Rapport final de la Commission civile internationale
 d'observation des droits humains 
 
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1ere partie

 
 

Table des matières de la 1 ere partie

PREFACE

1. Présentation de la commission *

2. Méthodologie *

3. Présentation du rapport *

I  VISITES DE LA COMMISSION CIVIILE INTERNATIONALE D'OBSERVATION DES DROITS HUMAINS.6

Notes préliminaires 6

1. VISITE À LA ZONE DE LOS ALTOS *

1.1 VISITE D'UNE DÉLÉGATION DE LA COMMISSION À LA ZONE DE POLHÓ, LE 18 FÉVRIER 1998 *

1.1.1. Rencontre avec le conseil municipal autonome de Polhó à 16 h le 18 février 1998. *
1.1.2. Visite à poconichim, municipalité autonome de Polhó, le 18 février. Entretien avec un représentant local *
1.1.3. Visite aux autres communautés de personnes déplacées *
1.1.4. Visite à la communauté de las Abejas à Acteal. Le 18 février 1998. *
1.2 VISITE A LA MUNICIPALITÉ DE PANTELHÓ, le 18 février 1998. *
1.2.1.entretien réalisé avec deux réfugiées provenant de la colonie chitmuk'um *
1.2.2.entretien avec une famille refugiee dans la communaute de santa catalina. *
1.2.3 entretien avec un réfugié de la communauté de la colonie chitamuk'um. *
1.2.4 entrevue avec une famille deplacee de la communaute de colonia. *
 

Partie 2                  1. VISITE AUX AGUASCALIENTES

Partie 3                  2. VISITES À LA ZONE NORD

Partie 4                 II. LE SOUS -COMMANDANT MARCOS REPOND AUX QUESTIONS DE LA SOCIETE CIVILE. 50
                              III. ENTRETIENS A CARACTERE INSTITUTIONNEL 57

Partie 5                III. ENTRETIENS A CARACTERE INSTITUTIONNEL (suite)

Partie 6                 IV . RAPPORT SUR LA SOCIETE CIVILE 88
                              V . CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS 104

Partie 7                  VI . DENONCIATIONS DES DROITS DE LA PERSONNE
 
 


  

Note des traductrices/teurs







Dans ce rapport nous avons adopté un certain nombre de principes de traduction, à savoir :

  1. L'expression espagnole "Derechos humanos" a été traduite par "Droits humains" et aussi par "Droits de la personne". La traduction habituelle est plutôt "Droits de l'homme", mais cette dernière expression nous a semblé trop connoté masculine, laissant de côté les droits de la moitié de l'humanité.
  2. Nous avons choisi de traduire les expressions espagnoles "Indigena" par "Indien/Indienne", avec une majuscule, plutôt que "Indigène" ou "autochtone". Cette traduction nous a paru la meilleure compte tenu de certaines connotations des traductions littérales.

  3.  

     
     
     
     
     

  4. Certaines expressions espagnoles n'ont pas d'équivalent en français. Nous les avons laissés telles quelles, faisant en sorte que le sens de la phrase soit suffisamment explicite. De même, un terme revient souvent dès qu'il est question de propriété de la terre dans les communautés indiennes, c'est celui de "Ejido". Une traduction approximative serait "terre communautaire". De fait, la réalité juridique de l"Ejido" fait référence à une attribution des terres soit familiale, soit communautaire. En fait, nous avons choisi de garder le terme original, d'autant qu'il représente un symbole historique fort dans la lutte des peuples Indiens.
  5. Afin de féminiser les textes du rapport, nous avons choisi de rajouter un E majuscule à la fin du mot masculin. Ex : IndienNEs. Nous aurions souhaiter appliquer cette correction à l'ensemble du document, mais compte tenu de l'urgence, seulement une partie des textes ont été corrigés. Nous nous en excusons auprès de nos amies féministes.
Nous remercions nos amiEs espagnolEs pour leur travail concernant l'élaboration du présent rapport. Ils et elles ont été rapides et efficaces.

Nous remercions également les personnes qui, de Montréal à Genève, en passant par nos belles provinces françaises ont participé aux traductions.

Le rapport sera diffusé par le

COLLECTIF YA BASTA DE PARIS – 22, rue de Rosenvald - 75015 – PARIS

Tel/Fax : 01 42 60 45 32

Site Internet : http://www.zapata.com/

Email : tony@zapata.com

La Commission Civile Internationale d’Observation des Droits Humains au Chiapas, dédie l’ensemble de son travail à la mémoire des deux indiens assassinés après avoir présenté devant la commission, les témoignages de leur communauté.
José Tila López García, indien Chol de la communauté de Tzaquil, assassiné le 21 février 1998. Les survivants de l’attaque accusent le groupe paramilitaire Paz y Justicia d’être le responsable de son assassinat.
Trinidad Cruz Pérez de Palenque, assassiné le 14 mars 1998, à coups de machette par trois individus supposés appartenir au PRI.
Ces drames sont venus assombrir le travail de la commission. Que leurs âmes et leur peuple retrouvent enfin la paix.
 
 
 
 
 

PREFACE

Ce document est le Rapport final de la Commission Civile Internationale d'Observation des Droits Humains (ci-après dénommée CCIODH) sur le travail qu'elle a effectué lors de sa mission au Mexique du 16 au 28 février 1998. Il s'agit d'un rapport qui compile l'information recueillie par la Commission pendant cette période. Il vise à contribuer à la connaissance générale de la situation des droits de la personne telle qu'elle est actuellement dans l’état mexicain du Chiapas, ainsi qu'à la recherche de solutions.

  1. Présentation de la commission

  2.  

     
     
     

    La Commission s'est formée à partir de la sensibilité qui existe au sein de la société civile internationale à l'égard de la violence aigüe qui règne au Chiapas. Le massacre d'Acteal a suscité une indignation et une commotion si vives dans l'opinion publique mondiale qu'elles ont contribué à créer un espace pluriel capable de recueillir sur le terrain, l'information permettant de préciser les conditions qui ont rendu possible le massacre, et d'observer de près le contexte général défini par tous les protagonistes et paysages du complexe processus mexicain et chiapanèque, en particulier.

    C'est ainsi qu'est née cette Commission, composée de 210 personnes provenant de onze pays et représentant de nombreux secteurs sociaux : ONG, syndicats, associations étudiantes, partis politiques, mouvements sociaux, églises, journalistes et intellectuels. L'ensemble des participants à la Commission partage la préoccupation du respect des droits de la personne et est de l'avis que, en tant qu'acquis de l'humanité tout entière, la défense et la promotion de ces droits sont une obligation et un devoir qui n'obéissent pas aux limites tracées par les frontières nationales. Selon les membres de la Commission, voilà l'esprit qui anime la Déclaration Universelle des Droits de la personne, entérinée le 10 décembre 1948 et adoptée par la plupart des gouvernements du monde, y compris le gouvernement mexicain. C'est à partir d'une telle logique que la CCIODH justifie sa mission d'observation au Mexique et la rédaction de ce Rapport Final.

  3. Méthodologie


L'objectif commun de la Commission consistait à recueillir des renseignements, s'entretenir avec les protagonistes, visiter les zones mêmes de conflit et entendre le point de vue de tous, afin d'être en mesure de préparer un rapport se voulant le plus complet possible et capable de contribuer à éclairer la situation réelle du problème.
 

La Commission se base sur une définition au sens large de la signification des droits de la personne. C'est-à-dire que les droits sociaux (ou de troisième génération selon les juristes) sont considérés comme fondamentaux et font donc partie de l'objet d'analyse soumis à la Commission. C'est ainsi que se sont établis des champs d'enquête distincts. Des groupes de travail ont étudié de près les thématiques telles que l'état de la santé et de l'éducation, la militarisation, le rôle de la femme, le respect des coutumes indiennes et le cadre juridique.
 

