-
VISITES
À LA ZONE NORD
3.1.
COMMUNAUTÉ DE MISOPA-CHINAL
Entrevue avec le maire de la communauté de Misopa-Chinal
et les représentants de plusieurs communautés de la municipalité
de Tila.
Situation dans la région :
Actuellement la Zone nord est la région la plus
conflictuelle et la plus violente du Chiapas. Jusqu'à présent
on a dénoncé 60 assassinats, tous attribués au groupe
paramilitaire "Paz y Justicia". Les personnes que la Commission a rencontrées
démentent la nouvelle de la libération de 300 prisonniers
appartenant aux bases d'appui de l'EZLN. Selon ces personnes il s'agirait
de prisonniers de droit commun et de personnes appartenant au groupe paramilitaire
"Los Chinchulines". Selon les témoignages, dans les communautés
divisées par le conflit, les enfants des familles qui ne sont pas
affiliées au parti officiel ne peuvent pas aller à l'école.
Il faut mentionner que règne dans les communautés un sentiment
d’isolement, de panique et de terreur.
Le maire a révélé à la
Commission que sa communauté a été expulsée
de ses terres sur ordre d'un propriétaire terrien extrêmement
riche qui vient du Tabasco. Celui-ci maintien avoir acheté les dites
terres au gouvernement. Le témoin affirme que ça fait 2 ans
que les gens ne cultivent plus les terres parce qu'on pourrait les emprisonner
pour cela. Il s'agit des meilleures terres de la commune (l’ejido) et son
propriétaire actuel Ramón Gil les maintient dans un état
d'improductivité. La communauté essaie de faire valoir ses
droits communaux sur ces terres, mais le gouvernement ne reconnaît
pas leurs droits, alors ils et elles sont obligéEs de travailler
sur d'autres terres de la commune (ejido) qui sont insuffisantes pour assurer
la survie de la population.
Le maire explique que les gens de la communauté
ont quand même planté du maïs sur une partie du terrain
qui appartient à Ramón Gil, et que maintenant qu'ils veulent
procéder à la récolte, on leur dit que la terre n'est
pas à eux et que s'ils font la récolte, ils iront en prison
parce que le terrain, et donc les cultures qui sont dessus, appartiennent
légalement à quelqu'un d’autre. Le témoin affirme
aussi que le principal problème au Chiapas, c'est que les indigènes
n'ont pas accès à la terre, qu'on les dépossède
de leurs terres pour les vendre à des grands propriétaires.
Le maire dit que la Sécurité publique
(police) est de connivence avec les membres de "Paz y Justicia" ; qu'on
les prend en photo sans arrêt ; qu’on leur pose toutes sortes de
questions ; qu'il vit dans la peur parce que le fait d'être maire
de la commune (ejido) et d'être sympathisant de l'EZLN sont des prétextes
suffisants pour être accusé et emprisonné. Il nous
dit aussi que dans son "ejido" il y a environ 25 membres de "Paz y Justicia",
que les membres de ce groupe ne représentent pas plus de 10% de
la population de toute la Zone Nord et que le reste sont des sympathisantEs
de l'EZLN. Ces dernierEs sont constamment attaquéEs et même
expulséEs de leurs communautés; ce qui implique la perte
de tous leurs biens.
Le maire dénonce aussi le fait que les médecins
ne vont plus dans les communautés zapatistes à cause des
menaces de "Paz y Justicia". La communauté n'a pas accès
à des médicaments et de nombreuses personnes meurent, faute
de soins.
Il dit que les gens de sa communauté ne peuvent
par circuler librement à cause des nombreux postes de contrôle
militaires, qu'ils ont très peur parce qu'en plus, il y a des membres
de "Paz y Justicia" dans ces postes qui les "signalent" comme présumés
coupables de vols et d'enlèvements. Selon le maire, il y a dans
la Zone Nord quelques 1 500 mandats d'arrestation émis contre des
personnes accusées de trafic de drogue ou d'armes et que c'est ainsi
que les militaires justifient la présence des postes de contrôle.
3.1.1.
ENTREVUE AVEC UN EX-PRISONNIER, RÉALISÉE DANS LA COMMUNAUTÉ
DE MISOPA-CHINAL.
L'ex-prisonnier raconte que 15 hommes armés et
3 hélicoptères sont arrivés un jour chez lui et l'ont
emmené à Tuxtla, où il a été transféré
à la prison de Cerro Hueco. Il dit que 8 autres personnes ont été
arrêtées avec lui, sans jamais connaître le motif de
leur détention, et sans être informées de leurs droits.
Il dit qu'ils ont finalement été libérés après
avoir payé une caution de 3 655 pesos par personne et qu'on les
accuse d'avoir séquestré un membre de "Paz y Justicia".
Il précise que 23 personnes de sa communauté
sont sous mandat d'arrêt, d'après des dénonciations
de membres de "Paz y Justicia". Il dit aussi que pour effectuer une arrestation,
il suffit qu'une personne soit dénoncée par un membre de
ce groupe. Il n'y a, à Cerro Hueco, aucun membre de "Paz y Justicia"
bien qu’il existe de nombreuses accusations envers eux. Les seuls qui aient
été emprisonnés sont des responsables du massacre
d'Acteal, parce que c'est un événement qui a fait beaucoup
de bruit.
Il explique qu'il y a beaucoup de cas de désertion
parmi les membres de "Paz y Justicia"; parce qu'ils ne veulent plus continuer
à utiliser la violence, mais le groupe les menace et va même
jusqu'à les assassiner, et ensuite on accuse les zapatistes du meurtre.
Il mentionne les noms de membres de "Paz y Justicia"
accusés du saccage d'"haciendas" et d’avoir décimé
des troupeaux, en plus d'être régulièrement aperçus
armés dans les postes de contrôles militaires:
Abel Díaz Arcos, Luciano Gutiérrez Díaz,
Rómulo Gutiérrez Díaz, Eladio Díaz Pérez,
Cándido Díaz Arcos, Pulinario Díaz Arcos, Aurelio
Gutiérrez Díaz, Peñito Gutiérrez Díaz,
Marcelino Gutiérrez Díaz, Fidel Martínez López,
Domingo Gutiérrez Díaz, tous de la communauté de Carmen
*Primera.
3.1.2
ENTREVUES AVEC DES PERSONNES "DÉPLACÉES", COMMUNAUTÉ
DE MISOPA-CHINAL
Réalisées le 19 février au terminus
municipal de tila,
Entrevue n°1.
Domingo Ramírez López affirme que le
1er août 1997, sa famille -sa femme Magdalena López Martinez,
leurs 5 enfants, son beau-père, sa belle-soeur Guadalupe López
Martinez et ses 2 enfants- ont dû s'enfuir de la communauté
après avoir été attaqués par plusieurs membres
du groupe "Paz y Justicia", provenant des communautés de El Crucero
et Nuevo Limar. Les agresseurs -nommés ci-dessous- étaient
sous les ordres du dirigeant Antonio López Vásquez: Julio
López Vásquez, Mateo Ramírez López et Antonio
Ramírez López. Ces personnes ont violé les femmes
-Magdalena et Guadalupe- en présence de leurs enfants.
Après l'agression, les membres de sa famille
se sont enfuiEs et réfugiéEs dans la communauté de
Misopa-Chinal, municipalité de Tila, abandonnant tous leurs biens:
champs de maïs, plantations de café et volaille.
Les personnes qui les ont attaquéEs portaient
des armes de haut calibre, reçues du maire de El Crucero. De plus,
la famille a été témoin du meurtre "à la machette"
du "Señor" Mateo Arcos Guzmán.
Guadalupe López Martinez déclare que
depuis ces événements, elles souffrent de migraines, d’hémorragies
; elles vomissent et sont tristes. Durant cette déclaration Guadalupe
López Martínez est alitée, victime d’une fièvre
intense, produit d'une infection post-partum.
Ils et elles se plaignent de ne pas recevoir d'aide
médicale ou sanitaire et de ne pas pouvoir aller se faire soigner
parce que la communauté entière est assiégée.
Actuellement, les déplacéEs vivent dans
une petite cabane en bois -bâtons- recouverte de feuilles de palme,
survivant à l'aide des maigres dons de la communauté.
Magdalena López Martínez souffre de dérèglements
menstruels importants et d'hémorragies qui lui ont causé
une grave anémie. Elle est dans un état de faiblesse extrême.
La situation de la famille est si critique que ses
membres sont prêtEs à retourner à leur lieu d'origine
-où leur vie est en danger- dans l'espoir de retrouver leurs biens
et leur maison avec un toit de tôle.
Ces personnes mentionnent qu'elles n'ont jamais eu
de problème dans leur communauté et que leur seule "faute"
est de se considérer comme bases d'appui zapatistes.
Ces personnes demandent à la Commission de publier
ces faits, exigent que les autorités fassent une enquête et
que leurs terres et leurs biens leurs soient rendus.
Entrevue n°2
"Ça fait 7 mois qu'on est déplacéEs,
nous voulons retourner dans nos communautés mais on ne peut pas,
on ne sait pas comment. Nous n'avons pas de quoi nous alimenter, ça
fait des mois qu'on n'a pas assez à manger. Nous vous faisons confiance
pour que vous fassiez connaître notre situation, nous n'avons pas
les moyens de le faire nous-même.
Dans notre communauté d'origine il y a actuellement
un campement de la Sécurité publique à 30 minutes
de marche. C'est une escouade de la Sécurité publique qui
est arrivée de Tuxtla Gutiérrez.
La Sécurité publique n'est pas en notre
faveur, ils font eux-même partie de "Paz y Justicia". Même
si on peut leur parler, ils ne nous aident pas. Ceux de "Paz y Justicia"
peuvent nous faire ce qu'ils veulent parce nous n'avons pas de quoi nous
défendre. Nous n’allons pas discuter avec les autorités parce
que ça ne mène a rien, on ne nous respecte pas.
Nous faisons partie d'une organisation, oui, nous avons
des droits. Je suis mexicain et j'ai le droit d'exiger qu'on respecte mes
droits. Mais nous sommes ici, toutE seulEs. Les membres de "Paz y Justicia"
nous menacent.
Personne dans ma communauté n'a été
emprisonné, parce que nous nous sommes cachéEs durant 3 jours
dans la montagne. Je crois que si on était restéEs, ils nous
auraient emmenÉes en prison. On est partiEs avec seulement un vêtement
de rechange. Tout le monde s'est sauvé dans la montagne, sans rien
à manger, seulement de l'eau à boire, les pauvres.
Moi aussi je suis parti et j'ai dormi dans la montagne,
attaqué par les mouches. Vers 11 heures du soir, j'ai envoyé
chercher ma famille. Je ne suis pas sorti. D'autres ont fui en marchant
jusqu'à Salto de Agua. J'ai dit à ma famille de se sauver,
mais ceux de "Paz y Justicia" ne leur en ont pas laissé la chance.
Ils ont bloqué le chemin, ceux de "Paz y Justicia" étaient
armés, ils ne nous ont pas laissé partir...Le jour suivant
les hélicoptères volaient au dessus de nous.
Immédiatement je suis descendu à la communauté
et alors je suis parti. Ceci est ma parole."
Suite aux questions des membres de la Commission, cet
homme a répondu qu'ils et elles avaient marché pendant 8
jours, sans nourriture, jusqu'à Salto de Agua "où il y a
des compagnons" qui leur ont offert un refuge. Il affirme aussi que son
père a eu peur des soldats et qu'il est resté dans l'ancienne
communauté. "On dit qu'il y est toujours." Il déclare que
les membres de "Paz y Justicia" ont gardé sa récolte de maïs
et de haricots.
