IV. RAPPORT SUR LA SOCIETE CIVILE
LA SOCIETE CIVILE.
Une des taches fondamentales de la Commission a été
de recueillir de l’information auprès de la "Société
Civile" en rencontrant de nombreuses organisations et d’entrevues directes
avec les différents acteurs sociaux.
Nous avons été en contact avec les organisations
suivantes :
Fundación FIDEICOMISO, Centro de Derechos Humanos
Fray Bartolomé de Las Casas, Kinal Antsetik (Tierra de Mujeres),
Centro de Investigación y apoyo a las mujeres (CIAM), CIOAC (Central
Indígena), Cooperativa de mujeres Jolom Mayaetik, Campaña
Arco Iris, COSIDEP, BACOSAN, OCEZ, Comunicación Campera, Alianza
Cívica de Chiapas, Ciudadanos Sancristobalenses por la Paz, Comité
Civil para el Diálogo, Sindicato Independiente de Trabajadores del
Estado, Asociación de Posadas de San Cristóbal, Cooperativas
de productos agrícolas, Unión Majomut (Unión de Ejidos
y Comunidades cafeticultoras del beneficio Majomut), Sociedad Cooperativa
Tzotzilotic Tzobolotic, Sociedad Cooperativa Cholonb' Ala ; et les organisations
non gouvernementales DESMI, SIPAZ (Servicio Internacional para la Paz)
et Global Exchange, Red de organismos civiles de derechos humanos "Todos
los derechos para todos" et certaines organisations sociales de Mexico:
Religiosos Apostólicos, Comisión Intergregacional de religiosos
y religiosas, Comisión Paz Justicia y Vida, Alianza Cívica,
Asamblea de religiosos por la paz, Sagrado Corazón, Dialogo 27,
Movimiento por la paz, Comités civiles de la zona sur del Frente
Zapatista, CENCOS (Centro de comunicación Social), Comité
Civil de Guanajato, PRD (Partido de la Revolución Democrática),
Secretaría Intercontinental Cristiana, Comisión de Justicia
Pacífica, Equipo de Paz, SERPAZ (Servicio de Paz), CICSAL, Cuatro
Lunas por la Paz.
Nous considérons que la société
civile est une des parties les plus actives du processus : en 1994 elle
a réussi à stopper l'offensive militaire, devenant aussi
un acteur primordial et prenant un rôle prépondérant
dans le conflit. Depuis, se sont créées autour des activités
de médiation et de surveillance du dialogue, une multitude d'organisations
de Droits de la personne, d'aide humanitaire, d'éducation, de santé,
de femmes, de coopératives, d’ONG.
1.
Entretiens et rencontres effectués par la commission à san
cristobal.
Réunion au centre des congres "El Carmen" de San
Cristobal de Las Casas.
Dans le cadre de la rencontre avec la Société
Civile du Chiapas, réalisée le 22 février 1998, plusieurs
tables rondes ont été organisées autour des thèmes
suivants : l'Education, la Santé, les ONG, la Terre, Participation
et Démocratie, qui ont donné lieu à des entretiens
avec les organisations sociales et les ONG invitées. Ci-après,
le résumé de ces conversations.
THEME : L'EDUCATION
Les participantEs : Juana López (de Alianza
Cívica, qui travaille sur le thème de l'éducation,
à promouvoir la participation politique de la société
civile, à la divulgation et au débat des Accords de San Andrés,
Alianza Civica accepte des subventions semi-officielles), Víctor
Bieras (Escuela Popular de Arte E.P.A.), travaille dans le domaine culturel,
le théâtre, l'alphabétisation, les arts plastiques,
etc..., ils sont autogérés), Natalia (Educatrice sociale
au Nicaragua), Rosa (professeur en Espagne), Sergio (éducateur social
en Espagne), Rosaluz (groupe Kinal-Antzetic qui travaille à l'alphabétisation
des femmes et à un projet de formation d'éducateurs pour
les communautés, l’école est autogérée).
La conversation a commencé avec une brève
introduction chronologique sur l'éducation au Mexique. Il est rappelé
que vers la fin des années 30, ont eu lieu les premières
tentatives de formation de professeurs ruraux. Dans les années 60,
les mieux formés imposent ce qu'on a appelé " le caciquisme
culturel ". Dans les années 70, il y a eu un effort pour effacer
les identités culturelles indiennes en essayant de les intégrer
à la culture dominante, mais dans les années 80 avec l'essor
des études en anthropologie, on commence à parler de l'"autre",
avec la reconnaissance des différences.
Actuellement, les tentatives d'instauration d'une éducation
bilingue n'ont pas donné satisfaction. On a fait des recherches
pour améliorer les salaires des professeurs, la qualité de
l'enseignement, etc., sans succès. Au contraire, la bureaucratisation
a aggravé la situation : les instituteurs doivent se rendre dans
des endroits très éloignés, méconnaissent les
langues indigènes, beaucoup ressentent peu d'intérêt
pour ce qu'ils font, et en arrivent même à éprouver
des sentiment racistes. Il n'y a aucune continuité dans les programmes.
Le "caciquisme culturel", le manque de matériel éducatif,
la difficulté pour les élèves de se rendre dans les
centres scolaires, l'absence d'aide gouvernementale constituent des problèmes
bien réels. Pire encore, depuis le soulèvement du 1994, la
plupart des éducateurs sont partis et ne sont jamais revenus, par
peur, dans les communautés zapatistes, retournant par contre, dans
celles qui se sont déclarées PRIistes (telles que San Quintin,
par exemple)
.
La guerre de basse intensité, en raison de la
division des communautés et la désintégration du tissu
social, a également eu des répercussions dans l'éducation.
Le Programme d'Education Indigenne Communautaire réussit
à mener à bien des projets de soutien aux éducateurs
dans les communautés, mais le gouvernement l'a "dynamité"
en offrant à ces professeurs, des salaires élevés,
du matériel scolaire, etc… Quelques-uns ont accepté, renonçant
ainsi au Programme. Le mouvement syndical lui-même est divisé
entre syndicats officiels et démocratiques.
Les demandes les plus courantes sont : une éducation
bilingue, écologique, replacée dans son contexte, c'est à
dire inter-culturelle et respectant leur droit à l'autonomie indienne,
tout en facilitant leur intégration, mais toujours en tenant en
compte de l'hétérogénéité des intérêts,
des besoins, au Mexique et spécialement au Chiapas. Il y a également
des dysfonctionnements dans l'accès à l'université
(les rares IndienNEs qui y parviennent finissent touTEs par abandonner
leurs racines), et dans l'éducation populaire dans les villes (salaires
trop bas...).
Les communautés font des efforts pour s'autogérer
et pour assurer les dépenses de formation des professeurs hors de
la communauté, mais c'est un effort énorme que presque aucune
ne peut supporter longtemps.
La conclusion est claire, tout est à faire :
la formation d'éducateurs, le matériel, la méthodologie,
la définition des besoins, etc…
THEME : LE COOPERATIVISME ET LES ONG AU CHIAPAS
Les participants : Cooperativas de productos agrícolas
Unión Majomut (Unión de Ejidos y comunidades cafeticultoras
del beneficio Majomut), Sociedad Cooperativa Tzotzilotic Tzobolotic, Sociedad
Cooperativa Cholonb'Ala et les organisations non gouvernementales DESMI,
SIPAZ (Servicio Internacional para la Paz) et Global Exchange. Chaque entité
participante expose son histoire et ses objectifs de travail. Voici les
points les plus importants :
Compte rendu de l'entretien :
L'Union Majomut travaille dans le domaine de l'agriculture
écologique. En 15 ans, elle a consolidé des marchés
pour son café aux Etats-Unis et en Europe. Son organisation se distingue
par la pluralité politique et ethnique de petits propriétaires
"minifundistes", Tzotzil et Tzeltal, qui la composent. L'auto-organisation
de la production et de la commercialisation a amené une certaine
indépendance vis-à-vis des intermédiaires, mais cette
situation de pluralité et de lutte économique se trouve affaiblie
depuis mai 1997, date de la marche des 1.111 zapatistes. Les représentants
de l'Union Majomut dénoncent à la Commission, les manœuvres
du gouvernement de l'Etat et du gouvernement fédéral pour
diviser leurs associés au moyen de menaces et d'aides réservées
aux sympathisants du PRI. Nous voyons apparaître les premiers déplacéEs
dans la région. Cette situation s'aggrave en septembre, lorsque
le nombre de personnes forcées d'abandonner leurs biens augmente
considérablement ce à quoi les autorités se montrent
indifférentes. Voilà comment le gouvernement répond
aux revendications populaires. Le massacre d'Acteal aggrave la situation
: à partir du 22 décembre, les militaires apparaissent dans
la zone où travaille l'Union Majomut (90% de ses membres proviennent
de la zone de Chenalhó, le reste vient de Cancuc). Actuellement,
il existe 18 postes militaires dans cette zone productrice de café,
ce qui empêche les tâches agricoles quotidiennes et dérègle
la vie des communautés.
L'Union Majomut est dans une situation critique, puisqu'elle
n'honore plus ses contrats avec ses clients étrangers. Cette coopérative
dénonce le fait que leur café est récolté par
les voisins à tendance PRIiste et ce, avec l'aide de l'armée.
La vente de ce café s'effectue directement aux intermédiaires
qui exploitent depuis des siècles, les paysans de cette région.
C'est ainsi qu'est brisée la lutte pour l'indépendance économique
et l'amélioration du niveau de vie des familles indiennes productrices
de café.
Cette situation s'est étendue dans le territoire
où travaillent les coopératives Cholonb'Ala (municipalité
de Tila) y Tzotsilotic Tzobolotic (municipalité d'El Bosque), d'où
l'exigence de démilitarisation de ces zones productrices de café.
La politique du gouvernement fédéral
de subventions pour la production de café a été critiquée
de façon unanime. On dénonce le fait qu'au Chiapas, la quantité
subventionnée a été réduite à 30%, tandis
que dans les autres Etats du Mexique, elle s'est maintenue à 60%.
C'est une stratégie d'asphyxie économique des communautés
indiennes.
L'ONG DESMI mène des actions de soutien et de
formation économique qui permettent aux producteurs de café,
la pleine appropriation du processus productif. Ils concentrent leurs efforts
dans la formation et l'assistance au niveau administratif, juridique, comptable
et technico-agricole. Ils suivent une ligne complémentaire à
celle des coopératives, et travaillent pour que devienne réalité
une voie économique autonome, loin des dépendances clientèlistes
que développe le gouvernement.
SIPAZ et GLOBAL EXCHANGE sont des organisations qui
travaillent dans l'information et la formation pour la paix. Elles ont
un caractère international et toutes deux dénoncent la stratégie
contre-insurrectionnelle appliquée par le gouvernement pour résoudre
les problèmes au Chiapas. Leur plan de travail se concentre sur
la résolution pacifique du conflit. Elles mettent en avant leurs
activités qui se développent de manière neutre, sans
se prononcer en faveur du zapatisme, mais plutôt pour la paix, d'où
leur demande d'application des Accords de San Andrés, l'organisation
de campements pour la paix, et les campagnes menées pour la libération
des prisonniers politiques. Les membres des ces organisations ont communiqué
à la Commission leur préoccupation par rapport à la
situation d'insécurité dans laquelle se trouvent les étrangerEs
qui travaillent au Mexique. SIPAZ a envoyé un délégué
mexicain à cet entretien de peur que ses membres étrangers
ne se fassent contrôler et qu'ils ne subissent des pressions de la
part des autorités. Le représentant de GLOBAL EXCHANGE a
même envisagé la possibilité de ne pas venir à
cette rencontre.
THEME : DIALOGUES SUR LA DEMOCRATIE ET LA PARTICIPATION.
