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Surprenante manifestation du Barzón (mouvement des endettés) avec des éléphants et des chevaux à Mexico. Ils demandent des négociations avec le ministère des Finances, des députés et sénateurs, des banquiers. Le Barzón veut créer une commission avec des magistrats pour dénoncer la corruption des juges qui servent les intérêts des banquiers.
En réponse aux déclarations de Bernal, Samuel Ruiz, président de la CONAI, déclare qu’une fois mise en place une Commission Nationale pour la Paix au Mexique rassemblant les organisations signataires de la déclaration du 24 septembre (cf. Ya Basta précédent, 25 septembre), il n'y aurait plus besoin de médiateurs. Le Barzón annonce qu'il va demander au Pape l'excommunion des banquiers pour pratique de l'usure et non respect de "l'esprit humaniste de l'Église catholique". A San Cristóbal de Las Casas, plus de mille indiens ont défilé pour que le gouvernement accepte que les zapatistes se rendent au Congrès Indigène ; pendant ce temps, dans beaucoup de petites villes, on s’organise pour accueillir les zapatistes tout au long de leur voyage. Le procureur de la justice de l'État du Nayarit (situé sur la côte pacifique, dans le nord) donne l’ordre à la police d’arrêter toute personne demandant de l’argent sur la voie publique, qu'il s'agisse de mendiants où d'organisations caritatives. Selon Luis Hernando Navarro (conseiller de l’EZLN), la sortie des zapatistes du Chiapas est légale, et les menaces du gouvernement sont infondées : d’après la loi de Pacification, les zapatistes sont des mexicains comme les autres, et ont les mêmes droits.
200 personnes ont manifesté à Paris pour exiger du gouvernement mexicain une réelle volonté de reprendre les négociations. D'autre part, une vingtaine de membres du Comité Chiapas de Lyon ont occupé le Consulat du Mexique pendant une heure et demi pour, selon l'A.F.P., "protester contre la militarisation et la répression" dans le pays. Publication de deux communiqués signés par le sous-commandant Marcos. _ Dans le premier, daté du 29 septembre, le CCRI-CG de l'EZLN informe qu'ils ont reçu quatre "documents importants" qui contiennent des "initiatives et propositions importantes pour renouer le dialogue de San Andrés et avancer dans le processus de paix pour tout le Mexique". Deux de ces documents proviennent de la CONAI, un vient de la COCOPA et le dernier est signé par plus de 520 organisations et personnalités du pays (cf. Ya Basta! n 76, 25 septembre). Les zapatistes saluent ces initiatives de paix et réitèrent leur disposition au dialogue, que ce soit avec le gouvernement ou avec la société civile, pour trouver une issue politique au conflit. A propos du texte de la COCOPA, ils disent qu'il pourrait être le point de départ d'une reprise des négociations, et qu'ils sont en train de leur écrire une réponse. Ils expliquent qu'ils ne donnent pas plus de détails parce que ce document est "confidentiel". Ils répètent aussi que le gouvernement doit démontrer, par les faits, sa volonté de dialogue, et que "l'EZLN démontrera, même s'il faut pour cela risquer la vie de ses dirigeants, qu'elle ne spécule pas avec la conjoncture [cf. Ya Basta précédent, 24 septembre, interview de Zedillo], mais qu'elle croit à la paix". _ Le deuxième est un communiqué littéraire, qui parle du millième matin de la guerre (1.000e jour depuis le 1er janvier 1994), et nous livre un conte tiré de "Cuentos para una soledad desvelada" (Contes pour une solitude éveillée), recueil que Durito fera, parait-il, publier très prochainement... _ La Jornada fait aussi état d'un troisième communiqué (non publié) dans lequel l'EZLN répond au gouvernement qui avait annoncé que si les zapatistes sortaient du Chiapas, il allait appliquer la loi :"Avec une étonnante capacité de synthèse, il répète en seulement six points qu'il continuera de faire ce qu'il fait depuis le 9 février 95, c'est à dire essayer de nous tuer..."`; selon La Jornada, la conclusion de du communiqué tient en un seul point, écrit en lettres majuscules : "OUILLE !". Les organisateurs du Congrès National Indigène annoncent que tout est prêt pour qu'une délégation zapatiste vienne à Mexico. Celle-ci, accompagnée par plusieurs personnalités, partirait de la forêt Lacandone le 5 octobre. La sécurité des zapatistes serait assurée en permanence par des membres du FZLN (Front Zapatiste de Libération Nationale), et de plusieurs autres organisations. Le président Zedillo a déclaré que dans les conditions actuelles, la venue des zapatistes à Mexico serait "une provocation". Plus de 100.000 personnes ont manifesté à Mexico pour commémorer le massacre du 2 octobre 1968, qui avait mis fin, dix jours avant le début des jeux olympiques de Mexico, à un grand mouvement de protestation, majoritairement étudiant, qui demandait un assouplissement du régime et plus de démocratie. Suite à ce massacre, qui avait fait plusieurs centaines de victimes, de nombreux jeunes avaient rejoint les guérillas des années 70. A San Cristóbal (Chiapas), des centaines d'étudiants ont manifesté pour commémorer le massacre du 2 octobre et exiger que les zapatistes puissent aller à Mexico. Teodoro Palomino, dirigeant d'Alternativa Socialista a été arrêté illégalement par la police, et torturé. Il est accusé de "fraude", mais selon lui, son arrestation est due au soutien apporté par son organisation au Congrès National Indigène (ils ont proposé d'héberger 200 indiens dans leurs locaux). Il a été libéré sous caution.
