Commerce équitable contre guerre économique.
 
Du café "commerce équitable " à la production illégale de café, et à la contre-insurrection au Chiapas/Mexique
 
 
Le scandale de la certification 
«commerce équitable»
 
 
   
La récupération du commerce équitable par le néolibéralisme. 

Ce qui au départ semblait être une bonne idée pour rétablir un peu l'équilibre entre les régions industrialisées et les régions "sous-développées ", se révèle être de plus en plus un commerce discutable. Le café appelé de " commerce équitable " se trouve dans les supermarchés courants et il devient chaque jour plus difficile de voir en quoi il est équitable.

  
Le système de " commerce équitable " présente des dysfonctionnements importants.

TRANSFAIR : “Bon café. Travail dur. Prix équitable.” 

Ce qui au départ semblait être une bonne idée pour rétablir un peu l'équilibre entre les régions industrialisées et les régions "sous-développées ", se révèle être de plus en plus un commerce discutable. Le café appelé de " commerce équitable " se trouve dans les supermarchés courants et il devient chaque jour plus difficile de voir en quoi il est équitable. Revoyons les faits : l'idée de base du " commerce équitable " était de préserver l'aspect humain et de garantir la relative indépendance des personnes organisées en coopérative. Mais aujourd'hui nous payons environ 20 $ le kilo de café avec le vague espoir d'être utile. De toutes façons nous n'avons aucune garantie. Nous devons nous fier à l'étiquette connue de Transfair (Transjusto) apparaissant de plus en plus souvent sur l'emballage, et c'est tout. L'étiquette donne des informations de grande importance, et l'on apprend par exemple que le café gourmet a été cultivé dans les Altos. Le plus souvent le pays d'origine n'est pas indiqué, la provenance d'une coopérative est très rarement mentionnée et encore moins le nom de celle-ci. Mais si vous cherchez à savoir, de bien mauvaises surprises vous attendent. C'est le cas notamment de la Société Lebensbaum ( " El Arbol de la Vida ") qui par chance reconnaît que son café qui est certifié non seulement par Transfair, mais aussi par Naturland, provient de la coopérative mexicaine : " Union de Ejidos Profesor Otilio Montano "(UDEPROM). 

UDEPROM, c'est quoi ? 
L'UDEPROM signifie : Union de Terres communales de production, commercialisation et exportation de produits agricoles et de transport du professeur Otilio Montano et regroupe plusieurs terres communales au Chiapas dans la commune de Motozintla. Son chiffre annuel est de 2 millions $ pour un volume d'environ 920 000 m3 de café cultivé de façon écologique. 
70 % de' sa production est exportée en Europe, les 30 % restant aux États -Unis et au Japon(1). La qualité écologique est certifiée par OCIA/USA et Naturland/Allemagne, la " qualité sociale " par Transfair. Il faut remarquer que la qualité écologique est également contrôlée par Finca/Irlande (2). En Allemagne, le café UDEPROM est distribué au travers de Lebensbaum, basé à Diepholz. 

