Rapport final de la Commission civile internationale
 d'observation des droits humains 
 
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3 ème partie

 
 

Table des matières de la 3 ème partie

 
3. VISITES À LA ZONE NORD *

3.1. COMMUNAUTÉ DE MISOPA-CHINAL *

3.1.1. Entrevue avec un ex-prisonnier, dans la communauté de misopa-chinal. *
3.1.2 entrevues avec des personnes "déplacées", communauté de misopa-chinal *
3.2. ENTREVUE AVEC LE REPRÉSENTANT DE LA COMMUNAUTÉ DE PATASTAL *

3.3. TÉMOIGNAGES DES FEMMES DÉPLACÉES DE LA COMMUNAUTÉ DE CRUZ PALENQUE . *

3.4. ENTREVUES DANS LA MUNICIPALITÉ DE TILA, LE 25 FÉVRIER 1998 *

3.4.1. Entrevue avec des membres de l'association "paz y justicia" *
3.4.2. Entrevue avec des membres des communautés bases d'appui de l'ezln. *
3.5. ENTREVUE AVEC LA SÉCURITÉ PUBLIQUE À CERRO MISOPA, MUNICIPALITÉ DE TILA, *

3.6. RÉSUMÉ DE L'ENTREVUE RÉALISÉE À SAN CRISTOBAL, LE 23 FÉVRIER 1998. *

3.6.1 communauté de el paraíso *
3.6.2 entrevue avec un délégué de la communauté emiliano zapata. *
3.7 INCIDENTS SURVENUS SUR LA ROUTE DE SABANILLA LE 22 FÉVRIER *

3.8.RAPPORT DE LA VISITE À LA COMMUNAUTÉ DE JOLNIXTIÉ *

4 - VISITES DE LA REGION DE LA FRONTIERE *

4.1. Visite de la communauté de Santa Martha dans le Municipe autonome Terre et Liberté‚ *

4.1.1. Entretien avec les autorités municipales (Rapport non communiqué à ce jour) *
4.1.2. Entretien avec le promoteur de santé *
4.1.3. Entretien avec les femmes de la communauté *
4.2. ENTRETIEN AVEC UNE COMMUNAUTE DEPLACEE, REALISE A RIO JORDAN *

Situation actuelle : *
Demandes formulées à la Commission : *

5. VISITE DE LA MUNICIPALITE DE SAN QUITIN *
5.1 ANTECEDENTS *
5.2. ENTRETIEN AVEC LE COMMISSAIRE DE L’EJIDO (MAIRE), CARLOS GOMEZ VELASQUEZ *
5.3. INCIDENTS LORS DE LA VISITE A SAN QUINTIN *

6. ENTRETIEN REALISE LORS DE LA VISITE DE LA PRISON DE CERRO HUECO, A TUXTLA GUTIERREZ *


Partie 1                  1. VISITE A LA ZONE DES ALTOS

Partie 2                  2. VISITES AU AGUASCALIENTES

Partie 4                II. LE SOUS -COMMANDANT MARCOS REPOND AUX QUESTIONS DE LA SOCIETE CIVILE. 50
                              III. ENTRETIENS A CARACTERE INSTITUTIONNEL 57

Partie 5               III. ENTRETIENS A CARACTERE INSTITUTIONNEL (suite)

Partie 6                IV . RAPPORT SUR LA SOCIETE CIVILE 88
                             V . CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS 104

Partie 7                 VI . DENONCIATIONS DES DROITS DE LA PERSONNE
 
 


  
  1. VISITES À LA ZONE NORD
3.1. COMMUNAUTÉ DE MISOPA-CHINAL Entrevue avec le maire de la communauté de Misopa-Chinal et les représentants de plusieurs communautés de la municipalité de Tila.

Situation dans la région :

Actuellement la Zone nord est la région la plus conflictuelle et la plus violente du Chiapas. Jusqu'à présent on a dénoncé 60 assassinats, tous attribués au groupe paramilitaire "Paz y Justicia". Les personnes que la Commission a rencontrées démentent la nouvelle de la libération de 300 prisonniers appartenant aux bases d'appui de l'EZLN. Selon ces personnes il s'agirait de prisonniers de droit commun et de personnes appartenant au groupe paramilitaire "Los Chinchulines". Selon les témoignages, dans les communautés divisées par le conflit, les enfants des familles qui ne sont pas affiliées au parti officiel ne peuvent pas aller à l'école. Il faut mentionner que règne dans les communautés un sentiment d’isolement, de panique et de terreur.

Le maire a révélé à la Commission que sa communauté a été expulsée de ses terres sur ordre d'un propriétaire terrien extrêmement riche qui vient du Tabasco. Celui-ci maintien avoir acheté les dites terres au gouvernement. Le témoin affirme que ça fait 2 ans que les gens ne cultivent plus les terres parce qu'on pourrait les emprisonner pour cela. Il s'agit des meilleures terres de la commune (l’ejido) et son propriétaire actuel Ramón Gil les maintient dans un état d'improductivité. La communauté essaie de faire valoir ses droits communaux sur ces terres, mais le gouvernement ne reconnaît pas leurs droits, alors ils et elles sont obligéEs de travailler sur d'autres terres de la commune (ejido) qui sont insuffisantes pour assurer la survie de la population.

Le maire explique que les gens de la communauté ont quand même planté du maïs sur une partie du terrain qui appartient à Ramón Gil, et que maintenant qu'ils veulent procéder à la récolte, on leur dit que la terre n'est pas à eux et que s'ils font la récolte, ils iront en prison parce que le terrain, et donc les cultures qui sont dessus, appartiennent légalement à quelqu'un d’autre. Le témoin affirme aussi que le principal problème au Chiapas, c'est que les indigènes n'ont pas accès à la terre, qu'on les dépossède de leurs terres pour les vendre à des grands propriétaires.

Le maire dit que la Sécurité publique (police) est de connivence avec les membres de "Paz y Justicia" ; qu'on les prend en photo sans arrêt ; qu’on leur pose toutes sortes de questions ; qu'il vit dans la peur parce que le fait d'être maire de la commune (ejido) et d'être sympathisant de l'EZLN sont des prétextes suffisants pour être accusé et emprisonné. Il nous dit aussi que dans son "ejido" il y a environ 25 membres de "Paz y Justicia", que les membres de ce groupe ne représentent pas plus de 10% de la population de toute la Zone Nord et que le reste sont des sympathisantEs de l'EZLN. Ces dernierEs sont constamment attaquéEs et même expulséEs de leurs communautés; ce qui implique la perte de tous leurs biens.

Le maire dénonce aussi le fait que les médecins ne vont plus dans les communautés zapatistes à cause des menaces de "Paz y Justicia". La communauté n'a pas accès à des médicaments et de nombreuses personnes meurent, faute de soins.

Il dit que les gens de sa communauté ne peuvent par circuler librement à cause des nombreux postes de contrôle militaires, qu'ils ont très peur parce qu'en plus, il y a des membres de "Paz y Justicia" dans ces postes qui les "signalent" comme présumés coupables de vols et d'enlèvements. Selon le maire, il y a dans la Zone Nord quelques 1 500 mandats d'arrestation émis contre des personnes accusées de trafic de drogue ou d'armes et que c'est ainsi que les militaires justifient la présence des postes de contrôle.

3.1.1. ENTREVUE AVEC UN EX-PRISONNIER, RÉALISÉE DANS LA COMMUNAUTÉ DE MISOPA-CHINAL. L'ex-prisonnier raconte que 15 hommes armés et 3 hélicoptères sont arrivés un jour chez lui et l'ont emmené à Tuxtla, où il a été transféré à la prison de Cerro Hueco. Il dit que 8 autres personnes ont été arrêtées avec lui, sans jamais connaître le motif de leur détention, et sans être informées de leurs droits. Il dit qu'ils ont finalement été libérés après avoir payé une caution de 3 655 pesos par personne et qu'on les accuse d'avoir séquestré un membre de "Paz y Justicia".

Il précise que 23 personnes de sa communauté sont sous mandat d'arrêt, d'après des dénonciations de membres de "Paz y Justicia". Il dit aussi que pour effectuer une arrestation, il suffit qu'une personne soit dénoncée par un membre de ce groupe. Il n'y a, à Cerro Hueco, aucun membre de "Paz y Justicia" bien qu’il existe de nombreuses accusations envers eux. Les seuls qui aient été emprisonnés sont des responsables du massacre d'Acteal, parce que c'est un événement qui a fait beaucoup de bruit.

Il explique qu'il y a beaucoup de cas de désertion parmi les membres de "Paz y Justicia"; parce qu'ils ne veulent plus continuer à utiliser la violence, mais le groupe les menace et va même jusqu'à les assassiner, et ensuite on accuse les zapatistes du meurtre.

Il mentionne les noms de membres de "Paz y Justicia" accusés du saccage d'"haciendas" et d’avoir décimé des troupeaux, en plus d'être régulièrement aperçus armés dans les postes de contrôles militaires:

Abel Díaz Arcos, Luciano Gutiérrez Díaz, Rómulo Gutiérrez Díaz, Eladio Díaz Pérez, Cándido Díaz Arcos, Pulinario Díaz Arcos, Aurelio Gutiérrez Díaz, Peñito Gutiérrez Díaz, Marcelino Gutiérrez Díaz, Fidel Martínez López, Domingo Gutiérrez Díaz, tous de la communauté de Carmen *Primera.

3.1.2 ENTREVUES AVEC DES PERSONNES "DÉPLACÉES", COMMUNAUTÉ DE MISOPA-CHINAL Réalisées le 19 février au terminus municipal de tila,
 
 

Entrevue n°1.

Domingo Ramírez López affirme que le 1er août 1997, sa famille -sa femme Magdalena López Martinez, leurs 5 enfants, son beau-père, sa belle-soeur Guadalupe López Martinez et ses 2 enfants- ont dû s'enfuir de la communauté après avoir été attaqués par plusieurs membres du groupe "Paz y Justicia", provenant des communautés de El Crucero et Nuevo Limar. Les agresseurs -nommés ci-dessous- étaient sous les ordres du dirigeant Antonio López Vásquez: Julio López Vásquez, Mateo Ramírez López et Antonio Ramírez López. Ces personnes ont violé les femmes -Magdalena et Guadalupe- en présence de leurs enfants.

Après l'agression, les membres de sa famille se sont enfuiEs et réfugiéEs dans la communauté de Misopa-Chinal, municipalité de Tila, abandonnant tous leurs biens: champs de maïs, plantations de café et volaille.

Les personnes qui les ont attaquéEs portaient des armes de haut calibre, reçues du maire de El Crucero. De plus, la famille a été témoin du meurtre "à la machette" du "Señor" Mateo Arcos Guzmán.

Guadalupe López Martinez déclare que depuis ces événements, elles souffrent de migraines, d’hémorragies ; elles vomissent et sont tristes. Durant cette déclaration Guadalupe López Martínez est alitée, victime d’une fièvre intense, produit d'une infection post-partum.

Ils et elles se plaignent de ne pas recevoir d'aide médicale ou sanitaire et de ne pas pouvoir aller se faire soigner parce que la communauté entière est assiégée.

Actuellement, les déplacéEs vivent dans une petite cabane en bois -bâtons- recouverte de feuilles de palme, survivant à l'aide des maigres dons de la communauté.

Magdalena López Martínez souffre de dérèglements menstruels importants et d'hémorragies qui lui ont causé une grave anémie. Elle est dans un état de faiblesse extrême.

La situation de la famille est si critique que ses membres sont prêtEs à retourner à leur lieu d'origine -où leur vie est en danger- dans l'espoir de retrouver leurs biens et leur maison avec un toit de tôle.

