Bulletin du Collectif Ya basta.
Ya Basta! No. 84.
 
Chronologie du 30 octobre au 4 novembre 1998.
 
  
    30 octobre 
     
  • En marge du Forum de Sao Paulo (rencontre des organisations de gauche latino-américaines), auquel ils participaient, les membres de la COCOPA Carlos Payán Velver, Gilberto López y Rivas (PRD tous les deux) et Pablo Zalazár Mendiguchía (PRI) font état de leur intention de demander à cette commission de reconsidérer la décision prise quelques jours plus tôt à l'unanimité de se rendre à La Realidad le 6 novembre prochain (cf. Ya Basta précédent, 28 octobre). Ils expliquent qu'ils craignent que le gouvernement profite de cette visite pour "acculer l'EZLN politiquement et militairement". 

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  • D'autre part, le Forum de Sao Paulo a appelé les gouvernements mexicain et colombien, et les guérillas présentes dans ces deux pays (EZLN et FARC) à accélérer les processus de négociations, pour en finir avec les mouvements armés. 

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  • Manuel Marín, vice-président de la Commission Européenne pour l'Amérique Latine, est au Mexique (cf. Ya Basta n°81, 12 octobre), où il a été reçu par Zedillo, afin de préparer les négociations sur l'accord de libre échange Europe-Mexique, qui doivent reprendre le 9 novembre. Il a fait savoir à Zedillo que l'Union Européenne ne considérait pas "que la situation des droits humains au Mexique est complètement résolue", mais il a ajouté qu'en Europe aussi subsistaient "des problèmes très sérieux", et a estimé que tout cela n'entraverait pas la signature finale de l'accord, qui devrait avoir lieu l'année prochaine... 

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  • Le PRD fait savoir que 595 de ses militants ont été assassinés, dans leur immense majorité pour des raisons politiques, depuis 10 ans que ce parti existe. 

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  • Dans un communiqué, le PAN dément que l'accord passé avec le gouvernement et le PRI au sujet du Fobaproa comporte l'approbation de la conversion des deux tiers de la dette du Fobaproa en dette publique. Ils assurent qu'ils se sont mis d'accord sur d'autres sujets, mais pas celui-ci, et qu'en tout état de cause, l'accord obtenu n'est pas définitif, et se plaignent de ce que le PRI l'a révélé à la presse. Mais les différents responsables du PAN qui se sont exprimés sur le sujet ont tenu des propos différents, si bien qu'on ne sait plus trop ce qu'il en est réellement. 
  • 31 octobre  
     

  • Les PRIistes et les PANistes de la COCOPA annoncent qu'ils vont demander à Payán Velver, Lopez y Rivas et Mendiguchía de "rectifier leur position" par rapport à la visite de la COCOPA du 6 novembre prochain : "les accords pris au sein de la COCOPA le sont par consensus, et ils engagent tout le monde (...) nous ne comprenons pas pourquoi ils ont changé d'opinion en si peu de temps", estime Luis Alvarez (PAN). 

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  • Deux adolescentes de 16 et 17 ans ont été arrêtées par la Garde Présidentielle après avoir crié des slogans en faveur de l'EZLN et de l'application des accords de San Andrés, lors de la cérémonie publique d'inauguration des nouveaux locaux de l'Université Autonome de l'état de México à Texoco, à laquelle assistait le président Zedillo. Elle ont été remises à la Police Judiciaire, qui les a transmises à la Police de l'état de Mexico, qui les a refilées à la police municipale, qui les a libérées sur ordre d'un juge. Mais pendant qu'elles étaient au poste, des membres de la Garde Présidentielle ont essayé de rentrer chez l'une d'entre elles, en forçant la porte de son domicile. Voyant qu'il y avait quelqu'un à l'intérieur, ils ont abandonné... 
  • 1er novembre 
     

  • Vicencio Alvarez, actuel président de la COCOPA, fait savoir que malgré l'opposition de certains de ses membres, cette commission a toujours l'intention de se rendre comme convenu à la Realidad le 6 novembre prochain. 
  • 2 novembre 
     

