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CCIODH 23.02.2002 12.00 H
San Cristobal de Las Casas, Mx.
De la CCIODH
Emiliana, Corinne,Noemi, Erica, Giuseppe, Bernard Ofelia Medina +
Manuel, Estrella, Andrea, Petul, Jorge, Luis
Le FINASIM a été créé en 1990 en raison des problèmes de malnutrition qui, chaque année, causent la mort de 40 000 enfants selon les chiffres officiels. Le FINASIM évalue pour sa part, ce chiffre à 50 000.
Le président de la République Salinas de Gortari estimait qu’il s’agissait d’un problème de vaccin. A noter toutefois que, seules 300 000 vaccinations ont été pratiquées pour les besoins de plus de 5 millions d’enfants car de nombreuses naissances ne sont même pas déclarées.
En 1990, il a été fait un diagnostic sur l’état de santé des enfants dans les communautés. Les résultats ont été communiqués aux autorités et le gouvernement mexicain a répondu que 95 % de la population avait une couverture médicale suffisante. Les autorités occultaient déjà le fait qu’il n’y a quasiment pas de couverture médicale dans les communautés indigènes.
La malnutrition chronique des enfants se manifeste par le poids et la taille qui sont notoirement insuffisants. Dans certaines régions des Etats de Chiapas, Guerrero, Veracruz et Oaxaca, on constate 0% de normalité en poids et en tailles. Dans l’ensemble, on trouve 10% de malnutrition chronique. De plus, les femmes n’ayant pas de règles régulières en raison de cette malnutrition ne peuvent prendre les mesures nécessaires au moment où elles sont enceintes, état qu’elles constatent avec plusieurs mois de retard. Il n’est pas rare que des enfants d’un an pèsent moins de 7 kg. Sur 100 millions de mexicains, 30 millions vivent dans un état de misère extrême avec moins de 1 Dollar US par jour et par famille.
La FINASIM a mis sur pied un programme de santé pour les populations déplacées de Chenalho. Deux femmes formées par une diététicienne travaillent avec les femmes enceintes et les petits enfants. Dans les communautés, on a construit des cuisines où est préparé un repas par jour auquel s'ajoutent 30 g. d’un complément alimentaire qui compense et équilibre l’alimentation fournie par la Croix Rouge.
En 1998, le CICR (Comité International de la Croix Rouge) s’est engagé par contrat avec le gouvernement mexicain à fournir 80 % des besoins alimentaires des personnes déplacées. Le CICR ne fournissant pas ces 80%, on ignore sur quelle convention il travaille aujourd'hui. Actuellement, les besoins sont loin d’être couverts, en raison de l’absence de protéines suffisantes dans ce qui est donné et de l’évaluation inexacte des personnes déplacées. D’autre part, elles ne reçoivent que 5 kg d’aliments par personne et par mois : haricots, sucre, sel, avoine, maïs, leur régime se devrait d'être amélioré avec un fruit et un légume par jour ainsi qu'avec du thon une fois par semaine.
Médecins du Monde a une vision différente et voudrait adopter un programme qui n’est approuvé ni par FINASIM ni par les populations concernées. Médecins du Monde voudrait distribuer de la viande et des oeufs mais uniquement aux enfants les plus malades. Il est évident que la mère de famille partagerait cette ration pour toute la famille, ce qui ne résoudrait en rien le problème de la malnutrition. En outre, Médecins du Monde supprimerait cette aide dès qu’une amélioration de l'état de santé serait constatée. Ils ont cependant le mérite de former d’excellents promoteurs de santé qui, malheureusement, ne disposent d’aucun matériel ni médicament et pas même d’aspirine.
D'autre part, le CICR ne tient pas réellement compte des habitudes alimentaires des indigènes. Sur ce plan, FINASIM constate que la Croix Rouge, voire Médecins du Monde préfèrent ignorer la réalité des communautés déplacées. Le FINASIM déplore notamment que ces communautés ne soient pas traitées au même titre que les populations de pays comme ceux de l’ex-Yougoslavie, ce qui est considéré comme une attitude raciste à l’égard des peuples indigènes, racisme dont le gouvernement se fait complice.