Publication dans La Jornada d'une lettre ouverte signée par plus de 1.200 organisations et personnalités de 21 pays, pour soutenir l'initiative du voyage zapatiste à Mexico, et demander au gouvernement d'offrir de réelles conditions de dialogue. Parmi les signataires : Noam Chomsky, Rafael Alberti, Mario Benedetti, Eduardo Galeano, Joaquin Sabina, James Petras, Joan Manuel Serrat, Daniel Viglietti, etc. Côté français on trouve (entre autres) le GRAM, la CIMADE, le Comité de Solidarité avec l'Amérique Latine de Montpellier, nous, SUD-PTT, la LCR, Danielle Mitterrand, Alain Krivine, Juliette Binoche, Yvon le Bot, Eric Jauffret, Olivier Cyran, Gisele Halimi, Dominique Voynet, Maurice Barth, Noël Mamere et J. P. Brard [N.B. : quelques jours à peine après avoir signé en faveur des insurgés du Chiapas, le même J.P. Brard, Maire communiste de Montreuil (région parisienne) envoyait les C.R.S. déloger les travailleurs africains de l'ex-foyer "Nouvelle-France" rasé par ses soins, qui occupaient un bâtiment vide pour exiger d'être relogés, décemment et dans leur commune... Moralité : les politiciens aiment bien les pauvres qui se révoltent, mais seulement à l'autre bout du monde.] Les groupes et personnalités qui organisent la visite des zapatistes à Mexico ont demandé à la COCOPA de les aider dans cette tâche. D'autre part, La Jornada annonce que Danielle Mitterrand serait sur le point d'arriver au Mexique pour participer au convoi qui amènera les zapatistes à Mexico. Tournée du président Zedillo au Chiapas. Dans ses discours, il a invité l'EZLN à "continuer les discussions de paix" et à "ne pas permettre que des différences surmontables [comme par exemple la présence de 60.000 soldats dans la forêt, NdR] nuisent au dialogue". Il a aussi annoncé que le budget assigné au Chiapas pour cette année serait de 12 milliards de pesos (plus de 8 milliards de francs, c'est énorme), et qu'une bonne partie de cet argent était destiné à résoudre les problèmes sociaux de la région. Mais, si tout se passe comme d'habitude, une partie ira dans les poches des fonctionnaires, une autre partie servira à essayer d'acheter des dirigeants sociaux voire des communautés entières, tout cela conformément aux programmes de contre-insurrection... Andrés Manuel Lopez Obrador, président du PRD, a déclaré soutenir le projet de voyage des zapatistes à Mexico. Juan Antonio Garcia Villa, secrétaire général du PAN (le parti de droite), a quant à lui affirmé que si les zapatistes sortaient du Chiapas on irait "vers la disparition de l'État mexicain". Selon le PRD, le campagne électorale dans le Guerrero est faussée par la présence de plus de 15.000 soldats supplémentaires que le gouvernement a envoyé là-bas. Le PAN a appelé l'armée à limiter sa présence dans l'État, et à accepter la trêve proposée par les guérilleros de l'EPR.
Importante mobilisation militaire et policière aux alentours de La Realidad. Les soldats et la police ont installé des barrages pour contrôler les personnes qui entrent ou sortent du village. C'est par là que devrait passer la commission partie inviter les zapatistes à Mexico. Plusieurs intellectuels mexicains se sont déclarés pour le voyage de la délégation zapatiste à Mexico. Raúl Vera Lopez, évêque coadjuteur de San Cristóbal, a demandé au gouvernement d'accepter de laisser sortir les zapatistes du Chiapas (sur Rail Vera Lopez et Samuel Ruiz, cf. Ya Basta n 6, 28 mars 95 n 23, 15 août 96, et n 24, 18 août 96). D'autres membres du clergé, ainsi que des patrons et des fonctionnaires du gouvernement ont au contraire manifesté leur opposition à une telle sortie. Marco Antonio Bernal a affirmé que si les zapatistes mettaient en pratique leur décision de sortir du Chiapas, cela signifierait la rupture formelle des négociations. Ruth Judith Ortega Orozco, collégienne de 17 ans qui fait partie d'un Comité Étudiant Métropolitain, a été séquestrée et torturée par deux hommes qui l'ont interrogée sur l'invitation faite aux zapatistes de venir à l'UNAM, et sur d'éventuels rapports entre des organisations étudiantes et l'EPR. Ses ravisseurs lui ont indiqué que trois autres étudiants de ce comité "suivraient". Selon un fonctionnaire du ministère des affaires étrangères, 45 millions de mexicains ont des revenus insuffisants pour satisfaire leurs besoins alimentaires, et 24 millions (soit 26,3 % de la population) ont de graves problèmes de malnutrition.
Intensification des patrouilles militaires à Ocosingo. Des étrangers qui essayaient d'aller à La Realidad pour accompagner la délégation zapatiste ont eu des ennuis avec les autorités migratoires. Aujourd'hui, des élections locales ont lieu dans le Guerrero. Le gouverneur a demandé aux plus de 28.000 soldats qui sillonnent la région de rentrer dans leurs casernes. L'opposition dénonce déjà un scrutin truqué (par exemple, depuis quelques mois, le gouvernement offre des cadeaux -aliments, matériaux de construction, etc.- aux habitants de certaines communautés pour acheter leurs voix). De plus, le harcèlement et la violence contre les militants et les organisations proches du PRD n'a cessé d'augmenter. Ainsi, Modesto Brito, candidat du PRD à la mairie de Teloloapan dénonce avoir reçu récemment des menaces de mort.
Environ 5.000 personnes, paysans, étudiants et enseignants pour la plupart, ont manifesté à Venustiano Carranza (Chiapas) pour soutenir l'invitation faite aux zapatistes à aller à Mexico et demander la démilitarisation du Chiapas et la libération des prisonniers politiques. Selon Javier Elorriaga Berdegué, du FZLN, les personnes qui ont invité les zapatistes à Mexico ont "frappé à toutes les portes" légales pour que le voyage se passe sans incidents. Cependant, le gouvernement refuse toujours de laisser sortir une délégation zapatiste. El Barzón commence à préparer l'accueil de la délégation zapatiste à Mexico. Un groupe d'hommes armés et cagoulés a fait irruption à Huixtla (Chiapas) pour inviter la population à rejoindre la "lutte armée de résistance". Ils n'ont pas dit à quelle organisation ils appartenaient. Selon les premières informations, les élections locales au Guerrero ont été marquées par l'abstention, qui s'élèverait à 60 ou 70% des inscrits. On parle aussi de quelques irrégularités. Aux États-Unis, plus d'une dizaine de comités de solidarité ont lancé une campagne contre la militarisation au Mexique. Celle-ci durera jusqu'au 5 novembre, jour des présidentielles américaines.
Réunion surprise entre l'EZLN et la COCOPA. Ils négocieraient les conditions du voyage de la délégation zapatiste à Mexico. De nombreuses organisations chiapanèques indépendantes ont exprimé leur soutien à ce voyage. Par ailleurs, le Procureur général de la République a déclaré que si les zapatistes aillaient à Mexico, "la loi serait appliquée" (autrement dit, ils seront arrêtés). A Mexico, inauguration du Congrès National Indigène en présence de plus de 500 délégués, indiens et non indiens, de tout le pays.