Le travail effectué au cours des deux semaines de la mission se divise en trois parties fondamentales :

  1. Entretiens avec des représentants des instances officielles qui jouent un rôle dans le conflit (c'est à dire les instances officielles et le corps de médiation) ;
  2. Visites dans la zone de conflit, où nous avons recueilli des témoignages de personnes déplacées, des communautés indiennes concernées, et des municipalités autonomes ;
  3. Entretiens avec diverses organisations civiles et sociales, qui, d'une manière ou d'une autre, sont présentes et effectuent un travail dans la zone de conflit.


Avant d'expliquer le contenu du rapport, nous croyons nécessaire de faire une précision méthodologique au sujet de la terminologie. Pour la simple et bonne raison que nous avons été amenés à préciser l'expression "personne déplacée" employé au cours de ce rapport. Comme vous le constaterez lors de la lecture, dans tous les témoignages recueillis par la Commission, on emploie l'expression "personne déplacée" pour désigner les secteurs de la population qui ont été obligés d’abandonner leurs communautés.

La Commission s'est demandé, avant la rédaction du rapport, si l'expression "personne déplacée" qualifiait de façon adéquate la réalité observée. Les critères sur lesquels nous nous sommes basés sont les réalités socio-politiques recensées historiquement dans d'autres pays et que nous avons comparées à la situation chiapanèque. Nous sommes arrivés à la conclusion que le terme en question ne décrivait pas précisément la condition de ces personnes. Le terme équivalent qui permettrait, de la façon la plus exacte, de comprendre la situation sociale, politique et économique que vivent ces personnes est le terme "réfugié ", concept qui satisfait davantage les critères employés pour élaborer le droit international en matière de droits de la personne.

  1. Présentation du rapport

  2.  

     
     
     
     
     

    Le rapport, compilation systématique de toute l'information recueillie, se divise en trois grandes parties. Dans la première, sont présentées, dans l'ordre chronologique, les enquêtes réalisées par la Commission lors de sa mission au Mexique : visites, entretiens et rencontres (organisés en fonction de considérations géographiques). La deuxième partie, quant à elle, souligne les événements et faits importants de notre visite, l'impact social et médiatique qu'elle a eu, et les difficultés que nous avons dû surmonter afin de réaliser notre travail. Enfin, la troisième partie contient les conclusions faites par la Commission après analyse de la situation et une rapide appréciation de l'état du conflit et de ce qui le caractérise.
     

    Pour terminer, nous joignons trois annexes qui se veulent une synthèse de tout ce qui a été écrit et que nous avons pu compiler grâce à l'intérêt et à l'attention des divers protagonistes. Dans la première annexe, il y a une liste des dénonciations de violations de droits de la personne qui nous sont parvenues lors de notre mission au Mexique. La deuxième annexe contient des fiches permettant d'éclairer les documents qui nous ont été remis, tant par les organisations sociales que par les institutions. La troisième contient les communiqués de presse émis par la Commission du 15 au 28 février.
     
     
     
     

    I - VISITES DE LA COMMISSION CIVILE INTERNATIONALE D'OBSERVATION DES DROITS HUMAINS AUX COMMUNAUTÉS INDIENNES ET AUX COMMUNAUTÉS DE PERSONNES DÉPLACÉES

    Notes préliminaires
     

    La CCIODH a visité, afin de réaliser son travail de terrain pendant son séjour dans l'État du Chiapas, diverses communautés et zones. Nous réunissons et nous décrivons les différents types de communautés visitées, dans le but de rendre plus facile la lecture et la compréhension du rapport.

    Los Aguascalientes :
     

    " Los aguascalientes " est le nom donné à des lieux de rencontre entre la société civile nationale et internationale, et qui ont été mis sur pied en 1996 par les communautés zapatistes, pour la tenue de la "première rencontre intercontinentale contre le néolibéralisme et pour l'humanité ".

    Actuellement, il existe cinq de ces lieux qui sont répartis dans les communautés suivantes : La Realidad en zone Tojolabale située dans la jungle ; Francisco Gómez (La Garrucha) en zone Tzeltal dans les vallées (Las Cañadas) ; Morelia en zone Tzeltal dans Las Cañadas ; Roberto Barrios en zone Chol, à Palenque ; et Oventic en zone tzotzil dans Los Altos.

    La Commission a rendu visite aux "aguascalientes " et aux communautés avoisinantes.

    Les municipalités autonomes :
     

    Celles-ci sont des rassemblements de communautés formées par des bases de soutien zapatistes, qui ont érigé leur propre gouvernement pour concrétiser ainsi leur notion d'autonomie indienne. Elles refusent de payer des impôts au gouvernement de l'État du Chiapas, administrent elles-mêmes la justice de façon autonome et ont leurs propres structures organisationnelles. Ces communautés élisent de façon démocratique leurs représentants lors d'assemblées auxquelles participent tant les hommes que les femmes et les enfants. Les municipalités autonomes sont formées de plusieurs communautés.

    Zona norte :

    C'est ici que se trouvent les dénommées "communautés divisées " formées de bases de soutien zapatistes et par des priistes, membres du PRI (parti au pouvoir). C'est la région du Chiapas, où le conflit est le plus violent. Jusqu'à présent, 60 assassinats y ont été dénoncés et l'ambiance générale est telle qu'indiqué dans le rapport, toute "d'isolement, de panique et de terreur". L’accès aux communautés est excessivement risqué comme a pu le constater la Commission (voir l'information sur les incidents survenus lors des visites à Misopá Chinal et à Sabanilla).

    Communautés de personnes déplacées :
     

    Celles-ci sont formées des familles qui ont été déplacées de leurs lieux de résidence à cause de la "guerre de basse intensité" qui se manifeste par les agissements de groupes paramilitaires dont les noms varient selon les zones dans lesquelles ils opèrent (voir les témoignages à cet égard). Ces familles sont expulsées de façon violente de leurs communautés d'origine et dépossédées de leurs maisons, habillements, terres et animaux, d'où l'état précaire dans lequel elles se trouvent aujourd'hui. Lors de nos visites, nous nous sommes entretenus avec des personnes déplacées qui avaient trouvé refuge auprès des "aguascalientes ", dans les municipalités autonomes, dans la Zona Norte, ou qui avaient créé de nouveaux emplacements.
     
     

  3. VISITE À LA ZONE DE LOS ALTOS
1.1 VISite d'une délégation de la Commission à la zone de Polhó, effectuée le 18 février 1998

Situation de la zone :

Dans la Municipalité autonome de San Pedro Chenalhó, à Polhó pour être plus précis, il y a 6 247 personnes déplacées installées dans des campements.

C'est vers ces campements que la Commission s'est dirigée. Il n'y a eu aucun obstacle de la part de l'Armée fédérale, de la police ou de l'Immigration pendant le parcours depuis San Cristóbal de las Casas, quelques quinze kilomètres, même si nous sommes passés devant trois campements de l'Armée fédérale, d'où nous avons pu apercevoir des postes d'observation, des postes de mitrailleuses, des camions de transport et de l'artillerie légère.

Polhó qui est le chef-lieu de la municipalité autonome de Chenalhó, est composée de 42 communautés et hameaux, qui sont cordonnés avec onze autres municipalités autonomes situées dans la Zone de Los Altos.

À l'arrivée au chef-lieu, nous avons été reçus par plus de deux milles indiens qui formaient deux files jusqu'au terrain de basket où le conseil autonome de Polhó et des centaines de personnes nous attendaient. Il nous ont remercié de notre présence et nous ont dit que nous allions visiter les divers campements des personnes déplacées et qu'un entretien avec le conseil autonome aurait lieu dans l'après-midi. Nous avons à notre tour remercié nos hôtes pour leur acceuil et nous leur

avons expliqué la raison de notre présence.

