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A. Une société civile organisée Qu'en est-il du syndicalisme, des ONG, de l'autonomie, de l'autogestion, des mouvements urbains et ruraux ? |
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Le thème A a été discuté dans cinq tables, d'où sont sortis cinq documents. Ce résumé regroupe, dans la mesure du possible, les idées principales ainsi que l'ensemble des résolutions et déclarations de principes qui en émanent. Le coût social de la contre-révolution néolibérale A la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, l'histoire mondiale est entrée dans une nouvelle phase. Le néolibéralisme, ou "libéralisme autoritaire", implanté à feu et à sang par la nouvelle droite, a initié une vertigineuse et profonde contre-révolution à l'échelle planétaire. Ce système a eu pour effet d'altérer le tissu social, de diminuer le pouvoir des citoyens, d'aggraver l'aliénation et de conduire au règlement des conflits sociaux dans la violence. Cette globalisation a littéralement causé la mort de millions d'êtres humains et la disparition d'une infinité d'espèces animales ; elle a provoqué une chute brutale du niveau de vie des habitants du monde, et plongé de vastes secteurs dans le désespoir. Pourtant, optimisme et joie ont des raisons d'être. Les profondes contradictions de cette nouvelle étape de l'histoire mondiale ont aussi suscité l'apparition de nouveaux acteurs sociaux et le développement d'une grande créativité des citoyens pour affronter les assauts de l'injuste système économique et social. On peut souligner deux des nombreuses manifestations de la résistance et de l'opposition au néolibéralisme et à la globalisation exprimées dans le monde : d'une part, la société civile est apparue comme l'opposant le plus expérimenté, varié, intégrateur et radical au "capitalisme sauvage" ; de l'autre, la situation d'oppression dans tous les pays a mis au grand jour des intérêts et des nécessités communs à toute la planète, ce qui permet, peut-être pour la première fois de toute l'histoire, une lutte commune des différents secteurs sociaux pour construire un monde plus humain. La nécessité universelle d'un monde plus juste et intégrateur, par opposition au monde néolibéral codifié et excluant, est le grand événement de notre siècle ; elle ouvre la possibilité de réunir les luttes locales, nationales, sectorielles et de classes dans une lutte unique pour la formation d'une Communauté planétaire, l'auto-réalisation de la société civile et la construction d'un monde "où de nombreux mondes auraient leur place". C'est pourquoi, malgré l'obscurité de ce vingtième siècle finissant dans laquelle nous a plongés la prétendue globalisation néolibérale les participants et les participantes à la Première Rencontre contre le néolibéralisme et pour l'humanité, réalisée au Chiapas, au cœur de la communauté zapatiste, nous nous sentons emplis d'un optimisme historique. Car nous sommes convaincus que face au futur inévitable dont parlent les seigneurs de l'argent, existe un futur ouvert à de multiples possibilités et que l'une d'elles est justement la construction d'un monde où la vie et la dignité humaine seront instaurées sur toute la Terre. C'est pour cela que nous appelons à la formation d'un réseau international des luttes pour l'humanité et contre le néolibéralisme. Ce réseau, profitant de l'expérience des vieilles luttes des peuples du Monde et joint à la rébellion des travailleurs et travailleuses, incorporerait et renforcerait l'expérience et les besoins des nouveaux acteurs sociaux, regroupés sous la bannière de la société civile, pour opposer une alternative globale au monde imposé par le capital. Les effets du néolibéralisme sur la société De par son projet de globalisation depuis le sommet, le néolibéralisme a imposé un modèle de vie mercantile, autoritaire et inhumain. Il consiste en une restructuration des processus productifs, un assouplissement des frontières pour le capital, un accroissement des pouvoirs des grandes multinationales, la prédominance du capital spéculatif sur le capital productif, une inégalité économique croissante, l'intensification de la concurrence inter-capitaliste, le démantèlement des industries productives nationales, l'effritement de l'État curieusement qualifié de "providence", une nouvelle réglementation économique qui ne