Par l'intermédiaire de la COCOPA, l'EZLN a demandé officiellement au gouvernement de laisser une délégation zapatiste se rendre au Congrès National Indigène. La COCOPA a fait une proposition au gouvernement concernant la reprise du dialogue de paix et l'éventuel voyage des zapatistes à Mexico. Le président Zedillo a visité des installations militaires dans les états du Chiapas, du Guerrero et de Oaxaca, et inauguré les nouveaux bâtiments d'une caserne à Tapachula (Chiapas). Dans une conférence de presse, des femmes indiennes qui participent au Congrès National ont présenté leur proposition de réforme de la Constitution pour que celle-ci reconnaisse leur place et leur voix : "L'autonomie que nous voulons, nous les femmes indiennes, c'est d'être maîtresses de nos vies et de nos corps, et faire comprendre la nécessité d'auto-réalisation et d'auto- libération"'. Elles ont demandé qu'on regarde les traditions avec un autre regard :"un regard qui ne viole pas nos droits comme personnes, et qui nous dignifie comme indigènes". La police mexicaine informe que des appels anonymes lui ont signalé la présence d'un cadavre enterré dans l'une des propriétés de Raúl Salinas de Gortari, frère de l'ancien président mexicain, et actuellement en prison soupçonné d'avoir commandité l'assassinat de Mario Ruiz Massieu (sur l'assassinat de Ruiz Massieu, cf. Ya Basta n 3 : 1er mars 95, n 4 : 7, 9 et 14 mars 95, n 38 : 24 novembre 95, et n 42 : 3 janvier 96). Une enquête est ouverte. Le gouvernement annonce la privatisation de 6 centrales électriques. Selon l'Institut International d'Études Stratégiques (Londres), les États-Unis sont le premier fournisseur d'armes dans le monde. Leurs ventes s'élèvent à 15 milliards de dollars par an. Viennent ensuite l'Angleterre, avec 4,8 milliards de dollars, la France (3,8 milliards) et la Russie (3 milliards). Parmi les acheteurs, les pays d'Amérique Latine ont acheté pour plus de 20 milliards de dollars d'armement en 1995, le Mexique ayant été le troisième importateur latino-américain, avec 2 milliards 676 millions de dollars.
Marcos informe que la commandante Ramona représentera l'EZLN au Congrès National Indigène, que son voyage a été négocié avec la COCOPA. Selon le porte-parole zapatiste ils n'ont "pas demandé la permission", mais "demandé à la COCOPA de chercher une solution négociée pour ce voyage". Marcos a expliqué que même si l'EZLN avait "la raison, l'autorité morale, l'opinion publique, l'histoire et la loi" de son côté, ils avaient décidé de négocier leur sortie du Chiapas parce que "la nouvelle politique dont nous parlons n'est pas l'art du possible ni l'art des cyniques, mais l'art d'inclure même ceux qui veulent nous tuer". Selon lui, Ramona "représente les hommes, femmes, enfants et anciens, combattants ou non, de l'EZLN" (...) elle est l'arme la plus belligérante (...) et la plus intransigeante de l'EZLN". Ramona est une commandante de l'EZLN qui a participé aux premiers pourparlers de paix, en 1994 ; elle est atteinte d'une grave maladie, dont on dit qu'elle est mortelle (cf. Ya Basta n 8 : 8 avril 95, n 9 : 14 avril 95, et n 20 : 24 juillet 95). Des dirigeants zapatistes s'entretiendront avec la COCOPA le 15 octobre prochain à San Cristóbal, pour continuer les négociations visant la reprise du dialogue de paix. Les débats du Congrès National Indigène ont été répartis en 4 tables de discussion : droits constitutionnels des peuples indiens, unité du mouvement indigène, peuples indiens dans la nation, et évaluation de la situation actuelle des peuples indiens. Il y a eu un débat assez serré entre certains délégué(e)s qui proposaient deux autres tables : la lutte pour la terre et la situation des femmes, et d'autres qui voulaient que ce sujets soient discutés dans chacune des tables, proposition qui a été finalement été adoptée. Une déléguée indienne a dit qu'ils et elles demandaient une table à part pour discuter de la situation des femmes parce que, "même si la lutte est collective, les compañeros n'ont pas été capables de prendre cela en compte". Les participant(e)s ont profité du Congrès pour dénoncer de nombreux cas de répression et d'injustice dans tout le pays. La police a découvert un cadavre dans une propriété appartenant à Raúl Salinas de Gortari (cf. 9 octobre). Selon les experts, le corps aurait été enterré il y a environ un an. Les enquêteurs vont essayer de savoir s'il s'agit du corps du député Manuel Muñoz Rocha, commanditaire présumé de l'assassinat de Ruiz Massieu, et présumé complice de Raúl Salinas, disparu depuis le crime.
A La Realidad, départ de Ramona. Elle emmène trois fleurs rouges en papier et un drapeau mexicain comme cadeaux pour le Congrès indien. Tout au long du chemin pour San Cristóbal, les communautés ont salué son passage en faisant la fête. Trois responsables indiens du Chihuahua (nord du pays), ont été illégalement arrêtés par la police alors qu'ils se rendaient au congrès indien, et relâchés le lendemain. Après le dépouillement de 98% des bulletins, les résultats officiels des élections au Guerrero sont les suivants : 55 mairies pour le PRI, 19 pour le PRD, 1 pour le PAN et 1 pour le PRT (trotskiste). Pour ce qui est des députés, on ne connaît pas encore les chiffres exacts. Quoi qu'il en soit, et bien qu'on parle de fraude, (notamment à Acapulco), le PRD progresse de plus de 100%.
Arrivée de Ramona à Mexico, escortée par une caravane de représentants de diverses organisations. Elle a offert au Congrès National Indien un drapeau mexicain "pour ne pas oublier que notre patrie est le Mexique, et pour que tous sachent que plus jamais il n'y aura un Mexique sans nous", et a lu, non sans peine (elle semble très malade) un message de l'EZLN disant que les zapatistes soutiennent les accords nés de ce Congrès : "nous savons qu'ils visent à continuer la lutte pour que tous les indiens puissent vivre comme des êtres humains, et non pas comme des animaux, comme le veulent les puissants". Eli Homero Aguilar, dirigeant du Front Populaire Francisco Villa (FPFV) a été arrêté par la police sur la base d'un mandat d'arrêt datant de 1994, et faisant suite à des affrontements entre des membres du Front et la police. Le FPFV est une puissante organisation de gauche, indépendante et radicale, surtout urbaine (particulièrement forte à Mexico) ; elle est à l'origine de nombreuses occupations de terres, et le gouvernement l'accuse d'être liée à l'EZLN et à l'EPR, pour essayer de justifier sa répression. Après deux ans et neuf mois d'existence, l'ALENA (Accord de Libre Échange nord- américain) n'a pas ouvert au Mexique le marché nord-américain : 57 % des industries de manufacture importent plus qu'elles n'exportent, et 70 % des exportations concernent les secteurs qui exportaient déjà avant l'entrée en vigueur de l'ALENA : café, sucre, oranges, tomates et avocats (information de la Banque Nationale de Commerce Extérieur). Publication du communiqué de clôture du Congrès National Indigène, qui dit : "nous sommes prêts à tout, jusqu'à la mort. Mais nous ne portons pas les tambours de la guerre, mais plutôt le drapeau de la Paix. [...Mais] nous ne céderons pas sur notre autonomie", et réclame, entre autres, une nouvelle Constitution, la réforme de l'article 27 sur la propriété collective de la terre, l'application des accords de San Andrés ("Droits et culture indiens") et la mise en place de la Commission de Suivi et Vérification des accords, et la démilitarisation des zones indiennes.
