| Des pluies torrentielles se sont abattues cette semaine sur le
Chiapas, principalement sur la zone de la Côte, du Soconusco et de
la Sierra, à l'ouest et au sud de l'état (1), provoquant
l'une des plus graves catastrophes naturelles ayant frappé le Mexique
depuis le tremblement de terre de 1985.
Des hameaux entiers ont étés balayés par la boue ou emportés par des rivières sorties de leur lit, des dizaines de communautés (au moins 140 le 11 septembre) sont restées coupées du monde pendant plusieurs jours, les personnes ayant pu échapper à la montée des eaux attendant les secours réfugiées sur les toits des maisons restées debout, ou perchées dans les arbres. 1,5 million de personnes se sont retrouvées privées d'eau potable, et on parle de 400.000 personnes n'ayant plus de quoi manger. 300.000 hectares de culture ou de pâturages ont été dévastés, au moins 20 ponts ont été emportés, des centaines de km de routes et de chemins sont détruits. La déforestation et les incendies (anciens ou du printemps dernier) ont également multiplié les dégâts, ainsi que le fait que de nombreuses communautés aient été situées sur des zones inondables. Les maladies font des ravages (dysenterie, infections respiratoires et gangrène à cause de blessures non soignées). Le président Zedillo a effectué en quelques jours
cinq voyages spéciaux au Chiapas, pour se donner des airs de sauveteur
; 83 lieux d'accueil d'urgence ont été ouverts, recevant
23.277 personnes. Pas moins de 28 [sic] satellites de communication ont
été - parait-il - mis à contribution, sans compter
des hélicoptères et autre matériel sophistiqué
de l'armée.
Dans un communiqué daté du 12 septembre, l'EZLN dénonce que "l'ampleur de la tragédie (...) n'est pas due au seul climat [mais aussi] à l'incapacité du gouvernement du Chiapas (...), et à la corruption (...), qui a multiplié les effets des inondations. Des constructions de mauvaise qualité (mais payées au prix des bonnes), l'absence de plan d'urgence, l'indifférence devant les demandes d'aide au début des intempéries, et une classe politique plus occupée à soigner son image de marque qu'à gouverner, telles sont les responsabilités de ceux qui disent gouverner au Chiapas (...)". L'EZLN dénonce aussi le "vol scandaleux de l'aide humanitaire destinée aux sinistrés" et la distribution sélective. Marcos affirme que par contre "l'aide distribuée par les ONGs, les groupes religieux et les partis politiques comme le PAN et le PRD est distribuée sans discrimination ni préférence", mais que "leurs efforts restent insuffisants pour faire face à la tragédie". Il "lance un appel à la communauté nationale et internationale pour qu'elle vienne au secours des sinistrés (...), et qu'elle fasse parvenir cette aide directement ou à travers de groupes ou organisations fiables". Enfin, il affirme que "l'EZLN utilisera une partie de son fond de guerre" pour contribuer à l'aide. Devant l'urgence, et comme en 1985, la société civile
s'est mobilisée pour aider directement les sinistré(e)s :
caravane de l'UNAM (Université Autonome de Mexico), mobilisation
des enseignants de la "section 7", d'étudiants de l'UNACH et des
communautés indiennes, etc. Mais les soldats les harcèlent
quand ils tentent de franchir les barrages militaires. Enlace Civil lance
une campagne internationale pour aider les victimes des inondations (4).
Devant la gravité de la situation, le PRD, soutenu par le PAN national et l'évêque de Tapachula, a demandé le report des élections (qui doivent se tenir le 04 octobre prochain) dans 22 municipalités et cinq districts électoraux affectés par les inondations. Mais ni le PAN du Chiapas ni le président du PRI local, ni le gouverneur ne sont d'accord. Ils proposent que les comités électoraux de chaque municipalité décident de ce qu'il convient de faire - quand ils pourront se réunir, puisque pour l'instant les voies de communication sont coupées. Le 18 septembre, alors que Zedillo annonçait que l'état
d'urgence était passé, les autorités sanitaires faisaient
état de 172 morts et de plusieurs centaines disparus ; mais les
ONGs sur le terrain parlaient plutôt de 413 morts et de 654
disparus.
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| Mexique.