Entrevue n°3
"On ne s'organise pas pour s’entre-tuer. On s'organise
pour travailler. Ceux de "Paz y Justicia" sont arrivés d'autres
communautés. À Cruz Palenque ils sont arrivés vers
5 heures du matin et, armés, ont encerclé la communauté.
C'est alors qu'ils ont commencé à tirer en l’air, sur les
maisons et que nous nous sommes enfui avec tous nos enfants et notre famille.
Ça c'était le premier août. Ça s'est passé
ainsi. Ils ont tiré sur des gens qui s'enfuyaient. Ils ont tué
un homme qui s'appelle Nicolás Maya Gutiérrez, âgé
de 50 ans. Ils l'ont tiré.
Ils ont tué un jeune de 13 ans. Il s'appelait
Miguel Gutiérrez Peñate. Ils l'ont séquestré
et il a été retrouvé mort. La Sécurité
publique a trouvé le cadavre et il y a eu un enterrement.
Il y a eu un grave problème à Cruz Palenque,
nous nous sommes enfuiEs et ceux qui sont restéEs, ils les ont tuéEs.
Nous sommes 13 familles, 96 personnes qui se sont enfuies. Nous nous sommes
réfugiéEs un mois à Salto de Agua et ensuite nous
avons dû trouver une communauté où on pouvait vivre
tranquille. Nous ne pouvons pas rester ici en ville, parce qu'il va nous
arriver la même chose.
Tous nos biens, nous les avons perdus là, à
Cruz Palenque. Tout notre bétail. Nous voulons réclamer à
qui de droit, qu'on nous rende ces animaux. Le gouvernement ne répond
pas, comment allons nous résoudre ce problème? Ça
fait 7 mois qu'on souffre ici à Misopa, sans manger et sans rien.
Personne ne nous aide. Un député de la chambre, là-bas
à México, nous a aidé. Il a envoyé 8 tonnes
de maïs et c'est avec ça qu'on se nourrit. Je ne sais pas de
quel parti il est. Je crois qu'il est du PRD, je ne sais pas. Mais le maïs
va se terminer. Nous réfléchissons à comment nous
pourrions acheter notre maïs, parce qu'ici il n'y a pas d'endroit
où travailler, où trouver de l'argent."
La Commission a demandé si les gens se sentaient
en sécurité là où ils vivent présentement
et le témoin a déclaré que non, que les gens souffraient
d'être en dehors de leurs maisons et de n'avoir rien à manger.
Entrevue n°4
Résumé de la lecture d'une lettre de
requête à la Commission.
On y décrit comment le groupe "Paz y Justicia"
s'est organisé en 1995 pour agir contre leur "organisation" -nom
par lequel est définie la structure civile de l'EZLN- et pour "commencer
à se tuer entre paysans"
La lettre explique qu'ils et elles ne sont pas dans
"l'organisation" pour s'entre-tuer entre indigènes et que le gouvernement
a planifié la création du groupe paramilitaire pour créer
des conflits dans les communautés.
La lettre relate aussi les événements
du 1er août 1997, quand les gens ont dû se réfugier
et quitter leur communauté d'origine à cause de ces problèmes.
Les attaques se sont produites de manière synchronisée dans
plusieurs points de la communauté Cruz Palenque. On y mentionne
les noms des personnes qui ont péri durant l'attaque soit les précédemment
nommés Nicolás Maya Gutiérrez, âgé de
50 ans et Miguel Gutiérrez Peñate, de 13 ans; ainsi qu'une
autre personne décédée à Aguascalientes, Mateo
Arcos Guzmán de 60 ans.
La lettre fait aussi mention du séjour des "déplacéEs"
à Salto de Agua, durant un mois, et de l'assignation d'un terrain
où s'installer à Misopa. On y décrit aussi le manque
de nourriture et de médicaments dont souffre tout le groupe des
"déplacéEs" ainsi que leur manque d'argent. On y accuse "Paz
y Justicia" de s'être approprié du bétail, des volailles,
des instruments de cuisine, des vêtements et autres biens. On y exige
la compensation de ces pertes et demande que le gouvernement trouve une
solution.
Entrevue n°5
Une personne de la communauté de Ojo de Agua
vient témoigner, elle dit que l'action violente de l'organisation
"Paz y Justicia" l'a obligée à fuir de sa communauté
d'origine, et depuis ce jour, le 13 décembre 1995, elle vit comme
"déplacée", avec 7 autres familles de sa communauté,
dans le village de Paso Chinal.
À ses dires, l'attaque, qui fut la cause de
leur explusion, a été réalisée par quelques
150 personnes armées, du groupe "Paz y Justicia". Dans leur fuite
, les habitantEs de cette communauté ont abandonné leurs
maisons.
Cette personne témoigne devant la Commission
pour que la communauté internationale puisse être informée
de ce qui se passe au Chiapas et que les gens ne veulent plus endurer ces
souffrances. Elle exige que le gouvernement trouve une solution et décrit
aussi le manque de ressources de sa communauté, tels que nourriture
et médicaments. Ils et elles réclament de l'aide.
Entrevue n°6
Le témoignage suivant a été recueilli
le 19 février dernier dans la communauté de Misopa Chinal,
municipalité de Tila. Le témoin est José López
López, il est représentant des personnes déplacées
de la Colonia Pantanijá.
Le premier août 1997 ils ont été
"déplacés" de la communauté de Pantanijá. Le
"señor" Mateo Arcos Guzmán fut assassiné et son cadavre
a été caché dans la montagne. Jusqu'à présent,
justice n'a pas été rendue par le gouvernement qui a donné
les ordres à "Paz y Justicia" pour que les indigènes se tuent
entre-eux.
Personne n'a été incarcéré,
les assassins proviennent de: Crucero, Miguel Alemán, Masoja Chico,
Nuevo Limar, Agua Fría, Cruz Palenque, Pantanijá.
Les déplacéEs ont perdu tous leurs biens
tels que des ustensiles de cuisine, volaille, café, maïs, haricots.
Jusqu'à maintenant, ces personnes souffrent du manque de nourriture
et de vêtements. Leurs enfants sont malades.
De plus les recours économiques se font rares,
puisqu'ils sont éloignéEs de leur communautés et de
leurs activités habituelles de subsistance. Les membres de "Paz
y Justicia" profitent de leurs terrains et de leurs biens.
En ce moment leurs maisons sont détruites, ça
fait 7 mois qu'ils sont réfugiéEs et que leurs enfants ne
vont pas à l'école. Ces réfugiéEs réclament
des garanties pour retourner à leurs lieux d'origine.
3.2.
ENTREVUE AVEC LE REPRÉSENTANT DE LA COMMUNAUTÉ DE PATASTAL
Cet homme déclare qu'en 1995, la situation a empirée
à cause de l'apparition de "Paz y Justicia". Avant leur apparition,
il n'y avait pas de problème dans sa communauté. C'est alors
qu'ils ont commencé à tirer sur les sympathisantEs de l'EZLN.
Plusieurs ont dû s'enfuir dans la montagne. Après 2 mois dans
la montagne, on les poursuivait encore et les réfugiéEs ont
dû continuer leur fuite. Les communautés de Toracal et Patastal
ont été détruites en 1995. Maintenant, en 1998, les
gens y retournent mais les problèmes sont encore là. Les
gens ne peuvent sortir de leur communauté qu'en passant par la montagne.
Il dénonce que Panchúc et Corozal sont
2 communautés contrôlées par "Paz y Justicia" et que
c'est de là que se préparent toutes les attaques. Il dit
que les gens de sa communauté vivent dans la peur et que les vols
à basse altitude des hélicoptères se sont intensifiés.
Il dit que les membres du groupe paramilitaire sont
entrés dans sa communauté avec des armes de gros calibre,
provenant sûrement de l'Armée fédérale.
3.3.
TÉMOIGNAGES DES FEMMES DÉPLACÉES DE LA COMMUNAUTÉ
DE CRUZ PALENQUE, MAINTENANT RÉSIDENTES DE CERRO MISOPÁ.
Cette entrevue a été réalisée
le 21 février 1998, dans la communauté de Cerro Misopá,
municipalité de Tila, Zone nord, Chiapas.
Témoignages et dénonciations verbales:
Entrevue n°1
Une femme traduit de la langue chol vers l'espagnol
ce que dit une de ses voisines. Le premier août 1997, les "compañeros"
-nom utilisé pour faire référence aux bases d'appui
de l'EZLN- ont été expulséEs de la communauté
de Cruz Palenque . Elle affirme que des personnes sont venues leur dire
de s'enfuir, car on voulait en finir avec "l'organisation" -nom par lequel
est définie la structure civile de l'EZLN.
Elles racontent comment, le 1er août, à
5 heures du matin, le cousin de cette femme a été tué
par des membres du groupe paramilitaire "Paz y Justicia". Elle raconte
qu'on lui a tendu une embuscade et que le jeune de 13 ans a été
enlevé puis emmené de l'autre côté de la rivière
où son cadavre a été retrouvé plus tard. Elles
accusent "les mêmes assassins que ceux du Crucero, ceux qui sont
dans la région" et ajoutent que ceux-ci proviendraient des communautés
de Miguel Alemán et de Masohá.
Elles racontent que suite à cette attaque, les
membres de leur communautés ont trouvé refuge à Misopá,
Chinal et Nuevo Precioso, ce qui a finalement séparé la communauté.
Au moment de fuir avec leurs enfants, elles ont tout laissé derrière
-maisons, outils- et elles ont perdu tout ce qu'elles possédaient.
Elles disent aussi que certains voisinEs sont restéEs et ont été
tuéEs.
Les membres de la Commission leur ont demandé
si les paramilitaires avaient agressé ou violé des femmes.
Elles ont répondu que oui et elles ont ajouté que certaines
de ces femmes ne veulent pas parler parce qu'elles savent que les paramilitaires
sont en train de s'organiser pour en finir avec d'autres communautés
et elles en ont peur.
À la question si elles avaient été
victimes d'agressions de la Sécurité publique ou de l'Armée,
elles ont répondu que les membres de "Paz y Justicia" se sont réunis
avec la Sécurité publique, la veille de l'attaque contre
la communauté de Cruz Palenque, pour se mettre d'accord "sur ce
qu'ils allaient faire".
Entrevue n°2
Une femme déplacée traduit en espagnol
le témoignage d'une voisine qui parle la langue chol.
Elle raconte comment ses ustensiles de cuisine et tous
ses biens ont été détruits et que leurs maisons ont
été brûlées après leur fuite. Elles parlent
de la peur constante, de leur façon de s'organiser en groupe pour
aller laver le linge ou chercher du bois. Elles disent que maintenant elles
ne peuvent plus marcher seules, que les hommes doivent aller travailler
en groupe parce qu'ils craignent les attaques des paramilitaires.
Elle dit que son bébé de 7 mois est malade
de "boutons" (varicelle?). Qu'elle veut l'emmener voir un docteur mais
qu'elle n'en a pas les moyens. Le peu d'argent qu'elles ont est réservé
à l'achat de nourriture; maïs, café, haricot. Elle dit
aussi que les enfants ne supportent pas la faim.
La Commission leur a demandé de donner des précision
sur les problèmes spécifiques de la santé des femmes.
Elles ont dit qu'elles n'avaient pas de sage-femme, compte-tenu que la
femme qui les aidait durant la grossesse "était de l'autre côté
et elle est restée dans la communauté". Il n'y a pas de centre
de santé ni de médicaments.
Un membre de la communauté de "déplacéEs"
est alors intervenu pour préciser que cette femme avait été
violée par des paramilitaires. Quand la Commission a mentionné
cette agression, la femme a brusquement baissé les yeux et a rapidement
changé de sujet.
