VISITE
AUX AGUASCALIENTES
2.1
VISITE REALISEE A L’AGUASCALIENTES DE FRANCISCO GOMEZ (LA GARRUCHA), DU
19 AU 21 FEVRIER 1998
Une délégation de la Commission s’est
rendue au village de La Garrucha, aujourd’hui chef-lieu municipal de la
municipalité autonome Francisco Gomez, (située dans la municipalité
d’Ocosingo).
2.1.1
ENTREVUE AVEC LE CONSEIL MUNICIPAL AUTONOME DE FRANCISCO GOMEZ
Au cours de cette rencontre, les interlocuteurs ont
expliqué leur conception de l’autonomie indienne, affirmant que
le fait que les municipalités autonomes s’auto-gouvernent ne signifie
pas que celles-ci se séparent de la République mexicaine
: au contraire, la population continue à se considérer chiapanèque
et mexicaine.
Ils ont expliqué que cet auto-gouvernement,
dans les municipalités autonomes, se base sur les coutumes de chaque
communauté indienne. L’auto-gouvernement passe par l’élection
démocratique des autorités municipales, par le biais d’une
assemblée à laquelle participent hommes, femmes et enfants.
Ainsi élues, ces instances se chargent de gérer de manière
communautaire les ressources naturelles de la communauté.
Les membres du conseil autonome ont dénoncé
le fait qu’ils ne possèdent ni essence ni électricité.
Bien que l’électricité soit produite chez eux, ils n’y ont
pas accès : seules les personnes riches ont accès à
l’électricité. Le gouvernement extrait le pétrole
et les bois précieux de leurs communautés, détruisant
sans vergogne l’environnement et l’habitat traditionnel des communautés,
c’est pourquoi les communautés luttent pour conserver leur écosystème
-héritage futur des générations à venir- et
réclament l’autogestion de leurs ressources naturelles.
49 communautés se sont regroupées au
sein du Conseil autonome de Francisco Gomez. Les autorités de chaque
communauté sont les responsables de répartir équitablement
la terre et la nourriture (principalement composée de maïs
et de haricots). Chaque communauté décide librement de comment
répartir et travailler la terre, en maintenant toujours l’idée
des terres communales, propre aux cultures indiennes. Depuis deux ans que
le Conseil autonome a été formé, il n’est pas en mesure
de répartir de nourriture. C’est pourquoi l’une de ses fonctions
est plutôt d’aider les communautés à organiser la production.
Sur le plan éducatif, les autorités dénoncent
le fait que, depuis 1993, il n’y ait plus d’enseignantEs dans la majorité
des communautés indiennes. Dans la communauté où se
déroule l’entrevue, il existe une école, mais depuis 1994,
il n’y a pas d’instituteur. Les instituteurs du gouvernement ne respectent
pas les coutumes indiennes : ils refusent généralement d’enseigner
la langue maternelle indienne. C’est pourquoi la communauté demande
que certains de ses membres soient formés comme instituteurs.
Les conséquences de la militarisation de la
communauté ont été également évoquées.
Les autorités ont expliqué que l’armée fédérale
était installée à environ 1 kilomètre de la
communauté, empiétant sur plusieurs champs appartenant au
village. Sa présence crée une ambiance d’insécurité
: femmes, enfants et hommes sont harceléEs par les soldats quand
elles/ils vont travailler. Les autorités ont également affirmé
que les militaires détruisent leur écosysème : ils
coupent les arbres pour construire leurs barrages, ils détruisent
les champs et réalisent des excavations un peu partout. Les soldats
patrouillent quotidiennement, par voie terrestre (camions et chars) et
par voie aérienne (hélicoptères et avions). Les autorités
autonomes signalent que, pendant la visite de la Commission, le gouvernement
a ordonné l’arrêt de ces patrouillages. En effet, par la suite,
la Commission a appris que dès qu’elle avait quitté la communauté,
les patrouillages avaient repris et les soldats étaient revenus
dans la communauté. La communauté demande le retrait de l’armée,
dénonce l’envoi de renforts militaires et affirme que "le gouvernement
ment quand il dit vouloir la paix et pas la violence. ". Les autorités
affirment que les faits prouvent que le gouvernement cherche seulement
à gagner du temps et à les trahir, comme il l’a fait le 9
février 1995.
La stratégie du gouvernement consiste à
appuyer les communautés du PRI, comme à San Quintin, en leur
permettant de bénéficier des services essentiels (logement,
santé, éducation). Par le biais de l’assignation sélective
des ressources, le gouvernement tente de rallier les communautés,
pour renforcer ses positions. " Nous, dans la municipalité autonome
de Francisco Gomez, nous refusons l’aide humanitaire de gouvernement et
de l’armée, parce que nous savons qu’elle n’est pas destinée
au bénéfice de la communauté, mais seulement de quelques-uns
". Les autorités autonomes dénoncent également le
fait que le gouvernement mexicain empêche l’aide internationale de
parvenir aux bases d’appui zapatistes, alors qu’il facilite l’accès
aux communautés du PRI.
Finalement, les autorités ont évoqué
la question des groupes paramilitaires comme "Paz y justicia ", "Los Chinchulines
" et le groupe " MIRA". Elles affirment que MIRA est présent dans
la zone et se prépare à agir. Elles dénoncent le fait
que ce groupe opère dans la région d’Ocosingo, qu’il possède
des armes, de l’argent, et jouit d’un entraînement qui leur est fourni
par l’armée mexicaine elle-même, l’armée mexicaine
étant à son tour entraînée par différentes
armées d’autres pays.
Pour conclure, les autorités manifestent leur
désir que la Commission puisse transmettre leurs demandes avec transparence
et objectivité.
2.1.2.
ENTREVUE AVEC LE COORDINATEUR DES "PROMOTEURS DE SANTE " DE LA COMMUNAUTE
DE FRANCISCO GOMEZ
Pendant le premier jour de la visite dans l’Aguascalientes
de Francisco Gomez, la Commission s’est entretenue avec le coordinateur
des " promoteurs de santé ", afin de recueillir des informations
sur la santé et l’assistance sanitaire dont bénéficient
les habitantEs de la zone.
Les installations du poste de santé de Francisco
Gomez sont composées de trois " départements ". Le premier
est destiné à la pharmacie, le deuxième, équipé
d’un lit sans matelas, sert à recevoir et à examiner les
patientEs, le troisième sert de salle d’attente. Le poste de santé
a été crée en 1996 et s’occupe de 60 communautés.
L’équipe soignante est composée du " promoteur de santé
", appuyé par cinq personnes membres de la communauté.
Le promoteur informe que les précaires conditions
de santé " sont le résultat des conditions climatiques et
des conditions de vie produites par le conflit, conditions auxquelles sont
actuellement soumis les membres de la communauté". Les maladies
les plus communes sont : la diarrhée, les parasitoses, les maladies
de peau, les infections gastro-intestinales, les infections des voies respiratoires,
la tuberculose, les infections urinaires, les migraines (surtout chez les
femmes) et l’asthme (surtout chez les enfants). Le promoteur ajoute que
la dénutrition est massive, en particulier chez les enfants. Cette
dénutrition est due à la fois au manque de nourriture et
au type de régime alimentaire qui prévaut dans la communauté.
La situation actuelle de conflit aggrave le problème du manque de
nourriture.
La capacité d’attention sanitaire est limitée
à la fois par le manque de personnel et par le manque de matériel
médical. Les patientEs doivent souvent être envoyéEs
à d'autres instances sanitaires, notamment à la Croix rouge
mexicaine. Cependant, avant d’admettre unE patientE, la Croix rouge exige
un diagnostic détaillé, réalisé par unE professionnelLE
–ce qui bien entendu est rarement le cas. La Croix rouge en profite pour
se décharger de toute responsabilité envers la personne qui
lui est envoyée. Par ailleurs, la communauté ne dispose pas
d’une ambulance : les personnes qui ne peuvent être traitées
dans la communauté, notamment les cas d’accouchement difficile,
coûtent donc très cher. Parfois, elles ne peuvent tout simplement
pas être transportées.
