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Selon une étude du Banco de Mexico (la banque nationale), la masse salariale du secteur industriel a diminué de 13,6 % en 1995, par rapport à 1994. Par contre, durant la même période, la productivité moyenne des ouvriers a augmenté de 2.1 %, et 3.129 travailleurs par jour ont perdu leur emploi. -Les étudiants ont libéré les bureaux du recteur de l'UNAM, après 9 jours d'occupation. Un dialogue doit s'engager le 4 octobre entre les autorités universitaires et les étudiants mécontents. - Le sous-commandant Marcos a fait sa première apparition publique depuis le mois de février : il a fait partie de la délégation de l'EZLN qui s'est réunie avec la Cocopa à l'ejido La Realidad pour donner une réponse à l'invitation faite par celle-ci à participer au "dialogue national" (Cf. Ya Basta ! n 26, 3 septembre, et n 27, 6 septembre). Les zapatistes ont rendu public un très long communiqué où ils expliquent leur position. - Suite à cette réunion, la Cocopa et l'EZLN ont signé un accord, dont le premier point est l'acceptation par zapatistes de participer à un forum sur les droits des indiens et sur les femmes. Dans un deuxième point, les zapatistes se sont engagés à faire des propositions sur l'organisation de ces forums, et dans un troisième, la Cocopa s'engage à recevoir, étudier et répondre aux réponses de l'EZLN. - Publication d'un communiqué signé par le sous-commandant Marcos où il explique la position zapatiste pour l'après-consultation. Tout d'abord, il remercie tous les participants à consultation, et particulièrement les organisations sociales et indiennes, les femmes, les jeunes, les homosexuels et les lesbiennes "persécutés de toujours", ainsi que les prisonniers du pays, "prisonniers pour délit de pauvreté, (...) prisonniers pour délit de penser, (...) ou parce qu'ils refusent d'être des criminels, (...) complices du crime qui consiste à ne rien faire". Les zapatistes déclarent dissoutes toutes les commissions crées pour la consultation. Selon Marcos, la leçon la plus importante de la consultation est que la société a appris que les citoyens peuvent s'organiser par eux-mêmes. A propos des réponses aux questions, Marcos dit, par exemple, que la première a démontré qu'il ne suffit pas d'énumérer les demandes du peuple mexicain, mais qu'il faut faire un plan de lutte et un programme alternatif pour arriver à une solution. A propos des questions 4 et 5, il dit que "nous devons réfléchir aux résultats" et que pour cela "un effort de dialogue interne et une réponse publique" est nécessaire. Les zapatistes répondent à la Cocopa qu'ils ne veulent pas un dialogue avec "les grands signeurs" de la politique, c'est-à-dire les partis politiques et le gouvernement, mais avec la société civile, où participeraient des organisations comme les ONG's, Ruta 100, El Barzon, etc. Ils demandent la réalisation d'un forum spécial avec leurs invités et leurs sujets; ils proposent à la Cocopa de présenter les résultats de ce forum au gouvernement et aux partis politiques, ainsi qu'à l'assemblée nationale. Aux citoyens mexicains, les zapatistes demandent d'organiser des Comités Civils de Dialogue à tous les niveaux, pour discuter de la suite à donner à la lutte, de la formation d'un front national d'opposition et de la création d'une nouvelle force politique indépendante qui prenne comme base l'EZLN. Pour cela, la condition est de ne pas être attaché à un parti politique. Au niveau international, l'EZLN demande de"réaliser une réunion intercontinentale de toutes les forces qui luttent pour l'humanité, c'est-à-dire, contre le néolibéralisme". On en reparlera... En attendant, la traduction intégrale de ce long communiqué sera publiée dans le prochain "Solidarité Chiapas " (publication du Comité).
Anniversaire du massacre de 1968. Ce jour-là, le gouvernement mexicain réprima à coups de feu un mouvement de protestation qui avait commencé chez les étudiants et qui s'était étendu à la population de la capitale. Ce mouvement demandait principalement la démocratisation du régime. Le nombre de victimes est estimé a quelques centaines. Dix jours plus tard commençaient les jeux olympiques, dans un pays qui offrait au monde une image de "paix et tranquillité". Un slogan en est resté : "Dos de octubre : no se olvida". ("Le deux octobre n'est pas oublié"). - Selon les commandants de l'EZLN, ainsi que pour les membres de la Cocopa, la réunion qu'ils ont tenu à La Realidad a eu des résultats positifs. Des représentants de la Cocopa, des zapatistes et des membres de la Conai ont fait un discours devant la population de deux des plus grandes communautés de cette région (La Realidad et Guadalupe-Tepeyac, dont les habitants étaient aussi présents). Tacho a exprimé leur peur de voir la population de La Realidad subir des représailles du type de celles qu'a subies Guadalupe-Tepeyac pour avoir hébergé les zapatistes (c'est à dire la destruction totale du village). Les commandants de l'EZLN qui se sont entretenus avec la Cocopa sont : Tacho, David, Trini, Javier, Felipe (celui qui a lu la déclaration de la forêt Lacandona le 1 janvier 1994), Moisés et Marcos. Pendant trois jours, les indiens du village ont fait la fête, et le dernier jour ils ont préparé des feux d'artifice qui "ne sont pas les voix des armes, mais de la joie", a dit Tacho. - Deux conseillers seront rajoutés à la délégation gouvernementale au dialogue qui ira à la discussion sur l'organisation de la rencontre sur les droits et la culture indiens. Ces conseillers sont : M. Gonzalez Tiburcio de l'Institut National Indigéniste (officiel) et Alberto Aguilar du Ministère de Développement Social. Par contre, Gustavo Iruegas et Javier Zenteno, qui jusqu'à aujourd'hui participaient aux négociations, n'y seront pas cette fois-ci. - Pour la première fois lors des élections locales du Chiapas, le PRI (parti au pouvoir) n'a pas réussi a trouver des candidats pour tous les postes à renouveler : dans la municipalité de Villa del Ruiz, personne n'a voulu défendre les couleurs du parti officiel. pendant ce temps, au PRD, on parle de remporter les élections dans 30 ou 50 municipalités. Parmi les candidats du PRD, 18 sont des sympathisants notoires des zapatistes.
Dans un communiqué daté du 2 octobre, le CCRI-CG de l'EZLN envoie un salut "fraternel" aux étudiants en lutte de l'UNAM et signale que, pour les zapatistes non plus, le 2 octobre "no se olvida " (n'est pas oublié). Dans un communiqué daté du 2 octobre, le CCRI-CG de l'EZLN fait connaître la liste des 106 conseillers qu'ils proposent pour les accompagner dans la discussion sur les droits et la culture indiens (cf. Ya Basta! n 27 : 6, 8, 11 et 12 septembre). Un commentaire sur ce communiqué a été publié dans le supplément à Ya Basta! n 30. Dans un communiqué daté du 2 octobre, le CCRI-CG de l'EZLN déclare qu'ils ne veulent exclure personne du dialogue, mais qu'ils tiennent à ce qu'y participent ceux auxquels on a toujours refusé la parole : la société civile. Ils répètent aussi leur invitation à la Cocopa pour que celle-ci serve de lien entre les zapatistes et la société civile d'une part, et le gouvernement et les partis politiques de l'autre. La discussion préliminaire à la rencontre sur les droits et la culture indiens a commencé à San Andrés Larráinzar. Les délégations gouvernementale et zapatiste sont arrivées a des accords concernant les mesures de sécurité nécessaires à la rencontre et sur le fonctionnement des groupes de travail.
