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4 policiers tués et 3 autres blessés dans une embuscade apparemment réalisée par l'EPR sur la route Oaxaca-Tehuantepec . D'autre part, un commando de l'EPR a attaqué un commissariat à Coacalco (état de Mexico), tuant un policier.
Remise en liberté des présumés zapatistes arrêtés à Cacalomacán en février 1995 et condamnés à un an et huit mois de prison (cf. Ya Basta n 80 : 25 octobre 96). Ils ont annoncé leur intention de rejoindre le FZLN. Sur les 30 et quelque présumés zapatistes arrêtés en février 95, il en reste actuellement 10 en prison. Un représentant du Barzón a déclaré que son organisation ne profiterait pas de l'erreur dans la privatisation des banques pour ne pas payer les dettes. Selon lui, chacun doit payer ce qui est juste et dans la mesure de ses possibilités. Il a ajouté que El Barzón commencerait à "récupérer" les près de 90.000 immeubles saisis par les banques aux personnes endettées. Selon un rapport officiel, la malnutrition est la 5ème cause de mortalité infantile au Mexique. En 1994, en moyenne 5 enfants de moins de 5 ans en mourraient par jour. Dans les communautés indiennes, 70 à 80 % des enfants souffrent de malnutrition.
Article de Luis Hernández Navarro
Suite aux déclarations de Marcos à propos de la nécessité d'une "définition politique" de l'EZLN (cf. Ya Basta! No. 79, 20 octobre 96), nous publions cet article de Luis Hernández Navarro, conseiller des zapatistes (texte paru dans La Jornada du 29 octobre 1996), pour apporter une première contribution au débat. Affaire à suivre...
EZLN : le moment des définitions
Régulièrement, les analystes politiques annoncent le déclin de l'audience politique de l'EZLN, et lui recommandent de déposer immédiatement les armes, de faire connaître l'identité de ses combattants, et de se réinsérer dans la vie publique. Ils appuient leurs affirmations sur l'apparent désintérêt de la presse, la faiblesse de la force militaire de l'EZLN, et les difficultés à se concrétiser qu'ont rencontré les projets d'organisation auxquels elle a appelé. Pourtant, et tout aussi régulièrement, les zapatistes monopolisent la Une des journaux, mobilisent de larges secteurs de l'opinion publique et en appellent avec succès à la solidarité internationale. Lors de la dernière crise, un grand nombre d'organisations patronales de plusieurs états (et notamment la Chambre de l'Industrie de la Construction
1) ont fait publier des dizaines d'insertions dans la presse pour appeler le sous-commandant Marcos et l'EZLN à revenir à la table des négociations de San Andrés. Même une association de pêcheurs de Basse-Californie du Sud a demandé à Marcos de ne pas profiter de l'apparition de l'EPR pour défendre une ligne dure. Savoir si l'insertion de ces encarts a été téléguidée par quelqu'un du gouvernement ayant des liens avec le patronat, ou s'elle a été spontanée est secondaire, en tous cas cela montre que le mouvement zapatiste reste assez fort pour préoccuper ceux qui n'éprouvent pas de sympathie pour son projet. Est-ce que l'EZLN peut continuer à faire de la politique comme il en a fait jusqu'à présent ? Il faut d'abord expliquer les grandes lignes de l'action qu'ont menée les zapatistes pour s'intégrer dans l'arène politique nationale. Au centre de sa stratégie il y a la lutte pour la démocratie, la justice et l'égalité. A la différence d'autres groupes politico-militaires, l'EZLN ne se propose pas de prendre le pouvoir pour les conquérir, pas plus qu'elle ne se présente comme l'avant-garde du mouvement populaire. Elle soutient qu'il faut créer les conditions politiques de ces objectifs pour les atteindre. Dans cette logique, l'action militaire vise à stimuler les processus d'organisation sociale qui permettront aux gens de choisir leur destin. L'EZLN a pris place dans la conjoncture nationale en utilisant quatre lignes d'action. La première est ce que Enrique Semo appelle la "paix armée", c'est à dire que les zapatistes maintiennent leur déclaration de guerre contre le gouvernement et conservent les armes, mais ne réalisent pas d'opérations militaires offensives, et négocient simultanément la paix, en impliquant dans le processus de larges secteurs de la société. La seconde est la promotion d'un ensemble de projets organisationnels autour de plates-formes politiques ou d'appels à l'action sur des thèmes spécifiques. En ce sens, il y a des paris comme le MLN (Mouvement de Libération National
2 ) la CND (Convention Nationale Démocratique
3) ou le Front Zapatiste, et des initiatives comme la Consultation Nationale
4) ou la Rencontre Intergalactique. La troisième ligne d'action joue sur un ensemble de déclarations et de prises de positions sur des problèmes spécifiques ou autour de dates clefs dans le calendrier politique national. Il y a enfin un ensemble d'actions liées à son développement comme force clandestine qui échappent à la connaissance publique, comme la création de relais politiques dans les municipalités et régions du Chiapas. Les zapatistes ont avancé lentement dans la constitution du Front et d'une large équipe de conseillers, dans la poussée apportée au mouvement indien national, et la structuration d'un courant de sympathie, qui est plus un état d'esprit qu'une force organisée. Sa présence est bien plus importante dans le sud et le centre du pays. Elle est plus ancrée chez les jeunes, les communautés indiennes, les intellectuels et les organisations urbaines de pauvres, que parmi le mouvement syndical, les organisations paysannes et les classes moyennes. Les zapatistes gardent l'hostilité du cercle patronal, de l'establishment politique et des groupes de pouvoir, tandis qu'une partie des ONGs qui les soutenaient en 1994 observe aujourd'hui à leur encontre une attitude réservée. Comme l'ont fait remarquer Carlos Monsiváis et Octavio Rodríguez, les zapatistes ont remis leur destin dans les mains de la société civile, et celle-ci s'est avérée moins organisée que ne l'exigeait la situation. De plus, une part importante de la sympathie qu'ils cristallisent provient de leur recherche d'une paix juste et digne, et non du discours de guerre. Parallèlement, et excepté pour les initiatives internes, l'EZLN doit s'appuyer sur des amis ou des alliés pour ses actions de politique nationale, et non pas sur ses propres forces, ce qui implique des difficultés importantes. Les choses en étant là, ce mode d'intervention dans la vie politique nationale parait atteindre ses limites. Son épuisement ne vient pas d'une perte de popularité mais, paradoxalement, de ses succès, de sa capacité de convocation, des sympathies qu'il détient dans des franges importantes de la population. Le moment des définitions pour l'EZLN vient non d'une défaite, mais d'une victoire : celle d'avoir réussi à ouvrir des chemins de participation politique et d'espoir pour des milliers de mexicains.