      1. Rencontre avec le conseil municipal autonome de Polhó à 16 h le 18 février 1998.

      2.  

         
         
         

        Le texte qui suit a été lu par le maire autonome de Chenalhó à la Commission à Polhó le 18 février :

        1. Les soldats de l'Armée fédérale protègent les paramilitaires de chaque communauté et obligent chaque paramilitaire priiste à boire de l'alcool et à semer de la marijuana. Dans un des campements, le numéro 2, ils obligent les femmes à se prostituer. Dans le campement de Xoyep, les soldats ont délogé les personnes déplacées à l'aide d'hélicoptères et ils ont blessé des femmes à l'arme blanche. Au campement 8 de Poconichim, ils sont en train d'établir une brasserie et le 16 février une livraison importante de bière y est arrivée.

        2. Les soldats fédéraux entourent tous les campements. Le gouvernement fédéral et de l'État leur ont envoyé les armes et les munitions, et ces autorités savent très bien combien de paramilitaires il y dans chaque communauté et qui sont les auteurs intellectuels des gestes de ces derniers : il s'agit de Sr. Julio César Ruiz Ferro et son secrétaire Uriel Jarquín... nous exigeons que ces assassins soient poursuivis immédiatement.

        3. Aujourd'hui les avions ne nous survolent pas parce qu'ils savent que vous êtes ici. Le gouvernement prend soin pour ne pas se dévoiler au monde.

        4. Les paramilitaires s'organisent dans le but d'attaquer à nouveau les personnes déplacées. Même si celles-ci souhaitent rentrer dans leur communauté d'origine, elles ne peuvent le faire car les agresseurs sont toujours en liberté et parce que le Procureur général de la république n'a toujours pas fait de geste. C'est pour ces raisons que les personnes déplacées vont encore rester ici.

        5. Le Procureur général de la république dit qu'il fera des gestes, mais seulement après avoir écouté des témoignages. Or, les véritables témoins sont les 45 morts. Nous n'autorisons plus nos citoyens à se rendre à San Cristóbal témoigner, car se sont eux, et non le Procureur, qui doivent débourser les frais de déplacement et qu'ils n'ont pas d'argent. De toute façon, leur témoignage n'est pas pris en considération par le Procureur.

        6. La Commission nationale des droits de la personne (instance du gouvernement fédéral mexicain) maintient que la loi ne lui permet pas de poursuivre ou d'identifier les responsables du massacre (d'Acteal). Selon la loi, cette tâche revient au Procureur. Disons que c'est le gouvernement qui fait la loi, c'est donc lui qui empêche que justice soit faite, c'est un mauvais gouvernement.

        7. Le mauvais gouvernement barre le chemin aux étrangers nationaux et internationaux invoquant que ces derniers sont des conseillers zapatistes. Le gouvernement se trompe totalement parce que, comme l'explique notre communiqué de presse, nous avons invité les étrangers en tant qu'observateurs, pour qu'ils témoignent de ce qui se passe chez nous, dans la municipalité autonome de Polhó, Chiapas, pour qu'ils témoignent de toutes les menaces.

        8. Mais si les autorités cherchent une solution, il faut qu'elles appréhendent les assassins, qu'elles respectent les accords de San Andrès Sacamchen de los pobres qu'elles ont signé de leur propres mains et qu'elles retirent immédiatement les soldats de chaque communauté et municipalité de l'État, et il y aura une solution.

        Domingo Pérez Paciencia

        Président du Conseil municipal autonome de Polhó, Chiapas. Mexique.
         
         

      3. Visite à poconichim, municipalité autonome de Polhó, le 18 février. Entretien avec un représentant local

      4.  

         
         
         

        Après la réception accordée par les citoyens de Polhó à la Commission, une de ses délégations s'est dirigée vers le village de Poconichim.

        Quelques 600 personnes d'ethnie tzotzil déplacées de Yashemel demeurent à Poconichim. Après le massacre d'Acteal, à la sortie de la communauté de Poconichim (à environ 50 mètres de la route), la Police de la sécurité publique et de l'Armée fédérale ont toutes les deux érigé un campement où 200 personnes y habitent. Ces personnes déplacées habitent seize maisons, trois ou quatre familles étant logées par maison.

        Les faits dénoncés :

        À Poconichim, les personnes déplacées ont dénoncé avoir subi, dans leur communauté d'origine, des attaques de la part de l'organisation paramilitaire priiste Grupo Máscara Roja (Groupe masque rouge), "la même qui a perpétré le massacre d'Acteal " (ces attaques eurent lieu le 24 mai et le 15 novembre 1997. Un indien est mort lors de chaque assaut). Ces personnes dénoncent aussi que, maintenant, les paramilitaires s'approchent de leurs maisons à l'aube, à une distance où ils peuvent écouter les conversations. L'Armée n'est pas encore intervenue, bien qu'elle ait des effectifs stationnés à 200 mètres du village. Les personnes dénoncent aussi que "les militaires dressent parfois des barrages à l'entrée du village et qu'ils patrouillent la région pour contrôler la circulation". Elles signalent également que les groupes paramilitaires sont formés par une cinquantaine de personnes qui sont originaires de trois colonies où ils observent les mouvements des déplacés. Ces trois colonies sont Chorros, Colonia Puebla et Yashemel, et les paramilitaires sont dotés de fusils automatiques avec lesquels ils ont tiré sur les maisons des déplacés qui tentaient de rentrer dans leur village.

        Une femme a raconté comment des hommes en uniforme de la Sécurité publique ont débarqué chez elle et ont contraint son mari à les accompagner à quelques mètres de la maison où ils l'ont déshabillé et tué en lui tirant plusieurs fois dans la tête, puis lui ont coupé la langue, le tout en présence de sa famille. La femme s'est réfugiée dans la forêt avec ses six enfants et ne sait plus comment subvenir à leur besoins. Elle a ajouté que les mêmes hommes (responsables de la mort de son mari) ont séquestré aussi cinq personnes des bases de soutien zapatiste dans une école et ont exigé une rançon de 6 000 pesos pour leur libération. En dernier lieu, la femme a indiqué que deux femmes ont été violées lors de cette séquestration par la Police de sécurité publique.

        Durant la visite à Poconichim, des observateurs, accompagnés de quatre indiens de la même communauté, se sont entretenus avec le lieutenant du détachement militaire. Celui-ci a indiqué que son travail dans la région était un "travail social". Face à cette affirmation, les indiens ont dénoncé "que tout cela ne correspondait pas à la vérité" et ils ont souligné "leur méfiance et leur peur des militaires".

        Quant aux questions sanitaires, les personnes dans les campements et dans les communautés coïncident dans leur dénonciation de la Croix Rouge mexicaine. Ce qui ressort le plus souvent est la critique "que les médecins ne s'occupent pas d'eux correctement, arrivent toujours en retard et effectuent leurs tâches sans application". Ces personnes dénoncent aussi que les médecins administrent très peu de vaccins, qu'ils ne font jamais de radiographies et que les médicaments offerts sont périmés. Elles soulignent également les problèmes qui subsistent chez les femmes enceintes au moment de l'accouchement et l'affaiblissement dont elles font l'objet en raison de l'indisponibilité des médicaments requis. Les femmes ont peur de se rendre à San Cristóbal de las Casas parce qu'il y à "des médecins qui procèdent à des césariennes". La majorité des femmes des campements sont soignées par des sages-femmes communautaires.