Ces personnes mentionnent qu'elles n'ont jamais eu de problème dans leur communauté et que leur seule "faute" est de se considérer comme bases d'appui zapatistes.

Ces personnes demandent à la Commission de publier ces faits, exigent que les autorités fassent une enquête et que leurs terres et leurs biens leurs soient rendus.
 
 

Entrevue n°2

"Ça fait 7 mois qu'on est déplacéEs, nous voulons retourner dans nos communautés mais on ne peut pas, on ne sait pas comment. Nous n'avons pas de quoi nous alimenter, ça fait des mois qu'on n'a pas assez à manger. Nous vous faisons confiance pour que vous fassiez connaître notre situation, nous n'avons pas les moyens de le faire nous-même.

Dans notre communauté d'origine il y a actuellement un campement de la Sécurité publique à 30 minutes de marche. C'est une escouade de la Sécurité publique qui est arrivée de Tuxtla Gutiérrez.

La Sécurité publique n'est pas en notre faveur, ils font eux-même partie de "Paz y Justicia". Même si on peut leur parler, ils ne nous aident pas. Ceux de "Paz y Justicia" peuvent nous faire ce qu'ils veulent parce nous n'avons pas de quoi nous défendre. Nous n’allons pas discuter avec les autorités parce que ça ne mène a rien, on ne nous respecte pas.

Nous faisons partie d'une organisation, oui, nous avons des droits. Je suis mexicain et j'ai le droit d'exiger qu'on respecte mes droits. Mais nous sommes ici, toutE seulEs. Les membres de "Paz y Justicia" nous menacent.

Personne dans ma communauté n'a été emprisonné, parce que nous nous sommes cachéEs durant 3 jours dans la montagne. Je crois que si on était restéEs, ils nous auraient emmenÉes en prison. On est partiEs avec seulement un vêtement de rechange. Tout le monde s'est sauvé dans la montagne, sans rien à manger, seulement de l'eau à boire, les pauvres.

Moi aussi je suis parti et j'ai dormi dans la montagne, attaqué par les mouches. Vers 11 heures du soir, j'ai envoyé chercher ma famille. Je ne suis pas sorti. D'autres ont fui en marchant jusqu'à Salto de Agua. J'ai dit à ma famille de se sauver, mais ceux de "Paz y Justicia" ne leur en ont pas laissé la chance. Ils ont bloqué le chemin, ceux de "Paz y Justicia" étaient armés, ils ne nous ont pas laissé partir...Le jour suivant les hélicoptères volaient au dessus de nous.

Immédiatement je suis descendu à la communauté et alors je suis parti. Ceci est ma parole."

Suite aux questions des membres de la Commission, cet homme a répondu qu'ils et elles avaient marché pendant 8 jours, sans nourriture, jusqu'à Salto de Agua "où il y a des compagnons" qui leur ont offert un refuge. Il affirme aussi que son père a eu peur des soldats et qu'il est resté dans l'ancienne communauté. "On dit qu'il y est toujours." Il déclare que les membres de "Paz y Justicia" ont gardé sa récolte de maïs et de haricots.
 
 

Entrevue n°3

"On ne s'organise pas pour s’entre-tuer. On s'organise pour travailler. Ceux de "Paz y Justicia" sont arrivés d'autres communautés. À Cruz Palenque ils sont arrivés vers 5 heures du matin et, armés, ont encerclé la communauté. C'est alors qu'ils ont commencé à tirer en l’air, sur les maisons et que nous nous sommes enfui avec tous nos enfants et notre famille. Ça c'était le premier août. Ça s'est passé ainsi. Ils ont tiré sur des gens qui s'enfuyaient. Ils ont tué un homme qui s'appelle Nicolás Maya Gutiérrez, âgé de 50 ans. Ils l'ont tiré.

Ils ont tué un jeune de 13 ans. Il s'appelait Miguel Gutiérrez Peñate. Ils l'ont séquestré et il a été retrouvé mort. La Sécurité publique a trouvé le cadavre et il y a eu un enterrement.

Il y a eu un grave problème à Cruz Palenque, nous nous sommes enfuiEs et ceux qui sont restéEs, ils les ont tuéEs. Nous sommes 13 familles, 96 personnes qui se sont enfuies. Nous nous sommes réfugiéEs un mois à Salto de Agua et ensuite nous avons dû trouver une communauté où on pouvait vivre tranquille. Nous ne pouvons pas rester ici en ville, parce qu'il va nous arriver la même chose.

Tous nos biens, nous les avons perdus là, à Cruz Palenque. Tout notre bétail. Nous voulons réclamer à qui de droit, qu'on nous rende ces animaux. Le gouvernement ne répond pas, comment allons nous résoudre ce problème? Ça fait 7 mois qu'on souffre ici à Misopa, sans manger et sans rien. Personne ne nous aide. Un député de la chambre, là-bas à México, nous a aidé. Il a envoyé 8 tonnes de maïs et c'est avec ça qu'on se nourrit. Je ne sais pas de quel parti il est. Je crois qu'il est du PRD, je ne sais pas. Mais le maïs va se terminer. Nous réfléchissons à comment nous pourrions acheter notre maïs, parce qu'ici il n'y a pas d'endroit où travailler, où trouver de l'argent."

La Commission a demandé si les gens se sentaient en sécurité là où ils vivent présentement et le témoin a déclaré que non, que les gens souffraient d'être en dehors de leurs maisons et de n'avoir rien à manger.
 
 

Entrevue n°4

Résumé de la lecture d'une lettre de requête à la Commission.

On y décrit comment le groupe "Paz y Justicia" s'est organisé en 1995 pour agir contre leur "organisation" -nom par lequel est définie la structure civile de l'EZLN- et pour "commencer à se tuer entre paysans"

La lettre explique qu'ils et elles ne sont pas dans "l'organisation" pour s'entre-tuer entre indigènes et que le gouvernement a planifié la création du groupe paramilitaire pour créer des conflits dans les communautés.

La lettre relate aussi les événements du 1er août 1997, quand les gens ont dû se réfugier et quitter leur communauté d'origine à cause de ces problèmes. Les attaques se sont produites de manière synchronisée dans plusieurs points de la communauté Cruz Palenque. On y mentionne les noms des personnes qui ont péri durant l'attaque soit les précédemment nommés Nicolás Maya Gutiérrez, âgé de 50 ans et Miguel Gutiérrez Peñate, de 13 ans; ainsi qu'une autre personne décédée à Aguascalientes, Mateo Arcos Guzmán de 60 ans.

La lettre fait aussi mention du séjour des "déplacéEs" à Salto de Agua, durant un mois, et de l'assignation d'un terrain où s'installer à Misopa. On y décrit aussi le manque de nourriture et de médicaments dont souffre tout le groupe des "déplacéEs" ainsi que leur manque d'argent. On y accuse "Paz y Justicia" de s'être approprié du bétail, des volailles, des instruments de cuisine, des vêtements et autres biens. On y exige la compensation de ces pertes et demande que le gouvernement trouve une solution.
 
 

Entrevue n°5

Une personne de la communauté de Ojo de Agua vient témoigner, elle dit que l'action violente de l'organisation "Paz y Justicia" l'a obligée à fuir de sa communauté d'origine, et depuis ce jour, le 13 décembre 1995, elle vit comme "déplacée", avec 7 autres familles de sa communauté, dans le village de Paso Chinal.

À ses dires, l'attaque, qui fut la cause de leur explusion, a été réalisée par quelques 150 personnes armées, du groupe "Paz y Justicia". Dans leur fuite , les habitantEs de cette communauté ont abandonné leurs maisons.

Cette personne témoigne devant la Commission pour que la communauté internationale puisse être informée de ce qui se passe au Chiapas et que les gens ne veulent plus endurer ces souffrances. Elle exige que le gouvernement trouve une solution et décrit aussi le manque de ressources de sa communauté, tels que nourriture et médicaments. Ils et elles réclament de l'aide.
 
 

Entrevue n°6

Le témoignage suivant a été recueilli le 19 février dernier dans la communauté de Misopa Chinal, municipalité de Tila. Le témoin est José López López, il est représentant des personnes déplacées de la Colonia Pantanijá.

Le premier août 1997 ils ont été "déplacés" de la communauté de Pantanijá. Le "señor" Mateo Arcos Guzmán fut assassiné et son cadavre a été caché dans la montagne. Jusqu'à présent, justice n'a pas été rendue par le gouvernement qui a donné les ordres à "Paz y Justicia" pour que les indigènes se tuent entre-eux.

Personne n'a été incarcéré, les assassins proviennent de: Crucero, Miguel Alemán, Masoja Chico, Nuevo Limar, Agua Fría, Cruz Palenque, Pantanijá.

Les déplacéEs ont perdu tous leurs biens tels que des ustensiles de cuisine, volaille, café, maïs, haricots. Jusqu'à maintenant, ces personnes souffrent du manque de nourriture et de vêtements. Leurs enfants sont malades.

De plus les recours économiques se font rares, puisqu'ils sont éloignéEs de leur communautés et de leurs activités habituelles de subsistance. Les membres de "Paz y Justicia" profitent de leurs terrains et de leurs biens.

En ce moment leurs maisons sont détruites, ça fait 7 mois qu'ils sont réfugiéEs et que leurs enfants ne vont pas à l'école. Ces réfugiéEs réclament des garanties pour retourner à leurs lieux d'origine.

3.2. ENTREVUE AVEC LE REPRÉSENTANT DE LA COMMUNAUTÉ DE PATASTAL Cet homme déclare qu'en 1995, la situation a empirée à cause de l'apparition de "Paz y Justicia". Avant leur apparition, il n'y avait pas de problème dans sa communauté. C'est alors qu'ils ont commencé à tirer sur les sympathisantEs de l'EZLN. Plusieurs ont dû s'enfuir dans la montagne. Après 2 mois dans la montagne, on les poursuivait encore et les réfugiéEs ont dû continuer leur fuite. Les communautés de Toracal et Patastal ont été détruites en 1995. Maintenant, en 1998, les gens y retournent mais les problèmes sont encore là. Les gens ne peuvent sortir de leur communauté qu'en passant par la montagne.

Il dénonce que Panchúc et Corozal sont 2 communautés contrôlées par "Paz y Justicia" et que c'est de là que se préparent toutes les attaques. Il dit que les gens de sa communauté vivent dans la peur et que les vols à basse altitude des hélicoptères se sont intensifiés.

Il dit que les membres du groupe paramilitaire sont entrés dans sa communauté avec des armes de gros calibre, provenant sûrement de l'Armée fédérale.
 
 

3.3. TÉMOIGNAGES DES FEMMES DÉPLACÉES DE LA COMMUNAUTÉ DE CRUZ PALENQUE, MAINTENANT RÉSIDENTES DE CERRO MISOPÁ. Cette entrevue a été réalisée le 21 février 1998, dans la communauté de Cerro Misopá, municipalité de Tila, Zone nord, Chiapas.

Témoignages et dénonciations verbales:
 
 

Entrevue n°1

Une femme traduit de la langue chol vers l'espagnol ce que dit une de ses voisines. Le premier août 1997, les "compañeros" -nom utilisé pour faire référence aux bases d'appui de l'EZLN- ont été expulséEs de la communauté de Cruz Palenque . Elle affirme que des personnes sont venues leur dire de s'enfuir, car on voulait en finir avec "l'organisation" -nom par lequel est définie la structure civile de l'EZLN.

Elles racontent comment, le 1er août, à 5 heures du matin, le cousin de cette femme a été tué par des membres du groupe paramilitaire "Paz y Justicia". Elle raconte qu'on lui a tendu une embuscade et que le jeune de 13 ans a été enlevé puis emmené de l'autre côté de la rivière où son cadavre a été retrouvé plus tard. Elles accusent "les mêmes assassins que ceux du Crucero, ceux qui sont dans la région" et ajoutent que ceux-ci proviendraient des communautés de Miguel Alemán et de Masohá.