Le promoteur répète que la communauté
manque cruellement de ressources matérielles, notamment des médicaments
les plus essentiels, et demande aux organisations internationales de l’aide
humanitaire : don de médicaments (antibiotiques, sirops contre la
toux, solutions déparasitantes, anti-inflammatoires, analgésiques,
vitamines). La Commission est ensuite invitée à constater
que, dans un lot de médicaments fournis par la Croix rouge mexicaine,
se trouvent des médicaments périmés.
Certaines personnes de la communauté dispensent
des traitements médicaux basés sur la médecine naturelle,
à l’aide d’un manuel récapitulatif des connaissances traditionnelles,
élaboré au sein de la communauté. Du fait du manque
de ressources, ces connaissances ne peuvent être transmises aux autres
communautés, et le promoteur de santé craint que ces connaissances
se perdent. Il existe également une initiative des femmes, visant
à créer une pépinière de plantes médicinales,
mais pour le moment, la présence des soldats empêche de mener
à bien ce projet. Des démarches ont aussi été
effectuées auprès du ministère de la santé
à Tuxtla Gutiérrez, afin de réaliser des ateliers
de formation sanitaire, mais le ministère exige que les personnes
à former possèdent au moins un diplôme de l’école
primaire – ce qui est impossible et empêche la réalisation
du projet.
2.1.3
ENTREVUE AVEC DES FEMMES BASES D’APPUI ZAPATISTES, REALISEE LE 21 FEVRIER
1998
La discussion a porté principalement sur
le harcèlement militaire et l’influence de la présence des
militaires dans leur vie quotidienne, ainsi que sur les activités
que réalisent les femmes et leur participation à la vie communautaire.
Voici, schématiquement, ce qu’ont déclaré les femmes
rencontrées par la Commission :
Les femmes ont dénoncé l’existence de
barrages militaires, où les soldats leur demandent ce qu’elles font
et ce qu’elles cultivent. Elles se sentent intimidées parce qu’elles
ne parlent pas espagnol. Les survols rasants d’avions, d’hélicoptères
et les patrouilles de l’armée en pleine montagne les terrorisent.
De surcroît, elles affirment que les militaires pénètrent
dans leurs communautés sans demander aucune permission. Elles expliquent
également que, pendant la venue de la Commission, les militaires
se sont retirés. Elles disent également qu’il n’est pas exact
que l’armée effectue des activités humanitaires.
Parmi les conséquences de la présence
militaire, elles soulignent qu’elles ne peuvent pas aller seules travailler
aux champs, ramasser du bois, et plus généralement se déplacer
seules, par crainte de se faire agresser. Elles ajoutent que la peur et
l’insécurité affectent tout particulièrement les enfants.
Elles dénoncent également l’apparition de la prostitution
dans la zone. Prostituées et soldats se baignent dans les rivières
et les sources d’où les communautés tirent leur eau. Elles
signalent que les prostituées viennent principalement d’Ocosingo
et d’Altamirano, mais qu’à présent, certaines femmes des
communautés commencent, elles aussi, à se prostituer.
Activités du collectif de femmes :
Les femmes tiennent des réunions pendant lesquelles
elles réfléchissent aux réponses à apporter
à la militarisation, parlent de comment affronter la peur et de
comment protéger les enfants. Elles ont pour projet de monter un
magasin coopératif de femmes, afin de vendre leurs produits et de
gagner un peu d’argent, notamment pour créer un fond d’aide aux
malades et pour divers besoins. Il existe un groupe de femmes qui font
de la couture.
Les femmes ne font pas partie des autorités
communautaires.
Education :
Les instituteurs du gouvernement ne viennent plus depuis
1994. Avant 1994, ils venaient de temps en temps, une ou deux fois par
quinzaine. Cette éducation était de mauvaise qualité
et très irrégulière : les femmes ne veulent plus de
cela. La question de la scolarisation est très importante, les femmes
tentent de résoudre cette question. Beaucoup d’entre elles veulent
apprendre à lire et à écrire.
Santé :
La santé est mauvaise, parce que la nourriture
est composée uniquement de tortillas et de haricots.
Accouchement :
Dans la clinique la plus proche, Jesus de la Buena
Esperanza, il n’y a pas de médicaments. En cas d’accouchement difficile,
les femmes voudraient pouvoir être transférées à
Altamirano, mais la Croix rouge n’accepte de les amener qu’à Ocosingo,
où elles ne veulent pas aller. De surcroît, elles n’ont pas
d’argent.
Participation des femmes dans la communauté
et dans la prise de décision :
Les femmes ont le désir de participer en tant
que femmes. Elles affirment qu’elles peuvent désormais exprimer
leurs revendications. Elles se sont organisées en tant que femmes
pour réfléchir à leurs revendications et pour décider
quoi faire par rapport à la présence militaire.
Présence internationale :
Les femmes voient la présence internationale
d’un bon œil, car tant qu’il y a des personnes étrangères,
les soldats ne se montrent pas. Elles demandent à la Commission
de faire connaître leur situation et de faire savoir ce que fait
le gouvernement dans toutes les communautés.
Revendications à l’égard du gouvernement
:
Les femmes réclament le droit à la santé
et à la scolarisation, pour l’ensemble du pays et pas seulement
pour quelques personnes. Elles demandent que les militaires retournent
dans leurs casernes. Elles exigent également l’application des accords
de San Andrés, en particulier la partie concernant les femmes :
le gouvernement ne les prend pas en compte sous prétexte que ces
sont des Indiennes, des paysannes, et qu’elles sont analphabètes.
2.1.4.
DENONCIATION PRESENTEE PAR LA COMMUNAUTE FRANCISCO GOMEZ, LE 20 FEVRIER
1998
Pendant que la Commission se trouvait dans l’Aguascalientes,
elle a assisté à une plainte effectuée par la communauté
auprès des militaires, relative à des faits advenus quelques
jours auparavant. Une jument avait été blessée, et
une autre tuée par les barbelés posés par les militaires
autour de leur campement. Après une brève discussion avec
le commandant Enrique Cano, celui-ci s’est engagé à rembourser
les dégâts et à prendre les mesures nécessaires
pour éviter que de tels faits se reproduisent. Il faut signaler
que durant cette discussion, un officier a formulé des commentaires
méprisants par rapport aux membres de la communauté, visant
à leur faire quitter les lieux.
2.1.5.
VISITE RALISEE DANS L’EJIDO GALEANA, SITUE DANS LA MUNICIPALITE AUTONOME
DE FRANCISCO GOMEZ
L’entrevue a été réalisée
le 20 février avec les autorités locales de l’Ejido Galeana.
Situation de la communauté :
A son arrivée, la Commission a été
reçue par l’ensemble de la communauté. Deux heures durant,
elle a recueilli les témoignages et pétitions de la communauté.
Les thèmes sur lesquels la communauté
a insisté étaient principalement liés à l’augmentation
de la présence militaire dans la zone, aux survols rasants réalisés
par l’armée et à la menace constante d’une incursion militaire.
La communauté a largement évoqué les conséquences
de cette situation sur leur vie quotidienne, et sur l’insécurité
que cela faisait peser sur la communauté. Les personnes présentes
ont affirmé que leur village a déjà été
bombardé en 1995, lors d’une attaque de l’armée fédérale.
Les personnes présentes ont également
évoqué leurs besoins en termes de santé et de scolarisation,
ces deux services étant absolument indisponibles dans la communauté.
Elles ont manifesté leur méfiance et leur rejet de toute
forme d’aide officielle de la part du gouvernement, arguant que cette aide
"a pour unique objet de diviser les communautés et de les amener
à l’affrontement, sans résoudre en profondeur le conflit
". Elles ont souligné les conditions misérables dans lesquelles
elles vivent et ont affirmé que la non-application des accords de
San Andrés, du fait du gouvernement, était bien la preuve
que ce gouvernement niait la recherche d’une véritable paix au Chiapas.
Elles ont également manifesté leur inquiétude face
à l’augmentation des groupes paramilitaires, aussi bien dans la
zone que dans le reste du Chiapas.
Finalement, les membres de la communauté ont
répété qu’il était important que la communauté
internationale connaisse la vérité, sache ce qui se passe
réellement et sache aussi que les communautés veulent pouvoir
vivre en paix.
