|
Note des traductrices/teurs
Dans ce rapport nous avons adopté un certain
nombre de principes de traduction, à savoir :
-
L'expression espagnole "Derechos humanos" a été
traduite par "Droits humains" et aussi par "Droits de la personne". La
traduction habituelle est plutôt "Droits de l'homme", mais cette
dernière expression nous a semblé trop connoté masculine,
laissant de côté les droits de la moitié de l'humanité.
-
Nous avons choisi de traduire les expressions espagnoles
"Indigena" par "Indien/Indienne", avec une majuscule, plutôt que
"Indigène" ou "autochtone". Cette traduction nous a paru la meilleure
compte tenu de certaines connotations des traductions littérales.
-
Certaines expressions espagnoles n'ont pas d'équivalent
en français. Nous les avons laissés telles quelles, faisant
en sorte que le sens de la phrase soit suffisamment explicite. De même,
un terme revient souvent dès qu'il est question de propriété
de la terre dans les communautés indiennes, c'est celui de "Ejido".
Une traduction approximative serait "terre communautaire". De fait, la
réalité juridique de l"Ejido" fait référence
à une attribution des terres soit familiale, soit communautaire.
En fait, nous avons choisi de garder le terme original, d'autant qu'il
représente un symbole historique fort dans la lutte des peuples
Indiens.
-
Afin de féminiser les textes du rapport, nous avons
choisi de rajouter un E majuscule à la fin du mot masculin. Ex :
IndienNEs. Nous aurions souhaiter appliquer cette correction à l'ensemble
du document, mais compte tenu de l'urgence, seulement une partie des textes
ont été corrigés. Nous nous en excusons auprès
de nos amies féministes.
Nous remercions nos amiEs espagnolEs pour leur travail
concernant l'élaboration du présent rapport. Ils et elles
ont été rapides et efficaces.
Nous remercions également les personnes qui,
de Montréal à Genève, en passant par nos belles provinces
françaises ont participé aux traductions.
Le rapport sera diffusé par le
COLLECTIF YA BASTA DE PARIS – 22, rue de Rosenvald
- 75015 – PARIS
Tel/Fax : 01 42 60 45 32
Site Internet : http://www.zapata.com/
Email : tony@zapata.com
La Commission Civile Internationale d’Observation des Droits Humains
au Chiapas, dédie l’ensemble de son travail à la mémoire
des deux indiens assassinés après avoir présenté
devant la commission, les témoignages de leur communauté.
José Tila López García, indien Chol de la communauté
de Tzaquil, assassiné le 21 février 1998. Les survivants
de l’attaque accusent le groupe paramilitaire Paz y Justicia d’être
le responsable de son assassinat.
Trinidad Cruz Pérez de Palenque, assassiné le 14 mars
1998, à coups de machette par trois individus supposés appartenir
au PRI.
Ces drames sont venus assombrir le travail de la commission. Que
leurs âmes et leur peuple retrouvent enfin la paix.
PREFACE
Ce document est le Rapport final de la Commission Civile
Internationale d'Observation des Droits Humains (ci-après dénommée
CCIODH) sur le travail qu'elle a effectué lors de sa mission au
Mexique du 16 au 28 février 1998. Il s'agit d'un rapport qui compile
l'information recueillie par la Commission pendant cette période.
Il vise à contribuer à la connaissance générale
de la situation des droits de la personne telle qu'elle est actuellement
dans l’état mexicain du Chiapas, ainsi qu'à la recherche
de solutions.
-
Présentation
de la commission
La Commission s'est formée à partir de
la sensibilité qui existe au sein de la société civile
internationale à l'égard de la violence aigüe qui règne
au Chiapas. Le massacre d'Acteal a suscité une indignation et une
commotion si vives dans l'opinion publique mondiale qu'elles ont contribué
à créer un espace pluriel capable de recueillir sur le terrain,
l'information permettant de préciser les conditions qui ont rendu
possible le massacre, et d'observer de près le contexte général
défini par tous les protagonistes et paysages du complexe processus
mexicain et chiapanèque, en particulier.
C'est ainsi qu'est née cette Commission, composée
de 210 personnes provenant de onze pays et représentant de nombreux
secteurs sociaux : ONG, syndicats, associations étudiantes, partis
politiques, mouvements sociaux, églises, journalistes et intellectuels.
L'ensemble des participants à la Commission partage la préoccupation
du respect des droits de la personne et est de l'avis que, en tant qu'acquis
de l'humanité tout entière, la défense et la promotion
de ces droits sont une obligation et un devoir qui n'obéissent pas
aux limites tracées par les frontières nationales. Selon
les membres de la Commission, voilà l'esprit qui anime la Déclaration
Universelle des Droits de la personne, entérinée le 10 décembre
1948 et adoptée par la plupart des gouvernements du monde, y compris
le gouvernement mexicain. C'est à partir d'une telle logique que
la CCIODH justifie sa mission d'observation au Mexique et la rédaction
de ce Rapport Final.
-
Méthodologie
L'objectif commun de la Commission consistait à
recueillir des renseignements, s'entretenir avec les protagonistes, visiter
les zones mêmes de conflit et entendre le point de vue de tous, afin
d'être en mesure de préparer un rapport se voulant le plus
complet possible et capable de contribuer à éclairer la situation
réelle du problème.
La Commission se base sur une définition au
sens large de la signification des droits de la personne. C'est-à-dire
que les droits sociaux (ou de troisième génération
selon les juristes) sont considérés comme fondamentaux et
font donc partie de l'objet d'analyse soumis à la Commission. C'est
ainsi que se sont établis des champs d'enquête distincts.
Des groupes de travail ont étudié de près les thématiques
telles que l'état de la santé et de l'éducation, la
militarisation, le rôle de la femme, le respect des coutumes indiennes
et le cadre juridique.
Le travail effectué au cours des deux semaines
de la mission se divise en trois parties fondamentales :
-
Entretiens avec des représentants des instances
officielles qui jouent un rôle dans le conflit (c'est à dire
les instances officielles et le corps de médiation) ;
-
Visites dans la zone de conflit, où nous avons
recueilli des témoignages de personnes déplacées,
des communautés indiennes concernées, et des municipalités
autonomes ;
-
Entretiens avec diverses organisations civiles et sociales,
qui, d'une manière ou d'une autre, sont présentes et effectuent
un travail dans la zone de conflit.
Avant d'expliquer le contenu du rapport, nous croyons
nécessaire de faire une précision méthodologique au
sujet de la terminologie. Pour la simple et bonne raison que nous avons
été amenés à préciser l'expression "personne
déplacée" employé au cours de ce rapport. Comme vous
le constaterez lors de la lecture, dans tous les témoignages recueillis
par la Commission, on emploie l'expression "personne déplacée"
pour désigner les secteurs de la population qui ont été
obligés d’abandonner leurs communautés.
La Commission s'est demandé, avant la rédaction
du rapport, si l'expression "personne déplacée" qualifiait
de façon adéquate la réalité observée.
Les critères sur lesquels nous nous sommes basés sont les
réalités socio-politiques recensées historiquement
dans d'autres pays et que nous avons comparées à la situation
chiapanèque. Nous sommes arrivés à la conclusion que
le terme en question ne décrivait pas précisément
la condition de ces personnes. Le terme équivalent qui permettrait,
de la façon la plus exacte, de comprendre la situation sociale,
politique et économique que vivent ces personnes est le terme "réfugié
", concept qui satisfait davantage les critères employés
pour élaborer le droit international en matière de droits
de la personne.
