les groupes les plus nombreux sont ceux de France, d'Italie et de l'Etat avec 200, 300 personnes.
L'inauguration de la rencontre commence le soir même, sous la lune. L'ambiance est surréaliste. Peu à peu la brume glacée des hauts de Chiapas s'est levée. Au loin on entend la musique d'un orchestre indien, et à la lumière des flambeaux descendent peu à peu les "bases d'appui" zapatistes. Femmes, enfants, vieillards, jeunes des deux sexes, le visage couvert du traditionnel passe- montagnes ou du foulard des insurgés. C'est grâce à elles, grâce à eux, que pendant une semaine nous mangerons, nous dormirons au sec dans des maisons de paille construites spécialement pour nous, protégés de l'armée qui stationne à peine à deux kilomètres d'ici par les sentinelles silencieuses qui gardent l'entrée du lieu sous la pluie et dans le froid.
Le degré d'organisation de la communauté, son hospitalité, sont impressionnants. Comment le gouvernement peut-il encore essayer de faire croire que ces communautés veulent la guerre ? Nous sommes tous témoins : les indiens ont construit cet Aguascalientes ce lieu de résistance, de leurs propre mains, de leur propre volonté, comme un signe de paix. Tracassés par l'armée, au bord de la famine sans un sou mais pleins d'espoir, ils ont créé à Oventic, mais aussi à la Garrucha, à Roberto Barrios, à Morelia et à La Realidad, cinq Aguascalientes, cinq lieux de réunion ouverts à la société civile, pour que celle-ci se réunisse et fasse entendre sa voix. La semaine passée, c'est le mouvement des endettés du Barzón qui s'est réuni à la Realidad, pendant qu'Oventic abritait le deuxième Forum National indien. Aujourd'hui, c'est à nous.
C'est une femme qui rompt le silence, la major insurgée Ana Maria. Une simple indienne, qui a dirigé la prise de San Cristobal le 1er janvier 1994, et qui est aujourd'hui responsable militaire de tous les Hauts du Chiapas. Au nom du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène, elle inaugure la rencontre. Sa voix résonne longtemps dans les coeurs : "Quand est née l'année blanche, nous avons donné naissance à la guerre et commencé à suivre ce chemin qui nous a menés jusqu'à votre coeur et qui vous a menés, aujourd'hui jusqu'à notre coeur. (...) Derrière notre visage noir, derrière notre voix armée, derrière notre nom indicible, derrière les Nous que vous voyez, nous sommes Vous."
C'est cette parole venue du coeur qui nous a convoqué, à travers mille difficultés, jusqu'ici. Ana maria continue : "Derrière, ce sont les mêmes hommes et femmes de tous les jours (...) Nous sommes vous-mêmes, derrière nous, il y a vous. Derrière nos passe-montagnes, il y a le visage de toutes les femmes exclues, de tous les indiens oubliés, de tous les homosexuels persécutés, de tous les jeunes méprisés, de tous les immigrés frappés, de tous les emprisonnés pour avoir parlé et pensé, de tous les travailleurs humiliés, de tous les morts d'oubli, de tous les hommes et les femmes comme tout le monde qui ne comptent pas, qu'on ne voit pas, qui n'ont pas de nom, qui n'ont pas de futur. Frères et soeurs, nous vous avons invités à cette rencontre pour vous chercher, vous retrouver et nous retrouver".
Elle résume la raison de notre présence : "Aujourd'hui, des milliers d'êtres humains des cinq continents crient leur "Ya Basta", leur "Ca suffit" au conformisme, à l'inaction, au cynisme, à l'égoïsme devenu Dieu moderne. Aujourd'hui, des milliers de petits mondes des cinq continents essayent un commencement, ici, dans les montagnes du sud-est mexicain, le commencement de la construction d'un monde nouveau et bon, un monde où tous les hommes aient leur place".
Il y a une magie dans le zapatisme. Un élan inexplicable, qui réveille les morts, qui transperce les carapaces de cynisme désespéré les plus endurcies. Un espoir. Comme l'a dit Marcos, le zapatisme n'est pas une idéologie, le zapatisme n'existe pas. C'est un pont, un pont pour se rencontrer d'un côté à l'autre de la réalité et de l'espoir. C'est pour cela que nous sommes là. Le lendemain, les gens s'embarquent dans les bus qui les emmènent dans leurs Aguascalientes respectifs : à La Realidad, on parlera de la politique qui existe et de celle dont nous avons besoin. A Roberto Barrios, de la question économique, intitulée "histoire d'horreur". A Morelia, de "Toutes les cultures pour tous. Et les médias ? Des graffiti au cyberspace". A La Garrucha, les populations indiennes de partout et d'ailleurs ont leur table de discussion : "Beaucoup de mondes tiennent dans ce monde". Restent à Oventic plusieurs centaines de personnes pour répondre à une question centrale : "Quelle société n'est pas civile ?".
