Rapport final de la Commission civile internationale
 d'observation des droits humains 
 
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2 ème partie

 
 

Table des matières de la 2 ème partie

2. VISITE AUX AGUASCALIENTES *

2.1 VISITE REALISEE A L’AGUASCALIENTES DE FRANCISCO GOMEZ (LA GARRUCHA) *

2.1.1 entrevue avec le conseil municipal autonome de francisco gomez *
2.1.2. Entrevue avec le coordinateur des "promoteurs de sante " francisco gomez *
2.1.3 entrevue avec des femmes bases d’appui zapatistes, realisee le 21 fev 1998 *
2.1.4. Denonciation presentee par la communaute francisco gomez, le 20 fev 1998 *
2.1.5. Visite realisee dans l’ejido galeana, municipalite de francisco gomez *
2.2 Visite de la zone de l'Aguascalientes de Morelia 19–21 février *
2.2.1 Compte-rendu de l'entretien avec la Présidence municipale de Altamirano *
2.2.2 Témoignage des femmes de la Municipalité "17 Novembre". *
2.2.3 Visite à la Communauté "10 avril". *
2.2.4. Visite de la communauté de Nueva Esperanza *
2.2.5 Visite à la communauté de San Miguel Chiptic *
2.2.6 Visite à la communauté San Pedro Guerrero *
2.2.7. Visite à la communauté Moisés Gandhi, *
2.2.8 Visite à l'hôpital San Carlos *
2.2.9 Incidents et faits importants pendant la visite de la Commission à Morelia. *
2.3. Visite de l'Aguascalientes de Oventic 19 et 20 février 1998 *
2.3.1. Incidents durant le voyage à Oventic. *
2.4 Visite de l'Aguascalientes La Realidad 20 et 21 février 1998 *
2.4.1 Visite à la Communauté de Guadalupe Tepayac. *
2.4.2 Incidents durant le voyage de la Commission à La Realidad et situation des communautés de cette zone. *
2.5. Visite à l'Aguascalientes de Roberto Barrio 19 au 21 février 1998 *
2.5.1. Visite à l'Ejido Misopa Chinal, Municipalité de Tila. *
2.5.2 Ejido Dr Belisario Dominguez, Municipalité de Salto de Agua *
2.5.3. Municipalité de Sabanilla, État du Chiapas *
2.5.4. Dépendance San Miguel, Municipalité de Salto de Agua *
2.5.5. Incidents et faits remarquables durant la visite de la Commission à Roberto Barrios. *


Partie 1                  1. VISITE A LA ZONE DES ALTOS

Partie 3                  2. VISITES À LA ZONE NORD

Partie 4                II. LE SOUS -COMMANDANT MARCOS REPOND AUX QUESTIONS DE LA SOCIETE CIVILE. 50
                              III. ENTRETIENS A CARACTERE INSTITUTIONNEL 57

Partie 5               III. ENTRETIENS A CARACTERE INSTITUTIONNEL (suite)

Partie 6                IV . RAPPORT SUR LA SOCIETE CIVILE 88
                             V . CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS 104

Partie 7                 VI . DENONCIATIONS DES DROITS DE LA PERSONNE
 
 


  
  • VISITE AUX AGUASCALIENTES

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    2.1 VISITE REALISEE A L’AGUASCALIENTES DE FRANCISCO GOMEZ (LA GARRUCHA), DU 19 AU 21 FEVRIER 1998
     
     

    Une délégation de la Commission s’est rendue au village de La Garrucha, aujourd’hui chef-lieu municipal de la municipalité autonome Francisco Gomez, (située dans la municipalité d’Ocosingo).

    2.1.1 ENTREVUE AVEC LE CONSEIL MUNICIPAL AUTONOME DE FRANCISCO GOMEZ

    Au cours de cette rencontre, les interlocuteurs ont expliqué leur conception de l’autonomie indienne, affirmant que le fait que les municipalités autonomes s’auto-gouvernent ne signifie pas que celles-ci se séparent de la République mexicaine : au contraire, la population continue à se considérer chiapanèque et mexicaine.

    Ils ont expliqué que cet auto-gouvernement, dans les municipalités autonomes, se base sur les coutumes de chaque communauté indienne. L’auto-gouvernement passe par l’élection démocratique des autorités municipales, par le biais d’une assemblée à laquelle participent hommes, femmes et enfants. Ainsi élues, ces instances se chargent de gérer de manière communautaire les ressources naturelles de la communauté.

    Les membres du conseil autonome ont dénoncé le fait qu’ils ne possèdent ni essence ni électricité. Bien que l’électricité soit produite chez eux, ils n’y ont pas accès : seules les personnes riches ont accès à l’électricité. Le gouvernement extrait le pétrole et les bois précieux de leurs communautés, détruisant sans vergogne l’environnement et l’habitat traditionnel des communautés, c’est pourquoi les communautés luttent pour conserver leur écosystème -héritage futur des générations à venir- et réclament l’autogestion de leurs ressources naturelles.

    49 communautés se sont regroupées au sein du Conseil autonome de Francisco Gomez. Les autorités de chaque communauté sont les responsables de répartir équitablement la terre et la nourriture (principalement composée de maïs et de haricots). Chaque communauté décide librement de comment répartir et travailler la terre, en maintenant toujours l’idée des terres communales, propre aux cultures indiennes. Depuis deux ans que le Conseil autonome a été formé, il n’est pas en mesure de répartir de nourriture. C’est pourquoi l’une de ses fonctions est plutôt d’aider les communautés à organiser la production.

    Sur le plan éducatif, les autorités dénoncent le fait que, depuis 1993, il n’y ait plus d’enseignantEs dans la majorité des communautés indiennes. Dans la communauté où se déroule l’entrevue, il existe une école, mais depuis 1994, il n’y a pas d’instituteur. Les instituteurs du gouvernement ne respectent pas les coutumes indiennes : ils refusent généralement d’enseigner la langue maternelle indienne. C’est pourquoi la communauté demande que certains de ses membres soient formés comme instituteurs.

    Les conséquences de la militarisation de la communauté ont été également évoquées. Les autorités ont expliqué que l’armée fédérale était installée à environ 1 kilomètre de la communauté, empiétant sur plusieurs champs appartenant au village. Sa présence crée une ambiance d’insécurité : femmes, enfants et hommes sont harceléEs par les soldats quand elles/ils vont travailler. Les autorités ont également affirmé que les militaires détruisent leur écosysème : ils coupent les arbres pour construire leurs barrages, ils détruisent les champs et réalisent des excavations un peu partout. Les soldats patrouillent quotidiennement, par voie terrestre (camions et chars) et par voie aérienne (hélicoptères et avions). Les autorités autonomes signalent que, pendant la visite de la Commission, le gouvernement a ordonné l’arrêt de ces patrouillages. En effet, par la suite, la Commission a appris que dès qu’elle avait quitté la communauté, les patrouillages avaient repris et les soldats étaient revenus dans la communauté. La communauté demande le retrait de l’armée, dénonce l’envoi de renforts militaires et affirme que "le gouvernement ment quand il dit vouloir la paix et pas la violence. ". Les autorités affirment que les faits prouvent que le gouvernement cherche seulement à gagner du temps et à les trahir, comme il l’a fait le 9 février 1995.

    La stratégie du gouvernement consiste à appuyer les communautés du PRI, comme à San Quintin, en leur permettant de bénéficier des services essentiels (logement, santé, éducation). Par le biais de l’assignation sélective des ressources, le gouvernement tente de rallier les communautés, pour renforcer ses positions. " Nous, dans la municipalité autonome de Francisco Gomez, nous refusons l’aide humanitaire de gouvernement et de l’armée, parce que nous savons qu’elle n’est pas destinée au bénéfice de la communauté, mais seulement de quelques-uns ". Les autorités autonomes dénoncent également le fait que le gouvernement mexicain empêche l’aide internationale de parvenir aux bases d’appui zapatistes, alors qu’il facilite l’accès aux communautés du PRI.

    Finalement, les autorités ont évoqué la question des groupes paramilitaires comme "Paz y justicia ", "Los Chinchulines " et le groupe " MIRA". Elles affirment que MIRA est présent dans la zone et se prépare à agir. Elles dénoncent le fait que ce groupe opère dans la région d’Ocosingo, qu’il possède des armes, de l’argent, et jouit d’un entraînement qui leur est fourni par l’armée mexicaine elle-même, l’armée mexicaine étant à son tour entraînée par différentes armées d’autres pays.