-
Présentation
du rapport
Le rapport, compilation systématique de toute l'information
recueillie, se divise en trois grandes parties. Dans la première,
sont présentées, dans l'ordre chronologique, les enquêtes
réalisées par la Commission lors de sa mission au Mexique
: visites, entretiens et rencontres (organisés en fonction de considérations
géographiques). La deuxième partie, quant à elle,
souligne les événements et faits importants de notre visite,
l'impact social et médiatique qu'elle a eu, et les difficultés
que nous avons dû surmonter afin de réaliser notre travail.
Enfin, la troisième partie contient les conclusions faites par la
Commission après analyse de la situation et une rapide appréciation
de l'état du conflit et de ce qui le caractérise.
Pour terminer, nous joignons trois annexes qui se veulent une synthèse
de tout ce qui a été écrit et que nous avons pu compiler
grâce à l'intérêt et à l'attention des
divers protagonistes. Dans la première annexe, il y a une liste
des dénonciations de violations de droits de la personne qui nous
sont parvenues lors de notre mission au Mexique. La deuxième annexe
contient des fiches permettant d'éclairer les documents qui nous
ont été remis, tant par les organisations sociales que par
les institutions. La troisième contient les communiqués de
presse émis par la Commission du 15 au 28 février.
I - VISITES DE LA COMMISSION CIVILE INTERNATIONALE
D'OBSERVATION DES DROITS HUMAINS AUX COMMUNAUTÉS INDIENNES ET AUX
COMMUNAUTÉS DE PERSONNES DÉPLACÉES
Notes
préliminaires
La CCIODH a visité, afin de réaliser
son travail de terrain pendant son séjour dans l'État du
Chiapas, diverses communautés et zones. Nous réunissons et
nous décrivons les différents types de communautés
visitées, dans le but de rendre plus facile la lecture et la compréhension
du rapport.
Los Aguascalientes :
" Los aguascalientes " est le nom donné à des lieux
de rencontre entre la société civile nationale et internationale,
et qui ont été mis sur pied en 1996 par les communautés
zapatistes, pour la tenue de la "première rencontre intercontinentale
contre le néolibéralisme et pour l'humanité ".
Actuellement, il existe cinq de ces lieux qui sont répartis
dans les communautés suivantes : La Realidad en zone Tojolabale
située dans la jungle ; Francisco Gómez (La Garrucha) en
zone Tzeltal dans les vallées (Las Cañadas) ; Morelia en
zone Tzeltal dans Las Cañadas ; Roberto Barrios en zone Chol, à
Palenque ; et Oventic en zone tzotzil dans Los Altos.
La Commission a rendu visite aux "aguascalientes " et aux communautés
avoisinantes.
Les municipalités autonomes :
Celles-ci sont des rassemblements de communautés formées
par des bases de soutien zapatistes, qui ont érigé leur propre
gouvernement pour concrétiser ainsi leur notion d'autonomie indienne.
Elles refusent de payer des impôts au gouvernement de l'État
du Chiapas, administrent elles-mêmes la justice de façon autonome
et ont leurs propres structures organisationnelles. Ces communautés
élisent de façon démocratique leurs représentants
lors d'assemblées auxquelles participent tant les hommes que les
femmes et les enfants. Les municipalités autonomes sont formées
de plusieurs communautés.
Zona norte :
C'est ici que se trouvent les dénommées "communautés
divisées " formées de bases de soutien zapatistes et par
des priistes, membres du PRI (parti au pouvoir). C'est la région
du Chiapas, où le conflit est le plus violent. Jusqu'à présent,
60 assassinats y ont été dénoncés et l'ambiance
générale est telle qu'indiqué dans le rapport, toute
"d'isolement, de panique et de terreur". L’accès aux communautés
est excessivement risqué comme a pu le constater la Commission (voir
l'information sur les incidents survenus lors des visites à Misopá
Chinal et à Sabanilla).
Communautés de personnes déplacées :
Celles-ci sont formées des familles qui ont
été déplacées de leurs lieux de résidence
à cause de la "guerre de basse intensité" qui se manifeste
par les agissements de groupes paramilitaires dont les noms varient selon
les zones dans lesquelles ils opèrent (voir les témoignages
à cet égard). Ces familles sont expulsées de façon
violente de leurs communautés d'origine et dépossédées
de leurs maisons, habillements, terres et animaux, d'où l'état
précaire dans lequel elles se trouvent aujourd'hui. Lors de nos
visites, nous nous sommes entretenus avec des personnes déplacées
qui avaient trouvé refuge auprès des "aguascalientes ", dans
les municipalités autonomes, dans la Zona Norte, ou qui avaient
créé de nouveaux emplacements.
-
VISITE
À LA ZONE DE LOS ALTOS
1.1
VISite d'une délégation de la Commission à la zone
de Polhó, effectuée le 18 février 1998
Situation de la zone :
Dans la Municipalité autonome de San Pedro Chenalhó,
à Polhó pour être plus précis, il y a 6 247
personnes déplacées installées dans des campements.
C'est vers ces campements que la Commission s'est dirigée.
Il n'y a eu aucun obstacle de la part de l'Armée fédérale,
de la police ou de l'Immigration pendant le parcours depuis San Cristóbal
de las Casas, quelques quinze kilomètres, même si nous sommes
passés devant trois campements de l'Armée fédérale,
d'où nous avons pu apercevoir des postes d'observation, des postes
de mitrailleuses, des camions de transport et de l'artillerie légère.
Polhó qui est le chef-lieu de la municipalité
autonome de Chenalhó, est composée de 42 communautés
et hameaux, qui sont cordonnés avec onze autres municipalités
autonomes situées dans la Zone de Los Altos.
À l'arrivée au chef-lieu, nous avons
été reçus par plus de deux milles indiens qui formaient
deux files jusqu'au terrain de basket où le conseil autonome de
Polhó et des centaines de personnes nous attendaient. Il nous ont
remercié de notre présence et nous ont dit que nous allions
visiter les divers campements des personnes déplacées et
qu'un entretien avec le conseil autonome aurait lieu dans l'après-midi.
Nous avons à notre tour remercié nos hôtes pour leur
acceuil et nous leur
avons expliqué la raison de notre présence.
-
Rencontre
avec le conseil municipal autonome de Polhó à 16 h le 18
février 1998.
Le texte qui suit a été lu par le maire
autonome de Chenalhó à la Commission à Polhó
le 18 février :
1. Les soldats de l'Armée fédérale
protègent les paramilitaires de chaque communauté et obligent
chaque paramilitaire priiste à boire de l'alcool et à semer
de la marijuana. Dans un des campements, le numéro 2, ils obligent
les femmes à se prostituer. Dans le campement de Xoyep, les soldats
ont délogé les personnes déplacées à
l'aide d'hélicoptères et ils ont blessé des femmes
à l'arme blanche. Au campement 8 de Poconichim, ils sont en train
d'établir une brasserie et le 16 février une livraison importante
de bière y est arrivée.
2. Les soldats fédéraux entourent tous
les campements. Le gouvernement fédéral et de l'État
leur ont envoyé les armes et les munitions, et ces autorités
savent très bien combien de paramilitaires il y dans chaque communauté
et qui sont les auteurs intellectuels des gestes de ces derniers : il s'agit
de Sr. Julio César Ruiz Ferro et son secrétaire Uriel Jarquín...
nous exigeons que ces assassins soient poursuivis immédiatement.
3. Aujourd'hui les avions ne nous survolent pas parce
qu'ils savent que vous êtes ici. Le gouvernement prend soin pour
ne pas se dévoiler au monde.