Les relations entre UDEPROM et SOCAMA 
l'UDEPROM est associée à l'organisation SOCAMA (Solidarité des enseignants et paysans), fondée par quelques professeurs maoïstes mais proches actuellement du parti au pouvoir, le PRI. 
Les relations entre l'UDEPROM, la SOCAMA et le PRI se font au travers de particuliers. Par exemple, Manuel Hernandez Gomez, membre important de l'UDEPROM, est également un des fondateurs de la SOCAMA et actuellement un représentant du PRI au sein du Congrès fédéral. Le centre d'investigation indépendant CIACH (3) dit de lui dans un de ses articles : 
" Il est intéressant de noter que les nouveaux candidats Priistes qui sont devenus Députés, sont pour la plupart en relation d'une façon ou d'une autre avec la SOCAMA. C' est notamment le cas de Manuel Hernandez Gomez, candidat pour la région de la Sierra et Secrétaire Général de la SOCAMA, où l'organisation des cultivateurs de café " Otilio Montano " devient de plus en plus influente. Il en est de même avec le candidat de Los Altos.... Tous les deux sont responsables du déplacement des dissidents de cette région....(4) 
Hernandez Gomez vient d'une famille de caciques Priistes de San Juan Chamula où il a été Conseiller municipal pendant de nombreuses années. Un de ses frères, Silvano, a été Trésorier municipal et depuis quelque temps détesté à cause de son implication dans le trafic d'armes à grande échelle avec les paramilitaires du Chiapas. Dans le cadre de cette affaire, on prononce le nom de Manuel Hernandez Gomez. Un autre député Priiste, Antonio Gonzalez Sanchez, a été, selon l'information dont nous disposons, consultant pour l'UDEPOM dans les années 1989-1994. 
Si l'on tient compte de ces relations personnelles croisées avec le parti au pouvoir, on ne peut s'étonner que l' UDEPOM, contrairement aux autres producteurs de café, ne rencontre aucune difficulté pour obtenir des fonds ou des subventions gouvernementales.  
Le CIACH en parle en ces termes : " d'après les déclarations des habitants de la région et de quelques membres de la coopérative, l'organisation a obtenu des fonds du gouvernement pour acheter du café et financer une série de projets : en 1996 pour l'élevage de porcs et d'abeilles, en 1997 pour la reculture des plantations de café et d'arbres fruitiers, et en 1998, pour des magasins destinés au miel et café... Actuellement, Manuel Hernandez Gomez apporte son soutien au projet de développement PIRS (projet d'impact régional de la Sierra) " (7). 
En dehors des crédits venant directement du gouvernement dont le montant s'élève à 100 000 $, la coopérative Otilio Montano a servi de laboratoire pour de nouvelles stratégies financières du gouvernement mexicain, sans doute grâce à ses liens proches avec le PRI (8). L'importance considérable que le gouvernement mexicain accorde à l'UDEPOM a été démontrée par les deux visites faites cette année par le Président mexicain, Zedillo, aux représentants de l'organisation Ottilio Montano (9).
L' UDEPOM possède non seulement un pouvoir économique grandissant dans la région de Motozintla, d'après les déclarations concordantes entre les différents groupes des droits humains au Chiapas, elle a un pouvoir politique qu'elle utilise en faveur du parti au gouvernement, le PRI. La candidature de Manuel Hernandez Gomez pour le PRI est principalement due à l'influence de l'UDEPOM. Le CIACH déclare : " ils ont tissé un réseau politique pour exercer une pression sur les cultivateurs de café et exercer un contrôle politique sur toute la population de la région. Ils ont par exemple l'appui de 20 dirigeants de terres communales dans la commune de Motozintla et la situation est identique dans presque toutes les communes. Dans les villages où l'organisation de Ottilio Montano est implantée, les habitants déclarent qu'elles sont presque exclusivement composées de caciques de la région....Le prochain candidat du PRI pour la mairie de Motozintla sera imposé par Otilio Montano " (10).
L'industrialisation et la distribution du café écologique de l'UDEPOM sont en partie effectuées par la SOCAMA qui possède une usine de séchage de café à Motozintla. D'après une information émanant de la SEDESOL (Secrétariat au Développement Social), plusieurs organisations travaillant dans le domaine du café appartiennent à la fois à l'UDEPOM et à la SOCAMA. Il s'agit de : la UE (Union de Ejidos) Juan Sabinez Gutierrez dans la municipalité de Escuintla, la UE Huixtla dans le village de Huixtla, la UE Maravilla Tenejapa dans le village de Comitan, et la SSS (Societé de Solidarité Sociale), " Los Tres Robles " dans le village de Copainala (11). 
D'après notre propre enquête, le rapport annuel de la SOCAMA pour 1996 donne une liste supplémentaire de producteurs de café qui sont également instructeurs de la SOCAMA. 
La SOCAMA se définit elle-même comme " un organisme sous tutelle chargée de la collecte et de la commercialisation du café " (12), ce qui signifie acheter et distribuer le café. Les activités d'achat et de commercialisation se font normalement au travers de revendeurs. 
D'après une information de la CIAH,  l'UDEPOM possède un torréfacteur et un camion en dehors de sa plantation pépinière et de démonstration à Motozintla (13). 

La SOCAMA : pépinière d'escadrons de la mort. 
Elle est active dans tout l'État du Chiapas. Plus de 50 000 familles sont impliquées dans les diverses activités de la production. Des millions provenant du gouvernement sont investis dans ce " mouvement de solidarité " d'enseignants avec les paysans pauvres. 
La SOCAMA a pour origine le mouvement maoïste des enseignants, " Ligne Prolétaire ", des années 70. A cette époque, ils ont réussi à prendre le contrôle de la section du Chiapas du syndicat corrompu des enseignants, le SNTE, par le biais de " réunions démocratiques avec les responsables ". Le leader incontestable était dès le début Manuel Hernandez Gomez, qui fut d'abord Secrétaire Général du SNTE Chiapas (14), puis Secrétaire Général national de l'organisation des enseignants, le CNTE. (15). Ce fut le départ d'une réelle prise de pouvoir de la part de ces fonctionnaires de la" Ligne Prolétaire " ; en tant que chefs de syndicats ils disposaient d'énormes ressources financières et avaient le pouvoir de décision sur du personnel à leur disposition. (16). 