        On accuse le groupe paramilitaire connu sous le nom de Masque rouge, d'empêcher les personnes déplacées de rentrer à Yashemel et de leur avoir volé tous leurs biens (linge, télévisions, outils de travail,...). Lors de la dernière incursion des paramilitaires, le 15 novembre dernier, ils ont volé tout se qui restait à l'intérieur des maisons ainsi que la récolte de café. Elles racontent que depuis cette date les familles ne peuvent plus retourner travailler à la plantation de café et qu'un membre du PRI les a menacé de mort si elles tentaient de rentrer chez elles.

        Elles disent que les soldats de l'Armée fédérale et de la police leur offrent des médicaments et des aliments contre la dénonciation de prétendus miliciens ou insurgés zapatistes. La question constante est : où est Marcos ? En général , elles répondent qu'elles ne sont que des bases de soutien zapatiste.

        Quelques autres cas : une personne déplacée qui passait près de la Police de la sécurité publique s'est fait voler 50 pesos par les agents de la Police qui l'ont obligé à se déchausser, l'ont agressé physiquement et l'ont obligé à courir en menaçant d'ouvrir le feu sur elle. On signale que 50 pesos représentent plusieurs journées de travail.

        La Commission a également été informée que les personnes déplacées n'ont pas le droit d'enterrer leurs morts parce que des vigiles du PRI menacent de les cribler de balles, ainsi, elles ne savent pas où les enterrer.

      5. Visite aux autres communautés de personnes déplacées

      6.  

         
         
         

        Dans le but de s'entretenir avec les personnes déplacées, la Commission s'est divisée en plusieurs groupes qui se sont rendus aux campements de Polhó, n° 3, 4, 5, 6, Cocal-2, la communauté Casa de la Luna et la Municipalité Autonome de Poconichim.

        Les personnes déplacées vivant dans ces campements signalent aux membres de la Commission que par peur de se faire attaquer, elles n'osent pas s'éloigner des campements, et qu'elles dépendent donc d'une aide extérieure pour subvenir à leurs besoins. La Commission observe qu'elles vivent à ciel ouvert et, que pour se protéger de la pluie et du froid intense, elles n'ont que des espèces de baraques confectionnées avec du plastique, du carton et soutenues par des branches. De six à quinze personnes vivent dans chacune de ces constructions de fortune.

        Les conditions hygiéniques et sanitaires sont quasi inexistantes. Les maladies les plus fréquentes celles liées aux complications des voies respiratoires, intestinales, parasitaires et à la malnutrition. Il y a eu des cas de mort chez les enfants par pneumonie et par bronchite.

        La visite au campement de la Croix Rouge mexicaine de Poconichim a donné lieu à un entretien avec Cipriano Villega Apocada, délégué de l'État au Chiapas, qui indique que huit médecins œuvrent dans la zone. Ces derniers sont répartis entre Poconichim, Acteal, Xoyep et Polhó et sont responsables de la répartition dans la zone des médicaments et des aliments, ainsi que des vaccins. En ce qui concerne la salubrité de l'eau, il signale "La croix Rouge" pourrait fournir de l'eau potable mais que les "déplacés" n'en veulent pas préférant boire de l'eau de la couleur des briques. Il affirme que c'est un problème culturel et "qu'ils n'ont pas d'hygiène ni pour la toilette ni pour le ménage". Il affirme qu'ils assurent des consultations médicales et des transferts à l'hôpital . En ce qui concerne le retour chez elles des personnes "déplacées", il dit que "la Croix Rouge" s'est proposée de les aider à rentrer mais elles ont refusé cette aide.

        Dans les communautés de personnes déplacées, il n'y a pas d'écoles et la majorité des personnes ne comprennent pas et ne parlent pas l'espagnol.

        De retour à San Cristóbal de las Casas, la Commission a observé un barrage militaire à la sortie de Polhó.

        Témoignages et dénonciations :

        Le Conseil municipal autonome de Chenalhó nous informe que depuis que les indiens de la région se sont mis à organiser leur propre municipalité dans le but de fomenter la participation active des citoyens et la lutte pour leurs justes revendications, il y a eu de nombreux morts, beaucoup de maisons incendiées et des milliers de personnes déplacées vers les montagnes et autres communautés. Il nous ont déclaré aussi que l'autonomie préconisée par les communautés indiennes n'équivaut pas à un appel à la séparation de l'État, mais que c'est plutôt une façon de permettre aux communautés indiennes de participer au sein de leur société en tant que personnes citoyennes à part entière.

        La Constitution prime que toutes les personnes ont droit à la terre, aux forêts et à leur exploitation. L'autonomie n'est pas mise en avant dans le but de détruire la nation, mais pour unir tous les indiens et les autres, afin que de cette égalité naisse une seule voix.

        Dans les diverses zones visitées, on nous explique l'origine de leur condition de réfugié, loin de leurs maisons : dans leurs communautés d'origine, des vols d'avions militaires à basse altitude ont lieu constamment, des militaires et fonctionnaires de la Police Judiciaire effectuent fréquemment des incursions dans les communautés sans autorisation et intimidant ceux qui leur demandent d'expliquer leur présence. On nous dénonce aussi la coupe d'arbres sur les terrains communautaires pour y faciliter l'installation d'un campement militaire.

        On dénonce également des attaques des groupes paramilitaires qui volent ou qui détruisent les biens personnels, les outils, les animaux, les machines, les récoltes. Les paramilitaires, pour être libres d'incendier ou de détruire un village, tuent ou blessent la population à coup d'armes à feu, afin qu'elle fuit de chez elle. Les personnes déplacées identifient par leur nom les membres des groupes paramilitaires et dénoncent des achats d'armes par les autorités municipales priistes, livrées dans des ambulances blanches.

        Liste des assassins présumés, membres de groupes paramilitaires, telle que soumise à la Commission par les communautés visitées.

        Chenalhó :

        Antonio Pérez Pérez, Mariano Pérez Gómez, Antonio Pérez Gómez, Bernabé Gómez Giménez, Javier Pérez Gómez, Antonio Pérez Pérez, Pedro Pérez Hernández, Pablo Pérez Moreno, Juan Jiménez Pérez, Mariano Pérez Pérez.

        Total : 10 agresseurs

        Tzajalhucum :

        Pablo Hernández Pérez, Juan Hernández Pérez, Nicolás Hernández Pérez, Mariano Pérez Pérez, Mateo Pérez Paciencia, Manuel Gómez Pérez, Andrés Gómez Pérez, Juan Gómez Ruiz, Miguel Gómez Ruiz, Juan Oyalte Pérez, Mariano Luna Pérez, Mariano Luna Pérez, Pedro Luna Gómez, Mateo Pérez Oyalte, Antonio Pérez Pérez, Victorio Pérez Oyalte, Juan Pérez Paciencia, Pablo Luna Ruiz, Antonio Pérez Luna, Manuel Pérez Luna, Sebastián Luna Pérez, Samuel Luna Pérez, Mariano Jiménez Pérez, Juan Jiménez Pérez, José Pérez Luna, Mariano Hernández Pérez

        Total : 26 agresseurs

        Jibeljoj :

        Victorio Jiménez Santís, Bartolo Pérez Jiménez, Bartolo Santís Vázquez, Marino Gómez Pérez, José Gómez Pérez, Benjamín Gómez Pérez, Roberto Pérez Arias, Antonio Vázquez Gómez, Francisco Gómez Pérez, Victorio Ruiz Pérez, Faudino Gómez Pérez, Mariano Jiménez Pérez, Cristóbal Pérez Tus, Juan Gutiérrez Pérez, Tomás Pérez Ruiz, Agustín Montes Jiménez, Mateo Pérez Pérez, Mariano Gutiérrez Pérez, Manuel Pérez Pérez, Javier Gómez Pérez, Manuel Gómez Pérez, José Ruiz Pérez, Miguel Pérez Pérez, Juan Gutiérrez Guzmán.