Dans un communiqué daté du 4 octobre 1995, le CCRI-CG
de l'EZLN dénonce le climat de violence et répression au
Chiapas, à quelques jours des élections locales. Ce communiqué
a été publié dans le supplément à Ya
Basta! n 30. Les zapatistes et le gouvernement sont arrivés à
un accord concernant l'installation de la table de discussion sur les droits
et la culture indiens. Les travaux commenceront le 17 octobre à
San Cristobal de las Casas pour cinq des groupes de travail et San Andrés
Larráinzar pour le sixième. Les thèmes sont :
1 ) Communauté et autonomie : droits indiens (c'est à dire
le droit des indiens à vivre en communautés, et le droit
à l'autonomie de ces communautés);
2 ) Quelles garanties de justice pour les indiens ;
3 ) Participation et représentation politique des indiens ;
4 ) Situation, droits et culture des femmes indiennes ;
5 ) Accès aux moyens de communication ;
6 ) Promotion et développement de la culture indienne.
Chaque partie viendra aux discutions avec ses invités.
Plus de 700 indiens tzeltales appartenant à l'Association Rurale d'Intérêt Collectif- Indépendante et Démocratique (ARIC-ID, l'une des organisations paysannes les plus importantes, née d'une scission au sein de l'ancienne ARIC, laquelle est désormais appelée ARIC-O, c'est-à-dire, officielle) ont "récupéré" les bureaux qu'occupait l' ARIC-Officielle près d'Ocosingo. Les militants de l'ARIC-ID, ont déclaré que leur assemblée a décidé de nommer de nouvelles autorités et de ne plus reconnaître les conseillers et dirigeants de l'ARIC-O, qui "étaient d'accord avec le gouverneur" du Chiapas et "ont commencé à travailler avec le gouvernement contre les principes de notre organisation". Ils ont ajouté que, à plusieurs reprises, ils ont demandé aux dirigeants de l'ARIC-O de leur rendre les locaux, qui légalement leur appartiennent.
L'Assemblée Démocratique du Peuple Chiapanèque (Aedpch) a porté plainte contre X, pour essayer de stopper la vague de violence contre les indiens et les paysans dans les municipalités de Tila, Sabanilla, Tumbala et Salto de Agua. L' Aedpch affirme que les éleveurs et les caciques locaux payent quelques indiens et métis 500 pesos par mois pour qu'ils organisent des milices armées, pour s'affronter aux autres indiens. Le sous-directeur de l' Organisation des Nations-Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation en Amérique Latine a déclaré qu'il y a 59 millions de personnes qui souffrent de la faim en Amérique Latine, mais que la situation "s'améliore".
Marcos a envoyé une lettre au peuple des États-Unis dans laquelle il dit que, malgré le soutien de Bill Clinton au régime mexicain, la dictature sera "effacée" du pays, et lance un appel aux citoyens américains à "ne pas se tromper", et à soutenir la lutte pour la démocratie, la justice et la liberté au Mexique. Plus de mille indiens tzeltales ont participé à un meeting de soutien à M. Rogerio Santis Méndez, candidat du PRD à la mairie d'Altamirano, et tzeltal lui-même. Selon lui et son équipe, le gouvernement du Chiapas est en train de préparer la fraude électorale, parce que ils ne veulent pas, cette fois-ci, être battus à Ocosingo, Altamirano et Las Margaritas. (Dans ces municipalités, le PRI avait été battu aux élections du 21 août 1994 avec un score de 38.44 % des voix , contre 52.98 % pour le PRD. Il s'agissait d'un scrutin pour le poste de gouverneur de l'État, qui a été, au niveau de l'État, remporté frauduleusement par le PRI). Diverses organisations sociales, dont le syndicat de Ruta 100, la Coordination Intersyndicale Primero de Mayo et la Coordination Nationale d'Organisations Sociales, appellent à une première rencontre pour un dialogue national, qu'ils organisent, répondant en cela à l'invitation faite par l'EZLN (cf. Ya Basta! No 30 et la brochure Solidarité Chiapas No. 3 à paraître prochainement). Cette rencontre aura lieu du 10 au 12 octobre à San Cristobal de las Casas. L'évêque Samuel Ruiz déclare qu'il faut se demander sérieusement si les autorités auront la capacité de faire face à la vague de violence qui risque de déferler au lendemain des élections du 15 octobre. Le président de la Conai affirme que ce scrutin est si peu crédible pour la population, que beaucoup de communautés sont en train de s'armer et qu'il y en a dans lesquelles "les gens n'ont pas l'intention d'aller voter, mais d'aller occuper les mairies". La tension et l'inquiétude augmentent à Ocosingo où 800 indiens tzeltales appartenant à l'ARIC-O se sont rassemblés sur la place centrale du village pour exiger la restitution des bureaux centraux par les militants de l' ARIC-ID (cf. 5 octobre).
Le PRD a annoncé que son nouveau candidat à la mairie d'Angel Albino Corzo est Juan Roblero Roblero, frère de l'ancien, assassiné le 17 septembre (cf. Ya Basta! n 29, 21 septembre). Trois infirmières du programme de vaccination du ministère de la santé ont été violées par un groupe de 25 hommes armés et masqués, après que l'équipe de vaccination soit tombée dans une embuscade, près de San Andrés Larráinzar. Un représentant du syndicat des travailleurs de la santé a déclaré qu'ils ne reprendraient pas leur service tant que les coupables ne seront pas punis et que des mesures de sécurité minimales ne seront pas prises. Des indiens tojolabales habitant La Realidad dénoncent le fait que depuis l'apparition de Marcos dans leur village (le 1er octobre), des avions et des hélicoptères de l'armée fédérale survolent le village à basse altitude. En fait, la situation de La Realidad ressemble assez à celle de Guadalupe- Tepeyac avant l'offensive gouvernementale (Sur Guadalupe Tepeyac, voir Ya Basta! n 28).
