Bulletin du Collectif Ya basta.
 
Aller au numéro précédent

Ya Basta! No 125


Actualités du Chiapas et du Mexique
du 26 novembre au 2 décembre 1999.
 

Sommaire :
- MANIFESTATION DE FEMMES A SAN CRISTOBAL.
- RECOLTE DU CAFE A CHENALHO.
- COMMUNIQUE DE L’EZLN
- VISITE DE MARY ROBINSON
- REJET ITALIEN DE L’ACCORD EUROPE-MEXIQUE

- Lettre d'un "accompagnant" de la CCIODH
- l’utilisation de l’ALENA par les entreprises produisant des OGM.

 
 
 

Mary Robinson vêtue du costume traditionnel de Chénalho que lui ont remis les femmes d’Acteal. ‘21 femmes sont mortes à Acteal dans ce costume en l’éclaboussant de leur sang’, a déclaré un porte parole de l’organisation Las abejas. ‘C’est un morceau de notre patrimoine culturel pour vous rappeler à Genève que nous ne nous lasserons pas de réclamer justice’.

  
    MANIFESTATION DE FEMMES A SAN CRISTOBAL. 
  • 3000 femmes du Chiapas ont manifesté à San Cristobal contre la violence familiale et la guerre, pour le respect des droits de la femmes et pour la paix. Elles ont protesté contre les agressions et les persécutions dont les femmes ont été victimes suite à leur résistance face à l’avancée de l’armée dans les communautés. Elles ont aussi remis un rapport à Mary Robinson présentant des cas de violation des droits de la femme. 

  • RECOLTE DU CAFE A CHENALHO. 

  • Les autorités de la municipalité de Chenalho ont fait une réunion avec l’organisation de paysans indigènes catholiques Las abejas lors de laquelle elles se sont engagées à leur permettre de récolter leur café. La récolte commencera le 6 décembre, encadrée par des brigades du gouvernement et des représentants du Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas. Rappel : ces paysans ont été expulsés de leur terre et rappelons que des membres de la même organisation ont été massacrés à Acteal. Ils ont été empêchés de retourner sur leur plantation et dans leur maison par les menaces des paramilitaires qui se sont appropriés la précédente récolte. 

  • COMMUNIQUE DE L’EZLN 

  • Le sous-commandant Marcos a remis un exposé de la situation du Chiapas à la CCIODH, publié ensuite. Avec une logique implacable, il montre aussi l’évolution de la 3ème à la 4ème guerre mondiale (la mondialisation): ‘Du satellite au microscope’, la nécessité pour les puissants d’exterminer les gens différents tels que les indiens du Chiapas. 

  • VISITE DE MARY ROBINSON 

  • Mary Robinson a fini sa visite de 5 jours au Mexique en tant que commissaire des Nations unis pour les droits humains. En attendant la publication de son rapport, elle a annoncé qu’elle parlera au gouvernement des USA des abus commis contre les immigrants mexicains sans papiers, après avoir été à Tijuana où elle a pu observer les multiples croix le long de la frontière. Au Chiapas, elle a posé des questions aux autorités sur les raisons de la non application des accords de San Andrès, sur les paramilitaires et sur les prisonniers présumés être des zapatistes. Elle a parlé au président du tribunal du Chiapas des cas de torture commis par la police et lui a remis une centaine de plaintes à propos de violations des droits humains. Celui-ci a promis qu’ils allaient commencer à les analyser le jour même. Mary Robinson n’a pas été autorisée à se rendre à Acteal, ‘parce qu’il y a là-bas le monument de la honte et de l’infamie’, a déclaré un porte-parole de l’organisation Las Abejas, et pour qu’elle ne voie pas les militaires sur les barrages routiers. De nombreuses communautés ont ensuite dénoncé la réapparition des militaires qui s’étaient cachés pour faire place nette lors de la présence de la représentante de l’ONU. Elle a rencontré à San Cristobal des ONGs qui lui ont demandé une représentation internationale pour diminuer le rythme croissant des violations des droits humains. Après avoir déclaré que la violation des droits humains était un problème sérieux au Mexique, elle a recommandé que la présence des militaires au Chiapas soit réduite et que l’impunité des paramilitaires soit diminuée, ce qui implique de changer les lois du Mexique. Par contre, pour le nouveau président de la Commission nationale des Droits Humains, José Luis Soberanes, ‘l’impunité au Mexique n’est pas si grave’. Son ‘gravomêtre’ à plutôt l’air sensible à ce qui pourrait porter atteinte à l’image du Mexique à l’étranger. Mary Robinson a reçu un rapport du Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas qui souligne le double visage du gouvernement mexicain dont les soi-disants dépenses sociales ne sont en fait que des financements des structures militaires (telle la route d’Amador Hernandez). Il demande l’assistance technique de l’ONU pour réaliser des forums pour discuter du rôle de l’armée, de son contrôle par des instances civiles notamment en cas de violation des droits humains et pour une mise en place d’une législation sur les droits indigènes. 