Faits dénoncés :
La communauté dénonce le fait que le
9 janvier 1998, à 10 heures 30 du matin environ, une centaine de
soldats de l’armée fédérale ont tenté de pénétrer
dans le village de La Galeana. Les soldats sont montés sur la colline
au-dessus du village et ont ramassé de la canne à sucre dans
les champs des villageoisES, à 500 mètres du village. Les
femmes et les enfants sont alléEs au-devant des soldats. Beaucoup
de femmes portaient leurs enfants sur leur dos. Au moment où les
soldats se dirigeaient vers le centre du village, elles les ont entourés
et leur ont crié qu’ils s’en aillent. Les soldats se sont repliés
et les ont menacés avec leurs armes, en les pointant sur elles.
Ils les ont accusées de faire partie de l’EZLN, ce à quoi
les gens du village ont répondu " que les soldats les laissent tranquilles,
qu’ils étaient de simples paysans ".
L’un des soldats a tiré un coup de feu, sans
faire de victime. Les femmes ont demandé aux soldats de payer la
canne à sucre. Elles ont signalé à la Commission qu’elles
avaient vu que les soldats avaient dissimulé une grenade dans les
champs de canne à sucre, mais qu’elles n’avaient pas pu la retrouver
malgré leurs efforts. Elles ont aussi signalé que les soldats
avaient amené des graines de marijuana, peut-être dans l’intention
de les éparpiller dans les champs, afin d’accuser par la suite la
population de cultiver de la drogue.
Finalement, sous les cris hostiles des femmes, les
soldats se sont repliés jusqu’à la route, où ils ont
formé un cordon de 80 soldats. Les gens de la communauté,
voyant qu’ils ne s’en allaient pas, les ont suivis et ont continué
à leur crier qu’ils s’en aillent. A 4 heures de l’après-midi,
deux camions sont venus les rechercher et les ont ramenés à
la base militaire qui se trouve dans les environs de Francisco Gomez.
Les autorités ont affirmé à la
Commission qu’il s’agissait de la troisième tentative d’incursion
militaire dans leur village en trois ans, et ont demandé l’appui
de la société civile.
2.2
Visite de la zone de l'Aguascalientes de Morelia 19–21 février
2.2.1
Compte-rendu de l'entretien avec la Présidence municipale de Altamirano
La rencontre avec la Présidence municipale
de Altamirano a eu lieu le 19 février 1998. Trois membres de la
Commission y ont discuté avec Juan Méndez López, régisseur
municipal et membre du PRI.
Situation de la municipalité :
Le régisseur fait savoir qu'Altamirano est une
municipalité peuplée de paysans pauvres, divisés en
zapatistes et priistes. À son avis, les priistes sont pacifiques
tandis que les zapatistes menacent les priistes ; il affirme que les zapatistes
sont armés, mais pas les priistes. Il ajoute que les leaders zapatistes
ne sont pas mexicains, qu'ils viennent d'autres pays, et que les paysans
indiens ne prendraient jamais les armes de leur propre volonté,
si personne ne les manipulait.
Il déclare ensuite que la Présidence
municipale – majoritairement du PRD – garde la neutralité face au
conflit, et qu'il n'y a pas de plaintes déposées par les
priistes contre les zapatistes, que celles-ci sont déposées
au Ministère Public de l'État du Chiapas, car si elles l'étaient
à la Présidence Municipale et si ça se savait, il
pourrait y avoir des représailles.
Il déclare également que la situation
actuelle du Mexique est due "à un complot venu de l'étranger".
Il ne connaît les accords de San Andrés que par ce qu'il a
entendu à la télévision. La seule solution qu'il voit
au conflit, pour éviter une nouvelle vague de violence est que les
zapatistes déposent les armes. Il dit que s'il n'y avait pas de
soldats au Chiapas, il y aurait beaucoup plus de problèmes causés
par les paysans, et que depuis le massacre d'Acteal, il y a moins de conflits.
Il explique que, à Altamirano, on ne sait pas
très bien qui sont les meneurs, mais que dans les communautés,
ceux-ci sont bien connus, qu'il y a là des étrangers installés
depuis trente ans, qu'il connaît leurs noms, qu'il ne veut pas les
donner, mais qu'ils viennent des USA, de Colombie, du Nicaragua et d'Allemagne,
et que ces personnes sont encore dans les communautés.
2.2.2
Témoignage des femmes de la Municipalité "17 Novembre".
Le 20 février dans l'Aguascalientes Morelia,
26 membres de la Commission Civile Internationale ont recueilli les témoignage
de femmes (en majorité) de la Municipalité "17 Novembre"
(Altamirano), (communautés 10 Avril, Nueva Esperanza, San Miguel
Chiptic, Jalisco, Morelia et San Pedro Guerrero).
Faits dénoncés :
Les témoignages ont porté sur des faits
qui ont eu lieu entre le 1er et le 12 janvier 1998, périodes où
l'armée fédérale (caserne d'Altamirano) est entrée
dans les communautés bases d'appui de l'EZLN pour y menacer les
populations, les répertorier et voler leurs biens. Les femmes ont
un rôle très important dans la résistance pacifique
contre les agressions de l'armée fédérale. Elles protègent
les hommes et les enfants de leurs communautés, empêchent
les affrontements entre les hommes de la communauté et les "soldats
fédéraux". Elles affirment que leurs armes consistent à
se défendre par la parole et à s'opposer physiquement à
l'entrée des soldats. Elles disent ne pas avoir peur des soldats
fédéraux, car c'est bien plus grave "quand ils attrapent
des hommes, parce qu'ils les séquestrent et/ou ils les tuent". Elles
expliquent que ces agressions contre les communautés ont eu lieu
au moment où le café devait être semé ou récolté,
et que ceci les a empêchées d'accomplir leur travail habituel.
Elles n'ont pas pu jusqu'à présent travailler tranquilles,
ce qui leur fait craindre une famine.
A aussi été recueilli le témoignage
de mari de Guadalupe Méndez López, assassinée par
la police judiciaire à Ocosingo, durant la manifestation du 12 janvier
1998. Cette manifestation avait lieu pour exiger que l'armée sorte
des communautés et du Chiapas, que les responsables matériels
et intellectuels du massacre d'Acteal soient punis, pour demander le respect
des Accords de San Andres, le jugement de Chuayfett (ex Ministre de l'Intérieur)
et de Ruiz Ferro (ex gouverneur du Chiapas). Cette marche a eu lieu le
12 janvier, anniversaire du cessez-le-feu de 1994. Le mari de Guadalupe
Méndez López a expliqué que le gouvernement lui avait
offert 20 000 pesos pour qu'il se taise et cesse de dénoncer cet
assassinat, et qu'il avait refusé cet argent.
2.2.3
Visite à la Communauté "10 avril".
Un groupe de cinq personnes de la Commission Civile
Internationale pour les Droits de la personne a visité le 20 février
1998 la communauté "10 avril", non loin de Altamirano. Ils y ont
rencontré quelques représentants de cette communauté,
qui les ont informés de la situation dans laquelle elle se trouve,
des persécutions militaires qu'ils ont subies cette année
et des plaintes conséquentes.
Situation de la communauté :
La communauté comprend 750 personnes, venues
de cinq communautés différentes, qui se sont installées
sur ces terrains en 1995 avec les quelques paysans qui s'y trouvaient déjà.
Depuis 1995, ils ont reçu de fréquentes
menaces d'être délogés de la part des propriétaires
terriens et de la sécurité publique. Les représentants
ont rapporté les plaintes liées aux incursions des soldats
fédéraux le 1er janvier 1998 (voir annexes). Ils ont expliqué
qu'à Nueva Esperanza, les caméras de TV Azteca ont filmé
les faits, mais que ces images ne sont jamais passées à l'antenne.
Dans la Communauté "10 avril" il n'y a pas d'école,
et les enfants doivent aller loin pour étudier, mais aujourd'hui
ce n'est plus possible, car ils ont peur des soldats. En cas de maladie,
les gens se rendent à l'Hôpital San Carlos de Altamirano.
L'une des principales ressources est la culture du
café, et ils ont un projet de culture du café et d'élevage
d'abeilles en commun avec d'autres régions, mais ce projet est au
point mort depuis que les soldats ont volé l'argent (voir plainte
jointe en annexe). En outre, les conditions de subsistance sont aggravées
par un futur incertain, car les soldats menacent de revenir et de bombarder
la communauté et de tout détruire.