Elles racontent que suite à cette attaque, les membres de leur communautés ont trouvé refuge à Misopá, Chinal et Nuevo Precioso, ce qui a finalement séparé la communauté. Au moment de fuir avec leurs enfants, elles ont tout laissé derrière -maisons, outils- et elles ont perdu tout ce qu'elles possédaient. Elles disent aussi que certains voisinEs sont restéEs et ont été tuéEs.

Les membres de la Commission leur ont demandé si les paramilitaires avaient agressé ou violé des femmes. Elles ont répondu que oui et elles ont ajouté que certaines de ces femmes ne veulent pas parler parce qu'elles savent que les paramilitaires sont en train de s'organiser pour en finir avec d'autres communautés et elles en ont peur.

À la question si elles avaient été victimes d'agressions de la Sécurité publique ou de l'Armée, elles ont répondu que les membres de "Paz y Justicia" se sont réunis avec la Sécurité publique, la veille de l'attaque contre la communauté de Cruz Palenque, pour se mettre d'accord "sur ce qu'ils allaient faire".
 
 

Entrevue n°2

Une femme déplacée traduit en espagnol le témoignage d'une voisine qui parle la langue chol.

Elle raconte comment ses ustensiles de cuisine et tous ses biens ont été détruits et que leurs maisons ont été brûlées après leur fuite. Elles parlent de la peur constante, de leur façon de s'organiser en groupe pour aller laver le linge ou chercher du bois. Elles disent que maintenant elles ne peuvent plus marcher seules, que les hommes doivent aller travailler en groupe parce qu'ils craignent les attaques des paramilitaires.

Elle dit que son bébé de 7 mois est malade de "boutons" (varicelle?). Qu'elle veut l'emmener voir un docteur mais qu'elle n'en a pas les moyens. Le peu d'argent qu'elles ont est réservé à l'achat de nourriture; maïs, café, haricot. Elle dit aussi que les enfants ne supportent pas la faim.

La Commission leur a demandé de donner des précision sur les problèmes spécifiques de la santé des femmes. Elles ont dit qu'elles n'avaient pas de sage-femme, compte-tenu que la femme qui les aidait durant la grossesse "était de l'autre côté et elle est restée dans la communauté". Il n'y a pas de centre de santé ni de médicaments.

Un membre de la communauté de "déplacéEs" est alors intervenu pour préciser que cette femme avait été violée par des paramilitaires. Quand la Commission a mentionné cette agression, la femme a brusquement baissé les yeux et a rapidement changé de sujet.

Elle a décrit la situation difficile dans laquelle se trouve sa communauté, les problèmes pour obtenir de la nourriture et pour cuisiner, car elles n'ont plus d'ustensiles de cuisine. Elle a mentionné qu'elles vivaient dans des maisons qu'on leur avait prêtées et elle a demandé aux observatrices de diffuser dans la presse de leurs pays respectifs de l'information sur leur situation.
 
 

Entrevue n°3

Une femme traduit le témoignage du chol. Celle qui témoigne est une voisine de la communauté de Panteanihá, municipalité de Tila. Cette femme décrit comment le groupe paramilitaire "Paz y Justicia" est entré dans sa communauté le 1er août 1997. Elle dit que plusieurs personnes sont mortes durant l'attaque. La Sécurité publique est intervenue pour ramasser au moins un cadavre. Selon son témoignage, les effectifs de la police sont de connivence avec les gens de "Paz y Justicia".

Le 3 août de la même année, les gens de la communauté ont dû fuir, poursuivis par les membres de "Paz y Justicia", et se sont réfugiés à Salto de Agua. Les observatrices se sont penchées sur le cas de deux femmes qui se sont retrouvées veuves après l'attaque. Maintenant elles sont à la charge de leurs familles. Les femmes déplacées décrivent leur situation difficile, le manque d'aliments, de vêtements, de médicaments, d'ustensiles de cuisine, etc...Elles mentionnent aussi le manque de terre à cultiver. Elles disent que maintenant c'est difficile de gagner de l'argent, qu'avant elles obtenaient de l'argent en vendant leurs animaux, mais qu'ils ont été volés par les paramilitaires -appelés "contra"- quand elles ont abandonné leur communauté. Elles ne peuvent pas non plus travailler dans les champs comme salariées parce qu'ici les gens sont des petits cultivateurs qui n'ont pas souvent besoin de main d'oeuvre. Les femmes répondent à la question des observatrices et disent qu'effectivement les femmes aussi sont victimes des paramilitaires.

En ce qui concerne leurs conditions de vie, elles disent qu'elles dépendent beaucoup économiquement du travail des hommes, et qu'elles se retrouvent donc dans une situation très difficile lorsqu'elles deviennent veuves. En général elles ont de 5 à 12 enfants par femme, dont plusieurs meurent avant d'avoir atteint l'âge adulte.
 
 

Entrevue n°4

Témoignage de Gloria María Torres López, de la communauté de Masohá Grande, municipalité de Tila, Chiapas. Elle dit que le 15 juillet 1996, le groupe paramilitaire "Paz y Justicia" les a expulséEs de leur communauté. Hommes, femmes, enfants et ancienNEs se sont enfuiEs et sont alléEs se réfugier dans l'État voisin du Campeche. Les gens se sont réfugiés dans divers endroits, ce qui fait que la communauté s'est dispersée.

Elle dit que les gens ne veulent pas retourner à leur lieu d'origine parce qu'ils ont peur. Elle dit toutefois qu'elle veut retourner parce qu'elle ne peut pas abandonner son lieu d'origine, mais qu'elle aussi a peur.

Selon ses déclarations, plusieurs personnes qui se sont enfuies au

Campeche sont revenues, mais elle et les sienNEs, sont restéEs comme "déplacéEs" à Salto de Agua. Le ministre des Affaires intérieures du Chiapas et le chef des soldats Leopoldo Díaz, ont obligé les gens de sa communauté à retourner à leur lieu d'origine en échange de vivres et de matériaux de construction. Quelques unEs de ses amiEs ont accepté et sont retournéEs mais ont été de nouveau contraintEs de fuir, suite aux menaces du groupe paramilitaire "Paz y Justicia", et ont dû revenir à Salto de Agua.

Elle dit que les groupes paramilitaires sont puissants dans cette zone qui est un des endroits où ils tiennent leurs réunions. Cette femme avoue avoir quitté rapidement Salto de Agua parce les gens disent d'elle "qu'elle marche avec les zapatistes".

Elle décrit la difficile pénurie alimentaire, qui cause la mort de plusieurs personnes. Elle dit aussi que la liberté de mouvement des "déplacéEs" est très limitée, qu'ils et elles peuvent à peine sortir des communautés où ils et elles vivent, parce que les membres de "Paz y Justicia" de la colonie Miguel Alemán leur bloquent le passage et les menacent.

Pour trouver un autre chemin, elles doivent marcher 8 heures au moins. Cela les empêche de commercialiser le peu de produits qu'elles obtiennent de leurs cultures.
 
 

3.4. ENTREVUES DANS LA MUNICIPALITÉ DE TILA, LE 25 FÉVRIER 1998 3.4.1. ENTREVUE AVEC DES MEMBRES DE L'ASSOCIATION "PAZ Y JUSTICIA" Les personnes interviewées maintiennent qu'elles ne possèdent pas

d'armes, que ce sont des gens de paix. Ils accusent les religieuxSES et les étrangerEs d'Avoir généré le conflit, et concrètement, ils disent que Don Samuel García Ruiz appuie les zapatistes avec son salaire d'évêque. Ils disent rechercher l'application de la loi et qu'ils ne sont pas responsables de la mort de José Tila López García.
 
 
 
 

3.4.2. ENTREVUE AVEC DES MEMBRES DES COMMUNAUTÉS BASES D'APPUI DE L'EZLN. On réclame l'éviction du groupe "Paix et Justice" de la municipalité, puisqu'il empêche une partie de la population de se rendre aux champs et de faire des visites aux autres communautés. On dénonce que seulEs les sympathisantEs du PRI peuvent circuler librement. Dans cette localité, il y a des conflits internes entre des membres de "Paz y Justicia", querelles qui souvent se terminent par des assassinats, qui ensuite sont imputés aux personnes qui ne sont pas d'accord avec ce groupe.

Extrait d'une entrevue avec un délégué d'une communauté de base d'appui de l'EZLN, appartenant à la municipalité de Tila:

Le délégué dénonce que les intégrants de la Sécurité publique (police) connaissent les noms des assassins et qu'ils ne veulent pas les incarcérer parce que, selon leurs déclarations publiques, "ils n'ont pas eu l'ordre du ministère". Le témoin raconte que le lendemain de la mort de José Tila López García, il y a eu une marche de 800 personnes provenant de 24 communautés de la municipalité de Tila, et que ces personnes ont expulsé pacifiquement les forces de la Sécurité publique. Il dit que la population des communautés est fatiguée que leurs demandes ne soient pas écoutées par le gouvernement et que les gens sont prêts à prendre des mesures parce qu'ils ne peuvent pas continuer comme ça à se laisser tuer.

3.5. ENTREVUE AVEC LA SÉCURITÉ PUBLIQUE À CERRO MISOPA, MUNICIPALITÉ DE TILA, ZONE NORD, LE 21 FÉVRIER 1998.

Dans la communauté de Cerro Misopa vivent des membres de "Paz y Justicia" et des gens d'autres tendances. À l'entrée de la communauté, un détachement de la Sécurité publique s'est installé juste sur le dessus d'une butte, ce qui leur permet de voir tout ce qui se passe dans les alentours. Lorsque les membres de la Commission ont quitté la communauté, vers une heure de l'après-midi, ils et elles ont demandé une entrevue avec les dirigeants du poste. Suite à une brève attente, on leur a répondu par l'affirmative, mais on leur a interdit de prendre des photos et de filmer ; seulement l'enregistrement audio leur fut permis. On a pris les noms de touTEs les intégrantEs de la Commission et on les a pris en photo et filméEs.

La personne interviewée était le second responsable du détachement. Il a commencé en disant que dans la région il n'y a pas de conflit, que tout est tranquille, qu'il venait d'être nommé et qu'il était arrivé dans la communauté il y a quelques jours. Il a remis à la Commission le document "Ni derechos, ni humanos" -Ni droits, ni humains- qui, à ses dires lui avait été remis par un homme qu'il avait visité dans une autre communauté. Il a ajouté que ce document était utile pour comprendre la situation dans la région. Le responsable a déclaré qu'il ne l'avait pas lu mais il a cité un évènement au cours duquel 8 personnes sont mortes, qui est relaté dans ce document de "Paz y Justicia".

Il a répété plusieurs fois que l'endroit était beau, très tranquille et qu'il n'avait pas plus d'information, à la suite de quoi il suggéra aux membres de la Commission de contacter les autorités supérieures de Tuxtla Gutiérrez (pour l'information et pour avoir la permission de filmer). Il a dit qu'il pouvait avoir des ennuis s'il faisait des déclarations sans permission.

La Commission a demandé qui était le groupe "Paz y Justicia", et il a dit que c'était un groupe civil, et un soldat a précisé que c'était une association civile. Il a dit ne pas les connaître parce qu'il était

nouveau dans la région. Il a aussi mentionné que la Sécurité publique s'était installée dans la région à la demande des gens, avec le mandat de maintenir l'ordre et d'assurer leur sécurité et que depuis son arrivée dans la zone ils n'avaient pas reçu de plainte d'aucune sorte.

En général, ils se sentent acceptés par les communautés, sauf par une partie des gens qui ne sont pas contents, et qui selon son estimation, représentent environ 1/4 de la population.