  • REJET ITALIEN DE L’ACCORD EUROPE-MEXIQUE. 

  • La commission des affaires étrangères du parlement italien a décidé de ne pas autoriser son gouvernement à signer l’accord de libre échange entre l’Union européenne et le Mexique, ‘jusqu'à une solution démocratique et complète des accords de San Andrès’. Cela porte à 3 (avec ceux du Danemark et de l’Allemagne) le nombre des parlements européens qui n’ont pas ratifié l’accord suite à des préoccupations pour les droits humains au Mexique. Le député italien du parti de la Refondation communiste a déclaré qu’il faudra ouvrir un bureau de la communauté européenne au Mexique pour vérifier le respect des droits humains et que les ONGs européennes devront pouvoir aller sur place à tout moment. L’expulsion des personnes de la commission italienne d’observation des droits humains en visite au Mexique l’année dernière a fortement pesé sur l’état d’esprit des députés. 


  •    Juan. 

    Lettre d'un "accompagnant" de la CCIODH 99 de retour de Mexico.
  • 10 jours à courir en minibus d'une communauté à l'autre, à jouer les "Nicolas Hulot" et/ou les japonais dans la Selva Lacandona, à voir des "potiches" se faire photographier à côté de Marcos, à supplier les fonctionnaires cyniques et pourris (pléonasmes) de l'Institut National de Migration de Mexico, en jouant au chat et à la souris avec ces messieurs, tout en parlant avec une langue de bois fastidieuse et répugnante..... De quel droit est-on suivis, fouillés, espionnés, photographiés, filmés au mépris des lois et des droits les plus élémentaires par des militaires aux ordres ? 
    C'est trop ou pas assez, on a quand même eu l'impression de servir à quelque chose lorsque ceux des communautés nous ont remercié d'être venus, de leur avoir desserré un tant soit peu l'étau de l'armée et des paramilitaires. 
    Impression d'être utile encore, en dénonçant la situation devant Mary Robinson de l'ONU quoi que l'on pense de cette institution. Agréablement surpris de voir qu'elle prenait ses responsabilités et qu'elle allait beaucoup plus loin que le simple langage diplomatique. 
    Révolté de voir les militaires continuer de perturber cette même jungle avec leurs immenses haut-parleurs, comme au cinéma, mais malheureusement dans la réalité cette fois. N’est-il pas pour le moins ridicule et surréaliste d'entendre jouer CARMEN de Bizet dans la Selva à Amador Hernandez ? Si au moins c'était pour la bonne cause, mais il paraît que c'est pour lutter contre les armes et les explosifs. Que dire des casernes scotchées à côté et/ou à l'entrée des communautés empêchant ainsi le libre transit du moindre indien ? 
    Comment accepter l'impunité avérée des paramilitaires, comment pour un père, se promener et croiser les assassins de son fils tout en faisant comme si de rien n'était ? Comment laisser des escrocs, des corrompus manoeuvrer, pressurer et manipuler ce Mexique que nous aimons tant ? 
    Ecoeuré d'apprendre la traite des indiennes qu'elles soient salvadoriennes, guatémaltèques ou chiapanèques. Dégoûté des programmes d'aide au cours desquels les femmes sont stérilisées sans leur accord ou vaccinées contre on ne sait quoi. Surtout pas de traces... Que dire de la "disparition" des enfants en bas âge et des nouveaux nés. Vente à ceux qui veulent adopter dans les pays riches, trafic d'organes...? 
    Tant de choses à dire de ces moments forts de l'autre côté de l'océan. Qu'il est difficile le retour à nos petits problèmes matériels et quotidiens, mais que l'envie est forte de retourner dans ce merveilleux pays, de continuer d'ouvrir la brèche, de remplir les campements pour la paix, d'établir des Commissions d'Observation pour les Droits Humains à longueur d'année jusqu'à ce qu'elles n'aient plus lieu d'être. Surtout ne pas baisser les bras. 
    Enfin, je vous laisse, il nous faut maintenant traduire le rapport pour lui donner la suite qu'il se doit et pour vous informer dans le détail. 
    A bientôt, salud y suerte. 
    Tony. 
     