Une semaine de discussions, de rencontres, d'échanges. Les barrières de langue s'abaissent. Ici, nous sommes tous égaux parce que nous sommes tous différents. Sous le regard indéchiffrable des zapatistes masqués qui écoutent tous les débats avec une patience infinie, des basques et des kurdes parlent des prisonniers politiques. Des lesbiennes dénoncent le nationalisme et la violence intrafamilliale, un chilien décrit la répression dans les années noires, une japonaise s'inquiète dans un espagnol hésitant de savoir si les commandantes indiennes, leurs bébés endormis sur le dos, comprennent bien les débats. Ailleurs, on parle d'expériences d'autogestion, de nouvelles formes d'organisation syndicale, du SIDA et de la santé, du patriarcat et du néolibéralisme, des enfants, des guerres civiles, des luttes antimilitaristes, des murs qui se sont levés depuis la chute du mur de Berlin, des immigrés, des indiens, des vieilles idéologies, des réseaux de contre-information, de la société du spectacle, de l'art comme résistance. La tour de Babel dans toute sa splendeur. Tables rondes, débats improvisés, discussions dans la queue du dîner, autour des douches en plastique, au creux des hamacs. La boue, le pluie, le froid ou le soleil brûlant ne parviennent pas à décourager toutes ces voix anxieuses de s'entendre. Adresses échangées, amis retrouvés, complicités nouées autour d'une déclaration lue en pleinière ou d'une pétition qui circule au hasard des tables.
Quelques faux-pas cependant. Inévitables ? Certains espéraient pouvoir entendre davantage les zapatistes. Mais les passe-montagnes se taisent, toute oreille. Il faudrait beaucoup plus de temps pour que leur parole se fraye un chemin dans le rythme accéléré des occidentaux. Beaucoup doivent se contenter de sourire aux enfants ou de discuter avec les cuisinières et les sentinelles. Mais ne sommes nous pas venus entendre la voix des plus petits, des sans voix, des sans importance ? Certains s'insurgent en voyant arriver les invités spéciaux, qui débattent pendant une demi-journée dans une table à part. Plus que Danièle Mitterand, le sociologue Alain Touraine provoque la colère d'une partie de la délégation française, qui n'a pas oublié son opposition aux grandes grèves de novembre- décembre 1995. Le soir même, Marcos descend de la montagne leur expliquer que la rencontre vise, justement, à construire un monde où tout le monde ait une place. Trop chrétien ? Un des enseignements les plus intéressants du zapatisme est pourtant cette tolérance dont l'EZLN a toujours fait preuve, cette capacité à travailler ensemble sur les points qui unissent, en gardant très présents à l'esprit les points qui divisent.
La fausse note la plus marquante demeure la place réservée à la question des femmes. Les zapatistes ont déclaré plusieurs fois que la première victoire zapatiste a été celle des femmes, des insurgées et des indiennes des bases d'appui, quand elles ont réussi à faire admettre leur participation pleine et entière aux maris jaloux et aux fiers guérilleros machistes des premiers temps. A tel point qu'un tiers de l'armée rebelle est composée d'indiennes, et que la société civile qui s'est organisée depuis le 1er janvier 94 pour éviter la guerre, est majoritairement composée de femmes. Pour la rencontre, les zapatistes avaient convoqué par leur nom les femmes, les féministes et les lesbiennes. Venues en grand nombre, enthousiastes, quelle ne fut pas leur surprise quand elles virent que le thème des femmes, loin de bénéficier d'une table à part entière, loin même d'être inclus dans la sous-table de la société civile organisée, avait été reléguée à la sous table de la société civile exclue, avec les homosexuels, les toxicomanes, les personnes atteintes de SIDA, les enfants et le troisième âge !
Comme à la rencontre préparatoire continentale de Berlin, au moment de lire leur déclaration, elle rompirent la monotonie de la séance pleinière finale en déployant des banderoles improvisées contre le patriarcat. Le "Ya basta des femmes, des féministes et des lesbiennes" restera la principale déclaration critique de la rencontre. La seule déclaration qui depuis une position de sympathie et de soutien actif, prenne la liberté de souligner certaines contradictions qui existent entre le discours des zapatistes et leurs pratique. Une déclaration qui fait aussi la preuve que les zapatistes acceptent la critique. Dans la dernière conférence de presse de la rencontre, Marcos réaffirmera la position de sincérité qui rend sympathique, crédible et profondément humaine cette armée au visage couvert, en avouant avec beaucoup de franchise que dans l'EZLN les femmes n'obtiendront rien sans lutte.