Participants: Campaña Arco Iris, COSIDEP, BACOSAN,
OCEZ, Comunicación Campera, Alianza Cívica de Chiapas, Ciudadanos
Sancristobalenses por la Paz, Comité Civil para el Diálogo,
Sindicato Independiente de Trabajadores del Estado, Asociación de
Posadas de San Cristóbal. Nous allons exposer leurs dires :
BACOSAN :
Ils considèrent justes les pétitions
des zapatistes. A propos du soulèvement du 1994 ils déclarent
"il était temps, la marginalité et le racisme règnent
depuis trop longtemps, et maintenant quelques hommes et femmes de notre
race ont courageusement parlé en notre nom". Ils pensent que les
élections ont toujours été manipulées et achetées
(on donnait 50 pesos à tous ceux qui votaient pour le PRI). Certains
membres de l'organisation ont été menacés de mort,
d'autres de l'incendie de leurs maisons.
COSIDEP :
Ils considèrent l'état du Chiapas comme
une zone riche, productrice d'une grande diversité de produits (cacao,
haricots, café, sucre, bois précieux, pétrole), mais
tout est entre les mains de deux ou trois personnes et le paysan est exploité
par le gouvernement. Une des caractéristiques principales de cette
spoliation est la vente à des prix élevés du matériel
nécessaire à la production et l'achat à des prix ridicules
des récoltes et des matières premières extraites.
Ils dénoncent le fait que dans les zones rurales, les éleveurs
paient des soldes aux ex-militaires et à d'autres individus, qui
se constituent en groupes paramilitaires.
CAMPAÑA ARCO IRIS:
Il s’agit d’étudiantEs de l'UNAM (Université
Nationale Autonome de Mexico) qui soutiennent le mouvement zapatiste depuis
1994. Leurs activités principales sont la participation aux manifestations,
la réalisation de concerts, de conférences, d'expositions,
etc. Ils déclarent s'occuper tout particulièrement de la
diffusion des Accords de San Andrés.
COMUNICACION CAMPERA :Elle est formée d'indiens
Tzeltales, Tzotziles, Tojolabales, Mames, Cachikeles. Elle a été
créée avec l'intention de faire connaître ce qui se
passe vraiment au Chiapas. Certains de ses membres ont été
emprisonnés ou séquestrés. Ils insistent sur le fait
que la quasi totalité des médias est aux mains du gouvernement
et qu'il y a beaucoup de journalistes achetés. Ils nous communiquent
que Radio 1 de San Cristobal est un média qui sert des intérêts
élitistes.
ALIANZA CIVICA:
Cette organisation a été fondée
en 1994 dans le but d'observer le processus électoral. De plus,
elle participe à la formation à l’exercice de la citoyenneté
au moyen d'ateliers d'éducation. Ils disent qu'au Mexique, il n'existe
pas de culture politique et que l'on ignore les droits des citoyens. Au
vu de la détérioration du climat social, ils expriment leur
plus grande méfiance vis-à-vis des prochaines élections
municipales et pour le Congrès de l'Etat, étant donné
l'impossibilité que celles-ci se déroulent démocratiquement.
Ils pensent que si les élections s'effectuaient de manière
transparente, ce serait avec un coût social très élevé.
OCEZ (Organización Campesina Emiliano Zapata
- Casa del Pueblo de Venustiano Carranza):
Elle est formée de paysans Tzotzils. Ils disent
que leurs terres, achetées au roi d'Espagne, leur ont été
volées et ont étéenvahies par le gouvernement et les
propriétaires terriens (2.500 à 3.800 Ha respectivement)
en 1974. Ils ont réussi à les récupérer en
1989, au prix de 34 assassinats. Actuellement, ils sont organisés
et coordonnés avec d'autres entités chiapanèques et
mexicaines. Autour de la CNC (Confederacion Nacional Campesina, syndicat
paysan pro-gouvernemental) se sont développées des organisations
qui ultérieurement sont devenues des bandes paramilitaires : Alianza
San Bartolomé de los Llanos, Fuerzas Armadas del Pueblo, et le groupe
MIRA, (les trois opèrent dans la région centrale du Chiapas).
Ils dénoncent les caciques du PRI qui détiennent
le pouvoir, le financement des groupes paramilitaires par le gouvernement
grâce à des "programmes de développement social", en
partie détourné pour l'achat d'armes. Ils dénoncent
la militarisation du territoire, et en particulier un groupe paramilitaire
dirigé par Jesus Orantes Ruiz, qui a assassiné 13 dirigeants
de communautés indiennes. Ils affirment que la politique du gouvernement
n'est pas une politique dictée par le Président Zedillo :
celui-ci n’est qu’une marionnette des intérêts du gouvernement
des Etats-Unis.
CIUDADANOS SANCRISTOBALENSES POR LA PAZ:
Cette organisation est née le 12 janvier 1994
dans le but d'accroître les possibilités d’une résolution
politique des problèmes qui ont causé le soulèvement
zapatiste. A l'époque, ils ont estimé que l'information diffusée
par les médias ne correspondait pas à la vérité
quotidienne. Ils ont alors commencé à organiser des forums
et des postes d'information qui se rapprochaient plus de la réalité.
Ils participent à des manifestations, à des forums, à
des " journées pour la paix " et à la logistique des campements
pour la paix. Ils ont pris part à la Convention Nationale Démocratique
(juin 1994) et aux Dialogues de San Andrés. Ils affirment qu'un
des plus grands problèmes du Mexique est la proximité et
influence des Etats-Unis.
SYNDICATO INDEPENDIENTE DE TRABAJADORES DEL ESTADO
DE CHIAPAS:
Le syndicat a deux ans d'existence et compte 500 membres.
Au Chiapas il y a 18.000 travailleurs dont 3.000 ont des contrats fixes
et appartiennent au syndicat officiel. Ils dénoncent que les travailleurs
du conseil municipal de San Cristobal de las Casas reçoivent un
salaire de 350 pesos par quinzaine pour 12 heures de travail par jour et
une journée de repos par semaine. Ils affirment que les syndicats
au Mexique sont des piliers qu’utilise le gouvernement pour se maintenir
au pouvoir.
THEME : LA SANTE
FONDATION FIDEICOMISO
Voici un extrait de l'entretien avec Ofelia Medina,
représentante de la Fondation Fideicomiso.
Cette ONG dont le siège se trouve à Mexico,
est née en 1985 de contacts pris avec plusieurs organisations indiennes,
avec pour objectif de défendre les Droits de la personne de prisonniers
indiens. En 1990, l'organisation se constitue en tant que telle intéressée
qu'elle était par les problèmes de santé des enfants
indiens. La fondation se compose d'un fond à la banque et d'un comité
technique d'experts. Le diagnostic initial de santé de l'enfance
indienne a été établi en 1990 au niveau national,
grâce à l'analyse de la situation dans 600 centres d'accueil
pour les enfants.
Il existe actuellement environ 1200 centres d'accueil
destinés aux filles et aux garçons résidant dans les
communautés. Ces centres, qui mettent en avant l'éducation
bilingue et biculturelle, appartiennent à l'INI (Instituto Nacional
Indigenista) et au Ministère de l'Education Publique.
Le nombre d'enfants indiens est d'environ 5 millions
dont, selon Fideicomiso, 86% souffrent de malnutrition chronique. La fondation
met en place un programme de nutrition pour les enfants indiens tout en
respectant leur propre culture. Depuis 1990, ce projet s'applique au Yucatán,
au Guerrero, au Chiapas et dans quelques zones de Oaxaca. Au bout de 6
mois, les résultats étaient déjà positifs.
Un autre objectif du programme est de susciter la créativité
chez l'enfant en harmonie avec la communauté, en offrant un enseignement
parallèle à celui de l'éducation nationale. Cet aspect
part d'un "je" commun où tout est collectif, sans suivre de modèle
esthétique préalable.
Le programme est composé d'une équipe
de jeunes promoteurs qui se forment pour assurer des activités telles
que la peinture, les jeux... Les enfants apprennent qu'il n'est pas nécessaire
de laisser de côté leur communauté pour avoir accès
au monde moderne. On insiste sur la nutrition des femmes enceintes et des
enfants de moins de 5 ans. Pour cela, on organise des "cuisines collectives"
où l'on distribue une céréale enrichie ou une farine
d’amarante (plante originaire du Mexique qui était un des aliments
de base traditionnels des communautés jusqu'au XVème siècle).
Cette céréale contient la plus grande concentration de protéines
végétales trouvable, sans provoquer de troubles digestifs,
à la différence du soja. Malheureusement l’amarante a pratiquement
disparu suite à l'imposition des critères des colonisateurs.
Cependant le siècle dernier a connu une revalorisation de cet aliment.
De l’amarante est distribuée aux déplacéEs deux fois
par jour pour essayer d'éviter la malnutrition. Chez l'enfant de
moins de 5 ans, la malnutrition peut causer des dégâts irréversibles
de l'organisme.
Pour cette raison, Fideicomiso dénonce la violation
des Droits de la personne les plus élémentaires, subie par
cette population, et rappelle la responsabilité du gouvernement
quant aux 140 enfants qui meurent chaque jour de faim ou de maladies consécutives
à une alimentation précaire.
THEME : LES FEMMES
Voici la transcription des entretiens avec des associations,
des groupes des femmes et des ONG qui travaillent sur la situation des
femmes.
K'INAL ANTSETIK (TIERRA DE MUJERES).
Elles assistent la coopérative de femmes "Jolom
Mayaetik", qui regroupe 9 communautés de la zone des Altos du Chiapas.
CENTRO DE INVESTIGACION Y APOYO A LAS MUJERES (CIAM)
Elles développent des projets de formation,
d'alphabétisation, de coopération, de fabrication de pain,
des ateliers d'éducation sur les Droits de la personne et sur le
thème "les femmes dans le Nord du Chiapas".
COOPERATIVE " JOLOM MAYAETIK ".
Synthèse de l'entretien. Témoignages
de Rosalinda, Cecilia y Micaela, toutes femmes Tzotziles de "Jolom Mayaetik".
- "Nous sommes des femmes de la coopérative
de femmes Jolom Mayaetik, nous sommes des artisanes. Les soldats sont dans
nos communautés de la municipalité de Larrainzar et de Chenalho.
Nous ne pouvons pas sortir. Ils nous contrôlent sans cesse.
Avant, en tant que femmes, nous n'avions pas le droit
de participer, nous pouvions juste laver les vêtements, faire à
manger. Mais nous aussi, nous avons des droits. Maintenant, avec la coopérative,
nous sommes des femmes à part entière."
Organisation des femmes :
- Comment avez-vous planifié l'organisation
en tant que femmes ?
"C'était difficile. Ni les maris ni les familles
ne le voulaient. Mais, maintenant on le fait. Tout a changé et ils
nous aident parfois. Les femmes travaillent plus que les hommes. Eux, ils
peuvent se reposer à la fin de l'après-midi. Nous, nous avons
toujours quelque chose à faire."
- Comment avez-vous fait, vous êtes vous révoltées
?
"Nous avons dit à nos maris que les femmes travaillent
plus et que nous avons le droit de nous reposer."
La santé :
- Quelles sont les conditions de santé dans
vos communautés ?
-"Les cliniques du gouvernement ne s'occupent pas bien
de nous. Il y a une clinique à Oventic, c'est là où
nous allons. Dans les autres communautés il n'y en a pas. Ce sont
les sages-femmes traditionnelles qui s'occupent des femmes dans les communautés."
La répression :
"Nous avons subi énormément d'agressions.
Dans la rue, un groupe d’hommes inconnues nous a menacé, nous a
traité de " putes ", nous a crié dessus. Ils nous ont demandé
si nous étions zapatistes. Tout cela s'est passé en février
1997.En 1995, ils ont même cambriolé la coopérative
J’pas Joloviletik, où nous travaillons. Il faut continuer à
lutter malgré les menaces."La prostitution :
- "Il y a de la prostitution dans les casernes des
militaires. S'y rendent des femmes de la ville et des communautés
PRIistes. Elles le font pour l'argent, parce qu'elles sont pauvres. On
dit qu'ils donnent 100 pesos aux femmes vierges et 50 aux autres."