        Total : 24 agresseurs

        Tzanembolom :

        Emilio Rodríguez Méndez, Diego Rodríguez Méndez, Mariano Hernández Gutiérrez, Manuel Gómez Vázquez, Agustín Arias Hernández, José Gómez Pérez, Antonio Gómez Pérez, Mariano Gómez Pérez, Ovidio Gómez Guillén, Manuel Jiménez Méndez, Fernando Gutiérrez Guzmán, Manuel Pérez Pérez, Gilberto Arias Pérez, José Gutiérez Vázquez.

        Total: 14 agresseurs

        Los Chorros :

        Antonio Santiz López, Pedro Menéndez López, Diego Hernández Gutiérrez, Alonso Entzin Jiménez, Juan Santiz Entzin, Ernesto Luna Guzmán, Bartolo Pérez Vázquez, Victorio Tuiz Pérez, Roberto Méndez Gutiérrez, Sebastián Méndez Arias, Agustín Méndez Pérez, Antonio Méndez Jiménez, Domingo Entzin López, Martín Entzin López, Pedro Entzin López, Agustín Santiz Gómez,Juan José Santiz Entzin, Pedro Santiz Entzin, Enrique Girón Luna, Vicente Ortíz Vázquez, José Ortíz Vázquez, Lorenzo Ruíz Gómez, Alfonso López Luna, Antonio López Hernández, Mariano Jiménez Pérez, Alonso Girón Hernández, Alonso Méndez Pérez, Bartolo Vázquez Pérez, Vicente Gómez Giménez, Manuel Pérez Méndez, Cristóbal Pérez Méndez, Mariano Pérez Méndez, Lorenzo Pérez Méndez, Pedro Luna Pérez, Mariano Girón Hernández, Miguel Vázquez Pérez, Lorenzo Gómez Hernández, Antonio López Ruiz, Felipe Gómez Santiz, Agustín López Pérez, Diego Luna Entzin.

        Total : 41 agresseurs
         
         

      7. Visite à la communauté de las Abejas à Acteal. Le 18 février 1998.
Situation de la communauté :

A partir de Polhó, un des bus de la Commission s'est dirigé vers la communauté de personnes déplacées d'Acteal où s'est déroulé le massacre du 22 décembre dernier. Le bus a été arrêté en chemin par des agents de l'Immigration qui l'ont retenu pendant près d'une heure et demie. Il n'y a pas eu d'autre problème à signaler. Le long du chemin, la Commission a dénombré deux campements militaires abondamment équipés en blindés, camions et artillerie légère.

Acteal est une communauté qui se trouve près de la route qui mène à Polhó et est formée de quelques 400 personnes dont la majorité sont déplacées. Celles-ci s'étaient réfugiées ici après avoir été menacées par les paramilitaires. La Commission a été accueillie par toute la communauté sous une bâche de plastique improvisée, à côté de l'ermitage dans laquelle la population s'était réunie quelques instants avant que ne survienne le massacre.

La commission observe ce qui suit :

  1. La seule habitation qui peut protéger du froid et de la pluie est l'ermitage, la bâche et deux constructions précaires, dont une qui sert de cuisine communautaire.
  2. L'extraordinaire densité de personnes proportionnellement à l'espace réduit dans lequel elles se déplacent et d'où elles disent ne pouvoir sortir à cause des barrages militaires. C'est comme une prison à ciel ouvert.
  3. La cohésion communautaire qui existe au sein du collectif. Il est évident que la communauté vie encore sous le choc du massacre du 22 décembre dernier. Le cimetière qui a été crée pour les victimes pèse sur la communauté : 45 cierges allumés, l'image de la vierge de Guadaloupe, des fleurs, etc.
  4. Avec ordre et calme, le président de la communauté de Las Abejas, le catéchiste chargé de la communauté chrétienne et les membres de famille des morts, nous ont adressé la parole. Leurs témoignages sont rapportés plus bas.
  5. La Commission a pu voir les impacts des balles dans les murs en bois de l'ermitage et les blessures provoquées par balles dans les jambes et la poitrine des trois garçons et d'une fillette.
Témoignages :

Le représentant de la Société civile d'Acteal "Las Abejas", nous explique que cette société civile a vu le jour en 1992 pour réagir aux fausses accusations d'homicide que les autorités municipales avaient portées contre cinq compagnons, condamnés à vingt ans d'emprisonnement.

Il explique que ce genre d'accusations sont portées contre des personnes qui n'appartiennent pas au PRI, et que par conséquence, "Las Abejas" a été créée pour servir de contrepoids au PRI. Les autorités, a-t-il poursuivi, obligent les personnes à adhérer au PRI même si ces dernières ne veulent pas en faire partie. Le massacre du 22 décembre a été perpétré parce que les personnes d'Acteal ne faisaient pas partie du PRI.

Le principe le plus sacré de la société "Las Abejas", ajoute son représentant, est de ne pas prendre les armes, pour aucune raison, même pas pour se défendre. Son esprit de paix est ainsi poussé à l'extrême. Non seulement elle cherche la paix, mais elle est pacifiste. C'est pour cette raison qu'elle a été attaquée, et il s'agit d'une attaque lâche parce que les paramilitaires savaient fort bien que la communauté n'allait pas répondre par les armes. La communauté est entièrement d'accord avec les revendications zapatistes contre l'oppression, contre la pauvreté, pour le droit de vivre sur la terre, pour la dignité, etc., mais elle ne prendra pas les armes.

Le représentant ajoute que cela fait plus de trois ans que l'Armée mexicaine et la Police de sécurité publique ont commencé à s'approprier les terres, à incendier des maisons et à brûler les récoltes afin de détruire le tissu social. Jusqu'ici, une situation comparable n'avait jamais été vécue.

Il ajoute que ce qui urge actuellement c'est le retrait de l'Armée, parce que c'est elle qui a assassiné, incendié les maisons et donné lieu à la prostitution. C'est pourquoi la communauté rejette l'aide de l'Armée. Depuis le massacre d'Acteal, l'Armée s'est mise à réaliser un travail social : distribuer des aliments, agir en tant que coiffeur, dentiste... La communauté ne veut pas de cette aide. Quitte à avoir faim, il est exclu d'accepter la nourriture des mains de ceux qui ont tué ses parents et ses enfants. La communauté veut que l'Armée s'en aille car elle croit qu'il s'agit d'une nouvelle tactique de dissimulation, mais elle ne l'acceptera pas.

À la suite de ces déclarations, il nous soumet le document de la fondation de la société et le communiqué émis après le massacre qui comprend les revendications de la communauté.

Le représentant de la communauté chrétienne vivant dans la communauté, explique que cette dernière est catholique et que son option pour la paix est une conséquence de sa foi en dieu : "Notre non-violence est une application de l'évangile. Par exemple, nous avions raison de craindre que nous pourrions être victimes des paramilitaires parce que la veille du massacre les paramilitaires avaient tenté d'attaquer la communauté avoisinante. Alors, notre Délégué de la parole, nous réunit à l'intérieur de l'ermitage pour que nous puissions prier pour éviter l'attaque car la prière est notre principale arme. Ainsi parlait le Délégué quelques instants avant que n'arrivent les paramilitaires : "Frères, prions dieu pour qu'ils ne nous tuent pas et pour que la paix règne dans nos communautés et partout au Chiapas, et que puissions continuer à travailler ensemble. Cependant, s'ils parviennent à nous tuer, sachons que le plus important est que nous sachions donner la vie. Espérons que dieu ne voudra pas qu'il en soit ainsi". C'est ce qu'il dit. Il s'appelait Alonso. "Peu de temps après, les paramilitaires sont arrivés et des tirs s'en sont suivis de dix heures et demie du matin jusqu'à cinq heures du soir. Les gens se sont mis à courir de partout. L'Armée qui était tous près, et qui entendait tous les coups de feu, a attendu que le tout soit terminé avant d'arriver. C'est quand tout était déjà achevé et que tous les cadavres étaient empilés dans la grotte, que l'Armée est arrivé en nous disant qu'elle venait nous protéger des paramilitaires".