protège plus la population, de nouvelles formes de subsistance pour les riches et de puissantes formes de domination politique telles que la privatisation des services publics et, du même coup, des droits et nécessités de la population. Dicté par la politique néolibérale, le nouvel ordre mondial a imposé de nouvelles formes d'intégration régionale fondées sur les intérêts du grand capital, nommées contradictoirement "globalisation". Le Traité de Maastrich, l'Accord de libre échange nord-américain, le Mercosur et les négociations préliminaires du Sommet du Pacifique illustrent de nouveaux processus d'intégration régionale, où les intérêts populaires et les nécessités humaines n'ont pas leur place. Ces directives de l'économie mondiale ont accru la division internationale du travail, en privilégiant la concentration des richesses dans les mains des maîtres du capital financier et autres secteurs privilégiés des métropoles. En même temps, elles ont rendu plus misérables les pays du Sud. La restructuration des processus productifs et, par exemple, le transfert des usines des grandes puissances vers les pays périphériques ont simultanément détruit des modes de résistance des travailleurs des pays du Nord, et provoqué une plus grande exploitation dans les pays du Tiers Monde, où ont afflué les investissements ; ceci a occasionné un chômage brutal et un tragique appauvrissement dans le monde entier. Parallèlement, la spéculation financière a détruit la capacité productive et a soumis le cours des innovations technologiques aux intérêts du grand capital. Dans les pays du Sud, le libéralisme autoritaire a détérioré les conditions de vie, ce qui a provoqué un flux migratoire international de millions d'êtres humains vers des pays économiquement plus développés ; la vie économique de leur pays d'origine s'en trouve disloquée pendant que dans les pays d'arrivée, le prix de la force de travail baisse. Cette contre-révolution a profondément altéré la vie sociale et encouragé l'individualisme, en inventant une fausse opposition entre les intérêts individuels et les intérêts collectifs ; elle a aussi ravivé les vieux conflits inter-ethniques. Les frontières nationales sont tombées pour que le capital puisse circuler librement mais, en même temps, elles ont été militarisées ; la technologie de guerre la plus moderne a été utilisée pour empêcher le passage pour raisons économiques ou politiques de millions de travailleurs expulsés de leur pays d'origine. Les immigrants sont reçus avec des comportements racistes, utilisés par le néolibéralisme pour créer de nouvelles divisions artificielles entre eux et les travailleurs locaux. Une vague d'intolérance a ainsi été déclenchée comme, par exemple, contre les Turcs en Allemagne, les Mexicains aux États-Unis, les Marocains en Europe, ou contre les millions de déplacés du monde, dont l'exode, le plus important de l'histoire, a été imposé par le libéralisme lui-même. Le pouvoir croissant des grandes multinationales et de leurs associés locaux a affaibli la souveraineté des États nationaux. Le démantèlement de l'État providence implique un nouveau pacte social profondément désavantageux pour les peuples du monde : il réduit violemment leur niveau d'éducation, d'accès à la santé et à la protection sociale. Cette déréglementation économique est en réalité une nouvelle réglementation qui protège la minorité et augmente les privilèges des grands riches. Il résulte aussi du néolibéralisme une intensification des formes de contrôle, de corruption, de chantage, de corporatisme et d'exploitation des travailleurs de tous les secteurs sociaux, dans les campagnes comme dans les villes. De nouvelles formes de manipulation électorale ont été introduites, et cela s'est traduit par la construction de démocraties virtuelles, sans authentique ingérence de la population dans les décisions gouvernementales. Depuis le macromonde à l'échelle planétaire jusqu'au micromonde de la vie de l'individu, la globalisation a imposé des relations de subordination et de hiérarchisation au détriment de l'intérêt des majorités. Par exemple, dans une relation verticale, le capital multinational a imposé ses intérêts, ses plans et ses règles économiques aux États nationaux. Ces derniers se sont convertis en complices d'un régentement des communautés locales, en minant les valeurs et la dynamique des