Bulletin du Collectif Ya basta.
 
Aller au numéro précédent
Ya Basta! N° 126
 
Actualités du Chiapas et du Mexique du 2 au 7 décembre 1999.
 
 
Le vent rénovateur du zapatisme.
 
    3 décembre.
    ¨ Pour la 1ère fois dans son histoire le gouvernement mexicain à conclue un accord avec l’Organisation des états Américains (OEA) dans lequel il reconnaît que l’armée mexicaine a violé les droits individuels de ses citoyens.

    5 décembre.
    ¨ Lors de la 6ème réunion du Congrès national indigène (CNI), les participants ont travaillé sur les moyens de mener une stratégie conduisant à l’union des organisations indigènes et au respect des accords de San Andrès. Ils ont souligné l’importance d’organiser l’autonomie des communautés pour appliquer dans les faits les accords de San Andrès. Ils sont tombé d’accord pour essayer de participer le plus possible aux organisations internationales tel que l’ONU et OEA, pour créer des forums permanents de discussion et d’analyse des questions indigènes.
    ¨ José Saramago, prix Nobel de littérature portugais, a donné une conférence de presse au palais des Beaux arts dans la ville de Mexico. Il a déclaré :«Je viens du Chiapas, de la non guerre du Chiapas [référence ironique à la déclaration de E. Zedillo, selon laquelle il n’y aurai pas de guerre au Chiapas. NdR]. Je suis un citoyen du monde, c’est pour cela que je revendique le droit de donner mon avis sur tout ; il faut globaliser la solidarité et pas seulement l’économie. Il faut parler du devoir mal compris de la société civile, du sens véritable de la démocratie et des maladie que vie notre monde. L’état mexicain est en train de faire aux indiens d’aujourd’hui ce que l’Espagne a fait à leurs ancêtres pendant la colonisation, c’est à dire, les soumettre à la violence et à la dépréciation».
    ¨ Le commandant de la 27ème région militaire a déclaré que des enquêtes sont lancées à propos de supposées violations des droits humains commises par l’armée sur les prisonniers accusés d’appartenir à l’ERPI, pour contrecarrer les plaintes présentées par Mary Robinson, commissaire de l’ONU pour les droits humains.

    6 décembre.
    ¨ Une centaine de militants de l’Organisation prolétaire Emiliano Zapata (OPEZ) ont manifesté pour exiger la libération de leur dirigeant H. E. Escobar, accusé d’être responsable d’occupations de propriétés agricoles.
    ¨ Barnabé Luna Pacheco, indigène zapotèque, a été arrêté pour homicide; lequel homicide aurait eu lieu suite à un jugement politique de l’EPR en avril 1997, envers d’autres membres de l’EPR, pour divergences idéologiques.
    ¨ Deux ex-policiers ont été condamnés à 6 ans de prison pour avoir protégé les paramilitaires qui ont réalisé le massacre d’Actéal en 1997.