Viennent ensuite quinze personnes (parmi lesquelles les parents des blessés et des membres de la communauté qui priaient également lors de l'attaque des paramilitaires). Ils ont tous la même version des faits et du déroulement du massacre : les mots du Délégué de la Parole, la façon dont les maisons ont été incendiées, la façon dont ils ont réussi à se cacher, l'apparition de l'Armée quand tout était déjà terminé.

Ils sont tous d'accord sur la raison du massacre : pour ne pas avoir été membres du PRI et parce qu'ils étaient une cible facile puisqu'ils ne possèdent pas d'armes, fait connu par les paramilitaires.

Ils dénoncent à l'unanimité les conditions actuelles :

- ils vivent un véritable état de siège militaire : surveillance, 80 incursions en moyenne par jour, des vols en basse altitude, des intimidations,

- ils n'ont pas été en mesure de récolter le café parce qu'ils ne peuvent plus sortir de l'enceinte de la communauté et qu'ils ne pourront pas semer la prochaine récolte,

- ils vivent de l'aide internationale, du riz et des haricots. Mais cette aide ne peut perdurer indéfiniment et l'Armée essaie d'entraver son arrivée. Il y a des réfugiés dans d'autres campements qui vivent eux aussi un siège. Les campements priistes, par contre, sont libres, et reçoivent de l'aide et des armes,

- les assassins sont toujours en liberté. Au début, ils ont été emprisonnés, mais ont été remis en liberté et ils vont et viennent librement près de la communauté. Ils ont le sentiment qu'il n'y a pas de justice.

- ils partagent un sentiment de terreur, de peur, de panique, d'être abandonnés et en même temps remercient la Commission en espérant qu'elle pourra "expliquer notre vérité au monde",

- devant tout ce qui est énuméré ci-dessus, ils rejettent le prétendu "travail social" de l'Armée.

À la suite de ces déclarations, la communauté a montré à la Commission les impacts de balles dans la chapelle et partout où il y en avait, ce qui est bien une preuve qu'ils ont été pourchassés durant de longues heures le 22 décembre. La Commission a ensuite visité le cimetière au centre duquel à été installé un petit autel et l'image de la vierge de la Guadaloupe qui sera un lieu de prière et de souvenir. Avant de faire ses adieux, la communauté a préparé un repas de riz et d'haricots pour la Commission.
 
 

CONSTATATIONS

1. Bien qu’à Acteal, la fonction de la Commission ne soit pas d'enquêter sur le massacre du 22 décembre (ceci incombe aux autres commissions qui ont été créées à cette fin, et ces événements ont déjà été dûment documentés), nous affirmons que lors de notre visite d'une journée à Acteal, nous avons pu observer que les descriptions des circonstances du massacre faites par les survivants coïncident toutes et que ceci est d'une valeur précieuse à l'éclaircissement des faits.
 

2. La communauté vit actuellement un état de siège militaire, à l'intérieur d'une prison à ciel ouvert. Certes, lors de notre visite il n'y a pas eu d'incursion militaire, de vols de basse altitude, de menaces proférées par l'Armée ou par des groupes paramilitaires. Cependant, le fait que tous les témoignages concordent ne laisse aucun doute, les Indiens n'ont pu ni semer ni récolter et ils n’ont plus aucun moyen pour vivre.
 

3. Les conditions de vie (santé, éducation, hygiène, alimentation, surpopulation, protection contre le froid) maintiennent la communauté dans un état inhumain. Depuis le massacre de 45 de ses membres innocents, la vie est devenue extrêmement difficile, ce qui a poussé la communauté au bord du désespoir. Dans ce contexte, le refus de l'aide offerte par l'Armée est un acte important, significatif de la volonté des Indiens de ne pas perdre leur dignité face aux assassins.
 
 

DOCUMENTATION SOUMISE À LA COMMISSION

  1. Acte de constitution de Las Abejas.
"Las Abejas de Chenalhó" s'est constituée en organisation le 10 décembre 1992. Le nom que s'est donné l'organisation de Las Abejas (les abeilles) reflète sa structure. Elle est dotée d'une reine. La reine vit dans le même espace vital que ses abeilles et toutes travaillent ensemble dans un seul lieu. Elles ne se divisent pas. La Reine ne supporte ni les injustices ni la violence ou l'emprisonnement. Elle veut que tous les êtres soient libres.
 

L'organisation a été créée en réaction aux violations des droits de la personne qu’ont subis cinq de nos compagnons. Ceux-ci ont été faussement inculpés pour meurtre, viols et vols. Les autorités municipales les ont inculpés, mais ni les autorités municipales ni les fonctionnaires du Ministère public n’ont effectué d’enquête pour prouver les accusations. L'ancien gouverneur José Patrocinio González Blaco Garrido a ordonné que nos cinq compagnons innocents soient condamnés à vingt ans de prison. Les vrais responsables du meurtre en question, des vols et des viols, sont restés libres jusqu'à ce que " les abeilles " s’organisent et qu’elles exigent la libération de leurs compagnons. Après avoir passé 27 jours en prison, ces derniers ont enfin été libérés.
 

C'est pourquoi l'organisation Les Abeilles a vu le jour : afin d’obliger le gouvernement du Chiapas à enquêter et à ne pas emprisonner des personnes innocentes. C'est aussi pourquoi nous ne nous sommes pas divisés jusqu'à présent et pourquoi nous ne lâchons pas prise.

Dénonciations :
 

L'organisation de la société civile en faveur de la paix " Terra Sagrada de los Mártires de Acteal " (Terre sacrée des martyres de Acteal), municipalité de Chenalhó, Mexique, 18 février 1998, s'adresse :
 

à l'opinion publique,

au Gouvernement fédéral de la République mexicaine,

à tous les gouvernements du monde,

au Parlement européen,

aux peuples solidaires avec les droits autochtones,

aux médias nationaux et internationaux,

à l'O.N.U.
 

Depuis des siècles nous avons souffert parce que nous n'étions pas conscients de nos droits garantis par notre constitution. Le gouvernement fédéral et celui de l’État nous ont nié nos droits. A la campagne nous n'avons pas le droit à la terre.
 

Voilà plus de trois ans que l'Armée mexicaine et la Police de sécurité publique (PSP) sont entrées dans les communautés des différentes régions du Chiapas et en ont pris possession. D'énormes problèmes et une décomposition du tissu social résultent de l'action de l'Armée et de la PSP. C'est une situation que nous n'avions jamais vécue auparavant.

Depuis quelques temps et jusqu'à ce jour, dix-huit casernes, détachements militaires et postes de migration se sont installés dans la région.
 

Les autorités n'ont rien fait pour empêcher le massacre d'Acteal du 22 décembre dernier. La guerre de basse intensité continue contre nos communautés. Ses effets sont perceptibles et c'est pour cela que nous exigeons :
 

un procès, conformément à la loi actuellement en vigueur, à l'encontre des présumés responsables, des auteurs intellectuels et matériels ainsi que des complices de l'ancien gouverneur, à savoir, Julio César Ruiz Ferro, Homero Tobilla Cristiani, Antonio Besares Escobar, Jorge Enrique Hernández Aguilar, Antonio Pérez Hernández, Uriel Jarquín Galvez, David Gómez Hernández, Jorge Gamboa Solís, Manuel Ansaldo Meneneses, José Luis Rodríguez Orozco, Roberto García Rivas, Julio César Santiago Díaz, Antonio del Carmen López Nuricumbo et Roberto Marín Méndez Gómez.
 

