Communiqué de l'EZLN.
“Oui, don Alberto, loin de garantir l’ordre interne,
l’Armée Fédérale a été une cause importante
de désordre et de dégouvernement”.
Pour Alberto Gironella.
Août - septembre 1999.
Extraits. [...]
Dans le texte de Julio Scherer Garcia, les militaires défilent
avec leur dureté et leur étroitesse d’esprit. De moins en
moins fréquente chez les civils, l’admiration pour tout ce qui est
militaire, en cette époque aphone, oublie que les armées
sont les structures les plus absurdes qui soient. Négation totale
de la raison, écrasement de l’individu et culte de la destruction
sont quelques unes de leurs caractéristiques ( ainsi que les portes
permettant au crime organisé de tendre ses pièges).
Je sais que cela peut paraître plus que paradoxal que cette
critique soit émise par un chef militaire de l’EZLN, alors qu’elle
est, elle aussi, une armée. Mais c’est précisément
pour cela que nous aspirons à disparaître. J’ai déjà
expliqué notre position à ce sujet et je ne veux pas vous
ennuyer. Le sujet de ce texte c’est une armée, l’armée fédérale,
qui est la source de déstabilisation.
Lors de mon passage à l’Héroïque Collège
Militaire et à l’école supérieur de la guerre, j’ai
pu voir que ce n’est pas la fierté et l’honneur qui transforment
l’armée fédérale en une entité fermée,
intouchable et imprévisible. Non, c’est un autre monde dont la logique
interne permet un tel arbitraire que le juge le plus corrompu du système
judiciaire mexicain (pourtant il y en a beaucoup) en aurait de la peine.
- Un article d’une revue traitant du thème des droits humains
des militaires (impensable puisque les militaires ne sont que de ‘froides
machines à tuer’), valut au général Gallardo la prison,
le discrédit et le harcèlement quotidien de sa famille.
- Ceux qui ont refusé d’exécuter les ordres d’assassinats
donnés par les commandants militaires les plus gradés en
janvier 1994, face à l’armée zapatiste, ont eu droit à
la mort et à l’exil forcé.
- Ceux qui ont désapprouvés la création des groupes
paramilitaires au Chiapas, en argumentant que le port d’une arme impliquait
discipline et responsabilité, ont été éliminés.
- Ceux qui se sont engagés avec le rêve de défendre
la patrie, «si un étranger ose profaner ton sol de son pied»,
se sont rapidement trouvés confrontés à des civils,
des enfants, des vieux, des femmes et des hommes tous mexicains, tous pauvres,
et durent fuir se cacher, implorant ceux là même qu’ils avaient
attaqué de leur prêter des « tenues civiles »
et un guide pour sortir de la zone de conflit.
Si les événements de 1968 ont du attendre 30 ans
que l’illogique logique militaire montre son arbitraire déstabilisant,
en 1999 des publications honnêtes (il y en a) rendent compte quotidiennement
des violations et des crimes impunis perpétrés sous l’uniforme
vert olive et avec une arme pour unique argument. En quelques mots, l’état
de siège destiné à l’origine au sud-est du Mexique
s’est étendu aux peuples indigènes de tout le pays et a maintenant
envahi les rues des villes.
Dites-moi si je me trompe, mais tandis que le gouvernement argumente
que la présence massive de militaires au Chiapas sert à éviter
la déstabilisation, un rapide décompte des faits de ces deux
dernières années montre que l’armée fédérale
est la cause principale de la déstabilisation et de la détérioration
de la situation du sud est mexicain. Là où les fédéraux
apparaissent, les tensions augmentent et les conflits éclatent.
Depuis que le Señor Zedillo est arrivé à
Los Pinos par la main des assassins de Colosio, l’Armée Fédérale
a rompu le cessez le feu au moins en trois occasions :
- En février 1995 (bilan : 5 morts zapatistes ainsi qu’un colonel
et 10 soldats de l’Armée Fédérale morts au combat)
- En juin 1998 à El Bosque (bilan : 8 zapatistes exécutés
après avoir été faits prisonniers par des militaires).
- Et en août 1999 à San José La Esperanza (Bilan:
2 zapatistes blessés par balle et 8 militaires « frappés
avec des pierres et des bâtons »).
[...] Chuayffet, lui, a utilisé la méthode des
paramilitaires dans l’affrontement et a offert à l’histoire mexicaine
une de ses pages les plus honteuses et humiliantes : le massacre d’Acteal
en décembre 1997.
Au-delà de l’implication dans ces attaques des militaires
fédéraux, toutes ces interventions déstabilisatrices
ont un dénominateur commun : Ernesto Zedillo Ponce de León.
Sous-commandant insurgé Marcos.