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B. Nouvelles et vieilles identités Les "Indiens" du monde entier Indiens et non-Indiens, nous sommes tous frères |
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Notre identité est composée de beaucoup d'identités. D'histoires différentes qui ont une mémoire ou qui cherchent à la récupérer pour construire de nouveaux futurs avec de vieux souvenirs. À partir de nos différences, il faut fabriquer de nouveaux petits morceaux d'espoir, pour que, nous les hommes de toute la planète, nous nous rencontrions et parvenions à chasser la tristesse, l'indifférence, l'injustice et les souffrances de cette planète où nous vivons. Les nombreuses identités, qui auparavant nous séparaient – et nous séparent encore –, peuvent devenir aujourd'hui semences, cueillette et aliments, paroles et action. Dans cette première Rencontre, nous avons commencé à construire un chemin pour y cheminer ensemble et à préparer la terre pour y faire pousser nos idées, notre pensée à la recherche d'un monde plus digne, plus juste, où nous ayons tous notre place.
Avec nous, il y avait les commandants de l'EZLN Ismael, Ernesto, Rolando et Yolanda, et 46 camarades de 13 délégations ont participé aux sessions. Nous avons constaté qu'il y a beaucoup d'identités : les millénaires, les ethniques, les territoriales, les culturelles, toutes fondées sur les racines et les ancètres. Toutes luttent pour être respectées : les Mohawk d'Aztlán – un peuple xicano –, les Yaquis, les Lakota, et les Sioux du nord de l'Amérique, qui s'orientent par l'eau, le soleil et le feu. Les peuples indiens mexicains, comme les Wixárika de Jalisco, les Nahua de Veracruz et Puebla, les Zapotèques de Oaxaca, les Ñhañhús de Querétaro. Tous, envahis par des groupes de puissance dont le signe de reconnaissance est l'argent, subissent répression et humiliation. Nous avons aussi parlé d'autres identités, comme celle des gitans itinérants, persécutés depuis des siècles et qui, quoi que sans cesse chassés du "paradis", aiment leurs fils et leurs filles, respectent leurs anciens, suivent leurs propres lois et leurs propres cultes, défendent et aiment leurs chants et leurs danses, qui les maintiennent unis. Nos frères gitans sont, peut-être sans le savoir, l'un des peuples qui résiste le plus au néolibéralisme. Nous avons écouté des sœurs et des frères de Grèce, de Belgique, d'Allemagne, de France, d'Italie, du Japon, du Nicaragua, des États-Unis, d'Espagne, du Canada, de Suisse, du Mexique, convoqués par les zapatistes pour nous parler et nous faire des propositions, pour nous donner un souffle d'espoir. Nous avons fait la connaissance d'hommes et de femmes rebelles qui réclament et qui cherchent un style de vie différent. Ils et elles sont disposés à résister aux côtés des peuples opprimés – indiens ou non – contre les abus des gouvernements sans cœurs, et à appuyer de façon généreuse et solidaire leurs causes. Des hommes et des femmes rebelles qui ont manifesté leurs convictions de récupérer, au-delà de toute identité, l'identité humaine. Une identité qui rende les êtres humains frères de la nature, des plantes, des pierres, des animaux, de notre mère la Terre, dans nos maisons, nos villes, au sein de tous les peuples et tous les pays. Une identité, enfin, qui se manifeste par un monde où ce n'est pas l'argent qui commande. Diverses interventions nous ont permis d'approcher le thème La camarade Carla, représentante du Clan des Ours, de la nation mixtèque nous a dit : "Mon peuple a une longue histoire. Avant tout contact avec les blancs, venus par la mer, mon peuple avait depuis toujours sa propre culture, sa propre identité, sa propre langue et sa propre religion. Pendant des années, nous avons réalisé des cérémonies en d'autres langues et eu des contacts avec d'autres peuples, connus aujourd'hui comme les Canadá. Les blancs, dans leurs bateaux, ont apporté leurs lois, leurs langues, leurs coûtumes, leur religion ... et l'alcool. Mais ils n'ont pas apporté de terres avec eux. Ils nous ont fait sentir que nous étions inférieurs. Ils nous ont dit que nos langues étaient inférieures. Ils nous ont dit que nous étions