Trois manifestations différentes ont commémoré à Mexico le 504e anniversaire de l'arrivée des espagnols sur le continent. L'une d'elles, organisée entre autres par le Front Zapatiste de Libération Nationale, s'est conclue par un meeting avec la commandante Ramona. Elle y a lu, au nom de l'EZLN, un message en tzotzil : "...nous sommes venus jusqu'ici (...) pour dire à tous les mexicains et à toutes les mexicaines quelques mots qui sont les nôtres. Notre voix est toute petite, mais elle marche à grands pas, elle va très loin et touche beaucoup de coeurs. Ces coeurs qui nous ont écoutés sont ceux d'hommes, de femmes, d'enfants et d'anciens qui veulent un pays démocratique, libre et juste. (...) Ils veulent la même chose (...) que nous voulons tous, un Mexique qui nous prenne en compte comme êtres humains, qui nous respecte et reconnaisse notre dignité. C'est pour cela que nous voulons unir la petite voix des zapatistes à la voix de tous ceux qui luttent pour un Mexique nouveau. Nous sommes venus jusqu'ici pour crier, avec tous, les oubliés, que plus jamais il n'y aura de Mexique sans nous. (...) Pour cela nous sommes prêts à participer à un grand débat national avec tous, un débat dans lequel notre parole sera une parole de plus parmi les nombreuses paroles, et notre coeur un coeur de plus parmi beaucoup de coeurs. Le chemin de ce débat national est long (...) nous avons besoin que vous nous aidiez à le faire, comme vous m'avez aidée, moi, à venir jusqu'ici. (..) je suis la commandante Ramona de l'EZLN. Je suis le premier pas des zapatistes dans la capitale et dans le Mexique tout entier. Nous espérons que tous, vous ferez ce chemin avec nous". Dans le reste du pays, plusieurs milliers d'indiens ont aussi manifesté pour commémorer cet anniversaire. Au Chiapas, les manifestants ont exigé la reprise des négociations entre l'EZLN et le gouvernement, et la sortie de l'armée des communautés indiennes. Selon La Jornada, le gouvernement aurait offert d'hospitaliser Ramona. Javier Elorriaga Berdegué (ancien prisonnier présumé zapatiste et aujourd'hui militant du FZLN) a répondu qu'elle allait probablement rester à Mexico pour y être soignée et subir peut-être une greffe de rein, mais que ni l'EZLN ni le FZLN ne voulaient de l'aide du gouvernement, et que Ramona serait accueillie dans un hôpital privé et soignée par des médecins bénévoles. Les organisateurs de la visite de Ramona à Mexico annoncent que leur objectif est maintenant que Marcos puisse se rendre à Mexico le 20 novembre prochain, pour l'anniversaire de la Révolution mexicaine. Plus de 3.000 personnes ont manifesté à Rome en solidarité avec les zapatistes et les peuples cubain, kurde, palestinien et shrilankais. Au cours de la manif, organisée par des partis de gauche, il a été annoncé la création d'une Coordination Nationale de soutien à la lutte zapatiste. Environ 50.000 personnes d'origine latino-américaine ont manifesté à Washington pour protester contre la vague de racisme anti-immigrés qui sévit aux États-Unis. Dans le cortège, il y avait beaucoup de banderoles soutenant l'EZLN.
Mise au point : Les Consulats en rébellion de Brescia et Florence (Italie) nous ont écrit pour rectifier une information parue dans La Jornada (et reprise par nous, Cf. Ya Basta ! précédent, 13 octobre) à propos de la manifestation romaine du 12 octobre : "[Le lendemain de la manif] grande fut notre déception de lire [dans La Jornada] une modeste note d'agence de presse, pleine d'inexactitudes et de mensonges. On y disait que 3.000 personnes avaient assisté à une manifestation appelée par les partis politiques." Or, selon le quotidien italien La República (centre-droit et peu suspect de sympathie pour les zapatistes) il y avait 10.000 manifestants (15.000 selon d'autres journaux italiens) ; de plus la manifestation n'était pas appelée par des partis mais par l'Assemblée des Participants italiens à la Première Rencontre Intercontinentale et la Coordination de Soutien à la Lutte Zapatiste, laquelle existe depuis plus d'un an, et n'a donc pas été lancée à cette occasion... Comme quoi il ne faut pas croire tout ce qu'il y a dans les journaux...
L'EZLN et la COCOPA reprendront leurs réunions à partir du 16 octobre, pour relancer le dialogue. Ils commenceront par discuter des cinq conditions émises par l'EZLN à la reprise des discussions (cf. Ya Basta n 73, 3 septembre). Dans une conférence de presse, la commandante Ramona a cité les thèmes que l'EZLN et la délégation gouvernementale devront traiter : culture et droits indiens, démocratie et justice, bien-être et développement, femmes, réconciliation au Chiapas et transformation de l'EZLN en force politique. A ce propos le président Zedillo a officiellement demandé au premier ministre de prendre en compte pour les prochaines sessions législatives les accords de San Andrés qui aboutiront. Il a ajouté que les résultats du Congrès National Indigène devraient donner lieu à de nouvelles lois. Ramona a aussi parlé de la gravité de son état de santé, et aussi de celui de millions d'indigènes : "là-bas il n'y a ni éducation ni santé". Grâce à la mobilisation de la société civile et à l'engagement de la COCOPA en sa faveur, elle pourra rester à Mexico pour se faire soigner. Selon F. Suáres Dávila, président de la Commission Chargée des Finances à la Chambre des Députés, le dogmatisme observé en matière de politique économique depuis 1988 a donné au Mexique les plus mauvais résultats du monde dans l'application du néolibéralisme. Quelques 2.000 PRDistes de San Andrés Larrainzar on séquestré le Maire Marcos Hernandez Lopez et son adjoint pour les obliger à signer leur démission, au motif que ceux-ci auraient détourné plus de 3 millions de pesos (environ 2 millions de Francs) et seraient arrivés au pouvoir par la fraude (cf. Ya Basta ! n 32 : 15 octobre 95, n 41 : 27 décembre, n 42 : 7 janvier 96, et n 62 :30 mai 96). Deux paysans ont étés assassinés par un groupe d'hommes armés de AK-47, dans la communauté de Atoyac (Guerrero). L'un d'eux était le frère du président du PRI local, assassiné le 26 septembre dernier dans des conditions similaires. Résultats de élections au Guerrero : 30 députés du PRI, 12 du PRD, 2 du PAN, et 1 du Parti Cardeniste (petit parti lié au PRI et se revendiquant de Lazaro Cardenas, père de Cuauthémoc). A Atoyac, les militants du PRD demandent l'annulation des élections pour cause de fraude.