En sortant on donna à la Commission la permission de faire des photos.

3.6. RÉSUMÉ DE L'ENTREVUE RÉALISÉE À SAN CRISTOBAL, LE 23 FÉVRIER 1998, AVEC LES DÉLÉGUÉ-E-S DE LA COMMUNAUTÉ DE EL PARAISO, MUNICIPALITÉ DE SABANILLA, ET DE LA COMMUNAUTÉ EMILIANO ZAPATA, MUNICIPALITÉ DE TUMBALA, ZONE NORD. Antécédents :

Il n'a pas été possible de visiter les communautés d'où proviennent ces interlocuteurs et interlocutrices, à cause du climat de violence qui prévaut dans la zone. La délégation de la Commission qui s'est dirigée vers la Zone nord le 22 février 1998 a été obligée de rebrousser chemin sans avoir complété son programme parce que, à un moment donné, ses participantEs ont craint pour leur sécurité physique et pour celle des guides qui les accompagnaient. Cette entrevue a eu lieu une journée après l'assassinat de José Tila López García, qui a été tué tout près du lieu où vivent ces témoins. Quelques jours après ces entrevues, la Commission a pu recueillir les témoignages, qui suivront, de membres de "Paz y Justicia", de bases d'appui de l'EZLN, et du délégué d'une communauté voisine à celle de la victime, José Tila López García. Au cours de cette entrevue, un dossier de dénonciations a été remis à la Commission .

3.6.1 COMMUNAUTÉ DE EL PARAÍSO Les membres de la communauté disent qu'ils et elles ont été "déplacéEs" à cause d'actions violentes du groupe "Paz y Justicia" et qu'ils et elles sont dans cette situation depuis le 18 février 1997, et qu'il leur est impossible de retourner à leur communauté d'origine.

Présentation des faits. Dénonciations verbales :

- Mariano Martínez Júarez de la communauté de El Paraíso aurait agressé une personne de la communauté.

- On accuse Diego Martínez López, dirigeant du groupe "Paz y Justicia" d'avoir agressé physiquement une personne de la communauté. Diego Martínez López, ainsi que Salomón López Pérez et Hípolito López Pérez, sont désignés comme étant les dirigeants de "Paz y Justicia" et comme présumés organisateurs de l'attaque armée -calibre 20, calibre 16, calibre 22, pistolet, A-K 47- contre les maisons de la "Société civile" -nom que se donnent les bases d'appui de l'EZLN. L'attaque a eu lieu entre 22 et 24 h. le 18 janvier 1997, et cet événement à provoqué la fuite massive des habitantEs de la communauté.

Durant ces événements, le cadavre d'une femme -dont le nom n'est pas précisé- a été retrouvé près de l'endroit où vivaient les témoins. Ces personnes disent ne pas savoir ce qui est arrivé à cette femme, et attribuent sa mort "aux personnes de son groupe" et affirment avoir signalé le corps à la police pour qu'ils le ramassent. Les témoins racontent que Benedicto Jaime Pérez Méndez, maire PRIiste, a été approché par les priistes de la communauté pour qu'il autorise l'intervention de la Sécurité publique, le 19 janvier 1997 à midi. En ce jour, alors qu'une grande partie de la communauté s'était déjà enfuie, leurs maisons ont été attaquées une seconde fois, cette fois par la Sécurité publique. Le 20 janvier, le cadavre de la femme, qui avait servi de prétexte à cette intervention, n'avait toujours pas été ramassé. Les témoins expliquent que le 21 janvier, quelques 600 effectifs de la Sécurité publique -appelés "judiciales"-et des hélicoptères sont intervenus lançant des grenades et des gaz.

La majorité des personnes déplacées se trouvait à ce moment dans la communauté de Asunción Huitipán, où ils vivent actuellement, mais quelques personnes étaient toujours dans la montagne, se cachant des attaques, comme celles des jours antérieurs, et restant isolées du reste de la communauté.

Ces personnes ont aussi été attaquées par des éléments de la Sécurité publique et on signale qu'une personne en est morte -Roberto Torres Pérez, âgé de 17 ans, frère cadet de l'interlocuteur. Il était étudiant du secondaire.

Les effectifs de la Sécurité publique accompagnés de chiens dressés -selon le témoignage de ces personnes- ont poursuivi les réfugiéEs dans la montagne en leur sommant de se rendre.

Après ces événements, la "Société civile" de El Paraíso n'ose plus

retourner dans la communauté, parce qu'ils ont peur de la police. Celle-ci y a d'ailleurs installé un campement permanent. La population déplacée de El Paraíso -600 personnes- réside maintenant à Nuevo Asunción Huitipán.

Situation actuelle des déplacéEs :

Les gens rencontrés déclarent que, même en exil, les menaces de "Paz y Justicia" persistent. Ils disent que tous leurs biens -maisons, animaux, vaisselle, outils de labours, etc.- ont été volés ou détruits, que plusieurs de ces biens ont été postérieurement vendus par les habitantEs priistes et membres de "Paz y Justicia", qui sont demeuréEs dans la communautés après leur fuite.

Leurs récoltes, principalement du café, du maïs et des haricots, ont été ramassées ou volées dans leurs maisons par ces personnes, qui les ont vendues et en ont gardé les bénéfices. Les réfugiéEs accusent ces personnes de les empêcher de rentrer chez eux et de vouloir garder leurs terres, qu'ils travaillent maintenant.

Aujourd'hui les réfugiéEs déclarent cohabiter avec les priistes de la communauté qui les héberge, mais décrivent leur situation comme étant très difficile, puisqu'ils et elles n'ont pas de terres à cultiver et par le fait même n'ont aucun moyen de subsistance. L'alimentation est leur problème principal, mais aussi les vêtements et la situation des enfants. Il n'ont pas de médicaments et les soins médicaux sont minimes. Leur mobilité est limitée parce "qu'on les empêche de sortir" et les autres routes qui leur permettent de se déplacer impliquent 5 ou 6 heures de voyage au minimum. Ils disent que "Paz y Justicia" contrôlent les routes. Cette situation rend impossible le transfert des malades et des femmes qui ont des complications lors des accouchements. Le témoin donne comme exemple la mort de son père, survenue le 3 février; il est mort "affligé d'une maladie et on n'a pas pu le transférer".

Ces personnes décrivent leurs conditions de vie lamentables, la précarité de leurs abris qui les exposent aux intempéries, la propagation des maladies, l'absence d'école pour leurs enfants, le manque de nourriture.

Ils et elles ont reçuEs plusieurs visites du sous-ministre des affaires intérieures de la Zone nord, Alejandro Ruiz Gutiérrez, qui jusqu'à ce jour n'a apporté aucune solution à leur situation de "déplacéEs".

L'interlocuteur a lu le procès verbal d'un accord intervenu durant une réunion le 22 février 1998, entre les intéresséEs des différentes parties, et Monsieur Ruiz Gutiérrez, maire de Sabanilla et le commissaire "ejidal" de la commune de El Paraíso -voir dénonciations en annexe. Son commentaire est que cet accord n'a pas été respecté et que ce sont les autorités qui protègent et encouragent "Paz y Justicia"
 
 

"Desarollo, Paz y Justicia". Dénonciations verbales. Situation politique et religieuse :

Selon les témoignages, "Paz y Justicia" s'est organisé à partir de 1996. Leurs réunions principales se tiendraient dans la Colonie de Buena Vista sous la direction de Samuel Juarez Encino. Cette organisation dont l'objectif est la destruction des Indiens, accuse les sympathisants zapatistes d'être des provocateurs.

Notre interlocuteur nous informe de sa lutte politique qui est pacifique et précise que la violence n'apporte que la faim et la mort. La "Société Civile" veut une lutte pacifique et tente de s'organiser pour obtenir l'amélioration des conditions de vie des familles. On veut leur interdire de faire de la politique et de pratiquer la religion catholique qui est la leur, bien que les articles de la Constitution précisent que ces interdictions sont illégales. On veut les regrouper en un parti unique – le PRI du gouvernement – et en une seule religion malgré leur désaccord. Par ailleurs, l'église de la communauté de El Paraiso a été détruite avec tous les objets du culte par "Desarollo, Paz y Justicia" qui sont définis comme étant protestants.

Lorsque la Commission s'enquiert de la relation des présents avec les membres de cette organisation, ils répondent que non seulement ils ont été voisins, qu'ils ont célébré ensemble toutes les fêtes depuis de nombreuses années, mais en plus, dans un grand nombre de cas, ils font même partie de leur famille proche.

L'organisation s'étant créée en secret, ils n'ont pas été invités à y participer. Ses membres sont surtout des jeunes et des femmes car les "anciens" veulent l'unité et n'appartiennent pas à "Paz y Justicia".

Les personnes déplacées ont des droits réels sur leurs terres, au contraire de ceux qui utilisent la violence, et qui veulent les en déposséder, là, étant la véritable raison du conflit avec ceux que l'on nomme les "pobladores".

La commission demande si les membres de "Paz y Justicia" sont bien des paysans comme eux, et la réponse est oui. Lorsqu'on la Commission s'étonne du fait qu'ils puissent avoir des armes malgré leurs faibles revenus, l'explication est simple car c'est le président de la municipalité lui-même qui en puisant dans le budget, fournit les armes aux gens de Desarollo, Paz y Justicia". L'argent recueilli par la vente des terres dont ils ont été spoliés a également servi à les armer.

Ils ont appris par un sympathisant du PRI que c'est le Procureur de justice lui-même qui a donné l'ordre de détruire leurs maisons.

L'interlocuteur dénonce une attaque à main armée dont lui-même et son frère ont été l'objet de la part de quatre membres de "Paz y Justicia", le 29 novembre. Cela s'est passé alors qu'ils étaient en train de récolter le café sur les terres où ils travaillaient lorsqu'ils habitaient El Paraiso qui appartient maintenant aux membres de cette organisation. Il n'y eut pas de blessé, mais les deux victimes portèrent plainte devant les autorités sans que les agresseurs ne soient inquiétés en aucune façon. Au contraire, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt. Lorsque la Commission lui demande de quel délit il s'est rendu coupable, il répond que c'est uniquement parce qu'en 1996, il a participé à une manifestation devant la Présidence Municipale au cours de laquelle étaient dénoncées les malversations. C'est alors qu'a été rédigé son mandat d'arrêt.

Comme il se déclare ouvertement sympathisant de l'EZLN, ce qui est considéré comme un délit, on l'accuse également d'en être un dirigeant. Il ignore totalement les charges de l'accusation qui pèsent contre lui, et à la présidence municipale, il lui a été indiqué que pour pouvoir rentrer dans leur communauté d'origine, l'intervention de Seguridad Publica était une condition sine qua none ainsi que l'arrestation de six des personnes déplacées. Sa communauté est fortement surveillée et poursuivie par Seguridad Publica.
 
 

3.6.2 ENTREVUE AVEC UN DÉLÉGUÉ DE LA COMMUNAUTÉ EMILIANO ZAPATA, FRACTION B, MUNICIPALITÉ DE TUMBALA, ACTUELLEMENT DÉPLACÉ DE SA COMMUNAUTÉ D'ORIGINE. L'entrevue a été réalisée à San Cristobal de las Casas, le 23 février 1998. Elle concerne des informations sur des faits survenus. Elle contient également des réclamations faites verbalement. Elle denonce les agissements du groupe para-militaire " Paz y Justicia "

Exposition des faits. Dénonciations verbales. Agissements de "Paz y Justicia".