Sous un soleil de plomb et à peine dérangés par un soleil rasant de l'armée fédérale au dessus de La Realidad, les invités au bord de l'insolation eurent la patience d'écouter jusqu'à la dernière parole les comptes rendus des cinq tables de discussion. Pas de nouveautés ébouriffantes ? Rien de plus, rien de moins que ce que nous avions amené : nos Ya basta, nos espoirs, notre rébellion contre le cauchemar néolibéral, nos luttes, nos rêves. Pour continuer, plusieurs propositions, ouvertes et folles comme toutes les propositions zapatistes. Créer un réseau intercontinental d'information et d'échange contre le néolibéralisme et pour l'humanité. Organiser une grande consultation mondiale sur la déclaration finale de la rencontre, pour l'humanité et contre le néolibéralisme. Préparer une deuxième rencontre intergalactique pour l'année prochaine, en Europe.
Pour finir, sous la pression du public qui réclama que l'EZLN applique son fameux "commander en obéissant", le commandant Tacho dut s'exécuter. Armé de sa guitare, il entonna bravement la chanson "ranchera" classique, reprise par des centaines de voix de tous les coins du monde. Le gouvernement pourra-t-il encore prétendre que le mouvement zapatiste est cantonné à quatre municipalités indiennes du fin fond des montagnes du sud-est mexicain ?
Jules Falquet, San Cristobal de Las Casas, 6 août 1996.
La négociation sur le thème "Démocratie et Justice" entre l'EZLN et le gouvernement n'a pas abouti. Les deux délégations s'accusent mutuellement de cet échec ; pour la délégation gouvernementale, il est dû à l'attitude "intransigeante et étrangère à tout esprit de négociation" des zapatistes, qui "venaient pour tout ou rien, et cela a donné rien". Quant aux rebelles, ils ont affirmé que la stratégie du gouvernement était précisément de faire échouer le dialogue, que l'objectif du gouvernement était "la défaite du zapatisme et non pas une véritable solution aux causes du conflit". Ils ont ajouté que le gouvernement n'avait pas compris que "l'EZLN ne peut pas revenir au pays qu'il a laissé à l'aube du 1er janvier 1994". Les deux délégations ont approuvé, après de longues discussions, la proposition zapatiste de consulter les uns leurs bases, les autres le gouvernement qui les envoie, sur les documents présentés par les deux parties, et de reprendre les discussions le 4 septembre prochain, date qui n'était pas prévue dans le calendrier. Des représentants d'ONG's et du clergé catholique de Chihuahua (dans le nord du pays), dénoncent la militarisation de la région, où l'armée fédérale a installé des barrages routiers depuis le mois de mai. Des rumeurs circulent à propos d'un groupe de guérilla qui s'entraînerait dans les montagnes de cette région frontalière avec les Etats-Unis. Dans ces montagnes, un groupe d'enseignants avait créé au milieu des années 70 la "Liga Comunista 23 de septiembre", guérilla marxiste anéantie par l'état mexicain. Felipe Hernandez, maire de Benito Juarez (état de Veracruz) dénonce l'augmentation de la présence militaire dans les communautés Doroteo Arango et Ricardo Flores Magon. Les militaires surveillent les militants du FDOMEZ (Front Démocratique Oriental Mexicain Emiliano Zapata, importante organisation paysanne radicale du centre-sud du pays, qu'on a d'ailleurs appelé par erreur FDOMEX dans le Ya Basta précédent, cf. 10 août), et harcèlent les femmes. D'autre part, selon un porte-parole du Comité des Droits Humains de la Huasteca et la Sierra Oriental, les militaires recherchent des guérilleros et des armes dans cette zone du pays. Selon lui, il offrent entre 500 et 1000 pesos (entre 330 et 660 FF, soit plus d'un mois de salaire minimum) aux paysans en échange d'informations sur l'EPR, les dirigeants sociaux ou les autorités communautaires. Pablo Chapa Bezanilla, fonctionnaire chargé par le président de la république de l'enquête sur l'assassinat de Luis Donaldo Colosio (candidat officiel aux présidentielles de 1994), a été limogé. Il faisait partie (cf. Ya Basta précédent) des gens qui soutenaient la thèse du complot. Dans une interview à La Jornada, des prostituées d'un quartier populaire de Mexico, ont décliné l'offre faite par l'adjointe au maire de l'arrondissement, être embauchées comme policiers. Les filles ont motivé leur refus par les bas salaires des policiers, l'insécurité et le harcèlement des chefs. Selon des représentants des entrepreneurs du secteur immobilier, 120 millions de mètres carrés ne sont pas occupés dans le pays, et ceci malgré la crise du logement. Ce chiffre représente 37 % des logements du Mexique. A Mexico, où le problème est particulièrement aigu, plus d'un million et demi de mètres carrés de bureaux de luxe restent vides. Les spéculateurs comptaient profiter de l'activité commerciale générée par l'Alena pour vendre ces bureaux, dont le prix au mètre carré équivaut à 2 ans du salaire d'un ouvrier mexicain. Le prix des livres scolaires de collège va augmenter de 30 % en moyenne, selon le président de la chambre de l'industrie du livre.
