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B. Éducation et science à visage humain |
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Bienvenue à Aguascalientes IV, la maison de tous, notre espoir, l'espérance de l'humanité. Nous vous souhaitons un bon séjour et de bons résultats à cette table. Que le sacrifice de ceux qui sont venus de si loin ne soit pas vain, qu'ils ne pensent pas à eux, qu'ils pensent avec leur cœur et cherchent l'unité sans distinction de couleurs ou de races, et que ce soit pour le bénéfice de l'humanité. Nous souhaitons qu'il y ait de la flexibilité et que l'on mette l'accent sur les thèmes riches qui aident à satisfaire les besoins de tous et que nous ne nous perdions pas en vaines discussions. Bienvenue du commandant Salvador A cette table ont participé environ cent personnes de douze pays : Espagne, Pays Basque, Galice, Colombie, Chili, France, Mexique, États-Unis, Allemagne, Italie, Angleterre, Argentine, Suisse et Japon. Parmi les participants, il y a eu des travailleurs de plusieurs universités, des militants de partis politiques, de comités de solidarité avec le Chiapas, d'autres avec une expérience informelle et des projets alternatifs de santé, ainsi que des personnes ayant soutenu des projets d'enseignement de la science pour le bénéfice de l'homme. Un des piliers fondamentaux de la reproduction du système politique est l'éducation ; elle a été utilisée comme instrument pour légitimer une dynamique de gouvernement qui cherche à former une masse de population productive, mais non pensante et critique ; elle favorise l'homogénéisation et annule les différences culturelles et de genre, ignorant absolument la spécificité des milieux ruraux et les langues autochtones ; elle privilégie l'individualisme et la concurrence en renforçant l'économie de marché, l'inégalité et la discrimination ; elle ne respecte ni ne prend en considération les besoins vitaux et le droit au choix du mode de vie. En fin de compte, il s'agit d'une position politique à laquelle nous nous opposons à cause des conséquences négatives que je biens de mentionner. Un exemple significatif et probant en est la négation des populations indigènes au Mexique en tant que groupe culturel, et donc de leur identité et de leurs besoins. Nous voulons qu'il soit clair qu'en tenant compte de l'identité des peuples nous ne prônons pas la ségrégation politique, économique ou sociale, et nous ne nions pas l'universalité des droits et des valeurs humaines fondamentales. Les organismes économiques internationaux qui soutiennent ce modèle sont chargés de transmettre le caractère idéologique et politique implicite dans l'éducation ; ils utilisent les gouvernements des États, en parvenant à faire pression sur eux. Historiquement, le peuple a perdu son droit de participer aux plans et programmes d'éducation. Les politiques de privatisation et de décentralisation creusent l'inégalité entre les différentes classes sociales, entre villes et campagnes, dès que l'État n'assume pas une distribution équitable et suffisante des ressources aux municipalités pauvres. Nous considérons que la décentralisation culturelle et éducative est nécessaire au respect des identités culturelles autochtones, en gardant à l'esprit que l'État doit fournir une éducation digne et démocratique pour tous, et en faisant du budget de l'éducation l'un des facteurs prioritaires du développement national. Les sciences expérimentales et le développement technologique ont été conçus comme le seul moyen de compréhension de la réalité et du développement, et ont soutenu une seule "réalité", qui nie la diversité culturelle et les différentes conceptions du monde liées aux différents coutumes et langues : elles ignorent le savoir des cultures indigènes ou minoritaires dans les méthodes de culture, l'herboristerie, les médecines alternatives, etc. Pour tout cela, nous dénonçons le fait que la science n'est jamais neutre, car elle reflète les intérêts du pouvoir économique dominant. Nous ne pouvons pas oublier que le savoir constitue un des mécanismes de domination : "ton ignorance est mon pouvoir". Par contre, une science qui part de la connaissance locale et culturelle, et qui la respecte, mais qui s'ouvre également à d'autres options de compréhension de la réalité, peut être un instrument de réflexion tant qu'on ne la considère pas comme la vérité unique. La science doit être au service de l'être humain et non le contraire. Avec la volonté indéniable d'aller vers l'élaboration d'une éducation qui permette le développement des différentes cultures, nous