Fin de la guerre de basse intensité.
- Le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas
informe qu'il a reçu plusieurs plaintes sur les abus collectifs
des militaires dans les communautés sympathisantes zapatistes. Parmi
ces réclamations figurent l'obligation faite aux indigènes
de s'identifier en passant aux postes de contrôles établis
par les militaires, les détentions extra-judiciaires, et les interférences
permanentes des militaires dans la vie quotidienne.
- En applications des Accords de San Andrés en matière
de droits et culture indigène, des supposés zapatistes auraient
fermé une Unité Médicale rurale du programme de l'Institut
Mexicain de Sécurité Sociale (IMSS) De fait des responsables
de la municipalité autonome 17 Novembre déclarent ne rien
vouloir des institutions gouvernementales et pouvoir se charger eux-mêmes
des problèmes de santé. Ils auraient donc récupéré
le matériel médical et de radio. D'autres centres médicaux
se prétendent menacé par l'EZLN. Ces événements
ne sont pas confirmés par l'EZLN et il faut se méfier de
la campagne de fausses informations et de rumeurs qui fait partie de la
politique d'Albores, le gouverneur intérimaire du Chiapas.
- Le gouvernement n'a jamais montré autant que maintenant
son double jeu. En effet, à l'approche de l'anniversaire du massacre
d'Acteal, le gouvernement du Chiapas fait circuler les bruits les plus
alarmants. Il parle d'un nouvel Acteal comme si cette tuerie n'avait pas
été le fait de paramilitaires à ses ordres (45 personnes
massacrées dans l'église d'Acteal le 22 décembre 1997).
Il fait savoir par tous les moyens, que les forces de police et l'armée
sont en état d'alerte maximum. Les patrouilles sont renforcées.
On annonce des actions préventives dans de nombreuses communautés
sous le prétexte de les protéger d'une attaque possible de
groupes "radicaux" de l'EZLN. Si l'on se réfère aux déclarations
que multiplie dans les médias le Procureur Montoya, le gouvernement
de l'état du Chiapas, soutenu par le gouvernement fédéral,
s'apprête à lancer de véritables opérations
de guerre avant la fin de l'année. Il ne s'agira plus d'une guerre
de basse intensité à en juger par les moyens mis en oeuvre.
Le Ministre de l'intérieur de la République tente de relativiser
ces mouvements de troupe en signalant qu'il s'agit d'opérations
de routine. Un député indigène du PRD dément
totalement les affirmations du procureur, mais craint pour sa part que
l'armée soit en train de rechercher l'affrontement. Il rappelle
que le Sub Marcos a déclaré que le fait d'accepter une aide
ou non du gouvernement relève de la responsabilité des communautés
et que l'EZLN n'a aucune intention d'intervenir.
- Un article de La Jornada du 17 décembre d'Andrès
Aubry et Angelica Inda analyse cette politique du gouvernement Zedillo.
Les changements de hauts fonctionnaires permettent de mener une politique
d'escalade progressive, en même temps que s'est accrue l'occupation
militaire, l'augmentation du nombre de personnes déplacées,
la multiplication de civils armés, la situation sanitaire catastrophique
le pillage de la coopérative de Majomut qui permet d'ajouter la
faim comme nouvel ingrédient à la guerre et enfin la vague
de xénophobie. Acteal, disent les auteurs de l'article, ne fut pas
un accident ni une vengeance, mais un acte délibéré
contre une communauté pacifique qui n'était pas connue pour
être zapatiste, car dans cette guerre si spéciale, les véritables
ennemis sont ceux qui s'opposent à la guerre. Le Chiapas connaît
la guerre depuis 1977 avec le général Hernandez Toledo. En
1978 le général Felix Galvan ministre de la défense,
se félicitait d'un défilé militaire de 3000 soldats
à San Cristobal de Las Casas et d'une descente du "ciel" de 200
parachutistes. Ils rappellent des massacres d'Indigènes en 1980.
Avec La Escuela De Las Americas (école de formation aux Etats Unis
de spécialistes de contre-guérilla) cette guerre est devenue
continentale, et ils citent les opérations au Guatémala,
en Colombie, au San Salvador. Pour ne pas ôter le prestige de l'armée,
celle-ci ne s'attaquerait pas, dans cette guerre, à ses ennemis
mais aux populations désarmées qui appuient la cause des
rebelles. Dans le manuel de la guerre irrégulière, écrivent
ils, il est dit que l'extermination physique de l'ennemi n'est pas obligatoire
mais que l'objectif est de le sataniser et de ne pas nommer les actions
par ce qu'elles sont, mais par exemple, dans le cas d'Amador, on parlera
seulement de construction de routes, on citera les hôpitaux à
Tapeyac et Altamirano, on surestimera les investissements, surtout étrangers,
et on utilisera des euphémismes comme protection, tranquillité,
pacification. A partir de documents classés ils concluent l'analyse
des mécanismes d'extermination : plutôt que l'usage d'armes
a feu, il faut privilégier des méthodes plus subtiles. On
détruira les communautés par une sorte d'euthanasie morale
en jouant des divisions, en créant des organisations parallèles
et on cherchera à atteindre le moral par des rumeurs, des fausses
désertions et en développant un climat d'insécurité.