4. Les paramilitaires s'organisent dans le but d'attaquer
à nouveau les personnes déplacées. Même si celles-ci
souhaitent rentrer dans leur communauté d'origine, elles ne peuvent
le faire car les agresseurs sont toujours en liberté et parce que
le Procureur général de la république n'a toujours
pas fait de geste. C'est pour ces raisons que les personnes déplacées
vont encore rester ici.
5. Le Procureur général de la république
dit qu'il fera des gestes, mais seulement après avoir écouté
des témoignages. Or, les véritables témoins sont les
45 morts. Nous n'autorisons plus nos citoyens à se rendre à
San Cristóbal témoigner, car se sont eux, et non le Procureur,
qui doivent débourser les frais de déplacement et qu'ils
n'ont pas d'argent. De toute façon, leur témoignage n'est
pas pris en considération par le Procureur.
6. La Commission nationale des droits de la personne
(instance du gouvernement fédéral mexicain) maintient que
la loi ne lui permet pas de poursuivre ou d'identifier les responsables
du massacre (d'Acteal). Selon la loi, cette tâche revient au Procureur.
Disons que c'est le gouvernement qui fait la loi, c'est donc lui qui empêche
que justice soit faite, c'est un mauvais gouvernement.
7. Le mauvais gouvernement barre le chemin aux étrangers
nationaux et internationaux invoquant que ces derniers sont des conseillers
zapatistes. Le gouvernement se trompe totalement parce que, comme l'explique
notre communiqué de presse, nous avons invité les étrangers
en tant qu'observateurs, pour qu'ils témoignent de ce qui se passe
chez nous, dans la municipalité autonome de Polhó, Chiapas,
pour qu'ils témoignent de toutes les menaces.
8. Mais si les autorités cherchent une solution,
il faut qu'elles appréhendent les assassins, qu'elles respectent
les accords de San Andrès Sacamchen de los pobres qu'elles ont signé
de leur propres mains et qu'elles retirent immédiatement les soldats
de chaque communauté et municipalité de l'État, et
il y aura une solution.
Domingo Pérez Paciencia
Président du Conseil municipal autonome de Polhó,
Chiapas. Mexique.
-
Visite
à poconichim, municipalité autonome de Polhó, le 18
février. Entretien avec un représentant local
Après la réception accordée par
les citoyens de Polhó à la Commission, une de ses délégations
s'est dirigée vers le village de Poconichim.
Quelques 600 personnes d'ethnie tzotzil déplacées
de Yashemel demeurent à Poconichim. Après le massacre d'Acteal,
à la sortie de la communauté de Poconichim (à environ
50 mètres de la route), la Police de la sécurité publique
et de l'Armée fédérale ont toutes les deux érigé
un campement où 200 personnes y habitent. Ces personnes déplacées
habitent seize maisons, trois ou quatre familles étant logées
par maison.
Les faits dénoncés :
À Poconichim, les personnes déplacées
ont dénoncé avoir subi, dans leur communauté d'origine,
des attaques de la part de l'organisation paramilitaire priiste Grupo Máscara
Roja (Groupe masque rouge), "la même qui a perpétré
le massacre d'Acteal " (ces attaques eurent lieu le 24 mai et le 15 novembre
1997. Un indien est mort lors de chaque assaut). Ces personnes dénoncent
aussi que, maintenant, les paramilitaires s'approchent de leurs maisons
à l'aube, à une distance où ils peuvent écouter
les conversations. L'Armée n'est pas encore intervenue, bien qu'elle
ait des effectifs stationnés à 200 mètres du village.
Les personnes dénoncent aussi que "les militaires dressent parfois
des barrages à l'entrée du village et qu'ils patrouillent
la région pour contrôler la circulation". Elles signalent
également que les groupes paramilitaires sont formés par
une cinquantaine de personnes qui sont originaires de trois colonies où
ils observent les mouvements des déplacés. Ces trois colonies
sont Chorros, Colonia Puebla et Yashemel, et les paramilitaires sont dotés
de fusils automatiques avec lesquels ils ont tiré sur les maisons
des déplacés qui tentaient de rentrer dans leur village.
Une femme a raconté comment des hommes en uniforme
de la Sécurité publique ont débarqué chez elle
et ont contraint son mari à les accompagner à quelques mètres
de la maison où ils l'ont déshabillé et tué
en lui tirant plusieurs fois dans la tête, puis lui ont coupé
la langue, le tout en présence de sa famille. La femme s'est réfugiée
dans la forêt avec ses six enfants et ne sait plus comment subvenir
à leur besoins. Elle a ajouté que les mêmes hommes
(responsables de la mort de son mari) ont séquestré aussi
cinq personnes des bases de soutien zapatiste dans une école et
ont exigé une rançon de 6 000 pesos pour leur libération.
En dernier lieu, la femme a indiqué que deux femmes ont été
violées lors de cette séquestration par la Police de sécurité
publique.
Durant la visite à Poconichim, des observateurs,
accompagnés de quatre indiens de la même communauté,
se sont entretenus avec le lieutenant du détachement militaire.
Celui-ci a indiqué que son travail dans la région était
un "travail social". Face à cette affirmation, les indiens ont dénoncé
"que tout cela ne correspondait pas à la vérité" et
ils ont souligné "leur méfiance et leur peur des militaires".
Quant aux questions sanitaires, les personnes dans
les campements et dans les communautés coïncident dans leur
dénonciation de la Croix Rouge mexicaine. Ce qui ressort le plus
souvent est la critique "que les médecins ne s'occupent pas d'eux
correctement, arrivent toujours en retard et effectuent leurs tâches
sans application". Ces personnes dénoncent aussi que les médecins
administrent très peu de vaccins, qu'ils ne font jamais de radiographies
et que les médicaments offerts sont périmés. Elles
soulignent également les problèmes qui subsistent chez les
femmes enceintes au moment de l'accouchement et l'affaiblissement dont
elles font l'objet en raison de l'indisponibilité des médicaments
requis. Les femmes ont peur de se rendre à San Cristóbal
de las Casas parce qu'il y à "des médecins qui procèdent
à des césariennes". La majorité des femmes des campements
sont soignées par des sages-femmes communautaires.
On accuse le groupe paramilitaire connu sous le nom
de Masque rouge, d'empêcher les personnes déplacées
de rentrer à Yashemel et de leur avoir volé tous leurs biens
(linge, télévisions, outils de travail,...). Lors de la dernière
incursion des paramilitaires, le 15 novembre dernier, ils ont volé
tout se qui restait à l'intérieur des maisons ainsi que la
récolte de café. Elles racontent que depuis cette date les
familles ne peuvent plus retourner travailler à la plantation de
café et qu'un membre du PRI les a menacé de mort si elles
tentaient de rentrer chez elles.
Elles disent que les soldats de l'Armée fédérale
et de la police leur offrent des médicaments et des aliments contre
la dénonciation de prétendus miliciens ou insurgés
zapatistes. La question constante est : où est Marcos ? En général
, elles répondent qu'elles ne sont que des bases de soutien zapatiste.
Quelques autres cas : une personne déplacée
qui passait près de la Police de la sécurité publique
s'est fait voler 50 pesos par les agents de la Police qui l'ont obligé
à se déchausser, l'ont agressé physiquement et l'ont
obligé à courir en menaçant d'ouvrir le feu sur elle.
On signale que 50 pesos représentent plusieurs journées de
travail.
La Commission a également été
informée que les personnes déplacées n'ont pas le
droit d'enterrer leurs morts parce que des vigiles du PRI menacent de les
cribler de balles, ainsi, elles ne savent pas où les enterrer.
-
Visite
aux autres communautés de personnes déplacées
Dans le but de s'entretenir avec les personnes déplacées,
la Commission s'est divisée en plusieurs groupes qui se sont rendus
aux campements de Polhó, n° 3, 4, 5, 6, Cocal-2, la communauté
Casa de la Luna et la Municipalité Autonome de Poconichim.