  
  
     
    Bulletin du CIEPAC n° 176. 

    Dans la campagne chiapanèque,
    l’utilisation de l’ALENA par les entreprises produisant des OGM.
     
    les groupes Savia (du groupe mexicain PULSAR), Monsanto et Novartis font partie des principales entreprises internationales productrices de graines transgéniques dans le monde. Cette étude réalisée par le CIEPAC, dans différentes municipalités du Chiapas et à la frontière du Guatemala, montre quelques expériences vécues entre les paysans et ces entreprises.
     


    HISTOIRE DU REQUIEM POUR LA CAMPAGNE. 
    Avant d’entrer dans le vif du sujet, pour la compréhension de l’impact du traité de libre échange (TLC ou NAFTA, ou ALENA) sur les zones rurales, il est important d’expliquer au moins deux éléments fondamentaux : ce qu’est le PROCEDE et ce qu’était la CONASUPO. 
    En préalable à la signature du traité de l’ALENA avec le Canada et les Etats-Unis, le président d’alors (Carlos Salinas de Gortari), réalisa la réforme en Janvier 1992 de l’article n°27 de la constitution qui réglemente les statuts des communautés indiennes (unité agricole de 10 hectares au bénéfice commun d’un certain nombre de familles ou d’habitants de la communauté). Le mois suivant est publié le Décret de la Loi Agraire qui réglemente l’article 27 de la constitution. Pour sa mise en application, le Programme de Certification des Droits Communaux et de régularisation des titres de propriété des sols urbains (PROCEDE) est mis en place. Ce programme a pour objectif de régulariser les droits de propriétés des terres communales par l’envoi et la remise des certificats et des titres de propriété. Pour cela, les paysans appartenant à une communauté peuvent choisir volontairement (ce choix étant certifié par un vote de 75% des habitants de la communauté) de recevoir le certificat agraire. 
    Le but du gouvernement fédéral est de régulariser avant la mise en application de l’ALENA (1er Janvier 1994) les titres de plus de 29 000 communautés agraires dans tout le pays (soit 3,5 millions de paysans de communautés situées dans 4,6 millions de parcelles et 4,3 millions de propriétés urbaines, sachant que les communautés représentent 50% de la superficie du territoire national et qu’elles sont peuplées de plus de 25% de la population du pays). Dans le cas précis du Chiapas, l’objectif est d’engager les 1 925 communautés de la région dans le programme. En septembre 1998, il y a exactement un an, le gouvernement du Chiapas a assuré que le travail de PROCEDE touchait 23,4% des communautés de la région, principalement dans les municipalités de Palenque, Salto de Agua, Tonala, Tecpatan, Cintalapa, La Trinitaria, 68% des municipalités de l’état s’étant déjà engagées dans le programme PROCEDE. 
    En lui donnant le certificat de propriété du lopin de terre qui lui revient dans la communauté, le gouvernement offre au paysan la liberté de choisir librement soit de s’associer à d’autres, soit de vendre sa terre, soit de la louer. Moyen élégant de le pousser à se défaire de sa terre après avoir étouffé la campagne par la misère. Conditions nécessaires pour faire parvenir les investissements privés à la campagne, nous verrons plus loin comment. 
    Dans les analyses menées par l’équipe de CIEPAC sur les communautés paysannes et indigènes de l’état, le programme du PROCEDE est considéré comme l’une des causes principales des divisions des communautés et des organisations paysannes. Cependant, pour le gouverneur par intérim, Roberto Albores Guillen, "Le PROCEDE est un des instruments les plus importants contre les tensions au Chiapas. Nous redoublerons d’efforts dans cette voie." 
    La compagnie Nationale de Subsistance Populaire (CONASUPO) est un organisme public décentralisé destiné à réguler le marché des graines basiques consommées par la majorité de la population, dont le maïs, principal produit agricole de l’alimentation mexicaine. Sa chaîne de magasins alimentaires répartie dans tout le pays permettait la distribution simultanée du maïs sur tout le territoire. Comme l’industrie des engrais, autre élément-clé de la production agricole, la CONASUPO a été privatisée en 1999. 
    En dehors des tonnes approvisionnées dans les zones ayant subi les désastres dus aux fortes pluies de septembre 1998, la CONASUPO pensait acheter 400 000 tonnes de maïs dans l’état du Chiapas, soit 75% des récoltes de l’état., 220 000 tonnes de cette production ont été récoltées dans 54 municipalités très pauvres, réparties sur 6 des 9 régions économiques du Chiapas. 
    En fermant les 170 magasins de la CONASUPO, le gouvernement a enterré le seul débouché alternatif possible pour les indigènes et les paysans. De son côté, l’entreprise MASECA pensait acheter 150 000 tonnes de maïs au Chiapas, l’entreprise MINSA entre 30 et 35 000 tonnes et les petits acheteurs environ 15 à 20 000 tonnes de maïs. Cependant, les incendies de forêts (200 000 hectares brûlés) et les inondations (la catastrophe naturelle la plus importante depuis le tremblement de terre de 1985, selon le président Ernesto Zedillo), ont détruit plus de 70% de la production du Chiapas. 