Selon les observateurs politiques, le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel , le parti au pouvoir au Mexique depuis plus de 65 ans) pourrait perdre les villes les plus importantes du Chiapas lors des élections locales du 15 octobre. Le PAN (Parti d'Action Nationale, parti conservateur de droite) serait en mesure de remporter Tuxtla Gutiérrez, capitale de l'État, et le PRD (Parti de la Révolution Démocratique, opposition de gauche, dont le leader est Cuauhtémoc Cárdenas) pourrait gagner certaines municipalités importantes des régions indiennes. Dans celles-ci, le PAN n'a réussi à présenter que 2 listes pour 30 municipalités à pourvoir. A San Cristobal, le PRI présente comme candidat à M. Rolando Villafuerte, qui est actuellement fonctionnaire de la mairie et l'un des principaux animateurs du groupe des "auténticos coletos" (groupe xénophobe et antizapatiste, soutenu par les éleveurs et les riches de la région. Cf. Ya Basta! n 5, 16 mars). Selon Juan Pedro Viqueria, chercheur en anthropologie sociale, "depuis les années 30, le parti au pouvoir a contrôlé la région des Altos de Chiapas ( région majoritairement indienne) par le biais premièrement, des dirigeants locaux du Syndicat de Travailleurs Indiens (STI), et secondement des éducateurs bilingues. Ces caciques garantissaient la tranquillité dans leur territoire et beaucoup de voix pour le PRI aux élections fédérales et locales, en échange d'une ample d'autonomie dans les affaires locales ". Cependant, "à partir des années 60, ce système de contrôle s'est épuisé et a progressivement fait preuve d'un durcissement autoritaire ". Deux indiens protestants (l'un était pasteur) ont été assassinés dans la municipalité de Huitiupan, par des hommes masqués. La cause de ces meurtres n'a pas été élucidée, du moins pour l'instant. D'autre part, la commission législative qui est allée dans plusieurs municipalités du Chiapas vérifier l'existence des guardias blancas (les milices privées au service des propriétaires) a qualifié la région de "zone à haut risque ", et proposé d'annuler les élections, pour éviter des affrontements. Sur les 20 dernières années (depuis que le Mexique suit les directives économiques du FMI), l'économie mexicaine a envoyé à l'étranger plus de 162 milliards de dollars, au titre des intérêts de la dette extérieure, dette extérieure dont le solde était en juin dernier de 93.536 milliards de dollars.
Le Forum pour le Dialogue Démocratique et Populaire dans le Chiapas,
organisé par l' Aedpch (Assemblée Démocratique du
Peuple Chiapanèque, analogue locale de la CND), s'est terminé.
Les principales conclusions en sont :
a) tout semble indiquer que les élections du 15 octobre seront marquées
par la fraude;
b) les 120 mille hectares récupérés par les paysans
entre 1994 et 1995 leur appartiennent légitimement, et une nouvelle
loi agraire est nécessaire;
c) la liste des sujets de discussion entre l'EZLN et le gouvernement n'est
pas complète, il faudrait ajouter les sujets suivants : Terre et
territoire; Développement intégral des peuples indiens; Ressources
naturelles et patrimoine indien; Organes de représentation et gouvernement
autonome. L'entreprise Diesel Nacional a fermé son usine de camions,
et licencié 820 ouvriers qui y travaillaient depuis 20 ans. Jusqu'à
présent, l'entreprise a licencié en tout 2.500 personnes,
soit 50 % de ses effectifs.
Selon une lettre envoyée par le président et le secrétaire de l'épiscopat mexicain au ministre de l'intérieur, de hauts fonctionnaires du ministère de l'intérieur ont, en privé, demandé à l'évêque Samuel Ruiz que cinq prêtres et religieux du diocèse de San Cristobal quittent le pays, ce qui selon eux serait "un effort vers la paix". Apparemment, si les hommes d'église ne quittent pas d'eux-mêmes le pays, le ministère de l'intérieur est prêt à les expulser ou a engager un procès contre eux pour situation irrégulière. La totalité des forces de police du Chiapas sera mobilisée pour "maintenir l'ordre" lors des élections de dimanche 15 octobre. On apprend aussi que le ministère de la défense a décidé que l'armée effectuerait des patrouilles de surveillance au cas où... Un groupe de citoyens des communautés de Palenque et Tila informent que "des milliers" de personnes ont décidé collectivement de ne pas aller voter dimanche prochain. Dans une lettre adressée aux médias, les assemblées de représentants de la municipalité de Palenque ont dénoncé les méthodes du PRI, qui "continue d'acheter les consciences par le biais de quelques programmes misérables, comme le Procampo " (qui est un programme gouvernemental d'aide aux paysans). Ils ajoutent que la décision de ne pas participer aux élections a été prise après avoir constaté les nombreuses irrégularités dans le processus électoral. Par exemple, dans le milieu rural on promet aux paysans "de les payer pour qu'il soutiennent les candidats du PRI " tandis que dans les villes, "les leaders de quartier du PRI et des syndicats officiels ont fait pression sur la population et menacé les travailleurs pour qu'ils soutiennent le parti officiel ". Dans la municipalité de Tila, des indiens Choles ont décidé de ne pas aller voter dimanche prochain parce qu'il n'y a pas de garanties que l'élection soit "propre". Ils dénoncent "les groupes de caciques et leurs gardes armées (qui) ont menacé les gens pour qu'ils ne votent pas pour les partis d'opposition " ainsi que "les lois électorales (qui) ont été faites pour favoriser le PRI ".
Le gouvernement fédéral, à travers des ministères de l'intérieur, de la réforme agraire et du développement social, appelle à une "consultation nationale sur les droits et la participation indiens ", qui aurait lieu d'octobre à décembre prochain. Le Conseil Général des régions autonomes indiennes de l'Aedpch (qui est présente dans 300 communautés du Chiapas) et l'Assemblée Nationale Indienne Plurielle pour l'Autonomie se sont manifestées contre cette initiative parallèle au dialogue de San Andrés, ce qui constitue une "provocation". Selon le député indien Antonio Hernandez Cruz, l'intention du gouvernement fédéral est de faire une loi "sur un bureau, et seulement avec le soutien des anthropologues, des sociologues et des dirigeants indiens soumis au gouvernement, pour dire que cela résulte d'une consultation. 243 délégués, issus de 150 organisations politiques et sociales ont participé à la première rencontre pour l'Unité et le Dialogue National (cf. Ya Basta! n 31, 7 octobre) et ont pris la décision de créer un Conseil Provisoire de Promotion du Dialogue et de l'Unité Nationale. Ce conseil aidera à la création du Front d'Opposition auquel les mexicains ont donné leur assentiment lors de la consultation zapatiste. Pour le moment, 38 personnalités et dirigeants d'organisations politiques ont été proposés pour présider ce conseil, parmi lesquels le sous-commandant Marcos, Cuauhtémoc Cárdenas (le leader du PRD) et Andrés Manuel Lopez Obrador (ex-candidat du PRD dans l'état de Tabasco, cf. Quetzalcoatl, supplément au Ya Basta! No. 15). Le chimiste mexicain José Mario Molina Henriquez est l'un des nominés du prix Nobel de chimie 1995. Ce chercheur, qui travaille depuis 20 ans aux États-Unis, a pris la nationalité américaine ; sa nomination a relancé le débat sur la situation du système éducatif mexicain, qui souffre des restrictions budgétaires imposées par le FMI.