    Pour conclure, les autorités manifestent leur désir que la Commission puisse transmettre leurs demandes avec transparence et objectivité.
     
     

    2.1.2. ENTREVUE AVEC LE COORDINATEUR DES "PROMOTEURS DE SANTE " DE LA COMMUNAUTE DE FRANCISCO GOMEZ

    Pendant le premier jour de la visite dans l’Aguascalientes de Francisco Gomez, la Commission s’est entretenue avec le coordinateur des " promoteurs de santé ", afin de recueillir des informations sur la santé et l’assistance sanitaire dont bénéficient les habitantEs de la zone.

    Les installations du poste de santé de Francisco Gomez sont composées de trois " départements ". Le premier est destiné à la pharmacie, le deuxième, équipé d’un lit sans matelas, sert à recevoir et à examiner les patientEs, le troisième sert de salle d’attente. Le poste de santé a été crée en 1996 et s’occupe de 60 communautés. L’équipe soignante est composée du " promoteur de santé ", appuyé par cinq personnes membres de la communauté.

    Le promoteur informe que les précaires conditions de santé " sont le résultat des conditions climatiques et des conditions de vie produites par le conflit, conditions auxquelles sont actuellement soumis les membres de la communauté". Les maladies les plus communes sont : la diarrhée, les parasitoses, les maladies de peau, les infections gastro-intestinales, les infections des voies respiratoires, la tuberculose, les infections urinaires, les migraines (surtout chez les femmes) et l’asthme (surtout chez les enfants). Le promoteur ajoute que la dénutrition est massive, en particulier chez les enfants. Cette dénutrition est due à la fois au manque de nourriture et au type de régime alimentaire qui prévaut dans la communauté. La situation actuelle de conflit aggrave le problème du manque de nourriture.

    La capacité d’attention sanitaire est limitée à la fois par le manque de personnel et par le manque de matériel médical. Les patientEs doivent souvent être envoyéEs à d'autres instances sanitaires, notamment à la Croix rouge mexicaine. Cependant, avant d’admettre unE patientE, la Croix rouge exige un diagnostic détaillé, réalisé par unE professionnelLE –ce qui bien entendu est rarement le cas. La Croix rouge en profite pour se décharger de toute responsabilité envers la personne qui lui est envoyée. Par ailleurs, la communauté ne dispose pas d’une ambulance : les personnes qui ne peuvent être traitées dans la communauté, notamment les cas d’accouchement difficile, coûtent donc très cher. Parfois, elles ne peuvent tout simplement pas être transportées.

    Le promoteur répète que la communauté manque cruellement de ressources matérielles, notamment des médicaments les plus essentiels, et demande aux organisations internationales de l’aide humanitaire : don de médicaments (antibiotiques, sirops contre la toux, solutions déparasitantes, anti-inflammatoires, analgésiques, vitamines). La Commission est ensuite invitée à constater que, dans un lot de médicaments fournis par la Croix rouge mexicaine, se trouvent des médicaments périmés.

    Certaines personnes de la communauté dispensent des traitements médicaux basés sur la médecine naturelle, à l’aide d’un manuel récapitulatif des connaissances traditionnelles, élaboré au sein de la communauté. Du fait du manque de ressources, ces connaissances ne peuvent être transmises aux autres communautés, et le promoteur de santé craint que ces connaissances se perdent. Il existe également une initiative des femmes, visant à créer une pépinière de plantes médicinales, mais pour le moment, la présence des soldats empêche de mener à bien ce projet. Des démarches ont aussi été effectuées auprès du ministère de la santé à Tuxtla Gutiérrez, afin de réaliser des ateliers de formation sanitaire, mais le ministère exige que les personnes à former possèdent au moins un diplôme de l’école primaire – ce qui est impossible et empêche la réalisation du projet.

    2.1.3 ENTREVUE AVEC DES FEMMES BASES D’APPUI ZAPATISTES, REALISEE LE 21 FEVRIER 1998

    La discussion a porté principalement sur le harcèlement militaire et l’influence de la présence des militaires dans leur vie quotidienne, ainsi que sur les activités que réalisent les femmes et leur participation à la vie communautaire. Voici, schématiquement, ce qu’ont déclaré les femmes rencontrées par la Commission :

    Les femmes ont dénoncé l’existence de barrages militaires, où les soldats leur demandent ce qu’elles font et ce qu’elles cultivent. Elles se sentent intimidées parce qu’elles ne parlent pas espagnol. Les survols rasants d’avions, d’hélicoptères et les patrouilles de l’armée en pleine montagne les terrorisent. De surcroît, elles affirment que les militaires pénètrent dans leurs communautés sans demander aucune permission. Elles expliquent également que, pendant la venue de la Commission, les militaires se sont retirés. Elles disent également qu’il n’est pas exact que l’armée effectue des activités humanitaires.

    Parmi les conséquences de la présence militaire, elles soulignent qu’elles ne peuvent pas aller seules travailler aux champs, ramasser du bois, et plus généralement se déplacer seules, par crainte de se faire agresser. Elles ajoutent que la peur et l’insécurité affectent tout particulièrement les enfants. Elles dénoncent également l’apparition de la prostitution dans la zone. Prostituées et soldats se baignent dans les rivières et les sources d’où les communautés tirent leur eau. Elles signalent que les prostituées viennent principalement d’Ocosingo et d’Altamirano, mais qu’à présent, certaines femmes des communautés commencent, elles aussi, à se prostituer.

    Activités du collectif de femmes :

    Les femmes tiennent des réunions pendant lesquelles elles réfléchissent aux réponses à apporter à la militarisation, parlent de comment affronter la peur et de comment protéger les enfants. Elles ont pour projet de monter un magasin coopératif de femmes, afin de vendre leurs produits et de gagner un peu d’argent, notamment pour créer un fond d’aide aux malades et pour divers besoins. Il existe un groupe de femmes qui font de la couture.

    Les femmes ne font pas partie des autorités communautaires.

    Education :

    Les instituteurs du gouvernement ne viennent plus depuis 1994. Avant 1994, ils venaient de temps en temps, une ou deux fois par quinzaine. Cette éducation était de mauvaise qualité et très irrégulière : les femmes ne veulent plus de cela. La question de la scolarisation est très importante, les femmes tentent de résoudre cette question. Beaucoup d’entre elles veulent apprendre à lire et à écrire.

    Santé :

    La santé est mauvaise, parce que la nourriture est composée uniquement de tortillas et de haricots.

    Accouchement :

    Dans la clinique la plus proche, Jesus de la Buena Esperanza, il n’y a pas de médicaments. En cas d’accouchement difficile, les femmes voudraient pouvoir être transférées à Altamirano, mais la Croix rouge n’accepte de les amener qu’à Ocosingo, où elles ne veulent pas aller. De surcroît, elles n’ont pas d’argent.

    Participation des femmes dans la communauté et dans la prise de décision :

    Les femmes ont le désir de participer en tant que femmes. Elles affirment qu’elles peuvent désormais exprimer leurs revendications. Elles se sont organisées en tant que femmes pour réfléchir à leurs revendications et pour décider quoi faire par rapport à la présence militaire.

    Présence internationale :

    Les femmes voient la présence internationale d’un bon œil, car tant qu’il y a des personnes étrangères, les soldats ne se montrent pas. Elles demandent à la Commission de faire connaître leur situation et de faire savoir ce que fait le gouvernement dans toutes les communautés.
     
     

    Revendications à l’égard du gouvernement :

    Les femmes réclament le droit à la santé et à la scolarisation, pour l’ensemble du pays et pas seulement pour quelques personnes. Elles demandent que les militaires retournent dans leurs casernes. Elles exigent également l’application des accords de San Andrés, en particulier la partie concernant les femmes : le gouvernement ne les prend pas en compte sous prétexte que ces sont des Indiennes, des paysannes, et qu’elles sont analphabètes.

    2.1.4. DENONCIATION PRESENTEE PAR LA COMMUNAUTE FRANCISCO GOMEZ, LE 20 FEVRIER 1998

    Pendant que la Commission se trouvait dans l’Aguascalientes, elle a assisté à une plainte effectuée par la communauté auprès des militaires, relative à des faits advenus quelques jours auparavant. Une jument avait été blessée, et une autre tuée par les barbelés posés par les militaires autour de leur campement. Après une brève discussion avec le commandant Enrique Cano, celui-ci s’est engagé à rembourser les dégâts et à prendre les mesures nécessaires pour éviter que de tels faits se reproduisent. Il faut signaler que durant cette discussion, un officier a formulé des commentaires méprisants par rapport aux membres de la communauté, visant à leur faire quitter les lieux.