proposons une éducation qui soit au service de la population et qui renforce la solidarité entre les individus et les peuples. Dans cette optique, les points suivants sont importants : - Valoriser la connaissance comme voie de développement et de préservation de la culture à partir des racines historiques et culturelles des peuples. - Valoriser, dans le processus éducatif, non seulement l'ensemble des savoirs eux-mêmes, mais les outils spécifiques de chaque groupe pour leur application. - Aider à l'interaction entre les cultures, ce qui permettra un enrichissement mutuel. - Récupérer et revaloriser les connaissances traditionnelles pour restimuler l'identité des peuples et des personnes. - Dispenser l'éducation dans la langue maternelle en plus de la langue utilisée comme vecteur d'interaction. - Respecter le droit de chaque culture de définir de façon autonome son propre processus éducatif, tant du point de vue des méthodes et du contenu que des ressources humaines et des matériaux. - Reprendre la méthodologie de l'éducation populaire, en insistant sur son caractère constructif. - Empêcher l'immersion des enfants dans le consumérisme. - Promouvoir une recherche scientifique et technique au service du développement des peuples, pour établir un lien entre l'écologie, la production et la consommation de l'énergie. Cette recherche aura pour but d'améliorer les ressources agricoles ainsi que tous les aspects considérés comme primordiaux pour chaque groupe d'hommes. - Stimuler le développement de la pensée et la conscience critique et considérer la "recherche-action" comme la méthodologie pédagogique d'une nouvelle éducation. - Enseigner la science en faisant appel à la réflexion, comme outil servant à développer la capacité d'abstraction. - Promouvoir la diffusion des connaissances qui permette une plus grande participation de la société dans les prises de décision. - Promouvoir l'éducation sexuelle à tous les niveaux. - Développer le travail en commun et l'apprentissage mutuel entre maîtres, parents et élèves. - Créer des systèmes d'évaluation non compétitifs. - Respecter et faire connaître les droits de l'enfant, en le guidant vers la connaissance de soi et de l'environnement. - Créer des auberges-écoles et envisager des programmes nutritionnels à l'intérieur même de l'éducation. - Comprendre la nécessité d'une politique internationale qui dispense une éducation pour les immigrants et d'une pédagogie qui mette en valeur les femmes. Dans la définition de stratégies pour l'élaboration d'une éducation alternative au néolibéralisme, nous avons proposé la création de comité sociaux de base, ainsi que la création – ambitieux projet – d'une université ouverte, internationale et par correspondance, qui permette la recherche de la connaissance universelle, en prenant comme base l'expérience de l'Université bolivarienne pluriculturelle ; nous considérons qu'il est extrêmment important de : - Exiger 8 % du PIB pour l'éducation à l'échelon international. - Exiger que l'État prenne en charge l'éducation avec les caractéristiques que demandent les peuples. - Nous transformer en acteurs politiques dans l'éducation, en créant une organisation politico-éducative qui puisse faire pression pour une réponse aux demandes éducatives. - Promouvoir la résistance des enseignants aux plans institutionnels, au profit d'une éducation critique. - Que les maîtres parlent et réfléchissent sur le néolibéralisme avec leurs élèves et sur ce que propose le zapatisme. - Créer des rencontres internationales d'éducateurs. - Créer des réseaux internationaux de recherche éducative. - Organiser des congrès dans les universités auxquels participeraient les étudiants pour élaborer des propositions alternatives capables de résoudre les problèmes de la majorité des gens dans leurs pays, et particulièrement au Mexique, et de proposer un nouveau modèle de pays et de société. - Développer l'autogestion financière et l'organisation coopérative comme alternatives au système éducatif. - Mener des consultations internationales pour élaborer des propositions et des stratégies favorisant une éducation à visage humain. - Dans l'immédiat, travailler à la planification et la création de l'Université zapatiste bolivarienne pluriculturelle, qui ne peut se concevoir que comme une université ouverte, internationale et par correspondance, qui contribue à la formation d'un monde nouveau. - Enfin, il est proposé que l'éducation respecte l'exemple de tolérance et d'éthique que le zapatisme a donné, en ouvrant de nouvelles espérances pour un monde meilleur. |