Il y a dans la Communauté "10 Avril" un Campement
Civil pour la Paix, mais il était vide au moment de l'incursion
militaire. La communauté demande explicitement la présence
d'observateurs internationaux dans le campement.
2.2.4.
Visite de la communauté de Nueva Esperanza
Le 20 février 1998, un groupe de la Commission
Civile pour l'Observation des Droits de la personne composé de cinq
personnes a rendu visite à Nueva Esperanza et a rencontré
le responsable de la communauté.
Situation de la communauté :
Dans cette communauté, établie en 1997,
vivent 25 familles Tojalabales. Le terrain qu'elles cultivent et celui
où elles résident est de caractère ejidal. Ils tirent
l'eau d'une rivière où d'autres communautés situées
plus haut rejettent leurs détritus. ils n'ont ni école ni
maître. Leurs travaux collectifs se font dans deux magasins que les
hommes tiennent et dans une petite ferme de poulets où travaillent
les femmes.
Faits dénoncés :
Pendant l'entrevue réalisée par la Commission,
le responsable de la communauté a expliqué que le 1er janvier
1998, alors que les habitants de Nueva Esperanza fêtaient l'inauguration
d'un nouveau terrain de basket, l'armée fédérale est
entré dans la communauté. 2 600 soldats de la caserne de
Altamirano sont arrivés, avec plusieurs blindés et 16 camions.
La communauté de Nueva Esperanza a été occupée
durant quatre jours, pendant lesquels les Indiens sont restés cachés
dans les montagnes voisines, fuyant la présence militaire. Ils avaient
quitté Nueva Esperanza sans avoir le temps de ramasser aucune affaire
personnelle.
Selon le témoignage de la communauté,
les soldats fédéraux ont volé 87 800 pesos, produit
de la vente de bois ; ils ont arrosé d'essence tout le maïs
et les haricots ; ils ont brûlé tous les vêtements et
les effets personnels qui se trouvaient dans les maisons ; ils ont détruit
les latrines ; ils ont pillé les deux magasins de la communauté,
qu'ils ont vidés et démolis ; ils ont tué les poulets
; ils ont utilisé les habitations comme latrines ; ils ont volé
l'appareil de radio qui servait à communiquer avec les communautés
voisines, ainsi que les médicaments et le bétail.
Les habitants ont raconté qu'après deux
jours d'occupation, les femmes de Nueva Esperanza et d'autres communautés
voisines ont tenté de les faire partir. Les soldats ont réagi
en inondant l'église d'essence et en essayant d'y faire entrer les
femmes. Celles-ci ont pu fuir, mais les soldats sont restés deux
jours de plus, jusqu'au 4 janvier, quand un groupe de femmes plus important
que le précédent – il rassemblait les femmes de 10 communautés
– a pu faire partir l'armée de Nueva Esperanza.
Demandes à la commission :
Les représentants de Nueva Esperanza ont supplié
la Commission de faire venir un Campement Civil pour la Paix dans leur
communauté pour empêcher des nouvelles attaques de l'armée
fédérale. Ils ont aussi réclamé des aliments
et des vêtements, car depuis l'attaque ils sont dépourvus
de tout.
2.2.5
Visite à la communauté de San Miguel Chiptic
La visite de la communauté de San Miguel
Chiptic a eu lieu le 20 février 1998. Cinq membres de la Commission
ont interrogé le responsable de cette communauté et son "promoteur
de santé". Dans la communauté, se trouvaient aussi des journalistes,
invités pour servir de témoins en cas de nouvelle incursion
de l'armée dans la zone.
Situation de la communauté :
Cette communauté est constituée de 500
personnes, elle dispose d'une école, d'un "promoteur de santé"
formé à l'hôpital San Carlos de Altamirano ; celui-ci
a exposé les problèmes d'alimentation et de santé
à San Miguel Chiptic.
Au niveau sanitaire, les maladies sont beaucoup plus
nombreuses à la période des pluies à cause de la forte
humidité et du froid. Il expliqua que la grippe était la
maladie la plus fréquente, mais que de nombreuses autres maladies
affectaient les enfants à cause du manque d'hygiène. Le promoteur
expliqua ses efforts pour donner chaque année des cours d'hygiène
en prévention des maladies. Il souligna que 80 % des enfants avaient
des problèmes de malnutrition, et étaient donc plus sensibles
à toutes les maladies et qu'ils étaient plus gravement atteints.
Pour contrôler ceci, il pèse régulièrement
tous les enfants. Les habitations, mal construites et laissant entrer l'air
froid sont aussi un facteur d'aggravation des risques de maladies des habitants
de San Miguel Chiptic.
Faits dénoncés :
Les 1er janvier, l'armée est arrivée
avec 3 camions et a encerclé la communauté. Tout le monde
avait peur car les soldats étaient armés. Selon le témoignage
du responsable de la communauté, les soldats sont entrés
dans deux maisons : celle du Commissaire de l'Ejido et celle du trésorier.
Ils y ont volé 20 000 pesos de la coopérative et 10 000 pesos
de la communauté. Ensuite ils se sont réunis devant l'église.
Les femmes se sont alors organisées pour que les soldats n'entrent
pas dans d'autres maisons. Les témoins ont dit qu'avec l'armée
se trouvait un représentant administratif de Altamirano, qu'ils
ont reconnu, car certains membres de la communauté étaient
déjà allés dans son bureau; il y avait aussi quatre
personnes masquées. Les femmes ont tenté de leur ôter
leurs masques pour savoir qui ils étaient, mais l'armée les
a protégés pour qu'ils ne soient pas identifiés. Les
femmes, armés de bâtons ont chassé les soldats et les
ont poursuivis jusqu'à Nueva Esperanza, où ils ont rejoint
de nombreux autres soldats. Là, à Nueva Esperanza, les soldats
ont essayé d'enfermer les femmes dans l'église qu'ils venaient
venaient d'arroser d'essence. Les femmes ont résisté et ne
sont pas entrées dans l'église. Elles ont ensuite rejoint
leurs communautés. Plus tard elles sont retournées à
Nueva Esperanza pour en chasser complètement les soldats.
L'armée abandonna Nueva Esperanza à trois
heures du matin, après trois jours d'occupation. Le responsable
expliqua que les femmes craignaient non seulement l'armée mais aussi
la Police Judiciaire qui avait l'ordre de rechercher et de capturer certains
hommes de la communauté.
Demandes à la Commission :
Le responsable de San Miguel Chiptic demanda à
la commission la présence d'observateurs internationaux dans sa
communauté pour la protéger de possibles nouvelles attaques
de l'armée.
2.2.6
Visite à la communauté San Pedro Guerrero
La visite de la communauté San Pedro Guerrero
s'est faite le 21 février 1998 : quatre personnes de la Commission
s'y sont rendues et se sont entretenues avec le responsable de la communauté,
ainsi qu'avec une femme que l'armée avait attaquée.
Situation de la communauté :
La communauté est constituée d'Indiens
tojolabals ; elle existe depuis deux ans et s'est construite sur le terrain
d'un propriétaire de bétail de Comitan, qui a abandonné
la zone après le soulèvement de 1994. La communauté
comprend 44 familles.
On nous a dit que les terres étaient aujourd'hui
communautaires – ce qu'elles n'étaient pas auparavant, et que le
bétail appartenait en partie à la communauté et en
partie aux familles. Elle ne reçoit aucune aide du gouvernement
; il y a un maître démocratique ; quand les gens sont malades,
ils vont à l'hôpital San Carlos, où sont aussi faits
les vaccins et où sont formés les "promoteurs de santé"
qui retournent ensuite dans leurs communautés d'origine. La communauté
fait partie de la Municipalité autonome "17 Novembre" et elle envoie
des délégués aux sessions communautaires qui s'y tiennent.