Les 4 membres de l'OCSS qui avaient avoué appartenir à l'EPR, (cf. Ya Basta ! n 67, 12 juillet 96) sont revenus sur leurs déclarations, dont ils disent qu'elles ont été obtenues sous la pression et la torture.
Le ministre de l'Intérieur a affirmé que l'EPR n'avait pas de réelle structure militaire et qu'on avait identifié ses dirigeants. Ces déclarations vont à l'encontre de ce que dit la presse et d'autres membres du gouvernement, qui font état la présence de l'EPR dans diverses régions du pays.
Mille paysans ont occupé les bureaux du Ministère du Trésor pour demander des financements pour la production agricole. Ces paysans font partie du Mouvement du 10 avril, qui rassemble onze organisations paysannes dont la CIOAC, (Centrale Indépendante d'Ouvriers Agricoles et Paysans), l'UNTA (syndicat de travailleurs agricole, indépendant), la CNPI (Confédération Nationale des Peuples Indigènes), la CNPA (Coordination Nationale Plan de Ayala), le Barzón agricole... Ils ont obtenu l'ouverture de négociations avec les fonctionnaires du Trésor, négociations qui devraient commencer le 20 août. D'après Gilmar Mauro, membre de la Coordination nationale du Mouvement de travailleurs ruraux sans terre (Brésil), une délégation zapatiste visitera le Brésil avant la fin de l'année ; il ajoute que "le rapprochement avec l'EZLN fait partie d'une politique d'échange d'expériences des luttes populaires."
Longue interview de Marcos, publiée sur deux jours dans La Jornada. La question centrale soulignée par le Sup. est la présence et l'intervention croissante de l'armée dans tous les domaines, sous prétexte de lutte la corruption de la police et d'"opérations de prévention" contre les groupes armés. Il a ainsi évoqué l'apparition de l'EPR, "nous croyons que l'armée répond à la détérioration sociale et à l'apparition de groupes armés suite à la fermeture des voies politiques et à la gravité des conditions sociales ", et remarqué que les opérations menées par le nouveau groupe armé ont provoqué une réaction de l'armée fédérale à l'échelle nationale. Selon lui, dans le cas de Chiapas, les troupes fédérales sont entraînées dans le but de déclencher une offensive éclair quand le gouvernement considérera que la situation politique y est favorable : il existerait une force d'attaque rapide de 4 mille parachutistes et plusieurs groupes "commandos", tous entraînés pour la lutte dans la forêt et équipés d'armes de haute technologie. Selon lui, la stratégie du gouvernement serait de donner l'apparence du dialogue et de la négociation tout en préparant un coup contre la "tête" de l'EZLN. Il a d'autre part déclaré que la présence de l'armée fédérale affectait gravement la vie des communautés, les paysans ne pouvant pas travailler leurs terres, et les soldats exerçant un harcèlement permanent à l'encontre des femmes indiennes. Enfin, il a estimé que la suite des événements dépendrait de la capacité de la société mexicaine à s'interposer entre les armées et à construire une voie politique, et que, si jamais le gouvernement frappait la direction des zapatistes, beaucoup d'armées surgiraient, sans commandement unifié et donc sans possibilité de négociation, et qu'en conséquence, ce serait la guerre.
D'après le Ministère du Trésor, le PIB a augmenté de 7,2% entre avril et juin. C'est le premier indice positif depuis décembre 1994. La dette extérieure a augmenté de 16% entre la fin 1994 et juillet 1996, et atteint plus de 158 milliards de dollars.
La marche "Oaxaca de pie" ("Oaxaca debout") organisée par l'Union paysanne démocratique (UCD, organisation régionale indépendante) est arrivée à Mexico. Les marcheurs ont parcouru plus de 500 kilomètres entre Oaxaca et Mexico pour demander la démilitarisation de l'état de Oaxaca et en particulier de la région mazateca, la révision de la décision de construire un chemin de fer et une voie de communication transocéanique à Tehuantepec, la suspension des procédures légales contre plus de 300 paysans membres de l'UCD, et l'attribution de moyens pour le développement social. A leur arrivée, ils se sont installés sur le Zócalo (grande place du centre ville), d'où ils ont été délogés par la police ; le lendemain (le 19 août), ils ont occupé les bureaux du gouvernement de l'état de Oaxaca à Mexico.