Elle a décrit la situation difficile dans laquelle
se trouve sa communauté, les problèmes pour obtenir de la
nourriture et pour cuisiner, car elles n'ont plus d'ustensiles de cuisine.
Elle a mentionné qu'elles vivaient dans des maisons qu'on leur avait
prêtées et elle a demandé aux observatrices de diffuser
dans la presse de leurs pays respectifs de l'information sur leur situation.
Entrevue n°3
Une femme traduit le témoignage du chol. Celle
qui témoigne est une voisine de la communauté de Panteanihá,
municipalité de Tila. Cette femme décrit comment le groupe
paramilitaire "Paz y Justicia" est entré dans sa communauté
le 1er août 1997. Elle dit que plusieurs personnes sont mortes durant
l'attaque. La Sécurité publique est intervenue pour ramasser
au moins un cadavre. Selon son témoignage, les effectifs de la police
sont de connivence avec les gens de "Paz y Justicia".
Le 3 août de la même année, les
gens de la communauté ont dû fuir, poursuivis par les membres
de "Paz y Justicia", et se sont réfugiés à Salto de
Agua. Les observatrices se sont penchées sur le cas de deux femmes
qui se sont retrouvées veuves après l'attaque. Maintenant
elles sont à la charge de leurs familles. Les femmes déplacées
décrivent leur situation difficile, le manque d'aliments, de vêtements,
de médicaments, d'ustensiles de cuisine, etc...Elles mentionnent
aussi le manque de terre à cultiver. Elles disent que maintenant
c'est difficile de gagner de l'argent, qu'avant elles obtenaient de l'argent
en vendant leurs animaux, mais qu'ils ont été volés
par les paramilitaires -appelés "contra"- quand elles ont abandonné
leur communauté. Elles ne peuvent pas non plus travailler dans les
champs comme salariées parce qu'ici les gens sont des petits cultivateurs
qui n'ont pas souvent besoin de main d'oeuvre. Les femmes répondent
à la question des observatrices et disent qu'effectivement les femmes
aussi sont victimes des paramilitaires.
En ce qui concerne leurs conditions de vie, elles disent
qu'elles dépendent beaucoup économiquement du travail des
hommes, et qu'elles se retrouvent donc dans une situation très difficile
lorsqu'elles deviennent veuves. En général elles ont de 5
à 12 enfants par femme, dont plusieurs meurent avant d'avoir atteint
l'âge adulte.
Entrevue n°4
Témoignage de Gloria María Torres López,
de la communauté de Masohá Grande, municipalité de
Tila, Chiapas. Elle dit que le 15 juillet 1996, le groupe paramilitaire
"Paz y Justicia" les a expulséEs de leur communauté. Hommes,
femmes, enfants et ancienNEs se sont enfuiEs et sont alléEs se réfugier
dans l'État voisin du Campeche. Les gens se sont réfugiés
dans divers endroits, ce qui fait que la communauté s'est dispersée.
Elle dit que les gens ne veulent pas retourner à
leur lieu d'origine parce qu'ils ont peur. Elle dit toutefois qu'elle veut
retourner parce qu'elle ne peut pas abandonner son lieu d'origine, mais
qu'elle aussi a peur.
Selon ses déclarations, plusieurs personnes
qui se sont enfuies au
Campeche sont revenues, mais elle et les sienNEs, sont
restéEs comme "déplacéEs" à Salto de Agua.
Le ministre des Affaires intérieures du Chiapas et le chef des soldats
Leopoldo Díaz, ont obligé les gens de sa communauté
à retourner à leur lieu d'origine en échange de vivres
et de matériaux de construction. Quelques unEs de ses amiEs ont
accepté et sont retournéEs mais ont été de
nouveau contraintEs de fuir, suite aux menaces du groupe paramilitaire
"Paz y Justicia", et ont dû revenir à Salto de Agua.
Elle dit que les groupes paramilitaires sont puissants
dans cette zone qui est un des endroits où ils tiennent leurs réunions.
Cette femme avoue avoir quitté rapidement Salto de Agua parce les
gens disent d'elle "qu'elle marche avec les zapatistes".
Elle décrit la difficile pénurie alimentaire,
qui cause la mort de plusieurs personnes. Elle dit aussi que la liberté
de mouvement des "déplacéEs" est très limitée,
qu'ils et elles peuvent à peine sortir des communautés où
ils et elles vivent, parce que les membres de "Paz y Justicia" de la colonie
Miguel Alemán leur bloquent le passage et les menacent.
Pour trouver un autre chemin, elles doivent marcher
8 heures au moins. Cela les empêche de commercialiser le peu de produits
qu'elles obtiennent de leurs cultures.
3.4.
ENTREVUES DANS LA MUNICIPALITÉ DE TILA, LE 25 FÉVRIER 1998
3.4.1.
ENTREVUE AVEC DES MEMBRES DE L'ASSOCIATION "PAZ Y JUSTICIA"
Les personnes interviewées maintiennent qu'elles
ne possèdent pas
d'armes, que ce sont des gens de paix. Ils accusent
les religieuxSES et les étrangerEs d'Avoir généré
le conflit, et concrètement, ils disent que Don Samuel García
Ruiz appuie les zapatistes avec son salaire d'évêque. Ils
disent rechercher l'application de la loi et qu'ils ne sont pas responsables
de la mort de José Tila López García.
3.4.2.
ENTREVUE AVEC DES MEMBRES DES COMMUNAUTÉS BASES D'APPUI DE L'EZLN.
On réclame l'éviction du groupe "Paix et
Justice" de la municipalité, puisqu'il empêche une partie
de la population de se rendre aux champs et de faire des visites aux autres
communautés. On dénonce que seulEs les sympathisantEs du
PRI peuvent circuler librement. Dans cette localité, il y a des
conflits internes entre des membres de "Paz y Justicia", querelles qui
souvent se terminent par des assassinats, qui ensuite sont imputés
aux personnes qui ne sont pas d'accord avec ce groupe.
Extrait d'une entrevue avec un délégué
d'une communauté de base d'appui de l'EZLN, appartenant à
la municipalité de Tila:
Le délégué dénonce que
les intégrants de la Sécurité publique (police) connaissent
les noms des assassins et qu'ils ne veulent pas les incarcérer parce
que, selon leurs déclarations publiques, "ils n'ont pas eu l'ordre
du ministère". Le témoin raconte que le lendemain de la mort
de José Tila López García, il y a eu une marche de
800 personnes provenant de 24 communautés de la municipalité
de Tila, et que ces personnes ont expulsé pacifiquement les forces
de la Sécurité publique. Il dit que la population des communautés
est fatiguée que leurs demandes ne soient pas écoutées
par le gouvernement et que les gens sont prêts à prendre des
mesures parce qu'ils ne peuvent pas continuer comme ça à
se laisser tuer.
3.5.
ENTREVUE AVEC LA SÉCURITÉ PUBLIQUE À CERRO MISOPA,
MUNICIPALITÉ DE TILA,
ZONE NORD, LE 21 FÉVRIER 1998.
Dans la communauté de Cerro Misopa vivent des
membres de "Paz y Justicia" et des gens d'autres tendances. À l'entrée
de la communauté, un détachement de la Sécurité
publique s'est installé juste sur le dessus d'une butte, ce qui
leur permet de voir tout ce qui se passe dans les alentours. Lorsque les
membres de la Commission ont quitté la communauté, vers une
heure de l'après-midi, ils et elles ont demandé une entrevue
avec les dirigeants du poste. Suite à une brève attente,
on leur a répondu par l'affirmative, mais on leur a interdit de
prendre des photos et de filmer ; seulement l'enregistrement audio leur
fut permis. On a pris les noms de touTEs les intégrantEs de la Commission
et on les a pris en photo et filméEs.
La personne interviewée était le second
responsable du détachement. Il a commencé en disant que dans
la région il n'y a pas de conflit, que tout est tranquille, qu'il
venait d'être nommé et qu'il était arrivé dans
la communauté il y a quelques jours. Il a remis à la Commission
le document "Ni derechos, ni humanos" -Ni droits, ni humains- qui, à
ses dires lui avait été remis par un homme qu'il avait visité
dans une autre communauté. Il a ajouté que ce document était
utile pour comprendre la situation dans la région. Le responsable
a déclaré qu'il ne l'avait pas lu mais il a cité un
évènement au cours duquel 8 personnes sont mortes, qui est
relaté dans ce document de "Paz y Justicia".
Il a répété plusieurs fois que
l'endroit était beau, très tranquille et qu'il n'avait pas
plus d'information, à la suite de quoi il suggéra aux membres
de la Commission de contacter les autorités supérieures de
Tuxtla Gutiérrez (pour l'information et pour avoir la permission
de filmer). Il a dit qu'il pouvait avoir des ennuis s'il faisait des déclarations
sans permission.
La Commission a demandé qui était le
groupe "Paz y Justicia", et il a dit que c'était un groupe civil,
et un soldat a précisé que c'était une association
civile. Il a dit ne pas les connaître parce qu'il était
nouveau dans la région. Il a aussi mentionné
que la Sécurité publique s'était installée
dans la région à la demande des gens, avec le mandat de maintenir
l'ordre et d'assurer leur sécurité et que depuis son arrivée
dans la zone ils n'avaient pas reçu de plainte d'aucune sorte.
En général, ils se sentent acceptés
par les communautés, sauf par une partie des gens qui ne sont pas
contents, et qui selon son estimation, représentent environ 1/4
de la population.
En sortant on donna à la Commission la permission
de faire des photos.
3.6.
RÉSUMÉ DE L'ENTREVUE RÉALISÉE À SAN
CRISTOBAL, LE 23 FÉVRIER 1998, AVEC LES DÉLÉGUÉ-E-S
DE LA COMMUNAUTÉ DE EL PARAISO, MUNICIPALITÉ DE SABANILLA,
ET DE LA COMMUNAUTÉ EMILIANO ZAPATA, MUNICIPALITÉ DE TUMBALA,
ZONE NORD.
Antécédents :
Il n'a pas été possible de visiter les
communautés d'où proviennent ces interlocuteurs et interlocutrices,
à cause du climat de violence qui prévaut dans la zone. La
délégation de la Commission qui s'est dirigée vers
la Zone nord le 22 février 1998 a été obligée
de rebrousser chemin sans avoir complété son programme parce
que, à un moment donné, ses participantEs ont craint pour
leur sécurité physique et pour celle des guides qui les accompagnaient.
Cette entrevue a eu lieu une journée après l'assassinat de
José Tila López García, qui a été tué
tout près du lieu où vivent ces témoins. Quelques
jours après ces entrevues, la Commission a pu recueillir les témoignages,
qui suivront, de membres de "Paz y Justicia", de bases d'appui de l'EZLN,
et du délégué d'une communauté voisine à
celle de la victime, José Tila López García. Au cours
de cette entrevue, un dossier de dénonciations a été
remis à la Commission .
3.6.1
COMMUNAUTÉ DE EL PARAÍSO
Les membres de la communauté disent qu'ils et elles
ont été "déplacéEs" à cause d'actions
violentes du groupe "Paz y Justicia" et qu'ils et elles sont dans cette
situation depuis le 18 février 1997, et qu'il leur est impossible
de retourner à leur communauté d'origine.
Présentation des faits. Dénonciations
verbales :
- Mariano Martínez Júarez de la communauté
de El Paraíso aurait agressé une personne de la communauté.
- On accuse Diego Martínez López, dirigeant
du groupe "Paz y Justicia" d'avoir agressé physiquement une personne
de la communauté. Diego Martínez López, ainsi que
Salomón López Pérez et Hípolito López
Pérez, sont désignés comme étant les dirigeants
de "Paz y Justicia" et comme présumés organisateurs de l'attaque
armée -calibre 20, calibre 16, calibre 22, pistolet, A-K 47- contre
les maisons de la "Société civile" -nom que se donnent les
bases d'appui de l'EZLN. L'attaque a eu lieu entre 22 et 24 h. le 18 janvier
1997, et cet événement à provoqué la fuite
massive des habitantEs de la communauté.