Faits dénoncés :
On nous a raconté que l'armée était
entrée dans la communauté le 8 janvier 1998. Les soldats
sont arrivés avec des matraques pour frapper les femmes. Néanmoins
celles-ci ont essayé de les empêcher d'entrer, mais elles
n'y sont pas parvenues. Il y avait une centaine de soldats, accompagnés
d'un homme masqué qui leur désignait les maisons à
fouiller. On nous a dit que cet homme masqué était un priiste
d'une communauté voisine. Les femmes ont essayé d'empêcher
les soldats de pénétrer dans les maisons, mais elles ont
été frappées à coups de culasses. Les soldats
sont entrés dans la chapelle et la maison du catéchiste,
où ils ont tout détruit. Dans le dispensaire, ils ont cassé
les médicaments, les ampoules injectables, etc.
La justification de l'entrée de l'armée
dans la communauté était qu'ils cherchaient des armes de
l'EZLN. On nous a expliqué que, quand l'armée entre dans
une communauté, les hommes se cachent pour ne pas être arrêtés.
En conséquence de quoi ils ne peuvent poursuivre les travaux en
cours car ils s'attendent à une fouille, maison par maison.
On nous a dit que ce sont les femmes qui vont faire
les achats à Altamirano, car les hommes craignent d'y être
arrêtés. On nous a expliqué que les priistes menacent
de les expulser de la communauté ; que ce risque s'accroît
quand l'armée y entre et qu'il y a des patrouilles d'hélicoptères
dans la région. On nous a répété plusieurs
fois que les femmes avaient essayé d'empêcher l'armée
d'entrer dans la maison du catéchiste et que si les soldats s'en
étaient pris à lui, c'est parce qu'ils étaient contre
Don Samuel, qu'ils rendent responsable d'organiser les gens.
2.2.7.
Visite à la communauté Moisés Gandhi,
chef-lieu de la Municipalité autonome Che Guevarra.
Le 21 février la Commission a visité
cette Communauté, où elle été reçue
par toute la population. Les autorités municipales lui ont souhaité
la bienvenue et ont lu un communiqué dans lequel étaient
dénoncés des faits graves.
Nous résumons ici les faits les plus importants.
Selon le communiqué lu, le 8 janvier, à
6 h du matin, environ 400 soldats sont entrés dans la communauté.
D'après les déclarations du commandement militaire, ils recherchaient
des armes. Les fouilles ont concerné aussi les communautés
voisines de Sibacja, Ujcumilja et ses environs. Lors des fouilles, les
soldats n'ont cessé de proférer des menaces contre les habitants,
de frapper des femmes et des enfants, de voler des fruits et des produits
agricoles et ils ont pillé une boutique communale. Les habitant
déclarent qu'à partir de ce moment la présence militaire
a augmenté dans la zone, avec chaque jour des patrouilles et des
survols à basse altitude. Ils affirment que les menaces et les insultes
des soldats présents sont constantes et s'adressent y compris aux
femmes et aux enfants. Les gens ne se risquent donc pas à sortir
de leurs communautés, et les enfants ne vont plus à l'école.
On nous a dit que le 9 janvier 1998, 6 véhicules
de l'armée mexicaine sont entrés dans le village de Abasolo,
Municipalité de Ocosingo, causant la panique dans la population.
Ce même jour, 600 à 700 soldats fédéraux sont
entrés à pied dans la ferme Tzajala pour procéder
à une fouille exhaustive de tout l'ejido d'Abasolo. Les habitants
disent qu'à cette occasion il y a eu de nouveaux vols de fruits
et de produits agricoles.
Le communiqué des autorités de la municipalité
autonome se termine par la demande du départ immédiat de
l'armée de la région et le respect immédiat des accords
de San Andrés.
2.2.8
Visite à l'hôpital San Carlos
Le 19 février, une partie de la Commission
a visité l'Hôpital San Carlos, situé dans le chef-lieu
municipal de Altamirano. Dix membres de la Commission ont rencontré
Sœur Florencia, directrice de ce centre hospitalier.
L'Hôpital San Carlos appartient aux sœurs de
la Charité de Saint Vincent de Paul et fait partie du diocèse
de San Cristobal de las Casas. C'est l'unique hôpital de la République
du Mexique qui prenne en compte dans ses soins les coutumes des peuples
Indiens, et c'est pourquoi des Indiens de tout l'État du Chiapas
viennent s'y faire soigner. Dans ce contexte, on peut noter le contraste
entre l'hôpital municipal d'apparence ultramoderne, construit après
le soulèvement zapatiste et les modestes installations de l'hôpital
San Carlos. Les témoignages décrivent le premier comme l'hôpital
des métisses et des priistes, le second comme l'hôpital des
"autres".
Selon la Prieure, l'hôpital San Carlos est presque
exclusivement financé par des dons venus de l'étranger ;
le coût des soins y est très peu élevé. Les
parents de malades sans ressources ont la possibilité de travailler
pour remettre à neuf l'hôpital et ainsi financer les soins
appliqués.
À la suite de l'assistance aux Indiens, l'hôpital
a été l'objet d'agressions et de menaces après le
soulèvement de 94. Selon la Prieure, ces menaces ont repris, mais
de façon moindre, avec l'augmentation de la présence militaire
après le massacre d'Acteal.
De l'entretien avec la Prieure Sœur Florencia s'est
dégagé le cadre de l'état de santé des peuples
Indiens suivant: le mal dominant qui conditionne tout est la dénutrition.
Le degré de dénutrition est tel que les Indiens peuvent mourir
d'une simple grippe. Le manque de nourriture suffisante détermine
le cadre des maladies suivantes qui sont, selon Sœur Florencia, les plus
fréquentes dans la zone : maladies des appareils respiratoire et
digestif, parasitoses, tuberculose, nombreuses maladies infectieuses.
Sœur Florencia souligna l'existence d'un fort taux
de maladie cancérogènes, touchant enfants comme adultes,
et qui selon tous les indices sont dues aux pesticides expérimentés
dans l'État du Chiapas.
2.2.9
Incidents et faits importants pendant la visite de la Commission à
Morelia.
23 observateurs de la Commission Civile Internationale
d'Observation des Droits de la personne se sont rendus à Morelia
le jeudi 19 février. Dès leur départ de San Cristobal,
ils se sont rendu compte de la présence de journalistes qui les
suivaient.
Le premier arrêt a eu lieu à Moisés
Gandhi, dans la Municipalité autonome rebelle Che Guevarra. Pour
entrer dans cette communauté, il leur fallait traverser un campement
militaire. Un membre de l'armée a arrêté l'autobus
et deux membres de la Commission sont descendu demander pourquoi on les
arrêtait. Un officier est intervenu pour donner l'ordre de laisser
passer les observateurs.
À Moisés Gandhi, les représentants
de la Commission n'ont pas pu rencontrer les habitants du village, qui
étaient au travail. Dans cette communauté se trouve un campement
civil pour la paix occupé par un observateur étranger. Les
journalistes de TV Azteca et de l'Association des Correspondants sont tout
de suite allés s'entretenir avec cet observateur, qui déclara
être là pour quelques jours. Ensuite deux délégués
de la Commission ont demandé aux journalistes de les laisser continuer
tranquillement leur travail.
Après avoir convenu d'une rencontre avec la
Communauté Moisés Gandhi pour le samedi, les membres de la
Commission sont partis pour Altamirano. Avant d'arriver, ils se sont arrêtés
sur la route pour tenir une réunion hors de l'autobus. durant cet
arrêt, une dizaine de soldats s'arrêtèrent près
d'eux et ont effectué des manœuvres indéfinies pendant dix
minutes.
À l'arrivée à Altamirano, les
services d'immigration ont retenu la Commission pendant une demi heure
pour examiner les passeports et noter les indentités de tous les
membres. Le groupe d'observateurs s'est divisé en deux. Le premier
groupe a rencontré les Sœurs de l'Hôpital San Carlos et l'autre
a discuté avec un représentant de la municipalité
constitutionnelle de Altamirano. À leur sortie de l'hôpital
les observateurs ont été filmés par des individus
en civil.
À trois heures de l'après-midi, les représentants
de la Commission se sont présentés à la Présidence
Municipale d'Altamirano. Ils ont demandé le Secrétaire mais
on leur a répondu qu'il était à la fête du village.
Ils demandèrent à la Police d'aller le chercher, ce qui fut
fait. Après un quart d'heure, les agents sont revenus et ont dit
ne pas l'avoir trouvé. La police a fait savoir qu'à cinq
heures, il serait possible de rencontrer le Président Municipal.