    7 décembre.
    ¨ Ouverture de la 2ème rencontre inter-américaine contre le néolibéralisme et pour l’humanité à Bélem, Brésil. Un discours enregistré de Marcos a été diffusé devant 3000 participants : des militants des partis politiques, d’associations, des syndicats, les paysans sans terre du Brésil et aussi, Danielle Mitterrand. Marcos parle de la nécessité de se poser des questions pour exister dignement, de voir et sentir la vie avec dignité et révolte, d’être révolutionnaire pour stimuler le monde et non pour occuper des palais. Abraham et Lucia, les délégués de l’EZLN, ont dit : « Nous voulons la paix, que les soldats et les paramilitaires cessent de démanteler les municipalités [autonomes], de violer les femmes, d’emprisonner des indigènes innocents et de déplacer des peuples entiers. La seule bonne nouvelle que nous voulons ramener au Chiapas, c’est une plus grande union entre les peuples et l’assurance que nous pouvons compter sur la solidarité internationale ». 
    ¨ Pablo Salazar Mendiguchia, candidat de la coalition d’opposition au poste de gouverneur du Chiapas se dit convaincu de la nécessité d’intégrer le groupe rebelle [l’EZLN] du coté des solutions et non du coté des problèmes. Sans le respect des accords de San Andrès, toutes les tentatives pour trouver des solutions seront insuffisantes et ne recevront, comme réponse des zapatistes, que le silence.
    ¨ Le président du Conseil électoral du Chiapas a annoncé qu’il cherchera un accord avec les zapatistes pour pouvoir installer des urnes dans leurs zones d’influences pour les élections de l’an 2000.
    ¨ Des PRIistes ont occupé les locaux du parti et ont séquestré les membres de la Commission de sélection du candidat du PRI au poste de gouverneur, en signe de protestation pour n’avoir pas retenu Manuel Hernandez comme pré-candidat. Manuel Hernandez, ex-député fédéral, est soupçonné de protéger les groupes paramilitaires de la Socama et Paz y justicia.
    ¨ Ernesto Zedillo est au Chiapas pour lancer la construction d’une autoroute de 900 millions de pesos entre Tuxla et San Cristobal, «pour permettre le développement économique, touristique et social du Chiapas».
    ¨ Les époux Jacob Silva Nogales et Gloria Arena Agis incarcérés à la prison de Haute Sécurité de Almoloya, accusés d'appartenir à l'ERPI ont été torturés durant leur détention mais néanmoins un médecin de la Commission Nationale des Droits Humains n'a pu les examiner.
    ¨ La presse nationale publie les noms de huit généraux accusés d'être impliqués dans les cartels de la drogue à des niveaux divers comme protecteurs, intermédiaires ou associés. On signale le cas de l'un d'entre eux qui a proposé un million de dollars au délégué du Procureur Général de Tijuana pour permettre le libre transit de la drogue.
    ¨ Au moins vingt mille personnes se sont retrouvées en un véritable Woodstock organisé par l'UNAM-X dans le but de réunir 60 tonnes d'aide alimentaire pour les communautés indigènes du Chiapas. Une caravane d'étudiants quittera Mexico le 15 décembre pour porter les produits collectés à l'occasion de ce concert de Paix, Danses et Résistance.
    ¨ Cinéma : La Ley de Herodes de Luis Estrada, par un tour de passe-passe a été projetée dans deux salles et immédiatement retirée. Il est vrai que le cinéaste dénonce nommément le Parti Révolutionnaire Institutionnel au pouvoir en mettant en scène "une fiction" montrant les magouilles, les manoeuvres et les turpitudes d'un maire PRIiste d'une petite commune. Toute ressemblance etc... Six mois avant les élections ça faisait désordre, mais cette censure vigoureusement dénoncée également.
     
    Juan et B.Erre. 

  
  
      
    GILBERTO LOPEZ Y RIVAS 
    La Jornada 4/10/99.
     
    Le vent rénovateur du zapatisme.

