Bulletin du Collectif Ya basta.

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Ya Basta! No 127

 
 Actualités du Chiapas et du Mexique du 8 au 17 décembre 1999.
 

Sommaire
Fin de la guerre de basse intensité.
Résistance de communautés : San José del Rio, Octobre 99.
Harcèlements.
Budget de l'Intérieur en Hausse.
Consommation en Baisse - Prix en hausse.
UNAM.
Belem : 2ème Rencontre inter-américaine contre le néolibéralisme et pour l'humanité.
 
  

     
    Fin de la guerre de basse intensité.
  • Le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas informe qu'il a reçu plusieurs plaintes sur les abus collectifs des militaires dans les communautés sympathisantes zapatistes. Parmi ces réclamations figurent l'obligation faite aux indigènes de s'identifier en passant aux postes de contrôles établis par les militaires, les détentions extra-judiciaires, et les interférences permanentes des militaires dans la vie quotidienne.
  • En applications des Accords de San Andrés en matière de droits et culture indigène, des supposés zapatistes auraient fermé une Unité Médicale rurale du programme de l'Institut Mexicain de Sécurité Sociale (IMSS) De fait des responsables de la municipalité autonome 17 Novembre déclarent ne rien vouloir des institutions gouvernementales et pouvoir se charger eux-mêmes des problèmes de santé. Ils auraient donc récupéré le matériel médical et de radio. D'autres centres médicaux se prétendent menacé par l'EZLN. Ces événements ne sont pas confirmés par l'EZLN et il faut se méfier de la campagne de fausses informations et de rumeurs qui fait partie de la politique d'Albores, le gouverneur intérimaire du Chiapas.
  • Le gouvernement n'a jamais montré autant que maintenant son double jeu. En effet, à l'approche de l'anniversaire du massacre d'Acteal, le gouvernement du Chiapas fait circuler les bruits les plus alarmants. Il parle d'un nouvel Acteal comme si cette tuerie n'avait pas été le fait de paramilitaires à ses ordres (45 personnes massacrées dans l'église d'Acteal le 22 décembre 1997). Il fait savoir par tous les moyens, que les forces de police et l'armée sont en état d'alerte maximum. Les patrouilles sont renforcées. On annonce des actions préventives dans de nombreuses communautés sous le prétexte de les protéger d'une attaque possible de groupes "radicaux" de l'EZLN. Si l'on se réfère aux déclarations que multiplie dans les médias le Procureur Montoya, le gouvernement de l'état du Chiapas, soutenu par le gouvernement fédéral, s'apprête à lancer de véritables opérations de guerre avant la fin de l'année. Il ne s'agira plus d'une guerre de basse intensité à en juger par les moyens mis en oeuvre. Le Ministre de l'intérieur de la République tente de relativiser ces mouvements de troupe en signalant qu'il s'agit d'opérations de routine. Un député indigène du PRD dément totalement les affirmations du procureur, mais craint pour sa part que l'armée soit en train de rechercher l'affrontement. Il rappelle que le Sub Marcos a déclaré que le fait d'accepter une aide ou non du gouvernement relève de la responsabilité des communautés et que l'EZLN n'a aucune intention d'intervenir. 
  • Un article de La Jornada du 17 décembre d'Andrès Aubry et Angelica Inda analyse cette politique du gouvernement Zedillo. Les changements de hauts fonctionnaires permettent de mener une politique d'escalade progressive, en même temps que s'est accrue l'occupation militaire, l'augmentation du nombre de personnes déplacées, la multiplication de civils armés, la situation sanitaire catastrophique le pillage de la coopérative de Majomut qui permet d'ajouter la faim comme nouvel ingrédient à la guerre et enfin la vague de xénophobie. Acteal, disent les auteurs de l'article, ne fut pas un accident ni une vengeance, mais un acte délibéré contre une communauté pacifique qui n'était pas connue pour être zapatiste, car dans cette guerre si spéciale, les véritables ennemis sont ceux qui s'opposent à la guerre. Le Chiapas connaît la guerre depuis 1977 avec le général Hernandez Toledo. En 1978 le général Felix Galvan ministre de la défense, se félicitait d'un défilé militaire de 3000 soldats à San Cristobal de Las Casas et d'une descente du "ciel" de 200 parachutistes. Ils rappellent des massacres d'Indigènes en 1980. Avec La Escuela De Las Americas (école de formation aux Etats Unis de spécialistes de contre-guérilla) cette guerre est devenue continentale, et ils citent les opérations au Guatémala, en Colombie, au San Salvador. Pour ne pas ôter le prestige de l'armée, celle-ci ne s'attaquerait pas, dans cette guerre, à ses ennemis mais aux populations désarmées qui appuient la cause des rebelles. Dans le manuel de la guerre irrégulière, écrivent ils, il est dit que l'extermination physique de l'ennemi n'est pas obligatoire mais que l'objectif est de le sataniser et de ne pas nommer les actions par ce qu'elles sont, mais par exemple, dans le cas d'Amador, on parlera seulement de construction de routes, on citera les hôpitaux à Tapeyac et Altamirano, on surestimera les investissements, surtout étrangers, et on utilisera des euphémismes comme protection, tranquillité, pacification. A partir de documents classés ils concluent l'analyse des mécanismes d'extermination : plutôt que l'usage d'armes a feu, il faut privilégier des méthodes plus subtiles. On détruira les communautés par une sorte d'euthanasie morale en jouant des divisions, en créant des organisations parallèles et on cherchera à atteindre le moral par des rumeurs, des fausses désertions et en développant un climat d'insécurité. Le but est de tuer collectivement en déshumanisant les communautés.
     