Un groupe de personnes de la communauté d'Emiliano Zapata s'est réfugié à Chulahoistihá, municipalité de Tumbalá, fraction B de Emiliano Zapata il y plus de 2 ans. Le 24 mars 1995, ces personnes ont été expulsées de la communauté d’Emiliano Zapata par des membres de l'organisation "Paz y Justicia". Le témoin raconte que l'expulsion s'est produite, par surprise, pendant que les hommes de la communauté se trouvaient au travail sur les terres communales. A leur retour, ils ont trouvé la communauté encerclée par les hommes de "Paz y Justicia" qui les ont empêché d'entrer en les menaçant de mort, du fait qu’ils étaient "membres de l'EZLN". Le témoin certifie que 2 paysans sont morts ce jour là: Sebastián Arcos Guzmán et Juán Jiménez López. Ces deux hommes ne savaient pas ce qui arrivait et sont passés près de l'endroit où étaient postés les hommes de "Paz y Justicia".

Quand la Commission leur demanda s'il y a eu intervention de la Sécurité publique, à propos de ces événements, il a répondu que oui. Il a dit que les hommes de la sécurité sont arrivés pour ramasser les cadavres une fois que tout était terminé. La Commission a demandé s'ils avaient porté plainte, s'il y avait eu une enquête afin de poursuivre les responsables, etc. L'interlocuteur a répondu que "comme c'étaient des gens de leur groupe" ils n'avaient pas été inquiété. Quand à savoir si les gens de "Paz y Justicia" et de la Sécurité publique sont les mêmes, le témoin répond par l'affirmative et ajoute que parfois les gens de "Paz y Justicia" s’habillent avec l’uniforme de la Sécurité publique et il est difficile de savoir si ce sont des policiers ou des paramilitaires.

De plus, il se plaint de n’avoir pas pu porter plainte parce que la possibilité de déplacement dans la zone est réduite à cause des persécutions de la police ou de "Paz y Justicia". Le témoin décrit comment cette organisation a pris le contrôle et occupé plusieurs autres communautés.

Depuis et à cause de ces événements, plusieurs personnes n'ont jamais pu retourner à leurs maisons. Selon notre interlocuteur, un accord a été signé par les deux parties en face des autorités communales "ejidales". Cet accord les autorise à demeurer sur les terrains de la dite Zone B., mais malgré cela, malgré que le gouverneur ait signé ce document, le témoin affirme que les gens ont de nouveau été pris à partie par les membres de "Paz y Justicia".

Le 21 février, 80 personnes armées appartenant à "Paz y Justicia" sont arrivées dans leur communauté avec l'intention de les expulser et en les menaçant de mort. Selon son témoignage, la communauté entière s'est réfugiée dans la montagne terrorisée par les menaces. La raison de cette nouvelle expulsion serait, aux dires du témoin, l'appropriation des terrains sur lesquels ils travaillent. Il dit que les "Paz y Justicia" ne veulent pas qu'ils restent là. Il dit que c'est la première fois qu'ils sont agressés depuis leur arrivée dans ce lieu.

Les conditions de vie dans la communauté, de ce groupe de déplacéEs, sont très dures. A cause de ces mauvaises conditions, les maladies prolifèrent et il n'y a pas de médicament pour les prévenir ni les soigner. Les déplacéEs n'ont pas de matériaux pour se construire des maisons. Il n'y a pas d'eau potable, d'électricité, ni de terres à cultiver. Les 62 enfants de la communauté de déplacéEs n'ont pas d'école. Notre interlocuteur, lui-même très peu formé, travaille comme "promoteur de santé".

3.7. INCIDENTS SURVENUS SUR LA ROUTE DE SABANILLA LE 22 FÉVRIER L¹objectif du voyage à Sabanilla était de répondre à une demande explicite de la communauté La Asunción composée de gens déplacés de El Paraíso. Ces dernierEs avaient réclamé la présence de la Commission afin de lui remettre un témoignage sur leur situation. Occupée à préparer le voyage, la Commission a reçu la nouvelle de l¹assassinat d¹un des témoins du village visité la veille, dans la Zone Nord. Un meurtre commis, d¹après la communauté, par des membres du groupe "Paz y Justicia". La Commission a donc décidé de faire un détour par la communauté d¹origine du défunt, José Tila López García, afin de visiter sa famille. Toutefois, à cause des coûts qu¹impliquaient un tel déplacement, la Commission a dû abandonner ce projet et elle est revenue à son programme initial, c’est-à-dire se rendre directement à Sabanilla.

Tel que déclaré à la presse nationale et internationale, la Commission n¹a jamais pu parvenir à destination et accomplir sa mission. La mission d¹observation à Sabanilla s'est avérée impossible à cause du blocage et des menaces proférées par les résidentEs de El Paraíso à l¹endroit des membres de la Commission et de leurs guides. L'incapacité pour la commission d’accomplir sa mission d’observation et l¹impossibilité de répondre à la demande de la communauté. La Asunción confirment de manière évidente le climat de violence physique et psychologique qui règne dans la zone Nord de l¹état du Chiapas, ainsi que la violation des droits humains élémentaires.

Afin d'atteindre Sabanilla, après avoir dépassé Ocosingo, la Commission a voyagé sur une route de terre en réparation, signe d'un possible traitement de faveur de cette zone. Comme dans la région de San Quintin, on peut constater dans ici un important déploiement de matériels lourds de travaux publics: bulldozers, rouleaux-compresseurs, marteaux-piqueurs ainsi que d'autres outils et matériaux (asphalte etc....) servant à construire des ponts et de manière générale le réseau routier. Si la Commission prend la peine de souligner la singularité de ce fait, c'est pour faire le lien avec d¹autres faits observés par la suite à El Paraíso et pour en souligner le contraste. C’est ainsi que sur le trajet emprunté par la Commission pour rejoindre la communauté, elle a constaté le mauvais état de certaines routes.

De plus, elle a constaté l’extrème pauvreté des personnes, dépourvues de souliers, avec des vêtements vieux et déchirés. Par ailleurs elle a constaté aussi le manque d'écoles et d'autres équipements de base. Ces constatations indiquant le très grand degré de misère de la zone ont fait apparaître un contraste flagrant avec ce qu'a constaté la commission en arrivant à El Paraiso. Non seulement le réseau routier est en rénovation, mais on peut observer à l'intérieur même du village des quartiers entièrement rénovés, ainsi que des immeubles récents construits avec des matériaux de qualité. De même, les bâtiments scolaires, les salles de cours et les installations sportives comportent de vastes espaces lumineux, des bâtiments neufs.... La Commission, arrivée autour de 13 heures, a pu assister à la sortie des classes. La présence d'élèves d'âges relativement différents permet de supposer que cette école offre un enseignement depuis le niveau primaire jusqu’au secondaire. Les élèves étaient habillés de vêtements neufs et propres et disposaient de matériel scolaire adéquat et récent.

Ces signes encourageants, dans la mesure où ils indiquent une amélioration importante des conditions de vie pour la population de ce village, n'ont fait que souligner le contraste entre cette communauté et les autres visitées par la Commission. Le travail des observateurs et des observatrices ayant été freiné, la Commission n'a pas pu vérifier les conditions de vie des personnes déplacées de El Paraíso, qui sont aujourd'hui dans la communauté de Asunción. A l'entrée de El Paraíso, la Commission a observé la présence d'un poste de la Sécurité publique, où se trouvaient cinq policiers en uniforme qui ont regardé, avec une attitude nonchalente, le passage de la Commission sur la route. Ces derniers ne sont pas intervenus quand, quelques instants plus tard, la fourgonnette et l'autobus de la Commission ont été encerclés et retenus par une barricade humaine formé de plus de 200 personnes, qui proféraient des menaces. La Commission à été obligée de rebrousser chemin sans avoir pu achever son travail d'observation. A aucun moment le dirigeant et les membres de la Sécurité publique ne sont intervenus pour permettre le libre passage des véhicules, comme en ont l’obligation les forces de l'ordre et de la sécurité dans tout État respectueux du droit. Bien au contraire, ils ont contemplé la scène avec ironie et complaisance, malgré l'attitude agressive des manifestantEs. Durant cet incident, ce sont des femmes et des enfants qui ont encerclé les véhicules, pendant que les hommes restaient légèrement en retrait. Puis le groupe s'est dirigé en criant, le poing en l¹air, vers le représentant de la Commission, l'obligeant à reculer sous la menace.

La Commission a également été avisée que toute tentative de poursuivre son voyage serait empéchée "à tout prix". L'agressivité s'est propagée à travers tout le groupe de villageoisEs qui entouraient les autobus. Le guide qui accompagnait le convoi a fait l'objet d'une pluie d'insultes et de menaces, ayant été reconnu comme un des déplacéEs de El Paraíso. Devant le danger évident de lynchage et la teneur des menaces proférées à l'encontre des observateurs et observatrices, il fut donc décidé de rebrousser chemin et de renoncer au programme de la journée. Il est important de mentionner la frustration et le sentiment d'impuissance ressentie par la Commission, qui n'a pu écouter les témoignages des déplacéEs de la région.

3.8. RAPPORT DE LA VISITE À LA COMMUNAUTÉ DE JOLNIXTIÉ Le mercredi le 4 mars, une partie de la Commission s’est dirigée vers le village de Jolnixtié-section 1, situé dans la municipalité de Tila, Zone nord de l’état du Chiapas. Le cortège était formé de trois membres d'organisations de défense des droits humains (deux observateurs de la Commission plus un militant du réseau de droits humains mexicain "Todos los Derechos para Todos" de la ville de Guadalajara-Jalisco) ainsi que de deux journalistes, l’un de Radio Université de Guadalajara et l’autre de La Jornada.

Le Centre de droits humains "Fray Bartolome de Las Casas" a organisé cette visite, répondant ainsi à la demande de la communauté de Jolnixtié. Celle-ci demandait la présence de représentantEs des groupes mexicains de défense des droits humains et d’observateurs internationaux qui puissent recevoir la dénonciation de l’assassinat de José Tila López García. La communauté voulait aussi dénoncer la situation de tension extrême qui prévaut dans la zone.

Les visiteurs ont passé le poste de contrôle migratoire situé dans la municipalité de Salto de Agua sans difficulté. Le trajet qui doit être suivi habituellement depuis San Cristobal est le suivant: direction Ocosingo, puis à partir de cette ville, marcher jusqu'à Tila afin d'accéder à la zone par les petits villages de El Limar, Panchúc ou Miguel Alemán. Cette route est contrôlée par des barrages du groupe "Desarollo, Paz y Justicia". Le cortège a donc été obligé, afin de garantir le succès de la mission et pour la sécurité des participants, d'emprunter une route alternative, doublant de ce fait la durée normale du trajet. En partant d'Ocosingo, nous sommes donc allés jusqu’à la municipalité de Venustiano Carranza, puis nous avons coupé vers Salto de Agua afin d'entrer dans l’État du Tabasco puis, dans la zone de Jolnixtié. Nous avons ainsi évité une zone fortement contrôlée par les groupes paramilitaires. Après avoir dépassé le barrage militaire de Melchor Ocampo, le groupe a traversé la communauté de Carmen Chinal. À Misopá Chinal, visité la semaine précédente par la Commission, nous avons laissé les véhicules afin de continuer à pied le chemin vers Jolnixtié.

Avant le départ, un des observateurs s’est informé de l'état de santé de deux femmes malades. La semaine précédente, un docteur membre de la Commission avait diagnostiqué un cas d’anémie due à un état de sous-alimentation et, une grave infection vaginale faisant suite à un accouchement. L'observateur a pu vérifier l’état stationnaire des malades, notant même une légère amélioration. Ici le gouvernement n'a jamais établi aucune mesures minimales de prévention sanitaire.