Le gouvernement prépare une loi autorisant les casinos (jusqu'à présent, ils étaient interdits). Par cette mesure, les autorités espèrent une augmentation de 19% des revenus du tourisme, soit 35 milliards de dollars supplémentaires. En 1995, le Mexique était le 8ème pays le plus visité du monde ; 86.9 % des visiteurs étaient américains.
Des inconnus ont mis le feu aux bureaux de la CONPAZ (Coordination d'ONG's pour la paix) à San Cristóbal. Les pompiers sont parvenus à limiter les dégâts, mais les flammes ont tout de même détruit des documents, des médicaments et du matériel. L'attentat est signé par des graffitis disant : "Dehors les zapatistes !". Début de la tournée en France de Javier Elorriaga Berdegué et Maria Gloria Benavides, représentants de l'EZLN et du FZLN. Ils rencontreront des responsables d'ONG's, de partis de gauche et de syndicats, et les comités de solidarité parisiens. L'EPR annonce une trêve de 18 jours dans l'état de Mexico, pour permettre le bon déroulement des élections locales de dimanche prochain. Dans un livre de politique-fiction intitulé "La guerre prochaine", Caspar Weinberger, ministre américain de la Défense sous Reagan, énumère les endroits où, selon lui, il est probable que les États-Unis interviennent militairement, d'ici une douzaine d'années. Il pronostique une invasion du Mexique, pour chasser un gouvernement anti-américain et lié au narcotrafic. L'opération, censée débuter le 14 avril 2003, a pour objectif de "ramener le Mexique vers la lumière de la démocratie et du libre-marché".
20e anniversaire de l'hebdomadaire Proceso. En 1976, les actuels journalistes de Proceso travaillaient pour le quotidien Excelsior, qui était le seul quotidien indépendant de ces années-là et regroupait une équipe de journalistes assez critiques vis à vis du gouvernement. Celui-ci, qui était à l'époque plus répressif encore qu'aujourd'hui, s'est arrangé pour que la direction du journal revienne à des journalistes plutôt serviles. Aujourd'hui Excelsior est un journal proche du pouvoir et la plupart de ses journalistes sont partis créer d'autres journaux et magazines, dont Proceso et Unomasuno (lequel a aussi fini par perdre son indépendance). Depuis, Proceso s'est distingué par un journalisme critique et indépendant, reconnu même par ses détracteurs. Ses reportages ont dévoilé un certain nombre d' "affaires" au sein du gouvernement, du patronat et même des partis d'opposition. La Commission de Suivi et Vérification des Accords de Paix (COSEVE) n'est toujours pas en place, apparemment parce que les zapatistes ne seraient pas d'accord sur la nomination de certains représentants gouvernementaux, qui, selon l'EZLN, n'auraient pas les "caractéristiques établies dans le règlement [de la Commission]", à savoir : autorité morale, autonomie et efficacité. Officiellement, (selon la COCOPA), la liste des représentants et invités gouvernementaux n'est toujours pas établie. Disparition de Javier López Montoya, responsable de la CONPAZ, de son épouse et de leurs deux enfants. (Ils ont réapparu deux jours plus tard, après avoir subi des tortures et reçu des menaces). Le Barzón, le PRD et des associations citoyennes ont organisé une journée nationale de protestation contre le prix de l'électricité. Il y a eu des occupations, des blocages et des grèves de la consommation dans 9 états du Mexique. En Hidalgo, des manifestants ont bloqué l'accès à une centrale thermoélectrique. Tous dénoncent une subvention publique accordée aux grands industriels, qui leur permet de payer l'électricité 33 % moins cher que les ménages, et 300 % moins cher que les petites entreprises. Le Mexique exporte de l'électricité vers les États-Unis, à un prix plus bas que celui payé par les mexicains. Pour se préparer à la privatisation, l'entreprise publique de chemins de fer a licencié près de 37.000 travailleurs entre 1990 et 1995 (soit presque 45 % de ses effectifs).