Temoignage de Yolanda, membre de K'inal Antsetik :
"En général, la violence contre les femmes
a augmenté non seulement dans les communautés mais également
dans les villes. Il y a des agressions sexuelles contre les femmes des
communautés indiennes, ainsi que contre celles qui travaillent dans
les organisations et les ONG. Il règne un climat de tension et de
peur. Beaucoup de femmes ne peuvent pas porter plainte de ces faits parce
qu'elles sont intimidées et menacées. Le simple fait de travailler
avec des femmes indiennes est un motif suffisant pour être agressée."
Temoignage de Luisa, membre de CIAM :
"Nous avons des projets dans la municipalité
de Chilon, dans le Nord du Chiapas. Pour y arriver, nous devons traverser
des communautés PRIistes. Nous sommes en péril constant face
à des possibles représailles contre nous. Nous sommes constamment
fichées et contrôlées ".
La présence militaire et paramilitaire dans
les communautés est très visible. Souvent, la peur engendrée
par cette situation de tension constante provoque des maladies chez les
femmes, que ce soit des problèmes gastriques, des migraines, de
la dépression et de la tristesse.
Les journaux de l'Etat publient les noms des ONG qui
ont de l'argent et qui offrent des bourses. Ces organisations sont accusées
de soutenir la guérilla zapatiste. Tout notre matériel de
travail, même un simple livre d'alphabétisation, est considéré
comme subversif.
Les femmes des communautés ne peuvent pas dénoncer
leur situation. Beaucoup ne parlent pas espagnol et ne savent ni lire ni
écrire. Cependant, la participation des femmes à la vie politique
augmente. Dans les quartiers de San Cristobal, par exemple, il y a des
organisations de femmes soutiennent, préparent et participent aux
mouvements qui réclament l'électricité et l'eau potable.
Ces initiatives publiques sont souvent accompagnées de menaces de
la part de leurs propres voisins.
Femmes dans l'armée. Femmes dans le gouvernement
:
"Actuellement, le gouvernement utilise des femmes pour
des objectifs politiques anti-insurrectionnels. Récemment, un corps
de 500 femmes soldats s'est formé, sans doute en réponse
aux mobilisations massives et pacifiques des femmes contre l’installation
de campements militaires dans les communautés. Les femmes toutes
seules ont repoussé les soldats. Elles sont sorties pour défendre
leurs communautés tout en s'exposant aux soldats hommes. Elles l'ont
fait à mains nues. Maintenant 500 femmes soldats arrivent pour répondre
à la désobéissance civile des femmes indiennes. Au
gouvernement on trouve Rosario Green, Ministre des Affaires Etrangères,
Mireille Rocatti, de la Commission Nationale de Droits de l'Homme, ainsi
que la Secrétaire du Gouvernement du Chiapas, qui collaborent à
la stratégie anti-insurrectionnelle du gouvernement.
Militarisation et femmes :
"Les cicatrices sont restées là, février
1995, quand on a dû fuir vers la montagne. Les bases de soutien zapatistes
ont fui à cause des attaques des militaires, en laissant toutes
leurs affaires derrière elles, leurs outils, leurs maisons, leurs
communautés ".
Il y a eu aussi des morts suite à l'attaque.
Une fois dans la montagne beaucoup d'entre eux sont morts de faim et des
maladies, surtout des enfants et des personnes âgées. Apres
cela, les femmes ont voulu s'organiser pour défendre leurs communautés.
Elles ont fait des barrages sur les routes, elles ont fouillé les
camions, elles se sont réunies pour défendre leurs communautés.
Tout cela pour éviter une nouvelle attaque. C'était leur
propre décision ".
Paramilitarisation et Femmes :
"Un réseau de solidarité de femmes existait
avant 1994. Les actions anti-insurrectionnelles essayent de le désarticuler.
A partir de cette année, dans la municipalité de San Andrés,
par exemple, on a obligé les femmes PRIistes ou non-zapatistes à
mettre un drapeau blanc sur leur maison. C'était une des premières
techniques pour fomenter la division entre familles et au sein des communautés.
On raconte le cas d'une femme qui était mariée
à un paramilitaire. Une partie de sa famille était membre
de "Las Abejas", organisation à laquelle appartenait la plupart
des victimes du massacre d'Acteal. Une nuit, elle accompagne son mari à
une réunion de paramilitaires et elle apprend le projet du massacre
d'Acteal. Elle essaye de prévenir sa famille mais son mari se rend
compte de ses intentions et l'emprisonne pendant quelques jours sans lui
donner à manger ni à boire. La femme a dû abandonner
son mari et elle est devenue une réfugiée. On sait aussi
qu'avant le massacre d'Acteal, les paramilitaires avaient menacé
de violer les filles des zapatistes."
Femmes prisonnières :
"Il y a beaucoup des femmes indiennes à Cerro
Hueco qui attendent un jugement officiel depuis longtemps. Elles ne reçoivent
aucune aide, et il n'existe aucun suivi de leur situation. Beaucoup des
charges retenues contre elles -la plupart en relation avec la drogue- sont
sans fondements et basées sur de fausses preuves. Dans la prison,
il y a une organisation des prisonniers masculins, mais aucune ne s'occupe
des femmes.
Planning familial :
"On signale des cas documentés de stérilisation
forcée dans plusieurs cliniques de l'Etat, ainsi qu'un manque de
programmes d'éducation sexuelle et de planning familial."
2.
ENTRETIEN AVEC LES REPRESENTANTS POLITIQUES ET MUNICIPAUX DE OXCHUC
Dans le cadre de la rencontre effectuée à
El Carmen, trois représentants d’Oxchuc ont demandé un entretien
avec la Commission. Ces trois témoins représentent l’association
"Tres Nudos" qui regroupe 3000 paysannes et appuie des petits projets productifs,
essentiellement dans le domaine agricole.
Les représentants ont expliqué que seuls
les projets d’appui à la production vivrière sont menés
par l’association à cause de l’impossibilité d’emprunter
de l’argent aux institutions de l’Etat et du prix des crédits offerts
par les banques. Ils signalent cependant qu’ils ont reçu une petite
aide de l’INI (Institut National Indigène) pour l’achat de costumes
traditionnels.
Situation et faits dénoncés :
Depuis des mois, un conflit oppose une partie de la
population et le conseil municipal (composé de 6 conseillers du
PRI et de 4 du PRD), celui-ci étant accusé de ne pas répondre
aux demandes de la population ainsi que de malversation de fonds publics.
Les personnes qui dénoncent ces faits précisent que la destination
de 672 000 pesos destinés initialement à la réalisation
d’œuvres d’utilité publique n’a pu être déterminée.
Selon eux, la mauvaise gestion municipale et le manque d’attention à
la population ont créé des tensions dans les organisations
et les partis d’opposition mais également dans les rangs du PRI
: parti majoritaire au conseil municipal. Par ailleurs, ils signalent qu’il
existe une alliance entre l’association " Tres Nudos " et le PRD. Cependant
les représentants de ce parti siégeant au Conseil Municipal
ne tiennent pas non plus leurs engagements envers la population.
Le mécontentement du groupe en lutte (qui comprend
des membres de l’association " Tres Nudos ", du PRD et environ 300 membres
du PRI en opposition avec les autorités locales, également
membres du PRI) s’est manifesté à travers deux occupation
du siège des autorités municipales (la première a
eu lieu entre le 13 et le 25 août 1997, la seconde entre le 17 et
le 18 février 98). Les deux occupations ont été réprimées
par les forces de l’ordre. Pendant la première évacuation,
plusieurs personnes ont été blessées, et parmi les
nombreuses personnes arrêtées, une trentaine est restée
en prison. De plus, trois camions appartenant à des manifestants
ont reçu des tirs d’armes à feu. De leur côté,
les autorités nationales sollicitées comme médiateurs
n’ont pas répondu, elles ne se sont pas occupées du problème.
Explications :
11 000 personnes sont en âge de voter selon le
dernier recensement. Les prochaines élections auront lieu en octobre
1998 (durée : 2 ans ). Sous la pression de la population mécontente,
le maire élu a été remplacé à la tête
de l’exécutif municipal par son suppléant. Mais la désignation
de l’actuel responsable municipal n’a pas respecté les traditions
de la communauté et selon les plaignants, le choix s’est fait de
manière arbitraire et sans consensus.
Parmi les nombreuses irrégularités observées
pendant les élections, les plaignants s’interrogent par exemple
sur la localisation des urnes, la majorité de celles-ci se trouvant
dans les communautés "priistes ", obligeant les sympathisants des
autres partis politiques à marcher pendant des heures pour exercer
leur droit de vote.
Réclamations :
Les plaignants demandent expressément la démission
de l’actuel maire et de l’intégralité du conseil municipal
et proposent la désignation d’un conseil municipal pluriel par intérim
composé de 6 membres du PRI et de 6 membres du PRD. Ce conseil aurait
pour fonction d’éclaircir la situation financière de la municipalité,
dans la mesure où il existe de fortes présomptions de malversations
financières.
Respect et application des Accords de San Andrès
au niveau municipal :
Sur ce point et sur d’autres, les témoins ont
exprimé ici leur concordance d’opinion avec les zapatistes, bien
que la voie choisie pour agir soit différente (lutte politique pacifique).
Cependant et malgré cela, ils ont été accusés
ou suspectés d’appartenir à l’EZLN et ont reçu des
menaces de la part des agents de la Sécurité Publique.
Plaintes :
Les plaignants parlent de la réalisation "d’œuvres
fantômes ", en donnant des exemples de projets de construction de
routes et de réseaux d’eau potable pour lesquels l’Etat avait destiné
des financements et qui n’ont jamais été réalisés
dans leur intégralité. Par ailleurs, les plaignants affirment
tenir la preuve d’enrichissement personnel de l’actuel maire.
Les plaignants accusent les deux députés
de la municipalité d’Oxchuc, Alonso Lopéz Gómez y
Norberto Santiz López, de recevoir de l’argent de la part des autorités
municipales en échange de leur protection et notamment contre toute
tentative de destitution. Les deux députés sont également
considérés comme les instigateurs du groupe armé MIRA,
qui opère dans toute la région. Celui-ci se limite pour l’instant
à bloquer les routes de la région, en accusant de ces actions
les groupes d’opposition.
D’autre part, les témoins certifient que la
militarisation croissante de la municipalité a eu des effets négatifs
sur la vie de la communauté, en particulier à cause de l’augmentation
de la consommation de drogues, de la prostitution et de l’insécurité
que cela génère. Ils dénoncent également le
fait que des soldats aient déposé à plusieurs reprises
des grenades lacrymogènes sur la voie publique. Ces actions mettent
non seulement en danger la vie des personnes susceptibles de manipuler
par hasard ces engins, mais de plus, cela donne l’occasion d’accuser des
innocents de manipulation d’armes et d’explosifs.
3.
REUNION DE LA COMMISSION AU CENTRE FRAY BARTOLOME DE LA CASAS
Une délégation de la Commission a tenu
plusieurs réunions avec M. Pablo Romo, collaborateur du Centre des
Droits de l’Homme Fray Bartholomé de las Casas (CFBC).
P. Romo a tout d’abord décrit de manière
complète la situation des droits de l’Homme au Chiapas. Il a ensuite
abordé les axes de collaboration possible avec d’autres organismes
internationaux de défense des droits de l’Homme, en particulier
grâce à la présence d’étrangers dans la région.Voici
les principaux aspects de l’exposé de M. Pablo Romo :
Les violations systématiques des droits de l’Homme
s’expliquent tout d’abord par des comportements inspirés par les
autorités, par la militarisation de la région et par des
luttes de pouvoir entres différents groupes locaux. Celles ci affectent
d’avantage les populations qui ne sont pas directement impliquées
dans les conflits. ( P. Romo signala à cet égard une similitude
avec les conflits armés et sociaux qu’a connu le Guatemala dans
les années 80).
Dans ce contexte, il indiqua que les dépenses
militaires constituent la partie la plus importante du budget national.