L' ascension de la SOCAMA : 
En 1985 sont nées au Chiapas les premières actions de solidarité entre les enseignants et les cultivateurs de mais de la région de Fraylesca. Plusieurs personnes furent tuées au cours de ces affrontements avec les forces gouvernementales. La coopération entre Manuel Hernandez Gomez et German Jimenez Gomez, un leader de la " vieille école " de la fédération paysanne nationale, la CNC, appartenant au PRI, a débuté à cette époque. Tous les deux furent arrêtés au cours d'un barrage d'une route et emprisonnés dans cette ignoble prison de Cerro Hueco. Ils en sont sortis 2 ans plus tard en compagnie de leurs collaborateurs. Le gouvernement du nouveau Président de la République, Salinas, recherchait une nouvelle politique et trouva ainsi les hommes appropriés pour l'appliquer au Chiapas : les fonctionnaires maoïstes des enseignants. Enfin ils allaient pouvoir faire la " politique populaire " et être payés pour l'appliquer ! 
Rétrospectivement, la liste des compagnons de prison de Hernandez Gomez est un annuaire " Who's Who " des personnes influentes du PRI au Chiapas (17). 
Manuel Hernandez Gomez, Député pour le PRI (1997-2000), Président à la Chambre du Comité pour les forêts et forêts tropicales, chef politique de la SOCAMA et aussi leader " populiste " de la Ligne Prolétaire au Chiapas.  
German Jimenez Gomez Député du PRI à Mexico, antérieurement leader paysan du CNC au Chiapas (Député PRIiste jusqu'en 1996) 
Jacobo Nazar Morales, ex dirigeant de la SOCAMA 
Julian Nazar Morales, Député PRIiste depuis 1996 
Jesus Lopez Constantino, actuel dirigeant du PT au Chiapas 
Jorge Enrique Hernandez Aguilar, ex Procureur général du Chiapas, ancien journaliste et directeur du  Journal " Diario de Chiapas " soupçonné avec quelques autres d'avoir participé au massacre d'Acteal et à d'autres assassinats de leaders paysans ! 
En 1988, Carlos Salinas de Gortari du parti du PRI, gagne les élections à la présidence grâce à une fraude massive déguisée en panne d'ordinateur. Étant donnée la présence d'une forte opposition, une nouvelle stratégie politique s'imposait, et peu de temps après sa prise de pouvoir, en 1989, il proposa l'établissement d'un " programme anti-pauvreté " appelé PRONASOL (Programme National de Solidarité). Cependant, les fonds destinés à PRONASOL ont été en grande partie utilisés pour combattre l'opposition, par l'utilisation de la corruption, de la division des mouvements ou encore de la cooptation, finalement en les transformant en organisations pro gouvernementales. Toutes ces actions ont été réalisées avec une efficacité et une rapidité surprenantes. 
La Solidarité Paysans Enseignants (SOCAMA) fut fondée par Manuel Hernandez Gomez en 1988 immédiatement après sa surprenante sortie de prison. D'après les statuts de la SOCAMA, 20 000 personnes la constituent. Ils ont leur propre banque SOCAEM (Solidarité Paysans Employés), et établissent un réseau de coopératives et de communautés de production. La production écologique se révèle être un commerce très lucratif, par son niveau de prix plus élevé et ses activités anti-guérillas conformes au programme gouvernemental.... 
Ecologique signifie qu'il y a toujours de nouveaux crédits ! 
" Nous n'avons pas à nous plaindre ! " dit Manuel Hernandez Gomez. Cela ne fait aucun doute, vu l'appui international soutenu dont bénéficient ces organisations. En dehors des fonds mexicains, des fonds de la Banque Mondiale, du bureau de USAID, des fondations Rockefeller et Mc Arthur, l'aide économique afflue de façon constante vers les projets de la SOCAMA. 