païens si nous n'adorions pas leur Dieu. Pour nous achever facilement, ils ont voulu nous faire semblables à eux. Mais notre peuple a résisté jusqu'à maintenant. Nous avons toujours en nous-mêmes ce que nous sommes. Notre flamme ne s'est pas éteinte." Elle a raconté comment ses ancêtres avaient passé un accord au moment du contact : un ruban mauve avec deux lignes parallèles en travers. "La première ligne, ce sont les Européens, leur bateau, leur religion, leur loi. Juste à côté, égale à la première, ce sont les peuples indigènes, du nord et du sud. Nous, nous avions notre canot, notre religion, nos coutumes. Ensemble, nous irions, dans ce bateau et dans ce canot, égaux. Eux n'allaient jamais interférer dans nos manières d'être, et nous non plus n'allions pas imposer notre mode de vie. Cet accord, a-t-on dit alors, continuerait tant que le soleil nous donnerait sa lumière." Et aux commandants zapatistes elle a dit : "Vous connaissez la direction à suivre, parce que vos aïeuls et les aïeuls de vos aïeuls vous ont donné votre histoire et vous ont dit quoi faire. En tant que femme de la nation mohawk, je suis fière d'être ici, face à vous. Parce que le feu est fort dans le peuple zapatiste. C'est le moment de cheminer ensemble, peuple de ces terres, indigènes du nord et du sud ; ce n'est qu'ainsi que nos enfants pourront survivre pour les sept générations à venir." Ses paroles disaient : cheminer ensemble, Indiens du nord et du sud, dans l'équité et le respect de l'autre – l'Occidental, le blanc –, mais à distance, sans interférence, sans lien ni relation. La question : Indiens du monde entier ? Karine, une camarade belge, nous a parlé des peuples européens : "Le capitalisme et le néolibéralisme n'ont pas toujours existé en Europe. Ils n'ont pas non plus été imposés aux peuples européens de manière pacifique. Le processus de soumission a commencé pendant la Renaissance, au XVIe siècle, juste au moment où les Européens partaient conquérir les Amériques. À cette époque existaient de fortes traditions de magie, de religion et de mythologie, des formes diverses de connaissance qui ont été réprimées et persécutées. Cette persécution a causé des millions de morts aux XVIe et XVIIe siècles. Des persécutions contre les femmes, que l'on appelait "sorcières", "ensorceleuses", persécution contre les "mages", hommes et femmes qui, eux aussi, connaissaient l'importance de notre mère la Terre. Elle a expliqué que les derniers vestiges de cette culture étaient encore dans sa propre chair. Aujourd'hui en Europe, les gens commencent à se rendre compte que les racines de leur résistance sont vraiment très profondes. Elle a ajouté : "Je suis ici pour apprendre des peuples indigènes. Pas pour être indigène, mais pour apprendre à connaître les signes qui peuvent guider nos pas vers nos propres racines, qui peuvent nous aider à nous reconnaître dans notre mère la Terre." Nous avons commencé une discussion profonde sur le concept d'indentité dans le contexte des luttes sociales et politiques. Nous sommes arrivés à quelques points d'accord et à des sujets de réflexion. "Qui est Indien, et qui ne l'est pas ?" a demandé Bill, un représentant des Indiens d'Amérique du Nord. "Peu importe celui qui a lancé la première étincelle de la lutte, si la lutte est juste. L'indigène appartient à la terre, et la terre appartient à l'indigène. L'homme blanc n'a pas créé la toile d'araignée de la vie, il en fait seulement partie. Ce qu'il inflige à la toile d'araignée, il se l'inflige à lui-même." Un camarade de l'État de Jalisco, Antonio, un Wixárika – que la colonisation appelle à tort un 'Huichol', expliqua-t-il – nous conta que ni l'héritage de son passé, ni ses racines n'étaient perdus : "Dans mes trois communautés, Santa Catalina, San Andrés et San Sebastián, nous souffrons de beaucoup de choses : les invasions, les persécutions, la prison. Depuis la conquête jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas eu de changement, mais nous, nous avons préservé nos coutumes. Celui qui a conservé sa culture et parle sa langue maternelle peut se considérer comme Indien." Roberta, une Italienne, prend la parole pour demander à son