Les observateurs sont donc revenus à cette heure, mais le policier
affirma qu'il était encore aux courses de chevaux et que lui, qui
était seul, ne pouvait aller le chercher. Néanmoins le Régisseur
du PRI se présenta à la Présidence Municipale, et
après avoir hésité, il accepta de recevoir la commission.
L'entretien a duré une demi heure puis les observateurs ont quitté
Altamirano pour Morelia.
Le reste du voyage s'est déroulé sans
incident. Le seul fait à signaler est que les responsables du campement
militaire proche de la Municipalité de Moisés Gandhi ne se
sont pas déplacées pour rencontrer une délégation
de la Commission.
2.3.
Visite de l'Aguascalientes de Oventic 19 et 20 février 1998
Le 19 février, à 20 h, 32 membres
de la Commission sont arrivés à l'Aguascalientes de Oventic,
situé à Los Altos, et ont été reçus
par des hommes et des femmes, bases d'appui zapatistes et par les autorités
des municipalités autonomes de San Andrés Sakanch'em de los
Pobres et de San Juan de la Libertad.
Description du lieu :
Oventic est l'un des cinq Aguascalientes créés
par les zapatistes en 1996. Les Aguascalientes sont des espaces de rencontre
entre la société civile nationale et internationale et les
communautés.
Faits dénoncés :
Les représentants des bases d'appui zapatistes
ont fait connaître les points suivants à propos de la militarisation
de la zone :
Depuis 1994, la zone est occupée militairement.
La présence militaire s'est accrue depuis le massacre d'Acteal,
avec comme conséquence l'augmentation du harcèlement et des
persécutions envers la population civile. Il en résulte un
manque de liberté de mouvement au sein de son propre territoire,
l'impossibilité de se consacrer aux travaux quotidiens (semences,
récolte du bois, lessives du linge, commercialisation des productions,...).
Ils ont souligné la situation de pauvreté
et de marginalisation dans laquelle ils se trouvent et la dégradation
des ressources naturelles indispensables à la survie des peuples
Indiens. Les femmes craignent tout particulièrement pour leur intégrité
physique et celle de leurs enfants. La peur d'être violées
les conduit à rester recluses dans leurs maisons. Elle ressentent
la peur et une énorme pression psychologique. Par ailleurs, ils
ont signalé l'introduction d'alcool et de drogue dans les communautés
Indiennes et l'augmentation de la prostitution. Ils ont cité le
cas de jeunes mères célibataires qui se sont vendues aux
soldats pour assurer la subsistance de leurs familles.
Situation actuelle :
La situation actuelle se caractérise par une
forte pression et agressivité militaire. La Commission a reçu
des témoignages relatifs à des arrestations et des vérifications
constantes d'identités d'hommes et de femmes, relatives aux survols
fréquents par des avions militaires.
On a aussi dénoncé l'existence de groupes
paramilitaires, qui sont formés, armés, payés et protégés
par les services du Procureur de la République et agissent sous
la protection du PRI. À la fin de l'entretien, les autorités
ont exprimé leur point de vue sur l'autonomie : elles revendiquent
le droit de s'organiser et de se gouverner en accord avec leur culture
et leur façon de penser. Elles ne reconnaissent pas l'actuel gouvernement
fédéral, qui argue de son autorité au niveau de l'état
et de la fédération pour imposer ses idées par la
force et la violence. Elles le déclarent donc injuste et illégitime.
À l'inverse, elles affirment que sur le territoire zapatiste, il
y a des autorités autonomes nommées par l'ensemble de la
communauté.
Elles constatent que le Gouvernement n'accepte pas
cette façon de vivre et tente d'empêcher que cette expérience
ne s'étende ; l'une des méthodes utilisées pour cela
est la persécution des autorités autonomes, dans le but de
les terroriser et de les obliger à abandonner leurs fonctions. Ils
ajoutent qu'une tactique utilisée par le Gouvernement pour les affaiblir,
est l'octroi de crédits de manière sélective aux autorités
qui appartiennent au parti officiel, et l'abandon à leur sort des
autres communautés.
Ils se trouvent dans une situation sans cesse plus
difficile pour satisfaire leurs besoins de base : l'alimentation (les membres
de la commission ont pu observer des signes de dénutrition sur les
habitants de la communauté), la santé, l'éducation,
la culture.
Un groupe de femmes a apporté sa vision sur
l'analphabétisme ; celui-ci affecte en premier lieu les femmes,
ce qui limite leur participation au processus de prises de décisions
de la communauté. En réponse aux questions des observateurs,
les femmes ont déclaré que leurs position avait fondamentalement
peu changé dans les communautés zapatistes ; cette affirmation
a été nuancée par l'intervention d'un représentant
des bases d'appui zapatistes qui, lui, considère que les femmes
ont plus de possibilités de s'exprimer qu'auparavant. Il convient
de souligner que les femmes parlant très peu l'espagnol ont besoin
d'un traducteur pour s'exprimer. Elles ne peuvent pas non plus transcrire
leurs témoignages, elles ne savent pas écrire.
Demandes à la commission :
Solidarité nationale et internationale pour
trouver une solution pacifique et démocratique à leurs problèmes.
Les autorités autonomes ont déclaré
ne plus avoir peur et ont revendiqué publiquement leur statut d'autorité
sur le territoire.
En ce qui concerne les événements d'Acteal,
ils ont affirmé qu'ils ne répondraient pas au massacre par
un autre massacre, les communautés Indiens devant maintenir des
relations fraternelles et se devant de mettre en place un gouvernement
juste et légitime par le chemin de la raison et non par celui des
armes.
2.3.1.
Incidents durant le voyage à Oventic.
Alors que s'achevait la visite de l'Aguascalientes,
une partie de la délégation s'est dirigée vers le
barrage militaire voisin et a demandé à s'entretenir avec
l'autorité militaire. Les soldats ont refusé de satisfaire
cette demande, expliquant qu'ils n'avaient pas l'autorisation de leurs
supérieurs pour faire des déclarations. Ils ont refusé
d'établir le contact avec l'autorité responsable, expliquant
que le commandant était parti avec le seul téléphone
disponible du campement.
2.4
Visite de l'Aguascalientes La Realidad 20 et 21 février 1998
Les 20 et 21 février, une délégation
de la commission s'est rendue à La Realidad ; le Gouvernement soupçonne
le quartier général de l'EZLN d'être proche de cette
localité.
Situation de la communauté :
Toute l'activité de la communauté est
fortement compromise par le haut niveau de militarisation de la zone. Le
passage quotidien de convois militaires, les survols d'hélicoptères
et d'avions et l'installation de la caserne juste à côté
du village du Rio Euseba créent un climat psychologique et matériel
qui rend impossible le travail aux champs des femmes. Ces dernières
ne peuvent laisser seuls leurs enfants, et les hommes sont arrêtés
et interrogés par les soldats.
Pour pouvoir donner leurs classes, les "promoteurs
de l'éducation" doivent surmonter de nombreuses difficultés.
Il n'y a pas d'assistance de l'état au niveau
de la santé. Ce travail est réalisé par les "promoteurs
de santé" de la communauté elle-même pour les premiers
soins et les cas de maladies bénignes. Les cas plus graves doivent
être conduits à Tuxla Gutierrez , qui est très loin.
Les maladies les plus fréquentes sont dues à la malnutrition
et au manque d'eau potable (les témoins dénoncent la contamination
des eaux attribuée au campement militaire). On constate une augmentation
des cas de tuberculose et de herpès. Il y a un dispensaire médical
et un laboratoire dentaire qui ne fonctionnent pas faute de moyens.
Faits dénoncés :
Les communautés de Amparo Aguatinta et de San
Pedro El Porvenir ont dénoncé la multiplication de patrouilles
militaires qui empêchent les travaux agricoles. On nous a dit que
les communautés proches de la caserne de Las Flores vivaient dans
un état de terreur. À tout moment on entend des coups de
feu, surtout la nuit. La présence des soldats empêche les
travaux aux champs. Des soldats se baignent dans les rivières avec
des prostituées, ce qui crée un climat de crispation dans
les communautés.