Les écoles de la violence et les maîtres de la terreur : 
Au début de l'année 1995, les premiers groupes militaires se sont formés en réaction au soulèvement Zapatiste et aux menaces de perte d'influence des caciques PRIistes. Ils reçurent l' appui économique des Députés PRIistes entre autres, et la protection du Procureur Général et de l'armée. Certains fondateurs et instructeurs des groupes sont membres et enseignants de la SOCAMA, notamment l'ex député PRIiste et dirigeant de la SOCOMA, Sanchez Sanchez. Son escadron de la mort " Desarrollo Paz y Justicia " (Développement, Paix et Justice) à la fois réprime les populations civiles et présente de nouvelles opportunités aux " jeunes technocrates en colère " de la SOCAMA à l'intérieur du PRI, opposés aux dinosaures de l'oligarchie PRIiste du Chiapas. Nous avons déjà remarqué qu'ils avaient un certain succès. 
Le gouvernement de Ferro a signé un traité pour " le soutien et l'amélioration de la productivité agricole " avec l'escadron de la mort " Desarrollo Paz y Justicia " quelques jours avant les élections au Chiapas de juillet 1997. 
Le point principal de ce traité est un accord d'engagement de versement annuel de 4,6 millions de pesos (env. 500 000 $) de SEDESOL aux paramilitaires. Le traité a une validité d' un an seulement, mais avec possibilité de renouvellement chaque année. 

" Desarrollo, Paz y Justicia " 
Les membres de cette bande d'assassins appelée " Développement, Paix et Justice " possèdent des fusils automatiques AK 47 et leur propre structure de communications (installations de radio). Ils ont la garantie d'une immunité en cas de poursuites judiciaires. Ils ne rencontrent aucune difficulté en cas de vols par camions entiers de récoltes de café des autres coopératives. Ils pillent et détruisent les plantations de café des concurrents, chassent les paysans et vendent leurs récoltes à des revendeurs. 
A titre d'exemple, en 1997 les paramilitaires ont lancé une attaque à grande échelle sur " l'Union de Ejidos y Comunidades de Majomut " dans le village de Chenalho, lieu de rassemblement des paysans PRIistes, politiquement neutre du groupe " Las Abejas " et de paysans pro-zapatistes. L' Union Majomut est également certifiée par Transfair et vend à l'organisation commerciale " Gepa ". Un groupe d'employeurs chrétiens des Etats-Unis a visité l'Union Majomut peu de temps après le massacre d'Acteal : la violence est habituelle dans ces lieux. Au printemps 1997 les paramilitaires ont volé et détruit la récolte de café, causant la perte de 250 000 $ à la coopérative. (20) Suite à cette destruction, plusieurs contrats importants d'exportation ont été annulés (voir le journal La Jornada de 02/02/98), et 250 membres peuvent perdre leur certification de Naturland (voir le communiqué du 21/05/98). La lutte pour le contrôle de la production et la vente du café écologique s'est maintenant transformée en bain de sang, et constitue la cause cachée de nombreux conflits violents (21). 
Samuel Sanchez Sanchez est le fondateur et dirigeant de " Paz y Justicia ", leader de la SOCAMA, ex Député PRIiste et actuellement maire. Je suis membre de " Paz y Justicia " parce que je suis un indien Chol ", se vante-t-il dans un entretien. Il est aussi professeur et directeur d'une école primaire. Il occupe également plusieurs fonctions de la section VII du SNTE (par exemple, il dirige le comité de la section du groupe 23 de Tila) et Manuel Hernandez Gomez est un vieux copain à lui. 
Des témoins affirment que les professeurs de la SOCAMA forment les enfants pour être paramilitaires et cite le cas de l'école de Navil (22). 
Jusqu'en 1994, le PRI remportait tous les sièges dans la région de Chol, en 1995 les municipalités de Tumbala, Tila, Salto de Agua et Sabanilla situées dans la partie Nord du Chiapas, obtinrent la minorité des voix. Face à ces mauvais résultats, le groupe paramilitaire " Paz y Justicia " s'est constitué pour soumettre les populations. Ils séquestrent des membres de l'opposition, font des arrestations arbitraires, salissent la réputation du diocèse de San Cristobal, expulsent et assassinent. Le leader de ce groupe est précisément Député du Chiapas et le leader de la SOCAMA, Samuel Sanchez Sanchez, qui déguise un conflit politique en conflit religieux. " Paz y Justicia " est né dans cette région Nord du Chiapas (23). 
" Jusqu' à mars 1995, " Paz y Justicia " a continué ses hostilités contre les partisans du PRD dans la zone Nord. Son objectif est de détruire les communautés de l'opposition et d'expulser l'opposition politique des rares villages où elle est encore majoritaire. Attaquer les employés du diocèse de San Cristobal, qu'ils accusent (sans aucune preuve) d'appuyer l'opposition et les Zapatistes, fait partie de leur stratégie. " Paz y Justicia " est financé par l'oligarchie des éleveurs de Payas de Catzaja, Palenque et Salto del Agua, et aussi par des associés commerciaux dans les états du Tabasco et du Campeche. Ils sont protégés et dirigés à partir de Tuxtla Gutierrez par le Député PRIiste Samuel Sanchez Sanchez. Les attaques les plus violentes ont eu lieu en août - septembre 1995 et entre juin et septembre 1996. 300 personnes furent tuées au cours de ces affrontements. " Paz y Justicia " contrôle les routes principales de Tila et de Sabanilla. Les forces de sécurité du gouvernement et l'armée fédérale permettent cet état de fait " (24). 
Depuis sa formation en avril 1995, " Paz y Justicia " est arrivée à s'étendre sur toute la région du Nord du Chiapas par son réseau de terreur. Si l'on considère la seule période entre juin et septembre 1996, les organisations des Droits Humains  estiment que le nombre des victimes dépasse les 300. Des milliers de paysans furent expulsés et maltraités par " Paz y Justicia ", leurs biens distribués entre les partisans de cet escadron de la mort. " Paz y Justicia " agit en toute liberté comme un " État dans l'État". Ils procèdent eux-mêmes à des barrages routiers sur des itinéraires importants de province, utilisent des uniformes de la police et participent aux opérations de répression du gouvernement. La campagne de terreur de ce groupe bien organisé et bien équipé est principalement dirigée à l'encontre de tous ceux soupçonnés d'être Zapatistes, membres d'un parti de l'opposition, le PRD, ou catéchistes du diocèse de San Cristobal (de l'évêque Samuel Ruiz). 