tour "Qu'est-ce que l'identité ?" Elle préfère parler d'identités faibles et d'identités fortes, plutôt que d'identités culturelles ou ethniques : "Les communautés indigènes, les femmes, les travailleurs sont faibles, économiquement, politiquement et socialement. Cela s'oppose aux identités fortes et dominantes qui s'appellent FMI ou gouvernements. L'unité des identités faibles doit s'opposer aux identités fortes. Je vois en l'unité un processus, non un but. Il n'existe pas de races pures, le discours sur les races pures ne nous intéresse pas. Ce qui nous intéresse, ce sont les identités qui se revendiquent dans un processus qui respecte les différences et l'égalité des droits pour tous." Un jeune Français d'origine basque – peuple qui a clairement montré qu'il luttait contre le néolibéralisme – a affirmé : "Notre lutte s'oppose à la création des frontières, qui ne servent qu'à eux et ont fait se perdre les valeurs culturelles de l'Europe. Le néolibéralisme a dépossédé les propriétaires originaux de la terre, source de la force, la dignité et la cohésion des peuples. La terre doit devenir un point essentiel de la lutte des peuples. Ceux-ci doivent chercher une nouvelle éthique, hors de la logique néolibérale." Tandis que plusieurs intervenants indiens insistaient sur notre mère la Terre, élément essentiel de leur identité, d'autres refusèrent de limiter la notion d'Indien à cette relation. Certains Européens s'identifiaient avec les luttes de peuples indiens, car leurs luttes sociales avaient montré combien le néolibéralisme est néfaste aussi sur ce continent. Bien que la relation directe avec la terre ne soit pas perçue en Europe, ils voient dans les luttes zapatistes une source d'inspiration et revendiquent la possibilité "d'être Indien sur sa propre terre", "zapatiste dans son propre pays", comme l'a dit Athenea, venue de Grèce. Unité et diversité Est-il légitime de parler de LA culture indigène quand on découvre l'énorme diversité des peuples indigènes et de leurs cultures ?", s'est demandé Giulio Giradi, philosophe italien et théologien de la libération. "L'unité et la diversité des peuples indigènes et non indigènes est décisive au niveau politique pour le futur de notre lutte. Il n'est pas facile de définir les différences entre la culture indigène et la culture occidentale. On ne peut parler de l'apport des indigènes à la culture occidentale si il n'y a pas suffisamment d'unité entre les communautés indigènes. "Le rejet des célébrations du cinq centième anniversaire de 1492, affirma-t-il, a provoqué l'affirmation d'un point de vue des indigènes rebelles opposé à celui des conquérants d'hier et d'aujourd'hui. Il se fonde sur le droit à l'autodétermination des peuples, il représente un contenu commun à toutes les cultures indigènes rebelles et permet à tous les peuples indigènes d'arriver à une évaluation commune de la civilisation occidentale, à un projet commun d'alternative et à une stratégie commune. Cette convergence se manifeste dans les diverses rencontres continentales de la Campagne 500 ans de résistance indigène, noire et populaire et, en ce qui concerne le Mexique, dans les deux premières rencontres de San Andrés Sacamch'en de los Pobres. D'autres peuples non indigènes d'Amérique et d'Europe ont partagé, lors du 500e anniversaire, le point de vue des indigènes rebelles." "Son contenu fondamental est de droit à l'autodétermination solidaire des peuples. Solidaire, pour contredire l'idée des impérialistes, qui apparemment acceptent mais en réalité refusent et répriment tous les autres. Solidaire, parce que l'affirmation de l'autodétermination des peuples indigènes ne peut être séparée du droit à l'autodétermination de tous les autres, que nous sommes." "L'unité profonde, qui commence à se manifester entre les peuples indigènes, surgit au moment même où ils récupèrent leur mémoire." "La civilisation occidentale a été génocide, colonialiste, raciste et marquée par la violation systématique du droit à l'autodétermination des peuples. Alternative est la proposition des zapatistes qui nous disent : en ce monde, il y a la place pour beaucoup de mondes". Et Giulio Girardi de préciser : "Cette autodétermination solidaire se convertit en un axe stratégique aux niveaux politique, économique, écologique, culturel, éducatif et religieux des peuples, et c'est en outre le fondement de l'unité culturelle au niveau international, le cours et le flux de tous les opprimés du monde, le fondement et le sens de l'Internationale de l'Espoir." Il a fini son intervention en disant : "L'unité se trouve dans la pluralité. Nous avons beaucoup à comprendre des cultures indigènes. J'aimerais dire, si les frères indigènes le permettent, que je suis indigène et, si les frères zapatistes le permettent, que je suis zapatiste." Quant à la camarade Athenea, de Grèce, elle rappela "le point de vue des conquérants d'hier et d'aujourd'hui" : "Si les conquistadors ont jadis dépassé les limites géographiques du monde pour s'emparer des biens des peuples indigènes, les conquistadors modernes, avec leurs multinationales, ont dépassé les limites politiques et économiques du monde actuel pour reconquérir l'humanité. L'attaque néolibérale du capitalisme continue à envahir tous les peuples opprimés du monde. Pour les capitalistes, le 500e anniversaire n'a certainement pas rappelé des choses tristes, ni considéré les conséquences d'un immense génocide qui continue de nos jours, mais, avec le néolibéralisme, il a donné le départ d'une nouvelle étape d'extermination, de domination dans le but d'accumuler davantage de pouvoir et de richesses entre leurs mains. Souveraineté et autonomie Koba, un Japonais, a raconté qu'au sud de son pays, il y a des indigènes – les Chinan – qui ne sont pas reconnus : "Leur territoire a été occupé par des bases militaires des États-Unis. Ils veulent être reconnus comme peuples indigènes, mais ils sont craintifs. Ils ont perdu leur collectivité en occultant leur identité. À Tokyo une association s'est créée pour obtenir la reconnaissance de leur autonomie et de leur identité, et pour défendre leurs ressources naturelles. Le gouvernement ne les reconnaît pas." Nous avons écouté une voix du Nicaragua : "Je ne veux pas parler des Indiens de la zone atlantique, mais de ceux de la partie occidentale. Ils avaient des terres. Ils ont appuyé par les armes la lutte sandiniste parce que le gouvernement de Somoza ne respectait pas leurs droits et que les Sandinistes le faisaient. Ils ont obtenu une certaine autonomie au moment du triomphe de la révolution, mais elle est restée sur le papier. Mais leur lutte continue au-delà des lois et des projets du moment." Sur ce thème, le camarade Giulio est intervenu pour dire que quand les indigènes se reconnaissent comme tels, la collectivité le fait aussi. Si un peuple ne se reconnaît pas lui-même, il le sera d'autant moins par le gouvernement. Certains peuples indigènes ont obtenu qu'une certaine autonomie soit inscrite dans la Constitution. Mais il est important que leur lutte continue au delà des lois : la souveraineté nationale est liée à la souveraineté autonome et communautaire des peuples. Autonomie régionale, souveraineté nationale ? Un camarade mexicain a expliqué : "S'il n'y a pas de souveraineté nationale, on n'arrivera jamais aux autonomies. C'est le cas de la totale dépendance du gouvernement mexicain par rapport aux gringos." Tomás, du peuple ñhañhu, nous a raconté qu'il existe un tronc, une racine commune entre les peuples de quatre États mexicains, Querétaro, Veracruz, Estado de Mexico et Hidalgo. "Le gouvernement nous opprime, mais nous sommes un seul peuple. Personne n'a le droit de mettre des limites à notre pensée et à nos paroles. Nous voulons nous épanouir librement. Notre idée est de créer une nation plus juste pour tous. Les accords de San Andrés sont une porte ouverte pour cette nation. Partageons les rèves zapatistes !" La libre détermination doit clairement inclure les domaines politique, économique, culturel et social, affirme le camarade Alejandrino, de Veracruz : "Il faut échanger des expériences, confronter les héritages des colonialistes, les langues propres et étrangères, les propriétés privée et communautaire, les traditions culturelles. Il est urgent de revaloriser nos propres langues. Aucune langue ne doit se considérer