Le gouvernement a fait connaître la liste de ses représentants à la Commission de Suivi et Vérification des Accords de Paix (COSEVE). On y trouve de hauts-fonctionnaires, des intellectuels et même un colonel de l'armée. Côté EZLN, les représentants seront les commandants David, Tacho et Zebedeo. La CONAI et la COCOPA ont aussi nommé leurs représentants. Des indiens militants du PRI ont attaqué le 4 novembre la mairie PRD de San Andrés Larrainzar (mairie non-officielle, cf. Ya Basta! n 79, 14 octobre 96). Un groupe jusqu'ici inconnu, "Mascara roja" ("Masque rouge"), a fait des graffiti menaçant les zapatistes, les militants du PRD et l'évêque Samuel Ruiz, tout au long du chemin qui relie San Andrés et Oventic. 600 personnes on manifesté à l'appel de la CONPAZ pour dénoncer le harcèlement qu'il subissent. 28 personnes de l'organisation ont récemment été menacées dans un appel anonyme les nommant et disant qu'elles allaient "mourir une à une". Visite en France de Javier Elorriaga et Maria Gloria Benavides. Selon Jaime Avilés, journaliste à La Jornada, "la délégation zapatiste (...) a pris des contacts à haut niveau avec les plus importantes ONGs françaises, parmi lesquelles Médecins du Monde, Médecins sans frontières, reporters sans frontières, (...) l'Association des Radios libres (qui regroupe plus de 250 stations indépendantes), divers réseaux de presse alternative (...) ainsi que la fondation de Danielle Mitterand et la Ligue des Droits de l'Homme". Des contacts ont aussi été pris avec la FSU, la CGT, la CFDT, La LCR, les Verts, Droits au Logement et Droits Devant, Droit de Cité, le PCF, le PS, etc. On annonce par ailleurs que 5 mairies de la banlieue parisienne (Saint-Denis, Pantin, Bagnolet, Tremblay-en-France et Aubervilliers) vont être jumelées prochainement avec les 5 Aguascalientes zapatistes (Oventic, La Realidad, Morelia, Altamirano et Roberto Barrios). La ville de Montreuil devrait s'ajouter à la liste. Selon Javier Elorriaga, des responsables de la CGT leur ont proposé des projets concrets pour les cinq Aguascalientes, de l'aide matérielle pour l'opération de Ramona, et "d'avancer ensemble, aux côtés de l'EZLN, dans la lutte contre le néolibéralisme à l'échelle mondiale". Toujours selon lui, il s'agit de "dépasser la solidarité humanitaire des ONGs, pour passer à une étape de rapports politiques avec les partis de gauche, et les principales organisations du mouvement ouvrier". Le gouvernement annonce l'application du Programme d'Alimentation, Santé et Éducation (PASE), destiné à "combattre la pauvreté des familles les plus défavorisées" du Mexique. Ce programme prévoit l'octroi de 10 pesos [moins de 6 FF, soit un tiers du salaire minimum, qui ne pèse déjà pas lourd...] aux 400.000 familles les plus pauvres et le retrait quasi-total des subventions au lait et à la tortilla (galette de maïs), qui permettait de maintenir ces aliments de base à un prix bas (cf. Ya basta n 54, 3 avril 1996). Selon les chiffres officiels, plus de 40 millions de mexicains vivent en dessous du seuil de pauvreté.
La COSEVE a été formellement mise en place à San Cristóbal (voir encadré). Lors de la cérémonie d'ouverture, les représentants zapatistes ont dit qu'il ne fallait pas répéter l'expérience du Nicaragua et du Salvador où les accords de paix "sont restés lettre morte au musée des antiquités", et que la COSEVE aurait la "lourde tâche" de faire que les accords signés le 16 février dernier (cf. Ya Basta!... n 47 et 48) deviennent loi constitutionnelle. Les zapatistes, la COCOPA et la CONAI vont reprendre leurs réunions pour chercher comment renouer la dialogue de paix. L'installation de la COSEVE était l'une des cinq conditions émises par les zapatistes pour revenir aux négociations suspendues en septembre (cf. Ya Basta! n 73, 3 septembre). Rencontre entre Javier Elorriaga Berdegué et Maria Gloria Benavides et les groupes de solidarité parisiens. On vous fera un résumé général de la tournée zapatiste dans des suppléments prochains à Ya Basta !, mais vous savez sûrement déjà que ce fut épique... L'armée et la police ont arrêté 14 présumés guérilleros de l'EPR dans les montagnes de Oaxaca. Parmi ces personnes, Gaudencio Matías, maire suppléant de San Agustín Loxicha (le maire titulaire est déjà en prison, accusé d'appartenance à l'EPR).
Le sous-commandant Marcos a rencontré à San Cristóbal un groupe de députés du PRI (le parti au pouvoir). Il parait qu'ils sont venus "écouter le porte-parole zapatiste", et qu'ils voudraient une seconde rencontre élargie...
La police a violemment chassé des milliers de paysans qui bloquaient depuis deux jours les routes des ejidos Ricardo Flores Magón, Miguel Hidalgo et Laja Tendida (Chiapas) pour exiger une hausse du prix du maïs. Des centaines de policiers, appuyés par des hélicoptères, ont attaqué les paysans qui demandaient des négociations. Bilan : trois morts (dont un militant du PRI) et 10 blessés à Laja Tendida. Le prix de vente du maïs est tellement bas que bien souvent les petits producteurs ne tirent aucun bénéfice de leur production. Au Chiapas, plus de 50.000 producteurs (indépendants ou bien liés au PRD ou au PRI) se sont organisés pour demander le doublement du prix du maïs. Ils ont même rencontré la délégation zapatiste à San Cristóbal pour leur demander leur soutien. Ils affichent leur intention de poursuivre les mobilisations. Deux paysans ont été assassinés par des hommes habillés en militaires dans les montagnes d'Atoyac (Guerrero) ; selon les proches de l'un d'eux, les assassins portaient les insignes de l'armée fédérale. Plus de la moitié des habitants du village de Agua Fria ont fui le village par peur de la violence. Dans la région, il y a eu vingt assassinats dans des conditions similaires ces six derniers mois. Aujourd'hui, élections dans les états de Coahuila, Mexico et Hidalgo.
Petit rappel des différentes commissions :
A propos de la mise en oeuvre de la COSEVE, voici un petit rappel des différentes commissions, coordinations et délégations engagées dans le dialogue de paix au Chiapas (par ordre chronologique) :
La CONPAZ (Coordination d'Organisations Non-Gouvernementales pour la Paix) regroupe environ une dizaine d'ONG's qui travaillaient déjà au Chiapas avant janvier 1994. Suite au soulèvement zapatiste, elles se sont réunies pour organiser l'aide humanitaire et travailler en faveur de la paix. La CONPAZ organise notamment les Campements Civils pour la paix dans les communautés indiennes, auxquels on peut participer (se renseigner avant...). Depuis plusieurs mois, la CONPAZ est la cible d'une campagne de harcèlement.
La CONAI (Commission Nationale de Médiation) a été formée en octobre 1994 par des personnalités du Chiapas et du Mexique pour pousser à la reprise du dialogue qui était alors rompu. Elle est présidée par Samuel Ruiz, évêque de San Cristóbal. Indépendante du gouvernement, elle a été reconnue comme instance de médiation par les deux parties vers la fin 94. Le gouvernement et les grands propriétaires du Chiapas lui sont hostiles.