    2.1.5. VISITE RALISEE DANS L’EJIDO GALEANA, SITUE DANS LA MUNICIPALITE AUTONOME DE FRANCISCO GOMEZ

    L’entrevue a été réalisée le 20 février avec les autorités locales de l’Ejido Galeana.

    Situation de la communauté :

    A son arrivée, la Commission a été reçue par l’ensemble de la communauté. Deux heures durant, elle a recueilli les témoignages et pétitions de la communauté.

    Les thèmes sur lesquels la communauté a insisté étaient principalement liés à l’augmentation de la présence militaire dans la zone, aux survols rasants réalisés par l’armée et à la menace constante d’une incursion militaire. La communauté a largement évoqué les conséquences de cette situation sur leur vie quotidienne, et sur l’insécurité que cela faisait peser sur la communauté. Les personnes présentes ont affirmé que leur village a déjà été bombardé en 1995, lors d’une attaque de l’armée fédérale.

    Les personnes présentes ont également évoqué leurs besoins en termes de santé et de scolarisation, ces deux services étant absolument indisponibles dans la communauté. Elles ont manifesté leur méfiance et leur rejet de toute forme d’aide officielle de la part du gouvernement, arguant que cette aide "a pour unique objet de diviser les communautés et de les amener à l’affrontement, sans résoudre en profondeur le conflit ". Elles ont souligné les conditions misérables dans lesquelles elles vivent et ont affirmé que la non-application des accords de San Andrés, du fait du gouvernement, était bien la preuve que ce gouvernement niait la recherche d’une véritable paix au Chiapas. Elles ont également manifesté leur inquiétude face à l’augmentation des groupes paramilitaires, aussi bien dans la zone que dans le reste du Chiapas.

    Finalement, les membres de la communauté ont répété qu’il était important que la communauté internationale connaisse la vérité, sache ce qui se passe réellement et sache aussi que les communautés veulent pouvoir vivre en paix.

    Faits dénoncés :

    La communauté dénonce le fait que le 9 janvier 1998, à 10 heures 30 du matin environ, une centaine de soldats de l’armée fédérale ont tenté de pénétrer dans le village de La Galeana. Les soldats sont montés sur la colline au-dessus du village et ont ramassé de la canne à sucre dans les champs des villageoisES, à 500 mètres du village. Les femmes et les enfants sont alléEs au-devant des soldats. Beaucoup de femmes portaient leurs enfants sur leur dos. Au moment où les soldats se dirigeaient vers le centre du village, elles les ont entourés et leur ont crié qu’ils s’en aillent. Les soldats se sont repliés et les ont menacés avec leurs armes, en les pointant sur elles. Ils les ont accusées de faire partie de l’EZLN, ce à quoi les gens du village ont répondu " que les soldats les laissent tranquilles, qu’ils étaient de simples paysans ".

    L’un des soldats a tiré un coup de feu, sans faire de victime. Les femmes ont demandé aux soldats de payer la canne à sucre. Elles ont signalé à la Commission qu’elles avaient vu que les soldats avaient dissimulé une grenade dans les champs de canne à sucre, mais qu’elles n’avaient pas pu la retrouver malgré leurs efforts. Elles ont aussi signalé que les soldats avaient amené des graines de marijuana, peut-être dans l’intention de les éparpiller dans les champs, afin d’accuser par la suite la population de cultiver de la drogue.

    Finalement, sous les cris hostiles des femmes, les soldats se sont repliés jusqu’à la route, où ils ont formé un cordon de 80 soldats. Les gens de la communauté, voyant qu’ils ne s’en allaient pas, les ont suivis et ont continué à leur crier qu’ils s’en aillent. A 4 heures de l’après-midi, deux camions sont venus les rechercher et les ont ramenés à la base militaire qui se trouve dans les environs de Francisco Gomez.

    Les autorités ont affirmé à la Commission qu’il s’agissait de la troisième tentative d’incursion militaire dans leur village en trois ans, et ont demandé l’appui de la société civile.

    2.2 Visite de la zone de l'Aguascalientes de Morelia 19–21 février

    2.2.1 Compte-rendu de l'entretien avec la Présidence municipale de Altamirano

    La rencontre avec la Présidence municipale de Altamirano a eu lieu le 19 février 1998. Trois membres de la Commission y ont discuté avec Juan Méndez López, régisseur municipal et membre du PRI.

    Situation de la municipalité :

    Le régisseur fait savoir qu'Altamirano est une municipalité peuplée de paysans pauvres, divisés en zapatistes et priistes. À son avis, les priistes sont pacifiques tandis que les zapatistes menacent les priistes ; il affirme que les zapatistes sont armés, mais pas les priistes. Il ajoute que les leaders zapatistes ne sont pas mexicains, qu'ils viennent d'autres pays, et que les paysans indiens ne prendraient jamais les armes de leur propre volonté, si personne ne les manipulait.

    Il déclare ensuite que la Présidence municipale – majoritairement du PRD – garde la neutralité face au conflit, et qu'il n'y a pas de plaintes déposées par les priistes contre les zapatistes, que celles-ci sont déposées au Ministère Public de l'État du Chiapas, car si elles l'étaient à la Présidence Municipale et si ça se savait, il pourrait y avoir des représailles.

    Il déclare également que la situation actuelle du Mexique est due "à un complot venu de l'étranger". Il ne connaît les accords de San Andrés que par ce qu'il a entendu à la télévision. La seule solution qu'il voit au conflit, pour éviter une nouvelle vague de violence est que les zapatistes déposent les armes. Il dit que s'il n'y avait pas de soldats au Chiapas, il y aurait beaucoup plus de problèmes causés par les paysans, et que depuis le massacre d'Acteal, il y a moins de conflits.

    Il explique que, à Altamirano, on ne sait pas très bien qui sont les meneurs, mais que dans les communautés, ceux-ci sont bien connus, qu'il y a là des étrangers installés depuis trente ans, qu'il connaît leurs noms, qu'il ne veut pas les donner, mais qu'ils viennent des USA, de Colombie, du Nicaragua et d'Allemagne, et que ces personnes sont encore dans les communautés.

    2.2.2 Témoignage des femmes de la Municipalité "17 Novembre".

    Le 20 février dans l'Aguascalientes Morelia, 26 membres de la Commission Civile Internationale ont recueilli les témoignage de femmes (en majorité) de la Municipalité "17 Novembre" (Altamirano), (communautés 10 Avril, Nueva Esperanza, San Miguel Chiptic, Jalisco, Morelia et San Pedro Guerrero).

    Faits dénoncés :

    Les témoignages ont porté sur des faits qui ont eu lieu entre le 1er et le 12 janvier 1998, périodes où l'armée fédérale (caserne d'Altamirano) est entrée dans les communautés bases d'appui de l'EZLN pour y menacer les populations, les répertorier et voler leurs biens. Les femmes ont un rôle très important dans la résistance pacifique contre les agressions de l'armée fédérale. Elles protègent les hommes et les enfants de leurs communautés, empêchent les affrontements entre les hommes de la communauté et les "soldats fédéraux". Elles affirment que leurs armes consistent à se défendre par la parole et à s'opposer physiquement à l'entrée des soldats. Elles disent ne pas avoir peur des soldats fédéraux, car c'est bien plus grave "quand ils attrapent des hommes, parce qu'ils les séquestrent et/ou ils les tuent". Elles expliquent que ces agressions contre les communautés ont eu lieu au moment où le café devait être semé ou récolté, et que ceci les a empêchées d'accomplir leur travail habituel. Elles n'ont pas pu jusqu'à présent travailler tranquilles, ce qui leur fait craindre une famine.