  • Le Conseil Mondial pour la Paix, organisme qui regroupe des leaders religieux du monde entier, et dont fait parti Mgr Samuel Ruíz, ainsi que plusieurs prix Nobel de la Paix (Desmond Tutu, le Dalai Lama...) se réunit en ce moment à San Cristóbal pour quelque jours, pour soutenir le processus de paix au Chiapas et étudier la situation. Ils ont organisé aujourd'hui un acte œcuménique à Acteal, pour commémorer le massacre de décembre dernier. Ils visiteront aussi un certain nombre de communautés, pour se rendre compte de visu de la situation. 

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  • Violente campagne dirigée contre Samuel Ruíz (évêque de San Cristóbal) de la part du PAN chiapanèque, relayé par les médias proches du pouvoir (Excelsior, principalement) : le dirigeant local du PAN demande des éclaircissements quant à l'utilisation par le diocèse et le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas des dons qu'ils reçoivent, insinuant qu' "ils pourraient être utilisés à traduire la Bible et à acheter des armes [pour soutenir l'EZLN]". Il demande que les autorités chiapanèques aient un droit de regard sur l'utilisation des l'aide collectée par le diocèse. 

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  • D'autre part, une campagne est lancée à l'intérieur de l'Église catholique par les groupes conservateurs contre "les religieux et les théologiens liés à la théologie marxiste de la libération", qu'ils accusent d'être constitués en "organisation semi-clandestine" au sein même de l'Église latino-américaine, pour "manipuler les conférences épiscopales", faire de l' "espionnage politique" et répandre un dangereux "progressisme qui désagrège l'Église". Ils ne citent pas nommément Samuel Ruíz dans cette brochure, mais s'en prennent à un de ses collaborateurs. 

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  • L'ouragan Mitch, qui ravage en ce moment l'Amérique Centrale, et principalement le Honduras et le Nicaragua, où les inondations auraient fait plusieurs milliers de victimes, touche aussi le sud du Mexique, (Campeche, Yuacatán, Veracruz, Oaxaca et Chiapas) quoique de façon moins dramatique. Au Chiapas, plusieurs milliers de personnes ont été évacuées préventivement, dans les zones touchées le mois dernier par les inondations. On parle de cin
  • morts à Acacoyagua (Chiapas), et de au moins 6 dans le Veracruz et le Oaxaca. 

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  • Les proches du journaliste coéditeur du Monde Diplomatique - Mexique assassiné la semaine dernière (cf. Ya Basta précédent, 27 octobre) dénoncent le peu d'entrain mis par la police à enquêter sur le cas. Néanmoins, ils semblent écarter la thèse d'un assassinat politique. 
  • 3 novembre 
     

  • Depuis le 25 octobre dernier, une colonne de 38 à 40 véhicules militaires (véhicules d'artillerie et transports blindés de troupes, soit environ 400 soldats) traverse deux fois par jour la communauté de La Realidad. Les effectifs au barrage militaire de Vicente Guerrero (un village sur la route qui mène à La Realidad) ont aussi été multipliés par 4. Les véhicules sont systématiquement fouillés, et les gens filmés et interrogés par les militaires. 

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  • La COCOPA discute toujours pour savoir si elle se rendra ou non à La Realidad le 6 novembre. 

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  • Au cours d'une conférence de presse devant des journalistes étrangers, le ministre de l'Intérieur Francisco Labastida Ochoa a déclaré que "les raisons profondes du conflit zapatiste [résidaient] dans la pauvreté", et que pour cette raison, "la stratégie gouvernementale [était] de colmater la brèche en matière de santé, d'éducation, d'électricité". Il a assuré que le gouvernement n'aurait pas recours à la violence pour résoudre le conflit zapatiste. Bref, la propagande ordinaire... 