Le gouvernement annonce qu'il serait prêt à changer de délégués pour le dialogue. L'EZLN demande que la commandante Ramona ne soit pas soignée dans les hôpitaux publics, à moins qu'elle puisse y garder l'anonymat et que son traitement soit mené avec discrétion. Emouvant rassemblement spontané devant le campus universitaire qui héberge Ramona. Des étudiants avaient apporté des fleurs, et les slogans, en tzotzil et en espagnol disaient :"Ramona tu n'est pas seule, Ramona tu dois guérir". Le choix de l'hôpital où elle doit subir une greffe de reins devrait se faire cette semaine. Le gouvernement invite l'EPR à changer d'attitude et à opter pour le dialogue. Selon les déclarations à la justice d'une personne qui aurait assisté à la scène, le cadavre retrouvé dans la propriété de Raúl Salinas de Gortari serait bien celui de Manuel Muñoz Rocha (cf. Ya Basta précédent, 10 octobre), tué par Raúl Salinas à coups de batte de base-ball, puis découpé en morceaux "par un médecin à l'accent étranger" pour le rendre méconnaissable [bizarre, bizarre...].
16 commandants zapatistes et le sous-commandant Marcos sont arrivés à San Cristóbal pour y rencontrer, comme prévu, la COCOPA. L'EZLN a l'intention de lui demander la libération de tous les prisonniers présumés zapatistes, la mise en place de la commission de suivi et de vérification, la fin de la répression et le démantèlement des gardes blanches, la modification de la délégation gouvernementale, ainsi que des propositions sérieuses et concrètes du gouvernement pour la suite du Dialogue. La COCOPA demande que Marcos et le 1er ministre Emiliano Chuayffet assistent aux négociations, afin de donner à celles-ci plus de poids politique.
A Pochutla (Oaxaca) l'armée et la police ont arrêté trois membres présumés de l'EPR.
La COCOPA est partie à Mexico s'entretenir avec le ministre de l'Intérieur et consulter le gouvernement sur les progrès acquis après trois jours de réunion avec l'EZLN et la CONAI. El Nuevo Péndulo, quotidien de Tuxtla Gutiérrez (capitale du Chiapas), annonce que des affrontements auraient eu lieu entre zapatistes dans les municipalités de San Salvador, Chaverico, Nuevo Morelia et Patihuitz, la cause étant un désaccord sur la question du dialogue. La nouvelle a été reprise par l'agence de presse espagnole Efe et par une station de radio chiapanèque, qui ont ajouté qu'un porte-parole de la police du Chiapas l'avait confirmée ; la chaîne de télé la plus regardée du pays, (la 2, qui appartient au monopole privé Televisa), a interrompu ses émissions diffuser l'information. Mais celle-ci s'est avérée fausse, et a même été officiellement démentie par les autorités. Selon Jaime Avilés, journaliste à La Jornada, cette affaire est une tentative des "durs" du gouvernement appuyés par une presse servile, pour perturber les négociations Cocopa-Conai- EZLN, qui commencent à porter leurs fruits.
Dans une interview à la chaîne de télévision Univision, Marcos a déclaré qu'il n'était "pas possible" de continuer une négociation comme celle de San Andrés, "à long terme, à cause de la fatigue des communautés"". Il a ajouté que le calcul du gouvernement était que cette fatigue allait "provoquer une baisse des exigences de l'EZLN", mais que au contraire les communautés commençaient "à réagir à l'inverse et à dire : la négociation n'aboutit pas, alors il faut en sortir". Il a estimé que l'EZLN s'approchait du moment d'une définition parce qu'elle était arrivée à une "limite", étant une force armée et clandestine "qui ne lutte pas avec des armes, mais qui ne fait pas de politique à l'extérieur non plus". Il a annoncé que le gouvernement leur avait proposé de participer aux législatives de 1997, pas comme parti politique, mais sous le couvert d'une nouvelle formule juridique, celle d'"association politique". Lors de ces élections, les habitants de Mexico éliront leur maire pour la première fois. Selon La Jornada, le gouvernement aurait d'ores et déjà arrêté la plupart des dirigeants de l'EPR, mais attendrait le moment opportun pour annoncer la nouvelle. Mutinerie à la prison de Barrientos (Mexico). Il y aurait plus de 25 blessés, selon un bilan provisoire. Les prisonniers protestent contre la corruption des gardiens et les tortures qu'ils subissent : par exemple, les matons exigent de l'argent des proches des prisonniers, menaçant de les punir et les frapper s'ils n'obtiennent rien, ils humilient les femmes qui viennent rendre visite aux prisonniers, etc.
Dans son édition du 21 octobre, l'hebdomadaire Proceso publie un reportage sur la destination des plus de 30 milliards de pesos (plus de 20 milliards de francs) que depuis janvier 1994 le gouvernement prétend avoir investi au Chiapas pour résoudre les problèmes sociaux de l'état. Selon plusieurs porte-paroles d'organisations sociales, une bonne partie de ces "investissements" n'ont été que simulation ou démagogie, et ont fini dans les poches de fonctionnaires ou encore ont financé les programmes de contre-insurrection. Valdemar Rojas Lopez, militant du PAN (le parti de droite), et secrétaire à la Santé dans le gouvernement de Antonio Robledo Rincon (déc. 94 - Fév. 95), informe par exemple que les ressources que le gouvernement dit avoir employé dans le secteur de la santé "ne sont pas arrivées ou n'ont pas été correctement utilisées (....) tout ce qu'on peut voir c'est (...) des investissements jetés à la poubelle". Il cite le cas de l'hôpital de Guadalupe Tepeyac, et des cliniques d'Oxchuc et de l'ejido San Miguel qui ne fonctionnent pratiquement pas, faute de ressources. Il dit aussi qu' "'il y a beaucoup de mensonges dans les statistiques officielles" sur la santé, surtout en ce qui concerne les campagnes de vaccination et les épidémies comme le choléra. Toujours selon lui, dans les communautés paysannes, et particulièrement dans la zone zapatiste, les gens continuent à mourir de maladies banales, que la malnutrition rend mortelles. Selon une étude du Congrès du Travail, rassemblement de syndicats liés au gouvernement, en neuf ans, le pouvoir d'achat a baissé de 43 %. L'archevêque de Mexico Norberto Rivera a déclaré que lorsque les droits Humains sont bafoués, l'église peut et doit faire de la politique "comme Jésus l'a fait, c'est à dire en rappelant aux gens qu'ils doivent obéissance et respect à l'autorité seulement si celle-ci fait le bien de tous". Interception à Oaxaca de trois tonnes de cocaïne en provenance d'Amérique du Sud.