On a ainsi de bonnes raisons de penser que le gouvernement cherche une
solution militaire au conflit et ne se dirige en tout cas pas vers une
voie pacifique. Cette possibilité de solution militaire, déjà
testée pendant l’offensive militaire de 1995, n’a cependant pas
réussi à cause de la capture ratée de la direction
de l’EZLN et d’autres raisons conjoncturelles (récession économique,
extraordinaire crise de légitimité du gouvernement). Cet
échec est dû également à la formidable mobilisation
de la société civile au niveau national, qui a coïncidé
avec la création des campements de la paix, auxquels le Centre Fray
Bartholomé de la Casas et le Diocèse de San Cristobal a pris
une part active.
La position du CFBC concernant la participation directe
de la société civile internationale sur le terrain est devenue
plus prudente à cause de l’extrême tension et de l’aggravation
du conflit, qui a pour principale conséquence un recul des processus
de négociation.
Le conflit chiapanèque a mis à jour des
fissures internes dans les plus hautes sphères de la classe politique
nationale, notamment entre le pouvoir exécutif et les forces armées.
Ainsi, le travail du CFBC doit être marqué par la volonté
d’impulser des processus de démocratisation, qui doivent être
d’abord pris en main par la société civile organisée
au niveau national.
D’autre part, en évaluant l’impact que pourrait
avoir la remise en cause des accords économiques que le gouvernement
mexicain a signés avec les institutions internationales, le CFBC
pense maintenant fortifier des relations avec des organismes qui travaillent
dans le domaine des droits de l’homme.
Cependant, au regard des accusations lancées
par certains secteurs de la société mexicaine contre des
membres de la CONAI (et du CDH), qui n’auraient pas respecté leur
obligation de neutralité en encourageant la présence d’étrangers
dans les zones de conflit, le CFBC a opté pour position qui tend
à privilégier l’intervention d’acteurs issus de la société
civile mexicaine. La société civile internationale, quant
à elle, devra redéfinir, ses stratégies propres et
ses relations avec la société civile mexicaine.
4.
ENTRETIEN AVEC M. AMADO AVENDANO (Avocat)
-
Fondateur du journal " EL TIEMPO "
-
Candidat PRD au poste de gouverneur du Chiapas en 1994.
Cette élection ayant été fortement soupçonné
d’irrégularités, la population civile (AEDPCH) l’a nommé
Gouverneur en rébellion de l’Etat, poste non - officiel qu’il occupe
depuis. Il a été gravement blessé, pendant la campagne
électorale, dans un accident de la route dont l’origine n’a jamais
été élucidée (Note du traducteur)
Commission : Comment décrivez-vous la situation
au Chiapas ?
M. AVENDANO : Le Chiapas est une région
qui vit depuis plus de 500 ans dans l’esclavage. Depuis la venue des conquistadors
espagnols, tous ceux qui ont lutté pour vivre libre ont été
persécutés. Bartholomé de las Casas lui-même
a été menacé par les Espagnols quand il a demandé
plus de respect pour les Indiens. Depuis cette époque, les Indiens
chiapanèques ont été marginalisés et persécutés,
d’abord au temps du vice-roi puis sous les différents gouvernements
mexicains. Il n’y a jamais eu de routes dans cette région, dans
la forêt Lacandone.
Aujourd’hui le gouvernement construit des routes, mais
c’est pour faire passer les chars de l’armée. Il n’y a jamais eu
d’écoles, ni de centres de santé. Maintenant il en construit
quelque uns, mais la barrière de la langue continue à rendre
la communication difficile. Aujourd’hui, après 500 ans, les Indiens
ont décidé de dire "Assez de l’oubli ", "assez de l’isolement
et des maladies ".
Ce sentiment a même été exacerbé
par la découverte de nombreuses richesses au Chiapas : pétrole,
uranium et un important potentiel hydroélectrique. Le Chiapas a
acquis ainsi un énorme rôle stratégique et économique.
La construction de trois barrages a inondé des milliers de champs
appartenant à des petits paysans et à des Indiens. Ceux ci
sont maintenant dans une grande misère et n’ont jamais été
indemnisés par le gouvernement. De plus, cette production électrique,
qui représente 50 % de la production nationale, est expédiée
en dehors de l’Etat privant ainsi les communautés chiapanèques
d’électricité. Tout ceci explique le soulèvement du
1er janvier 1994.
Commission : Comment fonctionne la démocratie
au Chiapas ?
M.
AVENDANO : Au Chiapas, le mot "démocratie " n’est ni connu ni mis
en pratique. Les Indiens se gouvernent eux même en accord avec leurs
traditions millénaires. De même, ils cultivent le maïs
et les haricots, rendent la justice ou communiquent en respectant leurs
us et coutumes. Et ainsi veulent-ils continuer. Cette soi-disant démocratie
ne leur apporte rien, pire : elle les réprime dans leur forme d’être
et de vivre. C’est pourquoi ils luttent pour que soit reconnue leur manière
d’être et de vivre, ce qu’ils appellent leur autonomie. Ils demandent
qu’on reconnaisse leur façon d’élire leurs autorités,
de vivre en accord avec leur religion, de rendre la justice et leurs langues.
Depuis longtemps, pour ne pas être persécutés,
les Indiens ont dû simuler mais à l’intérieur ils vivent
comme il y a 500 ans. Ils ont ainsi deux sortes d’autorités : le
parti officiel et les autorités qu’ils ont choisies et qu’ils respectent,
conformément à leurs traditions et aux coutumes des anciens.
La première autorité ne sert que de subterfuge pour garder
une relation avec le pouvoir.
Commission : De quoi le gouvernement a-t-il
peur en donnant l’autonomie voulue par les communautés indiennes
?
M.
AVENDANO : En contrôlant les élections, le gouvernement pense
se légitimer aux yeux de la population Indienne. Celle-ci, ne sachant
pas comment fonctionne le pouvoir, vote selon les désirs du gouvernement
central.
Tous les trois ou six ans se tiennent des élections.
Les bulletins de votes arrivent la veille. Au siège de l’exécutif
municipal, la case réservée au parti officiel sur le bulletin
de vote est cochée (par des membres du parti officiel, NDT) et le
lendemain matin, les bulletins sont acheminés vers les bureaux de
vote pour que les Indiens aillent voter. Aux Indiens qui souhaitent cocher
eux-mêmes les bulletins, on répond que le vote est secret.
Ils ne savent donc pas pour qui ils votent. Le gouvernement Chiapanèque
veut seulement récupérer le plus de voix possible car plus
le parti aura de voix, plus le gouvernement central se verra légitimé.
Dans certaines occasions, les votes ont fait l’objet d’un second dépouillement
et il n’est pas rare d’arriver à 120 % (des inscrits) car, les mineurs,
les prisonniers et même les morts votent. Le gouvernement veut seulement
garder son "quota " de pouvoir. Pour le gouvernement, l’autonomie des communautés
indiennes signifie la perte de cette source gratuite de voix.
Commission :
Pourquoi et comment ont surgi les groupes paramilitaires
?
M. AVENDANO
Ils existent depuis longtemps dans les zones d’élevages
contrôlées par les propriétaires terriens. Ces groupes
sont chargés de la protection des terres Indiennes occupées
par les latifundistes. Mais il est arrivé un moment où les
Indiens et les paysans n’étaient plus disposés à supporter
les pressions exercées par les riches éleveurs. Ceux-ci ont
créé leur propre police (les tristement célèbres
gardes blanches) pour réprimer tout mouvement de luttes mené
par les communautés paysannes et Indiennes le gouvernement mexicain
ne pouvant pas mettre des policiers dans chaque fincas (grandes exploitations).
A partir du soulèvement du premier janvier 94,
d’autres groupes paramilitaires ont vu le jour, avec le soutien du gouvernement
et de l’armée fédérale.
Pour maintenir son pouvoir dans le Chiapas, le gouvernement
utilise la police et l’armée. Cependant soucieux de leur image,
les représentants de l’armée fédérale ne souhaitent
pas être traités d’assassins, d’agresseurs. C’est pourquoi,
l’armée utilise des personnes issues des communautés elle-même
(sympathisantes du PRI ou des personnes sans emploi). Le gouvernement les
paye, les forme et les arme. Le moment venu, il leur indique simplement
les personnes à agresser.
Ces pratiques, utilisées par l’armée
mexicaine, sont celles enseignées des les écoles nord-américaines
de contre- insurrection pour mettre en place une guerre de basse intensité.
De cette manière, les militaires ne se salissent pas les mains et
peuvent apparaître comme les protecteurs des uns et des autres. Le
gouvernement justifie ainsi la présence de l’armée, ayant
déjà préparé le terrain de sorte que les communautés
indiennes s’agressent mutuellement. Le gouvernement appuie les groupes
paramilitaires, en les finançant, en les armant, en toute impunité.
Commission : Comment se comporte la Sécurité
Publique ?
M. AVENDANO : La police est présente mais ne
bouge pas, suivant en cela les instructions de ses supérieurs. La
fonction sociale des forces de sécurité publique, qui est
de protéger et de surveiller la population, est appliquée
de façon discriminatoire. Alors que les policiers sont formés
et équipés pour le faire, ils n’interviennent pas en cas
d’agression des populations Indiennes, comme dans le cas du massacre d’Actéal,
où ils sont restés impassibles, regardant le massacre. C’est
arrivé également hier à Sabanilla, lors de la visite
des observateurs internationaux. La police est présente mais reste
en dehors, sourde et aveugle.
Commission : Nous avons été surpris
par la présence massive de l’armée. Il y a de très
nombreux campements avec des tranchées et des sacs de terre, comme
s’il y avait un ennemi contre lequel il fallait se défendre. Que
fait l’armée ?
M. AVENDANO : Conformément à notre
constitution, notre armée est garante de notre souveraineté
nationale en cas d’invasion ou de troubles généralisés
de l’ordre public. Mais la situation ne justifie pas la présence
des nombreux barrages militaires. Les contrôles généralisés
et incessants sont même anticonstitutionnels, puisque nous ne sommes
pas en guerre contre un pays tiers. La présence de l’armée
n’est pas justifiée puisque nous ne sommes pas officiellement en
guerre. Cette présence nous gêne, irrite la population et
nous préoccupe.
Commission : Pourquoi y a-t-iune campagne contre
la visite d’observateurs étrangers ? Quelqu’un a-t-il peur que nous
découvrions ce qui se passe ici ?
M. AVENDANO :Le gouvernement mexicain se préoccupe
beaucoup de son image. Il souhaite continuer à jouer la comédie
en montrant que tout est propre ici, que tout est légitime, légal
et démocratique. C’est pourquoi il ne supporte pas la présence
d’observateurs étrangers venus pour le juger.
Celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien à
craindre. Le gouvernement mexicain ne devrait pas avoir peur lorsqu’un
touriste ou un observateur étranger arrive au Mexique. Ce n’est
pas illégal d’observer les gens vivre. Nous, les groupes qui sommes
opposés au gouvernement, nous savons bien qu’il a peur des étrangers
parce qu’il ne souhaite pas que la situation transparaisse à l’extérieur
du pays.
De plus, les organismes internationaux qui financent
l’économie mexicaine conditionnent leur aide au respect des droits
de l’homme. Cette méfiance vis-à-vis des étrangers
risque donc de coûter cher, parce que le secteur touristique a besoin
des dollars des touristes. Cependant, les expulsions et les agressions
contre les touristes continuent, alors que le tourisme représente
la seule source de revenus de la ville (San Cristobal de las Casas). Le
gouvernement a peur et a ordonné à la police du gouvernement
et à la préfecture qu’ils fassent attention aux touristes.
Cependant, ceux-ci agressent sans distinction les bons touristes, les observateurs
autorisés par le Ministère de l’Intérieur, les touristes
culturels et cela nous est préjudiciable à tous.
Commission : Quel rôle joue la justice
?