Dans des campements civils pour la paix, paralysés par la terreur et l'angoisse, les survivants du massacre, enfants et personnes âgées, en sont déjà à 59 jours, soit 1416 heures, de souffrances dues à la faim, au froid, à la pluie, à la douleur et à la peur.

  1. Nous exigeons que la lumière soit faite rapidement sur le déroulement du massacre d’Acteal et que les présumés responsables, organisateurs ou participants soient arrêtés.
  2. Le désarmement de tous les groupes paramilitaires des diverses régions du pays.
  3. La démilitarisation de toutes les régions et États du pays.
  4. Le respect des accords de San Andrés Larráinzar sur les droits et la culture des peuples indiens.
  5. Une évaluation de la perte des récoltes.
  6. L'indemnisation pour les maisons, biens et récoltes détruits.


Fraternellement,
 

Signé par les six représentants de Las Abejas de Chenalhó, Chiapas et les représentants de 24 communautés de Abejas de Chenalhó.

1.2 VISITE A LA MUNICIPALITÉ DE PANTELHÓ, le 18 février 1998.
 

Peu de temps avant d'arriver à San Cristóbal, la Commission avait reçu l'invitation de se rendre dans un campement de réfugiés situé dans la municipalité de Pantelhó afin d’observer la situation dans laquelle ils se trouvent et dont l’existence n'avait pas été rendue publique. Une délégation de la Commission a accepté l'invitation et s'est rendue sur place. Sur la route qui mène de Polhó à Pantelhó, la délégation a été retenue pendant près de deux heures par des agents des services de l’Immigration pour un contrôle. L’examen fastidieux des documents migratoires terminé, la délégation a pu poursuivre sa route. La délégation a constaté la présence de nombreux campements militaires, qui sont installés au sein des villages mêmes, comme c'est le cas à Acteal. La présence des soldats conditionne le déroulement normal de la vie quotidienne des Indiens. L'Armée s'est installée sans se préoccuper des populations des communautés et précisément sur des terrains qui avaient une fonction sociale ou productive. Dans chaque campement militaire il a été possible d'observer des pancartes qui portaient l'inscription "Travail Social".

La délégation s’est rendue ensuite à pied, par des sentiers de mule. Elle est parvenue à destination, constatant à quel point cette communauté est difficile d’accès, à quel point elle est isolée. Cette communauté s'est proclamée municipalité rebelle de Santa Catalina, alors qu’elle appartenait jusqu’ici à la commune de Pantelhó. La Commission a procédé à quatre entretiens avec des personnes déplacées.

1.2.1.ENTRETIEN RÉALISÉ AVEC DEUX RÉFUGIÉES PROVENANT DE LA COLONIE CHITMUK'UM, SITUÉE DANS LA COMMUNAUTÉ NUEVO PROGRESO Municipalité de SANTA CATALINA (auparavant Pantelhó), le 18 février 1998.
 

Situation dans laquelle se trouve la communauté :
 

La communauté de Nuevo Progreso accueille treize familles de réfugiés, qui regroupent 96 personnes. Cette communauté est située à plusieurs heures de marche du chef-lieu.
 

Les personnes avec lesquelles la délégation s'est entretenue affirment qu'il est faux de croire que le gouvernement construit des routes et des hôpitaux. En réalité, la communauté ne reçoit aucune aide. Elle n’est pas équipée de système sanitaire, ne possède ni école ni équipements sociaux.
 

Elles nous informent de l’existence d'une école dans la communauté voisine. Cependant, les instituteurs qui y travaillent, n'y restent que peu de temps et il n'y a donc pratiquement pas de cours.
 

Par rapport aux conditions sanitaires, les personnes déclarent à la Commission que la clinique la plus proche est à Pantelhó, à quatre heures de marche. Les malades doivent y être transportés manuellement et les femmes accouchent le plus souvent dans les montagnes. Par ailleurs, les maladies intestinales sont fréquentes en raison de la mauvaise qualité de l'eau. Les personnes déclarent enfin qu’elles ne disposent pas de médicaments.
 

Faits dénoncés :
 

Les personnes ont dénoncé que le 2 octobre dernier, des groupes paramilitaires ont réalisé une incursion dans le village d'origine de la communauté et ont expulsé les treize familles mentionnées. Celles-ci ont fuit le village, y laissant leurs biens et emportant seulement le linge qu'elles portaient. Elles affirment que les paramilitaires auraient justifié leur incursion en disant que des sympathisants zapatistes demeuraient dans le village.
 

Le gouvernement est clairement dénoncé pour sa fourniture d'armes aux paramilitaires, armes qui sont ensuite employées pour assassiner les Indiens.
 

Les paramilitaires qui rôdent actuellement autour du campement, et les personnes expulsées et échappées de la communauté de Chitamuk'um craignent de nouvelles attaques de leur part ou d'être délogées par le gouvernement. Elles affirment que le président municipal de Pantelhó est responsable de la présence de groupes paramilitaires dans la région.
 

Elles déclarent que les Indiens de Nuevo Progresso ne sont pas armés et qu'en cas de nouvelle incursion des paramilitaires, ils ne pourront pas se défendre et devront tenter de se sauver en prenant de nouveau la fuite.

Revendications formulées à la Commission :
 

Les personnes remercient la Commission de s'être intéressée aux problèmes qui affligent les Chiapanèques et lui demandent de rapporter le fait que la communauté de Nuevo Progreso est privée de tout. Elles lui demandent d'expliquer la situation vécue par les communautés telle qu'elle a été racontée par les Indiens qui y vivent. Elles signalent enfin que la presse mexicaine ne rapporte pas les événements de façon objective.
 

Les Indiens de la communauté exigent le démantèlement des groupes paramilitaires et le respect des accords de San Andrés sur les droits et la culture des peuples indiens. Ils sont favorables à la mise en place d'un campement civil pour la paix et demandent l’aide de la Croix-Rouge internationale.
 

Les personnes signalent qu’elles parlent au nom de la communauté et exigent du gouvernement mexicain de l'aide alimentaire, du linge, des médicaments et des matériaux de construction, puisqu'elles lui imputent la responsabilité
de la misère dans laquelle elles se trouvent. D'après elles, le gouvernement mexicain "ne devrait pas continuer à soumettre son propre peuple à l'injustice, mais devrait plutôt mettre fin à son oppression, celle-ci étant caractérisée par les déplacements forcés et les assassinats perpétrés par les paramilitaires". Elles demandent au gouvernement mexicain d'établir les conditions pour la réalisation d'une paix digne et juste, une paix qui ne peut advenir qu’après démantèlement des groupes paramilitaires et octroi aux Indiens du Mexique de ce dont ils ont besoin pour vivre.

1.2.2.ENTRETIEN AVEC UNE FAMILLE REFUGIEE DANS LA COMMUNAUTE DE SANTA CATALINA (PANTELHO), LE 18 FEVRIER 1998. Situation de la communauté :Santa Catalina est une municipalité autonome de Pantelhó qui accueille 96 personnes déplacées réunies au sein de treize familles en provenance de la colonie Chitamuk'um. C'est à la suite de la visite réalisée par la Commission que ce campement de réfugiés a été connu de tous. Il y a une école et un centre de soins dans la communauté, mais aucun n'est opérationnel par manque de personnel.

La famille qui s'est entretenue avec la Commission est composée des parents, de quatre filles et de trois fils, dont l'aîné est âgé de dix ans. Elle vit sous un toit confectionné à partir d'une toile de plastique supportée par quatre bâtons. Elle reçoit de l'aide alimentaire grâce à la solidarité des communautés qui l'accueillent, mais de façon irrégulière. Il leur manque les biens nécessaires à la survie.