Publication d'un communiqué du CCRI-CG de l'EZLN dans lequel ils affirment que "plus de 500 ans d'exploitation et de persécution n'ont pas réussi à nous exterminer ", et rendent hommage à "nos plus grands aïeuls, ceux qui ont commencé la longue lutte de résistance contre le mépris du pouvoir et la violence de l'argent ". Les candidats du PRD, du PT et du PFCRN (ces deux derniers sont des partis "d'opposition de gauche" liés au gouvernement) à l'assemblée locale et à la mairie de Tila, exigent que le gouverneur du Chiapas reporte les élections dans cette municipalité, jusqu'à ce que les conditions d'un scrutin "légal, transparent, démocratique, libre et pacifique " soient réunies. Ils déclarent qu'ils ne reconnaîtront pas la victoire du candidat du PRI, et qu'ils tiendront le gouvernement pour responsable de la violence que ces élections risquent de provoquer. Dans toutes les régions indiennes du pays, des dizaines de milliers d'indiens ont manifesté contre la marginalisation, la violence et la discrimination dont ils sont l'objet depuis maintenant 503 ans. A San Cristobal de las Casas, près de 10 000 tzeltales, tzotziles, chamulas, choles et tojolabales ont participé à une manifestation dans laquelle ils ont déclaré que les 640 terrains (pour un total de 120 mille hectares) qu'ils ont récupérés depuis le 1er janvier 1994 leur appartiennent, et qu'ils ne toléreront plus les expulsions ni la répression. Ils ont dénoncé par avance la fraude électorale dans les prochaines élections et signalé que "quoi qu'il arrive, nous aurons 40 députés et 110 maires nommés par le peuple. Cela sera un gouvernement de transition vers la démocratie ". La Cocopa et le CCRI-CG de l'EZLN se rencontreront à nouveau lundi 16 octobre pour continuer la discussion sur les modalités de participation des zapatistes au dialogue national pour la réforme de l'État. Selon le ministère de la santé, en 1995, 12.088 cas de choléra ont été reportés au Mexique.
La veille des élections au Chiapas, le PRD a rejoint l'évêque Samuel Ruiz dans sa demande de l'annulation des élections dans au moins 11 municipalités (dont Ocosingo et Tila), parce qu'il n'y a pas les garanties d'un scrutin propre, et que cela risque d'entraîner des conflits. Suite à une rencontre privée avec le ministre de l'intérieur, le dirigeant des petits propriétaires du Chiapas, M. Fidel Culebro Trejo, a déclaré que le ministre s'était engagé à commencer à évacuer les terrains occupés et à ordonner l'exécution des 3000 mandats d'arrêt lancés contre des paysans qui ont participé aux occupations, une semaine après les élections au Chiapas. Il a ajouté : "si les autorités fédérales et de l'État du Chiapas ne respectent pas cet engagement, nous chasserons nous-mêmes les envahisseurs, lesquels se croient déjà les propriétaires de nos terrains, sans avoir dépensé un centime, ce que nous ne permettrons pas (...) Nous ferons valoir nous droits par la loi ou par la violence, parce que nous ne nous laisserons plus tromper ". Les luttes intestines à l'intérieur du PRI continuent. Manuel Camacho Solis, ancien pré- candidat présidentiel et l'un des hommes politiques les plus importants du sextenat précèdent, a annoncé sa démission du parti, au motif que celui-ci ne veut pas engager une véritable réforme politique. Il annonce son intention de rencontrer les responsables des partis d'opposition afin de participer à la lutte pour une "démocratie moderne "au Mexique.
Aujourd'hui ont lieu les élections locales au Chiapas. La chambre des députés et les maires (111) seront renouvelés. L'opposition a dénoncé la fraude électorale qui se prépare, et de nombreux observateurs craignent que la violence n'éclate. Le conseil municipal électoral a décidé d'annuler les élections dans la municipalité d'Ocosingo, la plus grande du pays, pour éviter les affrontements. Dans d'autres municipalités et villages, il y a une forte tension, comme par exemple, à Tila, San Andrés Larráinzar, Yajalon (présence de Gardes Blanches) et Angel Albino Corzo (où le candidat du PRD à la mairie a été assassiné, cf. Ya Basta n 29, 21 septembre). D'autre part, les indiens d'Altamirano ont déclaré qu'ils ne participeront pas aux élections : ils ont préféré élire récemment un conseil des anciens.
Dernières infos sur l'épidémie de leishmaniose :
...Vous vous rappelez, cette parasitose qui s'est développée de manière importante depuis quelques mois au Chiapas... Rien de nouveau du côté du gouvernement mexicain. Aucune mesure sanitaire n'a été prise. Le laboratoire Rhône-Poulenc (qui fabrique le Glucantime, traitement officiel de cette maladie), est au courant du problème. Normalement, le Glucantime sera de nouveau présent dans les pharmacies mexicaines début Novembre (mieux vaut tard que jamais...) Une des personnalités de ce laboratoire ira, parait-il, prochainement au Chiapas. espérons que ce ne sera pas seulement pour prendre des vacances, ou pour faire un voyage à but pseudo-humanitaire. Sinon, il faut reconnaître l'action de Médecins du Monde qui s'est mobilisé sur ce sujet et a fait parvenir au Chiapas 150 traitements de Glucantime. Pas assez, c'est sûr, mais c'est déjà quelque chose. Par ailleurs, nous avons rencontré un parasitologue spécialiste de la leishmaniose, ayant travaillé sur cette maladie dans plusieurs pays d'Amérique centrale. Quand l'argent faisait défaut pour acheter du Glucantime, il utilisait des compresses de Bétadine chaude sur les lésions. Et cela marchait parfaitement sur les leishmanioses cutanées, comme c'est la cas au Chiapas. En effet ce parasite déteste la chaleur, c'est pour cela qu'il reste sur la peau. Autre traitement alternatif : des injections sous-cutanées de Xilocaine. Prochainement des companeros de la Conpaz viennent à Paris, on verra avec eux comment cette information peut être diffusée de manière ample au Chiapas. L'intérêt est évident : la Bétadine ou la Xilocaine sont des médicaments de base, présents dans toutes les pharmacies (même au Chiapas), à prix modeste. En effet, cette épidémie risque de se développer. La cause en a été le déplacement des populations vers la forêt, le phlébotome (insecte la transportant) ne vivant que dans les zones boisées. Donc tant que les personnes continueront à vivre réfugiées dans la forêt (à moins que l'on ne déboise sur 100 mètres autour des campements...), de nouveaux cas apparaîtront...