    L’HISTOIRE DU MELON 
    Les paysans du District de Riego San Gregorio (municipalités de Frontera Comalapa et La Trinidad) ont pu faire reconnaître ces terres nationales comme communautaires. Ils ont commencé par produire du melon, une production importante a été possible pendant une période, sans maladie ni fléau. Rapidement tous les paysans de la région ont semé du melon et le marché a été inondé. En 1992, la société formée par les paysans de quelques-unes des communautés s’est associée avec un soi-disant entrepreneur du Texas, EEUU, qui leur promettait un marché et ont planté 300 hectares de melon. L’entrepreneur est parti avec une partie de la production et a disparu. Il a été dit aux producteurs que le produit ne s’était pas vendu et que l’on n’aurait pas de quoi les payer. 
    Par deux fois, les paysans ont envoyé leurs représentants à l’adresse de la supposée compagnie au Texas et ils ont appris la triste réalité : l’entreprise n’existait pas et n’avait ni bureau ni magasin. Ils ont depuis une dette d’un peu plus de 300 millions de pesos qui a continué à augmenter avec les fraudes successives qui ont suivi. Comme ils le disent eux mêmes : "Nous nous enfonçons chaque jour un peu plus". 
    Puis, sont arrivées les maladies dues à la monoculture et ils ont recommencé à cultiver du maïs, mais les magasins de la CONASUPO ont été privatisés et le maïs n’a pu être vendu. Les paysans de la région affirment que les autorités municipales elles mêmes, ainsi que les autorités de l’état et de la région, insistent (quand on daigne les informer sur les projets agricoles gouvernementaux), pour qu’il ne soit plus planté de maïs parce qu’il vaut mieux l’acheter moins cher aux Etats Unis. 