Les personnes déplacées vivant dans ces
campements signalent aux membres de la Commission que par peur de se faire
attaquer, elles n'osent pas s'éloigner des campements, et qu'elles
dépendent donc d'une aide extérieure pour subvenir à
leurs besoins. La Commission observe qu'elles vivent à ciel ouvert
et, que pour se protéger de la pluie et du froid intense, elles
n'ont que des espèces de baraques confectionnées avec du
plastique, du carton et soutenues par des branches. De six à quinze
personnes vivent dans chacune de ces constructions de fortune.
Les conditions hygiéniques et sanitaires sont
quasi inexistantes. Les maladies les plus fréquentes celles liées
aux complications des voies respiratoires, intestinales, parasitaires et
à la malnutrition. Il y a eu des cas de mort chez les enfants par
pneumonie et par bronchite.
La visite au campement de la Croix Rouge mexicaine
de Poconichim a donné lieu à un entretien avec Cipriano Villega
Apocada, délégué de l'État au Chiapas, qui
indique que huit médecins œuvrent dans la zone. Ces derniers sont
répartis entre Poconichim, Acteal, Xoyep et Polhó et sont
responsables de la répartition dans la zone des médicaments
et des aliments, ainsi que des vaccins. En ce qui concerne la salubrité
de l'eau, il signale "La croix Rouge" pourrait fournir de l'eau potable
mais que les "déplacés" n'en veulent pas préférant
boire de l'eau de la couleur des briques. Il affirme que c'est un problème
culturel et "qu'ils n'ont pas d'hygiène ni pour la toilette ni pour
le ménage". Il affirme qu'ils assurent des consultations médicales
et des transferts à l'hôpital . En ce qui concerne le retour
chez elles des personnes "déplacées", il dit que "la Croix
Rouge" s'est proposée de les aider à rentrer mais elles ont
refusé cette aide.
Dans les communautés de personnes déplacées,
il n'y a pas d'écoles et la majorité des personnes ne comprennent
pas et ne parlent pas l'espagnol.
De retour à San Cristóbal de las Casas,
la Commission a observé un barrage militaire à la sortie
de Polhó.
Témoignages et dénonciations :
Le Conseil municipal autonome de Chenalhó nous
informe que depuis que les indiens de la région se sont mis à
organiser leur propre municipalité dans le but de fomenter la participation
active des citoyens et la lutte pour leurs justes revendications, il y
a eu de nombreux morts, beaucoup de maisons incendiées et des milliers
de personnes déplacées vers les montagnes et autres communautés.
Il nous ont déclaré aussi que l'autonomie préconisée
par les communautés indiennes n'équivaut pas à un
appel à la séparation de l'État, mais que c'est plutôt
une façon de permettre aux communautés indiennes de participer
au sein de leur société en tant que personnes citoyennes
à part entière.
La Constitution prime que toutes les personnes ont
droit à la terre, aux forêts et à leur exploitation.
L'autonomie n'est pas mise en avant dans le but de détruire la nation,
mais pour unir tous les indiens et les autres, afin que de cette égalité
naisse une seule voix.
Dans les diverses zones visitées, on nous explique
l'origine de leur condition de réfugié, loin de leurs maisons
: dans leurs communautés d'origine, des vols d'avions militaires
à basse altitude ont lieu constamment, des militaires et fonctionnaires
de la Police Judiciaire effectuent fréquemment des incursions dans
les communautés sans autorisation et intimidant ceux qui leur demandent
d'expliquer leur présence. On nous dénonce aussi la coupe
d'arbres sur les terrains communautaires pour y faciliter l'installation
d'un campement militaire.
On dénonce également des attaques des
groupes paramilitaires qui volent ou qui détruisent les biens personnels,
les outils, les animaux, les machines, les récoltes. Les paramilitaires,
pour être libres d'incendier ou de détruire un village, tuent
ou blessent la population à coup d'armes à feu, afin qu'elle
fuit de chez elle. Les personnes déplacées identifient par
leur nom les membres des groupes paramilitaires et dénoncent des
achats d'armes par les autorités municipales priistes, livrées
dans des ambulances blanches.
Liste des assassins présumés, membres
de groupes paramilitaires, telle que soumise à la Commission par
les communautés visitées.
Chenalhó :
Antonio Pérez Pérez, Mariano Pérez
Gómez, Antonio Pérez Gómez, Bernabé Gómez
Giménez, Javier Pérez Gómez, Antonio Pérez
Pérez, Pedro Pérez Hernández, Pablo Pérez Moreno,
Juan Jiménez Pérez, Mariano Pérez Pérez.
Total : 10 agresseurs
Tzajalhucum :
Pablo Hernández Pérez, Juan Hernández
Pérez, Nicolás Hernández Pérez, Mariano Pérez
Pérez, Mateo Pérez Paciencia, Manuel Gómez Pérez,
Andrés Gómez Pérez, Juan Gómez Ruiz, Miguel
Gómez Ruiz, Juan Oyalte Pérez, Mariano Luna Pérez,
Mariano Luna Pérez, Pedro Luna Gómez, Mateo Pérez
Oyalte, Antonio Pérez Pérez, Victorio Pérez Oyalte,
Juan Pérez Paciencia, Pablo Luna Ruiz, Antonio Pérez Luna,
Manuel Pérez Luna, Sebastián Luna Pérez, Samuel Luna
Pérez, Mariano Jiménez Pérez, Juan Jiménez
Pérez, José Pérez Luna, Mariano Hernández Pérez
Total : 26 agresseurs
Jibeljoj :
Victorio Jiménez Santís, Bartolo Pérez
Jiménez, Bartolo Santís Vázquez, Marino Gómez
Pérez, José Gómez Pérez, Benjamín Gómez
Pérez, Roberto Pérez Arias, Antonio Vázquez Gómez,
Francisco Gómez Pérez, Victorio Ruiz Pérez, Faudino
Gómez Pérez, Mariano Jiménez Pérez, Cristóbal
Pérez Tus, Juan Gutiérrez Pérez, Tomás Pérez
Ruiz, Agustín Montes Jiménez, Mateo Pérez Pérez,
Mariano Gutiérrez Pérez, Manuel Pérez Pérez,
Javier Gómez Pérez, Manuel Gómez Pérez, José
Ruiz Pérez, Miguel Pérez Pérez, Juan Gutiérrez
Guzmán.
Total : 24 agresseurs
Tzanembolom :
Emilio Rodríguez Méndez, Diego Rodríguez
Méndez, Mariano Hernández Gutiérrez, Manuel Gómez
Vázquez, Agustín Arias Hernández, José Gómez
Pérez, Antonio Gómez Pérez, Mariano Gómez Pérez,
Ovidio Gómez Guillén, Manuel Jiménez Méndez,
Fernando Gutiérrez Guzmán, Manuel Pérez Pérez,
Gilberto Arias Pérez, José Gutiérez Vázquez.