comme supérieure aux autres. Luttons pour une nouvelle Constitution pour tous." Les liens communs Nous avons été d'accord que les différences entre les êtres humains, c'est-à-dire leurs langues et leurs coutumes, ne doivent pas rompre les liens qui unissent les peuples, en particulier les peuples exploités. Cette discussion a conclu qu'il fallait étendre aux immigrants, aux femmes, aux travailleurs, aux homosexuels et aux autres groupes opprimés la notion "d'être indien". Carmen, une camarade mexicaine a lu son exposé intitulé "Les femmes indiennes, ou comment faire naître et croître la véritable parole". Elle nous a dit : "L'abus du vieux système stupide a créé un monstre qu'il est maintenant impossible de cacher à nos yeux, comme il est impossible de cacher le chapelet de mensonges qu'il a inventés. On a exposé les problèmes dus au monstre. On a dit qu'il fallait discuter, mais cela est rendu difficile à cause des langues multiples et des conceptions distinctes d'un même mot. Les femmes, avec leurs mots, ont créé un pont entre le présent et le futur des peuples. Elles ont été les principales guerrières dans la lutte pour la préservation de l'esprit de communauté. L'apport des femmes est la construction de l'espoir. Les hommes meurent pour une cause, les femmes vivent pour elle ! Les femmes maîtrisent la tâche la plus ancienne qui soit : garder la parole et l'histoire de leurs peuples, c'est-à-dire conserver leur vie". Que les différences s'expriment librement Au sujet du droit à l'identité, on s'est souvenu que les États nationaux ne connaissaient que l'identité unique de leurs membres, de leurs "citoyens". C'est sur cette base qu'ils répriment les diversités ethniques et culturelles. On parle d'une identité commune à tous les hommes, mais il faut dès le départ reconnaître différentes identités (sociales, culturelles, sexuelles, etc.) ; sinon, on fournirait à l'État une arme justifiant l'intégration et l'annexion. Plusieurs interventions ont défendu l'idée que "nous, les indigènes, nous ne pouvons dépendre de gens venus d'ailleurs." Par exemple, face à la proposition de soutenir les Dix ans internationaux des peuples indiens, à l'ONU, plusieurs voix se sont élevées : "À l'ONU, il n'y a pas de représentant des peuples indigènes. Ce n'est pas notre organisation. L'ONU représente les États-nations et veille sur l'intérêt des puissants. Par peur, les gouvernements éludent ce thème. Nous avons eu des représentants à Genève, mais nous savons que le Canada a défendu l'idée que l'on ne nous accepte pas comme nation. Tout au plus veulent-ils nous reconnaître comme Organisation non gouvernementale. Mais ça, nous ne l'acceptons pas : nous avons notre propre gouvernement !" Giulio Girardi, qui avait fait cette proposition, observa : "Vous croyez qu'il n'est pas opportun de soutenir les Dix ans internationaux des peuples indiens, mais il y a des nations indiennes qui souhaitent provoquer une évolution démocratique de l'ONU pour obtenir la reconnaissance de leurs droits d'hommes. Cette logique cherche à rendre l'humanité consciente des droits et des bienfaits que les peuples indiens peuvent apporter à cette civilisation, qui va si mal. Et souvenez vous aussi qu'il y a beaucoup d'États membres de l'ONU, qui ont refusé de ratifier les Dix ans ." Les identités sont diverses et ont des histoires Nous avons affirmé que la rencontre entre diverses identités supposait une reconnaissance du droit à la diversité. Pour les peuples indigènes, aujourd'hui, ceci est prioritaire dès que l'on parle d'identité commune. La construction d'une nouvelle identité constitue un processus de lutte par lequel nous nous identifions à des éléments de cultures propres ou étrangères ; ces éléments font partie de notre connaissance du monde et ils permettent de conclure qu'en cette fin de siècle, nous avons un ennemi commun qui exclut de ses projets des millions d'êtres humains et s'oppose à la création de cette nouvelle identité. "La terre, l'air, notre peuple – hommes, femmes, enfants, vieillards – font partie de notre identité. L'identité n'est pas statique, elle vit et se nourrit de nos expériences ; elle part de notre mère la