    A aussi été recueilli le témoignage de mari de Guadalupe Méndez López, assassinée par la police judiciaire à Ocosingo, durant la manifestation du 12 janvier 1998. Cette manifestation avait lieu pour exiger que l'armée sorte des communautés et du Chiapas, que les responsables matériels et intellectuels du massacre d'Acteal soient punis, pour demander le respect des Accords de San Andres, le jugement de Chuayfett (ex Ministre de l'Intérieur) et de Ruiz Ferro (ex gouverneur du Chiapas). Cette marche a eu lieu le 12 janvier, anniversaire du cessez-le-feu de 1994. Le mari de Guadalupe Méndez López a expliqué que le gouvernement lui avait offert 20 000 pesos pour qu'il se taise et cesse de dénoncer cet assassinat, et qu'il avait refusé cet argent.

    2.2.3 Visite à la Communauté "10 avril".

    Un groupe de cinq personnes de la Commission Civile Internationale pour les Droits de la personne a visité le 20 février 1998 la communauté "10 avril", non loin de Altamirano. Ils y ont rencontré quelques représentants de cette communauté, qui les ont informés de la situation dans laquelle elle se trouve, des persécutions militaires qu'ils ont subies cette année et des plaintes conséquentes.

    Situation de la communauté :

    La communauté comprend 750 personnes, venues de cinq communautés différentes, qui se sont installées sur ces terrains en 1995 avec les quelques paysans qui s'y trouvaient déjà.

    Depuis 1995, ils ont reçu de fréquentes menaces d'être délogés de la part des propriétaires terriens et de la sécurité publique. Les représentants ont rapporté les plaintes liées aux incursions des soldats fédéraux le 1er janvier 1998 (voir annexes). Ils ont expliqué qu'à Nueva Esperanza, les caméras de TV Azteca ont filmé les faits, mais que ces images ne sont jamais passées à l'antenne.

    Dans la Communauté "10 avril" il n'y a pas d'école, et les enfants doivent aller loin pour étudier, mais aujourd'hui ce n'est plus possible, car ils ont peur des soldats. En cas de maladie, les gens se rendent à l'Hôpital San Carlos de Altamirano.

    L'une des principales ressources est la culture du café, et ils ont un projet de culture du café et d'élevage d'abeilles en commun avec d'autres régions, mais ce projet est au point mort depuis que les soldats ont volé l'argent (voir plainte jointe en annexe). En outre, les conditions de subsistance sont aggravées par un futur incertain, car les soldats menacent de revenir et de bombarder la communauté et de tout détruire.

    Il y a dans la Communauté "10 Avril" un Campement Civil pour la Paix, mais il était vide au moment de l'incursion militaire. La communauté demande explicitement la présence d'observateurs internationaux dans le campement.

    2.2.4. Visite de la communauté de Nueva Esperanza

    Le 20 février 1998, un groupe de la Commission Civile pour l'Observation des Droits de la personne composé de cinq personnes a rendu visite à Nueva Esperanza et a rencontré le responsable de la communauté.

    Situation de la communauté :

    Dans cette communauté, établie en 1997, vivent 25 familles Tojalabales. Le terrain qu'elles cultivent et celui où elles résident est de caractère ejidal. Ils tirent l'eau d'une rivière où d'autres communautés situées plus haut rejettent leurs détritus. ils n'ont ni école ni maître. Leurs travaux collectifs se font dans deux magasins que les hommes tiennent et dans une petite ferme de poulets où travaillent les femmes.

    Faits dénoncés :

    Pendant l'entrevue réalisée par la Commission, le responsable de la communauté a expliqué que le 1er janvier 1998, alors que les habitants de Nueva Esperanza fêtaient l'inauguration d'un nouveau terrain de basket, l'armée fédérale est entré dans la communauté. 2 600 soldats de la caserne de Altamirano sont arrivés, avec plusieurs blindés et 16 camions. La communauté de Nueva Esperanza a été occupée durant quatre jours, pendant lesquels les Indiens sont restés cachés dans les montagnes voisines, fuyant la présence militaire. Ils avaient quitté Nueva Esperanza sans avoir le temps de ramasser aucune affaire personnelle.

    Selon le témoignage de la communauté, les soldats fédéraux ont volé 87 800 pesos, produit de la vente de bois ; ils ont arrosé d'essence tout le maïs et les haricots ; ils ont brûlé tous les vêtements et les effets personnels qui se trouvaient dans les maisons ; ils ont détruit les latrines ; ils ont pillé les deux magasins de la communauté, qu'ils ont vidés et démolis ; ils ont tué les poulets ; ils ont utilisé les habitations comme latrines ; ils ont volé l'appareil de radio qui servait à communiquer avec les communautés voisines, ainsi que les médicaments et le bétail.

    Les habitants ont raconté qu'après deux jours d'occupation, les femmes de Nueva Esperanza et d'autres communautés voisines ont tenté de les faire partir. Les soldats ont réagi en inondant l'église d'essence et en essayant d'y faire entrer les femmes. Celles-ci ont pu fuir, mais les soldats sont restés deux jours de plus, jusqu'au 4 janvier, quand un groupe de femmes plus important que le précédent – il rassemblait les femmes de 10 communautés – a pu faire partir l'armée de Nueva Esperanza.
     
     
     
     
     
     

    Demandes à la commission :

    Les représentants de Nueva Esperanza ont supplié la Commission de faire venir un Campement Civil pour la Paix dans leur communauté pour empêcher des nouvelles attaques de l'armée fédérale. Ils ont aussi réclamé des aliments et des vêtements, car depuis l'attaque ils sont dépourvus de tout.

    2.2.5 Visite à la communauté de San Miguel Chiptic

    La visite de la communauté de San Miguel Chiptic a eu lieu le 20 février 1998. Cinq membres de la Commission ont interrogé le responsable de cette communauté et son "promoteur de santé". Dans la communauté, se trouvaient aussi des journalistes, invités pour servir de témoins en cas de nouvelle incursion de l'armée dans la zone.

    Situation de la communauté :

    Cette communauté est constituée de 500 personnes, elle dispose d'une école, d'un "promoteur de santé" formé à l'hôpital San Carlos de Altamirano ; celui-ci a exposé les problèmes d'alimentation et de santé à San Miguel Chiptic.

    Au niveau sanitaire, les maladies sont beaucoup plus nombreuses à la période des pluies à cause de la forte humidité et du froid. Il expliqua que la grippe était la maladie la plus fréquente, mais que de nombreuses autres maladies affectaient les enfants à cause du manque d'hygiène. Le promoteur expliqua ses efforts pour donner chaque année des cours d'hygiène en prévention des maladies. Il souligna que 80 % des enfants avaient des problèmes de malnutrition, et étaient donc plus sensibles à toutes les maladies et qu'ils étaient plus gravement atteints.

    Pour contrôler ceci, il pèse régulièrement tous les enfants. Les habitations, mal construites et laissant entrer l'air froid sont aussi un facteur d'aggravation des risques de maladies des habitants de San Miguel Chiptic.

    Faits dénoncés :

    Les 1er janvier, l'armée est arrivée avec 3 camions et a encerclé la communauté. Tout le monde avait peur car les soldats étaient armés. Selon le témoignage du responsable de la communauté, les soldats sont entrés dans deux maisons : celle du Commissaire de l'Ejido et celle du trésorier. Ils y ont volé 20 000 pesos de la coopérative et 10 000 pesos de la communauté. Ensuite ils se sont réunis devant l'église. Les femmes se sont alors organisées pour que les soldats n'entrent pas dans d'autres maisons. Les témoins ont dit qu'avec l'armée se trouvait un représentant administratif de Altamirano, qu'ils ont reconnu, car certains membres de la communauté étaient déjà allés dans son bureau; il y avait aussi quatre personnes masquées. Les femmes ont tenté de leur ôter leurs masques pour savoir qui ils étaient, mais l'armée les a protégés pour qu'ils ne soient pas identifiés. Les femmes, armés de bâtons ont chassé les soldats et les ont poursuivis jusqu'à Nueva Esperanza, où ils ont rejoint de nombreux autres soldats. Là, à Nueva Esperanza, les soldats ont essayé d'enfermer les femmes dans l'église qu'ils venaient venaient d'arroser d'essence. Les femmes ont résisté et ne sont pas entrées dans l'église. Elles ont ensuite rejoint leurs communautés. Plus tard elles sont retournées à Nueva Esperanza pour en chasser complètement les soldats.

    L'armée abandonna Nueva Esperanza à trois heures du matin, après trois jours d'occupation. Le responsable expliqua que les femmes craignaient non seulement l'armée mais aussi la Police Judiciaire qui avait l'ordre de rechercher et de capturer certains hommes de la communauté.

