Español English
 <<  Ya basta
 3ème Commission civile
internationale dobservation
des droits humains au Chiapas




 
Entretien avec l’organisation AFADEM (Association des Familles de Détenus Disparus et des Victimes des Droits de l’Homme au Mexique)

 

 
   
Autres articles de la rubrique


Gouvernement de l'état du Chiapas
Entrevue de Barbara ZAMORA (le 16 février 2002)
Entrevue avec les autorités municipales autonomes de la communauté de San Andrés Sakamch’en de los pobres (San Andrés Larrainzar), le 23 Février 2002


Dernières nouvelles
de la Commission

jeudi 27 juin
Voilà le rapport définitif en espagnol

mardi 18 juin
Présentation du rapport de la CCIODH à Paris

samedi 15 juin
En attendant la traduction complète du rapport

lundi 27 mai
Pétition pour avaliser les conclusion de la commission

jeudi 16 mai
Présentation de rapport au Parlement Européen

vendredi 1er mars
La CCIODH a rencontré les commandants de l'EZLN

jeudi 28 février
Trois prisonniers zapatistes punis pour avoir rencontré la CCIODH

lundi 25 février
A Altamirano, agression de membres de la CCIODH par de présumés paramilitaires.

vendredi 22 février
Programme de la commission



 
 


ORIGINES DE AFADEM

Courrier électronique : fedefammex@laneta.apc.org

Dans les années 60 différents mouvements sociaux (ouvriers, paysans, habitants de quartiers) se sont formés mais également des groupes armés/ guérillas rurales issues du mécontentement face à la politique en vigueur. La réponse du gouvernement fut ce que l’on appela la « sale guerre »- non seulement envers les groupes armés, mais aussi envers tous les mouvements sociaux. La répression atteignit même les dirigeants ouvriers, des membres actifs d’associations de Défense des Droits de l’Homme et des prêtres, mais les interviewés précisent que la « sale guerre » existe encore aujourd’hui et que l’assassinat de Digna Ochoa fait partie de cette stratégie. Au moment où les premières personnes disparurent, les familles des disparus commencèrent à s’organiser. Plus tard, elles prirent contact entre elles et des organisations comme AFADEM spécialisées dans ces questions de disparitions forcées furent créées. Dans tout le Mexique, il existe aujourd’hui une dizaine d’organisations de ce type (parmi elles EUREKA de Rosario Ibarra). AFADEM travaille dans différents Etats du Mexique (Chiapas, Oaxaca, Tabasco, DF, Chihuahua…) mais principalement au Guerrero. C’est une organisation indépendante du gouvernement et des partis politiques, elle ne reçoit aucune aide matérielle de ce côté-là. Ces associations reposent sur le travail bénévole de médecins, d’avocats, de psychologues, etc… elles cherchent l’appui de la société civile nationale et internationale. C’est principalement une association de familles de victimes. Au début, l’organisation s’appelait Comité National Indépendant. En 1986 on l'appela AFADEM et en 1988, elle intégra la FEDEFAM (Fédération Latino-américaine d’Associations de Familles de Détenus et Disparus). A présent, elles commencent à se faire connaître à l’extérieur et vont participer à la rencontre de la sous-commission des Droits de l’Homme de l’ONU en mars 2002 à Genève, Suisse.

« Quand le changement de gouvernement se produisit, il y eut beaucoup d’espoir dans le pays. Il y en a qui pensèrent que la démocratie était arrivée…d’autres pensèrent qu’une politique nouvelle allait commencer et prendre en compte les demandes des citoyens… Ces espoirs se manifestèrent dans tous les secteurs sociaux…C’est important car le PRI est une organisation qui se caractérisait par une grande corruption…C’est un événement important que le PRI soit tombé, simplement, nous, nous pensons que malheureusement il est tombé pour que la droite passe. Le peuple parla des morts, des disparus, des licenciements au travail, des mobilisations et mit la pression. Lorsque Vicente Fox est arrivé à la Présidence, le mouvement des familles de disparus a connu un regain d’activité car l’Etat mexicain avait été contraint d’emprisonner deux Généraux : Mario Arturo Acosta Chaparro et Francisco Quirós Hermosillo. Ils se trouvent au camp militaire n°1 accusés de trafic de drogue. Nous pensons que telle n’en est pas la raison. Si l’on jugeait tous les militaires qui ont quelque chose à voir avec le trafic de drogue, il y aurait beaucoup de prisonniers, plus que deux. Alors, ils doivent bien avoir fait quelque chose qui n’a pas plu à l’institution, au haut commandement de l’armée… Disons que l’organisation s’était maintenue, que son travail de fourmi s’était maintenu…aller inviter à des réunions auxquelles n’assistaient que très peu de gens…Ce travail a toujours existé. Mais disons qu’il se renforce à partir de l’incarcération des généraux. Pourquoi ? Parce qu’ils ont dirigé matériellement la sale guerre au Guerrero. Parce que A.A. Chaparro, surtout, est signalé par certains comme un agent de la CIA, c’est impossible à prouver car nous n’avons pas les autorisations mais c’est ce que dit la vox populi : qu’il s’agit d’un agent de la CIA nord-américaine…Il est surtout très connu pour la répression au Guerrero et dans le reste du pays, Oaxaca…Il se caractérisait comme un individu qui affichait ses idées, qui se montrait le cas échéant très courageux, qui ne cachait pas ce qu’il était contrairement à la majorité des agents de la répression.Lui, il manifestait clairement son machisme…lorsqu’il arrêtait les gens, lorsqu’il torturait… et beaucoup de gens le connaissent… de telle sorte que lorsqu’il est emprisonné, le mouvement pour les disparus se développe et le travail de AFADEM s’intensifie. AFADEM repère alors des disparus à plusieurs endroits de la République, ils établissent des liens avec des groupes tels que la Fondation de Diego Lucero…On renforce alors le travail à caractère juridique. »