Total: 14 agresseurs
Los Chorros :
Antonio Santiz López, Pedro Menéndez
López, Diego Hernández Gutiérrez, Alonso Entzin Jiménez,
Juan Santiz Entzin, Ernesto Luna Guzmán, Bartolo Pérez Vázquez,
Victorio Tuiz Pérez, Roberto Méndez Gutiérrez, Sebastián
Méndez Arias, Agustín Méndez Pérez, Antonio
Méndez Jiménez, Domingo Entzin López, Martín
Entzin López, Pedro Entzin López, Agustín Santiz Gómez,Juan
José Santiz Entzin, Pedro Santiz Entzin, Enrique Girón Luna,
Vicente Ortíz Vázquez, José Ortíz Vázquez,
Lorenzo Ruíz Gómez, Alfonso López Luna, Antonio López
Hernández, Mariano Jiménez Pérez, Alonso Girón
Hernández, Alonso Méndez Pérez, Bartolo Vázquez
Pérez, Vicente Gómez Giménez, Manuel Pérez
Méndez, Cristóbal Pérez Méndez, Mariano Pérez
Méndez, Lorenzo Pérez Méndez, Pedro Luna Pérez,
Mariano Girón Hernández, Miguel Vázquez Pérez,
Lorenzo Gómez Hernández, Antonio López Ruiz, Felipe
Gómez Santiz, Agustín López Pérez, Diego Luna
Entzin.
Total : 41 agresseurs
-
Visite
à la communauté de las Abejas à Acteal. Le 18 février
1998.
Situation de la communauté :
A partir de Polhó, un des bus de la Commission
s'est dirigé vers la communauté de personnes déplacées
d'Acteal où s'est déroulé le massacre du 22 décembre
dernier. Le bus a été arrêté en chemin par des
agents de l'Immigration qui l'ont retenu pendant près d'une heure
et demie. Il n'y a pas eu d'autre problème à signaler. Le
long du chemin, la Commission a dénombré deux campements
militaires abondamment équipés en blindés, camions
et artillerie légère.
Acteal est une communauté qui se trouve près
de la route qui mène à Polhó et est formée
de quelques 400 personnes dont la majorité sont déplacées.
Celles-ci s'étaient réfugiées ici après avoir
été menacées par les paramilitaires. La Commission
a été accueillie par toute la communauté sous une
bâche de plastique improvisée, à côté
de l'ermitage dans laquelle la population s'était réunie
quelques instants avant que ne survienne le massacre.
La commission observe ce qui suit :
-
La seule habitation qui peut protéger du froid
et de la pluie est l'ermitage, la bâche et deux constructions précaires,
dont une qui sert de cuisine communautaire.
-
L'extraordinaire densité de personnes proportionnellement
à l'espace réduit dans lequel elles se déplacent et
d'où elles disent ne pouvoir sortir à cause des barrages
militaires. C'est comme une prison à ciel ouvert.
-
La cohésion communautaire qui existe au sein du
collectif. Il est évident que la communauté vie encore sous
le choc du massacre du 22 décembre dernier. Le cimetière
qui a été crée pour les victimes pèse sur la
communauté : 45 cierges allumés, l'image de la vierge de
Guadaloupe, des fleurs, etc.
-
Avec ordre et calme, le président de la communauté
de Las Abejas, le catéchiste chargé de la communauté
chrétienne et les membres de famille des morts, nous ont adressé
la parole. Leurs témoignages sont rapportés plus bas.
-
La Commission a pu voir les impacts des balles dans les
murs en bois de l'ermitage et les blessures provoquées par balles
dans les jambes et la poitrine des trois garçons et d'une fillette.
Témoignages :
Le représentant de la Société
civile d'Acteal "Las Abejas", nous explique que cette société
civile a vu le jour en 1992 pour réagir aux fausses accusations
d'homicide que les autorités municipales avaient portées
contre cinq compagnons, condamnés à vingt ans d'emprisonnement.
Il explique que ce genre d'accusations sont portées
contre des personnes qui n'appartiennent pas au PRI, et que par conséquence,
"Las Abejas" a été créée pour servir de contrepoids
au PRI. Les autorités, a-t-il poursuivi, obligent les personnes
à adhérer au PRI même si ces dernières ne veulent
pas en faire partie. Le massacre du 22 décembre a été
perpétré parce que les personnes d'Acteal ne faisaient pas
partie du PRI.
Le principe le plus sacré de la société
"Las Abejas", ajoute son représentant, est de ne pas prendre les
armes, pour aucune raison, même pas pour se défendre. Son
esprit de paix est ainsi poussé à l'extrême. Non seulement
elle cherche la paix, mais elle est pacifiste. C'est pour cette raison
qu'elle a été attaquée, et il s'agit d'une attaque
lâche parce que les paramilitaires savaient fort bien que la communauté
n'allait pas répondre par les armes. La communauté est entièrement
d'accord avec les revendications zapatistes contre l'oppression, contre
la pauvreté, pour le droit de vivre sur la terre, pour la dignité,
etc., mais elle ne prendra pas les armes.
Le représentant ajoute que cela fait plus de
trois ans que l'Armée mexicaine et la Police de sécurité
publique ont commencé à s'approprier les terres, à
incendier des maisons et à brûler les récoltes afin
de détruire le tissu social. Jusqu'ici, une situation comparable
n'avait jamais été vécue.
Il ajoute que ce qui urge actuellement c'est le retrait
de l'Armée, parce que c'est elle qui a assassiné, incendié
les maisons et donné lieu à la prostitution. C'est pourquoi
la communauté rejette l'aide de l'Armée. Depuis le massacre
d'Acteal, l'Armée s'est mise à réaliser un travail
social : distribuer des aliments, agir en tant que coiffeur, dentiste...
La communauté ne veut pas de cette aide. Quitte à avoir faim,
il est exclu d'accepter la nourriture des mains de ceux qui ont tué
ses parents et ses enfants. La communauté veut que l'Armée
s'en aille car elle croit qu'il s'agit d'une nouvelle tactique de dissimulation,
mais elle ne l'acceptera pas.
À la suite de ces déclarations, il nous
soumet le document de la fondation de la société et le communiqué
émis après le massacre qui comprend les revendications de
la communauté.
Le représentant de la communauté chrétienne
vivant dans la communauté, explique que cette dernière est
catholique et que son option pour la paix est une conséquence de
sa foi en dieu : "Notre non-violence est une application de l'évangile.
Par exemple, nous avions raison de craindre que nous pourrions être
victimes des paramilitaires parce que la veille du massacre les paramilitaires
avaient tenté d'attaquer la communauté avoisinante. Alors,
notre Délégué de la parole, nous réunit à
l'intérieur de l'ermitage pour que nous puissions prier pour éviter
l'attaque car la prière est notre principale arme. Ainsi parlait
le Délégué quelques instants avant que n'arrivent
les paramilitaires : "Frères, prions dieu pour qu'ils ne nous tuent
pas et pour que la paix règne dans nos communautés et partout
au Chiapas, et que puissions continuer à travailler ensemble. Cependant,
s'ils parviennent à nous tuer, sachons que le plus important est
que nous sachions donner la vie. Espérons que dieu ne voudra pas
qu'il en soit ainsi". C'est ce qu'il dit. Il s'appelait Alonso. "Peu de
temps après, les paramilitaires sont arrivés et des tirs
s'en sont suivis de dix heures et demie du matin jusqu'à cinq heures
du soir. Les gens se sont mis à courir de partout. L'Armée
qui était tous près, et qui entendait tous les coups de feu,
a attendu que le tout soit terminé avant d'arriver. C'est quand
tout était déjà achevé et que tous les cadavres
étaient empilés dans la grotte, que l'Armée est arrivé
en nous disant qu'elle venait nous protéger des paramilitaires".
Viennent ensuite quinze personnes (parmi lesquelles
les parents des blessés et des membres de la communauté qui
priaient également lors de l'attaque des paramilitaires). Ils ont
tous la même version des faits et du déroulement du massacre
: les mots du Délégué de la Parole, la façon
dont les maisons ont été incendiées, la façon
dont ils ont réussi à se cacher, l'apparition de l'Armée
quand tout était déjà terminé.