7 septembre 1998. Aux personnes et organisations signataires de l'invitation à un dialogue EZLN - société civile. Sous-commandant Insurgé Marcos. CCRI-CG de l'EZLN. Mexique (dans l'espace blanc, il devrait y avoir "Chiapas", mais le mot appartient déjà à la catégorie des choses sans "importance" ). Mes compagnons commandants du Comité Clandestin Révolutionnaire Indien - Commandement Général de l'EZLN m'ont demandé de répondre, au nom de tous les zapatistes, à l'invitation que vous nous faites, de nous rendre à une "rencontre des organisations et personnes signataires avec l'EZLN", pour "analyser des propositions et parvenir à des accords pour réaliser la consultation [sur la loi indienne], et pour échanger des analyses, des points de vue et des idées de solutions au conflit". Le conflit (celui qui n'existe pas dans les rapports du gouvernement, et qui a tellement peu d' "importance" qu'il mobilise plus de la moitié des effectifs totaux de l'armée fédérale, rien que pour le "contenir", ce conflit qui est tellement "insignifiant", comme l'est pour le gouvernement le sang indien) continue de souffrir et d'exister. Il y a un an, dans son Rapport à la Nation, M. Zedillo avait gardé le silence sur la guerre au Chiapas. Quelques semaines plus tard, Acteal révélait ce que cachait ce silence : la décision du pouvoir de faire du crime une politique de gouvernement. Aujourd'hui, le Chiapas est à nouveau absent des priorités gouvernementales. Quel nouveau cauchemar annonce cette omission ? M. Zedillo a fait ses adieux le 1er septembre, faisant ainsi savoir que l'an 2000 est déjà là. Ceux qui, au sein de son gouvernement, veulent lui succéder, révisent la leçon : la négligence est une autre façon de faire la guerre, et, comme au temps de la conquête, les massacres d'indiens sont un instrument de châtiment et d'avertissement. Nous devons empêcher qu'Acteal se répète. Et nous devons aussi chercher le moyen de résoudre le problème que recouvre cette douleur : la reconnaissance des droits et de la culture indiens. C'est seulement sur cette base qu'on pourra construire la paix, la seule possible : la paix juste et digne. Cela ne viendra pas d'en haut (M. Zedillo a été très éloquent, par son silence). Vous avez raison de préciser qu'il ne s'agit pas de servir de pont pour le gouvernement (d'ailleurs, en haut, le fauteuil est déjà vacant), mais d'ouvrir un espace de dialogue entre la société civile et les zapatistes. Et il est clair qu'il nous faut construire la paix comme on construit ce qui doit être solide et durable : par en bas, bien sûr. Le vieil Antonio disait que les tous premiers dieux avaient créé le monde depuis le bas, et qu'ensuite, ils étaient restés en bas. Ils faisaient les choses depuis en bas, et de là les poussaient vers le haut. Quand ils eurent fini, ils virent que le monde qu'ils avaient fait était rond, et ils restèrent au milieu, au coeur de la terre. C'est pour ça que la terre est ferme et qu'elle dure, parce qu'elle est née d'en bas. C'est aussi pour cela que pour comprendre ce qui se passe en haut, il faut savoir regarder en bas... Dans l'invitation que vous nous faites, ce qui attire notre attention, c'est le large arc-en-ciel des pensées de ceux qui l'ont signée. Derrière chaque nom et chaque sigle, il y a des hommes et des femmes qui sont le centre et le coeur d'un effort, d'un espoir, d'une histoire. Cela démontre - outre l'échec de la stratégie gouvernementale qui veut offrir l'oubli à prix bradé - la place qu'a la mémoire chez les nombreuses personnes dignes qui font ce pays. C'est pourquoi nous voulons tous vous remercier pour cette invitation, mais surtout, nous voulons vous remercier de donner à la mémoire la place dont a besoin l'avenir, ce lieu que dans la géographie corporelle nous plaçons en général entre le dos et la poitrine. Certains l'appellent le coeur, et d'autres l'âme, mais quel que soit son nom, c'est là que nous avons mal quand restent irrésolues des questions comme la liberté, la démocratie et la justice... pour tous. Et à propos de "tous" ... A tous ceux qui sont signataires de cette invitation : Je vous informe que nous acceptons avec beaucoup de plaisir l'invitation que vous nous faites. Ce sera pour nous un honneur de vous rencontrer, et ensemble, de faire avancer le projet de consultation sur la loi indienne, et d'échanger des points de vue sur la situation actuelle. Je vous informe aussi qu'en ce moment même, nos compagnons chefs commencent à choisir les délégués du CCRI qui représenteront l'EZLN. Nous attendons que vous nous fassiez connaître les détails de cette rencontre. A bientôt, donc, recevez des accolades en quantité, en pleine page bien sûr. Allez, salut, et pourvu que nous puissions tous tenir dans la rencontre : les signataires, les signés, et tous les autres qui ne sont ni signataires ni signés mais qui voudront quand-même se rencontrer. Depuis les montagnes du sud-est mexicain.
Quartier Général "La Plage de Blé".