    Résistance de communautés : San José del Rio, Octobre 99.
  • Les habitant de San José del Rio ont empêché l'arrivée d'un véhicule escorté de militaires destiné à la construction d'une route. On sait qu'avec la construction de ces routes dans la Selva Lacadon il ne s'agit, en fait, que de faciliter aux véhicules de l'armée l'accès aux communautés indigènes. Après environ un quart d'heure de discussion avec l'un des officiers, lui expliquant les raisons du blocage du passage, les militaires décidèrent de rebrousser chemin.

    Harcèlements.

  • Dans la municipalité d'Ocosingo, les habitants de l'Ejido Loma Bonita ont déposé une plainte auprès de la Commission Nationales pour les Droits Humains-CNDH(organisation gouvernementale). Ce sera la première pour violation des droits collectifs des peuples indigènes. A cet endroit, environ 350 personnes ont fondé une communauté qui jusqu'à présent vivait en bonne intelligence malgré des différences politiques et religieuses. En novembre dernier un détachement de militaires s'est installé à environ 2000 mètres de l'Ejido sur la route qui y conduit. Les habitants demandent que les militaires aillent s'installer ailleurs, là où ils ne gêneront pas la vie communautaire. Ils appuient leur demande sur le fait que d'une part ils n'ont plus le libre accès à leur Ejido et font l'objet de contrôles et de fouilles et que d'autre part, il est connu que partout où les militaires s'installent ils amènent avec eux alcool, drogue, prostitution, outre les bagarres entre soldats et avec la population et le harcèlement des femmes de la communauté.
  • A coup de matraque et en tirant en l'air quelques 300 policiers ont envahi deux plantations de café "El Galvilancillo" et "La Fortuna" pour déloger des paysans de l'Organisation Prolétarienne Emiliano Zapata -OPEZ- soupçonnés d'être zapatistes et qui occupaient des terres depuis une semaine. 65 paysans ont été arrêtés ainsi que des femmes et des mineurs. Les arrestation se sont opérées avec une extrême brutalité. Les autorités ont justifié cette opération commando en raison de l'occupation des terres et prétendent y avoir trouvé des armes et de la marijuana, vraisemblablement apportés par les forces de répression elles-mêmes. 
  • Le 9 Décembre une centaine de Priistes accompagnés de la Commission Fédérale d'Electricité sont arrivés dans l'Ejido de Petalcingo, municipalité de Tila, Chiapas, dans le but de couper l'Electricité aux habitants décidés à ne pas payer l'électricité d'un coût estimé trop élevé. La Résistance Civile exige des tarifs préférentiels. En effet la constitution mexicaine prévoit que les richesses naturelles sont propriété de la nation, il n'y a donc aucune raison de payer des tarifs aussi élevés alors qu'il existe 4 barrages d'eau dans la région alimentant les centrales électriques. Environ 200 personnes de la résistance civile et de la coordination régionale du nord du Chiapas de la "consulta" zapatiste ont tenté de bloquer le 9 décembre l'accès au village. Ils ont été reçus à coups de pierres et de bâton. Il y eut plusieurs blessés. Aucun dialogue n'a pu s'instaurer. Déjà le 2 décembre un affrontement entre priistes et sympathisants zapatistes avaient fait une quinzaine de blessés.
  • Deux caravanes " pour la Paix au Chiapas" partent les 17 et 25 décembre pour appuyer la résistance des communautés contre la militarisation et l'occupation de terre par les militaires.

    Budget de l'Intérieur en Hausse.

  • Alors que l'inefficacité du ministère de l'intérieur est flagrante en ce qui concerne l'aide aux communautés indigènes, le budget du ministère est passé de 160 a 220 millions de pesos. Ce budget doit permettre de lutter davantage contre les bases d'appui de l'EZLN alors qu'au moins 8000 tzotziles, en majorité des femmes et des enfants souffrent de malnutrition et que la température qui descend actuellement au point de congélation risque d'affecter encore plus les milliers de personnes déplacées.

    Consommation en Baisse - Prix en hausse.