FINASIM demande la présence des représentants de la Croix Rouge pour de longues durées dans ces communautés déplacées, afin que ceux-ci se rendent compte par eux-mêmes de la dramatique réalité dans laquelle se trouvent ces populations. Les organismes humanitaires ne semblent pas croire à la volonté des populations de retourner dans leurs communautés. FINASIM souhaite que le CICR non seulement les accompagne dans leur retour mais les assiste pendant 6 mois, le temps d’une récolte. FINASIM accuse également le CICR de vouloir faire semer du maïs transgénique.
Début février, les déplacés de Polho étaient désespérés en raison de la diminution de l’aide du CICR. Les Indigènes sont en train de mourir de faim et en plus, ils ont le sentiment d’être pris pour des ignorants. Il ne sert à rien de les vacciner s'il n’y a pas d’eau potable, pas même pour hydrater les enfants souffrant de maladies intestinales.
FINASIM évalue à 10 000 le nombre de personnes déplacées dont 5 000 rien qu’à Polho et 500 à Acteal. A noter qu’aujourd'hui, le CICR travaille avec les déplacés zapatistes.
CCIODH : Le CICR dit que le mauvais état de santé des enfants est surtout dû au manque de diversification des aliments chez les très jeunes enfants, les mères tardant, pour des raisons traditionnelles, à changer la nourriture.
Ofelia Medina : Pour le FINASIM, les enfants devraient être allaités au sein pendant six mois avec un complément éventuel en céréales et avec des fruits tels que les bananes. En tout cas, l’allaitement devrait durer un an, le lait maternel étant un aliment complet et l’allaitement ayant un effet contraceptif. Ils sont totalement opposés au lait en poudre. Médecins du Monde propose la suppression de l’allaitement dès l'âge de trois mois pour éviter la dénutrition des mères, et nourrir les enfants avec une formule lactée de Nestlé, ce qui, selon FINASIM créerait entre autres, une dépendance à l’égard de cette multinationale.
CCIODH : Ne serait-il pas possible de porter plainte contre les responsables de la malnutrition des enfants, comme étant un délit contre la santé publique ?
O.M. : Impossible, car la notion d’atteinte à la santé publique ne s'applique ici qu'à la consommation et au trafic de drogue.
CCIODH : Que pensez-vous de la présence du CICR au Chiapas ?
O.M. : C’est une chose positive puisque sa seule présence signifie déjà en soi, la reconnaissance du conflit.
CCIODH : Comment assurer un apport suffisant, notamment en protéines ?
O.M. : FINASIM a demandé aux autorités de Polho, l’autorisation de semer de l’amarante, ce qui a été refusé. L’amarante est la plus grande source existante de protéines végétales. Elle était très répandue avant la conquête espagnole et interdite par les Chrétiens car, étant mélangée au sang de sacrifiés, elle était considérée comme une plante satanique. Ses feuilles sont riches en vitamines A.
CCIODH : nous avons bien noté ce que vous nous avez dit au sujet de l'état dramatique de la nutrition des déplacés, et notamment des enfants. Nous allons faire notre rapport en conséquence. Vous avez fait allusion à la multinationale que représentait précédemment le président Fox. Pouvez-vous nous apporter quelques précisions ?
O.M. : Oui, c'est un problème très important. Après la Marche pour la Dignité Indigène de l'année dernière, a surgi tout à coup, une multitude de panneaux publicitaires de Coca Cola., et plus particulièrement autour de nombreuses communautés. Cette société est même allée jusqu'à installer un grand nombre de distributeurs d'un demi-litre avec réfrigérateur. Pour ce faire, il y a eu vol de l'eau et de l'électricité des communautés. Cette campagne d'une amplitude incroyable a créé le besoin et nombreux sont ceux qui dépensent aujourd'hui leur argent en achetant du Coca Cola.
Le prix a augmenté de 2 à 3 pesos, et Coca Cola s'est donc substitué ainsi, à une partie de l'alimentation indispensable !
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