La Communauté de Jérusalen a dénoncé
un barrage militaire où tous ceux qui passent sont accusés
d'être zapatistes et sont frappés pour avouer. Les soldats
en patrouille offrent des bonbons aux enfants pour qu'ils disent que leur
père possède une arme. La Communauté de Maravilla
Tenejapa explique qu'elle est fortement menacée par les soldats
et les gardes blanches. "Il y a plus de soldats que d'habitants, c'est
plein de prostituées, on y vend de l'eau de vie". Les gardes blanches
arrêtent la circulation et menace d'ouvrir le feu.
À la frontière du Guatemala, l'Armée
et la Police Judiciaire protègent les trafiquants en escortant leurs
chargements de bière, d'eau de vie ou de bois précieux. La
communauté de La Realidad dénonce la constante augmentation
des provocations militaires qui "arrosent les gens". L'armée patrouille
avec des canons et des blindés, note les noms des individus et essaye
de pénétrer de nuit dans les villages.
La Police Judiciaire porte des armes anti-émeutes
qui lancent des gaz et des grenades à main pour protéger
la route en construction vers San Quintin. À la Realidad, on dénonce
la présence permanente d'hélicoptères civils et militaires,
sans signes d'identification, qui effectuent des survols à basse
altitude du village. Le 3 janvier, quelques 300 soldats ont envahi le village,
les habitants ont été agressés à coups de culasse
alors qu'ils allaient travailler dans les plantations de café. Ils
ont été frappés afin de les forcer à avouer
l'endroit où s'entraînent les zapatistes et l'emplacement
du campement des guerrilleros.
Le 13 février, un hélicoptère
peint en blanc et sans aucune immatriculation, s'est posé dans la
cour de l'école après avoir fait des survols en rase-mottes,
arrachant un arbuste et détruisant le toit d'une maison. Ceci a
créé une situation de panique dans la communauté.
Dans l'appareil se trouvaient six personnes, parmi lesquelles Lolita de
la Vega et son équipe de journalistes de TV Azteca, venus réaliser
un reportage sans avoir averti de leur arrivée. Quand les représentants
de la communauté leur ont demandé leurs cartes, ils se sont
montrés très nerveux ; ils n'ont témoigné aucun
intérêt pour les habitants Indiens mais ont beaucoup insisté
sur la présence des étrangers, demandant quelles étaient
leurs nationalités. L'interview ne s'est pas réalisée
car les autorités municipales ont demandé à l'équipe
de TV Azteca de partir. Elle lui ont demandé de remettre ce qu'ils
avaient enregistré, et l'équipe leur a donné une bande
qui n'avait rien à voir avec la situation présente. En décollant,
l'hélicoptère a arraché le toit de tôle de l'école,
provoquant deux blessés, dont un enfant fortement atteint à
la tête.
2.4.1
Visite à la Communauté de Guadalupe Tepayac.
La communauté de Guadalupe Tepayac, "en exil",
a expliqué que le 9 février 1995, l'armée avait envahi
ce village, dont les habitants ont fui terrorisés, laissant derrière
eux leurs biens. Ils ont signalé que depuis le détachement
militaire a établi son camp sur les ejidos de la communauté.
Situation de la Communauté :
Guadalupe Tepayac est un village inhabité où
seuls se trouvent des soldats. Il y a un hôpital très moderne
où la population ne se rend pas par peur de la présence de
l'armée et par manque de confiance en les soins qui y sont pratiqués.
Demandes à la Commission :
Les responsables des communautés de La Realidad,
Jerusalen, Maravilla Tenejara, Amparo Aguatinta, San Pedro El Porvenir
et tout particulièrement Guadalupe Tepeyac ont sollicité
avec insistance une protection face aux intimidations des patrouilles militaires
et de la Police Judiciaire. Ils ont formellement demandé que la
Commission fasse tout son possible pour que ces forces armées s'éloignent
de leurs communautés qu'elles perturbent fortement. Ils ont affirmé
que ce n'était pas des forces de protection mais des forces de provocation.
2.4.2
Incidents durant le voyage de la Commission à La Realidad et situation
générale des communautés de cette zone.
Quand la Commission est arrivée au poste de
contrôle de Las Margaritas, un officier s'est montré d'une
attitude très hautaine et, bien qu'averti de l'arrivée de
la délégation, il a eu une attitude très arrogante.
Il a d'abord demandé les papiers d'identité, puis fait descendre
un à un les membres de la délégation pour les identifier.
Dans le poste de contrôle, l'officier responsable
a entrepris de copier toutes les données des visas FM3 et a photographié
chaque membre de la délégation. Ceci a duré trois
heures. Finalement, quand le porte-parole de la délégation
a demandé la raison de ce traitement, on lui a retiré le
visa FM3. Ce fait a été rendu public, et les membres de la
Commission ont contacté le consul italien, qui a fait pression sur
les services d'immigration pour que soit restitué le document au
retour de La Realidad.
Le 20 février, la Commission a commencé
son travail d'observation. Les représentants des communautés
Indiennes ont exposé en détail les difficultés de
leur subsistence. La Commission s'est souvent divisée en sous-commissions
qui se sont chargées de récolter des informations dans les
domaines de la santé, de l'éducation, des femmes, de la militarisation
et des Campements pour la Paix.
En ce qui concerne la santé, la Commission a
constaté qu'il n'y a ni clinique, ni unité mobile, ni médicaments.
Le seul médecin est parti après l'attaque militaire de 1994
et n'est jamais revenu. Les maladies les plus fréquentes sont la
tuberculose des femmes, la malnutrition généralisée
des enfants, les problèmes dentaires et l'herpès génital.
Les seuls médicaments utilisés sont des médicaments
vétérinaires. Le Gouvernement leur a parfois envoyé
des médicaments périmés, ce qui cause aujourd'hui
un manque de confiance certain.
Pour l'éducation, il faut signaler que depuis
1994, il n'y a plus de maître. Il y a un "promoteur de l'éducation"
et deux aides qui travaillent avec 400 enfants. La grande majorité
de la population ne sait ni lire ni écrire. On avait à peine
construit une école, mais elle a été détruite
le 13 février par un hélicoptère de la télévision
aztèque. Selon les occupants des Campements pour la Paix, cet hélicoptère
qui avait décollé de la base militaire de Guadalupe Tepeyac
appartient à l'armée.
Les membres des communautés ont expliqué
que les vols à basse altitude et les patrouilles quotidiennes terrorisent
les enfants et leur causent des problèmes psychologiques qui empêchent
une scolarisation normale. L'intervention incessante des soldats font que
les femmes ne peuvent pas laisser seuls les enfants et ne peuvent donc
pas aller travailler dans les champs. Ceci a une répercussion directe
sur l'économie de subsistance.
Par ailleurs, il importe de signaler que les femmes
de La Realidad ont obtenu l'égalité des droits en ce qui
concerne toutes les décisions touchant à la vie communautaire.
En ce qui concerne la militarisation, la Commission a pu observer un grand
nombre de militaires, contrastant avec la tranquillité émanant
des populations. Malgré plusieurs sollicitations d'entretiens, l'armée
a refusé de recevoir une délégation de la Commission.
Au travers de ce qu'ils appellent un travail social,
les officiers de l'armée exercent une pression pour obtenir une
attitude favorable à la construction d'une route vers le Guatemala.
Le sous sol de la région est riche en pétrole et en divers
minerais, dont l'uranium. La Commission a observé que durant tout
son séjour à La Realidad, il n'y a pas eu de patrouilles,
alors que celles ci sont constantes d'après les témoignages
des Indiens et des observateurs des Campements. Ceci a d'ailleurs été
corroboré implicitement par le capitaine de Guadalupe Tepeyac, qui
les a justifiées pour lutter contre la délinquance.
2.5.
Visite à l'Aguascalientes de Roberto Barrio 19 au 21 février
1998
Situation de la Communauté :
L'ejido Roberto Barrio se trouve au bord du Rio Barcón,
qui le sépare d'un camp militaire (le camp 18 Bis). La communauté
a été fondée il y a environ 35 ans.
L'attention de la Commission a été attirée
par la prolifération des différentes églises et sectes.