    Après le soulèvement de l’EZLN en 1994, le visage de la société civile mexicaine a changé pour toujours. Il ne peut plus y avoir une forme de lutte pour la démocratie qui ne reconnaisse le zapatisme comme l’un de ses composants fondamentaux.
    Le zapatisme a attiré l’attention vers les oubliés de la politique, vers les recoins et les souterrains de la résistance sociale, et les a fait sortir des schémas où les avait enfermés la gauche traditionnelle. De plus, il les a placés au premier rang de la lutte nationale et internationale contre le néolibéralisme, pour les droits des populations indiennes et pour la revendication de nouvelles formes de gouvernement et d’exercice du pouvoir émanant de la société civile.
    Autour du zapatisme et de la solidarité avec les demandes des peuples indiens s’est tissée une nouvelle couche de la société civile internationale qui ne connaît plus de frontières, ni géographiques ni politiques. Le gouvernement mexicain a tenté de casser cette nouvelle société civile au moyen de la xénophobie et de l’expulsion d’observateurs internationaux. Il ne peut cependant pas faire grand chose contre cette union croissante de volontés qui réunit les peuples du Mexique, des Etats Unis, du Canada et d’Europe. La solidarité ne cesse d’influer et sans arrêt, comme du sang neuf, des hommes et des femmes se substituent à d’autres.
    La réponse coercitive de l’Etat mexicain face au zapatisme prend de grandes proportions parce que, pour la première fois dans l’histoire des mouvements sociaux post-révolutionnaires, une collectivité indienne a mis l’Etat en échec, cet état qui ne leur offrait que des portes fermées, qui est resté sourd et aveugle devant leur réalité d’injustice et d’oppression.
    L’Etat néolibéral a non seulement refusé le dialogue avec ces communautés indiennes, mais il s’est refusé aussi à comprendre cette réalité. Il n’a jamais pu remarquer ni même soupçonner que le zapatisme, c’est à la fois le symbole et la synthèse d’une vaste collectivité d’intérêts qui s’exprime dans les mouvements sociaux qui se sont réanimés à partir de 1994.
    L’une des nouveautés de ce nouveau corps social en mouvement est la fusion de la solidarité internationaliste avec le sentiment patriotique. Ce patriotisme lutte contre l’abrogation de la nation qu’entraîne l’ouverture néoliberale aux grands capitaux qui n’ont ni nationalité ni racines ni aucun intérêt qui ne soit pas le gain financier et la spoliation sociale.
    Dans sa résistance contre le néolibéralisme, l’autonomie indigène élargit ses frontières et les étend jusqu'à s’intégrer dans la construction d’un nouveau type de nation, dans la transformation nationale qui dépouille la démocratie de la rhétorique officielle et la convertit en une pratique qui inonde chaque recoin de la société, de l’économie, du gouvernement, y compris de ses propres mouvements sociaux et partis d’opposition.
    Cette lutte trouve son fondement dans les racines historiques du pays, principalement celles qui se sont concrétisées dans l’article 39 de la constitution, qui reconnaît que la souveraineté nationale repose sur le peuple et que celui-ci a le droit inaliénable de changer ou de modifier son mode de gouvernement.
    La souveraineté nationale n’est donc pas celle que défend la faction politique au pouvoir afin d’imposer son projet de privatisation du pays, mais celle qui réside dans la volonté d’un peuple qui veut la paix, la croissance équitable, l’harmonie sociale et, entre les peuples de la nation, l’application impartiale de la justice.
    Malgré la déprédation [pillages faits avec dégats. NdT.] des mouvements populaires du Mexique, ces protagonistes émergents ont su résister à tout assaut répressif. Ils se sont constitués en pôle alternatif de pouvoir citoyen, qui avance vers la démocratisation de chaque espace social. L’opportunité de grandir et d’effacer ses frontières nationales peut représenter pour ce mouvement social une opportunité, à long terme, de construire une alternative à l’intégration à la mondialisation du capital et des gouvernements dénationalisés. Forcément, quelle que soit la route que l’on choisit pour partir en quête de la démocratisation du Mexique, on doit considérer que le zapatisme est ce qui donne de la cohérence à ces nouveaux acteurs sociopolitiques.
     
     Traduction : Angela.

  
Numéro suivant
 
 Cette Chronique a été faite pour l'essentiel
à partir de Prensa Nuevo Amanecer.
Vous pouvez recevoir chaque semaine
cette chronologie par la poste,
sous la forme du bulletin "Ya Basta!".
Ecrire à : Collectif Ya Basta! Paris, 22 rue Rosenwald, 75015 Paris.
ou, yabastaParis@hotmail.com
100 FF / 25 numeros, chèques à l'ordre du Collectif Ya Basta!
 
Retourner à la
page principale.