Ils sont tous d'accord sur la raison du massacre :
pour ne pas avoir été membres du PRI et parce qu'ils étaient
une cible facile puisqu'ils ne possèdent pas d'armes, fait connu
par les paramilitaires.
Ils dénoncent à l'unanimité les
conditions actuelles :
- ils vivent un véritable état de siège
militaire : surveillance, 80 incursions en moyenne par jour, des vols en
basse altitude, des intimidations,
- ils n'ont pas été en mesure de récolter
le café parce qu'ils ne peuvent plus sortir de l'enceinte de la
communauté et qu'ils ne pourront pas semer la prochaine récolte,
- ils vivent de l'aide internationale, du riz et des
haricots. Mais cette aide ne peut perdurer indéfiniment et l'Armée
essaie d'entraver son arrivée. Il y a des réfugiés
dans d'autres campements qui vivent eux aussi un siège. Les campements
priistes, par contre, sont libres, et reçoivent de l'aide et des
armes,
- les assassins sont toujours en liberté. Au
début, ils ont été emprisonnés, mais ont été
remis en liberté et ils vont et viennent librement près de
la communauté. Ils ont le sentiment qu'il n'y a pas de justice.
- ils partagent un sentiment de terreur, de peur, de
panique, d'être abandonnés et en même temps remercient
la Commission en espérant qu'elle pourra "expliquer notre vérité
au monde",
- devant tout ce qui est énuméré
ci-dessus, ils rejettent le prétendu "travail social" de l'Armée.
À la suite de ces déclarations, la communauté
a montré à la Commission les impacts de balles dans la chapelle
et partout où il y en avait, ce qui est bien une preuve qu'ils ont
été pourchassés durant de longues heures le 22 décembre.
La Commission a ensuite visité le cimetière au centre duquel
à été installé un petit autel et l'image de
la vierge de la Guadaloupe qui sera un lieu de prière et de souvenir.
Avant de faire ses adieux, la communauté a préparé
un repas de riz et d'haricots pour la Commission.
CONSTATATIONS
1. Bien qu’à Acteal, la fonction de la Commission
ne soit pas d'enquêter sur le massacre du 22 décembre (ceci
incombe aux autres commissions qui ont été créées
à cette fin, et ces événements ont déjà
été dûment documentés), nous affirmons que lors
de notre visite d'une journée à Acteal, nous avons pu observer
que les descriptions des circonstances du massacre faites par les survivants
coïncident toutes et que ceci est d'une valeur précieuse à
l'éclaircissement des faits.
2. La communauté vit actuellement un état
de siège militaire, à l'intérieur d'une prison à
ciel ouvert. Certes, lors de notre visite il n'y a pas eu d'incursion militaire,
de vols de basse altitude, de menaces proférées par l'Armée
ou par des groupes paramilitaires. Cependant, le fait que tous les témoignages
concordent ne laisse aucun doute, les Indiens n'ont pu ni semer ni récolter
et ils n’ont plus aucun moyen pour vivre.
3. Les conditions de vie (santé, éducation,
hygiène, alimentation, surpopulation, protection contre le froid)
maintiennent la communauté dans un état inhumain. Depuis
le massacre de 45 de ses membres innocents, la vie est devenue extrêmement
difficile, ce qui a poussé la communauté au bord du désespoir.
Dans ce contexte, le refus de l'aide offerte par l'Armée est un
acte important, significatif de la volonté des Indiens de ne pas
perdre leur dignité face aux assassins.
DOCUMENTATION SOUMISE À LA COMMISSION
-
Acte de constitution de Las Abejas.
"Las Abejas de Chenalhó" s'est constituée
en organisation le 10 décembre 1992. Le nom que s'est donné
l'organisation de Las Abejas (les abeilles) reflète sa structure.
Elle est dotée d'une reine. La reine vit dans le même espace
vital que ses abeilles et toutes travaillent ensemble dans un seul lieu.
Elles ne se divisent pas. La Reine ne supporte ni les injustices ni la
violence ou l'emprisonnement. Elle veut que tous les êtres soient
libres.
L'organisation a été créée
en réaction aux violations des droits de la personne qu’ont subis
cinq de nos compagnons. Ceux-ci ont été faussement inculpés
pour meurtre, viols et vols. Les autorités municipales les ont inculpés,
mais ni les autorités municipales ni les fonctionnaires du Ministère
public n’ont effectué d’enquête pour prouver les accusations.
L'ancien gouverneur José Patrocinio González Blaco Garrido
a ordonné que nos cinq compagnons innocents soient condamnés
à vingt ans de prison. Les vrais responsables du meurtre en question,
des vols et des viols, sont restés libres jusqu'à ce que
" les abeilles " s’organisent et qu’elles exigent la libération
de leurs compagnons. Après avoir passé 27 jours en prison,
ces derniers ont enfin été libérés.
C'est pourquoi l'organisation Les Abeilles a vu le
jour : afin d’obliger le gouvernement du Chiapas à enquêter
et à ne pas emprisonner des personnes innocentes. C'est aussi pourquoi
nous ne nous sommes pas divisés jusqu'à présent et
pourquoi nous ne lâchons pas prise.
Dénonciations :
L'organisation de la société civile en
faveur de la paix " Terra Sagrada de los Mártires de Acteal " (Terre
sacrée des martyres de Acteal), municipalité de Chenalhó,
Mexique, 18 février 1998, s'adresse :
à l'opinion publique,
au Gouvernement fédéral de la République
mexicaine,
à tous les gouvernements du monde,
au Parlement européen,
aux peuples solidaires avec les droits autochtones,
aux médias nationaux et internationaux,
à l'O.N.U.
Depuis des siècles nous avons souffert parce
que nous n'étions pas conscients de nos droits garantis par notre
constitution. Le gouvernement fédéral et celui de l’État
nous ont nié nos droits. A la campagne nous n'avons pas le droit
à la terre.
Voilà plus de trois ans que l'Armée mexicaine
et la Police de sécurité publique (PSP) sont entrées
dans les communautés des différentes régions du Chiapas
et en ont pris possession. D'énormes problèmes et une décomposition
du tissu social résultent de l'action de l'Armée et de la
PSP. C'est une situation que nous n'avions jamais vécue auparavant.
Depuis quelques temps et jusqu'à ce jour, dix-huit
casernes, détachements militaires et postes de migration se sont
installés dans la région.
Les autorités n'ont rien fait pour empêcher
le massacre d'Acteal du 22 décembre dernier. La guerre de basse
intensité continue contre nos communautés. Ses effets sont
perceptibles et c'est pour cela que nous exigeons :
un procès, conformément à la loi
actuellement en vigueur, à l'encontre des présumés
responsables, des auteurs intellectuels et matériels ainsi que des
complices de l'ancien gouverneur, à savoir, Julio César Ruiz
Ferro, Homero Tobilla Cristiani, Antonio Besares Escobar, Jorge Enrique
Hernández Aguilar, Antonio Pérez Hernández, Uriel
Jarquín Galvez, David Gómez Hernández, Jorge Gamboa
Solís, Manuel Ansaldo Meneneses, José Luis Rodríguez
Orozco, Roberto García Rivas, Julio César Santiago Díaz,
Antonio del Carmen López Nuricumbo et Roberto Marín Méndez
Gómez.
Dans des campements civils pour la paix, paralysés
par la terreur et l'angoisse, les survivants du massacre, enfants et personnes
âgées, en sont déjà à 59 jours, soit
1416 heures, de souffrances dues à la faim, au froid, à la
pluie, à la douleur et à la peur.
-
Nous exigeons que la lumière soit faite rapidement
sur le déroulement du massacre d’Acteal et que les présumés
responsables, organisateurs ou participants soient arrêtés.