Durant ces événements, le cadavre d'une
femme -dont le nom n'est pas précisé- a été
retrouvé près de l'endroit où vivaient les témoins.
Ces personnes disent ne pas savoir ce qui est arrivé à cette
femme, et attribuent sa mort "aux personnes de son groupe" et affirment
avoir signalé le corps à la police pour qu'ils le ramassent.
Les témoins racontent que Benedicto Jaime Pérez Méndez,
maire PRIiste, a été approché par les priistes de
la communauté pour qu'il autorise l'intervention de la Sécurité
publique, le 19 janvier 1997 à midi. En ce jour, alors qu'une grande
partie de la communauté s'était déjà enfuie,
leurs maisons ont été attaquées une seconde fois,
cette fois par la Sécurité publique. Le 20 janvier, le cadavre
de la femme, qui avait servi de prétexte à cette intervention,
n'avait toujours pas été ramassé. Les témoins
expliquent que le 21 janvier, quelques 600 effectifs de la Sécurité
publique -appelés "judiciales"-et des hélicoptères
sont intervenus lançant des grenades et des gaz.
La majorité des personnes déplacées
se trouvait à ce moment dans la communauté de Asunción
Huitipán, où ils vivent actuellement, mais quelques personnes
étaient toujours dans la montagne, se cachant des attaques, comme
celles des jours antérieurs, et restant isolées du reste
de la communauté.
Ces personnes ont aussi été attaquées
par des éléments de la Sécurité publique et
on signale qu'une personne en est morte -Roberto Torres Pérez, âgé
de 17 ans, frère cadet de l'interlocuteur. Il était étudiant
du secondaire.
Les effectifs de la Sécurité publique
accompagnés de chiens dressés -selon le témoignage
de ces personnes- ont poursuivi les réfugiéEs dans la montagne
en leur sommant de se rendre.
Après ces événements, la "Société
civile" de El Paraíso n'ose plus
retourner dans la communauté, parce qu'ils ont
peur de la police. Celle-ci y a d'ailleurs installé un campement
permanent. La population déplacée de El Paraíso -600
personnes- réside maintenant à Nuevo Asunción Huitipán.
Situation actuelle des déplacéEs :
Les gens rencontrés déclarent que, même
en exil, les menaces de "Paz y Justicia" persistent. Ils disent que tous
leurs biens -maisons, animaux, vaisselle, outils de labours, etc.- ont
été volés ou détruits, que plusieurs de ces
biens ont été postérieurement vendus par les habitantEs
priistes et membres de "Paz y Justicia", qui sont demeuréEs dans
la communautés après leur fuite.
Leurs récoltes, principalement du café,
du maïs et des haricots, ont été ramassées ou
volées dans leurs maisons par ces personnes, qui les ont vendues
et en ont gardé les bénéfices. Les réfugiéEs
accusent ces personnes de les empêcher de rentrer chez eux et de
vouloir garder leurs terres, qu'ils travaillent maintenant.
Aujourd'hui les réfugiéEs déclarent
cohabiter avec les priistes de la communauté qui les héberge,
mais décrivent leur situation comme étant très difficile,
puisqu'ils et elles n'ont pas de terres à cultiver et par le fait
même n'ont aucun moyen de subsistance. L'alimentation est leur problème
principal, mais aussi les vêtements et la situation des enfants.
Il n'ont pas de médicaments et les soins médicaux sont minimes.
Leur mobilité est limitée parce "qu'on les empêche
de sortir" et les autres routes qui leur permettent de se déplacer
impliquent 5 ou 6 heures de voyage au minimum. Ils disent que "Paz y Justicia"
contrôlent les routes. Cette situation rend impossible le transfert
des malades et des femmes qui ont des complications lors des accouchements.
Le témoin donne comme exemple la mort de son père, survenue
le 3 février; il est mort "affligé d'une maladie et on n'a
pas pu le transférer".
Ces personnes décrivent leurs conditions de
vie lamentables, la précarité de leurs abris qui les exposent
aux intempéries, la propagation des maladies, l'absence d'école
pour leurs enfants, le manque de nourriture.
Ils et elles ont reçuEs plusieurs visites du
sous-ministre des affaires intérieures de la Zone nord, Alejandro
Ruiz Gutiérrez, qui jusqu'à ce jour n'a apporté aucune
solution à leur situation de "déplacéEs".
L'interlocuteur a lu le procès verbal d'un accord
intervenu durant une réunion le 22 février 1998, entre les
intéresséEs des différentes parties, et Monsieur Ruiz
Gutiérrez, maire de Sabanilla et le commissaire "ejidal" de la commune
de El Paraíso -voir dénonciations en annexe. Son commentaire
est que cet accord n'a pas été respecté et que ce
sont les autorités qui protègent et encouragent "Paz y Justicia"
"Desarollo, Paz y Justicia". Dénonciations verbales.
Situation politique et religieuse :
Selon les témoignages, "Paz y Justicia" s'est
organisé à partir de 1996. Leurs réunions principales
se tiendraient dans la Colonie de Buena Vista sous la direction de Samuel
Juarez Encino. Cette organisation dont l'objectif est la destruction des
Indiens, accuse les sympathisants zapatistes d'être des provocateurs.
Notre interlocuteur nous informe de sa lutte politique
qui est pacifique et précise que la violence n'apporte que la faim
et la mort. La "Société Civile" veut une lutte pacifique
et tente de s'organiser pour obtenir l'amélioration des conditions
de vie des familles. On veut leur interdire de faire de la politique et
de pratiquer la religion catholique qui est la leur, bien que les articles
de la Constitution précisent que ces interdictions sont illégales.
On veut les regrouper en un parti unique – le PRI du gouvernement – et
en une seule religion malgré leur désaccord. Par ailleurs,
l'église de la communauté de El Paraiso a été
détruite avec tous les objets du culte par "Desarollo, Paz y Justicia"
qui sont définis comme étant protestants.
Lorsque la Commission s'enquiert de la relation des
présents avec les membres de cette organisation, ils répondent
que non seulement ils ont été voisins, qu'ils ont célébré
ensemble toutes les fêtes depuis de nombreuses années, mais
en plus, dans un grand nombre de cas, ils font même partie de leur
famille proche.
L'organisation s'étant créée en
secret, ils n'ont pas été invités à y participer.
Ses membres sont surtout des jeunes et des femmes car les "anciens" veulent
l'unité et n'appartiennent pas à "Paz y Justicia".
Les personnes déplacées ont des droits
réels sur leurs terres, au contraire de ceux qui utilisent la violence,
et qui veulent les en déposséder, là, étant
la véritable raison du conflit avec ceux que l'on nomme les "pobladores".
La commission demande si les membres de "Paz y Justicia"
sont bien des paysans comme eux, et la réponse est oui. Lorsqu'on
la Commission s'étonne du fait qu'ils puissent avoir des armes malgré
leurs faibles revenus, l'explication est simple car c'est le président
de la municipalité lui-même qui en puisant dans le budget,
fournit les armes aux gens de Desarollo, Paz y Justicia". L'argent recueilli
par la vente des terres dont ils ont été spoliés a
également servi à les armer.
Ils ont appris par un sympathisant du PRI que c'est
le Procureur de justice lui-même qui a donné l'ordre de détruire
leurs maisons.
L'interlocuteur dénonce une attaque à
main armée dont lui-même et son frère ont été
l'objet de la part de quatre membres de "Paz y Justicia", le 29 novembre.
Cela s'est passé alors qu'ils étaient en train de récolter
le café sur les terres où ils travaillaient lorsqu'ils habitaient
El Paraiso qui appartient maintenant aux membres de cette organisation.
Il n'y eut pas de blessé, mais les deux victimes portèrent
plainte devant les autorités sans que les agresseurs ne soient inquiétés
en aucune façon. Au contraire, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt.
Lorsque la Commission lui demande de quel délit il s'est rendu coupable,
il répond que c'est uniquement parce qu'en 1996, il a participé
à une manifestation devant la Présidence Municipale au cours
de laquelle étaient dénoncées les malversations. C'est
alors qu'a été rédigé son mandat d'arrêt.
Comme il se déclare ouvertement sympathisant
de l'EZLN, ce qui est considéré comme un délit, on
l'accuse également d'en être un dirigeant. Il ignore totalement
les charges de l'accusation qui pèsent contre lui, et à la
présidence municipale, il lui a été indiqué
que pour pouvoir rentrer dans leur communauté d'origine, l'intervention
de Seguridad Publica était une condition sine qua none ainsi que
l'arrestation de six des personnes déplacées. Sa communauté
est fortement surveillée et poursuivie par Seguridad Publica.
3.6.2
ENTREVUE AVEC UN DÉLÉGUÉ DE LA COMMUNAUTÉ EMILIANO
ZAPATA, FRACTION B, MUNICIPALITÉ DE TUMBALA, ACTUELLEMENT DÉPLACÉ
DE SA COMMUNAUTÉ D'ORIGINE.
L'entrevue a été réalisée
à San Cristobal de las Casas, le 23 février 1998. Elle concerne
des informations sur des faits survenus. Elle contient également
des réclamations faites verbalement. Elle denonce les agissements
du groupe para-militaire " Paz y Justicia "
Exposition des faits. Dénonciations verbales.
Agissements de "Paz y Justicia".
Un groupe de personnes de la communauté d'Emiliano
Zapata s'est réfugié à Chulahoistihá, municipalité
de Tumbalá, fraction B de Emiliano Zapata il y plus de 2 ans. Le
24 mars 1995, ces personnes ont été expulsées de la
communauté d’Emiliano Zapata par des membres de l'organisation "Paz
y Justicia". Le témoin raconte que l'expulsion s'est produite, par
surprise, pendant que les hommes de la communauté se trouvaient
au travail sur les terres communales. A leur retour, ils ont trouvé
la communauté encerclée par les hommes de "Paz y Justicia"
qui les ont empêché d'entrer en les menaçant de mort,
du fait qu’ils étaient "membres de l'EZLN". Le témoin certifie
que 2 paysans sont morts ce jour là: Sebastián Arcos Guzmán
et Juán Jiménez López. Ces deux hommes ne savaient
pas ce qui arrivait et sont passés près de l'endroit où
étaient postés les hommes de "Paz y Justicia".
Quand la Commission leur demanda s'il y a eu intervention
de la Sécurité publique, à propos de ces événements,
il a répondu que oui. Il a dit que les hommes de la sécurité
sont arrivés pour ramasser les cadavres une fois que tout était
terminé. La Commission a demandé s'ils avaient porté
plainte, s'il y avait eu une enquête afin de poursuivre les responsables,
etc. L'interlocuteur a répondu que "comme c'étaient des gens
de leur groupe" ils n'avaient pas été inquiété.
Quand à savoir si les gens de "Paz y Justicia" et de la Sécurité
publique sont les mêmes, le témoin répond par l'affirmative
et ajoute que parfois les gens de "Paz y Justicia" s’habillent avec l’uniforme
de la Sécurité publique et il est difficile de savoir si
ce sont des policiers ou des paramilitaires.
De plus, il se plaint de n’avoir pas pu porter plainte
parce que la possibilité de déplacement dans la zone est
réduite à cause des persécutions de la police ou de
"Paz y Justicia". Le témoin décrit comment cette organisation
a pris le contrôle et occupé plusieurs autres communautés.