    L’HISTOIRE DE LA PASTEQUE 
    Au premier trimestre de l’année 1999, il a été proposé aux mêmes paysans des communautés de semer des pastèques avec l’engagement de vendre la production sur les marchés intérieur et extérieur. L’entreprise NOVARTIS a livré les semences hybrides de pastèques de marque ROGERS. "Ce contrat interdit la diffusion de semences sans l’autorisation de NOVARTIS Seeds, Inc. "comme le stipule le texte inscrit sur le paquet de semences. 
    La boîte de semences leur a été attribuée au prix approximatif de 2 000 pesos pour 5 000 semences (soit l’équivalent de ¾ d’hectare de semence). Les fertilisants et les herbicides ont été livrés avec les semences par l’entreprise MONSANTO qui diffuse ses produits sur l’ensemble de la région et propose une assistance technique. 
    La production moyenne de pastèques s’est élevée à 35 t par hectare avec des pics à 25 ou 35 t par demi hectare. 180 hectares de pastèques ont été semées dans le District de Riego. 
    Sous la devise de la MONSANTO, CO. (St Louis Missouri, USA), "Alimentation, santé et espoir", l’entreprise internationale, distribue largement au Chiapas les herbicides de marque RANGER et RIVAL. L’autre herbicide connu est celui de marque FAENA qui coûte entre 78 et 80 pesos le litre. Le paysan a besoin de 6 litres de produit par hectare, qui devra détruire toutes les herbes et fourrages qui poussent avec les cultures d’avocats, de citrons, de prunes, de pêches, de poires, de pommes, de café, de bananes, de mangues, de papayes, de luzerne, …. 
    Dans l’une des communautés de Frontera Comalapa, 35 hectares de pastèques ont été plantées par 13 paysans. Ils ont établi avec l’entreprise, un contrat pour l’exportation et la consommation nationale à 80 centimes le kilo. Le marché national est descendu entre 40 et 50 centimes. Selon le contrat, la pastèque pour l’exportation aurait dû leur être achetée à 1,2 pesos et finalement elle a été achetée à 60 centimes. "Après, il est parti avec les pastèques et ne nous a jamais payés, nous n’avons jamais vu le logo de l’entreprise, mais nous supposons qu’ils étaient de connivence avec le gouvernement. " affirme Don Juan, triste et trompé. 
    La suite devient classique. Les paysans récoltent des tonnes et des tonnes de pastèques. Ces récoltes ont éclaté et pourri au soleil malgré les soins prodigués de jour comme de nuit par les paysans. De nouveau la dette : ils devaient 307 000 pesos pour le crédit contracté par les 13 paysans. On a menacé certains propriétaires de saisie (leur maison, les terres et les tracteurs). 
    Une famille a planté ses 8 hectares de maïs avec de la pastèque. Elle n’a rien vendu même à 1 peso la pastèque. Maintenant on lui propose de semer des tomates. "Le gouvernement et les entreprises viennent et s’engagent à exporter les produits à des prix fixés par contrat, mais ces contrats ne sont jamais respectés", disent les paysans. 
    Les représentants des entreprises comme les techniciens du gouvernement donnent des crédits aux paysans du District de Riego parce que c’est la seule région où ils sont assurés d’une bonne récolte donc où ils ont une bonne sécurité pour le remboursement du crédit. 
    Chacun doit apporter la moitié du crédit qui consiste en l’approvisionnement des semences hybrides, des fertilisants et des herbicides, avec la préparation du terrain et le salaire des journaliers, entre autres. Ni le gouvernement ni l’entreprise ne supporte 100 % du coût du crédit. Par contre, pour pouvoir recevoir le crédit, on demande au paysan son titre de propriété donné par le PROCEDE. 