Selon des estimations officielles du Consejo Estatal Électoral, (l'instance qui organise les élections du Chiapas), le taux d'abstentionnisme aux élections du 15 octobre aurait dépassé les 50%, fait sans précédent dans l'histoire de la zone. Selon ces mêmes estimations, le PRI aurait l'avantage dans 9 municipalités, dont Salto del Agua, Tololoapan, San Fernando et Villa Comaltitlan, tandis que le PRD aurait l'avantage à Huehuetan, Mapastepec et Reforma, et le PAN à Huixtla. D'autre part, le PRI reconnaît d'ores et déjà la victoire du PAN dans la capitale du Chiapas, Tuxtla Gutiérrez. Dimanche midi, le PAN et le PRD rendaient leurs premiers rapports sur les élections, dans lesquels ils faisaient état d'un certain nombre d'irrégularités, dont le "bourrage des urnes" dans les bureaux de vote où le PRD avait de fortes chances de l'emporter, l'intimidation des représentants des partis dans les bureaux de vote, le déplacement de faux votants, le "retard" à l'ouverture de bureaux de vote, la présence policière et militaire dans plusieurs communautés de la zone du conflit. Plus tard, dans deux conférences de presse distinctes, les deux partis ont dénoncé plus de 50 incidents électoraux dans 20 municipalités. Ils ont accusé le PRI d'avoir bourré les urnes à Tuxtla Chico, et ont signalé de graves anomalies dans l'installation des urnes à Comitan, où le PRD avait de fortes chances de l'emporter. De plus, celui-ci a signalé qu'à San Cristobal de las Casas, les autorités ont permis de voter à des personnes qui n'avaient pas de carte d'électeur, et qu'à Yajalon, Comitan, Las Margaritas et Tapachula, les patrouilles militaires ont effrayé les gens. Le PAN et le PRD envisagent de demander l'annulation de l'élection à Pichucalco. A Tapachula (frontière avec le Guatemala), on a noté une affluence anormale de guatémaltèques, ce qui pourrait correspondre à la pratique habituelle du PRI d'amener des gens d'Amérique Centrale pour voter frauduleusement. Dans la municipalité d'Ocosingo, les élections, qui ont été reportées à cause de la tension, sont prévues pour le 5 novembre prochain. Début de polémique entre Porfirio Muñoz Ledo (actuel président du PRD, ex-président du PRI, ex-ministre d'état) et le sous-commandant Marcos. Dans des déclarations à la presse, Muñoz Ledo a déclaré "(la décision de Marcos d'interdire aux zapatistes la participation aux élections) est une erreur puisqu'il s'agit de choisir entre les votes et les balles (...) il (Marcos) sait que cela nous porte préjudice plus qu'aux autres partis".
Dans les 38 municipalités qui se trouvent dans la zone du conflit, l'abstention moyenne aux élections a été de 65 %. Selon un rapport d'Alianza Cívica, dans certaines régions des irrégularités électorales se sont produites dès avant le scrutin, avec le détournement ou l'utilisation sous condition des fonds officiels (telles que les aides pour les paysans) par les fonctionnaires du gouvernement. Felipe Arizmendi Esquivel, évêque du diocèse de Tapachula, a affirmé que Marcos et Samuel Ruiz sont les responsables du taux élevé d'abstention. Selon lui, avec leurs déclarations dans lesquelles ils mettaient en garde contre le climat de violence et dénonçaient les irrégularités électorales, ils auraient effrayé la population et l'aurait incitée à ne pas aller voter. A Altamirano, le candidat du PRD a remporté les élections grâce au vote de la population indienne (cette information de La Jornada contredit une autre information de La Jornada que nous avions reporté la semaine dernière, cf. Ya Basta n 32, 15 octobre. Nous n'en savons pas davantage...). On parle de déplacer le siège de la mairie à l'ejido Morelia. Selon Girolamo Prigione, nonce apostolique au Mexique, Samuel Ruiz n'est plus le responsable direct du clergé dans le diocèse de San Cristobal, et c'est donc le nouvel évêque auxiliaire (cf. Ya Basta! n 23, 15 Août 95) qui gérera le cas des religieux en instance d'expulsion (cf. Ya Basta! n 29, 21 septembre, et n 30, 30 septembre 95). La juge Emma Meza Fonseca a acquitté les prisonniers présumés zapatistes arrêtés à Yanga, (dans l'État de Veracruz), des délits de terrorisme, association de malfaiteurs et stockage d'armes et d'explosifs. En ceci, elle a suivi les mêmes critères que pour le procès de Maria Gloria Benavides (cf. Ya Basta! n 19, 15 juillet) : Même si les prisonniers ont été acquittés des charges les plus graves, le procès continuera pour les délits de rébellion, détention d'armes à feu et fabrication d'explosifs. Les sept prisonniers en question sont : Rosa Hernández Hernández, Hermelinda García Zapahua, Alvaro Castillo Granados, Martín Trujillo Barajas, Luis Sánchez Navarrete, Hilario Martínez Hernández et Ricardo Hernández López.
20 délégués de l'EZLN sont arrivés à La Réalidad pour reprendre le dialogue avec le gouvernement, dans le cadre de la discussion "Droits et culture indiens" (cf. Ya Basta! n 27, 11 et 12 septembre). Le commandant Tacho a déclaré qu'ils arrivaient dans les meilleures dispositions pour trouver des accords pour une paix juste et digne, et que, chaque nuit, l'EZLN rendra publiques les avancées obtenues dans les discussions. Les membres de la délégation de l'EZLN pour le dialogue sont : les commandant(e)s choles María Alicia, Salvador, Valentín et Leticia. Les comandant(e)s tzotziles David, Hortencia, Javier, Guillermo, Moisés, Rafael et Domingo. Les comandants tzeltales Gustavo, Ismael, Eduardo, Ramón, Zebedeo, Daniel et Jacobo, et les comandant(e)s tojolabales: Trini et Tacho. Dans une conférence de presse à La Réalidad, le sous-commandant Marcos a répondu au président du PRD qu'il "est ridicule de nous traiter comme si nous étions le bras armé du PRD (...) l'EZLN n'a pas pris les armes pour que le PRD arrive au pouvoir, mais pour demander la liberté, la démocratie et la justice (..) Ce que l'EZLN a fait, c'est de laisser les compañeros des différentes régions décider s'ils votaient ou non, et pourquoi. La décision a été prise par la population". Il a ensuite rappelé que les candidats aux élections avaient oublié d'aller rendre visite aux communautés indiennes zapatistes et qu'ils n'ont pas "l'obligation de voter pour quelqu'un que nous ne connaissons pas et qui ne nous a rien proposé". Il a aussi estimé que les élections avaient été un "échec". Finalement, il a dit que le PAN était "la seule alternative de pouvoir réel dans le pays, mais (qu') elle n'est pas désirable". Cette phrase allait faire des vagues et être utilisée par le gouvernement dans les médias, qui ont joué sur l'ambiguïté du mot "alternative" en mexicain, pour inférer un rapprochement de l'EZLN vis à vis du PAN. D'ailleurs Marcos s'est déjà exprimé sur ce sujet de manière très claire, dans une interview datée du 25 au 27 août, (que nous avons publiée dans "Solidarité Chiapas" n 2).