Depuis et à cause de ces événements,
plusieurs personnes n'ont jamais pu retourner à leurs maisons. Selon
notre interlocuteur, un accord a été signé par les
deux parties en face des autorités communales "ejidales". Cet accord
les autorise à demeurer sur les terrains de la dite Zone B., mais
malgré cela, malgré que le gouverneur ait signé ce
document, le témoin affirme que les gens ont de nouveau été
pris à partie par les membres de "Paz y Justicia".
Le 21 février, 80 personnes armées appartenant
à "Paz y Justicia" sont arrivées dans leur communauté
avec l'intention de les expulser et en les menaçant de mort. Selon
son témoignage, la communauté entière s'est réfugiée
dans la montagne terrorisée par les menaces. La raison de cette
nouvelle expulsion serait, aux dires du témoin, l'appropriation
des terrains sur lesquels ils travaillent. Il dit que les "Paz y Justicia"
ne veulent pas qu'ils restent là. Il dit que c'est la première
fois qu'ils sont agressés depuis leur arrivée dans ce lieu.
Les conditions de vie dans la communauté, de
ce groupe de déplacéEs, sont très dures. A cause de
ces mauvaises conditions, les maladies prolifèrent et il n'y a pas
de médicament pour les prévenir ni les soigner. Les déplacéEs
n'ont pas de matériaux pour se construire des maisons. Il n'y a
pas d'eau potable, d'électricité, ni de terres à cultiver.
Les 62 enfants de la communauté de déplacéEs n'ont
pas d'école. Notre interlocuteur, lui-même très peu
formé, travaille comme "promoteur de santé".
3.7.
INCIDENTS SURVENUS SUR LA ROUTE DE SABANILLA LE 22 FÉVRIER
L¹objectif du voyage à Sabanilla était
de répondre à une demande explicite de la communauté
La Asunción composée de gens déplacés de El
Paraíso. Ces dernierEs avaient réclamé la présence
de la Commission afin de lui remettre un témoignage sur leur situation.
Occupée à préparer le voyage, la Commission a reçu
la nouvelle de l¹assassinat d¹un des témoins du village
visité la veille, dans la Zone Nord. Un meurtre commis, d¹après
la communauté, par des membres du groupe "Paz y Justicia". La Commission
a donc décidé de faire un détour par la communauté
d¹origine du défunt, José Tila López García,
afin de visiter sa famille. Toutefois, à cause des coûts qu¹impliquaient
un tel déplacement, la Commission a dû abandonner ce projet
et elle est revenue à son programme initial, c’est-à-dire
se rendre directement à Sabanilla.
Tel que déclaré à la presse nationale
et internationale, la Commission n¹a jamais pu parvenir à destination
et accomplir sa mission. La mission d¹observation à Sabanilla
s'est avérée impossible à cause du blocage et des
menaces proférées par les résidentEs de El Paraíso
à l¹endroit des membres de la Commission et de leurs guides.
L'incapacité pour la commission d’accomplir sa mission d’observation
et l¹impossibilité de répondre à la demande de
la communauté. La Asunción confirment de manière évidente
le climat de violence physique et psychologique qui règne dans la
zone Nord de l¹état du Chiapas, ainsi que la violation des
droits humains élémentaires.
Afin d'atteindre Sabanilla, après avoir dépassé
Ocosingo, la Commission a voyagé sur une route de terre en réparation,
signe d'un possible traitement de faveur de cette zone. Comme dans la région
de San Quintin, on peut constater dans ici un important déploiement
de matériels lourds de travaux publics: bulldozers, rouleaux-compresseurs,
marteaux-piqueurs ainsi que d'autres outils et matériaux (asphalte
etc....) servant à construire des ponts et de manière générale
le réseau routier. Si la Commission prend la peine de souligner
la singularité de ce fait, c'est pour faire le lien avec d¹autres
faits observés par la suite à El Paraíso et pour en
souligner le contraste. C’est ainsi que sur le trajet emprunté par
la Commission pour rejoindre la communauté, elle a constaté
le mauvais état de certaines routes.
De plus, elle a constaté l’extrème pauvreté
des personnes, dépourvues de souliers, avec des vêtements
vieux et déchirés. Par ailleurs elle a constaté aussi
le manque d'écoles et d'autres équipements de base. Ces constatations
indiquant le très grand degré de misère de la zone
ont fait apparaître un contraste flagrant avec ce qu'a constaté
la commission en arrivant à El Paraiso. Non seulement le réseau
routier est en rénovation, mais on peut observer à l'intérieur
même du village des quartiers entièrement rénovés,
ainsi que des immeubles récents construits avec des matériaux
de qualité. De même, les bâtiments scolaires, les salles
de cours et les installations sportives comportent de vastes espaces lumineux,
des bâtiments neufs.... La Commission, arrivée autour de 13
heures, a pu assister à la sortie des classes. La présence
d'élèves d'âges relativement différents permet
de supposer que cette école offre un enseignement depuis le niveau
primaire jusqu’au secondaire. Les élèves étaient habillés
de vêtements neufs et propres et disposaient de matériel scolaire
adéquat et récent.
Ces signes encourageants, dans la mesure où
ils indiquent une amélioration importante des conditions de vie
pour la population de ce village, n'ont fait que souligner le contraste
entre cette communauté et les autres visitées par la Commission.
Le travail des observateurs et des observatrices ayant été
freiné, la Commission n'a pas pu vérifier les conditions
de vie des personnes déplacées de El Paraíso, qui
sont aujourd'hui dans la communauté de Asunción. A l'entrée
de El Paraíso, la Commission a observé la présence
d'un poste de la Sécurité publique, où se trouvaient
cinq policiers en uniforme qui ont regardé, avec une attitude nonchalente,
le passage de la Commission sur la route. Ces derniers ne sont pas intervenus
quand, quelques instants plus tard, la fourgonnette et l'autobus de la
Commission ont été encerclés et retenus par une barricade
humaine formé de plus de 200 personnes, qui proféraient des
menaces. La Commission à été obligée de rebrousser
chemin sans avoir pu achever son travail d'observation. A aucun moment
le dirigeant et les membres de la Sécurité publique ne sont
intervenus pour permettre le libre passage des véhicules, comme
en ont l’obligation les forces de l'ordre et de la sécurité
dans tout État respectueux du droit. Bien au contraire, ils ont
contemplé la scène avec ironie et complaisance, malgré
l'attitude agressive des manifestantEs. Durant cet incident, ce sont des
femmes et des enfants qui ont encerclé les véhicules, pendant
que les hommes restaient légèrement en retrait. Puis le groupe
s'est dirigé en criant, le poing en l¹air, vers le représentant
de la Commission, l'obligeant à reculer sous la menace.
La Commission a également été
avisée que toute tentative de poursuivre son voyage serait empéchée
"à tout prix". L'agressivité s'est propagée à
travers tout le groupe de villageoisEs qui entouraient les autobus. Le
guide qui accompagnait le convoi a fait l'objet d'une pluie d'insultes
et de menaces, ayant été reconnu comme un des déplacéEs
de El Paraíso. Devant le danger évident de lynchage et la
teneur des menaces proférées à l'encontre des observateurs
et observatrices, il fut donc décidé de rebrousser chemin
et de renoncer au programme de la journée. Il est important de mentionner
la frustration et le sentiment d'impuissance ressentie par la Commission,
qui n'a pu écouter les témoignages des déplacéEs
de la région.
3.8.
RAPPORT DE LA VISITE À LA COMMUNAUTÉ DE JOLNIXTIÉ
Le mercredi le 4 mars, une partie de la Commission s’est
dirigée vers le village de Jolnixtié-section 1, situé
dans la municipalité de Tila, Zone nord de l’état du Chiapas.
Le cortège était formé de trois membres d'organisations
de défense des droits humains (deux observateurs de la Commission
plus un militant du réseau de droits humains mexicain "Todos los
Derechos para Todos" de la ville de Guadalajara-Jalisco) ainsi que de deux
journalistes, l’un de Radio Université de Guadalajara et l’autre
de La Jornada.
Le Centre de droits humains "Fray Bartolome de Las
Casas" a organisé cette visite, répondant ainsi à
la demande de la communauté de Jolnixtié. Celle-ci demandait
la présence de représentantEs des groupes mexicains de défense
des droits humains et d’observateurs internationaux qui puissent recevoir
la dénonciation de l’assassinat de José Tila López
García. La communauté voulait aussi dénoncer la situation
de tension extrême qui prévaut dans la zone.
Les visiteurs ont passé le poste de contrôle
migratoire situé dans la municipalité de Salto de Agua sans
difficulté. Le trajet qui doit être suivi habituellement depuis
San Cristobal est le suivant: direction Ocosingo, puis à partir
de cette ville, marcher jusqu'à Tila afin d'accéder à
la zone par les petits villages de El Limar, Panchúc ou Miguel Alemán.
Cette route est contrôlée par des barrages du groupe "Desarollo,
Paz y Justicia". Le cortège a donc été obligé,
afin de garantir le succès de la mission et pour la sécurité
des participants, d'emprunter une route alternative, doublant de ce fait
la durée normale du trajet. En partant d'Ocosingo, nous sommes donc
allés jusqu’à la municipalité de Venustiano Carranza,
puis nous avons coupé vers Salto de Agua afin d'entrer dans l’État
du Tabasco puis, dans la zone de Jolnixtié. Nous avons ainsi évité
une zone fortement contrôlée par les groupes paramilitaires.
Après avoir dépassé le barrage militaire de Melchor
Ocampo, le groupe a traversé la communauté de Carmen Chinal.
À Misopá Chinal, visité la semaine précédente
par la Commission, nous avons laissé les véhicules afin de
continuer à pied le chemin vers Jolnixtié.
Avant le départ, un des observateurs s’est informé
de l'état de santé de deux femmes malades. La semaine précédente,
un docteur membre de la Commission avait diagnostiqué un cas d’anémie
due à un état de sous-alimentation et, une grave infection
vaginale faisant suite à un accouchement. L'observateur a pu vérifier
l’état stationnaire des malades, notant même une légère
amélioration. Ici le gouvernement n'a jamais établi aucune
mesures minimales de prévention sanitaire.
Accompagnés par une trentaine d’Indiens chols
de Misopá et des communautés voisines, les 5 visiteurs se
sont mis en route vers midi pour une dure et longue randonnée de
quatre heures et demie. Nous avons constaté en chemin des travaux
de défrichement en vue de la construction de route, réalisés
par l’Armée fédérale. Aux alentours de la communauté
Emiliano Zapata, nous avons constaté la présence d’effectifs
militaires et d'un hélicoptère occupé par des autorités
gouvernementales. On nous informa que cette délégation gouvernementale
était venue dialoguer avec la communauté de Jolnixtié-section
1, afin de trouver une solution au conflit qui s’est déclaré
à la suite de l’assassinat de Jose Tila López García.
La population a répondu à l’assassinat, en bloquant le chemin
qui passe au centre de la communauté et en expulsant du village
le détachement de 15 agents de Police. La population de Jolnixtié-section
1 réclame justice pour la mort du déplacé José
Tila survenue le 21 février quelques heures après que celui-ci
ait témoigné devant la CCIODH à Misopá Chinal.
En chemin, d¹autres indienNEs se sont jointEs
au groupe, qui comptait à la fin du trajet plus de 150 personnes.
C'est probablement à cause de ce cortège impressionnant,
qu'il n'y a pas eu de contrôle par les membres de "Paz y Justicia"
au cours de ce trajet. Avant d'arriver à Jolnixtié, nous
avons fait un arrêt à l¹endroit où José
Tila a été assassiné. Puis, après avoir passé
le pont des "Siete pasadas", la groupe s'est recueilli un moment en silence
devant un petit autel commémoratif formé d'une croix de bois
entourée de fleurs autour de laquelle avaient été
placées des bougies.