Terre, mais nous la portons en nous. Ici, à La Garrucha, village de Francisco Gómez, les brumes, le paysage et la population fraternelle – cet Aguascalientes construit de bois, de clous et de générosité – font déjà partie de notre identité." "Quand les zapatistes nous ont convoqués, ils n'avaient pas l'idée que, tous, nous nous transformerions en Indiens - commenta un camarade mexicain - parce que dans ce monde, il y a place pour beaucoup de mondes. Il nous faut nous assumer tels que nous sommes, comme partie de notre passé et de notre futur." Les zapatistes et le monde "La contribution de la lutte zapatiste aux peuples du monde, nous dit la camarade Athenea, de Grèce, est énorme : les zapatistes insurgés ont des racines profondes dans les communautés et portent des valeurs vivantes ; ils ont démontré au monde que les indigènes ne sont pas ces figures pittoresques du passé qui méritent la philanthropie, mais des personnes qui luttent et résistent avec dignité, capacité et courage. Avec leurs projets et leurs initiatives pour la société mexicaine, ils nous ont fait voir que leur lutte concerne non seulement les indigènes mais tous les Mexicains opprimés. Ils ont montré qu'un changement réel de vie pour les indigènes n'était pas possible si la société dans son ensemble ne changeait pas de cap. Le chemin n'est pas la prise du pouvoir, mais l'auto-organisation horizontale et la force de la résistance collective. La lutte est internationale, et non partielle, et la liberté ne peut exister pour les uns si elle n'existe pas pour tous." Le mouvement zapatiste nous fait nous rappeler que la véritable identité de tous est celle qui nous rend identiques, mais différents. Il y a plusieurs formes d'organisation et de lutte, il y a des différences, mais les aspirations et les valeurs sont communes. Nous avons appris que l'alternative était réelle et que, Indiens ou non-Indiens, nous avions un projet. Pour faire face au futur néolibéral, il est possible de construire des futurs différents, respectueux les uns des autres. Il convient d'avancer dans la construction d'une identité plus grande, une identité formée de beaucoup de petites identités, nées de la volonté de tous et de toutes de lutter pour un monde plus juste et meilleur, sans exploitation ni répression, sans discrimination de race, de sexe ou de classe. Une nouvelle et grande identité mondiale contre le néolibéralisme et pour l'humanité. Si dans ce monde, il y a place pour beaucoup de mondes, dans l'identité zapatiste, il y a place pour beaucoup d'identités, d'espoirs et de destins. QUELQUES CONCLUSIONS ET PROPOSITIONS Le temps s'achevait mais en même temps, c'était le début. C'était aussi le début de l'heure zapatiste – l'heure du Sud-Est, l'appelle-t-on –, une heure qui prend en compte l'avant et l'après, la nature et la sagesse, la pluie et le soleil ; les communautés, qui après trois jours commençaient à nous connaître, nous préparaient une savoureuse nourriture version "zapatiste" ou version "néolibérale". Les sœurs indigènes parées avec soin de coiffures et de robes pleines de beauté, d'amour et de dignité. Les frères indigènes dansant en musique dans les flaques d'eau : habilité et joie d'hommes véritables. Comment s'acquiter de tant de générosité ? Beaucoup de doutes sont restés, pour y penser dans les hamacs et les sacs de couchage. Beaucoup d'inquiétudes, d'émotions et d'espoirs. Nous sommes arrivés à la conclusion que nous devions chercher et trouver une identité fraternelle entre tous les êtres humains et avec toutes les formes de vie. Ensemble, nous devons protéger notre mère la Terre, sans oublier cette composante spirituelle, ces liens qui nous permettent d'affronter le système néolibéral qui attente contre l'humanité. Nous avons eu un dialogue sincère, fondé sur le respect des identités et des diversités de chaque nation et de chaque façon différente d'agir et de penser. Créer une internationale contre le néolibéralisme et pour la défense de l'identité humaine. Une des propositions, que toutes les tables attendaient, est venue d'une Italienne, Silvia. Elle nous a invités à créer dès à présent un point de rencontre de référence pour