M. AVENDANO : La justice n’existe pas au Mexique. Il
y a trois pouvoirs dans ce pays : le pouvoir législatif qui fait
les lois ; le judiciaire qui décide à qui doit s’appliquer
la loi ; et l’exécutif qui l’exécute. Au Mexique, une sélection
est faite selon la position sociale des gens. C’est ainsi que l’autorité
judiciaire décide à qui doit s’appliquer la loi et à
qui elle ne s’applique pas. De plus, le système judiciaire est extrêmement
corrompu. Les procureurs et les juges demandent souvent de l’argent pour
légiférer ou simplement pour poursuivre quelqu’un. Si la
partie adverse paye mieux, elle ne sera pas poursuivie. Personnellement,
j’ai été victime d’une agression brutale, un attentat qui
a tué trois de mes collaborateurs lors d’une campagne politique
(élection du gouverneur du Chiapas en 1994 NDT). Le gouvernement
ne souhaitait pas que je continue, il a donc eu l’idée d’un accident
de la route pour en finir avec moi. La police a facilité la fuite
du conducteur du véhicule qui nous avait emboutis et elle a pris
une autre personne comme conducteur qu’elle relâcha immédiatement
puisque celle-ci était innocente et ne pouvait pas dire ce qui c’est
passé. Le véhicule n’avait pas de papiers et personne ne
vint jamais le réclamer (malgré une valeur estimée
de 2000 000 de pesos). Le procès-verbal ne donnait pas l’heure exacte
des faits et certains morts ont été enterrés sans
que l’enquête soit terminée. Et je pourrais continuer ainsi
avec des dizaines d’autres détails….
Nous n’avons pas assisté au procès puisque
nous n’avions aucune confiance dans les autorités, car ce sont précisément
ces autorités, c’est à dire l’alliance mafieuse entre le
PRI et le gouvernement, qui ont été à l’origine de
ces actions criminelles. Il n’y a aucune confiance dans les autorités.
Comme moi, les gens n’assistent pas à leur procès et choisissent
de faire eux-mêmes la justice.
Commission : Que signifie la figure de gouverneur
en rébellion de l’Etat du Chiapas ?
M. AVENDANO : C’est un symbole. Le gouvernement a empêché
la victoire de ceux qui avaient gagné les élections. Nous
avons gagné ces élections, non pas parce que moi Amado Avedaño
Figueroa, je suis une figure politique reconnue, mais parce que cet attentat
- accident organisé contre moi fut un formidable coup de publicité
et les gens ont voté pour moi, par colère, admiration ou
par pitié. Un exemple précis : à Mijijiapa votent
environ 500 personnes. 480 bulletins sont allés à Amado Avendaño
et 20 pour Eduardo Robledo du parti officiel. Le total des bulletins aurait
dû être de 500 bulletins mais un second dépouillement
en a fait apparaître 1500. Ma femme, qui était présente
affirme que l’urne ne pouvait contenir autant de voix lorsqu’ils l’ont
envoyée. D'où sont venus les 1000 bulletins supplémentaires
?
Le parti officiel gère tout le système.
Les élections sont approuvées par un collège électoral
issu de l’assemblée nationale. Les députés sont juges
et partis. C’est de cette manière qu’il donne la victoire, non pas
à celui qui a eu la majorité mais à celui qui a récolté
une vingtaine de voix. Tu peux aller protester, la décision du Congrès
doit être respectée. Alors le peuple dit : ce n’est pas possible.
Lorsque Ernesto Zedillo est venu au Chiapas pour investir
Eduardo Robledo, le peuple du Chiapas s’était donné rendez-vous
à Tuxla Guttierrez pour me donner le pouvoir et me nommer comme
leur nouveau gouverneur. Les zapatistes me reconnaissent également
comme gouverneur et nous avons formé un gouvernement en rébellion.
Le problème est que nous n’avons pas de ressources pour fonctionner.
Par ailleurs, les 38 délégués qui ont été
choisis comme collaborateurs disparaissent peu à peu (par le plomb
ou l’argent…). Le gouvernement de la République a ouvert un bureau
secret à Tuxla Gutterrez. Celui-ci s’est occupé de tous mes
délégués en leur donnant de l’argent, des voitures,
des téléphones. Il les a achetés ou il les a assassinés.
Il ne me reste qu’un seul délégué : Chucho Sanchez
qui est toujours avec nous. Le gouvernement possède beaucoup de
moyens pour nous éliminer, avec de l’argent, des pressions, avec
la police et surtout en toute impunité.
Commission : Quel est le rôle de la presse
indépendante et alternative ?
M. AVENDANO : Par chance, il reste encore quelques
journalistes et quelques publications qui restent en dehors de la corruption
qui existe ici au Mexique. Au Chiapas, nous sommes très peu. Il
y a trente ans que nous avons fondé le journal " EL TIEMPO ". Au
début c’était juste une préoccupation de jeunesse.
Nous étions encore en faculté de Droit quand nous avons commencé
à publier le journal. Lorsque nous avons terminé nos études,
nous en avons encore amélioré le fonctionnement. Comme avocat,
je défendais les paysans devant les tribunaux et comme journaliste,
je pouvais dénoncer les faits. Peu à peu, les gens ont commencé
à me faire confiance et nous avons commencé à tisser
des liens de solidarité. Il y a quelqu’un qui m’a également
beaucoup aidé : il s’agit de Don Samuel Ruiz Garcia, l’Evêque.
Parfois, lorsque je n’avais pas assez d’argent pour payer les amendes ou
les cautions, j’allais le voir. Ensemble, nous avons fait sortir beaucoup
de gens de prison. Lorsque la pression juridique ne suffisait plus (parce
que les Indiens sont pauvres et ne pèsent pas lourd devant les tribunaux),
nous dénoncions les faits dans le journal. C’est ainsi que " EL
TIEMPO " est devenu peu à peu le porte-parole des communautés
indiennes, mais il fut dans le même temps délaissé
par les classes sociales les plus hautes.
Commission : Quelle plainte voulez-vous faire
parvenir à la CCIODH pour que nous en fassions part dans nos pays
respectifs et que nous puissions l’exposer dans le présent rapport
?
M. AVENDANO : Comme disent les zapatistes, c’est
de démocratie, de justice et de liberté dont nous avons le
plus besoin ici, au Mexique. Parce qu’à San Andrès, il n’y
a eu qu’un dialogue de sourds. Lorsque les Indiens demandent plus de démocratie,
de justice et de liberté, le dialogue se termine immédiatement.
Nous avons besoin de plus de démocratie pour que les communautés
indiennes aient le droit de choisir de vivre comme elles le souhaitent.
Elles veulent pouvoir choisir leurs dirigeants selon leurs méthodes.
Nous avons besoin de plus de justice car les prisons sont pleines de pauvres.
Les riches ont de quoi payer les avocats, de quoi corrompre les juges et
les agents du ministère public. C’est pourquoi presque aucun riche
ne va en prison. Les Indiens ont besoin de plus de liberté pour
vivre comme ils ont toujours vécu, pour que soient reconnues leur
culture et leurs traditions. Cela ne peut qu’enrichir la démocratie
mexicaine.
5.
ENTRETIEN AVEC LE COMITE DU FZLN DE SAN CRISTOBAL DE LASCASAS.
Une délégation de la commission s’est entretenue
le 24 février 1998 avec deux représentants du FZLN.
Le FZLN est né en 1996 avec la 4ème
déclaration
de la forêt Lacandone. Il s’est formé autour des comités
civils pour le Dialogue. Son assemblée constituante s’est tenue
en septembre 97 et une autre se tiendra en mars ou avril 98, pour terminer
la structuration interne du FZLN.
Nous sommes principalement préoccupés
par la (para)militarisation qui a pour but de maintenir le Chiapas dans
un grave état d’injustice sociale. Depuis le soulèvement
zapatiste, de nombreuses communautés indiennes de la zone Nord et
de la Forêt ont réoccupé leurs terres, ce à
quoi les traditionnelles " gardes blanches ", armées par les grands
propriétaires terriens, ont répondu par un processus de militarisation.
Les paysans dénoncent la présence et la croissance renforcée
de ces organisations depuis 1995-96, et surtout après la visite
de Zedillo milieu 97.
Le FZLN dénonce non seulement le laisser - faire
mais également la collaboration du gouvernement avec ces organisations.
Concrètement, ils dénoncent la distribution de 500 millions
de pesos à des groupes politiques, qui sous couvert d’associations
civiles, ont financé l’achat d’armes et la création de nouvelles
organisations (en particulier les groupes connus sous le nom de " Paz y
Justicia " et " Los Chinchulines ").
Le FZLN affirme également, contrairement aux
informations officielles, que chaque fois que les forces de sécurité
publique arrivent dans une région, des conflits apparaissent rapidement
à la suite de division dans les communautés et de l’apparition
de groupes paramilitaires. Ces faits permettent au FZLN d’établir
qu’il existe une collaboration entre les forces armées et ces bandes.
Dans ces conditions, le dialogue avec le gouvernement
est impossible, puisque non seulement il refuse de reconnaître les
accords de San Andrès, mais il favorise également des conditions
de contre - insurrection qui empêche toute négociation.
Les propositions du FZLN pour créer les conditions
minimums de dialogue sont les suivantes :
-
Reconnaissance des Accords de San Andrès ;
-
Contrôle des groupes paramilitaires ;
-
Poursuite des tables de négociations restantes.
Dans le même temps, le FZLN dément que les
problèmes au Chiapas soient d’origine religieuse. En effet, des
personnes de croyances différentes peuvent soutenir indistinctement
le PRI ou l’EZLN. La problématique est purement économique
(propriété de la terre), sociale (divisions des communautés)
politique (volonté du PRI de rester au pouvoir) et culturelle (harcèlement
des Indiens)
6.
ENTRETIEN AVEC DES ORGANISATIONS SOCIALES DU DISTRICT FEDERAL
Mexico le 27 février 98
Présents : Comisión Intercongregacional
Paz y Justicia; Alianza Cívica; Asociación Jaliciense por
la paz Diálogo 27; Movimiento de la paz; Fideicomiso; FAT (Frente
Auténtico del Trabajo); Comités civiles del FZLN CENCOS (Centro
de comunicación social); UNAM; UAM Xochimilco; PRD; El Barzón;
SICSAL (Secretariado internacional cristiano); Hermanas Auxiliadoras; Convergencia
de organizaciones para la democracia; SERPAZ (Servicio de paz); Movimiento
por la paz con justicia y dignidad; Cuatro lunas por la paz.
Compte Rendu de l’entretien :
Chaque groupe raconte sa participation au processus
de médiation et de dialogue et sa vision de l’aide humanitaire :
manifestations pour rompre l’encerclement militaire en janvier 94, "ceintures
civiles " dans les dialogues, collaboration avec la conai, création
des campements civils pour la paix, projets productifs, de développement
social et d’éducation populaire. Toutes les organisations présentes
cherchent le renforcement du dialogue et une solution pacifique au conflit.
Les différentes associations dénoncent
la militarisation dans les Etats ou régions de Oaxaca, Guerrero,
La Huasteca, San Juan Potosi, Hidalgo, Puebla, Veracruz et Chiapas où
ils organisent des missions civiles pour renforcer les travaux sur les
droits de l’Homme.
Elles signalent que tout le pays vit une guerre occulte,
due à un processus de restructuration et à une lutte entre
deux projets politiques de transition, le premier cherchant à élargir
les espaces démocratiques et l’autre qui souhaite l’exclusion -
voire l’extermination - d’une partie de la population.
Elles dénoncent également le rôle
grandissant de l’armée qui se substitue maintenant à la lutte
politique en confondant la paix avec la sécurité. Elles dénoncent
également le fait que l’armée fournie des armes à
une partie de la population et s’occupe de la santé et de l’éducation,
ce qui n’est pas son rôle. Elles dénoncent aussi les assassinats
par embuscades de certains dirigeants populaires, la société
civile étant souvent sans défense. Le pays entier se rapproche
rapidement d’une situation politico - militaire comparable à celle
de l’Etat du Chiapas. Elles dénoncent le fait que le gouvernement
mente au niveau international et trompe la population au niveau national.