Le gouvernement a répondu à l'archevêque Rivera que "personne n'est dispensé d'obéir à un régime de droit" , et que "la séparation de l'église et de l'état est clairement inscrite dans la Constitution"... Deux députés du PRD qui font partie de la commission d'enquête sur l'assassinat de Colosio ont invité Salinas de Gortari et José Córdoba (son bras droit) à venir témoigner sur cette affaire devant la Chambre des Députés.
José Córdoba est venu témoigner devant la Chambre des Députés. Selon Herreramero (l'un des députés à l'origine de l'invitation), son intervention a fait avancer l'enquête. Certains espèrent maintenant que Salinas viendra à son tour témoigner à Mexico. Envoi de renforts militaires dans la région de la Huasteca suite à la découverte par l'armée d'un camion contenant des armes. Le budget attribué par l'état aux partis politiques pour les prochaines élections s'élève à un milliard cent cinquante mille pesos, dont 600 millions pour le PRI.
On annonce la mise en place, le 5 novembre prochain, de la Commission de Suivi et Vérification des accords de San Andrés. Elle sera composée de 16 membres titulaires, dont 8 seront nommés par l'EZLN et 8 par le gouvernement ; chaque partie aura 3 de ses membres et 5 invités spéciaux dans la commission. Les deux parties pourront aussi nommer deux invités permanents qui auront le droit à la parole, mais pas au vote. Il y aura des invités ponctuels, et des observateurs de la COCOPA et de la CONAI. La mise en place de cette commission, qui doit veiller à l'application des accords de février, pourrait faciliter la reprise du dialogue. L'EZLN, la COCOPA et la CONAI se réuniront à nouveau à San Cristóbal le 6 novembre pour essayer d'avancer vers la reprise du dialogue de paix. Pour l'instant, seulement une des conditions émises par les zapatistes pour la reprise du dialogue a été satisfaite : la mise en place de la Commission de Suivi et Vérification. Lors de l'annonce officielle de la mise en place de la Commission de Suivi et de Vérification, le sous-commandant Marcos a remercié, au nom de l'EZLN, la COCOPA et la CONAI de leur travail pour la paix. A propos de la CONAI, il a dit : "...Nous saluons tout particulièrement l'attitude de son président, l'évêque Samuel Ruiz García, qui, malgré les menaces, les persécutions, les calomnies et les insultes continue d'ouvrir les chemins de paix pour lesquels nous aurions opté auparavant, s'ils avaient existé (..) Ceux qui veulent la guerre exigent la tête de Samuel Ruiz García ; ceux qui veulent la paix devront apprendre qu'elle sera avec lui aussi, ou qu'elle ne sera pas". Il a ajouté : "les progrès de ces derniers jours ont double valeur : l'une est qu'ils permettent d'avancer, grâce à des accords concrets, vers la reprise du dialogue de San Andrés ; l'autre est qu'ils assoient les bases d'une solution plus rapide, plus sérieuse et plus profonde, du conflit. Aujourd'hui nous pouvons dire que nous sommes (..)paradoxalement, encore loin de la reprise du dialogue, mais plus près de la paix". Publication d'une lettre du sous-commandant Marcos à Madame la Société Civile nationale et internationale, pour la remercier de sa mobilisation, qui a permis le voyage de la commandante Ramona à Mexico et la réalisation du Congrès National Indigène : "...Vous savez quoi ? Il se passe quelque chose d'étrange dans ce pays. Quand vous ne donnez pas signe de vie et que vous vous enfermez dans des problèmes que vous croyez individuels, le Pouvoir sourit et remet tout à demain, mais dès que vous vous mettez à parler, à descendre dans la rue et à danser, il prend au gouvernement suprême une envie urgente de dialoguer, et d'avoir l'air de vouloir résoudre les problèmes. Non, je ne sais pas pourquoi c'est comme cela, mais que c'est bien quand vous sortez et dansez sur ce petit air si simple... comment est-ce déjà ?...Ah oui, voilà !..." . L'assemblée nationale, majoritairement formée de députés du PRI fidèles au gouvernement, a approuvé une réforme de la loi sur l'industrie pétrochimique, qui ouvre la porte à une privatisation partielle du secteur. L'opposition a voté contre.