    L’HISTOIRE DU CEMPASUCHL 
    Maintenant, une autre compagnie et d’autres techniciens du gouvernement arrivent. Ils promettent que la culture du cempasuchil (fleur utilisée entre autres comme colorant), leur assurera la richesse. En toute logique, tous ne se sont pas mis à semer la fleur pour ne pas s’endetter davantage. Beaucoup ont abandonné leur terres, d’autre ont cherché à les louer  même si c’était pour des prix modiques et sont allés à la frontière des Etats Unis pour essayer de passer le mur de métal, le désert et les patrouilles de la frontière. 
    Dans une communauté, seulement 25 hectares ont été  risqués dans la culture du cempasuchil par le truchement d’un contrat avec une entreprise de l’état de Queretaro, BIOMEX REKA S.A. Dans son contrat, l’entreprise s’engageait à acheter 900 pesos la tonne de fleurs et malgré l’incrédulité des paysans, ils font croire à un rendement de 20 à 25 tonnes de cempasuchil. Le crédit s’élevait à 4 777.75 pesos par hectare incluant la préparation de la terre, la replantation, la fertilisation (15% du crédit), le contrôle phytosanitaire (fongicides et insecticides), la main-d’œuvre, les risques, la cueillette et l’assurance agricole (4.4% du montant du crédit). 
    La récolte a eu lieu au mois de septembre pour la première fois. Les paysans attendent d’entendre les premiers bruits de moteurs annonçant l’arrivée des camions de l’entreprise qui emmènera les tonnes de récolte. 

    REFLEXIONS 
    Tant que les dettes n’auront pas été remboursées ou tant qu’elles augmenteront, les paysans n’auront plus de crédits. Pour les réactiver, on étudie la possibilité qu’ils remboursent en utilisant l’argent que leur donne le gouvernement par les programmes officiels de "Combat contre la pauvreté", comme PROCAMPO (appui économique du paysan par hectare semé de maïs, qui durerait 15 ans à partir de la signature de l’ALENA avec pour objectif de diminuer son impact négatif sur l’économie paysanne) ou par le reversement du "salaire" donné par le programme de l’emploi temporaire ou des miettes du PROGRESA (Programme d’éducation, Santé et Alimentation). 
    Le gouvernement peut ainsi récupérer et réinvestir ses propres fonds rassemblés grâce à la pauvreté que génère sa politique agraire d’endettement du paysan et des indigènes. 
    Certaines entreprises internationales veulent envahir les terres indigènes de la zone de la Selva, Norte y Altos, grâce aux organisations paysannes ou grâce à l’église. Pour cela, le programme du PROCEDE doit donc être lancé avec force, non sans provoquer des divisions à l’intérieur des communautés et des organisations paysannes. Pour appauvrir ainsi des milliers d’indigènes, il suffirait d’une saison agricole. 
    Nous constatons par ailleurs, que les zones de la Selva, Altos y Norte du Chiapas, ont de grandes richesses pétrolières, du bois, des potentialités hydroélectriques, ainsi qu’une grande richesse naturelle pour la création de médicaments mais aussi, qu’elles sont fortement militarisées dans les zones indigènes. 
    Tout comme les régions de la Frontière et de la Sierra s’appauvrissent sur des terres immensément riches, la zone de la Selva s’appauvrit à cause des milliers de militaires illégalement installés sur les terres communales et paysannes, créant des divisions dans la population, interdisant la vente et la commercialisation de la production, obligeant les populations à se déplacer dans les montagnes et exerçant des pressions et la surveillance à partir de ses camps ; obligeant les populations à abandonner leurs milpa (leur parcelle) et leur potager, les animaux et les volailles. Ainsi se resserre le cercle de la faim pour la prochaine saison agricole. 

    Cependant trois éléments empêchent le projet néolibéral de ces entreprises d’anéantir complètement les indigènes de ces trois régions : 
    La difficulté de mettre en place le PROCEDE, 
    La présence des organisations paysannes fortes de leurs traditions de lutte agraire, 
    L’absence de système d’irrigation qui puisse garantir la récupération des octrois de crédits aux indigènes 