Mois de la Patrie (la notre, à vous et à nous). PS : Dites, est-ce que vraiment tous ceux qui ont signé vont venir à la rencontre ? Ne venez pas trop en force, parce sinon on vous en envoie 1.111 (avec les bus et tout). Irresponsable de publication : moi-même. EZLN. Mexique 8 septembre 1998 A qui de droit : Mesdames et messieurs : Voici la réponse à l'invitation. Ici il continue de pleuvoir. Le gouvernement ne se souvient du Chiapas que quand il faut faire de la démagogie et améliorer son image de marque. Sûr que Zedillo viendra sur la côte sud-orientale cacher les morts , promettre des aides, se faire prendre en photo, distribuer quelques croquettes pour masquer les omissions et les négligences. Pour le reste, les pluies durent depuis plusieurs jours déjà, mais Albores était trop occupé à se faire beau pour penser à un plan d'urgence. Ici, le gouvernement sait tuer les indiens, mais pas éviter qu'ils ne meurent. En ce moment les avions et les hélicoptères de l'armée sont occupés à voler en rase-mottes au dessus des communautés zapatistes, quand ils auront le temps, ils iront secourir les sinistrés. Les rivières semblent en colère, elles détruisent avec férocité les fragiles ponts et les routes que le rapport gouvernemental mentionne comme d' "importants travaux d'infrastructure" dans le budget social du Chiapas. Pourquoi ne retournent-ils pas y faire un tour voir comment se portent ces réalisations dont l'inauguration a été si médiatisée ? Rien à faire, la pluie ne regarde pas la télévision, et ne respecte pas non plus les scénarios d'opérette. Comme d'habitude, ce n'est que quand les morts sont parvenues aux nouvelles nationales et internationales que l'urgence est apparue aux étourdis dont nous subissons le gouvernement. Tel est le sort aujourd'hui des indiens du Mexique : ce n'est que quand ils sont morts qu'ils existent et qu'on parle d'eux. Allez. Salut, et quand donc le Chiapas cessera-t-il de n'apparaître sur les cartes du pouvoir que lorsqu'il y a des rébellions, des massacres ou des catastrophes ? Depuis les montagnes du sud-est mexicain. Sous-commandant Insurgé Marcos. Mexique, septembre 1998. PS : Malgré les rapports gouvernementaux insignifiants et sans importance, et comme partie des réjouissances, voici venir ... La section du post-scriptum récurrent ! PS : Qui regarde la pluie et se mouille. Le Maréchal Croquettes Albores et ses petits soldats sont bien contents et se frottent les mains devant la catastrophe pluviale qui frappe la côte du Chiapas. Des millions de pesos vont être envoyés pour aider les sinistrés. Rien ou presque n'arrivera jusqu'à ceux qui en ont besoin. Tout ou presque ira engraisser les comptes en banque du substitut de l'usurpateur et de la Bande des Chiens. Mais vous pouvez parier qu'on verra Zedillo et son état-major en photo et dans les reportages, prenant une tête de circonstance, annonçant des plans de sauvetage, et du-calme-les-gars-tout-est-sous-contrôle. Pauvre Chiapas ! Le gouvernement voulait l'oublier, et voilà que les pluies, qui n'écoutent pas les rapports gouvernementaux, viennent fouetter les chemins et les mémoires... PS : Qui dit ce qu'il dit. Nous étions un après-midi avec le Pedrito à fumer tous les deux (lui une cigarette en chocolat, et moi la pipe), quand d'un coup m'est venue l'envie de faire comme le vieil Antonio, et j'ai commencé à faire la leçon au Pedrito (tojolabal, deux ans accomplis) sur la vie et ses douleurs. J'ai commencé : - Écoute Pedrito, il a des choses que tu dois savoir pour quand tu seras grand. Des choses importantes, comme faire les noeuds des chaussures, boutonner ta chemise sans qu'il reste des boutons à la fin, t'installer dans ton hamac, allumer la pipe la tête en bas, et autres et caeteras que tu apprendras. Mais aujourd'hui nous allons parler de quand un homme aime une femme. Pedrito me regarde avec sérieux, et continue de sucer la cigarette en chocolat. Je suppose que j'ai, comme on dit, "capturé" son attention, et je poursuis : - Écoute, Pedrito, quand un homme aime une femme... parce que ce n'est pas pareil que quand une femme aime un homme, ou quand un homme aime un autre homme, ou quand une femme aime une autre femme, parce qu'il y a de tout, et il faut le savoir et le comprendre. Mais bon, quand un homme aime une femme... parce que ce n'est pas aussi simple à expliquer que, par exemple, comment faire pour qu'il ne reste pas de bouton quand on met sa chemise, chose compliquée si on n'y apporte pas l'attention et le soin nécessaires. Par exemple, j'utilise la technique dite "de bas en haut", qui, outre que c'est un concept de science