Accompagnés par une trentaine d’Indiens chols de Misopá et des communautés voisines, les 5 visiteurs se sont mis en route vers midi pour une dure et longue randonnée de quatre heures et demie. Nous avons constaté en chemin des travaux de défrichement en vue de la construction de route, réalisés par l’Armée fédérale. Aux alentours de la communauté Emiliano Zapata, nous avons constaté la présence d’effectifs militaires et d'un hélicoptère occupé par des autorités gouvernementales. On nous informa que cette délégation gouvernementale était venue dialoguer avec la communauté de Jolnixtié-section 1, afin de trouver une solution au conflit qui s’est déclaré à la suite de l’assassinat de Jose Tila López García. La population a répondu à l’assassinat, en bloquant le chemin qui passe au centre de la communauté et en expulsant du village le détachement de 15 agents de Police. La population de Jolnixtié-section 1 réclame justice pour la mort du déplacé José Tila survenue le 21 février quelques heures après que celui-ci ait témoigné devant la CCIODH à Misopá Chinal.

En chemin, d¹autres indienNEs se sont jointEs au groupe, qui comptait à la fin du trajet plus de 150 personnes. C'est probablement à cause de ce cortège impressionnant, qu'il n'y a pas eu de contrôle par les membres de "Paz y Justicia" au cours de ce trajet. Avant d'arriver à Jolnixtié, nous avons fait un arrêt à l¹endroit où José Tila a été assassiné. Puis, après avoir passé le pont des "Siete pasadas", la groupe s'est recueilli un moment en silence devant un petit autel commémoratif formé d'une croix de bois entourée de fleurs autour de laquelle avaient été placées des bougies.

Notre groupe était attendu à Jolnixtié-section 1. Les indienNEs des communautés voisines s'étaient rassembléEs tout le long de la route. Les visiteurs furent accueillis par des applaudissements et des acclamations: "Vive les droits humains!". Le lendemain à la première heure, nous avons commencé à recueillir les témoignages des habitantEs. Le jour s'est passé ensuite entre moments de repos et discussions informelles avec les nombreuses personnes qui s'étaient approchées des visiteurs. A travers toutes les discussions que nous avons eu, nous avons relevé l'inquiétude que ressentent les gens face aux événements survenus à Acteal le 22 décembre. Nos avons remarqué la préoccupation et la crainte qu'un événement de cette gravité ne se produise dans la Zone nord.

Les témoignages relatifs à l'assassinat de José Tila López García, ont commencé à 8 heures du matin le jeudi 5 mars dans le village de Jolnixtié-section 1. La famille du défunt, un interprète membre de la communauté ainsi que plusieurs personnes de la communauté sont venuEs témoigner. C'est la famille de José Tila qui a fait le témoignage. AccompagnéEs de ses enfants, José Torres López, le père de la victime, a narré les événements et la mère, doña Reina Torres García, a rajouté quelques détails.

Voici la déposition telle qu’elle a été faite aux observateurs :

La famille de José Tila est originaire de la communauté de Tzaquil et vit depuis deux ans à Jolnixtié-section 1, comme déplacés, dans des conditions difficiles. José Tila avait 23 ans lorsqu’il a été assassiné. Avant de quitter Tzaquil, il avait déjà été menacé de mort par les dirigeants locaux de "Paz y Justicia": Augusto Torres Martínez, Isabelino Torres Martínez, Cristóbal Gómez Torres et Ernesto Torres García. José Tila était depuis 1996, le représentant légal et délégué de la communauté de Tzaquil. Depuis quelques années il était catéchiste et il s'identifiait comme base d¹appui zapatiste depuis 1993. José Tila était considéré par la communauté comme un "défenseur des pauvres". En 1996, 9 familles dont celle de José Tila furent expulsées de Tzaquil. L’église et leurs maisons ont été brûlées, leurs terres volées.

Le jour du crime, José Tila se dirigeait en compagnie de son père sur le chemin menant à Emiliano Zapata, pour acheter du maïs. En chemin, ils se retrouvèrent face à sept hommes à cheval, qu’ils reconnurent comme des membres de "Paz y Justicia". Toutefois, José Tila et son père continuèrent leur chemin. Les agresseurs, conscients de leur avantage, passèrent à l’attaque. Ils poursuivirent les deux hommes et les ligotèrent comme du bétail. Le père réussit à s'enfuir mais José Tila fut blessé à la poitrine par deux balles de calibre 22. Les agresseurs l’achevèrent ensuite en portant 16 coups de machette, surtout sur la tête, les bras et les mains. Son père pour sa part réussit à s’échapper dans la montagne.

Les habitantEs de la communauté d’Emiliano Zapata annoncèrent la nouvelle à l’Armée fédérale. Le lendemain matin à 8 heures, un groupe de militaires retourna sur les lieux de l’embuscade et trouva, à 40 mètres du pont des "Siete pasadas" le corps de José Tila. Le représentant du ministère des affaires publiques de El Limar se rendit sur place et annonça à la communauté Emiliano Zapata la macabre découverte. Au matin du 22 février, la nouvelle fut transmise à la police qui ne s’était pas déplacée sur les lieux. Ensuite, d’autres témoins sont venuEs parler, le père de la victime, quand à lui terrorisé, resta caché pendant un certain temps.

Le cadavre de José Tila a été retrouvé étendu sur le dos: il lui manquait sa casquette blanche, sa carte d¹identité, sa chemise blanche, son sac à dos ainsi que les 4 500 pesos avec lesquels il devait acheter le maïs. Le corps du défunt fut transporté en camionnette jusqu'à la communauté d’Emiliano Zapata. Le corps fut ensuite transporté par des membres de la communauté jusqu’à Jolnixtié-section 1. Pendant une journée et une nuit entière on veilla son corps qui fut ensuite transporté à Tzaquil, sa communauté d¹origine, dans un cortège funeste composé d¹au moins 150 personnes. C’est à Tzaquil que fut enterré José Tila López García.

Lors de sa déclaration, M. José Torres López a identifié les assassins avec précision: López García, Paulo López Pérez (agent rural), Mateo López Pérez, Plácido López Pérez, Juan José García Pérez et Salomón López Pérez tous résidents de la communauté voisine Libertad Jolnixtié, ainsi que deux des fils du dirigeant local de "Paz y Justicia", Carmelino López et Teo López habitants à Panchúc. Les membres de ce groupe ont été décrits comme des personnes sans scrupules ni croyances religieuses, bandits et voleurs.

Lorsque les observateurs se sont informés de l'état moral de M. José Torres López et de sa famille, celui-ci a avoué que tous les siens étaient atterrés par la perte de leur fils unique. C'est à ce moment que le délégué de la communauté chargé de la traduction chol-espagnol, M. Candelario García García, a pris la parole. Ce dernier a dénoncé devant la commission l’attitude négligente et complice de la police dans cette affaire. La police a allégué n'avoir reçu aucun ordre d’arrestation concernant les présumés assassins, même après avoir entendu à quatre reprises les dénonciations de la délégation de Jolnixtié. Devant le manque réaction de la police, la communauté a donc fait appel à l’Armée qui, de même, a répliqué n’avoir aucun mandat d'arrêt concernant ces individus, ni même les compétences pour agir. La Sécurité Publique a été accusée par les membres de la communauté de complicité dans la fuite des assassins. Grâce aux pressions exercées par ceux-ci, le membre de "Paz y Justicia" habitant Panchúc a été arrêté, toutefois, les six autres assassins ont disparu. La communauté a donc décidé d’expulser du secteur le détachement policier dirigé par le commandant Juan Díaz Gónzalez, et de construire sur la route une barricade permanente, encore en place en date du 7 mars.

On nous a expliqué que depuis ces événements, le sous-procureur de la justice, Eduardo Montoya, est venu à trois reprises, ne proposant aucune solution à leur requête mais exigeant la levée de la barricade. La réponse du gouvernement a été négative, parfois même agressive ce qui fit dire à M. Candelario: "Il n’y a aucun espoir de résoudre ce conflit. Il ne nous reste plus qu’à nous défendre avec les armes que nous possédons: la pierre et le bâton."

Ensuite, les dépositions se sont concentrées sur la situation actuelle de la communauté. Les habitantEs ont attesté que depuis deux années, les groupes paramilitaires de "Paz et Justicia" encerclent leur village, violant leur droit à la libre circulation. Les habitantEs ont également signalé cet "état de siège" s’est ajouté aux problèmes existant dans la communauté du fait des déplacéEs: absence de mesures éducatives, sanitaires et alimentaires. Encore une fois, il a été souligné l’extrême tension dans laquelle vivent actuellement ces gens. Ils ont aussi déclaré qu'ils ne laisseraient plus de nouveaux crimes impunis.

L'entrevue à Jolnixtié-section 1 étant terminée, nous nous sommes rendus l’après-midi vers la communauté voisine de Libertad Jolnixtié pour entendre les témoignages de deux représentants. Ceux-ci, de même qu’une grande partie de la population ont été expulsés avant de pouvoir réintégrer leurs terres d'origine, sans pouvoir sauver leurs récoltes ou récupérer leurs biens. Ces témoins ont aussi dénoncé à notre délégation l'absence de services publics, punition imposée par le gouvernement pour leur soutient au mouvement zapatiste. On y trouve 110 familles membres des bases d'appui zapatistes, contre 30 familles impliquées dans le groupe "Paz y Justicia". Les quelques 500 habitantEs pro-zapatistes ne disposent plus de services religieux, ni éducatifs, ni sanitaires. L’église a été pillée lors de leur expulsion, les installations scolaires sont très limitées et une autorisation du gouvernement est attendue pour que des professeurs se réinstallent de façon stable.

La stratégie contre-insurrectionnelle menée par gouvernement figure dans la liste des plaintes. Un campement militaire à été établi de force au centre du village. A cela vient s’ajouter le favoritisme envers les familles membres de "Paz y Justicia" auxquelles le gouvernement a décerné un projet d'élevage d’agneaux nommé SEDESOL. Devançant le projet, les paysanNEs zapatistes avaient offert 5 hectares de terres communales et non cultivées afin que le projet d’élevage s'installe à l’extérieur de la zone habitée. Mais cette proposition a été refusée, et le projet fut développé tel qu'ont pu le constater les observateurs, au centre même de la communauté. Ces derniers aussi ont pu constater qu'à l'intérieur de l’aire réservée au projet (délimitée par des fils de fer barbelés) se trouvaient des parcelles habitées, des bâtiments. La présence de ces barbelés oblige maintenant les gens à faire un détour pour se rendre à certains lieux communautaires. La "clinique" et l’école, sont fréquentées uniquement par des enfants de familles membres du groupe "Paz y Justicia". Lors de notre visite à Libertad Jolnixtié, nous avons pu vérifier l’extrème tension que vit la population. Le silence était complet à l'exception du bruit des animaux d’élevage et des soldats jouant au ballon.

Le retour à Jolnixtié-section 1 eut lieu en fin de journée. Des déléguéEs et habitantEs du village nous attendaient et nous avons pu discuter de leurs diverses préoccupations. On parla des problèmes politiques que vivent les familles membres des bases d’appui zapatistes, de la crainte que ne se produise un massacre comme celui d’Acteal dans cette zone, des tentatives gouvernementales de monter les Indiens chols les uns contre les autres et du rôle joué par les professeurEs dans le fonctionnement de "Paz y Justicia". On nous raconta aussi que deux années auparavant, le maître d¹école avait été assassiné pour avoir refusé de se joindre au groupe "Paz y Justicia". Les gens du village considèrent que ce crime a été commis dans le but d¹effrayer tout éducateur ou éducatrice qui oserait défier les consignes des militantEs príistes.

À la question posée par la Commission si les gens de Jolnixtié-section 1 voyaient la nécessité d¹implanter dans la zone un "Campement civil pour la paix", ils ont répondu que ça serait "très souhaitable pour le village". Ils ont ajouté que l¹endroit le plus approprié serait Jolnixtié-section 1, puisque ce secteur se trouve au centre de la zone de conflit. Les membres de la Commission leur ont donc fait savoir qu’ils en informeraient le Réseau de solidarité européen et les organismes concernés, mais sans rien garantir. Nous leur avons expliqué qu’il était effectivement difficile d’ouvrir des campements pour la paix stables puisque le fonctionnement de ceux existants était encore précaire.