-
Le désarmement de tous les groupes paramilitaires
des diverses régions du pays.
-
La démilitarisation de toutes les régions
et États du pays.
-
Le respect des accords de San Andrés Larráinzar
sur les droits et la culture des peuples indiens.
-
Une évaluation de la perte des récoltes.
-
L'indemnisation pour les maisons, biens et récoltes
détruits.
Fraternellement,
Signé par les six représentants de Las
Abejas de Chenalhó, Chiapas et les représentants de 24 communautés
de Abejas de Chenalhó.
1.2
VISITE A LA MUNICIPALITÉ DE PANTELHÓ, le 18 février
1998.
Peu de temps avant d'arriver à San Cristóbal,
la Commission avait reçu l'invitation de se rendre dans un campement
de réfugiés situé dans la municipalité de Pantelhó
afin d’observer la situation dans laquelle ils se trouvent et dont l’existence
n'avait pas été rendue publique. Une délégation
de la Commission a accepté l'invitation et s'est rendue sur place.
Sur la route qui mène de Polhó à Pantelhó,
la délégation a été retenue pendant près
de deux heures par des agents des services de l’Immigration pour un contrôle.
L’examen fastidieux des documents migratoires terminé, la délégation
a pu poursuivre sa route. La délégation a constaté
la présence de nombreux campements militaires, qui sont installés
au sein des villages mêmes, comme c'est le cas à Acteal. La
présence des soldats conditionne le déroulement normal de
la vie quotidienne des Indiens. L'Armée s'est installée sans
se préoccuper des populations des communautés et précisément
sur des terrains qui avaient une fonction sociale ou productive. Dans chaque
campement militaire il a été possible d'observer des pancartes
qui portaient l'inscription "Travail Social".
La délégation s’est rendue ensuite à
pied, par des sentiers de mule. Elle est parvenue à destination,
constatant à quel point cette communauté est difficile d’accès,
à quel point elle est isolée. Cette communauté s'est
proclamée municipalité rebelle de Santa Catalina, alors qu’elle
appartenait jusqu’ici à la commune de Pantelhó. La Commission
a procédé à quatre entretiens avec des personnes déplacées.
1.2.1.ENTRETIEN
RÉALISÉ AVEC DEUX RÉFUGIÉES PROVENANT DE LA
COLONIE CHITMUK'UM, SITUÉE DANS LA COMMUNAUTÉ NUEVO PROGRESO
Municipalité de SANTA CATALINA (auparavant Pantelhó),
le 18 février 1998.
Situation dans laquelle se trouve la communauté
:
La communauté de Nuevo Progreso accueille treize
familles de réfugiés, qui regroupent 96 personnes. Cette
communauté est située à plusieurs heures de marche
du chef-lieu.
Les personnes avec lesquelles la délégation
s'est entretenue affirment qu'il est faux de croire que le gouvernement
construit des routes et des hôpitaux. En réalité, la
communauté ne reçoit aucune aide. Elle n’est pas équipée
de système sanitaire, ne possède ni école ni équipements
sociaux.
Elles nous informent de l’existence d'une école
dans la communauté voisine. Cependant, les instituteurs qui y travaillent,
n'y restent que peu de temps et il n'y a donc pratiquement pas de cours.
Par rapport aux conditions sanitaires, les personnes
déclarent à la Commission que la clinique la plus proche
est à Pantelhó, à quatre heures de marche. Les malades
doivent y être transportés manuellement et les femmes accouchent
le plus souvent dans les montagnes. Par ailleurs, les maladies intestinales
sont fréquentes en raison de la mauvaise qualité de l'eau.
Les personnes déclarent enfin qu’elles ne disposent pas de médicaments.
Faits dénoncés :
Les personnes ont dénoncé que le 2 octobre
dernier, des groupes paramilitaires ont réalisé une incursion
dans le village d'origine de la communauté et ont expulsé
les treize familles mentionnées. Celles-ci ont fuit le village,
y laissant leurs biens et emportant seulement le linge qu'elles portaient.
Elles affirment que les paramilitaires auraient justifié leur incursion
en disant que des sympathisants zapatistes demeuraient dans le village.
Le gouvernement est clairement dénoncé
pour sa fourniture d'armes aux paramilitaires, armes qui sont ensuite employées
pour assassiner les Indiens.
Les paramilitaires qui rôdent actuellement autour
du campement, et les personnes expulsées et échappées
de la communauté de Chitamuk'um craignent de nouvelles attaques
de leur part ou d'être délogées par le gouvernement.
Elles affirment que le président municipal de Pantelhó est
responsable de la présence de groupes paramilitaires dans la région.
Elles déclarent que les Indiens de Nuevo Progresso
ne sont pas armés et qu'en cas de nouvelle incursion des paramilitaires,
ils ne pourront pas se défendre et devront tenter de se sauver en
prenant de nouveau la fuite.
Revendications formulées à la Commission
:
Les personnes remercient la Commission de s'être
intéressée aux problèmes qui affligent les Chiapanèques
et lui demandent de rapporter le fait que la communauté de Nuevo
Progreso est privée de tout. Elles lui demandent d'expliquer la
situation vécue par les communautés telle qu'elle a été
racontée par les Indiens qui y vivent. Elles signalent enfin que
la presse mexicaine ne rapporte pas les événements de façon
objective.
Les Indiens de la communauté exigent le démantèlement
des groupes paramilitaires et le respect des accords de San Andrés
sur les droits et la culture des peuples indiens. Ils sont favorables à
la mise en place d'un campement civil pour la paix et demandent l’aide
de la Croix-Rouge internationale.
Les personnes signalent qu’elles parlent au nom de
la communauté et exigent du gouvernement mexicain de l'aide alimentaire,
du linge, des médicaments et des matériaux de construction,
puisqu'elles lui imputent la responsabilité
de la misère dans laquelle elles se trouvent.
D'après elles, le gouvernement mexicain "ne devrait pas continuer
à soumettre son propre peuple à l'injustice, mais devrait
plutôt mettre fin à son oppression, celle-ci étant
caractérisée par les déplacements forcés et
les assassinats perpétrés par les paramilitaires". Elles
demandent au gouvernement mexicain d'établir les conditions pour
la réalisation d'une paix digne et juste, une paix qui ne peut advenir
qu’après démantèlement des groupes paramilitaires
et octroi aux Indiens du Mexique de ce dont ils ont besoin pour vivre.
1.2.2.ENTRETIEN
AVEC UNE FAMILLE REFUGIEE DANS LA COMMUNAUTE DE SANTA CATALINA (PANTELHO),
LE 18 FEVRIER 1998.
Situation de la communauté :Santa Catalina est
une municipalité autonome de Pantelhó qui accueille 96 personnes
déplacées réunies au sein de treize familles en provenance
de la colonie Chitamuk'um. C'est à la suite de la visite réalisée
par la Commission que ce campement de réfugiés a été
connu de tous. Il y a une école et un centre de soins dans la communauté,
mais aucun n'est opérationnel par manque de personnel.
La famille qui s'est entretenue avec la Commission
est composée des parents, de quatre filles et de trois fils, dont
l'aîné est âgé de dix ans. Elle vit sous un toit
confectionné à partir d'une toile de plastique supportée
par quatre bâtons. Elle reçoit de l'aide alimentaire grâce
à la solidarité des communautés qui l'accueillent,
mais de façon irrégulière. Il leur manque les biens
nécessaires à la survie.