Les sept présumé(e)s zapatistes, arrêté(e)s à Yanga (Veracruz) le 9 février 1995 ont été condamné(e)s à 6 ans et 9 mois de prison pour "possession et fabrication d'armes et d'explosifs". La Commission Nationale des Droits de Humains (organisme gouvernemental) elle-même a reconnu que les aveux de Rosa Hernández Hernández, Hermelinda García Zepahua, Alvaro Castillo Granados, Martín Trujillo Barajas, Luis Sánchez Navarrete, Hilario Martínez Hernández et Ricardo Hernández López avaient été obtenus sous la torture ; devant le tribunal, les sept ont nié les accusations et dénoncé les pressions policières. Il y a encore dix autres présumé(e)s zapatistes en attente de jugement. Il y a eut deux affrontements ces derniers jours entre paysans du PRD et du PRI à Venustiano Carranza (Chiapas) ; le bilan est de un mort et neuf blessés. Les paysans du PRD exigent la démission du maire (PRI), et la remise des terres accordées par décision présidentielle.
L'un des signes les plus préoccupants de la crise politique au Mexique est l'apparition de nouveaux groupes armés. L'EPR (apparu à Aguas Blancas, Guerrero, le 28 juin dernier) a fait diverses manifestations publiques (attaques contre l'armée fédérale et distribution de propagande). Le 11 août, l'hebdomadaire mexicain Proceso a publié une interview de deux commandants du groupe : José Arturo et Francisco. Voici un résumé de l'article.
Origine et structure
L'EPR serait la manifestation armée du Parti démocratique
populaire révolutionnaire (PDPR), qui a vu le jour le 18 mai dernier.
Le Parti (qui comporte un Comité central) exerce le commandement
sur des militants et sur des militaires. L'EPR est formé de commandos
(de 4 combattants), qui forment des pelotons (de trois commandos), qui
eux-mêmes composent des détachements, puis des brigades et
des bataillons. Les commandants n'ont pas révélé combien
de membres comptait cette armée. D'après Proceso, l'EPR est
le rassemblement de 14 organisations armées qui étaient éparpillées
jusqu'au 1er mai 1994 (Comandos Armados Mexicanos, Francisco Villa, Morelos,
Genaro Vázquez et Vicente Guerrero; Brigadas Obrera de Autodefensa,
Obrera 18 de Marzo et Campesina de Ajusticiamiento; Células Comunistas,
Organización Revolucionaria Ricardo Flores Magón, Organización
Revolucionaria Armada del Pueblo, PROCUP-PdlP, Unión de Comandos
Revolucionarios).
Son programme
Lors de la rencontre avec les journalistes, l'EPR a lancé le Manifeste
de la Sierra Madre oriental, qui appelle le peuple mexicain à lutter
pour "la construction de la République démocratique
et populaire", propose la formation d'un gouvernement provisoire qui
réponde aux intérêts du peuple et l'élaboration
d'une nouvelle Constitution politique. Parmi les 45 points du Manifeste,
les journalistes ont retenu : la nécessité d'obtenir des
libertés politiques, le respect des résultats des élections,
la nécessité de conserver la souveraineté nationale,
l'exigence de démilitarisation du pays et de respect des droits
de humains. L'EPR se déclare pour l'autonomie des peuples indiens,
la répartition des terres, les allocations-chômage, la fin
des grandes propriétés (latifundia). Le Manifeste appelle
la population à s'organiser en "une seule force sociale et
historique pour libérer la nation mexicaine de l'Etat oppresseur"
par la combinaison de toutes les formes de lutte : "économique,
politique et idéologique, légale, clandestine, électorale,
parlementaire, l'action politique des masses et la lutte armée révolutionnaire
; il réclame aussi la solidarité internationale et le respect
de la Convention de Genève.
La construction et les armes
Les journalistes ont constaté le caractère moderne des armes
dont dispose l'EPR, armes qui proviennent du marché noir ; l'EPR
aurait trois sources de financement : le soutien populaire, les séquestrations
des grands entrepreneurs et les "expropriations bancaires". D'après
les commandants, l'utilisation de telles méthodes a été
déterminée par la "guerre non déclarée"
du gouvernement contre le peuple. Par contre, ils soulignent que leur armée
n'a rien à voir avec le trafic de drogue et dénoncent la
présence croissante des trafiquants dans les hautes sphères
du gouvernement. Ils affirment que l'EPR est localisée dans divers
endroits du Mexique grâce au travail clandestin effectué depuis
plusieurs années pour organiser la population en unités militaires
et politiques : "de même qu'on a besoin d'une armée,
il faut construire une armée d'organisateurs politiques qui agissent
dans les grandes villes en développant un travail de construction
idéologique, d'explication, de dénonciation de ce qui s'est
passé afin de réussir la construction de cette force sociale"
nécessaire pour la transformation du pays.