Les représentants de ces organisations sociales
soulignent la vulnérabilité de la société civile
mexicaine. Ils dénoncent les conditions dans lesquels vivent les
réfugiés de guerre, dans des camps qui ressemblent à
des camps de concentration sans barbelés. Ils signalent que, plus
que dans tout autre pays centraméricain, la dictature militaire
est le prix à payer à l’instauration du néolibéralisme
au Mexique, couverte par un double langage politique.
Pétitions à la commission :
Soutenir la médiation de la CONAI et de la COCOPA
7.
RENCONTRE AVEC LE RESEAU NATIONAL DES ORGANISMES CIVILS DE DROITS DE L’HOMME.
Mexico le 26 février 1998
Compte rendu des entretiens :
Les personnes présentes commencent par expliquer
la situation en général. Elles observent clairement une crise
des droits de l’homme depuis deux ou trois ans. L’un des principaux problèmes
est la complicité de fait existante ente le pouvoir exécutif
et le pouvoir judiciaire au travers de ses institutions, le manque d’indépendance
ente les différents pouvoirs. L’absence ou le manque de garanties
minima des accusés face au Ministère Public et le manque
de crédibilité et de légitimité des institutions
pour résoudre les problèmes ont également été
évoqués.
Les personnes présentes précisent que
cet état de fait pousse les communautés à faire la
justice elles-mêmes en l’absence de l’Etat ou sa compromission. Cette
stratégie, qui génère toute une série de conflits
inter - familiaux, vise à diviser les communautés.
La discrimination raciale est également un des
facteurs important dans cette crise des droits de l’homme au Mexique. Dans
certaines régions, les agents du Ministère Public refusent
systématiquement de verbaliser les caciques, les propriétaires
terriens et les responsables politiques locaux.
Elles dénoncent également la militarisation
de la vie publique, particulièrement dans les communautés
indiennes. Elles accusent la Coordination Nationale de Sécurité
Publique de promouvoir cette stratégie, avec la participation active
de l’armée, qui se transforme ainsi en organisme de Sécurité
Nationale.
A cause de cela et de la désorganisation de
la police ainsi que des luttes à l’intérieur du PRI pour
le pouvoir, il n’est pas étonnant que les revendications sur l’autonomie
des communautés indiennes soient réprimées par la
police et l’armée.
Les représentant des organisations civiles dénoncent
également les grands changements intervenus dans la législation
qui permettent de légaliser des actions qui étaient considérées
auparavant comme des violations flagrantes des droits de l’homme (écoutes
téléphoniques, contrôle bancaire, détention
de plus 72 heures, détention des mineurs, etc.…).
En prétextant la lutte contre la rébellion
et le trafic de drogues, le pays se trouve de fait en état de siège.
Elles signalent que le passage du flagrant délit pour les actions
commises depuis moins de 72 heures augmente les risques d’arbitraire. D’autre
part, le climat d’insécurité publique et de violence amène
certaines personnes à réclamer la peine de mort et l’abaissement
de l’âge de la responsabilité pénale.
Elles remarquent le fait que les fonctionnaires adaptent
les lois à leur comportement, ne pouvant faire l’inverse. Ainsi,
la distance entre ce qui est juste et ce qui est légal est chaque
jour plus grande. Avec ce processus de décomposition politique et
de militarisation des fonctions policières, toute forme de dissidence
est poursuivie pour éviter des soulèvements spontanés,
particulièrement en milieu rural, l’objectif étant ainsi
de faire passer les processus de libéralisation de l’économie
nationale.
Elles dénoncent également les pratiques
d’harcèlement militaire, comme dans le cas des barrages militaires,
des fouilles ou des interrogatoires pratiqués à l’extérieur.
Dans certains cas, les barrages possèdent des listes de personnes
recherchées (militants du PRD ou d’organisations paysannes notamment
dans l’Etat de Oaxaca). Certaines pratiques, comme menacer les personnes
avec des tanks ou des armes ou entrer fortement armés dans les maisons
sont également dénoncées.
Elles dénoncent également que dans certains
cas, des personnes disparues, présentes sur les listes de la police,
ont été retrouvées par la suite incarcérées
ou mortes.
Elles dénoncent le harcèlement et la
répression politique dont sont victimes les militants des droits
de l’homme, les dirigeants des organisations sociales et les représentants
des partis politiques d’opposition. Ces actions peuvent prendre la forme
de détentions arbitraires, interrogatoires, persécutions,
tirs contre les habitations des militants ou menaces par téléphone.
Elles dénoncent également l’apparition de groupes paramilitaires
de l’Etat de Guerrero.
Elles dénoncent également les recommandations
faites par des représentants du Congrès nord-américain.
En effet, devant la déliquescence de la police judiciaire, ces représentants
recommandent que l’armée prenne en charge ces fonctions, ce qui
est expressément interdit par la constitution mexicaine. Ils confondent
en cela la sécurité publique avec la sécurité
nationale.
Elles dénoncent l’impossibilité de déposer
des plaintes contre l’armée fédérale et le fait que
de nombreux procès civils soient jugés par des juridictions
militaires. Elles signalent que la distance entre le discourt des politiques
et celui de l’armée est toujours plus grande, ce qui est l’indice
de l’accroissement de l’autonomie militaire (par exemple, en janvier 1998,
le Président Zedillo annonçait que les troupes armées
se retirent du Chiapas et dans le même temps, les troupes fortifiaient
leurs positions). Une autre fois, le Président Zedillo félicitait
publiquement la CONAI et son président Samuel Ruiz et le même
jour l’armée l'accusait de faire partie de la direction de l’EZLN.
Malgré son discours, où elle assure être
la garante de la paix et solidarité et travailler pour l’aide entre
les Mexicains, l’armée resserre son étau sur l’EZLN ainsi
que sur toute forme de dissidence. Cet encerclement par les militaires
et les paramilitaires crée les conditions favorables à une
opération chirurgicale, lorsque la conjoncture internationale sera
favorable à l’usage de la force, la zone étant débarrassée
de tout observateur des droits de l’homme et de tout religieux.
Elles dénoncent également que dans le
cadre des programmes DIF (Développement intégré des
familles), la gestion et la distribution des budgets soient organisées
par l’armée fédérale.
D’après les représentants des organisations
civiles, la présence d’observateurs internationaux et des campements
civils pour la paix est nécessaire pour observer la situation des
droits de l’homme. Il est difficile de connaître le nombre de familles
déplacées à cause des conflits.
Demandes à la commission :
Appuyer la présence d’observateurs et de bureaux
de l’ONU au Mexique pour veiller à la situation des droits de l’homme
et lutter contre la torture, les disparitions et les assassinats.
Elles demandent à la commission de continuer
son travail.
8.
REUNION AVEC LES COMITES CIVILS DE DIALOGUE DU FZLN
UNAM Mexico le 26 février 98
Ont participé à la réunion,
pour la commission : des délégués de l’Etat Espagnol,
d’Italie, de France, de Grèce et d’Argentine. Pour le FZLN, des
membres de différents comités civils de dialogue ainsi que
Javier Elorriaga membre de la coordination nationale du FZLN.
Après des présentations respectives,
il a été demandé aux différents représentants
du FZLN de donner leur analyse sur la situation sociale, politique et économique
actuelle du pays et d’indiquer le rôle politique qu’ils souhaitaient
tenir dans ce contexte. Nous transcrivons ici les éléments
les plus significatifs de la discussion.
Selon ce qu’a exprimé M. Pilar, membre d’un
comité civil de la UNAM (Université National Autonome de
Mexico), il est possible de comprendre la stratégie actuelle du
gouvernement pour résoudre le conflit du Chiapas à son avantage
à partir des déclarations faites par le Président
Zedillo au New York Times. Dans cette déclaration, celui ci déplore
la faiblesse du gouvernement à propos du massacre d’Acteal. Si l’armée
avait été présente dans la zone pour accomplir sa
mission humanitaire, un tel fait n’aurait pas eu lieu. Cela permet de justifier
la militarisation actuelle. D’après cette analyse, le gouvernement
mène cinq actions déterminantes qui permet la compréhension
globale de sa stratégie :
-
La non-reconnaissance des accords de San Andrès
et des observations de la COCOPA
-
Faire apparaître l’EZLN aux yeux de l’opinion nationale
et internationale comme intransigeante et ne souhaitant pas négocier.
Cela permettrait de préparer le terrain à la répression
militaire
-
L’augmentation considérable des effectifs militaires
et de l’armement dans la zone et un appui gouvernemental aux groupes paramilitaires
-
Une campagne politique contre les étrangers à
travers les médias (cas de TV Azteca à la Réalidad)
avec pour objectif de neutraliser l’observation internationale sur les
violations des droits de l’homme.
-
Une campagne de répression contre l’EZLN et toutes
les organisations sociales travaillant politiquement dans le même
sens. Voici quatre cas significatifs :
-
occupation pacifique de stations de radios au début
de l’année,
-
agression de militants du FZLN par un groupe paramilitaire
récemment créé à Tijuana,
-
détention préventive de membre du FZLN dans
le Chihuahua afin de prévenir toute action pendant une visite de
Zedillo dans cet Etat.
-
emprisonnement de trois membres du FZLN à Querétaro.
A remarquer que ces Etats ont été gouvernés également
par le PAN durant les trois dernières années.
En définitive, le gouvernement essaye de faire
passer le FZLN pour une guérilla urbaine, ceci afin de préparer
un climat propice à l’utilisation de la force contre les communautés
zapatistes. Plus que jamais, le gouvernement utilise la PGR comme un instrument
de répression politique et de contrôle. Concernant les accords
de San Andrès, outre le fait de demander leur respect, Elorriaga
considère qu’il s’agit de la première loi mexicaine réellement
populaire du vingtième siècle (après la révolution
de 1910), populaire au regard de l’ample participation qu’elle suscite,
de la méthodologie employée et de son contenu.
Le dirigeant du FZLN a également indiqué
que le budget alloué à l’éducation a été
réduit de plus de 40 % alors que la part réservée
à la défense est en augmentation de 20 %. De plus il a précisé
que le Chiapas génère plus de 50 % de la production électrique
du pays et paradoxalement, cet Etat possède les tarifs les plus
élevés pour ce service. Tout cela pour insister sur la position
stratégique qu’occupe le Chiapas.
Les délégués ont insisté
sur la nécessité d’appeler les déplacés du
conflit des réfugiés de guerre. Ce terme permettrait d’expliquer
la situation dans une perspective plus globale. Les Indiens partent de
leurs communautés à cause de la violence paramilitaire, en
complicité avec les forces de sécurité publique de
l’Etat et des militaires, dans le cadre d’action gouvernementale de contre
- insurrection. La nécessité d’exiger le retour des personnes
déplacées au sein de leurs communautés a été
discutée. Cette appellation permettrait notamment de demander une
assistance humanitaire à la Croix rouge internationale et à
la société civile nationale et internationale.
9.
REUNION AVEC LES REPRESENTANTS DU CONGRES NATIONAL INDIEN
Mexico, 26/02/98
PrésentEs : quinze membres de la Commission.
L’histoire du CNI commence en 1994, bien qu'existaient
déjà avant des formes d’organisation au niveau local dans
plusieurs régions. A partir du soulèvement zapatiste, des
forums indiens se constituent dans plusieurs zones du pays, avec pour résulta,
le Forum National Indien de 1996, où étaient représentés
tous les Etats mexicains et la majorité des langues indiennes. Ceci
à son tour donna lieu au 1er Congrès National Indien, dans
la capitale, en octobre 1996. Le CNI a décidé de devenir
un espace de rencontre, de discussion et de recherche d'accords pour obtenir
le respect des Accords de San Andres –ce qui est l'une des principales
revendications du CNI.
Le CNI est constitué de 10 groupes de travail,
dont :
1 -Terre et Territoire : son principal objectif est
d’annuler la réforme de Salinas : "la mère Terre n’est pas
une marchandise, mais un bien dont nous devons prendre soin. Un indien
sans terre est un Indien mort. La terre n’est pas à vendre, car
elle est la propriété de tous. "
2 - Justice et Droits de la Personne : c’est davantage
un organe de dénonciation et de diffusion, puisque les Droits de
la Personne sont violés constamment dans toutes les communautés
indiennes mexicaines, pas seulement celles du Chiapas. La Présidente
de la Commission des Droits de l’Homme mexicaine est nommée par
le gouvernement.