TRAVAIL CONCRET Actuellement, ils se consacrent à plusieurs orientations de travail qui sont : l’accompagnement psychologique des familles de victimes, faire les démarches concernant les plaintes, des projets avec des femmes et des enfants, la diffusion d’information au niveau national et international, les recherches sur des cas précis (ils réalisent des enquêtes) et les actions politiques (par exemple, l’occupation d’ambassades, tous les huit jours une table d’information avec les photos des disparus, tracts etc.).

LE PROCUREUR SPECIAL AFADEM critique l’imposition d’un procureur spécial officiel (en novembre 2001) qui se chargera des enquêtes sur les disparitions forcées survenues au Mexique pour plusieurs raisons : 1. Le fonctionnaire nommé procureur spécial dépend du Procureur général de la République qui est un militaire. 2. La période de l’enquête ne porte que sur l’époque de la « sale guerre » qu’ont mené les gouvernements populistes de Luis Echeverria et JS. Lopez Portillo, elle écarte les dernières années et le présent.

COMMISSION DE LA VERITE Enrique Gonzalez Ruiz : « Avant, un groupe s’était formé au sein du Congrès avec la participation de quelques députés pour promouvoir une loi sur la disparition forcée et une commission de la Vérité. C’est aussi grâce aux efforts de AFADEM que l’on a obtenu que soit déposé un projet de loi fédéral contre la disparition forcée qui n’a pas avancé à la chambre et un effort ultérieur pour que l’on y intègre la Commission de la Vérité ».

Question : Fox a également parlé de cette Commission de la Vérité dans sa campagne électorale, mais elle ne concerne que les années soixante, celles de la « sale guerre » ? Réponse : « Oui, c’est ce qu’ils veulent, mais nous, nous voulons une Commission de la Vérité jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à Digna, qui inclue l’époque des deux présidences de Luis Echeverria et de José Lopez Portillo…Evidemment, ils ne le disent pas… ce qu’ils disent c’est que c’est une affaire du passé. Et quand ils créent le procureur spécial ils parlent même des affaires du passé. »

« En ce moment, l’idée de la Commission de la Vérité est l’idée d’une commission de citoyens et de citoyennes où ceux-ci interviendraient comme le demandent les organismes des familles… »

Question : Et les résolutions de cette commission, quelles conséquences auraient-elles ? Réponse : « Fox oublie son engagement une fois qu’il est au gouvernement. Et il décide que tout se fera dans le cadre des institutions existantes. Ils allèguent que la Commission de la Vérité ne bénéficierait pas d’un cadre institutionnel et qu’elle n’aurait pas la faculté légale d’enquêter… Pour nous, c’est très clair, nous nous en tenons à ce qui a été proposé par les familles durant toutes ces années : elles proposent que ce soit une organisation citoyenne, c'est-à-dire qu’elle ne comprenne pas de fonctionnaires à quelque niveau que ce soit, ni fédéral, ni de l’Etat, ni municipal et que ses membres n’appartiennent à aucun parti politique, qu’elle soit totalement citoyenne… juridiquement autonome. C’est ça, qu’elle ait des ressources propres et qu’elle soit créée par un acte législatif et qu’un acte législatif fixe ses activités spécifiques, détermine son fonctionnement et que dans l’utilisation de ses ressources elle ne dépende pas des instances officielles de la République et que juridiquement elle soit définie comme structure d’aide. Le statut d’aide nous permet de maintenir son autonomie, mais aussi de faire pression sur le Ministère Public pour qu’une fois que la Commission de la Vérité arrive à des conclusions, le Ministère Public les assume comme telles et exécute les actes qui lui incombent. Pourquoi disons-nous cela ? Parce que nous savons très bien que si un organisme d’Etat comme la Commission Nationale des Droits de l’Homme se mêle des archives de la défense nationale, ce qu’elle va faire c’est les sélectionner, peut-être les déguiser et faire en sorte qu’elles apparaissent comme ils veulent qu’elles apparaissent. Pour nous, ce qui nous garantit que ces archives soient correctement utilisées et que la société soit bien informée ce serait une commission citoyenne, en complément du Ministère public, qui ne se substitue pas au Ministère public, non pas à la place de, mais comme une aide juridique. »