La COCOPA (Commission de Concorde et Pacification) a été créé par la loi d'amnistie de mars 1995. Elle est chargée de la médiation entre les zapatistes et le gouvernement, et de l'organisation du dialogue de paix. Elle est composée de députés de tous les partis politiques et de représentants du gouvernement ; elle est relativement indépendante du pouvoir, mais elle n'a pas de pouvoir de décision.
La COSEVE (Commission de Suivi et Vérification des Accords), est la dernière née. Prévue dans la loi d'amnistie de mars 1995, elle doit veiller à l'application des accords signés. Elle devait être installée immédiatement après la signature des accords de février 1996 (cf. Ya Basta!... n 50 : 6, 7, et 9 mars 96, et n 55, 12 avril), mais le gouvernement a traîné les pieds, et cela a été l'une des causes de la rupture du dialogue en septembre (cf. Ya Basta! n 73, 3 septembre). La moitié de ses membres ont étés nommés par les zapatistes, et l'autre moitié par le gouvernement (cf. Ya Basta! n 80, 24 octobre).
Enfin, il ne faut pas confondre ces commissions avec les délégations zapatiste et gouvernementale au Dialogue. La délégation zapatiste est composée de commandant(e)s de l'EZLN et la délégation gouvernementale de représentants du gouvernement.
Le Dialogue de paix (interrompu depuis septembre) se tenait à San Andrés Larrainzar (Chiapas). La COCOPA et la CONAI y assistent, ainsi que les nombreux invités et conseillers de l'EZLN et du gouvernement.
Après une rencontre avec Marcos et des commandants zapatistes à San Cristóbal, Cuauhtémoc Cardenas (un des leaders du PRD, le parti de gauche) a déclaré aux journalistes que "les assassinats d'hier (...) et l'augmentation de la violence dans le nord du Chiapas, à Tila et Sabanilla, laisse voir que tout le monde ne veut pas la paix... Chaque fois qu'il y a un progrès [au dialogue], ils font ou laissent faire des opérations qui semblent avoir pour but de saboter les négociations". A propos de l'EZLN : "Le PRD essayera de faire en sorte que les conditions soient réunies pour que l'EZLN puisse s'insérer dans la vie civile. Cela ne signifie pas qu'il y aura des accords ou des alliances, ni des arrangements ou des discutions sur une participation de l'EZLN aux élections, tout cela c'est eux qui en décideront peu à peu, ce qui importe pour le moment, c'est d'en finir avec le conflit militaire, et ensuite tout le monde agira dans la vie civile en accord avec ce qu'établit la Constitution". [NdR : Pffff...] A Paris, des collectifs de sans-papiers occupent le théâtre national de l'Odéon, où se tenait une réunion publique avec les délégués zapatistes Javier Elorriaga et Gloria Benavides (vous n'avez pas fini d'en entendre parler...). Selon les premières estimations, l'abstention aux élections locales dans les états de Coahuila, Mexico et Hidalgo a été de plus de 50 %. Selon l'opposition, l'abstention est en hausse dans plusieurs grandes villes. D'autre part, un certain nombre d'irrégularités ont été relevées.
Des représentants des producteurs de maïs en lutte (cf. Ya Basta ! n 82 : 10 novembre) ont rencontré des commandants de l'EZLN et la COCOPA, pour leur demander leur soutien afin d'obtenir des autorités la sanction des coupables de la répression, et l'augmentation du prix du maïs. Accident dans l'usine pétrolière Pemex de San Juan Ixhuatepec (banlieue de Mexico). Trois cuves ont explosé, faisant au moins 4 morts et près d'un millier de blessés selon la Croix Rouge (mais seulement 1 mort et 14 blessés selon les chiffres officiels) ; plus de 5.000 riverains ont dû être évacués. Des associations et des civils ont pris en charge une partie de l'organisation des secours, que le gouvernement n'a pas pu assurer. Pemex estime les dégâts à 40 millions de pesos (près de 24 millions de francs). Il y avait déjà eu un accident, encore plus grave, dans cette usine le 19 novembre 1984.
Dans une conférence de presse à San Cristóbal, le commandant Tacho a dénoncé les récents événements violents qui ont secoué le Chiapas : "comme par hasard, quand nous sommes en train d'avancer sur le chemin de la paix, les événements sanglants se succèdent, qui gênent les négociations (...) de nombreuses fois, le gouvernement de l'État a cherché l'échec du processus de paix (...) cela a été le travail de Ruiz Ferro, Eraclio Zepeda et Uriel Jarquín [respectivement gouverneur du Chiapas, secrétaire du gouvernement et secrétaire adjoint]". A propos de la répression contre les producteurs de maïs, il a dit : "Ils n'ont pas seulement été dispersés. Ils ont été attaqués, mitraillés, assassinés, on a utilisé des hélicoptères pour leur lancer des gaz lacrymogènes, et on leur a reproché d'avoir répondu. Il n'est pas normal que ce soient ceux qui répondent qui meurent. (...) Les problèmes des ces derniers jours montrent clairement que ces messieurs ne veulent pas la paix ; ils sont en train de provoquer l'échec de ce processus". D'autre part, le commandant David a annoncé que l'EZLN se retirait de la négociation sur le problème post-électoral de San Andrés Larrainzar (les habitants de San Andrés avaient demandé aux zapatistes d'intervenir auprès du gouvernement, et une table de discussion spéciale avait été mise en place ) : "Nous n'avons pas de temps à perdre avec des gens qui ne veulent pas entendre raison, qui ne cherchent pas la solution des problèmes, et ne veulent pas la paix". La prochaine rencontre entre l'EZLN, la COCOPA et la CONAI commencera le 24 novembre ; il s'agit de continuer les discussions sur les modalités d'une reprise du dialogue de paix.