3 - Femmes : les femmes participent chaque fois un
peu plus aux décisions et à l’organisation, même si
"nous autres, femmes, avons été peu préparées
jusqu’à présent "
4 - Autodéveloppement économique, bien-être
social et relation avec la Mère Terre : divers projets sont menés
à bien.
5 - Jeunes
6 - Législation
7 - Communication : lorsque l’on vit en milieu rural,
la communication est rendue difficile par le manque de moyens et d’accès.
Une Commission de Suivi a été organisée, avec des
représentants de toutes les ethnies, pour un meilleur fonctionnement.
La diversité des cultures, ethnies et langages complique le travail
du CNI. Cette difficulté tend cependant à être dépassée,
étant donné que tous les Indiens au Mexique ont le même
problème.
MILITARISATION ET PARAMILITARISATION :
Il s'agit du principal problème des communautés
indiennes en rébellion, non seulement au Chiapas, mais dans tout
le pays. On suit les mêmes procédés des manuels de
guerre sale, pour rompre le tissu social des communautés ; la différence
réside dans le degré de militarisation de chaque région.
Le CNI dénonce le double discours du gouvernement : celui-ci parle
de paix d’un côté, et de l’autre arme et entraîne les
groupes paramilitaires qui agissent en toute impunité, avec le consentement
et les moyens de l’armée. "La partie illégale de l’action
de l’Etat est menée par les gardes blanches ou les paramilitaires,
qui portent des noms différents selon les zones". Il y a une preuve
de l'existence de ces groupes dans les Etats de Oaxaca, Guerrero, Chiapas
et dans l’Isthme de Tehuantepec, etc...
LA TERRE :
Chez les Indiens, la propriété de la
terre est communautaire. La terre est au centre de la polémique
dans toutes les communautés indiennes, qui en sont privées
de plus en plus. La réforme de Salinas a aggravé les choses.
"Nous avons une cosmo-vision du monde dans laquelle nous percevons la terre
avec nos cinq sens." Les grandes compagnies d’exploitation de la
forêt et du pétrole détruisent les réserves
naturelles". "La seule forêt préservée est celle des
terres communales". " L’Indien va toujours lutter pour la terre, c’est
sa vie et tant qu’existe la vie - 20 millions d’Indiens en territoire mexicain,
nous continuerons à lutter pour la terre."
A Chinalapa, les communautés de l’Isthme ont
expulsé les compagnies d’exploitation forestière responsables
du pillage de leurs ressources naturelles. Le gouvernement a tenté
de déclarer la zone réserve naturelle, pour ainsi résoudre
(disent-ils) les problèmes agraires. Les communautés considèrent
que c’est une manœuvre pour les priver de leurs terres.
La lutte pour la terre passe par la révision
de l’article 27 de la Constitution, réforme de Salinas qui rend
possible la propriété privée de la terre. Or, depuis
la Révolution mexicaine et jusqu’à ce moment (1992), les
terres communales ne pouvaient être utilisées comme marchandise.
Le problème est si important dans les Accords de San Andres, que
les discussions à ce sujet sont restées en suspens.
VIOLATIONS DES DROITS DE LA PERSONNE :
Le groupe présente un dossier de plaintes, que
le Bureau central de la Commission (à Barcelone) recueille. Différentes
ONG recueillent les plaintes concernant les Droits de la Personne et leur
donnent un suivi, "puisque la Commission des Droits de la Personne au Mexique
est un instrument au service du gouvernement PRIiste".
SANTE :
Les promoteurs de santé doivent s’occuper d'un
grand nombre de communautés, fort différentes les unes des
autres. Ceci, ajouté à un manque de ressources et à
l’encerclement militaire, aggrave la situation.
EDUCATION :
La grande majorité des communautés autonomes
en rébellion n’ont pas de maîtres d’école. Lorsqu’elles
en possèdent un, c’est un volontaire. Peu d’entre elles bénéficient
d’un enseignement bilingue.
CONCLUSIONS
Les Accords de San Andres représentent l’ensemble
des plaintes des ethnies indiennes du Mexique, puisque le non-respect de
ces accords par le gouvernement porte préjudice à toutes
les composantes de leur vie communautaire : Justice, Santé, Terre,
Education, Election de leurs propres représentants.....
La Commission a aussi pu constater à quel point
l’armée tient encerclées les communautés. Le Chiapas
est totalement militarisé, les groupes paramilitaires assassinent
impunément les Indiens, le matériel de guerre est le même
que celui de l’armée. Celle-ci déclare ne rien savoir, mais
la réalité démontre le contraire.
Au Chiapas, il y a la faim, la terreur, la misère,
15 000 déplacés qui fuient la mort... et aussi l'espoir,
"bien que cela fasse déjà plus de 500 ans que nous luttons".
V - CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS :
CONCLUSIONS
Après compilation, systématisation et
analyse de l'information recueillie, la Commission constate que la situation
des droits de la personne est dans un état de grave détérioration
dans l'État mexicain du Chiapas.
L'État du Chiapas vit en ce moment les conséquences
d'une situation de profonde décomposition politique et d'une préoccupante
déstructuration sociale. À tous les niveaux, la Commission
a pu mesurer l'incapacité de la part des structures institutionnelles
d'assurer le maintien d'un État de droit. La Commission a aussi
pu constater à quel point la société chiapanèque
et notamment les communautés indiennes souffrent des conséquences
d'une situation généralisée de violence et d'impunité.
Les facteurs prédominants qui contribuent à
générer cette situation sont les suivants :
-
militarisation intense de la zone
-
présence de groupes paramilitaires
-
situation d'impunité généralisée
-
entraves à l'accès à la justice
-
situation de misère structurelle dont souffrent
les communautés
-
répression contre les formes d'organisation de
la société civile
-
manque de volonté politique dans la recherche d'une
solution respectueuse des demandes indiennes.
-
la militarisation intense de la zone
Au cours des visites réalisées dans les
différentes communautés indiennes, la Commission a constaté
une présence imposante de l'armée fédérale
mexicaine qui, selon les témoignages recueillis, constitue un des
facteurs les plus déterminants de violations des droits de la personne.
Le gouvernement prétend que l'armée effectue des tâches
qui lui sont attribuées par la constitution, mais il est évident
qu'elle exerce des fonctions de gestion et de promotion sociales et de
maintien de l'ordre public – non prévues par la constitution. La
presque totalité des témoignages assurent que sa présence
fait partie d'une stratégie gouvernementale destinée à
éviter l'extension de la zone d'influence zapatiste, à encercler
et à affaiblir l'EZLN par le harcèlement des communautés
qui se révèlent proches de ses revendications sur la reconnaissance
des droits des peuples indiens.
Au cours de notre travail d'observation, nous avons
pu recueillir de nombreuses plaintes qui dénoncent l'occupation
de terres agricoles communales par des campements militaires, les menaces
constantes, les vols, les viols de femmes, les détentions extrajudiciaires
ainsi qu'une intimidation constante qui se traduit par des incursions terrestres
et aériennes ayant pour effet de générer un climat
de terreur et d'insécurité permanentes au sein de nombreuses
communautés indiennes.
-
la présence de groupes paramilitaires
Il y a prolifération de groupes armés
qui de façon systématique et sélective entraînent
des affrontements inter et intra-communautaires et répondent à
une stratégie destinée, comme nous avons pu le constater,
à provoquer des déplacements massifs de populations, la déstructuration
sociale et économique de zones entières et le démantèlement
des infrastructures et organes revendicatifs dont s'est dotée la
société civile.
La majorité des témoignages tendent à
établir un lien direct entre les effectifs militaires et les corps
de police et ces groupes armés (il y en aurait actuellement 14 au
Chiapas), tant en ce qui concerne l'approvisionnement en armes que la formation
et l'entraînement. Les contradictions présentes dans l'enquête
sur le massacre d'Acteal pourraient renforcer cette thèse.
Nous avons pu observer également que la confrontation
entre les intérêts des grands propriétaires terriens
et ceux des communautés est un des facteurs qui expliquent la prolifération
de groupes armés. Concrètement, il s'agit de la voie choisie
par quelques-uns des propriétaires terriens pour intimider et expulser
des communautés entières de leurs terres communales.
Il faut signaler qu'il y a des indices manifestes de
l'implication du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, au pouvoir)
et d'instances gouvernementales dans ces groupes armés et que jusqu'à
ce jour, aucun groupe paramilitaire n'a été démantelé,
ni aucun de leurs dirigeants interpellé. Nous avons relevé
notamment le cas de l'organisation "Paz y Justicia", dont un des principaux
dirigeants est député du PRI dans l'État du Chiapas
; à cet égard il n'y a eu, jusqu'à aujourd'hui, aucune
réaction de la part du PRI ou du gouvernement.
-
la situation d'impunité généralisée
Comme cela a été signalé de façon
insistante par les représentants gouvernementaux, même s'ils
l'ont fait pour justifier la présence de l'armée, la situation
globale d'impunité est un autre des éléments qui complique
la situation délicate. Il est important de souligner qu'à
ce jour, les mesures gouvernementales se sont orientées essentiellement
vers l'intensification de la présence militaire, sans insister dans
la recherche de solutions permettant de remédier à l'incapacité
du système judiciaire d'assurer l'application de la loi.
De même, l'intérêt de la PGR pour
des événements comme ceux d'Acteal, s'explique par le fait
qu'ils n'impliquent pas un mécanisme généralisable
pouvant offrir des solutions à la situation de déstructuration
de la justice et de la police locales.
-
les entraves à l'accès à la justice
Dans la lignée du point précédent,
nous avons détecté un énorme manque de confiance des
communautés envers le système judiciaire. Alors qu'il existe
d'innombrables violations des droits de la personne, il n'y a presque pas
de plaintes déposées aux institutions officielles. Comme
nous avons pu l'observer, dans plusieurs occasions où des plaignantes
ont voulu accéder à la justice en présentant des dénonciations,
elles ont été victimes de persécutions ou de représailles
de la part de la Sécurité Publique (police) et/ou des groupes
paramilitaires. Ceci explique le fait que les plaignantes choisissent plutôt
de s'adresser aux organismes non gouvernementaux et/ou religieux.
-
la situation de misère structurelle dont souffrent
les communautés
Dans toutes les entrevues, le Chiapas a été
signalé comme l'État ayant les pires indicateurs sociaux
(éducation, santé, services). Les résultats de nos
observations viennent confirmer ces statistiques. Bien que le Chiapas soit
une région ayant de grandes ressources naturelles, la répartition
de la richesse y est radicalement inégale. Dans le cadre de cette
situation historique, nous assistons à un conflit d’intérêts
et à l'affrontement de deux projets de société :
d'une part les communautés indiennes exigent
un modèle de développement respectueux de leurs traditions
et de leur rapport à la terre et, d'autre part, apparaît un
modèle de développement économique d'inspiration néolibérale
promu par les principaux groupes économiques locaux, nationaux et
internationaux.
À titre d'exemple, nous pouvons signaler l'importance
des ressources pétrolifères et hydrauliques du Chiapas, le
projet de connexion du Pacifique et de l'Atlantique par l'isthme de Tehuantepec
(création d'un canal), ou les projets d'investissement de compagnies
multinationales comme Nestlé.
-
la répression contre les formes d'organisation
de la société civile
Elle se matérialise par le harcèlement
des dirigeantEs des communautés et des organisations sociales. Les
menaces, les agressions et les assassinats sont malheureusement monnaie
courante au Mexique, comme a pu le constater la Commission. Il faut signaler
l'existence de prisonniers politiques, qui sont le plus souvent des dirigeantes
de communautés proches des prises de positions zapatistes et qui,
dans la majorité des cas, n'ont pas eu droit à un procès
juste et équitable ni à des conditions d'incarcération
un tant soit peu acceptables (éloignement de la famille, tortures,
conditions insalubres, etc.). De plus, sous prétexte d'enquêter
sur des supposés liens avec des groupes armés, l'armée
fédérale et la police intensifient les incursions dans les
communautés.