    Demandes à la Commission :

    Le responsable de San Miguel Chiptic demanda à la commission la présence d'observateurs internationaux dans sa communauté pour la protéger de possibles nouvelles attaques de l'armée.

    2.2.6 Visite à la communauté San Pedro Guerrero

    La visite de la communauté San Pedro Guerrero s'est faite le 21 février 1998 : quatre personnes de la Commission s'y sont rendues et se sont entretenues avec le responsable de la communauté, ainsi qu'avec une femme que l'armée avait attaquée.

    Situation de la communauté :

    La communauté est constituée d'Indiens tojolabals ; elle existe depuis deux ans et s'est construite sur le terrain d'un propriétaire de bétail de Comitan, qui a abandonné la zone après le soulèvement de 1994. La communauté comprend 44 familles.

    On nous a dit que les terres étaient aujourd'hui communautaires – ce qu'elles n'étaient pas auparavant, et que le bétail appartenait en partie à la communauté et en partie aux familles. Elle ne reçoit aucune aide du gouvernement ; il y a un maître démocratique ; quand les gens sont malades, ils vont à l'hôpital San Carlos, où sont aussi faits les vaccins et où sont formés les "promoteurs de santé" qui retournent ensuite dans leurs communautés d'origine. La communauté fait partie de la Municipalité autonome "17 Novembre" et elle envoie des délégués aux sessions communautaires qui s'y tiennent.

    Faits dénoncés :

    On nous a raconté que l'armée était entrée dans la communauté le 8 janvier 1998. Les soldats sont arrivés avec des matraques pour frapper les femmes. Néanmoins celles-ci ont essayé de les empêcher d'entrer, mais elles n'y sont pas parvenues. Il y avait une centaine de soldats, accompagnés d'un homme masqué qui leur désignait les maisons à fouiller. On nous a dit que cet homme masqué était un priiste d'une communauté voisine. Les femmes ont essayé d'empêcher les soldats de pénétrer dans les maisons, mais elles ont été frappées à coups de culasses. Les soldats sont entrés dans la chapelle et la maison du catéchiste, où ils ont tout détruit. Dans le dispensaire, ils ont cassé les médicaments, les ampoules injectables, etc.

    La justification de l'entrée de l'armée dans la communauté était qu'ils cherchaient des armes de l'EZLN. On nous a expliqué que, quand l'armée entre dans une communauté, les hommes se cachent pour ne pas être arrêtés. En conséquence de quoi ils ne peuvent poursuivre les travaux en cours car ils s'attendent à une fouille, maison par maison.

    On nous a dit que ce sont les femmes qui vont faire les achats à Altamirano, car les hommes craignent d'y être arrêtés. On nous a expliqué que les priistes menacent de les expulser de la communauté ; que ce risque s'accroît quand l'armée y entre et qu'il y a des patrouilles d'hélicoptères dans la région. On nous a répété plusieurs fois que les femmes avaient essayé d'empêcher l'armée d'entrer dans la maison du catéchiste et que si les soldats s'en étaient pris à lui, c'est parce qu'ils étaient contre Don Samuel, qu'ils rendent responsable d'organiser les gens.

    2.2.7. Visite à la communauté Moisés Gandhi,

    chef-lieu de la Municipalité autonome Che Guevarra.

    Le 21 février la Commission a visité cette Communauté, où elle été reçue par toute la population. Les autorités municipales lui ont souhaité la bienvenue et ont lu un communiqué dans lequel étaient dénoncés des faits graves.

    Nous résumons ici les faits les plus importants.

    Selon le communiqué lu, le 8 janvier, à 6 h du matin, environ 400 soldats sont entrés dans la communauté. D'après les déclarations du commandement militaire, ils recherchaient des armes. Les fouilles ont concerné aussi les communautés voisines de Sibacja, Ujcumilja et ses environs. Lors des fouilles, les soldats n'ont cessé de proférer des menaces contre les habitants, de frapper des femmes et des enfants, de voler des fruits et des produits agricoles et ils ont pillé une boutique communale. Les habitant déclarent qu'à partir de ce moment la présence militaire a augmenté dans la zone, avec chaque jour des patrouilles et des survols à basse altitude. Ils affirment que les menaces et les insultes des soldats présents sont constantes et s'adressent y compris aux femmes et aux enfants. Les gens ne se risquent donc pas à sortir de leurs communautés, et les enfants ne vont plus à l'école.

    On nous a dit que le 9 janvier 1998, 6 véhicules de l'armée mexicaine sont entrés dans le village de Abasolo, Municipalité de Ocosingo, causant la panique dans la population. Ce même jour, 600 à 700 soldats fédéraux sont entrés à pied dans la ferme Tzajala pour procéder à une fouille exhaustive de tout l'ejido d'Abasolo. Les habitants disent qu'à cette occasion il y a eu de nouveaux vols de fruits et de produits agricoles.

    Le communiqué des autorités de la municipalité autonome se termine par la demande du départ immédiat de l'armée de la région et le respect immédiat des accords de San Andrés.

    2.2.8 Visite à l'hôpital San Carlos

    Le 19 février, une partie de la Commission a visité l'Hôpital San Carlos, situé dans le chef-lieu municipal de Altamirano. Dix membres de la Commission ont rencontré Sœur Florencia, directrice de ce centre hospitalier.

    L'Hôpital San Carlos appartient aux sœurs de la Charité de Saint Vincent de Paul et fait partie du diocèse de San Cristobal de las Casas. C'est l'unique hôpital de la République du Mexique qui prenne en compte dans ses soins les coutumes des peuples Indiens, et c'est pourquoi des Indiens de tout l'État du Chiapas viennent s'y faire soigner. Dans ce contexte, on peut noter le contraste entre l'hôpital municipal d'apparence ultramoderne, construit après le soulèvement zapatiste et les modestes installations de l'hôpital San Carlos. Les témoignages décrivent le premier comme l'hôpital des métisses et des priistes, le second comme l'hôpital des "autres".

    Selon la Prieure, l'hôpital San Carlos est presque exclusivement financé par des dons venus de l'étranger ; le coût des soins y est très peu élevé. Les parents de malades sans ressources ont la possibilité de travailler pour remettre à neuf l'hôpital et ainsi financer les soins appliqués.

    À la suite de l'assistance aux Indiens, l'hôpital a été l'objet d'agressions et de menaces après le soulèvement de 94. Selon la Prieure, ces menaces ont repris, mais de façon moindre, avec l'augmentation de la présence militaire après le massacre d'Acteal.

    De l'entretien avec la Prieure Sœur Florencia s'est dégagé le cadre de l'état de santé des peuples Indiens suivant: le mal dominant qui conditionne tout est la dénutrition. Le degré de dénutrition est tel que les Indiens peuvent mourir d'une simple grippe. Le manque de nourriture suffisante détermine le cadre des maladies suivantes qui sont, selon Sœur Florencia, les plus fréquentes dans la zone : maladies des appareils respiratoire et digestif, parasitoses, tuberculose, nombreuses maladies infectieuses.

    Sœur Florencia souligna l'existence d'un fort taux de maladie cancérogènes, touchant enfants comme adultes, et qui selon tous les indices sont dues aux pesticides expérimentés dans l'État du Chiapas.

    2.2.9 Incidents et faits importants pendant la visite de la Commission à Morelia.

    23 observateurs de la Commission Civile Internationale d'Observation des Droits de la personne se sont rendus à Morelia le jeudi 19 février. Dès leur départ de San Cristobal, ils se sont rendu compte de la présence de journalistes qui les suivaient.

    Le premier arrêt a eu lieu à Moisés Gandhi, dans la Municipalité autonome rebelle Che Guevarra. Pour entrer dans cette communauté, il leur fallait traverser un campement militaire. Un membre de l'armée a arrêté l'autobus et deux membres de la Commission sont descendu demander pourquoi on les arrêtait. Un officier est intervenu pour donner l'ordre de laisser passer les observateurs.

    À Moisés Gandhi, les représentants de la Commission n'ont pas pu rencontrer les habitants du village, qui étaient au travail. Dans cette communauté se trouve un campement civil pour la paix occupé par un observateur étranger. Les journalistes de TV Azteca et de l'Association des Correspondants sont tout de suite allés s'entretenir avec cet observateur, qui déclara être là pour quelques jours. Ensuite deux délégués de la Commission ont demandé aux journalistes de les laisser continuer tranquillement leur travail.