politique, est très bien pour se boutonner. Regarde : on met la chemise, et on regarde vers en bas avec sérieux et concentration - Pedrito fronce le sourcil et me regarde avec sérieux-. C'est ça ! Ensuite on rapproche les bords inférieurs de la chemise, le droit à la hauteur du gauche, et le gauche à la hauteur du droit, et ce n'est pas aussi simple que ne le font croire en politique les "centristes", ici, si tu ne fais pas attention, tu peux tirer un peu trop à gauche, ce qui serait en fin de compte juste logique, mais il se peut aussi que tu tires trop à droite, et alors là c'est trèèèèès lamentable. Alors l'équilibre est une chose très importante, il faut les deux côtés pareils, donc. Après, il faut que tu cherches le bouton le plus bas de la chemise, et attention, le bouton le plus bas n'est pas toujours le dernier, parce que, tu dois le savoir Pedrito, il y a des fabricants de chemises pervers qui rajoutent un bouton (pour si jamais on en perd un, disent-ils) avec l'évidente intention de compliquer le boutonnage de cet inutile vêtement. Bien, une fois que tu a pu trouver le dernier bouton, il faut trouver la boutonnière correspondante (amateurs de sous-entendus graveleux, abstenez vous !), chose encore plus difficile que de trouver une référence au Chiapas dans le rapport de Zedillo. Comme tu l'apprendras plus tard, on dit qu'on trouve toujours chaussure à son pied. Peut être, mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a plus de boutons que de boutonnières, alors je voudrais t'y voir quand il te restera des boutons. Bien sûr, il y a d'autres techniques pour éviter qu'il reste des boutons. Il y a par exemple, la technique de la Mer, qui met ses chemises comme des T-shirts. C'est à dire qu'elle ne les déboutonne pas. Alors, il n'y a pas de boutons qui restent. Cependant, je ne te recommande pas cette technique, parce que... Bon, bref, mais étant donné que la Mer, euh... J'étais en train de t'expliquer comment c'est quand un homme aime une femme. Bon, tu vois Pedrito, c'est très difficile à expliquer comment c'est quand un homme aime une femme, et pourtant, c'est très important de le comprendre parce que ... Pendant que j'expliquais, Pedrito avait fini sa cigarette. "Cocola" me dit-il, en tendant la main, pour me demander, dans son dialecte, d'autre chocolat. "Il n'y en a plus", je lui dis. Il fit demi-tour et s'en alla. Il est clair que la jeunesse d'aujourd'hui ne s'intéresse pas aux questions importantes (soupir). Où en étais-je ? Ah oui ! "Quand un homme aime une femme"... PS : Section "Contes de l'Hippocampe" (encore des cadeaux). Les lacets roses. Il était une fois une paire de chaussures qui utilisait, comme toutes les autres chaussures, des lacets noirs ou café. Le jour, cette paire de chaussures marchait comme toutes les autres paires de chaussures, c'est à dire, qu'elle se traînait sur le sol. Mais cette paire de chaussures avait, cachés dans son placard, des lacets de couleur rose, et la nuit elle les mettait, et elle allait s'éclater. Et il en fut ainsi, jusqu'au jour où elle en eut marre de cacher son bonheur dans le placard, et elle mit ses lacets roses. Toutes les autres chaussures la regardèrent avec une sévère désapprobation, et l'encerclèrent avec des lacets noirs et café pour l'isoler, pour qu'elle ne risque pas de contaminer les autres chaussures. La paire de chaussures aux lacets roses se rebella, et tous les jours elle marchait avec une pancarte qui disait "respect et dignité pour les lacets de couleur rose", mais les autres chaussures ne voulaient rien savoir, et elles resserraient leurs noeuds noirs et café pour laisser seule la paire de chaussures aux lacets roses, et elles organisaient des contre-manifestations avec des pancartes qui disaient "finissons-en avec les maladie des lacets de couleur rose". Et on en était là, quand quelqu'un vit la paire de chaussures aux lacets roses, et lui mit un chapeau grand et laid, un chapeau qui portait des plumes bleu ciel. Et il fit une chanson, et la paire de chaussure aux lacets roses devint très célèbre, et tout le monde dansait avec elle, et personne ne mit de chapeau ni de plumes aux chaussures qui avaient des lacets noirs ou café, ni ne leur fit de chanson, quelle idée ! Et voila. PS : Qui offre des mémoires. Aujourd'hui 8 septembre, c'est l'anniversaire de Deni Prieto Stock , (assassinée par le gouvernement le 14 février 1974 à San Miguel Nepantla, État de México). Nous le célébrons tous. Allez, encore salut, et pourvu qu'il cesse de pleuvoir dans l'histoire. Le Sup. Archer, leader des Gorgonites (?)
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