-
le manque de volonté politique pour la recherche
d'une solution respectueuse des demandes indiennes.
La Commission a pu constater la déception généralisée
de la population concernant la non-application par le gouvernement, des
accords de San Andrés. Nous devons manifester notre perplexité
face au refus du gouvernement d'accepter le projet de loi développé
en 1996 par la COCOPA(Commission de Concorde et de Pacification), projet
qui avait recueilli le consentement de toutes les forces politiques y compris
l'EZLN.
L'application des accords de San Andrés aurait
pu contribuer de façon décisive à la résolution
du conflit en jetant les bases d'une restructuration sociale, politique
et économique dans la région, tout en ouvrant de nouvelles
perspectives pour la reconnaissance des droits indiens dans l'ensemble
du pays.
Au cours des entrevues réalisées et malgré
notre insistance, le pouvoir Exécutif n'a jamais pu nous expliquer
suffisamment ses arguments justifiant les objections gouvernementales au
projet de loi. Nous ne pouvons donc nous empêcher de considérer
que derrière les objections mises en avant, se cache le manque de
volonté de respecter les accords de San Andrés avec les transformations
légales que cela supposerait.
Comme conséquence de la situation décrite
plus haut, il faut signaler que la longue liste de violations des droits
de la personne dans l'État du Chiapas s'inscrit dans tous les milieux
et inclut les droits relatifs à la vie, à la liberté
individuelle, à la liberté de circulation et d'installation
; le droit à la protection et à la sécurité
des personnes en territoire mexicain ; le droit de dénoncer devant
les tribunaux les violations des droits de la personne ; le droit à
la protection contre les détentions arbitraires réalisées
par les pouvoirs publics; le droit d'être jugé par un tribunal
impartial et indépendant ; le droit à la défense ;
le droit à la liberté de pensée, de conscience et
de religion ; le droit d'être membre des institutions représentatives
; le droit d'accéder aux postes et services publics du pays sans
aucune discrimination ; le droit à des élections libres,
pluralistes et démocratiques.
Les violations affectent également les droits
économiques et sociaux, notamment ceux qui sont conditionnent l'accès
indispensable à la dignité et au libre développement
des personnes ; le droit à une protection spéciale pour la
maternité et l'enfance ; le droit à une éducation
sur la base d'une participation générale de tous et toutes,
et orientée vers le développement intégral de la personne
; le droit de toute personne de participer au développement et à
la sauvegarde de sa propre culture. Bien que le conflit du Chiapas affecte
la population en général et plus particulièrement
les communautés indiennes, nous pouvons affirmer que certains groupes
sociaux souffrent de façon spécifique du climat de tension
et de l'inaccessibilité historique à des conditions de vie
décentes. Ce sont les suivants :
1) Les communautés déplacées par
le conflit :
Produit de l'action des groupes paramilitaires et de
la pression de l'armée et des forces de police de l'État,
les milliers de déplacéEs (estiméEs à 15 000)
qui vivent actuellement au Chiapas, subissent - en plus des pertes matérielles
et affectives dues à leur exil - une série de violations
de leurs droits individuels et collectifs, ils sont privés des droits
les plus élémentaires de subsistance ce qui met leur vie
même en péril. On peut constater une carence absolue des ressources
sanitaires indispensables pour prévenir les maladies et pour répondre
aux nécessités médicales de la population.
Les conditions de santé des personnes déplacées
par la guerre, mais aussi de la majorité des indiens de la zone,
sont très précaires. Les maladies les plus communes sont
associées à la malnutrition, aux infections respiratoires
et intestinales. En ce qui concerne le droit à l'éducation,
nous avons constaté le manque de moyens et de possibilités
pour le rendre effectif. Rappelons que la majorité de la population
indienne est analphabète (69%) et que la situation empire, si possible,
dans les communautés déplacées qui n'ont aucun accès
aux maigres services éducatifs.
2) Les femmes :
Aux injustices traditionnelles dont souffrent les femmes,
viennent s'ajouter la situation de violence et de destruction du tissu
social que vit l'ensemble de la population des communautés indiennes
(clairement établi dans notre rapport sur la situation des femmes).
Les femmes agissent souvent comme bouclier humain pour s'opposer aux actions
de l'armée dans les zones de conflit (ex. occupation militaire des
villages), ce qui leur vaut d'être agressées physiquement
et psychologiquement. Avec les enfants, elles sont les victimes de première
ligne du conflit – le massacre de 45 personnes dont 21 femmes et 9 enfants
à Acteal en est un exemple. Les agressions sexuelles et le harcèlement
dû aux militaires, aux membres de la Sécurité publique
et des groupes paramilitaires sont également très fréquents.
La peur et l'intimidation augmentent du fait que la majorité d'entre
elles ne parlent ni ne comprennent l'espagnol.
Nous considérons qu'il est important de souligner
que le degré de complexité du conflit du Chiapas et la situation
des droits de la personne requièrent que l'on ne perde pas de vue
les issues proposées par la population. Car ce qui sous-tend les
revendications du soulèvement zapatiste et les affirmations qu'une
bonne partie des communautés nous ont exprimées, c'est une
série de convictions portant sur la manière de remédier
à la situation d'oubli et de marginalisation à laquelle les
peuples indiens ont été soumis depuis maintenant plus de
cinq cents ans.
Il est important de signaler qu’il existe une série
de demandes et de revendications globales et structurelles que le gouvernement
prétend respecter mais l'expérience vécue nous permet
d'en douter. Envisager une solution globale comme le fait le gouverneur
de l'état du Chiapas, c'est mettre en évidence le fait que
la voie institutionnelle est incompatible avec une recherche de solution
du conflit basée sur le respect effectif des demandes des indiens.
Bien que le discours officiel insiste sur la volonté
de dialoguer, il paraît évident que ce qui est promu est l'affaiblissement
du dialogue entre les parties, le discrédit des instances de médiation,
de vérification et de la possibilité d'une issue non-violente.
C'est en ces termes qu'il faut interpréter la militarisation, la
présence de groupes paramilitaires et la campagne de xénophobie
qui prétend éliminer la présence d'étrangers
et d'étrangères dans la zone.
Récemment le PRI et le PAN ont présenté
chacun leur projet de Loi indienne qui vient ratifier leur absence de volonté
d'inclure l'expression directe des différents peuples indiens dans
le processus de changements constitutionnels, rejetant de facto la voie
de la négociation ouverte par les accords de San Andrés.
Il s'agit d'un pas de plus dans une stratégie
qui a amené l'armée à s'ériger comme principal
et véritable protagoniste de la situation de décomposition
politique et sociale que vit actuellement le Mexique. On peut parler de
l'existence d'une "guerre de basse intensité" bien que la Loi pour
le Dialogue, la Concorde et la Paix Digne au Chiapas soit encore officiellement
en vigueur. Guerre caractérisée par le harcèlement
de la population civile dans le but d'isoler l'EZLN de ses bases d'appui
social ; par une volonté de réduire le conflit à une
question locale de nature religieuse et ethnique n'impliquant pas des demandes
et des propositions généralisables.
RECOMMANDATIONS
Que le gouvernement du Mexique :
-
respecte intégralement et applique immédiatement
les accords de San Andrés sur les droits et la culture des indiens
et poursuive le processus de dialogue et de négociation avec l'EZLN.
-
respecte le projet d'initiative de réformes constitutionnelles
de la COCOPA.
-
consolide les fonctions des instances de médiation
(CONAI) et de vérification (COSEVER).
-
mette fin à la militarisation et à la paramilitarisation.
-
assure le libre accès à la justice et promeuve
la lutte contre l'impunité par le moyen d'actions globales et non
simplement symboliques.
-
accorde l'amnistie immédiate aux prisonnierEs politiques.
-
assure le retour des déplacéEs de guerre
dans leurs communautés d'origine, avec dévolution intégrale
de leurs biens et avec l'indemnisation correspondante pour les préjudices
subis.
-
reconnaisse l'importance des organismes de défense
des droits de la personne mexicains et accepte la présence d'organismes
à caractère international ainsi que la reconnaissance d'un
statut d'observateur international.
-
demande l'intervention du Comité international
de la Croix-Rouge comme moyen de garantir une assistance humanitaire à
la population, ceci en raison du rejet de l'aide provenant des organismes
institutionnels mexicains.
Que les États membres exigent de l'ONU :
-
la désignation d'un rapporteur spécial de
l'ONU pour les droits de la personne au Mexique.
-
l'établissement d'un mécanisme permanent
de surveillance de la "clause démocratique" et du respect des droits
de la personne au Mexique par l’Union Européenne qui si l’accord
de coopération économique et de coordination politique devenait
effectif, devrait permettre cette vérification. Ce mécanisme
devrait intégrer des ONG mexicaines et internationales de défense
droits de la personne.
RAPPORT DE LA COMMISSION SUR LA SITUATION DES FEMMES INDIENNES
AU CHIAPAS
La Commission civile internationale d'observation des
droits de la personne a enquêté sur la situation des femmes
et recueilli les témoignages correspondants. Ce rapport établit
un résumé, ou plus précisément un cadre général
de la situation. Pour le détail des faits dénoncés
ainsi que les revendications formulées à la Commission, on
se reportera aux rapports effectués sur chaque communauté
ou municipalités où s'est rendue la Commission.
Cadre général :
L'Etat du Chiapas est caractérisé par
un très haut degré de marginalisation de la population, en
particulier indienne : 67% des habitantEs souffrent de dénutrition,
69% est analphabète —en particulier les femmes. 56% des maisons
n'ont pas l'eau courante et 67% n'ont pas l'électricité (CIACH,
CONPAZ, CIPRO, 1997) : les femmes en sont les premières affectées,
puisque leur place dans la division sexuelle traditionnelle du travail
en fait les responsables de l'entretien du foyer.
Depuis le début de 1994, les femmes de la société
civile —métisses comme Indiennes— se sont illustrées par
leurs efforts organisationnels et leur participation à la lutte
pour une transformation pacifique du pays. Par exemple, elles ont été
les premières à créer une Convention des femmes du
Chiapas, qui s'est ensuite intégrée à l'Assemblée
Démocratique du Peuple du Chiapas (AEDPCh). De très nombreuses
femmes ont organisé et participé à quantité
d'ateliers et forums : sur les Droits de la personne, les Droits des femmes,
les us et coutumes des peuples indiens. Enfin, leur travail dans le domaine
de la santé, leurs propositions dans le débat sur les modalités
de l'autonomie des peuples indiens ou encore leurs déclarations
en faveur de la paix, en ont fait des actrices sociales de premier plan.
Comme plusieurs d'entre elles l'ont répété
à la Commission, "les femmes indiennes ont commencé à
se réveiller". Non seulement elles ont commencé à
dire leur parole, mais elles ont impulsé de nombreuses initiatives
organisationnelles, surtout dans le domaine productif —sous la forme de
coopératives de tissage, poterie, boulangerie, jardins potagers.
Aussi bien face à l'Etat qu'à leur famille
et à leur communauté, elles ont constamment exigé
leur droit à une vie digne et à la participation dans la
prise des décisions. Cependant, la Commission a eu le loisir d'observer
largement les conditions particulièrement adverses dans laquelle
vivent quotidiennement l'immense majorité des femmes Indiennes et
métisses du Chiapas. A la traditionnelle pauvreté et marginalisation,
se sont ajoutés ces dernières années les effets cruels
de la guerre, de la militarisation et de ce que plusieurs de nos interlocutrices
ont appelé "guerre de basse intensité". La Commission a eu
à connaître l'existence d'une véritable guerre de contre-insurrection,
qui inclut la paramilitarisation de nombreuses communautés indiennes,
la répression directe, la destruction progressive et planifiée
du tissu social, la rumeur et la désinformation, les menaces, les
violes y la privation des conditions de santé et d'alimentation
les plus élé |