Le but est de tuer collectivement en déshumanisant les communautés.
Résistance de communautés : San José
del Rio, Octobre 99.
- Les habitant de San José del Rio ont empêché
l'arrivée d'un véhicule escorté de militaires destiné
à la construction d'une route. On sait qu'avec la construction de
ces routes dans la Selva Lacadon il ne s'agit, en fait, que de faciliter
aux véhicules de l'armée l'accès aux communautés
indigènes. Après environ un quart d'heure de discussion avec
l'un des officiers, lui expliquant les raisons du blocage du passage, les
militaires décidèrent de rebrousser chemin.
Harcèlements.
- Dans la municipalité d'Ocosingo, les habitants de l'Ejido
Loma Bonita ont déposé une plainte auprès de la Commission
Nationales pour les Droits Humains-CNDH(organisation gouvernementale).
Ce sera la première pour violation des droits collectifs des peuples
indigènes. A cet endroit, environ 350 personnes ont fondé
une communauté qui jusqu'à présent vivait en bonne
intelligence malgré des différences politiques et religieuses.
En novembre dernier un détachement de militaires s'est installé
à environ 2000 mètres de l'Ejido sur la route qui y conduit.
Les habitants demandent que les militaires aillent s'installer ailleurs,
là où ils ne gêneront pas la vie communautaire. Ils
appuient leur demande sur le fait que d'une part ils n'ont plus le libre
accès à leur Ejido et font l'objet de contrôles et
de fouilles et que d'autre part, il est connu que partout où les
militaires s'installent ils amènent avec eux alcool, drogue, prostitution,
outre les bagarres entre soldats et avec la population et le harcèlement
des femmes de la communauté.
- A coup de matraque et en tirant en l'air quelques 300 policiers
ont envahi deux plantations de café "El Galvilancillo" et "La Fortuna"
pour déloger des paysans de l'Organisation Prolétarienne
Emiliano Zapata -OPEZ- soupçonnés d'être zapatistes
et qui occupaient des terres depuis une semaine. 65 paysans ont été
arrêtés ainsi que des femmes et des mineurs. Les arrestation
se sont opérées avec une extrême brutalité.
Les autorités ont justifié cette opération commando
en raison de l'occupation des terres et prétendent y avoir trouvé
des armes et de la marijuana, vraisemblablement apportés par les
forces de répression elles-mêmes.
- Le 9 Décembre une centaine de Priistes accompagnés
de la Commission Fédérale d'Electricité sont arrivés
dans l'Ejido de Petalcingo, municipalité de Tila, Chiapas, dans
le but de couper l'Electricité aux habitants décidés
à ne pas payer l'électricité d'un coût estimé
trop élevé. La Résistance Civile exige des tarifs
préférentiels. En effet la constitution mexicaine prévoit
que les richesses naturelles sont propriété de la nation,
il n'y a donc aucune raison de payer des tarifs aussi élevés
alors qu'il existe 4 barrages d'eau dans la région alimentant les
centrales électriques. Environ 200 personnes de la résistance
civile et de la coordination régionale du nord du Chiapas de la
"consulta" zapatiste ont tenté de bloquer le 9 décembre l'accès
au village. Ils ont été reçus à coups de pierres
et de bâton. Il y eut plusieurs blessés. Aucun dialogue n'a
pu s'instaurer. Déjà le 2 décembre un affrontement
entre priistes et sympathisants zapatistes avaient fait une quinzaine de
blessés.
- Deux caravanes " pour la Paix au Chiapas" partent les 17 et 25
décembre pour appuyer la résistance des communautés
contre la militarisation et l'occupation de terre par les militaires.
Budget de l'Intérieur en Hausse.
- Alors que l'inefficacité du ministère de l'intérieur
est flagrante en ce qui concerne l'aide aux communautés indigènes,
le budget du ministère est passé de 160 a 220 millions de
pesos. Ce budget doit permettre de lutter davantage contre les bases d'appui
de l'EZLN alors qu'au moins 8000 tzotziles, en majorité des femmes
et des enfants souffrent de malnutrition et que la température qui
descend actuellement au point de congélation risque d'affecter encore
plus les milliers de personnes déplacées.
Consommation en Baisse - Prix en hausse.
- Selon l'Association d'Etudes pour la Défense du Consommateur
(AMEDEC) et l'Université Ouvrière, le salaire minimum va
passer en l'an 2000 de 34.45 pesos à 38.58 par jour (1 peso = env.