Ses actions
A propos du jour où elle est apparue, l'EPR savait que l'hommage
aux victimes du massacre d'Aguas Blancas serait un événement
très médiatisé ; pour eux, "il ne s'agissait
pas seulement de rendre un hommage aux paysans assassinés mais surtout
de transmettre un message à la nation, en exposant que là
où le gouvernement réprime, il doit y avoir une réponse
armée, de nouvelles armées révolutionnaires doivent
surgir, car c'est la seule issue qu'est en train d'imposer le gouvernement."
Car il n'y a pas eu une déclaration formelle de guerre contre l'armée
fédérale, les moyens d'action de l'EPR sont la propagande
armée, dont l'objectif serait de contrer la guerre de basse intensité
menée par le gouvernement. Les journalistes de Proceso ont gardé
une image "militaire" des commandants de l'EPR ; tous les deux
sont des métis et utilisent un langage politique "marxiste".
L'EPR s'est manifestée dans deux régions : le Guerrero et
la Sierra Madre orientale (territoire qui comprend les états de
Hidalgo, Veracruz, San Luis Potosí, Tamaulipas et Puebla).
EPR et EZLN
L'un des thèmes abordés lors de l'interview a été
celui des points communs et des différences avec l'armée
zapatiste. D'abord les commandants de l'EPR affirment qu'en plus d'eux
et de l'EZLN, il y aurait au Mexique plusieurs autres groupes armés.
Ils constatent aussi que le soulèvement zapatiste a eu une grande
influence dans la construction des forces d'opposition au système
politique. D'après les commandants de l'EPR, les zapatistes ont
"un important pouvoir d'appel" dû à leur langage
et leur politique : "A travers la parole, on a réussi à
créer une force morale, mais si elle n'est pas soutenue par des
éléments plus solides du point de vue théorique, politique,
idéologique, elle tend à s'affaiblir et à se disperser.
Et le défi n'est pas seulement de créer une force morale
mais aussi de la matérialiser afin qu'elle soit capable de réaliser
les tâches sociales et historiques immédiates... réaliser
des changements par la voie démocratique et révolutionnaire".
L'une des différences substantielles avec l'EZLN serait que l'EPR
lutte pour le pouvoir.
Le PRD d'après l'EPR
En ce qui concerne les partis politiques, l'EPR ne pratique pas le même
discours sectaire et intolérant qui avait caractérisé
les groupes qui sont à son origine ; par exemple, les commandants
ont distingué le PRD (centre-gauche) du PRI (parti au pouvoir) et
du PAN (droite), en disant que même si sa lutte est "limitée",
il a un rôle à jouer dans la transformation du pays : d'après
les commandants de l'EPR, les principaux dirigeants du PRD (Cárdenas,
Castillo, Muñoz Ledo et López Obrador) ne partagent pas l'idée
de la lutte armée et même, ils luttent pour éviter
la naissance de nouveaux mouvements armés ; pour les commandants,
réussir à éviter la prolifération des groupes
armés serait la preuve de la capacité des organisations légales
à encourager les changements démocratiques, "mais, étant
donnée la situation économique, sociale et politique, une
telle réussite n'est pas possible ; cette lutte du PRD trouvera
ses limites, bien qu'elle soit nécessaire".
Enrique Flota, juriste au Centre de Droits Humains Miguel Agustin Pro
Juarez, déclare que la sentence prononcée à l'encontre
des sept présumés zapatistes arrêtés a Yanga
(Veracruz) n'a aucune validité juridique. Les principales preuves
étaient des déclarations obtenues sous la torture et une
perquisition illégale.
La CONPAZ demande au gouvernement la grâce de 92 indiens du Chiapas,
qui selon l'ONG sont prisonniers pour des raisons politiques. Les indiens
sont des militants du PRD, de l'OCEZ (cf. Ya Basta n 6, 25 mars 95, n 7,
29 mars, n 11, 29 avril 95, n 39, 8 décembre 95, n 40, 13 décembre,
n 52, 22 mars 96), de la CIOAC ( Centrale Indépendante d'Ouvriers
Agricoles et de Paysans, organisation indépendante assez radicale),
et des organisations indiennes Tres Nudos et Kuichan.
Selon José Sanchez, Conseiller juridique de l'OCSS, les soldats
qui tiennent le barrage militaire de Coyuca de Benitez demandent le nom
et le domicile des personnes qui franchissent le barrage. Selon lui, cela
pourrait être un volet de la campagne contre-insurrectionelle dirigée
contre l'EPR.
Selon des journaux locaux, l'armée fédérale a augmentée
ses effectifs dans les montagnes de Tezonapa (frontière entre les
états de Veracruz, Puebla et Oaxaca). On dit que les soldats cherchent
un groupe armé formé par des dissidents de l'EZLN.