Dans une conférence de presse, Raúl Vera López, évêque coadjuteur de San Cristóbal, a dénonce l'impunité des guardias blancas (milices privées entretenues par les grands propriétaires de terres) : " J'ai été dans des zones où les gens sont déplacés par des groupes armés, et de plus ces groupes sont appuyés (...) par des groupes qui sont liés aux autorités (...) les gardes blanches sont une menace pour tout le monde. Ce sont des groupes paramilitaires qui n'ont pas de nom, et qui disent défendre le gouvernement. Entre les zapatistes et eux, il y a une grande différence : tandis qu'ils agissent en toute impunité, les zapatistes sont sous le coup de la loi". La COCOPA a exigé du gouvernement du Chiapas une enquête sur la répression des producteurs de maïs, et la sanction des coupables.
Dans une conférence de presse à San Cristóbal, le sous-commandant Marcos a dit que l'inclusion dans la constitution mexicaine des accords de paix signés en janvier (sur les droits des indiens), jouerait un grand rôle dans le processus de dialogue et l'avenir de l'EZLN : "Nous sommes prêts à reprendre la guerre, et nous sommes prêts à accepter la paix, avec tout ce que cela implique pour une organisation armée et clandestine". Au sujet de l'EPR, il a déclaré "ils ont eu des succès militaires, mais nous ne voyons pas que cela ait eu un impact sur la vie politique du pays, et c'est cela qui est important (...) le problème quand on a une arme, ce n'est pas de s'en servir, mais de la contrôler (...) L'armée n'a pas entamé le potentiel militaire de l'EPR, mais l'EPR non plus n'a pas entamé la puissance de l'armée, pas plus que nous d'ailleurs. (...)[l'EPR] ne mobilise pas la société (...) et une organisation comme l'EZLN parie sur la mobilisation politique, pas sur le succès militaire". Cinq paysans dont un adolescent de 14 ans ont été assassinés par des hommes portant des uniformes militaires à El Guayabillal, dans les montagnes Atoyac (Guerrero). Cela porte à 25 le nombre d'assassinats commis dans les mêmes conditions dans la région ces 6 derniers mois. Chaque fois, des hommes cagoulés, portant des vêtements de style militaire et des fusils d'assaut, sont arrivés le soir dans les communautés, et ont fait sortir des hommes pour les exécuter immédiatement. Dans la plupart des cas, il s'agissait de paysans pauvres, qui ne faisaient pas de politique. L'Assemblée Nationale (contrôlée par le PRI) a approuvé une réforme électorale différente en de nombreux points de celle qui se négociait depuis 2 ans avec les dirigeants des partis politiques. Les priistes ont notamment modifié les accords concernant le financement des partis, la formation de coalitions et l'accès aux médias. Ces modifications bénéficient surtout au PAN (augmentation des financements privés, possibilité d'une meilleure représentation à l'assemblée), et visent à enrayer la progression du PRD (coalitions, accès aux médias). Les résultats officiels des élections du 10 novembre ne sont pas encore connus, mais, selon les estimations de l'opposition, le PAN et le PRD ont remporté un succès important. Le parti de droite devrait gouverner les grandes villes de l'état de Coahuila, et quelques unes des plus importantes de l'état de Mexico. Quant au PRD, il a remporté plusieurs municipalités dans les états de Hidalgo et de Mexico. Un certain nombre de ces municipalités où l'opposition triomphe ou progresse (le PAN à Naucalpan, Tlalnepantla, Atizapan, Cuautitlan-Izcalli, etc. ; le PRD à Nezahualcóyotl, Texcoco, Los Reyes, etc.) font partie de la proche banlieue de Mexico, ce qui représente plusieurs millions d'habitants et donne une idée de l'état d'esprit des habitants de la capitale. En 1997, pour la première fois ces derniers éliront le gouvernement de la ville, et tout semble indiquer que l'opposition risque de l'emporter (Cuauhtémoc Cardenas pourrait lui-même être candidat ou soutenir une équipe) ; d'autre part, l'opposition pourrait aussi gagner une bonne partie des sièges de l'assemblée et du sénat qui seront en jeu.
Les Journées Mondiales pour la Paix auront lieu au Chiapas du 17 au 24 novembre. Elles sont organisées par des personnalités et organisations nationales et internationales (majoritairement d'obédience catholique), parmi lesquelles l'évêque Samuel Ruiz (président de la CONAI), le prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel, le Peace Council, l' International Service for Peace, et le Centre des Droits Humains Miguel Agustin Pro. Il s'agit de promouvoir des actions de justice, fraternité, solidarité, défense des droits humains et de respect de la diversité... Le président Zedillo déclare que la réforme électorale approuvée par l'Assemblée est "définitive", et qu'il n'y en aura pas d'autre pendant son mandat.
Quelques nouvelles de la commandante Ramona
De passage à Paris, Javier Elorriaga et Maria Gloria Benavides nous ont raconté un peu la situation actuelle de Ramona. Après sa sortie du Chiapas en octobre, elle est restée à Mexico pour se soigner. Elle est actuellement hébergée par des religieuses (françaises en l'occurrence).
Ramona a besoin d'une greffe de rein. Presque tout est prêt pour l'opération. Celle-ci pourrait se faire début décembre, parce que les médecins doivent d'abord traiter l'anémie de la commandante.
Le coût de l'opération est de 25.000 ou 30.000 dollars. Une campagne a été lancée pour les récolter (le Comité a donné 5.000 francs). Selon les délégués zapatistes, plusieurs ONGs ont proposé de pratiquer l'opération à leurs frais et à l'étranger, mais, pour des raisons politiques, les zapatistes veulent que cela se fasse au Mexique. De même ils ont décidé de refuser toute aide gouvernementale et de solliciter plutôt des hôpitaux privés et des médecins bénévoles.
Ya Basta! No. 84. Chronologie du 18 au 24 novembre 1996
Résultats officiels des élections dans l'état de México : PRI : 37,26 %, PAN : 30.17 % et PRD : 21.59 %, ce qui fait 72 mairies pour le parti officiel , 25 pour le PRD et 22 pour le PAN. Le dirigeant local du PRD à Tenango del Aire (état de Mexico) a été assassiné par un militant du PRI. On n'a pas plus de détails.