    Après avoir convenu d'une rencontre avec la Communauté Moisés Gandhi pour le samedi, les membres de la Commission sont partis pour Altamirano. Avant d'arriver, ils se sont arrêtés sur la route pour tenir une réunion hors de l'autobus. durant cet arrêt, une dizaine de soldats s'arrêtèrent près d'eux et ont effectué des manœuvres indéfinies pendant dix minutes.

    À l'arrivée à Altamirano, les services d'immigration ont retenu la Commission pendant une demi heure pour examiner les passeports et noter les indentités de tous les membres. Le groupe d'observateurs s'est divisé en deux. Le premier groupe a rencontré les Sœurs de l'Hôpital San Carlos et l'autre a discuté avec un représentant de la municipalité constitutionnelle de Altamirano. À leur sortie de l'hôpital les observateurs ont été filmés par des individus en civil.

    À trois heures de l'après-midi, les représentants de la Commission se sont présentés à la Présidence Municipale d'Altamirano. Ils ont demandé le Secrétaire mais on leur a répondu qu'il était à la fête du village. Ils demandèrent à la Police d'aller le chercher, ce qui fut fait. Après un quart d'heure, les agents sont revenus et ont dit ne pas l'avoir trouvé. La police a fait savoir qu'à cinq heures, il serait possible de rencontrer le Président Municipal. Les observateurs sont donc revenus à cette heure, mais le policier affirma qu'il était encore aux courses de chevaux et que lui, qui était seul, ne pouvait aller le chercher. Néanmoins le Régisseur du PRI se présenta à la Présidence Municipale, et après avoir hésité, il accepta de recevoir la commission. L'entretien a duré une demi heure puis les observateurs ont quitté Altamirano pour Morelia.

    Le reste du voyage s'est déroulé sans incident. Le seul fait à signaler est que les responsables du campement militaire proche de la Municipalité de Moisés Gandhi ne se sont pas déplacées pour rencontrer une délégation de la Commission.

    2.3. Visite de l'Aguascalientes de Oventic 19 et 20 février 1998

    Le 19 février, à 20 h, 32 membres de la Commission sont arrivés à l'Aguascalientes de Oventic, situé à Los Altos, et ont été reçus par des hommes et des femmes, bases d'appui zapatistes et par les autorités des municipalités autonomes de San Andrés Sakanch'em de los Pobres et de San Juan de la Libertad.

    Description du lieu :

    Oventic est l'un des cinq Aguascalientes créés par les zapatistes en 1996. Les Aguascalientes sont des espaces de rencontre entre la société civile nationale et internationale et les communautés.

    Faits dénoncés :

    Les représentants des bases d'appui zapatistes ont fait connaître les points suivants à propos de la militarisation de la zone :

    Depuis 1994, la zone est occupée militairement. La présence militaire s'est accrue depuis le massacre d'Acteal, avec comme conséquence l'augmentation du harcèlement et des persécutions envers la population civile. Il en résulte un manque de liberté de mouvement au sein de son propre territoire, l'impossibilité de se consacrer aux travaux quotidiens (semences, récolte du bois, lessives du linge, commercialisation des productions,...).

    Ils ont souligné la situation de pauvreté et de marginalisation dans laquelle ils se trouvent et la dégradation des ressources naturelles indispensables à la survie des peuples Indiens. Les femmes craignent tout particulièrement pour leur intégrité physique et celle de leurs enfants. La peur d'être violées les conduit à rester recluses dans leurs maisons. Elle ressentent la peur et une énorme pression psychologique. Par ailleurs, ils ont signalé l'introduction d'alcool et de drogue dans les communautés Indiennes et l'augmentation de la prostitution. Ils ont cité le cas de jeunes mères célibataires qui se sont vendues aux soldats pour assurer la subsistance de leurs familles.

    Situation actuelle :

    La situation actuelle se caractérise par une forte pression et agressivité militaire. La Commission a reçu des témoignages relatifs à des arrestations et des vérifications constantes d'identités d'hommes et de femmes, relatives aux survols fréquents par des avions militaires.

    On a aussi dénoncé l'existence de groupes paramilitaires, qui sont formés, armés, payés et protégés par les services du Procureur de la République et agissent sous la protection du PRI. À la fin de l'entretien, les autorités ont exprimé leur point de vue sur l'autonomie : elles revendiquent le droit de s'organiser et de se gouverner en accord avec leur culture et leur façon de penser. Elles ne reconnaissent pas l'actuel gouvernement fédéral, qui argue de son autorité au niveau de l'état et de la fédération pour imposer ses idées par la force et la violence. Elles le déclarent donc injuste et illégitime. À l'inverse, elles affirment que sur le territoire zapatiste, il y a des autorités autonomes nommées par l'ensemble de la communauté.

    Elles constatent que le Gouvernement n'accepte pas cette façon de vivre et tente d'empêcher que cette expérience ne s'étende ; l'une des méthodes utilisées pour cela est la persécution des autorités autonomes, dans le but de les terroriser et de les obliger à abandonner leurs fonctions. Ils ajoutent qu'une tactique utilisée par le Gouvernement pour les affaiblir, est l'octroi de crédits de manière sélective aux autorités qui appartiennent au parti officiel, et l'abandon à leur sort des autres communautés.

    Ils se trouvent dans une situation sans cesse plus difficile pour satisfaire leurs besoins de base : l'alimentation (les membres de la commission ont pu observer des signes de dénutrition sur les habitants de la communauté), la santé, l'éducation, la culture.

    Un groupe de femmes a apporté sa vision sur l'analphabétisme ; celui-ci affecte en premier lieu les femmes, ce qui limite leur participation au processus de prises de décisions de la communauté. En réponse aux questions des observateurs, les femmes ont déclaré que leurs position avait fondamentalement peu changé dans les communautés zapatistes ; cette affirmation a été nuancée par l'intervention d'un représentant des bases d'appui zapatistes qui, lui, considère que les femmes ont plus de possibilités de s'exprimer qu'auparavant. Il convient de souligner que les femmes parlant très peu l'espagnol ont besoin d'un traducteur pour s'exprimer. Elles ne peuvent pas non plus transcrire leurs témoignages, elles ne savent pas écrire.

    Demandes à la commission :

    Solidarité nationale et internationale pour trouver une solution pacifique et démocratique à leurs problèmes.

    Les autorités autonomes ont déclaré ne plus avoir peur et ont revendiqué publiquement leur statut d'autorité sur le territoire.

    En ce qui concerne les événements d'Acteal, ils ont affirmé qu'ils ne répondraient pas au massacre par un autre massacre, les communautés Indiens devant maintenir des relations fraternelles et se devant de mettre en place un gouvernement juste et légitime par le chemin de la raison et non par celui des armes.

    2.3.1. Incidents durant le voyage à Oventic.

    Alors que s'achevait la visite de l'Aguascalientes, une partie de la délégation s'est dirigée vers le barrage militaire voisin et a demandé à s'entretenir avec l'autorité militaire. Les soldats ont refusé de satisfaire cette demande, expliquant qu'ils n'avaient pas l'autorisation de leurs supérieurs pour faire des déclarations. Ils ont refusé d'établir le contact avec l'autorité responsable, expliquant que le commandant était parti avec le seul téléphone disponible du campement.

    2.4 Visite de l'Aguascalientes La Realidad 20 et 21 février 1998

    Les 20 et 21 février, une délégation de la commission s'est rendue à La Realidad ; le Gouvernement soupçonne le quartier général de l'EZLN d'être proche de cette localité.

    Situation de la communauté :

    Toute l'activité de la communauté est fortement compromise par le haut niveau de militarisation de la zone. Le passage quotidien de convois militaires, les survols d'hélicoptères et d'avions et l'installation de la caserne juste à côté du village du Rio Euseba créent un climat psychologique et matériel qui rend impossible le travail aux champs des femmes. Ces dernières ne peuvent laisser seuls leurs enfants, et les hommes sont arrêtés et interrogés par les soldats.

    Pour pouvoir donner leurs classes, les "promoteurs de l'éducation" doivent surmonter de nombreuses difficultés.