Protection venant d'en haut, ni loi ni châtiment 
Cette organisation de la violence brutale est en partie secrètement soutenue par Jorge Enrique Hernandez Aguilar, qui devint Procureur Général en 1994, et occupe actuellement le poste de Secrétaire du Comité de Sécurité du gouvernement de l'État du Chiapas. Il est considéré comme un des responsables de la formation des groupes paramilitaires et de l'exécution du paysan prisonnier, Reyes Penagos Martinez. Il fait partie des suspects dans le massacre d'Acteal qui a eu lieu le 22 décembre 1997. Les organismes nationaux pour les droits humains l'accusent de plus 190 violations (25). 
Avant de mener la lutte contre l'opposition politique, il était journaliste et un des fondateurs de la SOCAMA. Le Président de la " Casa del Pueblo OCEZ " (Organisation paysanne Emiliano Zapata) de Venustiano Carranza, Jose Maria Hernandez, a déclaré dans une interview avec l'hebdomadaire " Proceso " que Hernandez Aguilar a été : " un des procureurs de district les plus sanguinaires de ces dernières années ". Deux leaders paysans, Caralampio Gome Ortega, de OPEZ (Organisation Prolétaire Emiliano Zapata) et Arturo Luna Lujan de CIOAC (Centre Indépendant d' ouvriers Agricoles et de Paysans) disent qu'il a été au départ un espion politique infiltré dans les mouvements sociaux (26). 