Des militants du PRD, mécontents des résultats officiels des élections, ont occupé les bureaux des conseils municipaux dans deux communautés de la région de Costa-Soconusco. A Union Juarez, les militants ont fait brûler les documents électoraux qui officialisent la victoire du candidat du PRI. A Villa Comaltitlan, des militants du PRD, qui occupaient les bureaux électoraux et avaient pris en otage 10 fonctionnaires, et ont été délogés par la police. Il y a eu des protestations post-électorales dans 25 municipalités du Chiapas (sur 110). Jusqu'à la veille, les bureaux des conseils municipaux de Amatenango del Valle, Villa Comaltitlan, Soyalo, Union Juarez, El Bosque, Bejucal de Ocampo, Metapa de Madero et Ciudad Hidalgo étaient aux mains des militants du PRD, mécontents des résultats officiels. Des manifestants bloquaient l'accès aux bureaux électoraux à Comitan, Libertad, Coapilla, Huixtan, Acacoyagua, Simojovel, San Cristobal de las Casas, Pantelho, Tapachula, Sabanilla, Cintalapa et Oxchuc. Dans cinq mairies (Tila, Las Margaritas, Angel Albino Corzo, Venustiano Carranza et Huitiupan), des dizaines de communautés exigent l'annulation des élections pour fraude électorale. Dans une conférence de presse, des dirigeants du PRD, dont le président national, Porfirio Muñoz Ledo, critiquent les déclarations "erronées", "incongrues" et "bizarres" de Marcos. Ils disent que, que l'EZLN se "démarque du PRD", bénéficie au bout du compte au PRI. Dans la rencontre sur les droits et culture indiens, il y a 171 invités : 76 de l'EZLN et 95 du gouvernement. En plus, les zapatistes ont 59 conseillers et le gouvernement 22. La différence entre conseillers et invités, c'est que les conseillers ont un rôle consultatif dans les débats. Dans les discussions, le sujet de l'autonomie" a provoqué une polémique entre les conseillers et invités de l'EZLN et ceux du gouvernement. Les premiers affirmaient que la reconnaissance des autonomies "est le premier pas de la transition vers la démocratie", tandis que les seconds disaient que l'autonomie doit être "limitée", à cause du danger "de voir des caciques indiens imposer leur loi". Les commandants David et Salvador ont demandé aux spécialistes Hector Diaz Polanco, Gilberto Lopez y Rivas et Antonio Garcia de Leon de donner leur avis sur le sujet. Lopez y Rivas a déclaré que les obstacles les plus importants à la reconnaissance de l'autonomie indienne sont "le régime de parti d'État, le racisme et la discrimination". Les commandantes Leticia, Maria Alicia, Trini et Hortencia ont participé au groupe où l'on discute la situation des femmes. Des femmes indiennes invitées par l'EZLN ont proposé une loi contre les "maris violents", ainsi que les violeurs. Elles proposent aussi le changement des règles de l'Administration des Ressources et Projets du gouvernement, afin que l'aide arrive directement aux femmes. Elles ont insisté sur leur droit d'être traitées comme "des femmes et des êtres humains", et ont demandé "la suppression des autorisations de vente de boissons alcoolisées, parce que cela est cause de violence et de mauvais traitements".
Publication d'un communiqué dans lequel le CCRI-CG de l'EZLN explique les détails du dialogue du 19 octobre. Entre autres choses, les zapatistes signalent qu'il y a eu des coïncidences entre les positions des invités zapatistes et ceux du gouvernement, par exemple, sur la situation d'oppression et d'injustice dont souffrent les indiens, ou sur le caractère national des problèmes. Les zapatistes disent aussi qu'ils sont contre l'ALENA (accord de libre échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique) "parce qu'il a approfondi les inégalités et l'exploitation". Publication d'un communiqué du CCRI-CG de l'EZLN daté du 17 octobre, où les zapatistes font connaître une nouvelle liste de conseillers pour le dialogue. Parmi ceux-ci l'on trouve quelques journalistes indépendants, des intellectuels, et des représentants d'organisations sociales.
Des milliers d'indiens et de paysans ont entamé des mobilisations pacifiques contre la fraude électorale dans les municipalités de Frontera Comalapa, La Trinitaria et La Independencia. Ils ont fait plusieurs manifestations, et ont bloqué l'autoroute internationale qui va au Guatemala. Un tremblement de terre de 6.5 degrés (sur l'échelle de Richter) s'est produit au Chiapas, mais il n'y a pas eu de victimes. Le commandant Tacho a commenté : "La terre vient de trembler, mais nous allons faire trembler le Mexique et le monde".
Publication de deux communiqués du CCRI-CG de l'EZLN datés du 20 et du 21 octobre, qui présentent un bref bilan de la rencontre de négociations avec le gouvernement. Ils affirment que les invités indiens du gouvernement ont été d'accord avec les revendications zapatistes et que le dialogue national que ceux-ci proposent a déjà commencé. Les conseillers de l'EZLN au dialogue ont demandé, dans une lettre adressée aux autorités mexicaines, le retrait immédiat de l'armée fédérale des communautés indiennes du pays, pour garantir la construction d'une paix juste et digne.
L'affaire Fernando Yáñez Muñoz
Lundi 23 octobre, les autorités judiciaires mexicaines ont annoncé l'arrestation (datant du samedi 21), à Mexico, de Fernando Yáñez Muñoz, que le gouvernement dit être le plus important dirigeant de l'EZLN, "le commandant Germán". Selon la version officielle, l'arrestation aurait eu lieu lors du contrôle de routine d'une voiture, dont l'attitude des occupants aurait été jugée "suspecte". En même temps que Yáñez Muñoz, la police a arrêté les frères Fernando Abraham, ainsi que Laura Natalia García Hernández. Ces derniers ont été relâchés lundi 23. Selon Laura Natalia, les policiers ne leur ont pas montré de mandats d'arrêt, et leur ont recouvert la tête et les ont frappés. Il faut noter que le chef d'accusation officiel justifiant cette arrestation était la détention d'armes exclusivement réservées à l'armée fédérale et à la force aérienne (dans la voiture on aurait trouvé un fusil d'assaut AK-47). Dans un premier temps, des rumeurs ont circulé sur une éventuelle détention de drogue, fait qui n'a pas été retenu par les autorités. Curieusement, celles-ci ont "trouvé" que l'arme en question appartenait à Fernando Yáñez Muñoz plutôt qu’aux autres, et ont décidé de remettre ses compagnons en liberté. La nature du chef d'accusation est déterminante puisque si (comme c'est de toute évidence le cas) l'arrestation était liée aux mandats d'arrêt contre des chefs zapatistes présumés de février dernier, le gouvernement serait en train de violer la loi d'amnistie, reconnue par les deux parties en conflit et dans le cadre de laquelle se déroulent le dialogue et la négociation. Fernando Yáñez Muñoz a milité dans les années 60 et 70 dans les Forces de Libération Nationale (FLN), mouvement guérillero d'inspiration marxiste qui fut démantelé par le gouvernement au milieu des années 70. Selon la version des services de l'intelligence militaire mexicaine ( version reprise dans le livre La rebelión de las Cañadas, de Carlos Tello Díaz, ed. Cal y Arena, 1995, Mexique; cf. Ya Basta! n 20) quelques militants issus de ce qui est resté des FLN seraient partis vers le Chiapas constituer le noyau du groupe qui, 20 ans plus tard, serait devenu l'EZLN, et dont "Germán" serait le chef principal. Dans une interview à La Jornada du 24 octobre, (alors qu'il était en prison), Yáñez a nié tout lien avec l'EZLN et dénoncé la "fabrication" du