    Il n'y a pas d'assistance de l'état au niveau de la santé. Ce travail est réalisé par les "promoteurs de santé" de la communauté elle-même pour les premiers soins et les cas de maladies bénignes. Les cas plus graves doivent être conduits à Tuxla Gutierrez , qui est très loin. Les maladies les plus fréquentes sont dues à la malnutrition et au manque d'eau potable (les témoins dénoncent la contamination des eaux attribuée au campement militaire). On constate une augmentation des cas de tuberculose et de herpès. Il y a un dispensaire médical et un laboratoire dentaire qui ne fonctionnent pas faute de moyens.

    Faits dénoncés :

    Les communautés de Amparo Aguatinta et de San Pedro El Porvenir ont dénoncé la multiplication de patrouilles militaires qui empêchent les travaux agricoles. On nous a dit que les communautés proches de la caserne de Las Flores vivaient dans un état de terreur. À tout moment on entend des coups de feu, surtout la nuit. La présence des soldats empêche les travaux aux champs. Des soldats se baignent dans les rivières avec des prostituées, ce qui crée un climat de crispation dans les communautés.

    La Communauté de Jérusalen a dénoncé un barrage militaire où tous ceux qui passent sont accusés d'être zapatistes et sont frappés pour avouer. Les soldats en patrouille offrent des bonbons aux enfants pour qu'ils disent que leur père possède une arme. La Communauté de Maravilla Tenejapa explique qu'elle est fortement menacée par les soldats et les gardes blanches. "Il y a plus de soldats que d'habitants, c'est plein de prostituées, on y vend de l'eau de vie". Les gardes blanches arrêtent la circulation et menace d'ouvrir le feu.

    À la frontière du Guatemala, l'Armée et la Police Judiciaire protègent les trafiquants en escortant leurs chargements de bière, d'eau de vie ou de bois précieux. La communauté de La Realidad dénonce la constante augmentation des provocations militaires qui "arrosent les gens". L'armée patrouille avec des canons et des blindés, note les noms des individus et essaye de pénétrer de nuit dans les villages.

    La Police Judiciaire porte des armes anti-émeutes qui lancent des gaz et des grenades à main pour protéger la route en construction vers San Quintin. À la Realidad, on dénonce la présence permanente d'hélicoptères civils et militaires, sans signes d'identification, qui effectuent des survols à basse altitude du village. Le 3 janvier, quelques 300 soldats ont envahi le village, les habitants ont été agressés à coups de culasse alors qu'ils allaient travailler dans les plantations de café. Ils ont été frappés afin de les forcer à avouer l'endroit où s'entraînent les zapatistes et l'emplacement du campement des guerrilleros.

    Le 13 février, un hélicoptère peint en blanc et sans aucune immatriculation, s'est posé dans la cour de l'école après avoir fait des survols en rase-mottes, arrachant un arbuste et détruisant le toit d'une maison. Ceci a créé une situation de panique dans la communauté. Dans l'appareil se trouvaient six personnes, parmi lesquelles Lolita de la Vega et son équipe de journalistes de TV Azteca, venus réaliser un reportage sans avoir averti de leur arrivée. Quand les représentants de la communauté leur ont demandé leurs cartes, ils se sont montrés très nerveux ; ils n'ont témoigné aucun intérêt pour les habitants Indiens mais ont beaucoup insisté sur la présence des étrangers, demandant quelles étaient leurs nationalités. L'interview ne s'est pas réalisée car les autorités municipales ont demandé à l'équipe de TV Azteca de partir. Elle lui ont demandé de remettre ce qu'ils avaient enregistré, et l'équipe leur a donné une bande qui n'avait rien à voir avec la situation présente. En décollant, l'hélicoptère a arraché le toit de tôle de l'école, provoquant deux blessés, dont un enfant fortement atteint à la tête.

    2.4.1 Visite à la Communauté de Guadalupe Tepayac.

    La communauté de Guadalupe Tepayac, "en exil", a expliqué que le 9 février 1995, l'armée avait envahi ce village, dont les habitants ont fui terrorisés, laissant derrière eux leurs biens. Ils ont signalé que depuis le détachement militaire a établi son camp sur les ejidos de la communauté.
     
     
     
     

    Situation de la Communauté :

    Guadalupe Tepayac est un village inhabité où seuls se trouvent des soldats. Il y a un hôpital très moderne où la population ne se rend pas par peur de la présence de l'armée et par manque de confiance en les soins qui y sont pratiqués.

    Demandes à la Commission :

    Les responsables des communautés de La Realidad, Jerusalen, Maravilla Tenejara, Amparo Aguatinta, San Pedro El Porvenir et tout particulièrement Guadalupe Tepeyac ont sollicité avec insistance une protection face aux intimidations des patrouilles militaires et de la Police Judiciaire. Ils ont formellement demandé que la Commission fasse tout son possible pour que ces forces armées s'éloignent de leurs communautés qu'elles perturbent fortement. Ils ont affirmé que ce n'était pas des forces de protection mais des forces de provocation.

    2.4.2 Incidents durant le voyage de la Commission à La Realidad et situation générale des communautés de cette zone.

    Quand la Commission est arrivée au poste de contrôle de Las Margaritas, un officier s'est montré d'une attitude très hautaine et, bien qu'averti de l'arrivée de la délégation, il a eu une attitude très arrogante. Il a d'abord demandé les papiers d'identité, puis fait descendre un à un les membres de la délégation pour les identifier.

    Dans le poste de contrôle, l'officier responsable a entrepris de copier toutes les données des visas FM3 et a photographié chaque membre de la délégation. Ceci a duré trois heures. Finalement, quand le porte-parole de la délégation a demandé la raison de ce traitement, on lui a retiré le visa FM3. Ce fait a été rendu public, et les membres de la Commission ont contacté le consul italien, qui a fait pression sur les services d'immigration pour que soit restitué le document au retour de La Realidad.

    Le 20 février, la Commission a commencé son travail d'observation. Les représentants des communautés Indiennes ont exposé en détail les difficultés de leur subsistence. La Commission s'est souvent divisée en sous-commissions qui se sont chargées de récolter des informations dans les domaines de la santé, de l'éducation, des femmes, de la militarisation et des Campements pour la Paix.

    En ce qui concerne la santé, la Commission a constaté qu'il n'y a ni clinique, ni unité mobile, ni médicaments. Le seul médecin est parti après l'attaque militaire de 1994 et n'est jamais revenu. Les maladies les plus fréquentes sont la tuberculose des femmes, la malnutrition généralisée des enfants, les problèmes dentaires et l'herpès génital. Les seuls médicaments utilisés sont des médicaments vétérinaires. Le Gouvernement leur a parfois envoyé des médicaments périmés, ce qui cause aujourd'hui un manque de confiance certain.

    Pour l'éducation, il faut signaler que depuis 1994, il n'y a plus de maître. Il y a un "promoteur de l'éducation" et deux aides qui travaillent avec 400 enfants. La grande majorité de la population ne sait ni lire ni écrire. On avait à peine construit une école, mais elle a été détruite le 13 février par un hélicoptère de la télévision aztèque. Selon les occupants des Campements pour la Paix, cet hélicoptère qui avait décollé de la base militaire de Guadalupe Tepeyac appartient à l'armée.

    Les membres des communautés ont expliqué que les vols à basse altitude et les patrouilles quotidiennes terrorisent les enfants et leur causent des problèmes psychologiques qui empêchent une scolarisation normale. L'intervention incessante des soldats font que les femmes ne peuvent pas laisser seuls les enfants et ne peuvent donc pas aller travailler dans les champs. Ceci a une répercussion directe sur l'économie de subsistance.

    Par ailleurs, il importe de signaler que les femmes de La Realidad ont obtenu l'égalité des droits en ce qui concerne toutes les décisions touchant à la vie communautaire. En ce qui concerne la militarisation, la Commission a pu observer un grand nombre de militaires, contrastant avec la tranquillité émanant des populations. Malgré plusieurs sollicitations d'entretiens, l'armée a refusé de recevoir une délégation de la Commission.

    Au travers de ce qu'ils appellent un travail social, les officiers de l'armée exercent une pression pour obtenir une attitude favorable à la construction d'une route vers le Guatemala. Le sous sol de la région est riche en pétrole et en divers minerais, dont l'uranium. La Commission a observé que durant tout son séjour à La Realidad, il n'y a pas eu de patrouilles, alors que celles ci sont constantes d'après les témoignages des Indiens et des observateurs des Campements. Ceci a d'ailleurs été corroboré implicitement par le capitaine de Guadalupe Tepeyac, qui les a justifiées pour lutter contre la délinquance.
     