Ce que nous déclarons : 
Suite au massacre d'Acteal en décembre 1997, où 45 hommes femmes et enfants furent sauvagement assassinés par des paramilitaires à la barbe des forces de sécurité du gouvernement, l'opinion publique a protesté. Sous la pression publique, près de 200 employés du gouvernement, maires PRIistes, membres de la SOCAMA et missionnaires protestants, soupçonnés d'avoir participé au massacre, furent emprisonnés quelques mois plus tard. Mais à l'heure actuelle, l'orage est passé et l'enquête court le risque de ne plus aboutir - pour ne pas changer. 
Pendant ce temps, le réseau de la terreur s'étend, et la SOCAMA renforce sa position grâce aux financements provenant du gouvernement, des multinationales et également des profits dégagés par l'exportation des produits de leurs coopératives. 
Une partie de ces bénéfices est réalisé en Allemagne, comme nous l'avons montré précédemment. Par conséquent, les compagnies concernées tirent un avantage financier - même indirectement - des politiques contre-insurrectionnelles du gouvernement mexicain. Ceci, nous ne pouvons le supporter. 
Nous exigeons que Transfair et Naturland coupent tous les liens existant avec les coopératives et institutions de la SOCAMA et retirent leur certification du café UDEPOM. 
Nous exigeons également que Transfair et Naturland prennent les mesures nécessaires pour que les produits de la SOCAMA (tels que miel, anacardes et sirop d'agave), n'utilisent plus leurs étiquettes sur le marché. 
Sur un plan pratique, nous exigeons dorénavant que la certification Transfair ne soit accordée que dans le cas où les sociétés présentent des informations concrètes et détaillées sur l'origine du café et apportent la preuve d'une provenance de coopératives indépendantes. En ce qui concerne le Mexique, Transfair devra s'efforcer de mener personnellement une enquête sur les candidats à la certification, par un examen minutieux de ses structures internes et ses éventuelles liens politiques. Il est donc devenu indispensable que les rapports de certification soient publics. Que les consommateurs soient amenés à faire des recherches personnelles sur les conditions de production des produits certifiés par Transfair (ce que Transfair a proposé dernièrement à plusieurs reprises), n'est pas acceptable. Dans ce contexte, nous exigeons également que les organisations mexicaines indépendantes jouent un rôle dans le contrôle des critères de commercialisation. 

Campagne Café du Chiapas 

Muenster/Allemagne 23 janvier 1999 
Supplément : 

Les rebelles doivent affronter des tirs croisés : la fuite fatale des " Las Abejas " d'Acteal 
Le triste exemple de " Las Abejas " montre le sort réservé à une société indigène qui abandonne la SOCAMA. Ces 22 communautés de Chenalho, étant indigènes chrétiennes, abandonnèrent la SOCAMA en 1992, se plaignant d'avoir été  exploitées. (27). "Las Abejas " considèrent  être une Société Civile, contrairement à l' EZLN armé. Leur but est de former leur propre coopérative de café, sans les leaders de la SOCAMA. 
Le 22 décembre 1997, 45 hommes, femmes et enfants furent sauvagement assassinés par l'escadron de la mort " Mascara Roja ". Le massacre a duré plusieurs heures, tandis que la police et l'armée se trouvaient très près, les bras croisés. Quelques jours plus tôt "Paz y Justicia " avait reçu des approvisionnements conséquents de la part du gouvernement. Une autre coïncidence ? 
Immédiatement après le massacre d'Acteal, le bureau du Procureur du District a fait une déclaration disant que l'enquête était en cours et que les investigations portaient sur : " les groupes armés qui vraisemblablement opéraient à l'intérieur de l'État tels que : CAIZ, ABU-XUC, Arriera Nocturna, Paz y Justicia, Tomas Muanzer, MIRA, Alianza San Bartolome de las Llamas, Chinchulines, Mascara Roja, SOCAMA, Degolladores y APAZ " (communiqué de presse du 22/12/97). Un leader de Paz y Justicia, Marcos Albino Torres, a été reconnu comme un des coupables des meurtres, en tant que conseiller majeur de Tila (article de Proceso 114 su 28/12/97).  

L' État donne beaucoup d'argent pour les enseignants en voie d'extinction.... 
" On comprend alors pour quelle raison les enseignants représentent un pourcentage élevé des victimes de Chenalho. Face à cette crise, l'État réagit rapidement en prétendant apporter une solution avec de l'argent. Les enseignants de la SOCAMA, qui, de fait, dans le passé profitaient de nombreux avantages, reçoivent encore plus d'argent. A Chenalho la présence de la SOCAMA est incarnée par l'enseignant Luis Aguilar et son organisation d' enseignants ORPODEC. " Las Abejas étaient membres de l' " Organizacion Popular para la Défensa de las Culturas " au travers de la SOCAMA dont ils ont fait partie jusqu'en 1992 (28) 
"La participation des femmes en politique, et la création de nouveaux espaces d'action sont devenus un symbole de menace pour les " structures traditionnelles du pouvoir ", avec la progression de la lutte zapatiste. Dans de nombreuses communautés, les réunions des femmes sont considérées comme les zapatistes, et sont victimes de harcèlement de la part du pouvoir local. L' insurrection de décembre 1992 et les viols des épouses des fondateurs furent les réactions immédiates à la fondation de "Las Abejas ". A partir de cette date, l'agression contre les femmes est devenue constante. En 1997, plusieurs femmes ont été séquestrées et contraintes de faire la cuisine aux groupes paramilitaires. Leurs enfants menacés d'être tués en cas de refus de coopération ou de tentative de fuite de leur part. Au cours du massacre d'Acteal, les assassins criaient " Tuez la graine ! en tuant les femmes, prétendant ainsi détruire le symbole de la résistance " (29). 