que, rentrés dans nos pays, nous puissions maintenir le contact dans tous les sens. Les peuples européens pourraient faire un apport aux peuples indigènes, créer un fonds, dénoncer les situations injustes, diffuser l'information. Ce point de contact servirait aussi à échanger des idées et des réflexions sur les problèmes de tous. Cette initiative nous a amenés à soutenir la création d'un Réseau international contre le néolibéralisme et pour la défense de l'identité humaine. Pour chaque pays, une clinique zapatiste Le camarade Tony, un indigène yaqui, a proposé que les différents pays aident à installer des cliniques dans les huit régions du Chiapas et leur procurent les équipement médicaux. Des commissions pourraient mener à bien cette tâche, et contribuer ainsi au bien-être des bases d'appui des zapatistes. Ce serait aider à la santé, ici où est née la fleur de l'espoir zapatiste qui a touché le Mexique et le monde entier. Aider à la médecine traditionnelle Face à la médecine pratiquée au sein du système néolibéral – qui laisse de côté la grande majorité des hommes, et dont la seule valeur est l'argent – nous proposons de développer dans ce Réseau la médecine traditionnelle et spirituelle. Appuyer toute médecine qui surgit de la base, qui n'est pas assujettie au commerce mais ouverte sur l'histoire, la connaissance et l'expérience, fondée sur la compréhension et l'amour. Invitation des frères zapatistes à la Cour suprême des nations primitives Carla, de la nation mohawk, lança une invitation aux frères zapatistes, pour qu'ils assistent à la deuxième session de la Cour suprême des nations primitives, une Cour totalement indigène. Elle rapporta son expérience de la première session. : "Des chefs de différentes régions étaient venus à notre territoire, pour partager des témoignages. Il y avait des Néo-Zélandais, des aborigènes d'Australie, des Chicanos et un représentant maya. Le premier jour, les chefs appelèrent vers les quatre points cardinaux. Tous racontèrent les injustices commises contre leurs peuples par les différents gouvernements. On se mit d'accord pour juger le Canada, le Mexique et les États-Unis pour les injustices commises." Elle ajouta : " En octobre se tiendra la deuxième session et nous voulons inviter l'EZLN à y participer. Nous comprenons qu'il vous est aujourd'hui difficile de sortir de votre territoire et que les coûts sont élevés. Il y a la possibilité, si vous le voulez, que cette session se tienne ici-même." Deux souhaits Que tous ceux qui le souhaitent puissent être déclarés "Indiens du monde". Que se concrétise ce qui prend forme, que se respecte ce qui s'accorde. Nous devons lutter pour que la semence révolutionnaire que les zapatistes ont semée dans nos mondes et dans nos cœurs, nous donnant un nouveau souffle de vie et d'espoir, croisse sans cesse pour que nous luttions comme des hommes vrais. Nous ne pouvons permettre que le système néolibéral dessèche cette semence avec tous ses moyens de destruction. C'est à nous tous de veiller sur elle. À la fin des travaux de cette table, le commandement zapatiste, par la voix du camarade Rolando, nous a dit : "Frères et sœurs, nous vous remercions de l'effort que vous avez fait pour arriver jusque sur cette terre zapatiste ; on voit à cela que le monde pleure pour la grande injustice qu'il porte. Maintenant nous savons que les causes de la lutte sont communes aux zapatistes et au monde entier. Nous devons en tirer un grand accord. Nous n'aurions jamais pensé que cette proposition de Rencontre intercontinentale ait la réponse que vous lui avez donnée. Avant, nous vivions parmi les singes ; maintenant, nous savons que nos frères blonds luttent à nos côtés. Aujourd'hui, vos femmes s'habillent de pantalons ; les nôtres en feront peut-être autant demain ; l'important est que nous continuions ensemble. J'espère que nous sortirons avec succès de ce gros effort, que nous serons des femmes et des hommes cherchant la force pour lutter et que nous ferons parvenir notre message à ceux qui sont plus exploités que nous. Il faut continuer le travail pour en récolter les fruits. Nous, nous sommes disposés à continuer, disposés à travailler." |