Publication d'un communiqué de l'EZLN dans lequel ils font connaître les personnes et organisations qu'ils invitent à faire partie de la Commission de Suivi et Vérification des accords. Ils proposent comme membres titulaires : 1.- Le Congrès National Indien Permanent. 2.- Alianza Cívica 3.- l' Association Nationale des Avocats Démocratiques (ANAD) (ONG indépendante) 4.- Le Réseau Mexicain pour les Droits Humains "Tous les droits pour tous" (ONG indépendante, très active) 5.- Rodolfo Stavenhagen (politologue et chroniqueur à La Jornada). Comme membres suppléants : 1.- Pablo Latapí (intellectuel, spécialiste des questions d'éducation, conseiller de l'EZLN) 2.- Elena Poniatowska (écrivain). Comme invités permanents : 1.- Doña Amalia Solórzano (veuve du général Cardenas, mère de Cuauhtémoc). 2.- Mgr Bartolomé Carrasco. Comme invités ponctuels pour les accords et engagements sur le thème "Droits et Culture indiens". 1.- Fernando Benítez (spécialiste des questions indiennes). 2.- Salomón Nahmad. Avant de repartir pour la forêt, le sous-commandant Marcos a déclaré dans une conférence de presse que les discussions avec la COCOPA et la CONAI "allaient très bien jusqu'à ce que le duo Bernal-del Valle apparaisse" (ce sont les membres les plus influents de la délégation gouvernementale au dialogue). "[Ils] nous offraient des postes dans la Commission [de Suivi et Vérification], même si l'accord avait été de faire une commission autonome" ; ils ont même dit que les zapatistes pouvaient "présider la commission et gérer son budget, c'est-à-dire que nous allions devenir des bureaucrates de la commission". Marcos a aussi expliqué que l'EZLN avait refusé la proposition du gouvernement de leur permettre de devenir une "association politique" pour participer aux élections de 1997. Il a précisé que la proposition gouvernementale prévoyait l'accès des zapatistes au budget que la loi accorde aux partis politiques, et leur assurait la liberté de mouvement. Mais, selon lui, les zapatistes ne s'intéressent pas aux postes électoraux ; il a cependant ajouté que les zapatistes pourraient commencer à participer ouvertement à la lutte politique, et ce, avant les élections de 1997. Il a dit que si il y avait une solution digne, les zapatistes pourraient signer la paix, mais pas rendre les armes, ce qui n'est pas en discussion ; qu'ils pourraient aussi "reprendre la guerre si cela signifie dignité". Sur la possibilité qu'il participe ouvertement à la vie politique du pays, il a dit : "pour ce qui est (...) du personnage de Marcos, la décision des compagnons et de Marcos lui-même a été : avec les indiens où que ce soit. Mais jamais sur leur dos ou à leurs frais. Si la sortie ou l'image de Marcos peut servir le mouvement indien, alors oui, mais si c'est aux dépends de la partie indienne de l'EZLN, alors il n'en est pas question" . Publication d'un communiqué adressé aux prisonniers indiens en grève de la faim au Chiapas (cf. Ya Basta! n 76, 25 Septembre, et encadré dans ce n ). Le juge chargé des présumés zapatistes arrêtés en février 1995 à Cacalomacán (état de Mexico) a rendu son verdict. Fernando Rodríguez Paredes et Gerardo López López ont été jugés coupables de fabrication de munitions et de détention d'un stock d'armes ; ils ont été condamnés à respectivement 4 ans et 11 mois, et 3 ans et 3 mois de prison ferme. Quant à Patricia Jiménez Sánchez, Celia Martínez Guerrero, Ofelia Hernández Hernández, Joel Martínez González et Yolanda Brenda Rodríguez Acosta, ils ont étés déclarés coupables de détention d'un stock d'armes et condamnés à 1 an et 8 mois de prison ferme. Ils seront bientôt remis en liberté, étant donné le temps qu'ils ont déjà passé en prison.
Dans une lettre adressée à La Jornada, Fernando Benítez remercie les zapatistes de lui avoir fait "l'honneur de [l'] inviter" à participer à la Commission de Suivi et Vérification, et regrette que des problèmes de santé lui interdisent d'y répondre positivement. Le directeur de Pemex (Petroleos mexicanos, l'entreprise pétrolière publique) annonce qu'ils vont augmenter de 9,17 % la production de pétrole, et de 21 % celle de gaz. Le Mexique aura ainsi produit en moyenne 2 millions 857 mille barils par jour en 1996. Le pétrole est la principale source de devises du pays ; Pemex assure que ses réserves permettront de poursuivre la production pendant 48 ans. Le peso est descendu à son niveau le plus bas depuis 11 mois : 1 dollar = 8,1 pesos.
Armée Zapatiste de Libération Nationale
Aux : indiens injustement emprisonnés à Cerro Hueco. Chiapas, Mexique.
De : CCRI - CG de l'EZLN
Frères :
Nos chefs indiens du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général de l'EZLN m'ont demandé de vous écrire ces lignes pour vous dire que nous avons connaissance de l'injustice de votre situation et de la justesse de votre lutte. La grève de la faim que vous et vos proches menez depuis plus de trois semaines est une action courageuse pour exiger ce qui n'est que justice, votre liberté.
Nous sommes préoccupés de ce que le mauvais-gouvernement reste sourd aux demandes légitimes de ceux qu'on a privés, par magouilles et mensonges, de leur liberté. Mais ce qui nous préoccupe encore plus, c'est que vous ayez dû recourir à la grève de la faim pour demander justice. Si le gouvernement n'écoute pas des hommes et des femmes qui se laissent mourir pour dire qu'ils ne sont pas disposés à vivre comme des esclaves, il écoutera encore moins les mobilisations pacifiques et les revendications utilisant des moyens légaux que pourront faire les indiens. En se refusant à résoudre leur problème, le gouvernement de l'état du Chiapas nous envoie un clair signe de guerre. Par sa surdité, il nous dit que nous devons rester armés et rebelles, parce que rien ne se résout par les moyens pacifiques et légaux.
Comment est-il possible que ceux qui disent gouverner ces terres restent impassibles alors que des hommes et femmes au sang brun se laissent mourir pour exiger la vie ? Avec son arrogance et son autoritarisme, le mauvais-gouvernement continue de nous traiter comme des animaux qui gênent ses plans égoïstes. Par la persécution, l'emprisonnement, la torture et l'assassinat, le gouvernement fait des indiens innocents des coupables. Pendant ce temps, les criminels et les voleurs de grande envergure achètent la justice et corrompent juges, policiers, secrétaires et sous-secrétaires du gouvernement. Si au lieu d'annoncer d'imaginaires oeuvres sociales et de faire des déclarations vides et rassurantes sur le dialogue et la paix, monsieur Ruiz Ferro s'occupait de rendre justice aux défavorisés, la situation de cet état au coeur indigène serait meilleure.
Le CCRI - CG de l'EZLN se déclare solidaire de vous, et de tous nos autres frères emprisonnés injustement dans tout le pays. Nous exigeons que les autorités de l'état arrêtent de payer les médias pour qu'ils disent qu'elles font quelque-chose pour le peuple chiapanèque, et qu'elles s'occupent plutôt de libérer rapidement les grévistes de la faim de la prison de Cerro Hueco, et toutes les autres personnes détenues injustement dans tout le pays.
Au Chiapas, et dans tout le Mexique, le gouvernement remplit les prisons de gens pauvres et humbles. Dans tout le Mexique et au Chiapas, les riches criminels sont libres, et occupent même des postes au gouvernement. Cela n'est pas la paix que nous voulons. Si rien ne doit changer, nous préférons rester rebelles et armés. Les faits nous démontrent chaque jour que la lutte pacifique est inutile et stérile. Comment peut-on alors nous demander de choisir la paix, si cette paix continue d'être synonyme d'humiliation et de mort ?
Nous suivons attentivement votre lutte, frères. La réponse que vous recevrez en sera une aussi pour nous. S'ils vous laissent mourir ou ne résolvent pas votre problème de façon juste, alors c'est que la paix que nous voulons est encore loin. S'ils vous reconnaissent le droit de vivre en liberté, alors nous saurons que la solution est peut-être proche.