Une personne est venue en fin de journée faire le témoignage suivant :

Encarnación Pérez Pérez a déclaré que son cousin et d’autres membres de sa famille avaient été injustement accusés d¹appropriation de terres et emprisonnés dans un établissement de l’Etat de Jalisco. Ses proches sont détenus depuis deux ans dans des conditions inhumaines. Ils sont menacés de mort, battus et on refuse de les nourrir et de leur fournir les soins les plus élémentaires. Ils sont encore dans l¹attente d¹un jugement et d’une sentence, c’est pourquoi elle demande le transfert de ces prisonniers à la prison de Cerro Hueco à Tuxtla Gutiérrez.

Nous fournissons en annexe les dénonciations recueillies durant notre séjour où sont expliquées plus en détail ces détentions. Nous annexons aussi la pétition écrite adressée au gouverneur du Tabasco, réclamant le transfert des prisonniers et la révision de leur dossier.

En fin de journée, des déléguéEs du village ont remis à la Commission une demande manuscrite, nous demandant de la faire parvenir au sous-procureur de la justice de l’état du Chiapas. Cette lettre est une invitation à une rencontre à Jolnixtié-section 1, le 7 mars, afin de discuter le retrait de la barricade qui a été installée sur la route. Les gens du village semblaient prêts à accomplir ce geste en échange de certaines garanties de la part des représentants de l’autorité.

La Commission a quitté la communauté le 6 mars au matin en direction de Misopa-Chinal où les habitantEs sont venuEs nous saluer et nous remercier

4 - Visites dans la région de la frontière

4.1. Visite de la communauté de Santa Martha dans le Municipe autonome Terre et Liberté‚ 23 -2-1998 (Rapport non communiqué à ce jour) 4.1.1. Entretien avec les autorités municipales (Rapport non communiqué à ce jour)

4.1.2. Entretien avec le promoteur de santé
 
 

Les principales maladies dont souffre la communauté sont des infections des voies respiratoires, des otites et des parasitoses. Les causes en sont les pluies abondantes entre juin et décembre, l'humidité importante et le froid. De plus, les maisons sont construites en palme et en terre, et les cuisines ne sont pas séparées des autres pièces, ce qui provoque des problèmes pulmonaires, à cause de la fumée. L’absence d’eau potable constitue un autre problème.

Le gouvernement n’ayant pas répondu à la demande de la communauté concernant la création d’un centre de santé, celle-ci a dû organiser son propre centre de santé. Ne disposant plus de médicaments depuis trois ans, la communauté utilise des traitements à base de plantes médicinales. Pour pallier l'absence des médecins, la communauté a mis sur pied un système de "promoteurs de santé ", qui se chargent des premiers secours. Les cas graves sont conduits à l'hôpital de Comitan. Etant donné que la communauté ne dispose pas de véhicule, elle est obligée de s’en procurer dans les autres communautés. Grâce à l'aide d'organisations non gouvernementales, la communauté dispose de sages-femmes formées. Par ailleurs, depuis 1997, les hommes et les femmes de la communauté reçoivent des formations sur la planification familiale. Les femmes ont souvent entre six et sept enfants et n’utilisent aucune planification familiale, bien que le nombre d'enfants ait diminué ces derniers temps.

Un suivi de la santé des enfants est réalisé tous les deux mois, ce qui a permis de réduire de 4% le taux de malnutrition infantile. Le promoteur a souligné que la mortalité infantile avait aussi diminué depuis 1993, lorsqu'ils ont commencé à appliquer des vaccins. En matière de prévention, des causeries sont organisées. On y recommande de faire bouillir l'eau de pluie (qui est récupérée et transportée au moyen de canaux vers des dépôts).

En ce qui concerne la Croix Rouge, le promoteur a déclaré qu’elle ne venait dans les communautés que lorsqu'on n'avait pas trouvé de véhicule pour transporter un malade grave. La communauté ne reçoit aucun médicament de la part de cet organisme.

Il a déclaré aussi qu’au barrage militaire qui se trouve dans les environs de la communauté depuis le 31 décembre 1997, ils étaient soumis à de longues fouilles, de jour comme de nuit, ce qui retardait l'évacuation des patients. "Ils demandent où on va et ce que l'on fait, en nous assomant de questions alors que le malade souffre dans le véhicule."

Revendications dans le secteur de la santé :

Un bon service médical, un habitat digne, de l'eau potable, le respect de la dignité de l'être humain et un véhicule pour le transport des malades dont l'état est grave.

4.1.3. Entretien avec les femmes de la communauté Les femmes déclarent travailler de manière collective dans des coopératives de traitement des grains, de fermes de volaille et dans les champs. Elles ont choisi de ne pas dépendre des programmes lancés par les institutions gouvernementales, mais plutôt de s’unir afin de constituer un fonds commun pour l'achat de semences de maïs et de haricots. De plus, elles tiennent des réunions dans lesquelles elles analysent leurs nécessités. C’est elles qui sont à l'origine de la réglementation interdisant la consommation d'alcool. Dès 1994, elles ont décidé de mettre fin au problème de l'alcoolisme des hommes, qui entraînait des mauvais traitements envers elles. Les femmes ont souligné que l'EZLN avait également lutté pour arrêter ce type de comportement.

Elles affirment aussi que leurs compagnons ont accepté la nouvelle situation, qui a donné à chacun une place et qui a permis aux hommes et aux femmes de choisir leurs propres représentants. Elles peuvent même accéder à des postes au sein de la communauté, si elles respectent le principe du "commander en obéissant" qui règne dans les communautés zapatistes. Le fait de pouvoir assumer de nouvelles responsabilités a contribué à une valorisation des femmes par elles-mêmes et à ce qu'elles perdent la peur de parler. Elles considèrent qu'il est important de transmettre cette expérience aux jeunes femmes.

En ce qui concerne leurs droits reproductifs, elles affirment savoir ce qu'il en coûte d'avoir un enfant : c'est pour cela qu'elles refusent de continuer dans la situation d'exploitation que suppose le fait d'avoir beaucoup d'enfants. "Maintenant que nous connaissons nos droits " disent-elles " il nous appartient de décider du nombre d'enfants que nous aurons, et non nos maris, car nous sommes des mères fatiguées de voir mourir nos enfants par manque de ressources et à cause de tant de souffrances".

Elles ont manifesté que la présence de l'armée dans les environs les empêchait de se rendre à leur labeur quotidien. Elles ont peur d'être violées par les soldats, qui font aussi peur à leurs enfants. Leur préoccupation majeure est que les militaires polluent les eaux avec leurs véhicules. Dans le fait que des militaires soient envoyés pour faire irruption dans leurs maisons, leur demander à quelle religion elles adhèrent, les fouiller et les humilier lorsqu'elles se déplacent, elles voient la preuve du fait que le gouvernement ne veut pas les respecter. C'est pour cela qu'elles se prononcent pour le retrait des forces militaires. Finalement, les femmes ont dénoncé le fait que les soldats utilisaient de la marihuana pour les accuser de possession et de culture de drogue. La Commission a pu observer qu’à l'entrée de différentes communautés, il y a des panneaux interdisant la culture et l'utilisation de drogues sous peine d'expulsion.
 
 

4.2. ENTRETIEN AVEC UNE COMMUNAUTE DEPLACEE, REALISE A RIO JORDAN, MUNICIPE AUTONOME DE TERRE ET LIBERTE, 23 FEVRIER 1998. Antécédents :

La communauté de "Maravillas de Tenejapa" comptait 500 habitantEs. Elle a été constituée voici 25 ans, dans le cadre de la politique de " colonisation " de la forêt lancée par le gouvernement de l’époque. Il s'agit d'une communauté Tzeltal. Depuis un certain temps, sont apparues des différences entre les personnes appartenant à des organisations institutionnelles et celles qui ont choisi d'autres options politiques. La production de café (principale source de revenus) est canalisée par l'Union de Ejidos. Lorsqu'un groupe s'est détaché de l’Union de Ejidos et a tenté de former une organisation indépendante, cela a provoqué un conflit au sein de la communauté. Les membres de l'Union de Ejidos, jouissant du soutien des autorités municipales, ont commencé à faire pression sur les autres afin qu'ils renoncent à s'organiser de manière autonome.

Faits dénoncés :

En 1994, suite au soulèvement zapatiste, le conflit prend une autre dimension. En septembre, 350 personnes partent avec tous leurs biens vers Comitan, suite aux rumeurs d'une intervention militaire importante dans le secteur. Les autres (environ 150 personnes) décident de rester sur place. Cette décision sera utilisée comme argument pour les accuser de sympathiser avec les zapatistes.

Le 9 février 1995, débute une offensive généralisée de l'armée dans tout l'Etat du Chiapas. A Maravillas de Tenejapa, les soldats (au nombre de 5 000) sont en possession de listes de personnes accusées d'insurrection. Incapables de les identifier, ils sont obligés d'attendre le retour de la population partie pour Comitan.

Le 18 février, Emilio Mendez Gomez, enseignant et activiste à SOCAMA (Syndicat " Solidarité paysanne-enseignante ", proche du PRI), identifie les maisons de 18 personnes incriminées par les listes. 14 parmi elles seront menottées et emmenées en prison. L'arrestation a été menée par les agents de sécurité‚ municipaux, sous les ordres de l'armée. Les détenus ont été battus, torturés, humiliés et laissés sans nourriture pendant 3 jours. C'est grâce à la fuite de certains parents des prisonniers vers la communauté voisine de Monteflor, que des organisations de défense des droits de l'homme sont averties des événements. Ce n'est que vers la fin février, à la suite d’une visite de membres de la COCOPA (Herberto Castillo) et de la CONAI, venus en hélicoptère, que les détenus ont été libérés.

De retour chez eux, ceux-ci constatent que leurs maisons ont été saccagées. Ils sont même obligés par les diffamateurs à prendre leurs affaires et à les déposer à l'église –où celles-ci ont été ensuite vendues. Face à cette situation, les victimes n'ont d'autre choix que de quitter leurs foyers détruits. Commence alors une errance qui durera pratiquement une année. Dans certains endroits, les déplacéEs doivent faire face à la méfiance des autres habitantEs indienNEs. Grâce à l'aide d'un prêtre de Tapachula, membre de la Pastorale de la terre, ils obtiennent finalement un crédit (140 .000 pesos à rembourser en trois ans.

Situation actuelle :

La Commission a rencontré 10 des familles affectées, là où elles sont actuellement installées, dans un lieu appelé Rio Jordan. Elle a pu constater la précarité de leurs conditions de vie: maisons inachevées, absence d'installations sanitaires, d'électricité, d'eau potable, de poste de santé et d'école (les familles attendaient l'arrivée d'un maître d'école).

Ces personnes ont dû faire face de nombreux problèmes : lors du saccage de leur maison, elles ont perdu leurs papiers d'identité, leurs certificats de droits agraires, leurs actes de naissance -ce qui, dans cette zone hautement militarisée, rend la liberté de mouvement problématique. De plus, cela empêche tout démarche de réclamation des terres et des biens. D'autre part, ces familles ont reçu des informations d'après lesquelles leurs maisons auraient été détruites par ceux-là même qui les ont forcés à partir. Les habitants actuels des Maravillas font courir des rumeurs selon lesquelles il existe des ordre d'appréhension contre les familles déplacées.

Demandes formulées à la Commission :

Les familles affectées expriment leur désir de retourner sur leurs terres d'origine, puisqu'il s'agit de leur seul héritage, tout en demandant que justice soit faite par rapport à ceux qu'ils estiment les avoir dépouillés.