Outre l'Eglise catholique et l' Eglise presbytérienne présente
depuis une vingtaine d'années, existent, selon les personnes rencontrées,
deux ou trois sectes qui n'ont pu être ni définies, ni spécifiées,
ni identifiées d'un nom connu. Ce point a été présenté
comme source de tensions dans la communauté, de dissensions internes,
en particulier en ce qui concerne la répartition des terres, mais
aussi la vie quotidienne. L'église a souvent été menacée
d'être brûlée "pour répéter ce qui s'est
passé à Chenalho".
Faits dénoncés :
La communauté a dénoncé que le
Rio est pollué depuis l'arrivée des soldats, le 4 février
1996. La présence militaire est une gène pour les femmes
quand elles vont se laver ou faire leurs besoins. Le travail est retardé,
car les champs de maïs sont à moins de 200 mètres du
camp militaire. Le gouvernement pratique une guerre de basse intensité
contre la communauté. Nos interlocuteurs affirment qu'auparavant
la communauté était unie, et que maintenant elle est divisée
: "maintenant les priistes se sentent forts parce qu'ils sont protégés
par le gouvernement ; c'est pourquoi ils nous menacent, nous insultent,
nous provoquent et créent de la violence. Ils ajoutent que le 25
décembre et le 1er janvier, ceux qui se réclament de l'Union
Ejidale, une organisation prtiiste, ont menacé de les chasser par
la force hors de la communauté. Les priistes menacent aussi de détruire
les bois communautaires pour les convertir en biens privés, bien
qu'ils sachent qu'ainsi ils y supprimeraient toute vie.
Les autorités rencontrées ont rapporté
que les priistes qualifient les observateurs internationaux de pillards
s'étant emparé des mines et des richesses. Ceci est apprécié
par les autorités comme un prétexte pour empêcher la
venue d'observateurs étrangers.
Demandes à la Commission :
Ils demandent le départ de l'armée fédérale
"qui ne vient que pour créer des problèmes", "que le gouvernement
respecte les accords de San Andrés", "qu'il respecte notre dignité
et ne vienne pas nous diviser. Qu'il y ait santé, éducation
et vie." Ils ne veulent plus "la destruction et la mort".
Les témoignages suivants ont été
recueillis par la Commission à l'ejido Roberto Barrio, lors de rencontres
avec différentes communautés de la zone.
2.5.1.
Visite à l'Ejido Misopa Chinal, Municipalité de Tila.
Faits dénoncés :
Le président du Commissariat ejidal témoigne
que beaucoup de communautés ont perdu depuis 1995 des membres assassinés
par "Paz y Justicia", association affiliée au PRI. Depuis cette
date, les assassinats ont été accompagnés d'expulsions,
de violence, de vols d'objets et de récoltes. Il a déclaré
que l'armée mexicaine venait de rentrer dans les communautés
et que la Police de l'État s'entendait bien avec "Paz y Justicia",
dont elle complétait l'action ; ils portent même le même
uniforme, comme ce fut le cas le 10 février 1998 quand sont entrés
dans la communauté Misopa Chinal 19 policiers et 3 membres de "Paz
y Justicia".
Demandes à la Commission :
Ils demandent à la Commission qu'elle fasse
connaître dans tous les pays du monde leurs témoignages.
2.5.2
Ejido Dr Belisario Dominguez, Municipalité de Salto de Agua
Faits dénoncés :
Ils dénoncent les attaques sur la route internationale
dans la région de Misoljá Palenque, dont sont victimes en
majorité les véhicules individuels et les autobus. Les autorités
ne peuvent rien faire, car elles subissent la menace des groupes paramilitaires.
Les autorités municipales "pardonnent les erreurs en échange
de diverses sommes d'argent". Le 8 février 1998 le conseiller ejidal
a été frappé par des hommes prétendument ivres.
Ils désignent Miguel Díaz Montejo comme un chef de bande
(voir en annexe la relation des attaques). Les patrouilles de la Sécurité
Publique parcourent les communautés, effrayant femmes, jeunes filles
et enfants.
Demandes à la commission :
Que les autorités mettent en prison ceux qui
attaquent et menacent.
2.5.3.
Municipalité de Sabanilla, État du Chiapas
Faits dénoncés :
On nous rapporte qu'en 1995 commence le conflit qui
affecte la communauté. Des policiers et des paramilitaires expulsent
des Indiens, qui sont encore aujourd'hui réfugiés. Tous les
jours il y a des coups de feu. En 1996, c'est "Paz y Justicia" qui procède
à des expulsions dans le Quintana Roo. Les membres de "Paz y Justicia"
se déplacent à leur gré, parfois accompagnés
de la police. Le chef est le député local, Samuel Sánchez
Sánchez, secondé des régisseurs des mairies de Tila
et Sabanilla. Ils dénoncent aussi les Présidents municipaux
de Sabanilla, Benedicto Pérez, et de Tila, Carlos López Martinez.
Demandes à la Commission :
Ils espèrent que la commission fera connaître
les témoignages des Indiens du Chiapas. Que les souffrances quotidiennes
dans l'État soient prises en compte, pour qu'ils ne soient pas abandonnés.
2.5.4.
Dépendance San Miguel, Municipalité de Salto de Agua
Faits dénoncés :
Le 31 décembre, le jeune Lucas Jimenez Mentejo
a été surpris en train d'attaquer la maison de la maîtresse
d'école. Le même jour a disparu un veau, dont le cadavre a
été retrouvé dans la rivière le 2 janvier.
2.5.5.
Incidents et faits remarquables durant la visite de la Commission à
Roberto Barrios.
Lors du retour vers San Cristobal, la Commission a
longé un camp militaire. Elle a été arrêtée
pendant environ une heure afin que les papiers de ses membres soient examinés.
La réponse des soldats à la demande du motif de cette détention,
qui n'entre pas dans le droit de l'armée, a été "par
cette loi si" en montrant leurs armes. Quand la Commission a renouvelé
sa demande de rencontrer les responsables militaires, elle a été
renvoyée vers le Commandement de la VII° région militaire,
à Tuxla (la commission savait qu'à ce niveau la rencontre
avait déjà été refusée). Alors que les
soldats obligeaient la commission à répondre à toutes
leurs questions, ils ont refusé, de répondre à celles
de la Commission. Il en a été de même en ce qui concerne
les photos.
En résumé, les points qui se détachent
de la visite de la Commission à Roberto Barrios, que ce soit au
niveau des Droits de la personne ou de la vie quotidienne sont les suivants
:
- division de la terre et de la communauté :
la rupture du système traditionnel du travail et de la répartition
des terres engendre des tensions pouvant déboucher sur des violences,
- militarisation : la présence du camp militaire
installé en 1995 est décrite par une grande partie de la
population comme une source de problèmes, de tensions et de peur
dans les communautés, la perte de liberté de mouvement de
peur des soldats (spécialement chez les enfants et les femmes, qui
ne se risquent plus à sortir de la communauté ou à
se baigner seules). La pollution de la rivière, où l'armée
jette ses ordures (on a en particulier signalé des animaux morts,
des préservatifs, le nettoyage des camions et des matériels,
et tout spécialement le rejet d'huile de moteur et d'essence). L'introduction
d'alcool dans les communautés. La présence du camp militaire
a totalement altéré la vie de la communauté : présence
de prostituées, insultes aux femmes, menaces des hommes se rendant
dans les champs de maïs.
- conflits dans les écoles : la division de
la communauté se note tout spécialement chez les enfants
à l'école. D'une part cette division se traduit par des conflits
entre enfants, d'autre part les enfants de bases zapatistes ont des problèmes
pour s'inscrire à l'école car leurs papiers sont incomplets
ou inexistants.
- manipulation de membres de la communauté par
des investissements et des subventions sélectives venues des différents
pouvoirs extra-communautaire. Une partie de la communauté refuse
de recevoir ce type d'aides, considérant qu'elles impliquent une
perte d'autonomie, et préférant une attitude rebelle. Une
autre partie l'accepte. Un des exemples est celui du double réseau
d'adduction d'eau : les tuyaux des zapatistes conduisent à des prises
publiques, dans la rue ; tandis que les priistes ont des tuyaux qui arrivent
dans leurs domiciles. |