délit par le gouvernement, disant qu'il n'avait pas d'arme. Selon lui, le gouvernement viole la loi d'amnistie, et son arrestation viserait à faire échouer le processus de paix. Il dénonce aussi le fait que plusieurs véhicules de police les attendaient dans les environs de la maison des frères García Hernández (drôle de contrôle de routine...). Il déclare avoir été interrogé, en plus de la police, par des militaires, qui ont enregistré les interrogatoires, et demande la diffusion de ces enregistrements. Les autorités l'auraient interrogé sur une présumée livraison d'armes provenant du Honduras et destinée à l'EZLN. L'armée zapatiste a pris officiellement position sur cette affaire le 25 octobre, en envoyant le major Moisés à La Realidad répondre aux questions des journalistes et lire un message du sous- commandant Marcos. Selon Moisés, les combattants de l'EZLN ont reçu l'ordre de se mettre en "alerte rouge" et de répondre aux attaques de l'armée fédérale. Il a aussi informé que les vols d’hélicoptères a basse altitude et la circulation de camions remplis de soldats et de policiers ont augmenté, exactement comme les jours qui ont précédé l'offensive gouvernementale du 10 février 95. Selon Moisés, Marcos était au moment même en réunion avec les comités clandestins pour étudier la situation. Interrogé sur l'appartenance ou non de Fernando Yáñez Muñoz à l'EZLN, Moisés a répondu que le gouvernement a violé la loi d'amnistie "...indépendamment de si il (Yáñez Muñoz) est ou n'est pas (membre de l'EZLN). Je ne le sais pas, ce n'est pas à moi de le savoir, nous sommes une organisation clandestine et nous ne connaissons que les noms de guerre, il y en a qui le savent, et d'autres non ". Finalement, Moisés a manifesté la méfiance de l'EZLN vis-à-vis du président Zedillo, qui pour la deuxième fois participe à une action de ce genre, et a affirmé que le dialogue est en danger. D'autre part, la Conai a demandé au gouvernement des garanties pour que la sécurité physique des délégués zapatistes au dialogue soit assurée. La Conpaz et Cuauhtémoc Cárdenas ont condamné l'arrestation et affirmé qu'elle met en danger le dialogue. Heberto Castillo, sénateur PRD, membre de la Cocopa et militant pourvu d'un certain prestige dû à sa réputation d'indépendance, a annoncé sa volonté de se retirer de la Cocopa si le gouvernement ne faisait pas marche arrière. Suite à cette affaire, et surtout après l'annonce de l'alerte rouge zapatiste, l'économie mexicaine a donné à nouveau des signes de faiblesse et de dépendance vis-à-vis des spéculateurs : le peso a chuté de plus de 12 %. Peut-être que ceci, ajouté à la réprobation presque unanime de la société civile et des organisations politiques, a fait que le gouvernement a pris la décision de libérer Yáñez Muñoz. Celui- ci a présenté un document dans lequel il demande officiellement l'application de la loi d'amnistie, et donc sa mise en liberté, mais sans reconnaître appartenir à l'EZLN. Le procureur de la république, quant à lui, a délivré un non-lieu , et Yáñez a été libéré le 27 octobre. Cette affaire, étrange du début à la fin, a provoqué en quelques jours le scepticisme quant au dialogue de paix, qui pourtant commençait à donner quelques petits résultats, a jeté le discrédit sur le gouvernement (si ce n'était déjà fait) et a déstabilisé la fragile économie mexicaine. La version officielle des faits n'est pas crédible, et il est possible qu'il s'agisse d'un coup de force des fractions dures du PRI. (D'ailleurs, peu de temps après l'arrestation de Yáñez, 3 autres personnes étaient arrêtées : trois membres de l'Aedpech (cf. chronologie), ce qui laisse penser qu'il y avait la volonté de lancer une vague de répression). Quelques analystes voient dans cette affaire les “dinosaures” du parti au pouvoir tendre un piège au président Zedillo, tandis que d'autres ne donnent pas à ce dernier le bénéfice du doute et pensent que l'ordre venait d'en haut, et pour d'autres raisons : par exemple la visite du secrétaire américain de la défense, la nécessité de montrer que le gouvernement contrôle le pays, etc.... Le jour de la libération de Yáñez Muñoz, le CCRI-CG de l'EZLN a sorti un communiqué dans lequel ils annoncent la fin de l'alerte rouge et leur intention de continuer le dialogue. Ils appellent la société civile mexicaine et étrangère à renforcer leur participation au dialogue de paix (campements de paix, "ceintures" de paix, etc.), tout en soulignant le “rôle très important joué par la Cocopa dans cette affaire”, ce qui, d'après les zapatistes, démontre leur véritable engagement en faveur de la paix. Ils expliquent l'arrestation de Yáñez Muñoz par les luttes pour le pouvoir à l'intérieur du gouvernement et disent que les auteurs de cette action sont les mêmes que ceux qui s'enrichissent de la dévaluation de la bourse et de la chute du peso.
Selon le président de l'Institut National de Statistique, Géographie et Informatique du Mexique (INEGI, officiel), le chômage dans les zones urbaines a augmenté de 101 % entre septembre 1994 et septembre 1995. L'INEGI estime le chômage à 7,5 % de la population active.
Le Consejo Estatal Electoral (le bureau qui a organisé les élections au Chiapas) a annoncé les résultats définitifs des élections du 15 octobre. La participation au scrutin a été de seulement 44 % des inscrits. Les résultats donnent la victoire au parti officiel, le PRI, dans 84 municipalités du Chiapas (sur 109), parmi lesquelles quelques-unes qui sont considérées comme zapatistes : Las Margaritas, Salto de Agua, Tila, Sabanilla, Larráinzar, Pantelhó et Tumbalá. Le PRI aura aussi au moins 30 des 40 nouveaux députés du Chiapas. Le PRD a obtenu 17 municipalités, dont Altamirano, Bochil, Amatenango del Valle, Chilón, Huitiupan, Reforma, Ixtapa, Jitotol et Sitalá, qui toutes ont une forte présence zapatiste. Il aura 5 ou 6 députés. Le parti conservateur de droite, le PAN, a remporté 5 mairies, dont celle de la capitale de l'état : Tuxtla Gutiérrez. Des centaines de militants du PRD ont bloqué des routes et pris la mairie de Soyaló pour protester contre la fraude électorale. La rencontre de discussion sur les droits et culture indiens s'est terminée sans accord sur la prochaine date de rencontre. Le gouvernement mexicain a attendu la fin de la discussion et le départ de la délégation zapatiste pour annoncer officiellement l'arrestation de Fernando Yáñez Muñoz (voir article), qui avait eu lieu deux jours auparavant; la veille, les membres de la Cocopa avaient quitté quelque peu précipitamment le lieu des discussions pour México... Avant que la délégation zapatiste ne quitte le lieu des discussions (donc avant de connaître l'arrestation de Fernando Yáñez Muñoz), le commandant David a adressé un message à la foule réunie à San Andrés Sacamch'en (ou Larráinzar) : “Les résultats (de la rencontre) sont d'une grande signification et d'une grande importance. Ces mots des participants, véritables et honnêtes, vont donner de la force au processus. Les voix de centaines de milliers de mexicains se sont exprimées; tous ceux qui ont été ici représentent beaucoup de personnes, nos frères (...) Le dialogue national a commencé. Mais nous nous méfions. Le gouvernement nous a menti pendant tant d'années, il nous a trompés. Nous ne savons pas quelle sera sa réaction après ce résultat. Comment réagira-t-il? Par quelles actions? Nous espérons que toutes les paroles qui se sont élevées ici ne seront pas écrasées...”