TEMOIGNAGES (qui citent Julio Mata Montiel) « Il y avait des femmes qui étaient en prison et en guise de torture elles furent violées et laissées enceintes. Lorsqu’elles mirent l’enfant au monde, la torture continua quand elles ont été dépossédées de leurs enfants. Et certains de ces enfants nous les connaissons, ils sont avec nous. L’une d’elle est Leticia Galarza et Navarrete Cierro, la sœur d’Alicia de los Rios a également vécu une expérience semblable. »

« A chihuahua il existe aussi un autre groupe de mères que l’on appelle « les Doñas ».Comme les Doñas on connaît les mères des disparus de cette époque, dans les années soixante-dix. Maintenant il y a même des enfants et des petits-enfants. »

Question : « Tous les disparus étaient-ils des activistes politiques ? » Réponse : « Non, tous n’étaient pas membres d’une organisation, il y eut des femmes dont on disait qu’elles étaient des prostituées…il y eut même beaucoup d’enfants « volés ». »

Question : « Comment es-tu rentré toi (Julio) dans l’organisation ? » Réponse : « J’ai suivi des études de travaux sociaux, j’ai terminé en 1977 et je suis parti comme enquêteur sur des questions forestières. Puis je suis entré à l’Institut National de recherches forestières, là j’ai rempli des fonctions de formateurs et d’alphabétiseur. Là, avec d’autres collègues, on a essayé de monter un syndicat. Nous avons organisé des grèves, installés des piquets, tant et si bien que peu à peu ceux qui avaient des préoccupations sociales se sont connus. En 1990 on a arrêté beaucoup de gens avec lesquels j’étais devenu ami. Ana Maria Veras que j’ai connue car son compagnon était un collègue de travail, elle fut arrêtée en tant que membre d’un groupe armé, el PROCUP. Comme j’apparaissais avec elle sur des photos lors de stages, en atelier… avec nos enfants, bref dans des scènes familiales. Tous ceux qui étaient sur ces photos, ils ont essayé de nous arrêter. Je m’en rendis compte un peu plus tôt et je disparus. De 1990 jusqu’à 1996 je me suis caché. En 1990 la police judiciaire séquestre mon frère, José Romulo, ils commencent à importuner mon épouse en tentant de l’accuser de petits vols… Sous ce prétexte, ils pénétraient dans nos foyers et interrogeaient tandis qu’ils fouillaient partout. Ils importunèrent mes parents, ma femme et mes belles-sœurs. Alors nous nous sommes rendus compte qu’ils me cherchaient, comme je savais que la méthode d’interrogation fréquemment utilisée ici au Mexique était la torture, j’ai décidé de me cacher durant six ans. Peu à peu, je suis entré en contact avec le Comité National Indépendant qui travaille pour défendre les prisonniers, les disparus et les exilés. J’ai commencé à travailler avec eux, car je me débrouillais sur les ordinateurs, j’ai enseigné la photographie, l’artisanat… Nous avons essayé de faire un travail différent de celui qui se pratiquait à cette époque-là, des mobilisations politiques dans les rues, l’occupation d’ambassade, toute une série de choses politiques. On ne faisait pas de déclarations officielles ou de travail légal. C’est là que nous avons commencé à changer la façon d’agir du comité. Et nous en sommes là. Maintenant, je suis secrétaire exécutif et cela depuis trois ans…- Nous avons essayé d’introduire des camarades avocats, psychologues, médecins…pour apporter un soutien aux familles. En 1997, ils n’avaient pas cessé de m’ennuyer, un jour un membre de la Police Judiciaire m’arrête alors que je me rendais au travail, il m’appelle par mon nom, ils voulurent me prendre par la main, et il me dit : « nous venons pour faire la paix, nous sommes un groupe spécial pour te casser la figure. Nous ne voulons pas te courir après, nous voulons que tu nous donnes directement l’information. » Et ils commencèrent à me dire tout ce que j’avais fait depuis trois mois. ..Ils me parlèrent de mes enfants, de mon épouse, bref, tout ce qui faisait ma vie… Mes jambes se mirent à trembler et je pensai qu’ils allaient m’emmener, maintenant, je m’en souviens, et un tas de sentiments m’envahirent…Un mois plus tard, ils m’arrêtèrent à nouveau, mais il y avait un policier tout près et je lui criai de leur demander leurs papiers. Quand le policier s’approcha, ils firent semblant d’être mes amis et s’en allèrent. Je ne l’ai pas bien vu, mais je crois qu’il avait des cartouches à la ceinture et une arme dans le blouson… Ils me dirent qu’ils voulaient l’information que je manipulais sur l’ordinateur. A partir de là, on décida que j’irai faire une tournée en Europe pour faire connaître mon cas et d’autres, à l’ONU, dans plusieurs organisations internationales, en plus ils me volèrent une fois le moteur d’une voiture que j’utilisais pour mes déplacements et qui n’était même pas la mienne, c’était celle de mon beau-père, plus tard, lui, il est allé retirer de l’argent à la banque et à la sortie, ils l’attendaient, ils le volèrent à nouveau, cela pourrait être le hasard mais lorsqu’on le vit, à cause de certains détails et certaines circonstances il est clair pour nous que cela fait partie d’un plan de répression ».


Retour en haut de page