Frères indiens :
Prisonniers dans la montagne, ou prisonniers à Cerro Hueco, nous sommes les mêmes. Les uns et les autres, nous voulons la démocratie, la liberté et la justice.
Nous, nous luttons avec des armes, et vous avec des moyens pacifiques.
Que celui qui gouverne dise quel est le meilleur moyen de lutter au Mexique pour les droits de tout être humain.
Salut à vous, frères indiens de Cerro Hueco ! Ne vous rendez pas, dans les montagnes du sud-est mexicain nous sommes des milliers d'indiens à partager la grève de la faim nationale pour demander...
Démocratie ! Liberté ! Justice !
Depuis les montagnes du sud-est mexicain, Pour le CCRI - CG de l'EZLN,
Sous commandant insurgé Marcos.
Mexique, 23 octobre 1996.
Dans 3 communiqués, l'EPR annonce la fin de la trêve (décidée pour permettre le bon déroulement des élections dans le Guerrero) et son refus de négocier avec le gouvernement : "les conditions d'injustice et d'oppression (...) justifient et légitiment la lutte armée révolutionnaire". L'EPR précise cependant qu'ils "ne sont pas contre le processus électoral, si cela peut permettre au peuple de s'organiser politiquement" et estime que la présence de l'EPR "a modifié le rapport de forces, ce qui s'est reflété dans les résultats des élections". Enfin, ils rendent publique une liste de 21 revendications, parmi lesquelles : élection d'un nouveau gouverneur, respect des libertés de manifestation, expression et réunion, punition de l'ex-gouverneur Ruben Figueroa Alcocer et des responsables de la torture, assassinats et répression, liberté des prisonniers politiques, arrêt de la militarisation, disparition des milices, etc. Le gouvernement annonce les détails de la nouvelle "Alliance pour la croissance", qui établit les prévisions économiques officielles et fixe les politiques salariales et d'augmentation des prix. Elle prévoit une augmentation du salaire minimum de 17 % pour 97 (ce qui portera le salaire minimum à 26,5 pesos par jour, soit moins de 17 Francs par jour), et une inflation de 15 % ; l'essence et l'électricité augmenteront de 22 et 15 % pour les ménages d'ici à la fin 97 ; des avantages fiscaux sont accordés aux entreprises. La propagande officielle présente les "alliances" comme le résultat d'une négociation entre le gouvernement, le patronat et les salariés, mais seuls les syndicats liés au gouvernement participent aux discussions.
Plus de deux mille indiens, originaires de Tila (Chiapas), vivent réfugiés dans le village de Jolnixtié, pour fuir le groupe paramilitaire "Paz y Justicia" (lié au PRI et dont les principaux dirigeants sont des fonctionnaires de la mairie). En mars 1995, la communauté s'était réunie pour élire, selon les us et coutumes, son maire, et deux groupes s'étaient détachés : l'un, proche du PRD, et l'autre, proche du PRI. Le conflit qui s'en est suivi a fait de nombreuses victimes. Un fonctionnaire du gouvernement du Guerrero chargé de l'inspection des prisons a été kidnappé par 4 individus cagoulés. Sa famille a reçu une demande une rançon. L'EPR nie être lié à cette affaire. Environ 70.000 mexicains sont atteints de tuberculose, et 4.750 d'entre eux en meurent en moyenne par an. Chaque année, 30.000 nouveaux cas se déclarent, dont 80 % seulement reçoivent des soins appropriés. La maladie se développe dans les milieux les plus pauvres : zones rurales, régions indiennes, etc.
Un porte-parole du gouvernement, annonce que 39 personnes ont été arrêtées dans le cadre de la lutte contre l'EPR. L'assemblée nationale vient d'approuver une loi "anti-crime" (votée par le PRI et le PAN). Le PRD et le PT ont voté contre, considérant qu'elle "viole la Constitution et menace la liberté des mexicains". Cette loi renforce les pouvoirs des autorités contre les "délinquants". Selon le Grupo de Información et de Reprodución Elegida (ONG qui travaille pour les droits des femmes), malgré l'interdiction de l'avortement, entre 500 mille et un million d'avortements clandestins sont pratiqués par an au Mexique ; 1.500 femmes meurent chaque année des suites d'un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. Dans le pays, 33 % des femmes (et 60 % des femmes mariées) utilisent une méthode de contraception. Selon un rapport du ministère de l'éducation, environ 2 millions d'enfants âgés de 6 à 14 ans ne sont pas allés à l'école pendant l'année scolaire 95-96.
Publication d'un communiqué de l'EZLN adressé à la société civile nationale et internationale :"grâce à vous l'accord sur l'installation de la Commission de Suivi et Vérification a été possible" (cette commission sera chargée de vérifier la bonne application des accords passés et à venir conclus dans les négociations entre l'EZLN et le gouvernement). L'EPR revendique deux attaques contre l'armée fédérale à Ocoyoacac et à San Juan Teotihuacan (état de Mexico, très près de la capitale), qui ont fait selon eux, au moins 8 morts du côté gouvernemental. Pour sa part le ministère de la Défense reconnaît 4 victimes, sans préciser s'il s'agit de blessés ou de morts. Attentat de l'EPR contre le siège de la Police Judiciaire à Coyuca de Catalán (Guerrero). Pas de victimes. Une loi qui permettra de privatiser certaines activités du secteur pétrochimique vient d'être approuvée par le Sénat.
Les présidents des partis politiques représentés à l'Assemblée Nationale et le ministère de l'Intérieur sont arrivés à un accord sur la mise en place du nouvel Institut Fédéral Électoral (instance chargée d'organiser les élections, de réglementer les financements des campagnes politiques et d'assurer l'égalité de temps d'antenne dans les médias), désormais censé être indépendant, d'après les accords de la Réforme Électorale. [Précisons tout de même que les mexicains ont déjà connu dans le passé de nombreuses "réformes électorales", qui n'ont pas changé grand-chose...] Un scandale secoue le système bancaire national : des magistrats ont jugé que la privatisation de l'une des principales banques (réalisée en 1990 par le gouvernement de Salinas de Gortari) était légalement invalide à cause d'une grave irrégularité dans le processus. Les 10 principales banques du pays sont dans la même situation, et les magistrats viennent de donner raison à deux personnes endettées qui poursuivaient en justice la Banco del Atlántico qui prétendait saisir leurs biens parce qu'elles ne parvenaient pas à rembourser un crédit : selon ce jugement, il n'y a pas à rembourser des institutions qui juridiquement n'existent pas.
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