Le 13e anniversaire de la création de l'EZLN (c'était le 17 novembre) a été célebré par deux jours de fête à La Realidad et dans d'autres villages de la zone zapatiste. Des concours de danse populaire, poésie, chanson, etc, ont été organisés pour l'occasion. A La Realidad, des banderoles illustraient l'histoire de l'EZLN. Dans la même fête, le sous-commandant Marcos a lu un message : "Il y a 13 ans, quand nous sommes nés dans les montagnes du sud-est mexicain, nous sommes nés pour commander. Aujourd'hui, nous obéissons. Il y a trois ans, au cours de la dixième année de l'EZLN, les communautés indiennes rebelles ont pris le commandement de notre armée, et sont devenues le Comité Clandestin Révolutionaire Indigène, Commandement Général de l'EZLN. Au cours de ces trois années de guerre, nos chefs indiens nous ont bien conduits. D'abord dans les combats, et ensuite dans les dialogues et les crises qu'il y a eu entre nos forces et le gouvernement suprême (...). Il y a trois ans, en 1993, nous avons reçu des communautés du sud-est mexicain le bâton de guerre, et nous nous sommes préparés à tuer et à mourir. Cela fait 13 ans que nous y sommes prêts. Aujourd'hui nous sommes prêts à mourir et prêts aussi à vivre. (...) nous sommes prêts pour la guerre et prêts pour la paix (...), prêts à détruire et à construire, prêts à à résister et prêts à vivre en paix (...)". Il a ensuite rappelé les faits marquants de l'année passée, de la "crise des Aguascalientes" à l'installation de la COSEVE, et a conclu en disant : "Nous reprenons à notre compte l'engagement du Général Vincente Gerrero dans la lutte pour la première indépendance du Mexique : vivre pour la patrie ou mourir pour la liberté. Nous sommes prêts à vivre si cette patrie est libre, si elle est juste, si elle est démocratique. Ou sinon, nous sommes prêts à nous battre et à mourir pour que cette partie soit libre, juste et démocratique." Cuauhtémoc Cardenas, dirigeant du PRD, dénonce les assassinats de militants de son parti (150 au cours des deux premières années du gouvernement Zedillo, d'après ses comptes). Au cours du sexenat précédent, plus de 300 militants du PRD avaient été assassinés. Javier Contreras Padilla, dirigeant de l'Union Nationale de Producteurs de Maïs (liée au PRI), a déclaré qu'il n'était pas juste de fixer le prix du grain selon le cours de la bourse de Chicago (le gouvernement a baissé de 30 % le prix minimal du maïs, pour suivre le marché international) : "ce serait acceptable s'il y avait une loi, comme aux Etats-Unis, qui garantisse des revenus aux producteurs". Padilla a ajouté que cela provoquait le mécontentement des producteurs, et mettait en danger la production de maïs. Au Chiapas, les producteurs de maïs barrent les routes dans les municipalités de Villacorzo, Villa Flores, Angel Albino Corzo et La Concordia depuis 9 jours ; plusieurs villes sont bloquées. Dans la municipalité de Venustiano Carranza, les blocages continuent aussi, mais en plus ils demandent l'indemnisation des veuves des paysans assassinés par la police (cf. Ya Basta! n 82, 10 novembre 96, et 83, 12 novembre).
Selon un porte-parole du ministère de l'Intérieur, un projet de loi sur les droits et cultures indiens sera prêt très prochainement, et il tiendra compte les accords signés par le gouvernement et l'EZLN à San Andrés en janvier 1996. Réunion surprise entre les membres de la Cocopa, des commandants de l'EZLN et Marcos à La Realidad. Il semble qu'ils aient discuté du projet de loi sur les droits et cultures indiens. Des représentants du Conseil International de Paix (qui organise au Chiapas les Journées pour la paix, cf. Ya Basta précedent, 16 novembre), ont rencontré quelques commandants de l'EZLN à Oventic. David a expliqué leur lutte : "[Les causes principales] ne sont rien d'autre que l'injustice, la faim, la misère, la marginalisation, l'exploitation massive, la souffrance, la mort de nos peuples indiens du Chiapas et du Mexique (...). Mais le moment est venu où ces peuples ont pris conscience de leur situation grâce à la réflexion et à l'analyse, et aussi grâce à l'étude de la parole de Dieu, et ils ont commencé à ouvrir les yeux (...). Nous n'avons pas pris les armes pour le plaisir de tuer et de mourir ; c'est parce qu'il n'y avait pas d'autre chemin". A l'occasion de la célébration du 86e anniversaire de la révolution mexicaine, plusieurs organisations civiles et des milliers des personnes dans tout le pays ont manifesté leur mécontentement contre le gouvernement. A Ciudad Obregon (Sonora, nord du pays) 6 jeunes ont été arrêtés alors qu'ils distribuaient de la "propagande pour l'EZLN". Au cours des célebrations de l'anniversaire de la révolution mexicaine, un communiqué a été envoyé à la presse pour annoncer la naissance d'une nouvelle guerilla. Dans sa "Déclaration du nord", l'Armée Révolutionnaire d'Insurgence Populaire (ERIP) se présente comme une "armée du peuple (...) formée de travailleurs, de membres des professions libérales, de petits entrepreneurs...". Ils demandent notamment une réforme agraire véritable (distribution de terres), l'annulation de l'ALENA (Accord de Libre Echange Nord-Américain, entré en vigueur le 1er janvier 94, et qui regroupe le Mexique, le Canada et les États-Unis), une politique favorable aux producteurs agricoles, et que l'ancien président Carlos Salinas de Gortari soit jugé. Ils saluent l'EZLN et l'EPR et disent que le gros de leurs troupes se tient dans le nord du pays : région de La laguna (états de Durango et Coahuila) et vallées du Yaqui et du Mayo (état de Sonora). Deux ONG's américaines, Minnesota Advocates for Human Rigths et Heartland Alliance for Human Needs and Human Rigths, ont rendu un rapport sur la situation dans l'état de Oaxaca. Ils dénoncent 111 cas de violations des droits humains, principalement à l'encontre d'indiens : "exécutions, détentions arbirtraires, lynchages et agressions de militants des droits humains...". 4 indiens mazatecos ont été assassinés à San Isidro Zoquiapan (Oaxaca). Selon le maire de Mazatlán Villa de Flores, les meurtriers seraient les guardias blancas des caciques de la région. Le sénat (contrôlé par le PRI) a ratifié la réforme électorale préalablement aprouvée par l'assemblée nationale (cf. Ya Basta! précédent, 15 novembre). Le PRD a quité la salle pour protester contre cette réforme qui ne tient pas compte de plusieurs des accords établis dans des négociations. Début du voyage officiel du président Zedillo en Chine.