La police judiciaire du Chiapas a arrêté 3 dirigeants de l'Assemblée Démocratique du Peuple du Chiapas (Aedepch, équivalent local de la CND, et à laquelle participent plus de 40 organisations paysannes) : Caralampio Gómez, José González Méndez et Wilma Juachin. Ceux-ci se disposaient à prendre l'avion pour México, pour aller s'entretenir avec Dante Delgado (délégué du gouvernement fédéral dans le Chiapas, et personnage doté d'un grand poids politique et d'un grand pouvoir sur le budget de la région). Tous les 3 ont été relâchés le lendemain sans explications. Il ont fait le commentaire suivant : “Comme (les autorités) ne peuvent pas s'en prendre au dialogue de San Andrés Larráinzar, elles ont dirigé la répression sur les dirigeants des organisations“ Les présidents du PRI (parti au pouvoir), du PAN (parti conservateur de droite, proche du PRI), du PRD (parti d'opposition de gauche) et du PT (Parti du Travail, de gauche lié au PRI) ont repris le "dialogue pour la réforme politique et la réforme de l’État" (Cf. Ya Basta n 26, 3 septembre, n 27, 6 et 7 septembre, n 29, 20 septembre, et n 32, 13 octobre).
Des militants du PRD ont occupé les mairies de Las Margaritas et de Totolapa pour protester contre les résultats des élections du 15 octobre dernier. Ceci porte à 5 le nombre de mairies occupées par les militants du PRD ces derniers jours. Le PRD a déclaré qu'il conteste les résultats dans 43 des 109 municipalités où il y a eu des élections.
La tension post-électorale est toujours vive dans la municipalité de Angel Albino Corzo. Dans l'ejido Queretaro, des militants du PRD se sont affrontés à des militants du PRI, pour une raison non précisée. Bilan, un jeune mort. D'autre part, la police judiciaire a arrêté à trois paysans militants du PRD, accusés d'avoir kidnappé le candidat du PRI à la mairie, M. Ausel Sanchez Perez, lequel a été déclaré vainqueur des élections, bien qu'il soit toujours introuvable. Le secrétaire américain à la défense, William Perry, a visité le Mexique cette semaine. Il a discuté avec les autorités mexicaines de la collaboration entre les deux pays en matière de "sécurité" (trafic de drogue, collaboration dans le domaine de l'information, etc.), ainsi que de la proposition des États-Unis de doubler le budget du programme d'instruction militaire des officiers mexicains (aux États-Unis, semble-t-il).
France : rassemblement devant l'ambassade du Mexique pour demander la
libération des prisonniers politiques mexicains et le retrait de
l'armée du Chiapas. Des rassemblements similaires ont été
organisés dans d'autres villes européennes, suite à
l'arrestation de Fernando Yáñez Muñoz (cf. Ya Basta!
n 34). Publication de deux communiqués :
.Le premier, daté du 27 octobre, les zapatistes expliquent leur
position sur l'affaire Fernando Yáñez Muñoz (ce communiqué
a été brièvement commenté dans Ya Basta! No
34).
.Le deuxième, daté lui aussi du 27 octobre, est un communiqué
"littéraire", dans lequel le sous commandant Marcos se
moque, entre autres, du président du PAN, dont "l’analphabétisme
politique" a transformé les propos de Marcos sur le PAN en
"compliment" (cf. Ya Basta! n 33, 18 octobre). Marcos ajoute
qu'il a dû faire face aux critiques acerbes de Durito, (le scarabée
des communiqués), qui lui reproche souvent de parler avec "autant
de subtilité qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine",
ce qui, pour cette fois, a "amené un tas de médiocres
(à) répondre bêtise et demi à la demi-bêtise"
de Marcos. Celui-ci se défend en expliquant qu'il n'a pas été
compris, qu'il n'a "pas voulu dire ce qu('il a) dit, mais dire ce
qu('il n'a) pas dit". Pour finir, il raconte que quand il a informé
Durito que certains réclament sa disparition des communiqués,
celui-ci a contre-attaqué avec la proposition d'"une consultation
nationale, internationale et interplanétaire" avec ces deux
questions : "1) Est-ce que Marcos doit supprimer les histoires de
Durito des ses lettres? et 2) Est-ce que l'être méprisable
qui a osé demander la disparition des histoires de Durito doit périr
dans les flammes d'un enfer à côté duquel celui de
Dante ressemblerait à un frigidaire?" Les réponses doivent
être envoyées au bureau de Durito : ``Don Durito de la Lacandona,
Hoyito de Huapác número 69. Montañas del Sureste Mexicano,
Chiapas, México''.
Le procureur de justice du Chiapas a annoncé l'assassinat du candidat du PRI à la mairie d'Angel Albino Corzo (celui ci, Ausel Sánchez Pérez, avait été kidnappé, avec une autre personne figurant sur sa liste électorale, le lendemain de l'assassinat du candidat du PRD à la mairie, et avait été ensuite reconnu officiellement vainqueur des élections, cf. Ya Basta n 34, 29 octobre 95). Selon les autorités, il aurait été assassiné vers le 22 septembre, et les coupables seraient dix membres de l'organisation paysanne indépendante "Unión Campesina Popular Francisco Villa ". Marco Rascón, analyste à La Jornada, avance l'hypothèse selon laquelle l'arrestation de M. Fernando Yáñez Muñoz serait une nouvelle tentative du gouvernement de diviser les zapatistes : la stratégie du gouvernement serait de donner à Yáñez Muñoz le statut d'interlocuteur "à visage découvert", pour essayer d'isoler Marcos et les zapatistes. Selon Rascón, une stratégie similaire avait été menée pendant plus de sept ans à l'encontre de Cuauhtémoc Cárdenas pour l'isoler et diviser le PRD. Il conclut en conseillant à Yáñez Muñoz de définir clairement sa position et son rôle politique. Dans son interview du 28 octobre, ce dernier avait déclaré à La Jornada (28 octobre) qu'il allait cesser de dissimuler sa vie politique et que désormais il s'investirait dans la société civile, "d'abord pour chercher (son) frère, César Yáñez Muñoz, grâce à l'organisation de prisonniers et disparus politiques Eureka, dirigée par Rosario Ibarra de Piedra". Il avait aussi dit qu'il pourrait prendre part au dialogue de paix, sur un projet de construction de lotissements pour les communautés indiennes (il est architecte). Nouveau tremblement de terre dans le pacifique mexicain, trois jours après le troisième essai nucléaire chiraquien. Par hasard (?) après chaque tir à Mururoa, il y a eu des séismes au Mexique (après le deuxième il y a en a eu 2). Les géologues disent qu'une corrélation entre ces événements est impossible...
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