    L’Institut National de Recherches Forestières, Agricole et Piscicole INIFAP, institution gouvernementale, réalise au niveau national y compris au Chiapas, dans son programme "Amélioration Génétique du Maïs", des études et des transferts technologiques sur du maïs "riche en protéines". Ils espèrent produire 528 tonnes de semence pour le programme "Kilo por Kilo" du programme "Alliance pour la campagne" lancé par le Secrétariat de l’Agriculture et de l’Elevage (SAGAR). 
    Mais, comme l’a dit Don Juan, un paysan de la zone frontière, "Avant on nous achetait un sac de maïs de 75 kilos à 115 ou 120 pesos et maintenant on le vend à 90 ou 70 pesos. " 
    Un autre paysan : "Parfois nous les paysans en savons plus que les techniciens des entreprises et du gouvernement qui nous demandent comment nous plantons ceci ou cela. Après avoir planté les pastèques, nous n’avions plus de semence de maïs. Le crédit du gouvernement vient du programme "Alianza pour la campagne" et avec cet argent, nous achetons la semence hybride, mais à la fin du programme, nous nous serons habitués à la semence hybride et il faudra qu’on la paye à 100%". 

    L’HISTOIRE DE L’AUBE. 
    En résumé, ce cercle vicieux augmente la spirale de la pauvreté : les entreprises nationales et internationales (de Quérétaro, Jalisco, Yucatan etc.), accompagnées des autorités du gouvernement arrivent auprès des paysans sans dire qui ils sont. Ils leur octroient des prêts (des sacs d’herbicides), des semences "améliorées" et hybrides. Il anéantissent ainsi l’autonomie des indigènes en empêchant la reproduction et la revente de leur propre semence. Ils s’assurent un marché permanent. Ils demandent les titres de propriétés pour accorder le crédit. Ils promettent des marchés à l’exportation, en assurant par contrat le transport et la vente. Ils réalisent des transferts de technologies et de connaissances des paysans. Ils inondent le marché, achètent le produit moins cher que le tarif convenu par contrat ; ils endettent le paysan et s’approprient ses biens, ou récupèrent en produit le montant du crédit( ou même plus). Ou tout simplement, ils disparaissent avec la production sans la payer aux paysans et ne reviennent jamais. 

    Les tendances sont : 
    - Accélération de la privatisation des terres paysannes au profit des grands propriétaires et des entreprises agricoles 
    - Augmentation de la dépendance alimentaire du pays. Le Mexique a dépassé son taux d’importation de maïs depuis les Etats Unis et l’entreprise MONSANTO entre autres, en est l’une des plus grandes bénéficiaires avec la vente du maïs transgénique. 
    - Chute sur le marché intérieur des produits agricoles et de leurs semences due à la disparition des magasins CONASUPO. 
    - Transformation du paysan propriétaire en journalier. 
    - Endettement accéléré du paysan avec augmentation récurrente de la pauvreté et de l’exode rural vers les Etats Unis ou vers les villes avoisinantes 
    - Remplacement de la culture du maïs par d’autres produits agricoles transgéniques qui renforcent la dépendance pour l’obtention des semences. 
    - Elimination lente des allocations ou des crédits aux paysans par le gouvernement et remplacement par des crédits privés. 
    - Dépendance envers les entreprises internationales pour la fourniture des pesticides. 
    - Prises de décision par les entreprises du type de production agricole pour l’exportation sans prise en compte des besoins du pays. 
    - Réapparition des plantations de caféiers d’il y a quelques décades avec des journaliers sans autonomie et avec une sorte de chantage international du type : "Si tu veux manger, il faut m’acheter les semences" 
    - Récupération des fonds gouvernementaux dédiés à la lutte contre la pauvreté pour le remboursement des dettes. 
    - Privatisation, transferts des techniques ou en d’autres mots piratage des connaissances paysannes. 
    - Dégradation des terres et effets écologiques néfastes dus aux monocultures. 

    CIEPAC , CHIAPAS, MEXICO 
    25, Septembre 1999 
    Miguel Pickard. 

    Traduction : Laure.
  
Numéro suivant
 
 Cette Chronique a été faite pour l'essentiel
à partir de Prensa Nuevo Amanecer.
Vous pouvez recevoir chaque semaine
cette chronologie par la poste,
sous la forme du bulletin "Ya Basta!".
Ecrire à : Collectif Ya Basta! Paris, 22 rue Rosenwald, 75015 Paris.
ou, yabastaParis@hotmail.com
100 FF / 25 numeros, chèques à l'ordre du Collectif Ya Basta!
 
Retourner à la
page principale.