Documents :

Un procès-verbal concernant l'épisode de l'arrestation des 18 personnes a été dressé par la Commission des Droits de l'Homme Fray Bartolomé de Las Casas (annexe 1). En ce qui concerne la liste des agresseurs fournie par les victimes (annexe 2), ces dernières signalent que certains ont déjà des antécédents judiciaires.

Annexe 1 : Liste des détenus :

Alonso Mendez Jimenez/ Diego Mendez Gomez/ Alonso Mendez Guzman/ Antonio Guzman Hernandez/ Antonio Zantiz Luna/ Pedro Guzman Lopez/ Juan Perez Jimenez/ Alonso Perez Jimenez/ Juan Guzman Lopez/ Alonso Perez Lopez/ Sebastian Perez Intzin/ Antonio Perez Jimenez/ Mateo Ramirez Zantiz/ Petrona Guzman Lopez/ Lucia Gomez Hernandez/ Maria Lopez Guzman/ Antonia Guzman Lopez.
 
 
 
 
 
 

Annexe 2 : Liste des agresseurs :

Emilio Mendez Gomez, maître d’école/ Pedro Intzin Ramirez/ Sebastian Zanitz Guzman/ Pedro Zantiz Gomez/ Miguel Intzin Ramirez/ Agustin Intzin Gomez/ Juan Zanitz Gomez/ Sebastian Lopez Lopez/ Antonio Guzman Lopez/ Juan Guzman Lopez/ Antonio Zantiz Gomez/ Pedro Intzin Gomez/ Alonso Intzin Gomez/ Juan Lopez Intzin/ Alfredo Lopez Guzman/ Alonso Jimenez Gomez/ Agustin Lopez Mendez/ Agustin Lopez Lopez.

5. VISITE DE LA MUNICIPALITE DE SAN QUITIN

5.1 ANTECEDENTS San Quintin mérite une attention particulière. Situé à l'extrémité d’une des routes qui pénètrent la Forêt Lacandone, il s’agit d’une municipalité où prédomine le PRI. Cette communauté jouit d’infrastructures privilégiées par rapport aux autres communautés priistes, car elle est géographiquement la plus proche de l’Aguascalientes de La Realidad. Les deux communautés sont séparées par le fleuve Euseba, lequel empêchait jusqu’à présent tout accès à la zone.

Aujourd’hui, un important campement militaire s’est installé à San Quintin et un grand pont a été construit sur le fleuve, ce qui permet le transport de n’importe quel type d’effectifs militaires vers La Realidad. L’encerclement militaire de la Forêt est ainsi achevé.

5.2. ENTRETIEN AVEC LE COMMISSAIRE DE L’EJIDO (MAIRE), CARLOS GOMEZ VELASQUEZ, MUNICIPALITE DE SAN QUINTIN, 20 FEVRIER 1998 Le Maire affirme que son Ejido soutient le gouvernement : leurs demandes sont donc bien accueillies par le gouvernement. La communauté reçoit un soutien économique à travers divers infrastructures et services municipaux, notamment dans le secteur de l’éducation. Les besoins de l’enseignement primaire et secondaire sont comblés, les 300 enfants en âge scolaire étant pris en charge par 15 maîtres d’école. La communauté dispose aussi de soins médicaux, et l’armée met à sa disposition un hélicoptère en cas d’urgence. Tous les mois, la communauté reçoit gratuitement les vaccins et les médicaments dont elle ont besoin.

Interrogé au sujet de la propriété des terres sur lesquelles s’est installé le campement militaire depuis 1994, le maire reconnaît qu’elles appartiennent à la communauté, mais qu’il ignore si l’armée paye un loyer ou des indemnisations en échange. Il affirme aussi ne pas être au courant de l’existence d’une demande en bonne et due forme d’occupation de ces terres par les militaires. Le maire remarque que le fait que les militaires filment la population et les gens de passage depuis leur campement constitue une pratique courante. Il affirme ne pas connaître le nombre de soldats présents dans le campement.

En ce qui concerne les autres services publics, on remarque l’amélioration des voies d’accès, un service de canalisations complet, une antenne de télévision et la présence d’électricité dans toute la municipalité. L’importance du pont construit récemment au-dessus du fleuve est frappante. Contrairement aux ponts habituellement construits dans la zone, ce pont particulièrement large et solide permet le passage d’armement lourd. Depuis la construction de ce pont, le temps de trajet vers les communautés voisines a été remarquablement réduit.

Le maire reconnaît qu’il existe des Ejidos et des municipalités qui ne reçoivent pas le soutien du gouvernement, mais il affirme ignorer l’existence de conflits dans les Ejidos voisins, puisque sa communauté n’entretient pas de relations avec les autres communautés. Par ailleurs, il signale que le gouvernement fédéral est en train de négocier quatre projets de développement dans la zone.

En ce qui concerne les étrangers, il affirme que le règlement de l’Ejido leur interdit de participer à la vie communautaire, cependant, il remercie la Commission de sa visite.

5.3. INCIDENTS LORS DE LA VISITE A SAN QUINTIN

Au cours du trajet vers cette localité, la Commission a constaté la présence de quatre campements militaires. Dans l’un d’eux, la Commission a été soumise à un contrôle migratoire. A leur arrivée, les membres de la Commission ont tenté par deux fois, sans succès, d’obtenir un entretien avec les commandants du campement militaire situé dans la municipalité. Un officier a informé la Commission que l’absence du commandant rendait impossible un entretien, et qu’il n’existait pas d’autre responsable autorisé à nous fournir de l’information. Pendant que la Commission se trouvait dans le campement militaire, elle a été filmée par plusieurs sentinelles, sous prétexte de motifs de sécurité publique.

6. ENTRETIEN REALISE LORS DE LA VISITE DE LA PRISON DE CERRO HUECO, A TUXTLA GUTIERREZ

Le 21 février 1998, huit membres de la Commission (José Luis Humanes, Luis Nieto Pereira, Paloma Martin Torpedo, Yves Bonnardel, Montserrat Ramirez et deux membres de l’équipe de vidéo) ont visité la prison de Cerro Hueco en compagnie de Javier Elorriaga (ex-prisonnier à Cerro Hueco) et de Miguel Angel de los Santos (avocat).

La délégation a été reçue par le directeur du CERESO (Centre de Prévention et de réadaptation sociale), M. D. Eduardo Coutiño Arrazola, qui a expliqué la situation de cette prison, en fournissant les données suivantes :

  • Cerro Hueco présente une capacité maximum de 350 internes et sa population actuelle est de 923 détenus
  • Les besoins de base des détenus (eau, toilettes, téléphone, ateliers, traducteurs professionnels en langues indiennes, médicaments, etc.) ne sont pas satisfaits.
M. Coutiño affirme aussi que l’ambiance dans cette prison est relativement calme et qu’on n’y rencontre pas de conflits ou de problèmes graves.

Répondant à la question sur la présence de personnes détenues illégalement, il répond qu’il l’ignore car ses compétences s’arrêtent à la gestion de la prison et qu’il n’a aucun pouvoir sur les affaires légales ou juridiques. La Commission lui ayant ensuite demandé s’il y avait des prisonniers politiques dans la prison, M. Coutiño répond que c’est difficile à dire, car les détenus ne sont pas interrogés sur leurs idées. Il a cependant estimé qu’il y avait une trentaine de prisonniers politiques.

Ensuite, la Commission a visité les installations de la prison, ainsi que l’infirmerie, le bureau d’aide psychologique et le bureau d’aide judiciaire - constatant la précarité et le manque de ressources de ces installations. Elle a aussi visité la Cellule d’Observation et de Classification, ainsi que des cellules communes et des toilettes.

A leur sortie, plusieurs prisonniers Indiens attendaient la Commission pour faire connaître leur condition de prisonniers politiques. Ils ont expliqué que la raison de leur emprisonnement résidait dans leur appartenance à diverses organisations politiques, dont le PRD, même si les charges officiellement retenues contre eux étaient des délits communs - qui d’après eux leur avaient été imputés injustement. Parmi ces délits ont été cités l’homicide, la fraude, le viol, etc. Ces prisonniers ont remis des rapports écrits à la Commission, en affirmant que 80% des détenus de Cerro Hueco étaient innocents des délits qui leurs étaient imputés.

La Commission a tenu une réunion avec 32 personnes du collectif " La Voz de Cerro " (organisation des prisonniers politiques), personnes qui affirment être des sympathisants ou des bases d’appui de l’EZLN et qui ont affirmé être détenues pour des raisons strictement politiques. Les membres de ce collectif ont assuré que les allégations gouvernementales selon lesquelles 300 détenus, bases d’appui de l’EZLN auraient été libérés, ne sont pas exactes. Parmi les personnes libérées, ils n’ont reconnu que 6 de leurs compagnons.

Une dizaine de ces détenus ont exposé leurs cas particuliers et transmis aux membres de la Commission des dénonciations au sujet de leurs arrestations respectives ; celles-ci ont été réalisées par des membres du PRI, des paramilitaires du groupe " Paz y Justicia " (" Paix et justice ") ou des agents de la Sécurité Publique. Deux d’entre eux, par exemple, ont témoigné avoir été injustement accusés par des policiers judiciaires de se trouver en possession d’armes à feu. Ces deux personnes ont affirmé avoir été battues, torturées et condamnées finalement à trois et six ans d’enfermement, respectivement.

La Commission a aussi entendu le témoignage d’une personne qui avait été agent municipal de sa municipalité (rebelle). Or, suite à un procès contre une autre personne (effectué selon les lois indiennes, comme il est d’usage dans les municipalités rebelles), la communauté toute entière a été accusée de séquestration par les autorités policières, puis condamnée. En tant qu’agent de cette communauté, cette personne est emprisonnée depuis le 16 octobre 1997.

Une autre personne accusée d’homicide (injustement selon elle) a affirmé avoir été détenue conjointement par la Sécurité Publique et des membres de " Paz y Justicia " et condamnée à 15 ans de prison, sans que les accusateurs se soient présentés lors du procès.

Toutes les personnes interrogées ont assuré être issues de populations déplacées depuis le début du conflit chiapanèque. Elles affirment avoir accompli plusieurs années de détention et ne pas avoir pu recevoir de visite de leurs familles à cause de la distance et du manque de ressources économiques. Elles ont affirmé que leur familles rencontraient des difficultés de survie accrues, dans la mesure où elles étaient privées des revenus que les détenus leur pourvoyaient normalement. Pour les détenus, le manque de ressources signifie aussi un problème quotidien : ils ne peuvent pas acheter les couvertures, les matelas ou les médicaments dont ils ont besoin, et qui ne sont pas fournis dans la prison.

Après cet entretien, la délégation avait rendez-vous avec le Sous-secrétaire du gouvernement, qui a affirmé qu’une des principales préoccupations du gouvernement de Roberto Albores Guillén était l’amélioration des prisons. Il en prenait pour preuve la présence même de la Commission dans la prison.

La Commission n’a pas pu visiter la cellule de punition appelée "Cellule Noire ", dont l’existence lui a été signalée par plusieurs détenus. Les autorités de la prison ont affirmé que celle-ci n’était plus utilisée depuis longtemps.

Finalement, le Sous-secrétaire du gouvernement de l’Etat s’est excusé car il devait s’occuper de la libération de cinq détenus, dont des prisonniers de droit commun et des membres du collectif La Voz de Cerro Hueco. Cette libération a eu lieu devant les yeux des membres de la Commission.

Cette curieuse coïncidence a amené certains journalistes à penser que cette libération était due à une demande formulée par la Commission. Or il n’en était rien, et la Commission a confirmé à la presse qu’elle était la première surprise.