Notre groupe était attendu à Jolnixtié-section
1. Les indienNEs des communautés voisines s'étaient rassembléEs
tout le long de la route. Les visiteurs furent accueillis par des applaudissements
et des acclamations: "Vive les droits humains!". Le lendemain à
la première heure, nous avons commencé à recueillir
les témoignages des habitantEs. Le jour s'est passé ensuite
entre moments de repos et discussions informelles avec les nombreuses personnes
qui s'étaient approchées des visiteurs. A travers toutes
les discussions que nous avons eu, nous avons relevé l'inquiétude
que ressentent les gens face aux événements survenus à
Acteal le 22 décembre. Nos avons remarqué la préoccupation
et la crainte qu'un événement de cette gravité ne
se produise dans la Zone nord.
Les témoignages relatifs à l'assassinat
de José Tila López García, ont commencé à
8 heures du matin le jeudi 5 mars dans le village de Jolnixtié-section
1. La famille du défunt, un interprète membre de la communauté
ainsi que plusieurs personnes de la communauté sont venuEs témoigner.
C'est la famille de José Tila qui a fait le témoignage. AccompagnéEs
de ses enfants, José Torres López, le père de la victime,
a narré les événements et la mère, doña
Reina Torres García, a rajouté quelques détails.
Voici la déposition telle qu’elle a été
faite aux observateurs :
La famille de José Tila est originaire de la
communauté de Tzaquil et vit depuis deux ans à Jolnixtié-section
1, comme déplacés, dans des conditions difficiles. José
Tila avait 23 ans lorsqu’il a été assassiné. Avant
de quitter Tzaquil, il avait déjà été menacé
de mort par les dirigeants locaux de "Paz y Justicia": Augusto Torres Martínez,
Isabelino Torres Martínez, Cristóbal Gómez Torres
et Ernesto Torres García. José Tila était depuis 1996,
le représentant légal et délégué de
la communauté de Tzaquil. Depuis quelques années il était
catéchiste et il s'identifiait comme base d¹appui zapatiste
depuis 1993. José Tila était considéré par
la communauté comme un "défenseur des pauvres". En 1996,
9 familles dont celle de José Tila furent expulsées de Tzaquil.
L’église et leurs maisons ont été brûlées,
leurs terres volées.
Le jour du crime, José Tila se dirigeait en
compagnie de son père sur le chemin menant à Emiliano Zapata,
pour acheter du maïs. En chemin, ils se retrouvèrent face à
sept hommes à cheval, qu’ils reconnurent comme des membres de "Paz
y Justicia". Toutefois, José Tila et son père continuèrent
leur chemin. Les agresseurs, conscients de leur avantage, passèrent
à l’attaque. Ils poursuivirent les deux hommes et les ligotèrent
comme du bétail. Le père réussit à s'enfuir
mais José Tila fut blessé à la poitrine par deux balles
de calibre 22. Les agresseurs l’achevèrent ensuite en portant 16
coups de machette, surtout sur la tête, les bras et les mains. Son
père pour sa part réussit à s’échapper dans
la montagne.
Les habitantEs de la communauté d’Emiliano Zapata
annoncèrent la nouvelle à l’Armée fédérale.
Le lendemain matin à 8 heures, un groupe de militaires retourna
sur les lieux de l’embuscade et trouva, à 40 mètres du pont
des "Siete pasadas" le corps de José Tila. Le représentant
du ministère des affaires publiques de El Limar se rendit sur place
et annonça à la communauté Emiliano Zapata la macabre
découverte. Au matin du 22 février, la nouvelle fut transmise
à la police qui ne s’était pas déplacée sur
les lieux. Ensuite, d’autres témoins sont venuEs parler, le père
de la victime, quand à lui terrorisé, resta caché
pendant un certain temps.
Le cadavre de José Tila a été
retrouvé étendu sur le dos: il lui manquait sa casquette
blanche, sa carte d¹identité, sa chemise blanche, son sac à
dos ainsi que les 4 500 pesos avec lesquels il devait acheter le maïs.
Le corps du défunt fut transporté en camionnette jusqu'à
la communauté d’Emiliano Zapata. Le corps fut ensuite transporté
par des membres de la communauté jusqu’à Jolnixtié-section
1. Pendant une journée et une nuit entière on veilla son
corps qui fut ensuite transporté à Tzaquil, sa communauté
d¹origine, dans un cortège funeste composé d¹au
moins 150 personnes. C’est à Tzaquil que fut enterré José
Tila López García.
Lors de sa déclaration, M. José Torres
López a identifié les assassins avec précision: López
García, Paulo López Pérez (agent rural), Mateo López
Pérez, Plácido López Pérez, Juan José
García Pérez et Salomón López Pérez
tous résidents de la communauté voisine Libertad Jolnixtié,
ainsi que deux des fils du dirigeant local de "Paz y Justicia", Carmelino
López et Teo López habitants à Panchúc. Les
membres de ce groupe ont été décrits comme des personnes
sans scrupules ni croyances religieuses, bandits et voleurs.
Lorsque les observateurs se sont informés de
l'état moral de M. José Torres López et de sa famille,
celui-ci a avoué que tous les siens étaient atterrés
par la perte de leur fils unique. C'est à ce moment que le délégué
de la communauté chargé de la traduction chol-espagnol, M.
Candelario García García, a pris la parole. Ce dernier a
dénoncé devant la commission l’attitude négligente
et complice de la police dans cette affaire. La police a allégué
n'avoir reçu aucun ordre d’arrestation concernant les présumés
assassins, même après avoir entendu à quatre reprises
les dénonciations de la délégation de Jolnixtié.
Devant le manque réaction de la police, la communauté a donc
fait appel à l’Armée qui, de même, a répliqué
n’avoir aucun mandat d'arrêt concernant ces individus, ni même
les compétences pour agir. La Sécurité Publique a
été accusée par les membres de la communauté
de complicité dans la fuite des assassins. Grâce aux pressions
exercées par ceux-ci, le membre de "Paz y Justicia" habitant Panchúc
a été arrêté, toutefois, les six autres assassins
ont disparu. La communauté a donc décidé d’expulser
du secteur le détachement policier dirigé par le commandant
Juan Díaz Gónzalez, et de construire sur la route une barricade
permanente, encore en place en date du 7 mars.
On nous a expliqué que depuis ces événements,
le sous-procureur de la justice, Eduardo Montoya, est venu à trois
reprises, ne proposant aucune solution à leur requête mais
exigeant la levée de la barricade. La réponse du gouvernement
a été négative, parfois même agressive ce qui
fit dire à M. Candelario: "Il n’y a aucun espoir de résoudre
ce conflit. Il ne nous reste plus qu’à nous défendre avec
les armes que nous possédons: la pierre et le bâton."
Ensuite, les dépositions se sont concentrées
sur la situation actuelle de la communauté. Les habitantEs ont attesté
que depuis deux années, les groupes paramilitaires de "Paz et Justicia"
encerclent leur village, violant leur droit à la libre circulation.
Les habitantEs ont également signalé cet "état de
siège" s’est ajouté aux problèmes existant dans la
communauté du fait des déplacéEs: absence de mesures
éducatives, sanitaires et alimentaires. Encore une fois, il a été
souligné l’extrême tension dans laquelle vivent actuellement
ces gens. Ils ont aussi déclaré qu'ils ne laisseraient plus
de nouveaux crimes impunis.
L'entrevue à Jolnixtié-section 1 étant
terminée, nous nous sommes rendus l’après-midi vers la communauté
voisine de Libertad Jolnixtié pour entendre les témoignages
de deux représentants. Ceux-ci, de même qu’une grande partie
de la population ont été expulsés avant de pouvoir
réintégrer leurs terres d'origine, sans pouvoir sauver leurs
récoltes ou récupérer leurs biens. Ces témoins
ont aussi dénoncé à notre délégation
l'absence de services publics, punition imposée par le gouvernement
pour leur soutient au mouvement zapatiste. On y trouve 110 familles membres
des bases d'appui zapatistes, contre 30 familles impliquées dans
le groupe "Paz y Justicia". Les quelques 500 habitantEs pro-zapatistes
ne disposent plus de services religieux, ni éducatifs, ni sanitaires.
L’église a été pillée lors de leur expulsion,
les installations scolaires sont très limitées et une autorisation
du gouvernement est attendue pour que des professeurs se réinstallent
de façon stable.
La stratégie contre-insurrectionnelle menée
par gouvernement figure dans la liste des plaintes. Un campement militaire
à été établi de force au centre du village.
A cela vient s’ajouter le favoritisme envers les familles membres de "Paz
y Justicia" auxquelles le gouvernement a décerné un projet
d'élevage d’agneaux nommé SEDESOL. Devançant le projet,
les paysanNEs zapatistes avaient offert 5 hectares de terres communales
et non cultivées afin que le projet d’élevage s'installe
à l’extérieur de la zone habitée. Mais cette proposition
a été refusée, et le projet fut développé
tel qu'ont pu le constater les observateurs, au centre même de la
communauté. Ces derniers aussi ont pu constater qu'à l'intérieur
de l’aire réservée au projet (délimitée par
des fils de fer barbelés) se trouvaient des parcelles habitées,
des bâtiments. La présence de ces barbelés oblige maintenant
les gens à faire un détour pour se rendre à certains
lieux communautaires. La "clinique" et l’école, sont fréquentées
uniquement par des enfants de familles membres du groupe "Paz y Justicia".
Lors de notre visite à Libertad Jolnixtié, nous avons pu
vérifier l’extrème tension que vit la population. Le silence
était complet à l'exception du bruit des animaux d’élevage
et des soldats jouant au ballon.
Le retour à Jolnixtié-section 1 eut lieu
en fin de journée. Des déléguéEs et habitantEs
du village nous attendaient et nous avons pu discuter de leurs diverses
préoccupations. On parla des problèmes politiques que vivent
les familles membres des bases d’appui zapatistes, de la crainte que ne
se produise un massacre comme celui d’Acteal dans cette zone, des tentatives
gouvernementales de monter les Indiens chols les uns contre les autres
et du rôle joué par les professeurEs dans le fonctionnement
de "Paz y Justicia". On nous raconta aussi que deux années auparavant,
le maître d¹école avait été assassiné
pour avoir refusé de se joindre au groupe "Paz y Justicia". Les
gens du village considèrent que ce crime a été commis
dans le but d¹effrayer tout éducateur ou éducatrice
qui oserait défier les consignes des militantEs príistes.
À la question posée par la Commission
si les gens de Jolnixtié-section 1 voyaient la nécessité
d¹implanter dans la zone un "Campement civil pour la paix", ils ont
répondu que ça serait "très souhaitable pour le village".
Ils ont ajouté que l¹endroit le plus approprié serait
Jolnixtié-section 1, puisque ce secteur se trouve au centre de la
zone de conflit. Les membres de la Commission leur ont donc fait savoir
qu’ils en informeraient le Réseau de solidarité européen
et les organismes concernés, mais sans rien garantir. Nous leur
avons expliqué qu’il était effectivement difficile d’ouvrir
des campements pour la paix stables puisque le fonctionnement de ceux existants
était encore précaire.
Une personne est venue en fin de journée faire
le témoignage suivant :
Encarnación Pérez Pérez a déclaré
que son cousin et d’autres membres de sa famille avaient été
injustement accusés d¹appropriation de terres et emprisonnés
dans un établissement de l’Etat de Jalisco. Ses proches sont détenus
depuis deux ans dans des conditions inhumaines. Ils sont menacés
de mort, battus et on refuse de les nourrir et de leur fournir les soins
les plus élémentaires. Ils sont encore dans l¹attente
d¹un jugement et d’une sentence, c’est pourquoi elle demande le transfert
de ces prisonniers à la prison de Cerro Hueco à Tuxtla Gutiérrez.