NOTES : 
1) UDEPOM Page du Web et "Quatrième Pouvoir " 20/12/95  2 ) Cette fameuse propriété est connue sous le nom de "MEX MO" dans la liste d'identification et signifie " Association Demeter - Irlanda " tandis que " MD MEX " représente Demeter en Allemagne.  3) CIACH - Centre d'Information et d'Analyse du Chiapas 4) CIACH 5) Journaux " El Universal ", " Diario de Chiapas " 06/04/98 6) Lettre du CIACH 7) Ibid  8) Entretien au Chiapas, le 8 juillet 1996, le coordinateur pour les programmes spéciaux du gouvernement du Chiapas, Jaime Dario Mantecon Alvares, dit à propos de leurs politiques : " pour l' Otilio Montano notre but a été de créer un autre Fidéicommis avec un négociant international de café et une banque privée (....). Heureusement la SOCAMA a son propre négociant, c'est à dire qu'il y a deux concurrents dans le marché international du café, l'un est associé à une organisation et l'autre à une autre...(....) Cette particularité n'existe nulle par ailleurs dans le pays, c'est une première au Chiapas, nous sommes le laboratoire ; cette idée vient de la société elle-même. "  9) Le 12 juin 1998 à Las Margaritas, et après le désastre de l' ouragan Mitch du 12 septembre 1998, à Motozintla dans les (bureaux ??) de l'UDEPOM. 10 ) Lettre de CIACH, juillet 1998  11) Bulletin de SEDESOL n° 119/98 " l'amélioration des conditions de vie des paysans du Chiapas, priorité de SEDESOL et de l' UDEPOM. "  6 juillet 1998. 12) voir FONAES - registre du commerce 13) Lettre du CIACH, juillet 1998  14) " Popular Mobilization populaire in Mexico. The teachers' movement 1977-87 " Joe Fowraker, Cambridge 1993  15) CNTE - fondé en 1979 à Tuxtla Gutierrez 
16 ) " Le SNTE est également un commerce florissant, et la finance est à la base du contrôle politique de l'organisation (...). Le SNTE est plus grand et plus puissant que n'importe quel ministre de l'État. Cependant, le Ministère de l'Éducation règle toutes les notes de téléphone du syndicat, ainsi que les salaires d'environ 1 000 " commissionnaires" du SNTE qui réalisent tout le travail politique et économique du Comité National. "(Forewaker).  17) Entretien avec le " leader de la SOCAMA " Professeur Manuel Hernandez Gomez, " La Republica de Chiapas " 22/07/96  18) Commission Civile Internationale 1998 19 ) "Ruiz Ferro y los paramilitares. Relaciones al desnudo, " La jornada 21/12/97  20) " Cooperativas indigenas, las mas afectadas por la violencia en Chiapas. Proceso 1112, 22/2/98  21) La Jornada, 02/02/98.Le conseiller de l' Union Majomut déclare : " Le problème le plus grave que la violence ait provoqué est la culture du café écologique "  22) " Mais pourquoi as-tu décidé d'y aller tout seul ?. Dans cette école, les enfants reçoivent une formation pour être paramilitaires ! Est-ce que tu ignores que les enfants d'ici ne peuvent aller à cette école puisque leurs amis les menacent de les tuer en tant que zapatistes ? " (" La mini-SOA, Nuevo Amanecer Press. 27/06/98)  23) Rapport sur la discrimination raciale au Mexique 3-21 mars 1998  24) Rapport " Ni Paz ni Justicia " Centre des Droits Humains Fray Bartolome de las Casas octobre 1996  25) Proceso 1131 5 juillet 1998 26) Ibid  27) " La vuelta de las Abejas " Oecimo Hidalgo en Masiosare/La Jornada 28/12/97  28) Ibid  29) Analisis de la historia detras de la situacion en Chiapas 25/01/98, Nuevo Amanecer Press