  • Selon l'Association d'Etudes pour la Défense du Consommateur (AMEDEC) et l'Université Ouvrière, le salaire minimum va passer en l'an 2000 de 34.45 pesos à 38.58 par jour (1 peso = env. 0,70 francs). L'augmentation correspond à un kilo de tortilla, qui est la nourriture de base. Sous la présidence de Zedillo l'électricité a augmenté de 528 % et le téléphone de 445 %. Le coût des peseros (petit autobus) a augmenté de 254 %, celui du métro de 275 %. La tortilla a augmenté de 366.67 %, et évidemment sa consommation s'est réduite. Le prix des oeufs a augmenté de 360 % et celui des haricots (aliment de base) de 279,60 %. L'Université Ouvrière précise que la perte du pouvoir d'achat du salaire minimum atteint 40 % pour novembre 1999. L'écart entre le salaire nominal et le salaire réel est de plus en plus grand. Le travailleur touchant le salaire minimum ne peut même pas acheter 40 pour cent du panier alimentaire minimale.

    UNAM.

  • Une manifestation étudiante, organisée par des membres du Conseil Général de Grèves (CGH) de l'UNAM, devant l'ambassade américaine en appui à la mobilisation de Seattle a été réprimée sauvagement par les forces de police de la capitale. Il y eut de la casse dans la Zona Rosa proche de l'ambassade et des témoignages affirment qu'il s'agit de provocations et manipulations policières. Pendant que 98 étudiants dont plusieurs blessés étaient embarqués les casseurs discutaient amicalement avec les policiers. Curieusement, deux jours avant, les grévistes et les représentants du recteur étaient parvenus à signer 4 accord après 5 jours d'intenses négociations. Ces accords reconnaissent notamment que le dialogue est l'unique solution pour parvenir à la fin de la grève, que le calendrier des négociations doit correspondre à la demande du CGH, reconnu comme unique interlocuteur, et que ces négociations soient retransmises en direct par Radio UNAM et TV UNAM. La répression policière semblait bien préparée. La plupart des observateurs et tous ceux qui suivent de près depuis des mois l'évolution de la grève de l'UNAM coïncident pour affirmer qu'il s'agit d'une opération de stricte provocation. Cette affaire fait le jeu de ceux qui veulent profiter du malaise de la population face à une certaine insécurité, au moment où un règlement avec le CGH de l'UNAM n'a jamais été aussi proche. La Jornada souligne que chaque fois que s'est présentée une possibilité d'ouverture à l'UNAM, des positions radicales ont surgit de part ou d'autres de façon à ce que le climat se détériore. On peut rapprocher ces événements de la campagne électorale "de peur" qui commence à faire ses effets. Il est à noter que cette affaire a lieu également au moment où le gouvernement PRD de la capitale lutte difficilement pour obtenir un budget satisfaisant qui lui a fait défaut depuis l'accession de ce parti à la tête du District Fédéral. Une partie des étudiants arrêtés a été libérée sous cautions payées par des collectes de solidarité, mais ils restent sous le coup d'un ordre de prison ferme provisoirement suspendu. Dans ces conditions le CGH a suspendu les contacts avec le rectorat. Une nouvelle manifestation a eu lieu le 16 décembre du Ministère de l'Enseignement à l'Ambassade des Etats Unis et ensuite au Zocalo. Il n'y a pas eu d'affrontement.

    Belem : 2ème Rencontre inter-américaine contre le néolibéralisme et pour l'humanité.

  • Une des propositions finales de la 2ème rencontre contre le néolibéralisme à Belem, Brésil, a été d'organiser en 2000 une marche américaine partant de chaque coin du continent pour arriver à Ciudad Juarez à la frontière Mexique-Etats-Unis, au point de séparation entre l'opulence des riches et la misère des pauvres du continent. Mettant en pratique l'internationalisation de la solidarité et l'unité des peuples, les plus de trois mille participants demandent que se réalise un référendum continental sur le payement de la dette extérieure. Le document final indique: "Nous voulons que se joignent toutes les organisations sociales du continent pour imposer un "non catégorique" à une dette illégitime et criminelle. Le texte final ajoute que des indigènes du Canada, des syndicalistes argentins, des indiens et des noirs du Brésil des professeurs cubains, des zapatistes, des théologiens, des partis de gauche et des organisations sociales de 24 pays américains et européens ont dirigé leurs voix vers un même ennemi dont l'arrogance décrète les blocus, les interventions armées contre des pays souverains, fournit des armes pour le génocide indigène mexicain, supprime les droits des travailleurs et refuse la terre aux paysans. Des personnes ont été mécontentes de la méthode de travail et de l’organisation de la rencontre. «La méthodologie inégalitaire qui nous a été imposée, était basée sur l’utilisation de contributions écrites, de slogans et de discours politiques. Nous pensons que la déclaration finale expose ce qu’aurait dû être la rencontre et ce qu’elle n’a pas été. Nous regrettons que l’élaboration de ce document ai été rédigé par l’organisation sans prendre en compte les voix des ‘petits’ ni même des ‘grands’» ont-elle déclaré dans un communiqué. 
    P     B. Erre, au Mexique.
     
     


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