Faits dénoncés :Le 2 octobre dernier,
vers une heure du matin, d'après le témoignage du père
de famille, celle-ci a été réveillée par des
coups de feu. Elle a abandonné immédiatement la maison et
fuit. Elle a reconnu un groupe de soldats de l'Armée et des voisins,
membres du PRI, en train de piller leur maison, emportant tous leurs biens
(linge, bétail, poules, aliments, récoltes...). Dans la fuite,
ils ont tout laissé y inclus leurs extraits de naissance.
Ce père de famille ajoute que la présidence
municipale de la colonie Chitamuk'um a reçu des armes dans le but
de former un groupe paramilitaire. Il accuse le président municipal
d'organiser des bandes de paysans priistes armés dans pour qu'ils
anéantissent les organisations paysannes. Il déclare que
les priistes auraient vendu leur bétail afin de s'acheter plus d'armes.
Il dit avoir tenté de négocier avec le
président municipal le retour de sa famille, tentative qui lui a
valu des menaces de mort de la part du président municipal. Il dit
que les priistes de la colonie Chitamuk'um sont toujours armés.
De plus, ils ont affiché une pancarte à l'entrée de
la colonie qui menace de mort ceux qui essaient de revenir et ils ont affecté
des gardes pour veiller sur l'entrée du village de 18 heures jusqu'à
6 heures du matin, dans le but d'empêcher les expulsés de
rentrer chez eux.
Il signale que la version des faits du président
municipal au sujet de l'expulsion se limite à dire que le conflit
n'est qu'une chicane entre paysans.
Revendications mises en avant :
Le père de famille, désigné porte-parole
devant la Commission, aimerait retourner à sa communauté
d'origine, travailler ses terres, s'occuper du bétail, nourrir sa
famille et vivre en paix, de façon digne et juste. À plusieurs
reprises pendant son témoignage, il reste fige, accablé par
le désespoir.
1.2.3
ENTRETIEN AVEC UN RÉFUGIÉ DE LA COMMUNAUTÉ DE LA COLONIE
CHITAMUK'UM, LE 18 FÉVRIER 1998.
Situation de la communauté :Les résidents
de cette communauté appartiennent à l'ethnie tzeltal. La
communauté où ils se trouvent existe depuis treize ans. La
terre donne de bonnes récoltes de maïs et de haricots (frijoles),
mais ces récoltes ne sont pas suffisantes. Les réfugiés
travaillent avec les membres de la communauté en échange
de nourriture. Il y a treize familles déplacées : 96 personnes,
dont 70 sont des enfants qui n'ont pas d'école à fréquenter.
La personne interviewée a déclaré
que toutes les personnes déplacées de la colonie Chitamuk'um
ont choisi cette communauté parce qu'elle est bien cachée
et qu'elles y sont parvenues à la suite de l'action des paramilitaires
du 2 octobre dernier.
Les faits dénoncés :
La personne interviewée affirme que les "guardias
blancas" sont arrivés à sa communauté le 2 octobre
et qu'ils ont incendié sa maison. Elle a été obligée
d'abandonner, tous ses biens : bétail, poules, récoltes et
café. La raison de son expulsion a été le fait d'appartenir
aux bases de soutien de l'EZLN. Les "guardias blancas" venaient du village
de Merced et ils étaient accompagnés du Juge municipal et
de Manuel Pérez.
L'interviewée accuse les paramilitaires d'appartenir
au PRI, mais affirme ne pas connaître le nom du groupe paramilitaire
qui a attaqué sa communauté. Les agresseurs achètent
les armes avec l'argent qui provient en partie du gouvernement et en partie
de la vente du bétail des personnes expulsées.
Revendications mises en avant :
Les personnes déplacées souhaitent rentrer
chez elles, soit retourner à leur communauté, que les "guardias
blancas " soient désarmés et réclament une aide alimentaire
et médicale.
1.2.4
ENTREVUE AVEC UNE FAMILLE DEPLACEE DE LA COMMUNAUTE DE COLONIA, REALISEE
A CHITAMUK'UM LE 18 FEVRIER 1998.
L'entrevue a été effectuée avec une
famille de 6 personnes comprenant le père, la mère et 4 enfants
en bas âge.
Situation de la communauté :
Les personnes interviewées déclarent
que dans la communauté où ils se sont réfugiés,
ils n'ont pas de terre et ne peuvent pas cultiver. Ils reçoivent
un peu de nourriture de la communauté qui les héberge, et
qui comprend déjà 40 familles. Ils ne savent pas jusqu'à
quand ils devront rester dans cette situation, puisque selon eux, la solution
est entre les mains du gouvernement, qui nie encore officiellement l'existence
de personnes déplacées de la communauté de Colonia
Chitamuk'um. Selon les réfugiés, le président municipal
maintient qu'il n'y a pas eu d'expulsions et qu'il n'y a pas de conflit.
Quand ils vivaient encore dans leur communauté,
la famille cultivait ses champs de maïs, de haricots, avait de la
volaille et d'autres animaux, mais les paramilitaires leur ont tout volé.
Dénonciations :
Selon les déclarations des témoins, ils
ont été expulsés de Colonia Chitamuk'um le 2 octobre
1997 à 6 heures du matin. Une cinquantaine d'hommes armés
est arrivée et les a expulsés parce qu'ils appartenaient
aux bases d'appui zapatistes. Les témoins ont rajouté que
les militants du PRI ne permettent pas l'existence au sein de la communauté,
d'autres groupes que ceux qui sont affiliés au PRI ou pro-gouvernementaux.
Ils mentionnent aussi avoir été menacés à trois
reprises avant d'être expulsés définitivement. Ils
n'ont pas eu le temps de prendre leurs effets personnels avant de laisser
leur demeure. Aujourd'hui, c'est un homme qui est "guardia blanca" qui
vit dans leur maison. Ils disent que l'expulsion a été organisée
par les autorités de la communauté, plus précisément
par le commissaire de la commune (ejidal), un propriétaire terrien
répondant au nom de Ernesto Cortés ; tout cela avec l'accord
du président municipal et du juge municipal de Pantelhó.
Toujours selon les témoins, le président municipal aurait
donné des armes aux chefs de la communauté pour qu'ils puissent
armer leurs gardes. L'Armée fédérale accompagnait
les paramilitaires lors de l'expulsion.
Demandes de la communauté :Durant la visite
de la Commission, les réfugiés ont manifesté le besoin
de recevoir de l'aide matérielle - vêtements, nourriture,
médicaments - Ils ont aussi demandé de faire en sorte que
leur situation soit connue à l'extérieur. C'était
la première fois que cette communauté de déplacés
recevait la visite d'observateurs internationaux.
1.3 INCIDENTS SURVENUS DURANT LE VOYAGE À PANTELHÓ
Le 18 février, les membres de la Commission se sont rendus dans
la municipalité autonome de Polhó, où ils ont reçu
un vibrant accueil de la population. À 10h15, une délégation
de la Commission a repris la route pour se rendre à un campement
de déplacés de Pantelhó. Chemin faisant, la délégation
fut interpellée à un barrage d'agents de l'immigration, qui
avec un zèle injustifié ont commencé à vérifier
les papiers d'identité des observateurs. Cette vérification
qui a duré près de deux heures, est venue compromettre l'horaire
très serré de la Commission qui devait encore faire plusieurs
heures de route et de marche pour se rendre à la communauté
de déplacés. Les agents d'immigration n'ont pas voulu fournir
aucune explication sur cette vérification, ils ont dit qu'ils faisaient
simplement leur travail. Les délégués ont profité
du temps perdu pour observer "in situ" l'intense militarisation de la zone
et ont pu constater que l'Armée avait bien installé un campement
précisément sur les terres où la communauté
de Polhó installait traditionnellement ses ruches d'abeilles. |