Environ 300 paysans de l'OCEZ et du FAC-MLN (Front Ample pour la Construction
du Mouvement de Libération National, rassemblement d'organisations
de gauche visant à construire un mouvement pluriel -le futur MLN-
pour lutter contre le parti d'État, Cf. Ya Basta n 42 sur le FZLN)
ont occupé la mairie de Chiapa de Corzo (à 15 km de Tuxtla)
pour protester contre la violence des milices liées au PRI dans
la municipalité de Venustiano Carranza.
Ces trois derniers jours, 5 indiens tzotziles ont été assassinés
à Simonjovel. On n'en sait pas plus.
Un rapport de Human Rights Watchs (ONG américaine qui travaille
sur le Mexique) dénonce des violations des droits humains et du
droit du travail des femmes des maquiladoras (usines d'assemblage réputées
pour les mauvaises conditions de travail et de salaire qu'elles offrent
; la plupart de leurs salariés sont (évidemment) des femmes)
du nord du Mexique. Ils disent que dans ces usines les femmes doivent faire
un test d'urine, et répondre à des questions sur leurs "habitudes
sexuelles, leur usage de méthodes de contraception, et leur période
menstruelle", ceci pour ne pas embaucher de femmes enceintes ; dans
certaines entreprises on menace de licencier les femmes si elles tombent
enceintes. Parmi les maquiladoras qui utilisent ces pratiques, certaines
sous-traitent pour General Motors, General Electric, Zenith, Panasonic,
Sanyo et ATT. A bon entendeur...
La défense des présumés zapatistes arrêtés
à Yanga a fait appel des condamnations (cf. Ya Basta précédent,
21 août).
Arturo Núñez, adjoint du ministre de l'Intérieur,
affirme que l'EPR est implantée dans le Guerrero, mais pas ailleurs.
Il promet que son ministère donnera très prochainement davantage
d'informations sur le groupe de guérilla.
Dans une interview donnée dans la clandestinité, quelques
commandants de l'EPR affirment que leur armée a des combattants
jusque dans la capitale du pays et l'état voisin de Mexico, et revendiquent
avoir tué 59 soldats dans le Guerrero.
Le gouvernement du Chiapas a arrêté illégalement 8
espagnols et 4 mexicains qui faisaient un travail de solidarité
dans les communautés indiennes du Chiapas. Ils ont été
relâchés le lendemain.
Selon le commandant Oscar, de l'EPR, celle-ci "correspond à la nécessité de donner une réponse politique à la militarisation et la répression croissante dans le pays et particulièrement dans le Guerrero".
Selon un rapport de la PGR (police judiciaire), en 1995 il y a eu 550 kidnappings au Mexique. Dans le premiers 4 mois de 1996 il y en a eu 160. 40 % de ces délits sont commis dans les états de Guerrero et Morelos, et à Mexico.
Nouveau rebondissement dans l'affaire Colosio. Selon une nouvelle analyse des vidéos du crime menée par un laboratoire indépendant, une femme aurait crié "on va vous tuer" au candidat du PRI, et la présence de trois nouveaux personnages a été mise en évidence : un "observateur" qui suit Colosio de très près et reste impassible après le coup de feu, quelqu'un qui, tout de suite après, indique une personne aux gardes du corps, (et cette personne n'est pas Mario Aburto, le coupable officiel), et une femme qui semble faciliter l'approche du tueur. Tout cela renforce les spéculations sur la thèse du complot.
Selon une représentante de la CADHAC (Centre d'appui des droits humains), 350 personnes meurent de faim chaque jour au Mexique.
Selon le Commandant Vicente de l'EPR, en janvier 1994 ils ont apporté leur "petit grain de sable" au soulèvement zapatiste : ils ont réalisé quelques "opérations de harcèlement" contre l'armée fédérale à Mexico et dans les états de Hidalgo et Guerrero. Mais lorsque l'EZLN a accepté de dialoguer avec le gouvernement ils ont pris leurs distances. Il affirme que si le dialogue était rompu, les zapatistes auraient "notre modeste soutien, comme ils ont déjà notre respect" . A propos du PRD dit que son travail est "très louable parce qu'il essaie de présenter une option d'organisation aux gens".
Le Centre de Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas dénonce que les cadavres de 7 indiens ont été retrouvés dans une grotte, dans la municipalité de Chenalho (Chiapas). Parmi eux il y a peut être les corps de 4 adolescents qui ont été enlevés dans leurs maisons le 19 août pour des raisons inconnues.
Rocío Mesino, dirigeante de l'OCSS, dénonce que Hilario Mesino Acosta, dirigeant de la même organisation et actuellement en prison à Acapulco (Guerrero) pour appartenance à l'EPR, a été torturé à deux reprises pour le faire "avouer".