Les producteurs de maïs ont levé les barages des routes du Chiapas après que le gouvernement ai promis d'étudier le problème et de constituer une commission d'enquête sur la répression qu'ils ont subi. Selon un dirigeant du PRD du Tabasco, la Commission Fédérale d'Electricité (EDF locale) a commencé à couper massivement l'électricité dans 60 communautés de l'état. Depuis 22 mois, les habitants de ces communautés ne payaient plus les factures, pour protester contre le prix de l'électricité.
Le gouvernement annonce la privatisation prochaine des trois satellites que possède le Mexique. Il espère obtenir ainsi environ 5 milliards de dollars. D'après le projet de budget des élections législatives de 1997, elles devraient coûter à l'état environ 630 millions de dollars. Visite de Zedillo en Chine : on annonce que la Chine et le Mexique s'uniront contre la loi américaine Helms-Burton (qui renforce l'embargo contre Cuba), et appuyeront la reélection de Boutros Ghali à l'ONU (les américains opposent un veto à sa candidature).
Lettre de Javier Elorriaga et Gloria Benavides à la "délégation française à l'Intergalactique", qui s'est réunie à Paris le 16 novembre dernier.
Paris, le 16 11 96
Compañeros et compañeras,
Recevez une accolade de notre part, et de forts applaudissements du sud-est mexicain, les applaudissements étant, comme vous le savez, la façon des communautés zapatistes de saluer leurs compagnons. Puisque vous êtes réunis, nous en profitons pour vous dire ceci :
1) Nous remercions toutes les personnes qui nous ont aidées à organiser, préparer et réaliser cette première visite d'une délégation officielle de l'EZLN en France. Sans l'aide de tous, il aurait été impossible d'atteindre les objectifs que le CCRI-CG de l'EZLN s'était fixés pour cette tournée. Nous voulons aussi remercier Tessa Brissac, Carmen Castillo et Maurice Najman, nommés par le CCRI-CG de l'EZLN pour organiser cette tournée, et leur dire que par leur travail ils ont fait beaucoup pour la construction d'une paix juste et digne dans notre pays. Quand l'EZLN charge quelqu'un d'une tâche particulière, elle le dit publiquement. Nous voulons vous dire qu'une fois cette tournée achevée, il n'y a plus personne désigné en France ni en Europe pour parler au nom de, ou représenter le zapatisme. S'il faut à nouveau donner notre voix ou notre représentation à quelqu'un pour quelque chose de précis, l'EZLN le fera de manière publique.
2) Ces derniers jours nous avons discuté avec beaucoup de compagnons, et nous avons vu que tous cherchaient à réaliser des rêves et des efforts dans le champ de la solidarité. Nous savons que ce problème doit être résolu par les français eux-mêmes, et nous croyons que cela doit se faire d'une façon non-excluante, en essayant de rapprocher ceux qui manifestent leur intérêt pour la lutte de notre peuple, mais qui pour diverses raisons, ne sont pas parmi nous aujourd'hui . Il y a encore beaucoup à proposer, à organiser, à dialoguer, à construire ; nous avons tous quelque chose à apporter et à dire. Que l'organisation pour la meilleure réalisation des travaux ne soit pas prétexte à exclusion. Pour cela- même, n'attendez pas de délégués spéciaux, de lignes ou d'ordres ; la solidarité est aussi une pratique politique, basée sur la conscience. Beaucoup de communication dans un sens et dans l'autre, des contacts avec d'autres forces, voilà ce que nous pouvons vous offrir. Nous attendons vos idées.
3) Ces derniers jours nous avons aussi reçu des critiques, certaines de façon ouverte et d'autres moins, quant à notre politique qui consiste à parler avec et à écouter le plus grand nombre possible de forces politiques et sociales. Nous voulons qu'il soit clair que, quand bien même nous reconnaissons que nous avons peut-être exclu quelque groupe particulier, cette politique de contacts larges ne répond pas exclusivement à des intérêts conjoncturels, comme le laissaient entendre certaines de vos critiques. C'est une caractéristique du zapatisme d'être incluant et d'agir pour donner un espace de dialogue à quiconque veut lutter contre l'exclusion néolibérale, au Mexique et dans le monde. Cela a été une pratique constante depuis le début de la guerre, en janvier 1994. Les compagnons ne veulent pas ressembler à leur ennemi, c'est à dire qu'ils ne veulent exclure personne de la possiblitité de lutter pour un monde digne. De plus, en tant que délégation officielle de l'EZLN, il est de notre devoir de rompre l'encerclement politique et informationel tendu autour des montagnes du sud-est mexicain. Il est de notre devoir aussi d'écouter notre peuple et de lui obéir. Il nous demande un effort maximal pour éviter le recours aux armes commes solution à nos problèmes. Il ne s'agit pas de quelque virage stratégique ni de double langage ; mais d'efforts réels pour construire une nouvelle façon de faire de la politique. Nous pouvons bien sûr nous tromper, mais nous assumons, tout autant que nous le revendiquons, que le zapatisme marche toujours aux côtés de quiconque veut un monde à la mesure de nos rêves et utopies. Bon, salut, et que les petites pierres du chemin ne deviennent pas des montagnes, mais arcs-en ciels.