0,70 francs). L'augmentation correspond à un kilo de tortilla, qui
est la nourriture de base. Sous la présidence de Zedillo l'électricité
a augmenté de 528 % et le téléphone de 445 %. Le coût
des peseros (petit autobus) a augmenté de 254 %, celui du métro
de 275 %. La tortilla a augmenté de 366.67 %, et évidemment
sa consommation s'est réduite. Le prix des oeufs a augmenté
de 360 % et celui des haricots (aliment de base) de 279,60 %. L'Université
Ouvrière précise que la perte du pouvoir d'achat du salaire
minimum atteint 40 % pour novembre 1999. L'écart entre le salaire
nominal et le salaire réel est de plus en plus grand. Le travailleur
touchant le salaire minimum ne peut même pas acheter 40 pour cent
du panier alimentaire minimale.
UNAM.
- Une manifestation étudiante, organisée par des
membres du Conseil Général de Grèves (CGH) de l'UNAM,
devant l'ambassade américaine en appui à la mobilisation
de Seattle a été réprimée sauvagement par les
forces de police de la capitale. Il y eut de la casse dans la Zona Rosa
proche de l'ambassade et des témoignages affirment qu'il s'agit
de provocations et manipulations policières. Pendant que 98 étudiants
dont plusieurs blessés étaient embarqués les casseurs
discutaient amicalement avec les policiers. Curieusement, deux jours avant,
les grévistes et les représentants du recteur étaient
parvenus à signer 4 accord après 5 jours d'intenses négociations.
Ces accords reconnaissent notamment que le dialogue est l'unique solution
pour parvenir à la fin de la grève, que le calendrier des
négociations doit correspondre à la demande du CGH, reconnu
comme unique interlocuteur, et que ces négociations soient retransmises
en direct par Radio UNAM et TV UNAM. La répression policière
semblait bien préparée. La plupart des observateurs et tous
ceux qui suivent de près depuis des mois l'évolution de la
grève de l'UNAM coïncident pour affirmer qu'il s'agit d'une
opération de stricte provocation. Cette affaire fait le jeu de ceux
qui veulent profiter du malaise de la population face à une certaine
insécurité, au moment où un règlement avec
le CGH de l'UNAM n'a jamais été aussi proche. La Jornada
souligne que chaque fois que s'est présentée une possibilité
d'ouverture à l'UNAM, des positions radicales ont surgit de part
ou d'autres de façon à ce que le climat se détériore.
On peut rapprocher ces événements de la campagne électorale
"de peur" qui commence à faire ses effets. Il est à noter
que cette affaire a lieu également au moment où le gouvernement
PRD de la capitale lutte difficilement pour obtenir un budget satisfaisant
qui lui a fait défaut depuis l'accession de ce parti à la
tête du District Fédéral. Une partie des étudiants
arrêtés a été libérée sous cautions
payées par des collectes de solidarité, mais ils restent
sous le coup d'un ordre de prison ferme provisoirement suspendu. Dans ces
conditions le CGH a suspendu les contacts avec le rectorat. Une nouvelle
manifestation a eu lieu le 16 décembre du Ministère de l'Enseignement
à l'Ambassade des Etats Unis et ensuite au Zocalo. Il n'y a pas
eu d'affrontement.
Belem : 2ème Rencontre inter-américaine
contre le néolibéralisme et pour l'humanité.
- Une des propositions finales de la 2ème rencontre contre
le néolibéralisme à Belem, Brésil, a été
d'organiser en 2000 une marche américaine partant de chaque coin
du continent pour arriver à Ciudad Juarez à la frontière
Mexique-Etats-Unis, au point de séparation entre l'opulence des
riches et la misère des pauvres du continent. Mettant en pratique
l'internationalisation de la solidarité et l'unité des peuples,
les plus de trois mille participants demandent que se réalise un
référendum continental sur le payement de la dette extérieure.
Le document final indique: "Nous voulons que se joignent toutes les organisations
sociales du continent pour imposer un "non catégorique" à
une dette illégitime et criminelle. Le texte final ajoute que des
indigènes du Canada, des syndicalistes argentins, des indiens et
des noirs du Brésil des professeurs cubains, des zapatistes, des
théologiens, des partis de gauche et des organisations sociales
de 24 pays américains et européens ont dirigé leurs
voix vers un même ennemi dont l'arrogance décrète les
blocus, les interventions armées contre des pays souverains, fournit
des armes pour le génocide indigène mexicain, supprime les
droits des travailleurs et refuse la terre aux paysans. Des personnes ont
été mécontentes de la méthode de travail et
de l’organisation de la rencontre. «La méthodologie inégalitaire
qui nous a été imposée, était basée
sur l’utilisation de contributions écrites, de slogans et de discours
politiques. Nous pensons que la déclaration finale expose ce qu’aurait
dû être la rencontre et ce qu’elle n’a pas été.
Nous regrettons que l’élaboration de ce document ai été
rédigé par l’organisation sans prendre en compte les voix
des ‘petits’ ni même des ‘grands’» ont-elle déclaré
dans un communiqué.
P B. Erre, au Mexique.
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