     

    2.5. Visite à l'Aguascalientes de Roberto Barrio 19 au 21 février 1998

    Situation de la Communauté :

    L'ejido Roberto Barrio se trouve au bord du Rio Barcón, qui le sépare d'un camp militaire (le camp 18 Bis). La communauté a été fondée il y a environ 35 ans.

    L'attention de la Commission a été attirée par la prolifération des différentes églises et sectes. Outre l'Eglise catholique et l' Eglise presbytérienne présente depuis une vingtaine d'années, existent, selon les personnes rencontrées, deux ou trois sectes qui n'ont pu être ni définies, ni spécifiées, ni identifiées d'un nom connu. Ce point a été présenté comme source de tensions dans la communauté, de dissensions internes, en particulier en ce qui concerne la répartition des terres, mais aussi la vie quotidienne. L'église a souvent été menacée d'être brûlée "pour répéter ce qui s'est passé à Chenalho".

    Faits dénoncés :

    La communauté a dénoncé que le Rio est pollué depuis l'arrivée des soldats, le 4 février 1996. La présence militaire est une gène pour les femmes quand elles vont se laver ou faire leurs besoins. Le travail est retardé, car les champs de maïs sont à moins de 200 mètres du camp militaire. Le gouvernement pratique une guerre de basse intensité contre la communauté. Nos interlocuteurs affirment qu'auparavant la communauté était unie, et que maintenant elle est divisée : "maintenant les priistes se sentent forts parce qu'ils sont protégés par le gouvernement ; c'est pourquoi ils nous menacent, nous insultent, nous provoquent et créent de la violence. Ils ajoutent que le 25 décembre et le 1er janvier, ceux qui se réclament de l'Union Ejidale, une organisation prtiiste, ont menacé de les chasser par la force hors de la communauté. Les priistes menacent aussi de détruire les bois communautaires pour les convertir en biens privés, bien qu'ils sachent qu'ainsi ils y supprimeraient toute vie.

    Les autorités rencontrées ont rapporté que les priistes qualifient les observateurs internationaux de pillards s'étant emparé des mines et des richesses. Ceci est apprécié par les autorités comme un prétexte pour empêcher la venue d'observateurs étrangers.

    Demandes à la Commission :

    Ils demandent le départ de l'armée fédérale "qui ne vient que pour créer des problèmes", "que le gouvernement respecte les accords de San Andrés", "qu'il respecte notre dignité et ne vienne pas nous diviser. Qu'il y ait santé, éducation et vie." Ils ne veulent plus "la destruction et la mort".

    Les témoignages suivants ont été recueillis par la Commission à l'ejido Roberto Barrio, lors de rencontres avec différentes communautés de la zone.

    2.5.1. Visite à l'Ejido Misopa Chinal, Municipalité de Tila.

    Faits dénoncés :

    Le président du Commissariat ejidal témoigne que beaucoup de communautés ont perdu depuis 1995 des membres assassinés par "Paz y Justicia", association affiliée au PRI. Depuis cette date, les assassinats ont été accompagnés d'expulsions, de violence, de vols d'objets et de récoltes. Il a déclaré que l'armée mexicaine venait de rentrer dans les communautés et que la Police de l'État s'entendait bien avec "Paz y Justicia", dont elle complétait l'action ; ils portent même le même uniforme, comme ce fut le cas le 10 février 1998 quand sont entrés dans la communauté Misopa Chinal 19 policiers et 3 membres de "Paz y Justicia".

    Demandes à la Commission :

    Ils demandent à la Commission qu'elle fasse connaître dans tous les pays du monde leurs témoignages.

    2.5.2 Ejido Dr Belisario Dominguez, Municipalité de Salto de Agua

    Faits dénoncés :

    Ils dénoncent les attaques sur la route internationale dans la région de Misoljá Palenque, dont sont victimes en majorité les véhicules individuels et les autobus. Les autorités ne peuvent rien faire, car elles subissent la menace des groupes paramilitaires. Les autorités municipales "pardonnent les erreurs en échange de diverses sommes d'argent". Le 8 février 1998 le conseiller ejidal a été frappé par des hommes prétendument ivres. Ils désignent Miguel Díaz Montejo comme un chef de bande (voir en annexe la relation des attaques). Les patrouilles de la Sécurité Publique parcourent les communautés, effrayant femmes, jeunes filles et enfants.

    Demandes à la commission :

    Que les autorités mettent en prison ceux qui attaquent et menacent.

    2.5.3. Municipalité de Sabanilla, État du Chiapas

    Faits dénoncés :

    On nous rapporte qu'en 1995 commence le conflit qui affecte la communauté. Des policiers et des paramilitaires expulsent des Indiens, qui sont encore aujourd'hui réfugiés. Tous les jours il y a des coups de feu. En 1996, c'est "Paz y Justicia" qui procède à des expulsions dans le Quintana Roo. Les membres de "Paz y Justicia" se déplacent à leur gré, parfois accompagnés de la police. Le chef est le député local, Samuel Sánchez Sánchez, secondé des régisseurs des mairies de Tila et Sabanilla. Ils dénoncent aussi les Présidents municipaux de Sabanilla, Benedicto Pérez, et de Tila, Carlos López Martinez.

    Demandes à la Commission :

    Ils espèrent que la commission fera connaître les témoignages des Indiens du Chiapas. Que les souffrances quotidiennes dans l'État soient prises en compte, pour qu'ils ne soient pas abandonnés.

    2.5.4. Dépendance San Miguel, Municipalité de Salto de Agua

    Faits dénoncés :

    Le 31 décembre, le jeune Lucas Jimenez Mentejo a été surpris en train d'attaquer la maison de la maîtresse d'école. Le même jour a disparu un veau, dont le cadavre a été retrouvé dans la rivière le 2 janvier.

    2.5.5. Incidents et faits remarquables durant la visite de la Commission à Roberto Barrios.

    Lors du retour vers San Cristobal, la Commission a longé un camp militaire. Elle a été arrêtée pendant environ une heure afin que les papiers de ses membres soient examinés. La réponse des soldats à la demande du motif de cette détention, qui n'entre pas dans le droit de l'armée, a été "par cette loi si" en montrant leurs armes. Quand la Commission a renouvelé sa demande de rencontrer les responsables militaires, elle a été renvoyée vers le Commandement de la VII° région militaire, à Tuxla (la commission savait qu'à ce niveau la rencontre avait déjà été refusée). Alors que les soldats obligeaient la commission à répondre à toutes leurs questions, ils ont refusé, de répondre à celles de la Commission. Il en a été de même en ce qui concerne les photos.

    En résumé, les points qui se détachent de la visite de la Commission à Roberto Barrios, que ce soit au niveau des Droits de la personne ou de la vie quotidienne sont les suivants :

    - division de la terre et de la communauté : la rupture du système traditionnel du travail et de la répartition des terres engendre des tensions pouvant déboucher sur des violences,

    - militarisation : la présence du camp militaire installé en 1995 est décrite par une grande partie de la population comme une source de problèmes, de tensions et de peur dans les communautés, la perte de liberté de mouvement de peur des soldats (spécialement chez les enfants et les femmes, qui ne se risquent plus à sortir de la communauté ou à se baigner seules). La pollution de la rivière, où l'armée jette ses ordures (on a en particulier signalé des animaux morts, des préservatifs, le nettoyage des camions et des matériels, et tout spécialement le rejet d'huile de moteur et d'essence). L'introduction d'alcool dans les communautés. La présence du camp militaire a totalement altéré la vie de la communauté : présence de prostituées, insultes aux femmes, menaces des hommes se rendant dans les champs de maïs.

    - conflits dans les écoles : la division de la communauté se note tout spécialement chez les enfants à l'école. D'une part cette division se traduit par des conflits entre enfants, d'autre part les enfants de bases zapatistes ont des problèmes pour s'inscrire à l'école car leurs papiers sont incomplets ou inexistants.

    - manipulation de membres de la communauté par des investissements et des subventions sélectives venues des différents pouvoirs extra-communautaire. Une partie de la communauté refuse de recevoir ce type d'aides, considérant qu'elles impliquent une perte d'autonomie, et préférant une attitude rebelle. Une autre partie l'accepte. Un des exemples est celui du double réseau d'adduction d'eau : les tuyaux des zapatistes conduisent à des prises publiques, dans la rue ; tandis que les priistes ont des tuyaux qui arrivent dans leurs domiciles.