Nous fournissons en annexe les dénonciations
recueillies durant notre séjour où sont expliquées
plus en détail ces détentions. Nous annexons aussi la pétition
écrite adressée au gouverneur du Tabasco, réclamant
le transfert des prisonniers et la révision de leur dossier.
En fin de journée, des déléguéEs
du village ont remis à la Commission une demande manuscrite, nous
demandant de la faire parvenir au sous-procureur de la justice de l’état
du Chiapas. Cette lettre est une invitation à une rencontre à
Jolnixtié-section 1, le 7 mars, afin de discuter le retrait de la
barricade qui a été installée sur la route. Les gens
du village semblaient prêts à accomplir ce geste en échange
de certaines garanties de la part des représentants de l’autorité.
La Commission a quitté la communauté
le 6 mars au matin en direction de Misopa-Chinal où les habitantEs
sont venuEs nous saluer et nous remercier
4
- Visites dans la région de la frontière
4.1.
Visite de la communauté de Santa Martha dans le Municipe autonome
Terre et Liberté‚
23 -2-1998 (Rapport non communiqué à ce
jour)
4.1.1.
Entretien avec les autorités municipales (Rapport non communiqué
à ce jour)
4.1.2.
Entretien avec le promoteur de santé
Les principales maladies dont souffre la communauté sont des
infections des voies respiratoires, des otites et des parasitoses. Les
causes en sont les pluies abondantes entre juin et décembre, l'humidité
importante et le froid. De plus, les maisons sont construites en palme
et en terre, et les cuisines ne sont pas séparées des autres
pièces, ce qui provoque des problèmes pulmonaires, à
cause de la fumée. L’absence d’eau potable constitue un autre problème.
Le gouvernement n’ayant pas répondu à la demande de
la communauté concernant la création d’un centre de santé,
celle-ci a dû organiser son propre centre de santé. Ne disposant
plus de médicaments depuis trois ans, la communauté utilise
des traitements à base de plantes médicinales. Pour pallier
l'absence des médecins, la communauté a mis sur pied un système
de "promoteurs de santé ", qui se chargent des premiers secours.
Les cas graves sont conduits à l'hôpital de Comitan. Etant
donné que la communauté ne dispose pas de véhicule,
elle est obligée de s’en procurer dans les autres communautés.
Grâce à l'aide d'organisations non gouvernementales, la communauté
dispose de sages-femmes formées. Par ailleurs, depuis 1997, les
hommes et les femmes de la communauté reçoivent des formations
sur la planification familiale. Les femmes ont souvent entre six et sept
enfants et n’utilisent aucune planification familiale, bien que le nombre
d'enfants ait diminué ces derniers temps.
Un suivi de la santé des enfants est réalisé
tous les deux mois, ce qui a permis de réduire de 4% le taux de
malnutrition infantile. Le promoteur a souligné que la mortalité
infantile avait aussi diminué depuis 1993, lorsqu'ils ont commencé
à appliquer des vaccins. En matière de prévention,
des causeries sont organisées. On y recommande de faire bouillir
l'eau de pluie (qui est récupérée et transportée
au moyen de canaux vers des dépôts).
En ce qui concerne la Croix Rouge, le promoteur a déclaré
qu’elle ne venait dans les communautés que lorsqu'on n'avait pas
trouvé de véhicule pour transporter un malade grave. La communauté
ne reçoit aucun médicament de la part de cet organisme.
Il a déclaré aussi qu’au barrage militaire qui se trouve
dans les environs de la communauté depuis le 31 décembre
1997, ils étaient soumis à de longues fouilles, de jour comme
de nuit, ce qui retardait l'évacuation des patients. "Ils demandent
où on va et ce que l'on fait, en nous assomant de questions alors
que le malade souffre dans le véhicule."
Revendications dans le secteur de la santé :
Un bon service médical, un habitat digne, de l'eau potable,
le respect de la dignité de l'être humain et un véhicule
pour le transport des malades dont l'état est grave.
4.1.3.
Entretien avec les femmes de la communauté
Les femmes déclarent travailler de manière collective
dans des coopératives de traitement des grains, de fermes de volaille
et dans les champs. Elles ont choisi de ne pas dépendre des programmes
lancés par les institutions gouvernementales, mais plutôt
de s’unir afin de constituer un fonds commun pour l'achat de semences de
maïs et de haricots. De plus, elles tiennent des réunions dans
lesquelles elles analysent leurs nécessités. C’est elles
qui sont à l'origine de la réglementation interdisant la
consommation d'alcool. Dès 1994, elles ont décidé
de mettre fin au problème de l'alcoolisme des hommes, qui entraînait
des mauvais traitements envers elles. Les femmes ont souligné que
l'EZLN avait également lutté pour arrêter ce type de
comportement.
Elles affirment aussi que leurs compagnons ont accepté la
nouvelle situation, qui a donné à chacun une place et qui
a permis aux hommes et aux femmes de choisir leurs propres représentants.
Elles peuvent même accéder à des postes au sein de
la communauté, si elles respectent le principe du "commander en
obéissant" qui règne dans les communautés zapatistes.
Le fait de pouvoir assumer de nouvelles responsabilités a contribué
à une valorisation des femmes par elles-mêmes et à
ce qu'elles perdent la peur de parler. Elles considèrent qu'il est
important de transmettre cette expérience aux jeunes femmes.
En ce qui concerne leurs droits reproductifs, elles affirment savoir
ce qu'il en coûte d'avoir un enfant : c'est pour cela qu'elles refusent
de continuer dans la situation d'exploitation que suppose le fait d'avoir
beaucoup d'enfants. "Maintenant que nous connaissons nos droits " disent-elles
" il nous appartient de décider du nombre d'enfants que nous aurons,
et non nos maris, car nous sommes des mères fatiguées de
voir mourir nos enfants par manque de ressources et à cause de tant
de souffrances".
Elles ont manifesté que la présence de l'armée
dans les environs les empêchait de se rendre à leur labeur
quotidien. Elles ont peur d'être violées par les soldats,
qui font aussi peur à leurs enfants. Leur préoccupation majeure
est que les militaires polluent les eaux avec leurs véhicules. Dans
le fait que des militaires soient envoyés pour faire irruption dans
leurs maisons, leur demander à quelle religion elles adhèrent,
les fouiller et les humilier lorsqu'elles se déplacent, elles voient
la preuve du fait que le gouvernement ne veut pas les respecter. C'est
pour cela qu'elles se prononcent pour le retrait des forces militaires.
Finalement, les femmes ont dénoncé le fait que les soldats
utilisaient de la marihuana pour les accuser de possession et de culture
de drogue. La Commission a pu observer qu’à l'entrée de différentes
communautés, il y a des panneaux interdisant la culture et l'utilisation
de drogues sous peine d'expulsion.
4.2.
ENTRETIEN AVEC UNE COMMUNAUTE DEPLACEE, REALISE A RIO JORDAN, MUNICIPE
AUTONOME DE TERRE ET LIBERTE, 23 FEVRIER 1998.
Antécédents :
La communauté de "Maravillas de Tenejapa" comptait 500 habitantEs.
Elle a été constituée voici 25 ans, dans le cadre
de la politique de " colonisation " de la forêt lancée par
le gouvernement de l’époque. Il s'agit d'une communauté Tzeltal.
Depuis un certain temps, sont apparues des différences entre les
personnes appartenant à des organisations institutionnelles et celles
qui ont choisi d'autres options politiques. La production de café
(principale source de revenus) est canalisée par l'Union de Ejidos.
Lorsqu'un groupe s'est détaché de l’Union de Ejidos et a
tenté de former une organisation indépendante, cela a provoqué
un conflit au sein de la communauté. Les membres de l'Union de Ejidos,
jouissant du soutien des autorités municipales, ont commencé
à faire pression sur les autres afin qu'ils renoncent à s'organiser
de manière autonome.
Faits dénoncés :
En 1994, suite au soulèvement zapatiste, le conflit prend
une autre dimension. En septembre, 350 personnes partent avec tous leurs
biens vers Comitan, suite aux rumeurs d'une intervention militaire importante
dans le secteur. Les autres (environ 150 personnes) décident de
rester sur place. Cette décision sera utilisée comme argument
pour les accuser de sympathiser avec les zapatistes.
Le 9 février 1995, débute une offensive généralisée
de l'armée dans tout l'Etat du Chiapas. A Maravillas de Tenejapa,
les soldats (au nombre de 5 000) sont en possession de listes de personnes
accusées d'insurrection. Incapables de les identifier, ils sont
obligés d'attendre le retour de la population partie pour Comitan.
Le 18 février, Emilio Mendez Gomez, enseignant et activiste
à SOCAMA (Syndicat " Solidarité paysanne-enseignante ", proche
du PRI), identifie les maisons de 18 personnes incriminées par les
listes. 14 parmi elles seront menottées et emmenées en prison.
L'arrestation a été menée par les agents de sécurité‚
municipaux, sous les ordres de l'armée. Les détenus ont été
battus, torturés, humiliés et laissés sans nourriture
pendant 3 jours. C'est grâce à la fuite de certains parents
des prisonniers vers la communauté voisine de Monteflor, que des
organisations de défense des droits de l'homme sont averties des
événements. Ce n'est que vers la fin février, à
la suite d’une visite de membres de la COCOPA (Herberto Castillo) et de
la CONAI, venus en hélicoptère, que les détenus ont
été libérés.
De retour chez eux, ceux-ci constatent que leurs maisons ont été
saccagées. Ils sont même obligés par les diffamateurs
à prendre leurs affaires et à les déposer à
l'église –où celles-ci ont été ensuite vendues.
Face à cette situation, les victimes n'ont d'autre choix que de
quitter leurs foyers détruits. Commence alors une errance qui durera
pratiquement une année. Dans certains endroits, les déplacéEs
doivent faire face à la méfiance des autres habitantEs indienNEs.
Grâce à l'aide d'un prêtre de Tapachula, membre de la
Pastorale de la terre, ils obtiennent finalement un crédit (140
.000 pesos à rembourser en trois ans.
Situation
actuelle :
La Commission a rencontré 10 des familles affectées,
là où elles sont actuellement installées, dans un
lieu appelé Rio Jordan. Elle a pu constater la précarité
de leurs conditions de vie: maisons inachevées, absence d'installations
sanitaires, d'électricité, d'eau potable, de poste de santé
et d'école (les familles attendaient l'arrivée d'un maître
d'école).
Ces personnes ont dû faire face de nombreux problèmes
: lors du saccage de leur maison, elles ont perdu leurs papiers d'identité,
leurs certificats de droits agraires, leurs actes de naissance -ce qui,
dans cette zone hautement militarisée, rend la liberté de
mouvement problématique. De plus, cela empêche tout démarche
de réclamation des terres et des biens. D'autre part, ces familles
ont reçu des informations d'après lesquelles leurs maisons
auraient été détruites par ceux-là même
qui les ont forcés à partir. Les habitants actuels des Maravillas
font courir des rumeurs selon lesquelles il existe des ordre d'appréhension
contre les familles déplacées.
Demandes
formulées à la Commission :
Les familles affectées expriment leur désir de retourner
sur leurs terres d'origine, puisqu'il s'agit de leur seul héritage,
tout en demandant que justice soit faite par rapport à ceux qu'ils
estiment les avoir dépouillés.
Documents :
Un procès-verbal concernant l'épisode de l'arrestation
des 18 personnes a été dressé par la Commission des
Droits de l'Homme Fray Bartolomé de Las Casas (annexe 1). En ce
qui concerne la liste des agresseurs fournie par les victimes (annexe 2),
ces dernières signalent que certains ont déjà des
antécédents judiciaires.