Javier Elorriaga Elisa Benavides.
Selon l'agence de presse mexicaine APRO, la police a saisi récemment un lance-roquettes (RPG 78, russe) et trois roquettes à Motozintla (Chiapas). Deux militants présumés de l'EPR auraient été arrêtés. Ils auraient acheté ces armes moins de 25 000 FF au marché noir en Amérique Centrale, et se seraient fait attraper en tentant de les introduire au Mexique. Andrés Manuel López Obrador, président national du PRD, annonce que son parti distribuera l'excédent de son financement public (ce qu'ils n'estiment pas nécessaire, puisqu'ils trouvent que le financement public des partis prévu par la réforme électorale, est trop important) sous forme de livres scolaires aux élèves de secondaire des 240 municipalités gouvernées par le parti. Le PRD dénonce que ces financements publics, qui bénéficient surtout au PRI, sont une façon pour le parti au pouvoir de légaliser les fonds qu'il percevait jusqu'ici de manière occulte.
Publication sur deux jours d'une interview de Marcos dans La Jornada. Un mort et 17 blessés dans un affrontement à Aguacatenango, (municipalité de Venustiano Carranza) entre indiens évangélistes (protestants) et catholiques.
Gonzalo Sánchez Navarrete, jeune présumé zapatiste arrêté à Cacalomacán (état de México) en février 1995, a été libéré. L'organisation de producteurs de Café d'Ocosingo (Orcao) et l'organisation paysanne Ocan Hax'abal Tzizim dénoncent que le groupe paramilitaire Chinchulines et des indiens militants du PRI ont violemment chassé des paysans de trois communautés : Pinabetal, Waquitepec et Patiwitz (Chiapas). Apparemment, il s'agit d'un problème de propriété de terres. Bilan : 30 blessés et 21 personnes kidnappées par les Chinchulines. Sur ce groupe, cf. Ya Basta n 59 : 6 et 10 mai 96, n 60 : 14, 18, 19 mai, n 61 : 22 mai, n 64 : 23 juin, et n 66 : 2 juillet). A l'heure actuelle environ 5.000 indiens du nord du Chiapas qui ont fui leurs communautés à cause de la violence des Chinchulines et du groupe Paz y Justicia, vivent réfugiés dans d'autres villages. Les autorités électorales de l'état de México ont décidé d'accorder au PRI (le parti au gouvernement) un nombre de députés suffisant pour avoir la majorité dans l'assemblée locale. La loi prévoit d'accorder la majorité absolue à un parti qui a plus de 45 % des voix ; le PRI en avait 37.3 %... L'opposition dénonce la fraude et annonce qu'elle va demander la révision du processus ; le PRD a qualifié la manoeuvre de "coup d'état législatif". Selon le ministère de la Santé, environ 8.000 enfants de moins de 5 ans mourront d'infections respiratoires en 1996. 65 % d'entre eux dans les états de México, Puebla, Chiapas, Guanajuato, Oaxaca et Veracruz. Les autorités annoncent une campagne de prévention.
Dans une conférence de presse, Javier Elorriaga, du FZLN, annonce que la commandante Ramona a subi une greffe de rein (cf. Ya Basta ! précédent), et que son état est satisfaisant. C'est son frère, vivant, qui lui a donné un rein. Cuauhtémoc Cárdenas, dirigeant du PRD, a annoncé son intention de proposer une coalition de partis pour obtenir la majorité aux élections législatives de 1997. Cette coalition se regrouperait autour du programme suivant : une véritable réforme électorale, lutte contre la corruption, une politique économique orientée vers le social, une renégociation de la dette extérieure, une révision de l'ALENA, l'annulation de l'accord signé avec les États-Unis sur les revenus du pétrole (qui oblige le Mexique à déposer ses revenus pétroliers aux États-Unis, comme caution de sa dette extérieure).
Grande première dans le système politique mexicain, un ex-président a été interrogé par la justice : les autorités ont entendu Carlos Salinas de Gortari sur l'assassinat de Luis Donaldo Colosio (qui était à l'époque candidat du PRI aux élections présidentielles de 94). Il est soupçonné d'être lié avec les meurtriers (cf. Ya Basta n 70 : 8 août 96).
Selon un porte-parole de la COCOPA, les propositions de réforme de la Constitution et de loi sur les droits et cultures indiens sont presque prêtes. Ces propositions, issues du dialogue de San Andrés devraient être, une fois acceptées par le gouvernement et l'EZLN, entérinées par l'assemblée nationale, le tout avant le 15 décembre, jour où finit la période officielle de séances législatives. Selon un rapport du ministère des Affaires Étrangères, en 1996 il a eu connaissance de 12 cas graves de violence exercée par les autorités américaines de migration sur des immigrants clandestins mexicains, violences qui ont occasionné la mort d'une personne. Toujours selon ce rapport, au mois d'août 1996, il y avait dans les prisons américaines 30 mexicains condamnés à mort.
Selon le journal péruvien El Comercio, les services de renseignement de ce pays ont des preuves de liens entre le Sentier Lumineux et l'EPR. Selon ces sources, Abimael Guzman, principal dirigeant du Sentier, aurait conseillé les guérilleros mexicains. D'anciens senderistes, réfugiés au Mexique, soutiendraient activement l'EPR.
1 Syndicat patronal du Bâtiment et des Travaux Publics.
2 Mouvement lancé en janvier 95 par les zapatistes visant à
être un "ample mouvement d'opposition, (...) lieu d'action politique
citoyenne où convergent d'autres forces politiques d'opposition,
espace de rencontre des volontés et coordinateur d'actions unitaires",
bref à regrouper la gauche.
3 Rencontre entre tous les secteurs en lutte de la société
civile organisée par l'EZLN en août 94 dans la forêt
lacandone.
4 Vaste consultation réalisée par la société
civile à l'appel des zapatiste en août 95 et portant sur la
suite à donner au mouvement.
S'il y a une allusion ici...
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