Cleofas Sánchez Ortega, Pedro Barrios Sánchez, Gonzalo Sánchez Mauricio et Gervacio Arce Gaspar, paysans arrêtés près d'Aguas Blancas, dénoncent que le chef de la police judiciaire du Guerrero leur a fait subir des pressions et des tortures pour les obliger a déclarer que Ranferi Hernández Acevedo, député du PRD, les avait payés 2.000 pesos (environ 1300 FF) pour participer à l'EPR. Sánchez Ortega présente des cicatrices au visage, et affirme qu'ils étaient descendus de la montage pour chercher du travail. La police les a arrêtés le 7 juillet, mais la date officielle de leur incarcération est le 9 juillet.
Le bulletin officiel du PAN (le parti de droite qui commence a gagner des postes au pouvoir grâce à ses négociations avec le PRI), publie un article dans lequel ils demandent au gouvernement de surveiller de près quelques "personnages clefs" des organisations sociales du Guerrero, pour "prévenir la prolifération de la guérilla". Parmi les personnes citées, le dirigeant de l'OCSS Benigno Guzmán, les prêtres Máximo Gómez et Orbelín Jaramillo, et le leader indien Marcelino Díaz.
Opérations militaires "de propagande" de l'EPR dans six états du Mexique. Les attaques les plus importantes ont eu lieu dans les états de Oaxaca et Guerrero. A Huatulco (Oaxaca), l'EPR a tiré en l'air et dans des vitrines (Huatulco est un centre touristique "chic"), tuant deux civils. Bilan officiel dans les villes de Huatulco et Tlaxiaco (Oaxaca) : 7 morts, dont trois policiers et deux rebelles. Dans le Guerrero, les guérilleros ont tiré des coups de feu devant les casernes Ciudad Altamirano et Petatlán ; ils ont aussi tiré sur le commissariat de Tixtla, et sur un groupe de policiers à Acapulco. Bilan : un policier mort, quatre policiers et six soldats blessés. Dans les états de Tabasco, Mexico et Guanajuato il y a eu aussi quelques affrontements, et des attaques contre des installations électriques. Au Chiapas, l'EPR a bloqué pendant quelques minutes la route Tuxtla Gutiérrez - San Cristobal et y ont déployé une banderole.
Après avoir qualifié les zapatistes de terroristes et les avoir traités comme tels (offensive militaire de février 1995, condamnations des présumé(e)s zapatistes), le gouvernement estime maintenant qu' "il doit y avoir une claire distinction entre l'EZLN et l'EPR... L'EZLN, même si elle a surgi dans la vie nationale par la voie violente, ne l'a pas fait par la terreur, à la différence de l'EPR qui dès le début a fait des actions terroristes. (...) L'EZLN est un mouvement qui a une base sociale. L'EPR n'en à pas"" (Zedillo, d'après Pablo Salazar, membre de la COCOPA). Conférence de presse d'Arturo Nuñez, pour faire le point sur l'EPR. Le bilan officiel des actions des 28-29 août est de 10 morts, 22 blessés et six véhicules volés. Selon Nuñez, l'EPR serait "le bras armé" du PROCUP-PdlP (Parti révolutionnaire ouvrier et paysan Union du peuple - Parti des pauvres, vieux groupe de guérilla de tendance stalinienne et militariste, héritier de la guérilla de Lucio Cabañas), et il y aurait des organisations sociales servant de façade légale à l'EPR, parmi lesquelles l'OCSS (cf. Ya Basta ! n 20, 20 juillet 95, n 38, 22 novembre 95, n 66, 6 juillet 96), le FDOMEZ (cf. Ya Basta ! n 70, 10 août, et n 71, 13 août 96) et le FNDP (Front National Démocratique Populaire). Les dirigeants de ces organisations ont nié toute relation avec l'EPR ; selon eux, le gouvernement prend prétexte de l'apparition du nouveau groupe de guérilla pour réprimer les organisations sociales. D'autre part, deux dirigeants du PROCUP et du FNDP, incarcérés depuis 1992, ont été transférés à la prison de haute sécurité d'Almoloya. Une dizaine d'étudiants et de parents d'étudiants ont commencé une grève de la faim devant le Ministère de l'Éducation pour demander l'augmentation du nombre de places dans les lycées dépendant des l'universités Nationale et Polytechnique, et pour contester les résultats de l'examen d'entrée. Le lendemain, 15 autres personnes se ont rejoint la grève de la faim.
Nouvelle attaque de l'EPR : 50 guérilleros ont attaqué un détachement de l'armée fédérale sur l'autoroute Carácuraro-Villamadero (Michoacán) faisant 1 mort et trois blessés du côté des soldats. Interviewé à la télé, Zedillo a qualifié l'EPR de "groupe de (...) criminels violents, d'assassins cruels", et déclaré que le gouvernement emploierait tous les moyens pour les combattre.
Aller au : Jour suivant Page Principale