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  • Dans le même temps, Jesús Zalazár Toledano, sous-secrétaire du ministère de l'Intérieur, invite les états mexicains ayant une forte population indienne à réformer "très rapidement" leur constitution, dans un sens favorable aux indiens. Il fournit obligeamment aux gouvernements des états concernés "un modèle indicatif du texte qui pourrait être adopté", et leur suggère, "pour tous renseignements complémentaires", de prendre contact avec Emilio Rabasa (qui est, comme chacun sait, le représentant gouvernemental pour le conflit au Chiapas, chargé de la non-application des accords de San Andrés). Dans une lettre envoyée au gouvernement du Guerrero, Zalazár Toledano explique qu'il s'agit d'allumer des contre-feux en vue de la discussion sur le projet de loi indienne, qui doit avoir lieu lors de la prochaine session parlementaire. Il n'en dit pas plus, mais on peut deviner qu'en rectifiant ainsi par avance les constitutions des états concernés, on pourrait éviter qu'une réforme de la constitution nationale ait trop d'impact, au cas où le gouvernement fédéral ne parviendrait pas à faire adopter son projet de loi indienne (sur la loi indienne, cf. Ya Basta n°80, 25 septembre). 

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  • En conclusion de ses travaux, le Conseil Mondial pour la Paix lance un appel au gouvernement fédéral et à l'EZLN pour qu' "ils reviennent à la table de négociation, mais surtout, qu'ils y reviennent avec une réelle volonté d'écoute et de respect de chacun". Le Conseil Mondial se dit "profondément préoccupé" par la détérioration de la situation dans laquelle se trouvent les communautés indiennes du Chiapas, et dit avoir constaté, à l'occasion de sa visite de plusieurs communautés de la région de Chenalhó, que les villages indiens "ont perdu confiance en la sincérité du gouvernement". 

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  • Campagne contre Samuel Ruíz : le secteur patronal chiapanèque s'y met, par la voix du président de la Chambre de Commerce du Chiapas, et du Conseil de Coordination des Entreprises du Chiapas, qui a leur tour réclament de savoir "à quoi ont été utilisés les fonds venus" de l'étranger. 
  • 4 novembre 
     

  • La COCOPA a finalement décidé de laisser ses membres décider s'ils allaient ou non à La Realidad (c'est la première fois qu'une telle situation se produit : habituellement, même s'ils font des déclarations divergeantes, les membres de la COCOPA agissent ensemble ; on peut se demander comment cette commission se remettra de cette entorse à son fonctionnement). Il faut dire qu'après quatre jours de discussion, ceux qui ne veulent plus faire le voyage parce qu'ils craignent que le gouvernement utilise leur démarche pour piéger militairement et politiquement les zapatistes se retrouvent majoritaires. Il faut dire aussi que le ministre de l'Intérieur Francisco Labastida Ochoa a bien contribué à les inquiéter, en répondant à leurs demandes d'information sur les mouvements militaires autour de la Realidad par un bref message, dans lequel il nie tout simplement que l'armée soit entrée à La Realidad (ce que, d'après la presse, elle fait deux fois par jour depuis une semaine). 

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  • Le diocèse de San Cristóbal dénonce la campagne de diffamation dont il est la cible depuis quelques jours, ainsi qu'une vingtaine d'ONGs actives au Chiapas. Il rappelle que "chaque fois qu'on approche d'avancées dans le processus de paix, les attaques pleuvent contre l'évêque Samuel Ruíz et les autres instances qui travaillent à la paix". Il ajoute : "il est remarquable qu'on nous demande des comptes sur le peu de ressources que nous dépensons en faveur de la population (...) alors qu'il serait beaucoup plus intéressant de savoir ce qu'il est advenu des plus de 65.000 millions de dollars du Fobaproa". On peut aussi interpréter ces attaques contre les ONGs comme un moyen de détourner l'attention du scandale de la Croix Rouge mexicaine, et surtout comme une tentative de se débarrasser de ces organismes, qui travaillent à limiter les effets dévastateurs de la guerre de basse-intensité, et sont des témoins privilégiés de ce qui se passe réellement sur le terrain ; et c'est aussi, bien sûr, une attaque contre la solidarité internationale. 

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