peuples indigènes, des quartiers dans les villes ou des petits villages ruraux ; simultanément, il touchait les familles, corrompait et rendait autoritaires les relations entre hommes et femmes, jeunes et adultes, indigènes et métis, etc. L'instauration de nouveaux modes d'organisation du travail post-fordistes a contrarié l'organisation des travailleurs. De par l'imposition d'un nouveau contrat social, fondé sur l'atomisation et l'individualisme, les syndicats officiels ont perdu une bonne part de leur influence. Les organisations indépendantes de travailleurs se sont butées au conservatisme de nombre de leurs composantes, dû à la peur du chômage, et ont tardé à se rendre compte de l'importance d'une alliance avec de nouveaux secteurs sociaux ; elles ont manqué d'initiative politique et se sont adaptées difficilement à la reconversion du secteur productif et aux nouvelles méthodes de contrôle en entreprise. L'armée grandissante des travailleurs précaires s'organise lentement et met du temps à répondre de façon adéquate à cette nouvelle situation. Dans le domaine de la culture, le néolibéralisme a aussi causé des changements drastiques et rapides. Il a converti l'État national en un véritable administrateur des intérêts des grands centres du pouvoir financier et a donc substitué à l'identité nationale la fausse identité de la patrie de l'argent. Il s'est servi du contrôle des médias pour créer une réalité virtuelle dans laquelle le rôle des citoyens s'est réduit à celui de public d'un tragique spectacle social ; il a ainsi condamné à la frustration des millions d'êtres humains. L'éducation se doit d'être essentiellement une forme d'appropriation de l'expérience et des valeurs des générations antérieures. Pourtant, le néolibéralisme a coupé le pont entre les générations construit par la démocratisation du savoir que les luttes historiques avaient permise. Il a amoindri son importance en la réduisant à une simple transmission d'informations basiques, destinées à préparer techniquement et idéologiquement une main-d'œuvre bon marché. Le néolibéralisme a détruit l'éducation publique en diminuant drastiquement son budget, en la soumettant aux froids intérêts du marché et en la vendant telle une marchandise, tout en faisant supporter ses coûts aux élèves et aux parents. Il a réduit les effectifs, condamné les professeurs à la pauvreté, privatisé des centres d'enseignement et des fonctions de l'éducation, et a montré son hostilité à toute initiative tendant à convertir l'éducation en une pratique critique et transformatrice dans un sens social et démocratique. Il a également isolé l'école de la communauté et des nécessités sociales, pour l'assujettir aux besoins des entreprises. Et, pire, il a corrompu, divisé, et dans certains cas utilisé la répression policière contre le mouvement étudiant. De plus, le système de mort implanté par le néolibéralisme dispose d'autres expressions tragiques, telles que la concurrence inter-capitaliste et la guerre larvée qui implique un gaspillage annuel de 800 000 dollars pour l'armement. Ce système a gâché l'opportunité accordée par la fin de la guerre froide d'arrêter la course à l'armement nucléaire, menaçant sans cesse le monde d'une hécatombe nucléaire. D'autres facteurs concourent à cette situation : l'instabilité politique de l'ex-Union soviétique, la poursuite des essais nucléaires, et la prorogation inconditionnelle et permanente du Traité de non prolifération des armes nucléaires qui, dans la pratique, accorde à certains pays le droit de posséder ce type d'instruments de mort. A cette menace d'extinction du genre humain s'ajoute celle des milliards de tonnes de déchets nucléaires entreposés de façon irresponsable dans tous les continents. Le néolibéralisme signifie également l'instauration d'un système prédateur, dont les conséquences sur la nature sont dévastatrices. La déforestation de l'Amazonie, la coupe immodérée du bois dans des régions entières, la pollution des mers et des rivières par le rejet des déchets industriels, la destruction de la couche d'ozone, le nuage de "smog" qui recouvre de nombreuses villes, la désertification de l'Afrique ou la réduction de la biodiversité ne sont que quelques-uns des nombreux exemples que nous pourrions citer pour illustrer à quel point la nouvelle phase du capitalisme a irrémédiablement détérioré la nature. |