Faits dénoncés :Le 2 octobre dernier, vers une heure du matin, d'après le témoignage du père de famille, celle-ci a été réveillée par des coups de feu. Elle a abandonné immédiatement la maison et fuit. Elle a reconnu un groupe de soldats de l'Armée et des voisins, membres du PRI, en train de piller leur maison, emportant tous leurs biens (linge, bétail, poules, aliments, récoltes...). Dans la fuite, ils ont tout laissé y inclus leurs extraits de naissance.

Ce père de famille ajoute que la présidence municipale de la colonie Chitamuk'um a reçu des armes dans le but de former un groupe paramilitaire. Il accuse le président municipal d'organiser des bandes de paysans priistes armés dans pour qu'ils anéantissent les organisations paysannes. Il déclare que les priistes auraient vendu leur bétail afin de s'acheter plus d'armes.

Il dit avoir tenté de négocier avec le président municipal le retour de sa famille, tentative qui lui a valu des menaces de mort de la part du président municipal. Il dit que les priistes de la colonie Chitamuk'um sont toujours armés. De plus, ils ont affiché une pancarte à l'entrée de la colonie qui menace de mort ceux qui essaient de revenir et ils ont affecté des gardes pour veiller sur l'entrée du village de 18 heures jusqu'à 6 heures du matin, dans le but d'empêcher les expulsés de rentrer chez eux.

Il signale que la version des faits du président municipal au sujet de l'expulsion se limite à dire que le conflit n'est qu'une chicane entre paysans.

Revendications mises en avant :

Le père de famille, désigné porte-parole devant la Commission, aimerait retourner à sa communauté d'origine, travailler ses terres, s'occuper du bétail, nourrir sa famille et vivre en paix, de façon digne et juste. À plusieurs reprises pendant son témoignage, il reste fige, accablé par le désespoir.

1.2.3 ENTRETIEN AVEC UN RÉFUGIÉ DE LA COMMUNAUTÉ DE LA COLONIE CHITAMUK'UM, LE 18 FÉVRIER 1998. Situation de la communauté :Les résidents de cette communauté appartiennent à l'ethnie tzeltal. La communauté où ils se trouvent existe depuis treize ans. La terre donne de bonnes récoltes de maïs et de haricots (frijoles), mais ces récoltes ne sont pas suffisantes. Les réfugiés travaillent avec les membres de la communauté en échange de nourriture. Il y a treize familles déplacées : 96 personnes, dont 70 sont des enfants qui n'ont pas d'école à fréquenter.

La personne interviewée a déclaré que toutes les personnes déplacées de la colonie Chitamuk'um ont choisi cette communauté parce qu'elle est bien cachée et qu'elles y sont parvenues à la suite de l'action des paramilitaires du 2 octobre dernier.

Les faits dénoncés :

La personne interviewée affirme que les "guardias blancas" sont arrivés à sa communauté le 2 octobre et qu'ils ont incendié sa maison. Elle a été obligée d'abandonner, tous ses biens : bétail, poules, récoltes et café. La raison de son expulsion a été le fait d'appartenir aux bases de soutien de l'EZLN. Les "guardias blancas" venaient du village de Merced et ils étaient accompagnés du Juge municipal et de Manuel Pérez.

L'interviewée accuse les paramilitaires d'appartenir au PRI, mais affirme ne pas connaître le nom du groupe paramilitaire qui a attaqué sa communauté. Les agresseurs achètent les armes avec l'argent qui provient en partie du gouvernement et en partie de la vente du bétail des personnes expulsées.

Revendications mises en avant :

Les personnes déplacées souhaitent rentrer chez elles, soit retourner à leur communauté, que les "guardias blancas " soient désarmés et réclament une aide alimentaire et médicale.

1.2.4 ENTREVUE AVEC UNE FAMILLE DEPLACEE DE LA COMMUNAUTE DE COLONIA, REALISEE A CHITAMUK'UM LE 18 FEVRIER 1998. L'entrevue a été effectuée avec une famille de 6 personnes comprenant le père, la mère et 4 enfants en bas âge.

Situation de la communauté :

Les personnes interviewées déclarent que dans la communauté où ils se sont réfugiés, ils n'ont pas de terre et ne peuvent pas cultiver. Ils reçoivent un peu de nourriture de la communauté qui les héberge, et qui comprend déjà 40 familles. Ils ne savent pas jusqu'à quand ils devront rester dans cette situation, puisque selon eux, la solution est entre les mains du gouvernement, qui nie encore officiellement l'existence de personnes déplacées de la communauté de Colonia Chitamuk'um. Selon les réfugiés, le président municipal maintient qu'il n'y a pas eu d'expulsions et qu'il n'y a pas de conflit.

Quand ils vivaient encore dans leur communauté, la famille cultivait ses champs de maïs, de haricots, avait de la volaille et d'autres animaux, mais les paramilitaires leur ont tout volé.

Dénonciations :

Selon les déclarations des témoins, ils ont été expulsés de Colonia Chitamuk'um le 2 octobre 1997 à 6 heures du matin. Une cinquantaine d'hommes armés est arrivée et les a expulsés parce qu'ils appartenaient aux bases d'appui zapatistes. Les témoins ont rajouté que les militants du PRI ne permettent pas l'existence au sein de la communauté, d'autres groupes que ceux qui sont affiliés au PRI ou pro-gouvernementaux. Ils mentionnent aussi avoir été menacés à trois reprises avant d'être expulsés définitivement. Ils n'ont pas eu le temps de prendre leurs effets personnels avant de laisser leur demeure. Aujourd'hui, c'est un homme qui est "guardia blanca" qui vit dans leur maison. Ils disent que l'expulsion a été organisée par les autorités de la communauté, plus précisément par le commissaire de la commune (ejidal), un propriétaire terrien répondant au nom de Ernesto Cortés ; tout cela avec l'accord du président municipal et du juge municipal de Pantelhó. Toujours selon les témoins, le président municipal aurait donné des armes aux chefs de la communauté pour qu'ils puissent armer leurs gardes. L'Armée fédérale accompagnait les paramilitaires lors de l'expulsion.

Demandes de la communauté :Durant la visite de la Commission, les réfugiés ont manifesté le besoin de recevoir de l'aide matérielle - vêtements, nourriture, médicaments - Ils ont aussi demandé de faire en sorte que leur situation soit connue à l'extérieur. C'était la première fois que cette communauté de déplacés recevait la visite d'observateurs internationaux.

1.3 INCIDENTS SURVENUS DURANT LE VOYAGE À PANTELHÓ Le 18 février, les membres de la Commission se sont rendus dans la municipalité autonome de Polhó, où ils ont reçu un vibrant accueil de la population. À 10h15, une délégation de la Commission a repris la route pour se rendre à un campement de déplacés de Pantelhó. Chemin faisant, la délégation fut interpellée à un barrage d'agents de l'immigration, qui avec un zèle injustifié ont commencé à vérifier les papiers d'identité des observateurs. Cette vérification qui a duré près de deux heures, est venue compromettre l'horaire très serré de la Commission qui devait encore faire plusieurs heures de route et de marche pour se rendre à la communauté de déplacés. Les agents d'immigration n'ont pas voulu fournir aucune explication sur cette vérification, ils ont dit qu'ils faisaient simplement leur travail. Les délégués ont profité du temps perdu pour observer "in situ" l'intense militarisation de la zone et ont pu constater que l'Armée avait bien installé un campement précisément sur les terres où la communauté de Polhó installait traditionnellement ses ruches d'abeilles.