Annexe 1 : Liste des détenus :
Alonso Mendez Jimenez/ Diego Mendez Gomez/ Alonso Mendez Guzman/
Antonio Guzman Hernandez/ Antonio Zantiz Luna/ Pedro Guzman Lopez/ Juan
Perez Jimenez/ Alonso Perez Jimenez/ Juan Guzman Lopez/ Alonso Perez Lopez/
Sebastian Perez Intzin/ Antonio Perez Jimenez/ Mateo Ramirez Zantiz/ Petrona
Guzman Lopez/ Lucia Gomez Hernandez/ Maria Lopez Guzman/ Antonia Guzman
Lopez.
Annexe 2 : Liste des agresseurs :
Emilio Mendez Gomez, maître d’école/ Pedro Intzin Ramirez/
Sebastian Zanitz Guzman/ Pedro Zantiz Gomez/ Miguel Intzin Ramirez/ Agustin
Intzin Gomez/ Juan Zanitz Gomez/ Sebastian Lopez Lopez/ Antonio Guzman
Lopez/ Juan Guzman Lopez/ Antonio Zantiz Gomez/ Pedro Intzin Gomez/ Alonso
Intzin Gomez/ Juan Lopez Intzin/ Alfredo Lopez Guzman/ Alonso Jimenez Gomez/
Agustin Lopez Mendez/ Agustin Lopez Lopez.
5.
VISITE DE LA MUNICIPALITE DE SAN QUITIN
5.1
ANTECEDENTS
San Quintin mérite une attention particulière. Situé
à l'extrémité d’une des routes qui pénètrent
la Forêt Lacandone, il s’agit d’une municipalité où
prédomine le PRI. Cette communauté jouit d’infrastructures
privilégiées par rapport aux autres communautés priistes,
car elle est géographiquement la plus proche de l’Aguascalientes
de La Realidad. Les deux communautés sont séparées
par le fleuve Euseba, lequel empêchait jusqu’à présent
tout accès à la zone.
Aujourd’hui, un important campement militaire s’est installé
à San Quintin et un grand pont a été construit sur
le fleuve, ce qui permet le transport de n’importe quel type d’effectifs
militaires vers La Realidad. L’encerclement militaire de la Forêt
est ainsi achevé.
5.2.
ENTRETIEN AVEC LE COMMISSAIRE DE L’EJIDO (MAIRE), CARLOS GOMEZ VELASQUEZ,
MUNICIPALITE DE SAN QUINTIN, 20 FEVRIER 1998
Le Maire affirme que son Ejido soutient le gouvernement : leurs demandes
sont donc bien accueillies par le gouvernement. La communauté reçoit
un soutien économique à travers divers infrastructures et
services municipaux, notamment dans le secteur de l’éducation. Les
besoins de l’enseignement primaire et secondaire sont comblés, les
300 enfants en âge scolaire étant pris en charge par 15 maîtres
d’école. La communauté dispose aussi de soins médicaux,
et l’armée met à sa disposition un hélicoptère
en cas d’urgence. Tous les mois, la communauté reçoit gratuitement
les vaccins et les médicaments dont elle ont besoin.
Interrogé au sujet de la propriété des terres
sur lesquelles s’est installé le campement militaire depuis 1994,
le maire reconnaît qu’elles appartiennent à la communauté,
mais qu’il ignore si l’armée paye un loyer ou des indemnisations
en échange. Il affirme aussi ne pas être au courant de l’existence
d’une demande en bonne et due forme d’occupation de ces terres par les
militaires. Le maire remarque que le fait que les militaires filment la
population et les gens de passage depuis leur campement constitue une pratique
courante. Il affirme ne pas connaître le nombre de soldats présents
dans le campement.
En ce qui concerne les autres services publics, on remarque l’amélioration
des voies d’accès, un service de canalisations complet, une antenne
de télévision et la présence d’électricité
dans toute la municipalité. L’importance du pont construit récemment
au-dessus du fleuve est frappante. Contrairement aux ponts habituellement
construits dans la zone, ce pont particulièrement large et solide
permet le passage d’armement lourd. Depuis la construction de ce pont,
le temps de trajet vers les communautés voisines a été
remarquablement réduit.
Le maire reconnaît qu’il existe des Ejidos et des municipalités
qui ne reçoivent pas le soutien du gouvernement, mais il affirme
ignorer l’existence de conflits dans les Ejidos voisins, puisque sa communauté
n’entretient pas de relations avec les autres communautés. Par ailleurs,
il signale que le gouvernement fédéral est en train de négocier
quatre projets de développement dans la zone.
En ce qui concerne les étrangers, il affirme que le règlement
de l’Ejido leur interdit de participer à la vie communautaire, cependant,
il remercie la Commission de sa visite.
5.3.
INCIDENTS LORS DE LA VISITE A SAN QUINTIN
Au cours du trajet vers cette localité, la Commission a constaté
la présence de quatre campements militaires. Dans l’un d’eux, la
Commission a été soumise à un contrôle migratoire.
A leur arrivée, les membres de la Commission ont tenté par
deux fois, sans succès, d’obtenir un entretien avec les commandants
du campement militaire situé dans la municipalité. Un officier
a informé la Commission que l’absence du commandant rendait impossible
un entretien, et qu’il n’existait pas d’autre responsable autorisé
à nous fournir de l’information. Pendant que la Commission se trouvait
dans le campement militaire, elle a été filmée par
plusieurs sentinelles, sous prétexte de motifs de sécurité
publique.
6.
ENTRETIEN REALISE LORS DE LA VISITE DE LA PRISON DE CERRO HUECO, A TUXTLA
GUTIERREZ
Le 21 février 1998, huit membres de la Commission
(José Luis Humanes, Luis Nieto Pereira, Paloma Martin Torpedo, Yves
Bonnardel, Montserrat Ramirez et deux membres de l’équipe de vidéo)
ont visité la prison de Cerro Hueco en compagnie de Javier Elorriaga
(ex-prisonnier à Cerro Hueco) et de Miguel Angel de los Santos (avocat).
La délégation a été reçue
par le directeur du CERESO (Centre de Prévention et de réadaptation
sociale), M. D. Eduardo Coutiño Arrazola, qui a expliqué
la situation de cette prison, en fournissant les données suivantes
:
-
Cerro Hueco présente une capacité maximum
de 350 internes et sa population actuelle est de 923 détenus
-
Les besoins de base des détenus (eau, toilettes,
téléphone, ateliers, traducteurs professionnels en langues
indiennes, médicaments, etc.) ne sont pas satisfaits.
M. Coutiño affirme aussi que l’ambiance dans cette
prison est relativement calme et qu’on n’y rencontre pas de conflits ou
de problèmes graves.
Répondant à la question sur la présence
de personnes détenues illégalement, il répond qu’il
l’ignore car ses compétences s’arrêtent à la gestion
de la prison et qu’il n’a aucun pouvoir sur les affaires légales
ou juridiques. La Commission lui ayant ensuite demandé s’il y avait
des prisonniers politiques dans la prison, M. Coutiño répond
que c’est difficile à dire, car les détenus ne sont pas interrogés
sur leurs idées. Il a cependant estimé qu’il y avait une
trentaine de prisonniers politiques.
Ensuite, la Commission a visité les installations
de la prison, ainsi que l’infirmerie, le bureau d’aide psychologique et
le bureau d’aide judiciaire - constatant la précarité et
le manque de ressources de ces installations. Elle a aussi visité
la Cellule d’Observation et de Classification, ainsi que des cellules communes
et des toilettes.
A leur sortie, plusieurs prisonniers Indiens attendaient
la Commission pour faire connaître leur condition de prisonniers
politiques. Ils ont expliqué que la raison de leur emprisonnement
résidait dans leur appartenance à diverses organisations
politiques, dont le PRD, même si les charges officiellement retenues
contre eux étaient des délits communs - qui d’après
eux leur avaient été imputés injustement. Parmi ces
délits ont été cités l’homicide, la fraude,
le viol, etc. Ces prisonniers ont remis des rapports écrits à
la Commission, en affirmant que 80% des détenus de Cerro Hueco étaient
innocents des délits qui leurs étaient imputés.
La Commission a tenu une réunion avec 32 personnes
du collectif " La Voz de Cerro " (organisation des prisonniers politiques),
personnes qui affirment être des sympathisants ou des bases d’appui
de l’EZLN et qui ont affirmé être détenues pour des
raisons strictement politiques. Les membres de ce collectif ont assuré
que les allégations gouvernementales selon lesquelles 300 détenus,
bases d’appui de l’EZLN auraient été libérés,
ne sont pas exactes. Parmi les personnes libérées, ils n’ont
reconnu que 6 de leurs compagnons.
Une dizaine de ces détenus ont exposé
leurs cas particuliers et transmis aux membres de la Commission des dénonciations
au sujet de leurs arrestations respectives ; celles-ci ont été
réalisées par des membres du PRI, des paramilitaires du groupe
" Paz y Justicia " (" Paix et justice ") ou des agents de la Sécurité
Publique. Deux d’entre eux, par exemple, ont témoigné avoir
été injustement accusés par des policiers judiciaires
de se trouver en possession d’armes à feu. Ces deux personnes ont
affirmé avoir été battues, torturées et condamnées
finalement à trois et six ans d’enfermement, respectivement.
La Commission a aussi entendu le témoignage
d’une personne qui avait été agent municipal de sa municipalité
(rebelle). Or, suite à un procès contre une autre personne
(effectué selon les lois indiennes, comme il est d’usage dans les
municipalités rebelles), la communauté toute entière
a été accusée de séquestration par les autorités
policières, puis condamnée. En tant qu’agent de cette communauté,
cette personne est emprisonnée depuis le 16 octobre 1997.
Une autre personne accusée d’homicide (injustement
selon elle) a affirmé avoir été détenue conjointement
par la Sécurité Publique et des membres de " Paz y Justicia
" et condamnée à 15 ans de prison, sans que les accusateurs
se soient présentés lors du procès.
Toutes les personnes interrogées ont assuré
être issues de populations déplacées depuis le début
du conflit chiapanèque. Elles affirment avoir accompli plusieurs
années de détention et ne pas avoir pu recevoir de visite
de leurs familles à cause de la distance et du manque de ressources
économiques. Elles ont affirmé que leur familles rencontraient
des difficultés de survie accrues, dans la mesure où elles
étaient privées des revenus que les détenus leur pourvoyaient
normalement. Pour les détenus, le manque de ressources signifie
aussi un problème quotidien : ils ne peuvent pas acheter les couvertures,
les matelas ou les médicaments dont ils ont besoin, et qui ne sont
pas fournis dans la prison.
Après cet entretien, la délégation
avait rendez-vous avec le Sous-secrétaire du gouvernement, qui a
affirmé qu’une des principales préoccupations du gouvernement
de Roberto Albores Guillén était l’amélioration des
prisons. Il en prenait pour preuve la présence même de la
Commission dans la prison.
La Commission n’a pas pu visiter la cellule de punition
appelée "Cellule Noire ", dont l’existence lui a été
signalée par plusieurs détenus. Les autorités de la
prison ont affirmé que celle-ci n’était plus utilisée
depuis longtemps.
Finalement, le Sous-secrétaire du gouvernement
de l’Etat s’est excusé car il devait s’occuper de la libération
de cinq détenus, dont des prisonniers de droit commun et des membres
du collectif La Voz de Cerro Hueco. Cette libération a eu lieu devant
les yeux des membres de la Commission.
Cette curieuse coïncidence a amené certains
journalistes à penser que cette libération était due
à une demande formulée par la Commission. Or il n’en était
rien, et la Commission a confirmé à la presse qu’elle était
la première surprise.
|